Air du temps «présentiel» [35 ]

— Et du coup, vous sortez ensemble?

— Ben, ouais!

— Nan, mais j’veux dire : en présentiel?

— ……

Venu du vocabulaire des bureaux et de la formation, le néologisme «présentiel» désigne une exception physique – souvent une conclusion – dans un processus virtuel. On fera «en présentiel » la synthèse d’un «parcours de formation» réalisé par visioconférence.

Pourquoi «présentiel» (à partir de présent) et non «présenciel» (plus logique semble-t-il, à partir de présence) ?

Je parierais sur le sérieux. «Présenciel» évoque les nuages et les petits oiseaux[1], voire «le septième [présen]ciel», que l’un des locuteurs du petit dialogue en exergue serait sans doute heureux d’atteindre (et de faire atteindre à son ou sa partenaire). «Présentiel», par contre, évoque «présidentiel»: du sérieux, de l’organisé, du pas-là-pour-rigoler.

D’abord confiné dans la formation et l’Université, le néologisme devient viral grâce à la pandémie.

Ce sont désormais tous les domaines de la vie où le présentiel est appelé à devenir l’exception, qu’il faudra préciser aux intéressé·e·s, manière de leur laisser le temps de prendre les dispositions nécessaires (voire de faire valoir leur «droit de retrait»).

Un archaïsme un peu dégoûtant.

[1] D’ailleurs, le correcteur orthographique de mon ordinateur le souligne en rouge : modifier ?