Non-débat à propos d’un non-mouvement

Sur le blogue qu’il anime, Freddy Gomez a mis en ligne un nouveau texte, dont je reproduis ci-après le passage qui me vise. Cela ne mérite, hélas, aucune réponse, tant il est vrai que dans ce non-débat, certains font en sorte de ne surtout pas comprendre une partie de ce que l’on dit, pour mieux pouvoir s’offusquer du reste – qui n’a plus aucun sens.

Toute cette merde produit, entre autres, une recomposition de la nébuleuse libertaire, notamment autour d’une opposition supposée «anti-scientiste», mais nullement anticapitaliste, incarnée par le groupe «Pièces et main-d’œuvre». J’ai déjà dit ici à quel point je juge ridicule et nuisible une théorie qui prétend trouver l’origine de nos malheurs non dans l’extraction capitaliste de la plus-value, mais dans le rêve d’Icare.

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles: j’ai procédé au comptage de la manifestation de samedi dernier à Marseille, deuxième ville de France. Résultat: entre 450 et 500 manifestant·e·s (qui doivent s’être compté·e·s, comme de juste, avec un ou deux milliers de plus).

Je reproduis également un édito de la CNT-AIT de Toulouse qui procède à une critique des mesures de contrôle autoritaire sans remettre en cause l’intérêt sanitaire de la vaccination, en reprenant en titre l’expression que j’avais choisie pour désigner l’ensemble des dispositifs de surveillance et de répression dans nos «démocraties capitalistes»: la terrorisation démocratique. Je précise que je ne connais pas toutes positions de ce groupe; je me contente d’approuver ce texte en particulier.

Et pour rire un peu, la publicité ironique d’un entrepreneur de pompes funèbres que des crétins antivax ont republiés sur Twitter: ils l’avaient prise pour un appel à refuser la vaccination ! (la publicité sur le camion; la page du site Internet).

Amour, communisme et utopie ~ Précisions de Léon de Mattis à propos de son livre “Utopie 2021”

Tout d’abord, je remercie Claude Guillon, l’auteur de ce blogue, pour son invitation à m’exprimer, et à répondre à sa question concernant « l’absence » de l’amour dans Utopie 2021.

Si je n’ai certes pas eu l’ambition, ni les moyens, d’écrire un nouveau Nouveau monde amoureux, il me semble cependant que l’amour n’est pas tout à fait ignoré dans la partie consacrée au Communisme. Mais, en fond, il ne m’appartient pas de savoir si ce thème y est correctement traité : chacun jugera.

 Je me contenterai donc de rappeler ceci :

« L’utopie, bien qu’elle soit imaginaire, n’est pas non plus le fait d’un seul. Les manques et les défauts que chaque lecteur ne manquera pas de relever dans cette utopie seront des défauts pour ce lecteur, mais l’ensemble du projet lui permet de comprendre que c’est à lui de recomposer cette utopie pour y ajouter ce qui manque ou corriger ce qui, selon lui, ne va pas. Un livre qui parle de la révolution est nécessairement un livre-dont-vous-êtes-le-héros ».

Mais si je ne réponds pas complétement à la question que Claude Guillon m’a posée, je vais en revanche profiter de cet échange pour répondre à une question qu’il ne m’a pas posée : elle porte sur l’emploi du mot « communisme ». Pourquoi l’avoir choisi, celui-là plutôt qu’un autre, comme « anarchisme », par exemple ?

Il n’y a pas de réponse : ce choix s’est fait pour des raisons subjectives, et sommes toute sentimentales. J’ai fait l’essai de remplacer, par un simple copier/coller, le mot « communisme » par celui d’« anarchisme » partout dans le texte. Le sens d’Utopie 2021 n’est en rien modifié. 

Léon de Mattis

PS de C. G.

Communiste libertaire moi-même, l’usage du terme communisme ne m’a nullement gêné.

“Opération vasectomie. Histoire intime et politique d’une contraception au masculin” ~ par Élodie Serna

Histoire intime et politique d’une contraception au masculin.

Depuis un siècle, des hommes font le choix de la vasectomie. Louée pour ses prétendues vertus rajeunissantes par des médecins, prônée comme réponse à la question sociale par des eugénistes et des néomalthusiens, adoptée comme méthode de contraception clandestine par des anarchistes, la stérilisation masculine fait parler d’elle en Europe dès les années 1920. Grâce à la simplicité de sa technique, elle est envisagée après la Seconde Guerre mondiale comme une solution face à la peur d’une explosion de la population mondiale. En France, elle demeure longtemps une pratique quasi exclusive des milieux libertaires avant d’entrer enfin dans les cabinets médicaux.
La contraception masculine – notamment la vasectomie – suscite un intérêt croissant. Elle interroge la relation des hommes à la virilité ainsi que le partage des responsabilités contraceptives.
Mais au-delà des questions de genre, réintégrer la vasectomie dans l’histoire et l’actualité de la contraception permet de décaler le regard sur les enjeux politiques de la procréation. Et de poser une question toute simple: alors les gars, quand est-ce que vous vous y mettez?

L’autrice

Élodie Serna est docteure en histoire contemporaine. En 2018, elle a soutenu à l’université de Genève sa thèse préparée sous la direction de Sylvie Aprile et Sandrine Kott, Faire et défaire la virilité. Les stérilisations masculines volontaires en Europe dans l’entre-deux-guerres, à paraître en novembre 2021 aux Presses universitaires de Rennes (PUR). Chercheuse indépendante associée à l’université de Lille, elle poursuit ses travaux de recherche, notamment au croisement de l’histoire de la médecine et de la sexualité.

Le livre sera en librairies le 21 mai (préachat chez l’éditeur).

Statut de l’ouvrage: offert par l’autrice.

Article publié dans Le Réfractaire, journal animé par May Picqueray (n° 39, mai 1978)

C’est lorsqu’un livre comme celui d’Élodie Serna paraît que l’on réalise qu’il n’existait rien sur le sujet qu’il traite. Or, même si nous sommes loin de la clandestinité et de l’opprobre des années 1930 – 10 000 hommes se font stériliser chaque année en France, depuis la loi de 2001 – la vasectomie demeure mal connue. Et que dire de son histoire médicale, et plus encore de son histoire politique!

Tout le monde a des «images» en tête, des associations d’idées: stérilisations forcées (féminines surtout) dans les régimes totalitaires et les démocraties (il s’agit de femmes pauvres et·ou déviantes); stérilisations encouragées par l’offre d’une prime (transistor ou réveil) en Inde… Mais combien, y compris dans les milieux libertaires connaissent l’histoire du véritable réseau européen qui s’est tissé, à partir de l’Autriche, pour permettre aux camarades qui le souhaitaient de se faire opérer. Son action donna pourtant lieu à force surveillance policière, poursuites et condamnations. Il se prolongea par la suite dans le mouvement des Jeunes libertaires où militèrent les ami·e·s Hellyette Bess, Marcel Viaud, André Bernard… C’est tout un pan de l’action anarchiste dans le domaine de la contraception masculine et·ou du refus d’enfanter, une histoire militante qui s’est interrompue pour l’essentiel au milieu des années 1970, qui est décrit ici pour la première fois.

La vasectomie s’inscrit aussi, depuis les mêmes années 70, dans une recherche associative (plutôt que relevant du militantisme politique) sur la contraception masculine. La relative facilité, au moins pour les pères de famille, d’accéder aujourd’hui à l’«opération vasectomie» fait d’autant mieux ressortir les assignations plus contraignantes à la reproduction dont les femmes font l’objet. L’autrice évoque d’ailleurs les relations nécessairement contradictoires, voire conflictuelles, que les féministes entretiennent avec les hommes partisans – et parfois exagérément fiers – de la vasectomie. De ce point de vue, on peut se féliciter que le sujet soit aujourd’hui (et enfin!) traité par une femme.

Le livre directement publié par Libertalia au format poche permettra aux militant·e·s et aux curieux et curieuses de se réapproprier une histoire mal connue et de s’informer sur une question située à l’exacte intersection de l’intime et du politique. Celles et ceux qui voudront approfondir l’étude du sujet, notamment resitué dans l’histoire de la médicalisation du corps et du sexe se reporteront avec profit au texte complet de la thèse d’Élodie Serna, qui sera publié en novembre prochain aux Presse universitaires de Rennes (PUR) et dont je signalerai la parution.

Claude Guillon