Le “Violentomètre” ~ Faites donc le test avec la politique sociale et policière de Macron-Castaner…!

Inspiré des règles graduées qui permettent aux enfants (voire aux adultes) d’exprimer le degré de douleur qu’ils ressentent (à l’hôpital par ex.), ce Violentomètre a aussi une fonction d’alerte. Il peut permettre à une jeune femme de prendre conscience que les comportements de son compagnon (ou de sa compagne! pas d’«angélisme lesbien») forment un ensemble cohérent et qu’ils peuvent être jugés violents et inadmissibles.

Maintenant, transposons le test au niveau politique et social… (Nul doute qu’une personne plus doué que moi [facile!] en infographie s’en chargera bientôt).

Il permettrait de rappeler aux populations qu’une constitution française, celle de 1793, leurs reconnaissait «le droit à l’insurrection», le droit et même «le devoir».

Les cas de figure indiqués en rouge sont assez parlants: déjà, nous en sommes bien là! Protégeons-nous et pratiquons la solidarité!

Article 35. – Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

GILETS JAUNES, RÉVOLTE NOIRE ~ par Guy Girard

Depuis le 17 novembre 2018, partout en France, des hommes et des femmes ont revêtu le gilet jaune que les automobilistes enfilent pour signaler que leur véhicule, immobilisé au bord de la route, a quelque avarie. Mais cet accessoire imposé par les règles de la sécurité routière est depuis l’automne dernier devenu un signal de détresse collective et tout autant l’emblème de colères refoulées depuis des années qui, sans crier gare, se sont muées, par-delà protestations et revendications certes parfois confuses, en une véritable révolte populaire. À petites causes grands effets, si l’on se souvient que celle-ci fut déclenchée par l’annonce de la hausse, une fois de plus, des taxes sur le carburant. La cause réelle est l’appauvrissement continu d’une vaste partie de la population, que par euphémisme on nomme classe moyenne pour ne pas employer le terme plus exact de classe prolétaire puisqu’elle regroupe ouvriers, employés, paysans endettés, chômeurs, petits artisans, retraités aux maigres ressources, hommes et femmes vivant ou survivant alentour de ce seuil de pauvreté derrière lequel seulement s’ouvrent l’une après l’autre les portes du désespoir, de l’angoisse et, hélas, de la culpabilité. N’a-t-on pas suffisamment ressassé à tous ceux-là qu’ils ne sont rien, tout juste utiles à consommer marchandises et illusions, dont la moindre n’est pas que, de toute façon, la marche de ce monde, conduite par les lois du marché, est par nature le mouvement même de la réalité?

De la misère sociale qui accable ceux qui ont en masse revêtu ces gilets jaunes, le discours dominant avait cyniquement déduit qu’elle s’accompagnait nécessairement d’une misère intellectuelle et sensible, répondant servilement à celle qui est inlassablement promue par tous les instruments de crétinisation, depuis le gadget électronique dernier cri jusqu’aux bains de foule hystériques dans les stades, depuis l’usage de plus en plus massif de tranquillisants et de drogues diverses jusqu’aux viols des consciences par les communautarismes et autres idolâtries identitaires. Ce n’est plus qu’ainsi que se définit l’idée de progrès, cette mystification accompagnant la religion profane du capital, qui se réalise de courbe de croissance en courbe de croissance, dans un progrès technique qui vise à réduire, de façon de plus en plus fonctionnelle, l’individu à un corps-marchandise, bientôt lardé de puces électroniques, dont l’une attestera devant la police, de ses bonnes volontés de citoyen. Le jeu politique n’est plus dès lors entendu que comme l’acquiescement grégaire, à dates fixes, à cette ignoble supercherie qui est donc en train de se découvrir contestée, d’abord dans ses modes puis dans son principe même.

Si l’occupation des ronds-points a ainsi montré que tout ne tournait plus aussi rond dans les têtes des gilets jaunes que dans l’éternel retour du peu de réalité, les manifestations qui ont suivi et qui se répètent chaque samedi dans les rues de Paris et celles de tant de villes de province, ces défilés ou plutôt ces dérives au large des habitudes consenties et au cours desquelles se réveillent, encore trop peu, ces bons instincts de destruction (ah, Bakounine!) sont les saturnales rythmant l’émergence d’un désir de profonde rupture, sinon encore de révolution. Certes, pour l’instant, les forces de l’imagination collective ne sont pas telles qu’elles puissent produire en ce moment de crise, à nouveau visible par tous, de la civilisation capitaliste, une utopie invitant à la complète réinvention des modèles sociaux de production et d’interprétation de la réalité, autrement dit à un ré-enchantement du monde ; néanmoins il est frappant de constater combien reste vivace le mythe de la Révolution française. Les gilets jaunes d’aujourd’hui, dès lors qu’ils ne se laissent pas embourber dans le marais du soi-disant « grand débat national » qui n’est rien d’autre qu’un soporifique exercice de communication organisé par les politiciens au pouvoir, sont appelés à devenir les sans-culottes de demain. Comme en 1789, il y a toujours des privilèges à abolir, ou mieux, à partager entre tous ! Comme en 1789, il y a toujours des Bastilles à prendre et des châteaux à brûler : des agences bancaires, édifices publics et sous-préfectures ont été vandalisés – mais c’est trop peu ! Comme en 1789, sont écrits des cahiers de doléances: mais ce sont des cahiers de défiance et d’insolence qui gagneraient à être écrits et à circuler, et non pas en direction des bureaux ministériels ! A la Marseillaise qui est si souvent chantée chaque samedi par les manifestants, certes on préférerait entendre une version mise au goût du jour de la Carmagnole ! Et s’il faut des drapeaux, qu’ils soient plutôt rouges et noirs plutôt que ces torchons tricolores ! Mais on se garde d’oublier que ce mouvement n’est radical, pour l’instant, que dans les excès de sa colère et non pas encore dans l’élaboration d’un projet collectif. Les références à 1789, à ce mythe fondateur d’une communauté humaine jamais encore advenue, pour heureusement surprenantes qu’elles soient, ne doivent pas non plus cacher l’amnésie de toute la geste du mouvement ouvrier depuis deux siècles, qui explique peut-être la difficulté qu’ont les gilets jaunes à mettre en pratique d’autres moyens d’action, plus subversifs, que les rassemblements du samedi, aussi nimbés de belles étincelles émeutières soient-ils. Bloquer l’économie, par les moyens du sabotage et de la grève générale ou par toutes les joies possibles de la désertion de la vie quotidienne, reste le grand pas à franchir pour que ce qui se passe d’enthousiasmant depuis la mi-novembre, ne s’inverse pas sous le signe de la défaite et de la résignation qu’attendent, chacun dans leur bordel de campagne, les palotins * du prurit électoral.

Il est d’ores et déjà néanmoins acquis que, malgré la répression et les violences policières, malgré l’acharnement de la plupart des médias à taire la vérité de ce mouvement sous de grossières caricatures, malgré la publicité ainsi faite à l’intrusion dans les cortèges hebdomadaires de nazillons en service commandé, malgré les soucis électoralistes de certains gilets jaune pâle et malgré la division entre manifestants et casseurs entretenue par tous ceux qui restent aveugles à la nature intrinsèquement destructrice du capitalisme, il est, oui, maintenant évident que pendant toutes ces journées de colère et de révolte inapaisée, a recommencé à circuler une parole libérée de ses routines. Des gens se parlent en marchant ensemble dans les rues, en se moquant ou en insultant ensemble les flics ; les réseaux sociaux sont détournés de leur logique hypnotique ; et chacun au dos de son gilet jaune a écrit une formule souvent percutante où l’humour est l’amorce de la poésie et de la poésie faite par tous.

  Bâtiment de la Banque de France en feu à Rouen (29 décembre 2018).

Ainsi, au fur et à mesure que ce mouvement dure – aujourd’hui 30 mars 2019 il en est à son vingtième acte hebdomadaire! – les propos échangés, les réflexions partagées, les slogans bombés sur les murs prennent en des élans variables une tournure ouvertement radicale pour ceux et celles que les diverses tactiques de démoralisation essayées par l’État ne réussissent ni à endormir, ni à effrayer. La chronique de cette révolte sans idéal ni idéologie retient déjà divers épisodes comme en décembre dernier, à Paris, le saccage de l’Arc de Triomphe, cet abject symbole guerrier, puis en janvier la destruction de la porte d’entrée d’un ministère ou en province le début d’incendie d’une sous- préfecture… Chaque manifestation aura eu son lot d’affrontements avec la police, de bris de vitrines, de voitures incendiées et le plus souvent possible de pillage (ou de réappropriation individuelle), et on vit, lors de la belle journée du samedi 16 mars, les Champs Élysées mériter enfin leur nom de plus belle avenue du monde. Aussi fallait-il certes s’attendre, dès lors qu’avec une évidence renouvelée, il apparait que la démocratie représentative ne représente que les intérêts de la bourgeoisie, à ce que l’État dévoile une fois de plus sa nature intrinsèquement autoritaire. S’additionnant à des lois sécuritaires – donc scélérates – qui furent votées lors des précédents gouvernements, les interdictions de manifester en tel ou tel lieu (dorénavant, par exemple, les Champs Élysées) sont promulguées par les préfets dépendant du ministère de l’intérieur, cependant que la flicaille (police et gendarmerie) a reçu l’ordre adopter de nouvelles tactiques pour réprimer plus violemment encore – et avec l’aide de l’armée, si nécessaire – les manifestants dont le nombre, quatre mois après le début de ce mouvement, ainsi que le soutien parmi la population, restent toujours inquiétants pour un pouvoir pressé de reprendre «le calendrier des réformes», c’est-à-dire de reprendre l’offensive dans la guerre sociale.

Il faut pourtant constater que, à ce jour, ce mouvement des gilets jaunes n’a pas su ou pu reprendre l’avantage sur les premiers terrains qui virent son émergence : les ronds-points sur les routes et les péages d’autoroutes, d’où ils furent délogés courant décembre, ni qu’il n’a non plus réussi, malgré quelques tentatives, à « bloquer l’économie » en occupant quelques lieux symboliques de l’exploitation capitaliste (un centre de redistribution d’Amazon, par exemple ou ce week-end, une poudrière fournissant des gaz lacrymogènes à la police). Manque d’expérience des luttes sociales, ou manque de leaders charismatiques : les gilets jaunes ne sont pas tombés de la dernière pluie, qui ne donnent aucune marque de confiance ni aux syndicats, ni aux diverses chapelles gauchistes et ni non plus aux sirènes de l’extrême-droite, réfutant ainsi en ce cas la réduction de leur mouvement à une éruption de populisme. Car le fait même que les revendications, les slogans, les désirs mêmes exprimés par les gilets jaunes soient si divers, de la naïveté la plus attristante (ces demandes de référendum ou de démission du président !) à la lucidité la plus désespérée, le fait surtout qu’est à chaque fois insatiable l’envie de parler, d’échanger, de nouer ou de renouveler les liens d’une fraternité fragile mais évidente, d’une communauté d’expériences vécues enfin hors du monde marchand, cela montre sans doute que ce qui se passe de nouveau dans ce mouvement, c’est l’invention, non encore consciente mais ritualisée chaque samedi, d’un temps autre, d’un temps absolument différent de celui qui règle sur le mode du « toujours plus vite » la production et la circulation de la marchandise. Temps, entre deux moments émeutiers, de la palabre et de la déambulation collectives dans ces beaux quartiers qui n’ont jamais rien vu de tel. Aussi émouvantes qu’une banque qui brûle, ces découvertes d’un temps long et lent ont entamé un processus d’usure des réflexes chronophages des appareils de domination : les flics sont fatigués et leurs chefs encore plus, dit-on. Ainsi s’inaugure un jeu de patience qui sera peut-être une pièce maîtresse pour que se donne à imaginer un nouveau désir de révolution.

Guy Girard, du groupe surréaliste de Paris   

11 février – 31 mars 2019

* Palotins, êtres mécaniques serviles créés par les pouvoirs pataphysiques du Père Ubu d’Alfred Jarry [not C. G.]

Nota. Les illustrations ont été choisies par le tenancier du blogue.

 

 

Le «féminisme décolonial» au secours de l’infâme

Longtemps figure de la garde intellectuelle rapprochée d’Antoinette Fouque, incarnation d’un féminisme plutôt essentialiste, défenseuse de la veuve Mao et déposeuse de la marque «MLF», Françoise Vergès est montée en marche sur le radeau du «féminisme décolonial» qui se veut à l’écoute des superstitions religieuses et considère la laïcité comme un masque odieux de l’impérialisme occidental.

Ci-dessous, l’une de ses récentes déclarations, sur le site HuffPost Maroc, censées promouvoir son dernier opus publié à La Fabrique, l’éditeur de toutes les bonnes causes. Où l’on apprend que la société française s’est «refondée» par la polémique autour du voile comme l’Amérique blanche par les lynchages de noirs.…

Ouaah! Françoise Vergès s’est mise à croire au progrès, c’est ça!?

Le billet qui précède m’a valu un bordée d’insultes délirantes, de la part des mêmes afficionados que d’habitude (ils ont un «dossier», qu’ils ressortent de la naphtaline pour l’étoffer…). Ils publient sur Indymdia Nantes parce qu’on les y laisse déposer leur petites crottes.

Pourquoi en parler? D’abord parce que ça m’amuse! Ensuite parce qu’apparaît cette fois un nouveau crime que l’on avait – inexplicablement – omis jusqu’ici de m’imputer…

Voilà cet oubli réparé: je suis sioniste. Il fallait que cela soit dit!

Et tant pis pour ceux qui me préfèrent «islamophile» et/ou antisémite. Arrangez-vous entre vous!

IL N’Y A [toujours] PAS D’“AFFAIRE BATTISTI”!

Cesare Battisti se trouve aujourd’hui dans une prison italienne. Le dossier des diverses instructions ouvertes contre lui lui a été communiqué. Il estime – à rebours de ce qu’il a toujours affirmé, notamment quand il était réfugié en France – que les accusations portés contre lui correspondent à la vérité des faits (voir ses déclarations sur Mediapart).

Il reconnaît donc avoir menti, non pas seulement aux juges et aux flics, ce qui est la moindres des choses! mais à toutes celles et tous ceux qui l’on soutenu politiquement et matériellement.

J’imagine, sans avoir tenté une recherche particulière dans ce sens, que ses «soutiens» d’alors ne se précipitent pas pour tirer le bilan d’une telle expérience. Si ces personnes se sentent à postériori trahies, elles n’auront guère envie d’en faire état. C’est compréhensible, mais c’est dommageable. Parce que Battisti n’était pas le seul Italien réfugié en France et parce que l’«innocentisme» qui a animé beaucoup de ses soutiens constituait déjà une erreur politique et stratégique avant qu’il soit ainsi démenti de manière tragi-comique.

J’invite donc ceux qu’intéresse le sort des réfugié·e·s politiques vivant en France à re·lire mon texte de 2004 disponible sur ce blogue: «Il n’y a pas d’“affaire Battisti”!»