Concept d’«islamophobie» (suite) : textes, liens, débats, mensonges et sarcasmes…

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J’ai reçu peu de commentaires directs à la suite de la publication sur le présent blogue du texte intitulé «Et “dieu” créa l’“islamophobie”»…, sauf de courts messages d’encouragement, précieux certes, mais qui ne demandent pas à être reproduits.

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Je cite cependant celui-ci :

Il me semble que dans ton article « Et Dieu créa l’islamophobie », quelque chose t’a échappé. L’OCI ne dit pas que « les croyants » ont des « droits » et que les athées n’en ont pas. Elle dit que les croyants des religions abrahamiques et monothéistes, c’est-à-dire les musulmans, les chrétiens et les juifs (oui mais bon eux…) ont des droits et que les autres, mais pas seulement les athées, également les croyants des religions polythéistes, les animistes, et tout ce qui peut exister comme croyants de religions non-abrahamiques, n’ont aucun droit. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Christophe

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Mon texte a été intégralement repris et/ou signalé sur les sites suivants:

Socialisme libertaire

Le Laboratoire anarchiste

Mondialisme.org

Non fides

En dehors

Le Blog de Floréal

Sous la cendre

Indymedia Bruxsel

Indymedia Nantes

INCENDO

Et, malgré ma défense maintes fois réitérée, par le crétin qui a intitulé son triste blogue « Serpent libertaire ».

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La version d’Indymedia Bruxsel présente l’avantage d’être suivie de commentaires.

On y apprendre, en vrac, qu’« après un début de carrière plutôt intéressant et sympathique contre les idées toutes faites et la pensée dominante, Claude Guillon a décidé de jouer dans la cour des grands [sic] et d’accéder à un monde politiquement correct d’où ses idées trop extrémistes l’avaient écarté. »

L’auteur de ce commentaire croit pouvoir annoncer que je vais prochainement prendre pour cibles les « “antisionistes”, les “anticolonialistes”, “les anti-impérialistes”, bref, tous les empêcheurs de tourner en rond dans le meilleur des mondes colemanesques possibles… »

L’adjectif « colemanesques » dérive d’Yves Coleman, auteur de la revue Ni patrie ni frontières, qui a repris un certain nombre de mes textes (voir le lien mondialisme.org ci-dessus). Au passage, j’ai l’impression que certains voient Coleman, auteur-éditeur d’une revue tirée à 200 exemplaires, comme une espèce de Citizen Kane du XXIe siècle, au cœur de la concentration de la presse française…

Passons. Une fois décidé que ledit Yves Coleman (qui n’en peut mais !) est mon « nouveau maître à penser » (sans préciser qui était le précédent…), il est facile à notre illusionniste d’aligner une longue liste de liens conduisant à des articles de Coleman, dont il va de soi — désormais — que je suis censé les endosser.

On apprendra encore que je fais désormais partie des « anarchistes “respectables” » qui « disent exactement la même chose que Fourest, Val, Finkielkraut ou même Éric Zemmour, ce qui prouve bien plus sûrement qu’ils sont sur la même longueur d’onde. »

Je m’étais dispensé jusqu’ici de lire une ligne de M. Zemmour, mais si des « anarchistes » pas respectables m’assurent que c’est un communiste libertaire antithéiste, je vais faire un effort…

On apprendra encore que « Je suis Charlie » sans le savoir. Comme j’ai pris la peine d’écrire le contraire et que cela s’est un peu su, il faut feinter : « Passer de Mordicus à Mondialisme.org et Le Monde libertaire pour promouvoir ses “idées” anarchistes, quelle déchéance ! Même ses fausses audaces par rapport à Charlie ne sont que des échappatoires. Il n’est pas Charlie seulement à cause de la récupération par le pouvoir, mais nulle part il n’émet la moindre critique envers ce journal raciste qui était passé depuis plus de dix ans dans le camp du pouvoir. D’autres ont eu ce courage qu’il n’a pas et qu’il n’aura jamais plus. »

Voyez comme on peut se tromper : j’aurais juré que ce passage du texte « Vous faites erreur, je ne suis pas Charlie ! » était une critique de Charlie Hebdo

Je ne suis pas Charlie, parce que si je partage la peine des proches des personnes assassinées, je ne me reconnais en aucune façon dans ce qu’était devenu, et depuis quelques dizaines d’années, le journal Charlie Hebdo. Après avoir commencé comme brûlot anarchisant, ce journal s’était retourné — notamment sous la direction de Philippe Val — contre son public des débuts. Il demeurait anticlérical. Est-ce que ça compte ? Oui. Est-ce que ça suffit ? Certainement pas. J’apprends que Houellebecq et Bernard Maris s’étaient pris d’une grande amitié, et que le premier a « suspendu » la promotion de son livre Soumission (ça ne lui coûtera rien) en hommage au second. Cela prouve que même dans les pires situations, il reste des occasions de rigoler.

Passons sur le léger retard de lecture à propos du Monde libertaire (voir Comment peut-on être anarchiste ?), le même messager de mauvais augure prévient qu’un jour les Coleman (dont je ne sache pas qu’il se soit jamais prétendu anarchiste) et les Guillon « dépasseront les Cohn-Bendit et les Philippe Val dans le reniement des idées libertaires, on préfère [ajoute-t-il] les anonymes qui n’ont pas retourné leur veste. »

Notez que je prétends justement, moi, qu’ils l’ont retournée en abandonnant l’antithéisme.

My tailor is perhaps rich but unfortunately no longer anarchist !

Et pour finir — très provisoirement, sans doute — je suis qualifié par un autre commentateur d’« ayatollah de la laïcité (d’État) », doublé d’un « idiot utile de l’anticommunisme » (étonnez-vous, après ça, que j’ai un emploi du temps de ministre…).

Le même fan me reproche de m’être « acoquiné » avec Octavio Alberola, en publiant à ses côtés une critique de Chomsky, Alberola dont « je ne peux pas ne pas avoir lu » un texte en faveur d’Onfray… Vous suivez toujours ?

Or me voici dans la pénible obligation de dessiller les yeux de mon sévère critique : je ne connais pas Alberola, sinon de vue, je ne lui ai jamais parlé. Et personne ne m’a demandé mon avis pour publier nos textes conjointement.

Oh !? Non !!! Eh si !…

Ainsi va le monde radical, et le ridicule des couillons qui bricolent des « écoles de pensée » sur la table de leur cuisine.

Il y a une chose qui manque dans la longue liste de liens, entrecoupée d’insultes, à laquelle je vous renvoie…

UNE CRITIQUE D’UN PASSAGE DE MON TEXTE

Mais je suis sûr que ça viendra. Il leur faut un peu de temps, c’est tout.

J’ajoute qu’en présence d’une critique précise et argumentée, je publierai et répondrai.

À moins bien sûr d’être terrassé par la force d’arguments, insoupçonnables à ce jour par ma misérable cervelle d’ex-mousquetaire anarchiste sénile et avide de voir ses mérites anticommunistes et « islamophobes » reconnus par l’État (putain ! 63 ans !), lesquels me convaincront de récuser le fier (croyais-je) slogan « Ni dieu ni maître » comme le « dicton » raciste qu’il est.

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Plusieurs textes portant sur le même sujet m’ont été signalés par leurs auteurs, des lecteurs et des lectrices :

Notes sur la religion dans son rapport avec le communisme

Le nouveau damné de la Terre est arrivé

Sur le site de la Marche mondiale des femmes contre les violences et la pauvreté (MMF) on peut télécharger le n° 280 (26 mars 2015) de son Courrier, dans lequel on trouvera un article de Laurent Zimmermann : « Évitons le terme d’“islamophobie” ».

L’auteur donne une citation de Salman Rushdie (dans Joseph Anton. Une autobiographie, Plon, 2012, chap. 6) :

« Un nouveau mot a été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l’islamophobie. »

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Du côté des FEMEN

Je me suis rendu, le 29 août dernier, à la soirée-débat coorganisée à Paris par les Femen et le MLF (déposé), dont le thème était « Des femmes et des dieux ». Je souhaite revenir sur deux moments de la réunion.

Moment A (le désaccord).

Zineb El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo, a d’abord parlé du concept d’ « islamophobie », de telle manière que, même si elle n’utilise pas les mêmes références documentaires que moi et ne se soucie pas des anarchistes (chacun[e] ses soucis !), j’ai pu penser que nous étions d’accord.

Hélas, au moment du débat avec la salle, une dame est intervenue pour rapporter son expérience. Employée dans une structure hospitalière (service public), elle a reçu en consultation une femme voilée dont elle ne voyait qu’un « triangle » du visage (les yeux probablement). Elle a fait part de son malaise à cette femme, laquelle est partie furieuse et a porté plainte pour discrimination (je résume[1]).

Zineb El Rhazoui a commenté ce récit en soulignant à quel point, à son avis, le service public hospitalier est un terrain de choix pour les militant(e)s islamistes ; elle a apporté tout son soutien à la dame visée par la plainte, applaudie par, disons une moitié de la salle au moins (très pleine, la salle, mais je n’ai pas procédé à un comptage).

Or voici où nous nous séparons Zineb El Rhazoui et moi. Je considère que, tel que compréhensible dans le récit de la dame, l’incident épuise la définition de l’islamophobie concrète dénoncée par l’intermédiaire du concept d’ « islamophobie », qui a par ailleurs d’autres objectifs et d’autres conséquences, ici récemment dénoncées.

Peu m’importent la sincérité et les éventuelles mauvaises intentions de la femme (« testing » prémédité) qui vient en consultation (ici sans accès nécessaire à son corps) dans la tenue qui correspond à ses partis pris religieux. La question est de savoir si mon propre parti pris philosophique, en tant qu’employée éventuelle de l’hôpital, suffit à légitimer des remarques, nécessairement ressenties comme désobligeantes, ou des obstacles mis à la consultation. Je réponds non.

Or il est d’autant plus dommageable que cette question ait été traitée de la sorte, que cela allait exactement en sens opposé à l’un des arguments — avec lequel je suis pleinement d’accord — opposé aux revendications religieuses. En l’espèce : il est bien possible que vous soyez choqué(e), heurté(e), agacé(e), etc. par mon mode de vie, ma vêture ou mes habitudes alimentaires, mais c’est la vie ! Et rien ne vous autorise, au nom de votre droit incontestable à croire et manger ce que vous voulez, à empiéter sur mes propres droits.

Cet argument ne vaut, comme règle de vie commune, que si il vaut pour tous et toutes, et pas seulement quand ça m’arrange, et qu’il sert mes propres partis pris.

Par ailleurs, quand une étrangère voilée me demande son chemin dans la rue, je le lui indique (si possible) sans assortir le renseignement d’un prêche antithéiste ; quand une manifestante voilée me demande du sérum physiologique pour son barbu de mari, gazé en même temps que moi dans une charge de police, je lui offre une dosette du produit sans l’assortir du « prix » d’une remarque acide. Et, je ne suis (même) pas payé pour ça.

Je ne crois pas que ce soit là que se situe la ligne de front ; je ne crois pas que des attitudes insultantes fasse avancer la cause de la laïcité d’un centimètre (je parle du pays où je vis ; dans une théocratie, la provocation a un autre poids). Et je ne vois pas comment l’on pourrait ensuite critiquer l’interdiction de signes religieux ou politiques à l’hôpital. Si je veux arborer un tee-shirt siglé du « A » anarchiste, ou mon badge préféré (« Trouble maker »), je veux pouvoir le faire sans laisser au médecin ou à l’infirmier protestant ou sarkosyste la latitude d’une « objection de conscience » dont les limites et les prétextes pourraient être discutés à l’infini (on attend déjà bien assez comme ça !).

Moment B (le mensonge).

Dans la continuité de la critique du concept d’ « islamophobie » comme « cheval de Troie théorique », je pose une question piquante à l’une des militantes Femen présente à la tribune. J’ai vu sur Internet une photo la représentant avec peint sur le torse le slogan « Allah created me free ». N’est-ce pas déjà une manifestation de démagogie à l’adresse d’un public musulman, quand on a plutôt vu dans un passé récent les Femen arborer des slogans clairement antireligieux. La jeune femme n’a pas le temps de répondre ; la meneuse du groupe, Inna Shevchenko s’en charge : « Il ne faut pas interpréter les slogans, mais s’en tenir à leur sens originel. Il était écrit : “Si Allah m’a créée, il m’a créée libre” ».

Tiens, se dit le piquant dépité, j’aurais mal lu, ou ma mémoire me joue des tours…

Or, après vérification sur le fil Twitter officiel de Femen France, voici la photo que je retrouve.

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C’est bien la même jeune femme ; le slogan est bien celui dont j’avais le souvenir (et dont j’avais publié une miniature dans les notes de « Et “dieu” créa l’“islamophobie” ») ; il est entièrement peint sur le torse puisque l’action est prévue et « cadrée » pour les photographes. Il est d’ailleurs repris — et lui seul — en légende de la photo.

Me voilà rassuré sur le fonctionnement de ma mémoire visuelle, à défaut de l’être sur la sincérité et les capacités d’autocritique d’Inna Shevchenko.

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[1] Je précise que je ne prétends pas rendre compte littéralement des propos de cette dame, l’incident qu’elle rapporte ayant fait l’objet d’une procédure judiciaire, dans laquelle je ne souhaite pas m’immiscer.

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CLAUDE GUILLON, UN CADAVRE — par un non-lecteur énervé de “Comment peut-on être anarchiste ?”

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C’est grâce à une alerte Google (je suis résolument moderne !) que j’ai pu prendre connaissance du charmant texte d’anticipation que je reproduis ci-après.

Mais revenons quelques mois en arrière : Fin décembre 2014, un garçon qui signe du pseudonyme Patlotch (il m’indique son prénom, plus banal que cet anagramme de potlatch), dans mes âges je suppose, répond gentiment à une demande de renseignements publié sur mon blogue historien La Révolution et nous. Il se présente et me dit ce qu’il a lu de moi : « J’avais notamment lu (et relu) ta critique de la communisation puisque j’ai été un “compagnon de route” de ce “courant” entre 2005 et 2010, refusant de m’engager dans SIC (revue internationale…). J’ai regretté que tu partes de la vulgate pédagogique de Léon de Mattis pour le faire, et la conséquence, que tu surfes un peu sur le fond… Au moins ai-je bien rigolé. Merci. »

Pourquoi je t’écris ?

1) d’abord parce que tu m’en donnes l’occasion avec ce nouveau blogue et la présentation que tu en fais là. J’y suis venu plus souvent que sur le précédent pendant le transfert de l’ancien, curieux et intéressé, vu aussi mes propres ? cogitations… errements… ma propre quête initiatique ton blogue est bien présenté et agréable à parcourir, on trouve assez facilement ce qu’on cherche, vu les possibilités multiples. Je pourrais critiquer tes rubriques, mais bon, ce sont les tiennes et elles correspondent à ton genre d’interventions, à ta personnalité, au centre de gravité de tes préoccupations… perso, j’ai aussi adopté le style de courtes chroniques avec un avis personnel assumé comme tel, quasi quotidiennes, avec moult liens et références comme plaque tournantes de questions et positions qui sont en “discussions” entre théories plus qu’entre théoriciens (chacun garde ses veaux, ses cocochons, et ses cruches, l’idéologie c’est les autres.

2) sûr que nous n’avons pas le même parcours, et en plus je ne suis pas comme toi un grand homme célèbre (dit sans ironie) d’un quelconque milieu, j’ai fini par les fuir tous comme la peste, pour autant que je ne finisse pas comme Palante, ou Cioran, bien que la solitude ne me déplaise pas néanmoins, bien que tu “théorises” moins que moi les choses, j’aurais du mal à parler vraiment de désaccords où je vois plutôt des différences d’approches, de centres d’intérêts et sans doute de visées. Disons que de caractère et d’expérience je suis plutôt “anarchiste indépendant” — j’invente ce label pour l’occasion, et de raison “communiste”, pour autant que ce distinguo ait un sens (tu vas sortir “Comment peut-on être anarchiste ?” et si ça se trouve on trouverait bien des points communs si j’écrivais “comment peut-on être communiste ?” puisque je passe une bonne part de mon temps à proposer des réponses qui ne heurtent pas ce que je suis de fait, une espèce de rebelle, nonobstant mes vœux pour la révolution).

3) peut-être, selon ta réponse, t’enverrai-je ici ou là quelques remarques à tes écrits, ou bien le ferai-je sur mon blogue comme à mon habitude de “débats virtuels” (exemple : j’ai relevé récemment ton texte sur la rentrée française de Quadruppani ; du coup j’ai parcouru son blogue à lui, trop drôle après ton papier, vu ce qu’on peut y trouver de complaisance plus que de prises de positions et moins encore de critiques un tant soit peu solides) bon, c’est déjà bien long, j’arrête là, tu me diras… bonne continuation et bon courage.

Amicalement, Patlotch

Il m’explique rapidement où il vit et avec qui (une compagne, un fils, deux chats). Un contact humain fort agréable à priori.

Après la mort de ma mère, et la publication du texte « Vous faites erreur, je ne suis pas Charlie », il m’envoie un message de condoléances et d’encouragements.

Une autre fois, il regrette de s’être trompé dans la date d’un concert où il espérait me saluer. Nous échangeons d’autres mails. Quand il crée un forum internet sur la « communisation », je le signale sur ce blogue, et il m’en remercie sur le forum.

Comment ses yeux ont-ils été aussi brutalement dessillés ? Peut-être est-ce d’avoir regardé de trop près le cul d’une bouteille, vidée un soir de vague à l’âme ? Quel a été le déclencheur de sa colère ? Peut-être la recension — trop élogieuse à son goût — de mon dernier livre dans Le Monde libertaire (pour une fois que… !).

Toujours est-il que c’est « feu sur le quartier général ! », dans un style très maoïste, avec examen sévère de l’origine de classe, plus quelques allusions extravagantes : quelles sont ces « relations dans le journalisme parisien » que je préfèrerais (et à quoi ?) ? où et quand Diable ai-je « boycotté une boulangère kabyle » ?!?!…

Ayant renoncé au projet, dont il m’avait aimablement fait part, de lire mon livre, il tape à l’aveugle, m’adressant par exemple le reproche que j’adresse souvent à d’autres : confondre « domination » et « exploitation » (dont je suis censé ne rien dire…).

Le titre du papier et la citation d’André Breton renvoient au pamphlet collectif signé par les surréalistes contre Anatole France. Cette double transfiguration — moi en Anatole France, et Patlotch en André Breton — demande peu de moyens et n’est évidemment pas à mon avantage.

Cependant, je n’irai pas jusqu’à me plaindre de ces procédés.

En effet, on m’avait traité jusqu’ici d’à peu près tout : assassin en série de suicidaires éperdus (discrète allusion dans le texte, comme on le verra), harceleur de jeunes filles, violeur de petits garçons (les jours impairs, je suppose), agent secret nazi (ou quelque chose d’aussi peu sympathique), mais jamais de « salope ».

Or, vous l’ignorez peut-être chères lectrices, chers lecteurs, si vous n’êtes pas familiers du folklore post-pro-situ-ultra-gauche, quand on est un homme et qu’on n’a pas été traité de « salope » à 65 ans, eh bien on a raté sa vie ! Allant, vivement, sur mes 63, c’était un peu pour moi le dernier carat.

Me voilà, certes, prématurément refroidi, mais au moins puis-je crever l’âme en paix, « salope » estampillée pour l’éternité…

Donc, merci à toi, anonyme et prolétaire camarade « communisateur » !

Nota. Je laisse aux personnes intéressées le soin de se rendre sur le Forum Communisation ; elles pourront y consulter, outre le texte original publié ci-dessous, un ajout dans lequel mon fossoyeur assure ne « même pas arriver à [me] trouver antipathique ».

Encore une bonne nouvelle : je l’ai échappé belle !

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« Il ne faut plus que mort, cet homme fasse de la poussière. »

André Breton, Un cadavre, 1924

Parlons peu parlons bien. Depuis trois ou quatre décennies dans les revues « radicales » et depuis deux ou trois sur Internet, l’étiquette radicale se porte bien, de blog anar en libertaire, qui anti-autoritaire qui antifa, qui garantissant sa pureté issue de l’ultragauche ou de l’autonomie ouvrière (qu’ils n’ont jamais vécue), qui reconverti en abolitionniste d’un prolétariat ayant perdu son identité de classe mais pas sa destinée, à leurs yeux en dernière instance, de s’auto-abolir ces gens-là, que j’ai tous peu ou prou épinglés ad nominem, sont vieux ou jeunes — les jeunes gauchistes font les vieux cons — ils ont plus ou moins de thunes, mais la plupart ne sont ni de souches ouvrières ni d’origines ethniques ou raciales leur ayant donné une expérience de la chose, de la misère ou du racisme, ou des deux. Des trois, puisque ce sont généralement des mecs, et les nanas de ces milieux itou, question origines sociales ou raciales ce sont pour la plupart des gens instruits, qui s’expriment avec facilité, à l’écrit sinon à l’oral : dans une réunion publique, beaucoup sont moins bavards qu’en ligne, pseudonyme ou pas (Guillon parle à Radio Libertaire avec les mêmes effets de langage qui vous distingue, à France Culture). Il leur est donc facile de résister à l’insulte commune : « intellos ». Mais, dans le sens que ce terme a pris dans les écoles des quartiers, ils sont bien, de fait, comme ces « intellos », c’est-à-dire des jeunes issus de milieux leur ayant offert, ou leur offrant, les moyens d’études longues et de meilleurs débouchés dans la société. Qu’ils fassent le choix de la refuser n’y change rien : ils seront toujours avantagés sur les prolos français en surplus.

Claude Guillon, un cadavre

Quand on voit un Claude Guillon, anarchiste de plume, et l’éloge de son dernier bouquin dans Le Monde libertaire : « Une écriture mordante et radicale », la modestie avec laquelle il affiche ça sur son blog « généraliste », quand on sait le peu d’expérience et de feeling prolétaire qu’il y a dans son « communisme libertaire », quand on a vu des années le relai complaisant à son texte creux au niveau théorique « Communisation, l’impensable projet », quand on sait d’où il vient : un privilégié de la race et de l’argent — issu de la petite bourgeoisie parisienne, deux parents chirurgiens-dentistes… — on comprend tout l’anarchisme de ses textes, tout son égo-narcissisme d’écrivain avec un brin de talent (pas difficile, élevé au milieu des livres, comme Dauvé…), quand on sait qu’il préfère ses relations dans le milieu du journalisme parisien, à mettre en lien de son blog des références de classes, qui feraient tache sur sa réputation mérité d’anarcho à plume du troisième âge, en mal de laisser une trace dans la littérature radicale, ils l’ad-maîtron… ton cinoche, Guillon, profites-en avant de passer. Il est en train de s’effondrer, le tien et celui d’autres, qui ne peuvent plus montrer leur petite culotte d’écrivain licencieux sur les marches du festival radical en ligne, bien de plus grande valeur intellectuelle pour leurs apports théoriques, et par conséquent moins célèbres que toi médiatiquement (les luttes suicidaires de prolos brûlant leur boîte, ça rapporte moins que tes méthodologie aux petits oignons de Suicide mode d’emploi, et itou pour tes conceptions de l’amour, qui ne sont pas prêtes de faire un tabac dans les banlieues : très fier, il y a quelques années, de boycotter ta boulangère kabyle : Oh secours ! Ma baguette parisienne ! Ni dieu ni maître ! Ni boulangère arabe ! bobo-Guillon si courageux pour te faire mousser, Peux-tu te dire anarchiste ? Sans problème, vu ce que c’est devenu aujourd’hui, c’est pas difficile. Et ta dernière ineptie — si j’en crois Le Monde Libertaire —, concernant le net qui va permettre une révolution pacifiste (mais c’est d’génial !), c’est d’une naïveté confondante et d’une ignorance crasse du fonctionnement des tuyaux : à part peut-être les vieux papiers de la révolution française, tu n’étudies rien sérieusement ajoutons-y les ronds de jambe au sergent major obsédé par l’antisémitisme et muet sur le racisme de classe anti-arabe : Yves Coleman, et à votre pote Floréal du même genre flirtant avec l’idéologie française sur les terres de Manuel Valls, en bon demi-négros du côté des maîtres alors, Guillon Claude, anar de papier qui t’offusque du mauvais service de la SNCF (que font les cheminots ? merde !), t’es beaucoup plus Charlie que tu ne veux bien le dire, y compris dans ta recherche, un peu vaine, de l’anarchie fondamentale dans la Révolution française, bien de chez nous (t’iras pas voir aussi loin que Baudelaire, c’est sûr, aucune fleur des îles ne te fera du mal)
En vrai, t’as pas un mot sérieux contre le capital, l’exploitation capitaliste pour toi, c’est la domination, les flics, les sans-papiers ça fait partie de ton folklore, un passeport pour ta bonne conscience et chez le bobos anars de base… Pas un mot contre le racisme d’aujourd’hui particulièrement contre les femmes « indigènes », t’es pas foutu de mettre les pieds dans les quartiers dont tu ne parles jamais, ou pas mieux que le Figaro et Libération : t’es juste un petit-bourge blanc, 20 ans post-68, devenu vieil anarchiste ayant acheté ton charisme dans l’édition, si peu « parallèle » et sans aucun risque que de récupérer plus tard ton pognon, un vieux con mais qui impressionne encore moyennement les jeunes idiot.e.s de ton milieu social, et racial.

Tu peux crever, salope, avec l’assurance qu’ils te feront, en face, de belles obsèques. Je ne m’y rendrai pas. Mais n’aies crainte, je n’irai pas cracher sur ta tombe.

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“Comment peut-on être anarchiste?” Recension par André Bernard dans “Le Monde libertaire”

Paru dans Le Monde libertaire (7-20 mai 2015)

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Une écriture mordante et radicale

Avec Comment peut-on être anarchiste ? Claude Guillon donne à lire, presque in extenso, ce qu’il a écrit pendant ces quinze dernières années ; textes repris de différents journaux, de revues, de tracts, ou simplement mis en ligne par ses soins ; les références multiples semées dans ce livre permettront aux plus curieux de prendre connaissance de nombreux autres ouvrages seulement écartés pour alléger ce déjà gros volume.
Claude Guillon, pensons-nous, sans doute à tort, est essentiellement connu du grand public pour Suicide, mode d’emploi, ouvrage − qui fit scandale − écrit avec Yves Le Bonniec et qui donna lieu à procès. Rappelons pour l’humour qu’il était conseillé au lecteur suicidaire, avant de passer à l’acte, de « faire le tour du monde en 8 880 jours » et aussi « de ne pas rester sur sa fin » (sic).
Dans Comment peut-on être anarchiste ? nous voudrions retenir, entre autres sujets d’actualité sur lesquels l’auteur aiguise ses dents, une critique sans concession de l’expression écrite d’un Chomsky (réformiste), d’un Brossat (hyper-radical en théorie mais qui accouche d’une approbation des lois en vigueur), de l’expression radiophonique d’« Onfray-mieux-d’se-taire » ou de l’expression physique des jeunes femmes aux seins nus (les Femen) armées de leur « déplorable goût » pour de la publicité ; critique qui entraîne souvent notre auteur sur le chemin de la polémique. Mais Claude ne craint jamais le conflit verbal ou écrit ; encore moins de s’alarmer quand il choque son lecteur en lui rebroussant le poil.
Claude Guillon se déclare révolutionnaire et communiste libertaire ; ce qui explique aussi sa charge contre les bonnes âmes d’Attac (l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) qui s’habillent des « oripeaux de la radicalité » dans un monde où « la faiblesse actuelle de l’idée révolutionnaire » est affligeante. Et, si la gauche réformiste au pouvoir a montré quelque chose, c’est bien son impossibilité à réformer le capitalisme. D’ailleurs, à propos d’électoralisme, Guillon déclare avec énergie : « Les urnes sont funéraires, la vraie vie se décide ailleurs ! »
Mais nous aimerions surtout attirer l’attention du lecteur sur une particularité de notre auteur, une habitude, une manière militante d’être quand il accompagne physiquement toutes les grandes « émotions » du peuple, quand il participe à toutes les grandes manifestations de rue de notre époque. Et, plongé dans la foule, il développe une analyse très lucide des situations.
Aussi ne sommes-nous pas surpris qu’un de ses engagements subversifs favoris soit la distribution de tracts pendant ces déploiements populaires ; tracts au demeurant rien de moins que succincts.
De plus, il ne craint pas, lui si soigneux du souvenir et qui a fait le choix d’étudier en bibliothèque les « enragés » et les émeutes de la Révolution française, de rapprocher tous ces moments d’agitation anciens du temps présent.
À l’écoute, attentif, il tente de ne pas être oublieux d’« une infinité d’informations qui n’ont pas été collectées sur le moment ».
En effet, les recherches historiques de Claude Guillon sur la Grande Révolution et ce qu’il avance sur les révolutions à venir − qui seront sans modèle − sont là, nous semble-t-il, ce qu’il y a de plus original dans sa pensée en construction.

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Par ailleurs, dans un tract de quatre pages, « Qu’est-ce qu’une révolution communiste et libertaire ? », distribué lors des manifestations lycéennes de mai 2002, puis repris en ligne et en revue, Claude Guillon, à propos de la violence, nous dit qu’elle est d’abord l’expression du monde capitaliste. Mais il ajoute :
« Dans une société techniquement développée où peuvent être mises en œuvre de nombreuses techniques de sabotage (informatique notamment), qui ne nécessitent pas ou très peu de violence physique, les meilleures chances sont réunies de paralyser le système en faisant moins de victimes humaines que les accidents de la route un week-end de Pâques. »
Et, bien qu’il ne soit pas opposé à toute contre-violence, nous ne sommes donc pas trop surpris de lui voir mentionner la notion de « non-violence active » qui n’est donc pas, pour lui, contradictoire avec une pensée radicale. On en déduira que l’auteur ne ménage aucun effort intellectuel pour imaginer un projet révolutionnaire cohérent :
« La geste révolutionnaire sera d’autant plus belle qu’elle fera moins de victimes, y compris parmi les salauds indiscutables. »
Il écrit encore :
« Pour une organisation politique, le caractère inutile ou contre-productif d’une action la rend illégitime. »
Sa réponse à Gérard Coupat (le père de Julien Coupat, celui qui fut accusé d’avoir voulu saboter une ligne de chemin de fer), qui l’invitait à l’Assemblée nationale pour un colloque consacré au « bilan de vingt-cinq ans de lois antiterroristes » (sic), est plus que bienvenue. Car la proposition n’était nullement un canular, sans doute une forme désinvolte d’ironie…
De même, on appréciera son « Je ne suis pas Charlie » :
« Sachant que la France est en guerre, je n’éprouve pas le même étonnement que beaucoup de Charlie à apprendre qu’un acte de guerre a été commis en plein Paris… » ; une guerre « permanente et tournante » qui se déploie − en notre nom − en différents pays du monde et une action guerrière qui a suscité l’écœurante « union sacrée » que l’on sait.
Il y a peu de ses points de vue qui n’apportent pas notre adhésion, aussi nous étonnons-nous d’une légère réticence de notre part à lui emboîter quelquefois le pas. Pourquoi ? Une tonalité ? Une posture ? Une assurance trop orgueilleuse ?
Qu’importe ! À chacun son style ! À chacun sa voix ! Notre lutte a besoin du concours de tous et de la diversité du discours.
« Rien n’est donné, rien n’est acquis, voilà bien la seule règle de conduite, d’ailleurs commune au mouvement des femmes et au mouvement révolutionnaire ».

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41  André Bernard

DE LA CONFUSION COMME « DÉGÂT COLLATÉRAL » (1999) Corédigé avec Hervé Delouche

Dommages de guerre

 

Le texte ci-dessous, rédigé conjointement avec Hervé Delouche, comporte son propre «chapeau» de présentation.

Des extraits sont reproduits dans Dommages de guerre (L’Insomniaque, 2000). Il est ici repris intégralement.

 

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Destiné au journal No Pasaran ! le texte ci-dessous y a été censuré, comme étant « trop polémique », par le « comité de suivi » du Scalp-Reflex. Il devrait être inséré dans le bulletin intérieur de cette organisation. Même si des échanges (aujourd’hui insuffisants) peuvent avoir lieu dans l’intimité d’une réunion ou d’un comité, le minimum exigible est que tout ce qui a été rendu public puisse être critiqué publiquement. S’en dispenser, c’est entretenir la confusion et favoriser les positions contre-révolutionnaires. C’est tout simplement faire le jeu de l’État.

H. Delouche, C. Guillon.

Paris, le 28 mai 1999.

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Avertissement : Nous réagissons ici notamment à des positions exprimées dans les derniers numéros de No Pasaran ! et de REFLEXes. Nous jugeons indispensables d’analyser ces positions et d’en conserver la mémoire critique, même si — ce que nous souhaitons — l’état des esprits a évolué au moment où le présent texte est publié.

Le Premier ministre social-démocrate Jospin reconnaissait après un mois de guerre que « l’épuration ethnique » (en fait, raciste) menée par le régime post-stalinien de Milosevic n’a pas été empêchée par ce qu’il nomme en novlangue militaire la « logique de coercition », en fait des bombardements effectués en notre nom à tous sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. En effet, pas un meurtre, pas un viol, pas une expulsion n’ont été contrariés par l’action de l’OTAN. Au contraire, les victimes civiles des bombardements, dont personne n’est en mesure, malgré les obscénités que l’on peut lire ici ou là, de dire si elles soutiennent la politique de Milosevic, ces victimes, donc, sont autant de cadavres supplémentaires, d’êtres humains assassinés en notre nom, et qui ne seraient pas morts sans l’action des bombardiers que nous payons de nos impôts.

Si la solidarité, normale et nécessaire, avec les victimes d’une politique de terreur nationaliste, pose inévitablement des problèmes concrets difficiles, étant donnée la faiblesse du mouvement révolutionnaire européen et singulièrement français, il ne semblait pas que l’attitude à avoir face à la gigantesque entreprise d’intoxication humanitaro-militaire de l’État français pouvait présenter des difficultés insurmontables à des radicaux, libertaires, anarcho-syndicalistes et autres ultra-gauche ou post-situationnistes rompus à la critique social et à la dénonciation du monde spectaculaire marchand. Lire la suite

DOMMAGES DE GUERRE. Dans l’émission «Chroniques rebelles» (Radio libertaire, 25 mars 2000)

Dommages de guerre

 

On trouvera ici la retranscription, revue par moi et légèrement réduite, d’un entretien dans l’émission « Chroniques rebelles » (Radio libertaire, 25 mars 2000) à propos du livre que j’ai consacré au conflit du Kosovo : Dommages de guerre. Paris-Pristina-Belgrade-1999 (L’Insomniaque, mars 2000).

Remerciements à Christiane pour son invitation, et à Roberte Tortet pour son aide précieuse.

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Chroniques rebelles : Àprès la « guerre propre », où les populations irakiennes se sont fait massacrer par les défenseurs du « droit international » — en fait pour du pétrole — et parce qu’elles n’étaient pas capables de chasser leur dictateur qui avait si bien servi les intérêts occidentaux jusque-là, on a tiré du chapeau la « guerre humanitaire », histoire de relancer les ventes d’armes et d’écouler les anciens stocks. Et allons-y sous la bannière de l’OTAN : qu’un « sang impur abreuve leurs sillons » ! Des civils déchiquetés par les bombes destinées à des tanks… l’industrie civile détruite… il y a évidemment des « dommages collatéraux »… Mais c’était une « bonne guerre » !

Marek Edelman, ancien dirigeant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, l’affirme : « Pour la première fois dans l’histoire, il s’agit d’une guerre qui ne vise ni la conquête d’un territoire, ni la défense d’intérêts économiques. Pour la première fois, le monde a déclaré la guerre pour des raisons humanitaires. »

Le concept de « guerre humanitaire » lancé avec autant d’apparente conviction repousse encore, si cela est possible, les frontières du cynisme et de l’horreur.

Finalement, les théâtres d’opération sont des terrains d’essais pour les nouvelles armes. Le salon du Bourget qui a suivi la Guerre en Serbie et au Kosovo a été un succès ! Rien de plus convaincant pour les États-clients que les expériences in vivo ! Et après les destructions, il faut bien reconstruire… Pour ceux qui en profitent c’est une bonne guerre !

En Tchétchénie, ce ne devait pas être une bonne guerre pour les États-Unis et l’Europe, puisque Grosny a été rasée sans soulever — à quelques rares exceptions près — l’intérêt de la « diplomatie morale ».

 

            Chroniques rebelles : Pourquoi le sous-titre : « Paris—Pristina—Belgrade—1999 ? »

Claude Guillon: — Pour montrer qu’à mon sens les dommages de guerre ne sont pas seulement du côté de ceux qui ont reçu des bombes sur la tête ou de ceux qui ont été chassés par la soldatesque et les milices serbes, mais qu’ils se comptent aussi chez nous, dans les milieux libertaires, où la guerre n’a pas provoqué toutes les oppositions et toutes les réflexions qu’on aurait pu espérer, chez des gens qui — traditionnellement — sont méfiants vis à vis de l’État, antimilitaristes, qui ont donc en principe des réflexes qui devraient leur permettre de résister plus facilement que l’électeur moyen à une propagande télévisuelle d’État. Il y a d’ailleurs une espèce d’exception française. Ça s’est plus mal passé ici, ou mieux, suivant qu’on adopte le point de vue des libertaires ou celui de l’État, que dans d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie où le mouvement d’opposition à la guerre a été beaucoup plus fort. Lire la suite

GEORGE W. BUSH ET LE PARADOXE DU MENTEUR (2003)

Cet article a été publié dans Le Monde libertaire du 9 au 15 octobre 2003

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On connaît le paradoxe du menteur, qui proclame : « Je mens ! » Or, s’il ment en affirmant mentir, c’est donc qu’il dit la vérité… C’est donc bien un menteur ! La Maison Blanche s’est fourvoyée, après le 11 septembre, dans une impasse logique de même nature en croyant pouvoir s’affranchir des convenances démocratiques sur la vérité due aux populations. On se souvient que Bush annonçait « une longue campagne sans précédent. […] Des frappes spectaculaires, diffusées à la télévision, et des opérations secrètes, secrètes jusque dans leur succès. […] Nous consacrerons [à la lutte] toutes les ressources à notre disposition, […] tous les outils du renseignement, […] et toute arme nécessaire de guerre[1]. » Cela signifiait en clair : « Nous vous informons qu’à partir d’aujourd’hui les nécessités de la lutte antiterroriste justifient que c’est nous qui déciderons en secret du contenu de la vérité. » L’état de guerre permanent justifiait l’état d’exception permanent.

J’avais, dans ces colonnes, estimé que le pari de l’administration Bush était risqué, et déjà en partie perdu, du fait de l’opposition se manifestant aux États-Unis[2]. Ces derniers mois, le début d’enlisement des troupes US en Irak, son coût humain et financier ont provoqué un retour critique sur les justifications de la guerre et fragilisé encore la position de la Maison Blanche et du Pentagone. Ils ont été amenés à reconnaître certains mensonges, se sont trouvés incapables d’en expliquer d’autres, voire même acculés à annuler certains projets. Au-delà de l’anecdote, ces maladresses et ces abandons éclairent les liens entre démocratie capitaliste, vérité et économie. Lire la suite