“Pour elles toutes. Femmes contre la prison” ~ Présentation du livre de Gwenola Ricordeau au Lieu-Dit, le 15 décembre

«Comprendre comment s’est tissée notre dépendance au système pénal est un travail long et minutieux. Il faut détricoter de ce côté-là pour pouvoir, de l’autre, tisser ensemble féminisme et abolitionnisme pénal. Parce que féministe tant qu’il le faudra et abolitionniste tant qu’il y aura des prisons.»

Les luttes féministes et les luttes pour l’abolition du système pénal et de la prison sont souvent présentées comme antagonistes. Le présent ouvrage vise à délier ce nœud en explorant les formes de protection que les femmes peuvent (ou non) attendre du système pénal et en mettant en lumière les manières dont celui-ci affecte leur existence, qu’elles soient incarcérées ou qu’elles aient des proches en prison.

Le système pénal protège-t-il les femmes? Que fait-il aux femmes qui y sont confrontées? Faut-il inscrire les luttes féministes sur le terrain du droit? En répondant à ces questions, Gwenola Ricordeau dénonce la faiblesse de la proposition politique des courants féministes qui promeuvent des réponses pénales aux violences contre les femmes. Critique du «féminisme carcéral», elle plaide pour des formes d’autonomisation du système pénal.

Ce livre expose d’abord un ensemble de critiques du système pénal formulées par l’abolitionnisme et qui constitue mon cadre d’analyse (chapitre 1).

Il décrit ensuite comment les femmes sont spécifiquement affectées par l’existence du système pénal, et de la prison en particulier, qu’elles soient victimes (chapitre 2), judiciarisées (chapitre 3) ou qu’elles aient des proches en prison (chapitre 4).

Il montre ensuite que, du point de vue de ces femmes, l’analyse de certains développements répressifs du féminisme suggère fortement d’articuler, sur les plans théorique et politique, le féminisme et l’abolitionnisme pénal (chapitre 5).

Il propose enfin des pistes concrètes pour s’émanciper du système pénal et construire notre autonomie (chapitre 6).

RENDEZ-VOUS DE CLAUDE [4] ~ “Espagne 1936-1937. Quand la révolution s’incline devant l’économie”, avec Myrtille, giménologue ~ MARDI 26 NOVEMBRE

Pour la quatrième édition des «Rendez-vous de Claude», je reçois Myrtille, autrice d’une trilogie sur Les chemins du communisme libertaire en Espagne aux Éditions Divergences.

Elle parlera plus spécialement des années décisives 1936-1937, quand la bureaucratie de la Confédération nationale du travail (CNT, anarcho-syndicaliste) a renoncé à défendre des objectifs révolutionnaires, cédant tout à la fois à un pseudo-réalisme économique et à la priorité de la guerre sur la révolution. Le résultat est connu: le prolétariat espagnol a perdu et la guerre et la révolution. Certes, la coalition fasciste internationale, l’attentisme hostile des démocraties et le sabotage stalinien, militaire et policier, ont pesé lourd dans la balance. Mais certains anarchistes ont renoncé devant l’obstacle aux objectifs maintes fois ressassés et beaucoup de camarades, beaucoup des nôtres sont morts pour des idées qui ne sont pas les nôtres.

À quoi bon se réclamer de l’anarchisme si c’est pour, le moment venu d’appliquer ses idées à grande échelle, collaborer aux structures de l’État au lieu de l’abolir, et militariser le travail au lieu de supprimer l’économie et le salariat? S’agit-il de la trahison ou de la débandade de quelques-un·e·s ou bien l’anarchisme a-t-il démontré son inutilité, voire sa nocivité, cantonné au statut d’idéal trompeur? A-t-il révélé son caractère d’utopie, au sens de projet imaginaire réalisable nulle part ou demeure-t-il une utopie programmatique inspirante et mobilisatrice? À défaut de trouver des réponses à ces questions fondamentales, non seulement pour les libertaires, mais pour toutes celles et tous ceux qui n’ont pas renoncé au projet d’abolition du capitalisme et de construction de rapports humains désaliénés, nous tenterons d’apporter des éclairages à partir des enseignements de la révolution espagnole.

Les livres de Myrtille seront disponibles à la vente.

Myrtille fait partie du groupe des «Giménologues», du nom d’Antoine Gimenez, dont les souvenirs d’Espagne ont été publiés chez Libertalia, sous le titre Les Fils de la nuit.

 

“Un Paris révolutionnaire” ~ Présentation de la réédition à la librairie Publico, le 22 novembre

Les Éditions libertaires rééditent le beau livre Un Paris révolutionnaire, dirigé par Claire Auzias, et auquel j’ai collaboré. Claire présentera cette réédition à la librairie Publico, 145 rue Amelot, le 22 novembre prochain à 19h.

Un jour, la tombe de Jean Baptiste Clément était couverte de cerises fraîches ; des pendants d’oreilles ornaient juteusement ses bas-reliefs. C’était magnifique. Las, de conventionnels œillets rouges vinrent plus tard les faner. Plus jamais on n’embauma la stèle du chansonnier le plus célèbre de la geste révolutionnaire.

Je préfère quant à moi le Paris bohémien de la cité des Roulottes qui éclot un fier matin de la fin du XIXe siècle aux flancs de la place Clichy, semant un beau désordre dans l’équerre des lois scélérates, comme j’aimais savoir proche le cirque Romanès, en ce même lieu cent ans plus tard. […]

De réminiscences en hauts lieux partagés, nous avons porté des raisins frais à Louise Michel à Levallois-Perret, des fruits au gastrosophe du cimetière de Montmartre, et nous avons joué au tarot des rues pour agrémenter l’aujourd’hui.

Ce livre est une incitation au jeu.

Pour rire encore, nous avons répudié pédantisme ou didactisme ; ces pages n’étalent pas des connaissances monumentales qui sont la vie commune de ceux qui se contemplent dans les révolutions.

Encore bien moins s’agit-il de faire le tour de la question ! Seuls les ignorants croient tout savoir. Les kilomètres de bibliothèques du monde, les kilogrammes de papiers impubliés, les monceaux d’archives jamais triées, les mémoires sensibles des contemporains confirment qu’on ne vient pas à bout – c’est son essence même – d’une chose illimitée telle que la révolution.

Depuis « Sur certaines possibilités d’embellissement irrationnel d’une ville » des surréalistes, jusqu’aux flâneries du Baudelaire barricadier de 1848, à travers les jeux de l’oie des pouvoirs successifs qui s’approprièrent la ville, nous dérivons, après les situationnistes, parmi nos émotions arbitraires : pourquoi ce lieu plutôt qu’un autre ? Pourquoi cette silhouette, et non pas celle-ci ?

Les quelques règles du jeu proposées aux auteurs étaient précisément leur bon plaisir, et entière partialité ; ni représentativité (ce leurre d’objectivité auquel les scientifiques durs ont renoncé depuis belle lurette), ni concours général : nos manuels scolaires sont là pour nous promener d’images pieuses en Champs-Élysées tricolores. À quoi bon célébrer ceux que chacun connaît ? Place ici aux rassemblements anonymes, aux héros d’un grand soir, aux visionnaires inaperçus et aux cosmopolites de toujours. Mais oui, nous nous jouons aussi des constructions hiérarchiques, et les plus visibles devant la scène ne sont peut-être qu’instruments provisoires.

Ce livre est invitation à Cythère : à continuer l’écriture des révolutions comme il vous plaira.

Claire Auzias