La santé dans l’expérience anarchiste en Espagne

La brochure éditée par la CNT-AIT tombe à pic. Quelle meilleure période pour se re·pencher sur l’idée que se faisaient les anarcho-syndicalistes et anarchistes espagnol·e·s de la santé. Santé mentale, santé «sexuelle», santé publique…

Télécharger ICI la brochure au format pdf.

Brassards d’infirmières, calots et fusils de miliciennes…

 

Lettre giménologique ~ mai 2020

Rubrique : « Infos »

Mouvement social en Espagne : une grève des loyers pour « sauver les personnes et confiner les privilèges» :

http://gimenologues.org/spip.php?article884

Rubrique : « Étrangers indésirables

Bruno BELLON, fils de Giuseppe et de Maria Bordin, est né le 20 avril 1913 à Caldogno (Vicenza). Il est classé comme « communiste » au CPC, combattant de la brigade Garibaldi :

http://gimenologues.org/spip.php?article883

Rubrique : « On nous écrit »

Livre en cours de réalisation sur Mathieu Corman

Nous relayons cette demande de Bernard DELBAERE qui vit en Belgique et rédige un livre sur Mathieu Corman :

http://gimenologues.org/spip.php?article882

Rubrique : « Les amis publient »

Nous devons prendre en mains les rênes de notre propre vie, car l’Etat ne garantit rien. » Entretien avec Corsino Vela publié le 5 avril 2020 dans la revue en ligne CONTRAPUNTO :

http://gimenologues.org/spip.php?article881

 L’État masqué/El Estado con mascarilla, de Miguel Amoros.

La crise actuelle a engendré plusieurs tours de vis dans le contrôle social étatique. L’essentiel dans ce domaine était déjà bien en place puisque les conditions économiques et sociales qui prévalent aujourd’hui l’exigeaient. La crise n’a fait qu’accélérer le processus :

http://gimenologues.org/spip.php?article880

Comunicado sobre el estado de alarma y el riesgo sanitario COVID-19

Confederación Nacional del Trabajo Federación Local de Fraga

Communiqué sur l’état d’alerte et le risque sanitaire COVID-19 :

http://gimenologues.org/spip.php?article879

Les giménologues, 30 avril 2020

“Nation apprenante” ~ la belle France

Ne craignez pas que je vous inflige un de ces «journaux de confinement» qui fleurissent (ou sévissent) sur tous les blogues. Vous ne trouverez ci-après que quelques notes rapides sur un sujet particulier… En effet, j’ai beaucoup de mal à saisir le sens (sans parler de la portée) du label choisi par le ministère de l’Éducation nationale pour valider les contenus pédagogiques véhiculés par divers médias…

Nation apprenante. À première audition, cela évoque pêle-mêle «peuples premiers», «pays émergents», autant dire quelque chose de vaguement régressif. À la réflexion, on peut supposer que le conseiller assigné à la tâche de nommer la chose a voulu imprégner le label d’une dimension patriotarde, en écho à l’usage par Emmanuel Macron de l’expression «Union sacrée», de sinistre mémoire (la Première Guerre mondiale, ceci précisée pour les étrangers).

Je parlais de régression. Loin de moi l’idée de glorifier la dite «civilisation», que fustigeait déjà Charles Fourier, au détriment des «sauvages». C’est plutôt, dans la mentalité des supposés «gouvernants» – dont on vérifie une fois de plus qu’ils ne maîtrisent rien, sinon la police et l’armée – une appellation punitive.

Nation au piquet

Vous pensez bien que si les mêmes politiciens en guerre contre le statut des intermittent·e·s se préoccupent brutalement de culture, c’est qu’il y a anguille sous roche. Nation apprenante est la matérialisation pseudo-éducative de l’infantilisation générale que permet la pandémie. Nous voilà toutes et tous « en retenue », comme l’on disait dans ma jeunesse. Le programme «Nation apprenante» fait flotter sur le pays entier une écœurante odeur d’école.

D’ailleurs, les malheureux dépourvus d’imprimantes (ou d’encre) sont condamnés à une quotidienne punition, consistant à recopier à la main l’absurde autorisation de sortie, que pour une fois on les laisse signer eux-mêmes, sans avoir à contrefaire la signature de leurs parents.

On m’objectera qu’il s’agit simplement de pallier la fermeture des établissements d’enseignement… Je pense que le renvoi, hors vacances scolaires, de millions d’enfants dans leurs foyers est vécu avec un certain malaise par les autorités. On sait que l’activité éducative s’apparente à celle des organisations de chasseurs qui élèvent du gibier pour le relâcher dans la «nature», afin de pouvoir le fusiller à loisir.

L’obligation sanitaire de renvoyer chez eux, avant terme, les élèves pose le problème de l’interruption brutale de leur gavage. Non pas que l’on se soucie, selon une formule surannée, que « le gibier ait sa chance », mais encore faut-il qu’il puisse figurer à peu près honorablement dans la compétition sociale. Sinon, où serait le plaisir ? Plus encore : ne risquerait-on pas de mettre la puce à l’oreille des moins abruti·e·s en lâchant dans la vie de jeunes citoyen·ne·s incapables de déchiffrer une affiche de mobilisation ou d’entendre les mots les plus simples («sot ma scie on» ?).

De surcroît, jamais davantage qu’en ces temps de pandémie, n’a été aussi rassurante pour le pouvoir l’idée qu’une population entière se trouve au même moment devant les mêmes écrans.

Les personnes qui travaillent pour le plus grand employeur de l’État ne le désignent jamais autrement que sous le sobriquet d’ «ÉducNat» ou éducnat. Soumis à semblable réduction, le nouveau label prend la forme : «Natap». Croirait-on pas le sigle d’une organisation de lutte armée ? Quelque chose comme les Noyaux armés transnationaux pour l’anarchie partagée… Si seulement !

“Chroniques Noir & Rouge” ~ nouvelle revue de bibliographie libertaire

Les éditions Noir & Rouge viennent de lancer une revue de critique bibliographique intitulée Chroniques Noir & Rouge.

J’en profite pour poursuivre le débat autour du livre L’homme sans horizon, de Joël Gayraud (Libertalia) en publiant ci-après la recension faite par mon ami Guy Girard.

Par ailleurs, vous pouvez télécharger ICI l’intégralité du numéro au format pdf.

 

«L’HOMME SANS HORIZON»

Recension par Guy Girard

Il est loisible d’affirmer que le degré de liberté dont dispose un individu quelconque à une époque donnée se mesure à sa capacité à voir, par –delà ses préoccupations coutumières, un horizon, lointain ou non, mais vers lequel vont ses pensées les plus audacieuses et ses désirs les moins faciles à satisfaire. Cet horizon, ouverture vers le possible, qui après avoir été occultée par bien des écrans métaphysiques imposés par les religions toujours obscurantistes, a pu être désignée, à la suite de Thomas More, comme une utopie. Sous le voile de la fable, il s’est ainsi agi de dessiner les contours d’une société plus juste, de façon à interroger les consciences et à exalter les énergies collectives pour qu’elles fassent brèche dans l’accablante continuité historique. La fin du dix-huitième siècle et surtout les premières décades du dix-neuvième siècle, avec Saint-Simon, Owen, Cabet et surtout Fourier ont diversement offert matière à rêver comment refonder une communauté humaine délivrée de ses habituels fléaux, à rêver certes, mais hélas sans clairement concevoir comment réaliser des projets parfois splendides. Aussi enchantées furent-elles, les fins manquèrent de moyens tout aussi enchanteurs pour déchirer le voile d’illusions autrement plus aliénantes dont disposent l’Etat et le capitalisme. La saisie et l’exercice d’autres moyens de mettre bas tout régime d’exploitation et de domination ont fait, on le sait, la force du mouvement ouvrier, tandis que la théorie et la critique de ces moyens oscillant entre la conquête du pouvoir politique et le bouleversement des conditions socio-économiques permettaient à ceux-ci de se réfléchir et de s’affiner dans une conscience de classe s’invitant dans le jeu dialectique entre sujet et objet : et de là les infortunes diverses depuis les désaccords entre Marx et Proudhon puis entre celui-là et Bakounine, qui n’ont pu que se figer en idéologies aussi pauvres en raison qu’en imagination, et parmi celles relevant du marxisme, un marxisme-léninisme de sinistre mémoire.

L’Histoire n’a d’intérêt que considérée en tant qu’histoire des révolutions. Moments de grand chambardement où lorsque tout (ou presque) déraille hors des voies admises ; le temps vécu bondit hors de sa morose quotidienneté sous l’impulsion de la fête révolutionnaire et se reconnait dans la reviviscence du mythe de l’âge d’or. L’image archaïque du paradis, trace immémoriale sans doute des sociétés antérieures à la division du travail, à l’invention de la propriété et des pouvoirs  hiérarchisés, se renoue dans celle du « temps des cerises » qui assigne au devenir la jouissance d’un printemps enfin maître de sa lumière. Cela qui alimente l’imaginaire utopique est certes ce dont se nourrit la vieille taupe qui sape en de moins heureuses époques les fondations de l’édifice social. Bel animal que cet emblème de la négativité, mais auquel fut abusivement prêté par les tenants du matérialisme dialectique le charme quasi-diabolique de représenter à la fois l’œuvre d’émancipation du prolétariat et son agent incarné par un parti s’auto-instituant porte-parole de la conscience de classe. C’est que l’imagination d’un autre futur, d’une communauté humaine réalisant sa liberté, déborde heureusement toute conception téléologique de l’histoire, toute idée d’une progression, qu’elle se fasse par bonds ou par glissades, tout fantasme d’un inéluctable progrès historique. Forte de ses propres excès, l’imagination, qui seule sait conjuguer le temps du mythe et la projection utopique, n’a de cesse d’interroger et de bousculer les outils conceptuels de la raison, même aiguisés au service des luttes révolutionnaires. Et c’est elle, cette imagination créatrice,  qui, tandis que les fenêtres de l’espérance utopique ont été brutalement refermées l’une après l’autre au cours des deux derniers siècles, garde trace des nouveaux paysages toujours trop brièvement entrevus pour, comme dans le travail du rêve et l’expression artistique du merveilleux, en décrypter, lire et enluminer les perspectives inabouties, de façon à ce que d’autres mouvements de révolte en poursuivent le tracé, pourvu seulement qu’il traverse et enflamme jusqu’au cœur les sensibilités collectives jusque dans leur quotidienneté.

Ces fenêtres que bien sûr le décervelage contemporain s’est acharné à occulter derrière rideaux et volets de ferraille et de vermine, Joël Gayraud, posté comme théoriquement sous leurs ombres  portées, a dans son nouveau livre « L’Homme sans horizon » voulu sur le plan philosophique en quelque sorte faire pièce au mauvais vitrier de Baudelaire. « La vie en beau ! la vie en beau ! » La fureur du poète l’accompagne secrètement dans sa dénonciation de la disparition de l’horizon utopique émancipateur organisée systématiquement (si tant est que tel esprit de système soit source de profit pour la déraison capitaliste) depuis quelques décennies. La tyrannie du Spectacle n’a pas été ébranlée par Mai 68. Et depuis 1945, le monstrueux développement du complexe militaro-industriel s’appuyant sur l’énergie nucléaire a quelque peu oblitéré la possibilité d’une révolution commençant de façon traditionnelle par une grève générale et des insurrections. L’incessant développement technologique permettant un contrôle des populations, ridiculisant les tragiques prouesses de la Gestapo ou du Guépéou, s’aggrave du fait que les individus participent librement à leur propre surveillance en achetant eux-mêmes leurs propres chaînes et en s’enfermant dans leurs réseaux virtuels. De ce constat amer, que faire sinon désespérer du désespoir lui-même?

S’aidant de la théorie critique de l’école de Francfort, des travaux d’Ernst Bloch aussi bien que de Guy Debord mais également impulsé par la rageuse sensibilité surréaliste, Joël Gayraud en appelle à l’imagination, reine des facultés, pour qu’en ces jours – où tout de même ce pays traverse quelques belles agitations !  – les mécanismes dystopiques mis en place n’aliènent pas tout à fait l’expérience du réel. C’est en s’aventurant au-delà du Politique et en mettant fin au despotisme de l’Économie, en renouant avec la nature un accord rétablissant l’antique analogie entre le macrocosme et le microcosme qui est notre corps et notre subjectivité, que les révoltés d’aujourd’hui et de demain auront à inventer, en toute urgence, « l’éclair de l’utopie (qui) déchire le voile noir qui s’est abattu sur l’horizon ».