Faillite de l’antifascisme mémoriel

« Comment peuvent-ils ? » « Comment peut-on ? » Telles sont les questions que l’on entend le plus fréquemment poser par les honnêtes gens de gauche à propos de la reprise en Europe d’un discours néonazi ou néofasciste dit « décomplexé » et de son succès, tant médiatique qu’électoral[1].

Le fait est qu’ils et elles « peuvent ».

Hier encore, tout ce qui évoquait le nazisme était frappé d’un tabou idéologique ; la flamme n’était entretenue qu’au fond de librairies poussiéreuses, par une poignée d’épurés et d’illuminés. Force est de constater que les choses ont changé.

Non que l’Europe soit brusquement saisie de quelque nostalgie hitlérienne… Simplement, des signaux idéologiques et des mesures concrètes – visant les immigré·e·s notamment – que n’aurait pas désavouées le chancelier du Reich ne se voient pas discréditées pour autant aux yeux de fractions toujours plus large des populations.

Sans parler de la banalisation de propos et d’actes racistes au quotidien.

Le fait que l’extrême droite activiste et violente prospère particulièrement dans l’ex-Allemagne de l’Est montre que ses idées ont été réprimées et contenues, mais nullement éradiquées.

Alexander Gauland, leader du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) déclare :

Si les Français ont le droit d’être fier de Napoléon [sic] et les Anglais de Churchill, il n’y a pas de raison que nous ne puissions pas être fiers des performances des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale[2].

L’épouvantail mémoriel ne fonctionne plus (ou mal).

Peut-être la disparition des derniers survivants – tant du côté des résistant·e·s et des survivant·e·s de l’extermination nazie que du côté des bourreaux – y est-elle pour quelque chose…

Un autre élément d’explication tient sans doute au fait que nombre d’indigné·e·s sincères n’ont pas rompu avec une gauche de gouvernement qui, non seulement s’est ralliée au système capitaliste en abandonnant toute velléité de critique radicale[3] (même de pure forme) mais a entrepris de contribuer à sa « modernisation » à marche forcée, en détruisant les mesures sociales adoptées entre le Front populaire et… la défaite du nazisme.

Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) apparaît ainsi soit comme le maximum de démocratie sociale possible, soit comme une utopie dépassée, deux propositions également stupides et mensongères.

L’antifascisme moral, mémoriel et démocrate est en train d’être laminé sous nos yeux. Cette partie – qui n’est pas la nôtre (je parle des révolutionnaires) – est d’ores et déjà perdue.

La seule perspective positive réside dans une stratégie de lutte des classes, clairement anticapitaliste et internationaliste, dont l’antifascisme sera une des conséquences stratégiques logiques et non un « fondement philosophique » désarmé.

Il faut cesser de désigner les néonazis comme l’incarnation du pire, ce qui mène à d’improductives et confuses alliances morales et électorales, ainsi qu’à une résignation catastrophiste. Ces gens sont des figurants parmi d’autres d’un système dont la destruction est l’objectif de notre histoire immédiate. Les fascistes – nouveaux ou à l’ancienne – feront partie des victimes collatérales de la révolution, que je souhaite communiste et libertaire.

[1] Voir quelques exemples dans l’article de Thomas Wieder « Allemagne. Le séisme politique de l’extrême droite (Le Monde, 7-8 octobre 2018).

[2] Cité par Thomas Wieder. Je ne sais quel est le terme allemand ici traduit par « performances », mais sa connotation moderne en français est nettement sexuelle.

[3] En France, après la prise en mains du parti socialiste par François Mitterrand au début des années 1980, précisément sur le thème d’une inévitable rupture avec le capitalisme – une des plus belles arnaques de l’histoire politique française.

 

Sur l’histoire de l’antifascisme en Allemagne, on peut lire de Bernd Langer chez Libertalia/La Horde :

CONTRE L’HÉNAURME! par Gérard Lambert ~ Débat sur Notre-Dame-des-Landes

 Afin de contribuer au débat en cours, je publie ci-dessous le texte de Gérard Lambert: Réplique à l’Appel pour retrouver un sens politique à la lutte qui se mène aujourd’hui sur la Zad, rédigé et diffusé par Quelques agriculteurs et agricultrices du collectif contre les normes, le 14 mai 2018.

On peut télécharger le texte de l’Appel ici.

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« Bien que nous n’attendions pas grand-chose de l’application de la journée de huit heures, nous promettons solennellement d’assister nos frères plus modérés dans la lutte de classe, de toutes nos forces et par tous les moyens dont nous disposons. Et ce aussi longtemps qu’ils continueront à faire ouvertement et résolument front contre nos oppresseurs communs »

Déclaration de la Central Labor Union américaine, sous l’impulsion d’Albert Parsons et August Spies, anarchistes, membres de l’Association Internationale des travailleurs, en 1885.

 

Dans votre texte, vous admettez que, au cours de votre lutte fort estimable contre les normes qui asservissent les « petits » à un capitalisme toujours plus contraignant, vous apprenez « chaque jours dans (vos) fermes à ravaler (vos) prétentions et à trop souvent vous mettre aux normes à contrecœur après avoir résisté jusqu’à épuisement (…) avec une rage rentrée ». Mais, lorsque des zadistes de Notre Dame des Landes, soucieux d’essayer de sauver l’essentiel de ce qui s’est construit là, font pareil vous vous permettez de les traiter de « pantins de l’État ». Au nom de quoi vos concessions sont elles honorables et les leurs méprisables ?  Qu’est ce qui vous permet d’estimer qu’ils n’ont pas, comme vous, cette rage rentrée ? Qu’est ce qui vous autorise à les déguiser en fourbes calculateurs arrivistes ayant « troqué leur costume de Black Bloc pour trouver une place dans les couloirs de la préfecture » ?

Ils se trompent peut être en essayant de « négocier » avec l’État quand tout prouve que celui-ci ne veut qu’imposer ses diktats, mais les caricaturer en « élite » voulant juste défendre des intérêts exclusifs est une calomnie aussi « ignoble » que la rupture de solidarité que vous leur reprochez.

Dans toutes les luttes sociales il y a une distinction à faire entre ceux qui sont délibérément des magouilleurs, des politicards, des arrivistes, des sales cons, et ceux qui, essayant de combattre au mieux dans une situation conflictuelle, tâtonnent, se trompent, font des erreurs stratégiques, etc. Cette nuance, ni vous ni les auteurs des textes que vous citez comme « éclairants » ne la faites. Au contraire vous portez un jugement dénonciateur péremptoire sur ceux qui pataugeant dans la boue et la confusion essaient de défendre une « zone » et ce qui s’y est construit, y compris la gestion collective et les solidarités. Loin du « mensonge crapuleux » que vous voulez voir dans cet effort.

Notant plus loin que « La force de l’État ne permettait pas de rêver aux grands soirs » vous faites pourtant griefs à ceux qui se résignent au compromis de choisir cette voie dans l’espoir de ne pas voir tout ruiner. Ils se leurrent peut être. C’est possible. Mais leur tentative de sauver « un territoire d’exception » et l’esprit qui va avec mérite bien plus le soutien que le démolissage « radical ».

Vous dénoncez « la manœuvre étatique de division » mais vous y contribuez en fabricant ce que vous qualifiez à juste titre de « figures spectaculaires forcément réductrices ». Vous êtes le pendant, version « offensive », des lâcheurs Durand et Verchère, que j’ai critiqués dans un autre texte*. Comme eux vous envenimez les désaccords, empoisonnez le débat. Vous contribuez à ce que les positions de chacun se figent dans un irréductible conflit au lieu de discussions constructives. Or tout ce qui fabrique ainsi de la division rend service à l’État. Pour des gens qui dénoncent les « pantins de l’État », ça la fout mal.

Ce qui a fait la force de la Zad, et contribué  à ce qu’elle séduise tant de révoltés contre le despotisme régnant, est loin d’être ce « mythe » que dénoncent vos copains et qui trouve écho dans votre texte. C’est la capacité à faire front contre l’ennemi en conciliant des stratégies diverses, en sortant de débats souvent houleux avec des choix d’actions concrètes différentes mais solidaires ; la capacité de gérer cette lutte de façon collective. C’est dans cette stratégie que se sont reconnus bien des gens fatigués du sectarisme qui affligeait depuis des décennies les tentatives de fabriquer un monde plus humain. Ce sectarisme, vos postures le font renaître.

Heureusement, il reste sur la Zad et ailleurs des gens qui ne s’y prêtent pas, qui continuent à essayer de construire des alternatives offensives à la résignation, au défaitisme, à l’écrasement. Des gens qui cherchent à « construire un collectif », comme celui que vous appelez de vos vœux, mais autrement que par l’anathème et la calomnie. Contribuer à ce qui se fait dans ce sens me semble plus positif que dresser des factions l’une contre l’autre pendant que l’État se marre.

Gérard Lambert

8 juillet 2018

*La main tendue et le coup de pied au cul.

 

 

Échec sans provision

Parfois, on préfèrerait se tromper, quitte à être ridicule.

Ne pas voir venir l’insurrection, rater le coche, ne rien comprendre à ce qui se produit.

Allez savoir pourquoi, dès le début du « mouvement social » en cours, je n’ai rien vu venir, rien senti : pas un tressaillement.

N’allez pas croire que je sois du genre pessimiste désabusé. Tout au contraire, je suis d’un optimisme collectif qui frise parfois l’illusion millénariste. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : y’a pas marqué Tarnac non plus ! Mais là : encéphalogramme plat (l’âge ! dirons les mauvaises langues).

Or, comme je n’avais ni recettes magiques à proposer ni envie d’être accusé de désespérer la gare du Nord ou Paris VIII, je me suis tu. En espérant être contredit par les faits.

Les deux ressorts du dit « mouvement social » sont la grève des cheminot·e·s et le mouvement étudiant.

Premier constat : il s’agit bien d’un mouvement étudiant, et non étudiant et lycéen. Pour une ou des raisons inconnues, et à de rares exceptions près, les lycéen·ne·s n’ont pas pris la rue. Pas de mouvement de la jeunesse donc, ou marchant sur un seul pied.

Je n’écarte pas l’hypothèse que des choses passionnantes ou simplement intéressantes se soient déroulées dans certaines universités occupées (à Montpellier, peut-être…). Les informations dont je dispose m’amènent à conclure à un mouvement très en retrait par rapport à ce qui s’est produit depuis 1994 (notamment en 1994 et 1995).

J’ai assisté à une assemblée générale dans Tolbiac occupée[1].

Vous me direz qu’une assemblée, c’est bien peu pour évaluer un mouvement. Certes ! Mais c’était la pire assemblée à laquelle il m’ait été donné d’assister (or, j’en ai vécu beaucoup, et de très pénibles).

Entre 400 et 500 personnes, jeunes pour la plupart, débordant d’énergie (à en juger par leur enthousiasme sonore), réunies dans un amphithéâtre sans que cela produise rien.

Pas une de ces longues réunions confuses qui ne débouchent sur aucune décision pratique. Non. Rien, et dès le début. Jusqu’au dénouement (heureusement rapide).

Tant de jeunes gens persuadés qu’ils forment ou constituent ou réalisent quelque chose, du seul fait qu’ils sont assis sur les mêmes bancs, dans la même salle.

Une assemblée générale d’opérette. Un décor de théâtre.

Mai 68 en farce, ai-je pensé (Salut vieux Karl !)…

…Avant de rejoindre une « manif sauvage », heureusement tolérée par la police, sur un parcours absolument désert à cette heure de la nuit, et rejoignant une gare d’Austerlitz elle-même vide de trains et de cheminots.

Par contre : nombreuses vitres brisées.

Le tout aurait aussi bien pu être organisé par l’Office du tourisme (AG dans fac occupée ; manif sauvage ; 3 vitres par personne comprises dans le forfait ; bruits de sirènes en final).

Farce triste.

Je pense que le malheureux concours de circonstances qui a voulu que le système marchand, arguant du calendrier, « commémore » Mai 68 cette année (période moquée, voire dénoncée par toutes les institutions les années précédentes !) a pesé lourd dans la balourdise du mouvement étudiant. Tantôt se persuadant de faire « mieux » qu’en 68[2], tantôt se contentant (voir plus haut) d’une vague similitude de gesticulations ou de formules.

Je n’oublie pas les déclarations comiques, même si très sincères et bien intentionnées, d’un Lordon assurant à une assemblée d’étudiant·e·s que ce qu’ils faisaient là (oui… quoi donc, au fait ?) était « plus important encore qu’ils et elles ne pouvaient l’imaginer ».

Bref, Mai 68 a plombé 2018.

Ce que l’on peut considérer comme une ironie vacharde de l’histoire.

À défaut de farce, on a parfois poussé à la caricature certaines manipulations bureaucratiques. Lors d’une Coordination nationale étudiante, annoncée pour devoir durer un week-end, l’Unef fit voter qu’on passerait plutôt la nuit à discuter, histoire d’en finir au plus vite au matin, coupant ainsi l’herbe sous le pied des délégués qui ne pouvaient rejoindre la capitale que le lendemain (du fait… de la grève des cheminots).

Quant aux dits cheminots et cheminotes (la mention de ces dernières sur les tracts et les banderoles est bien la seule innovation de la période !), la grève perlée qu’ils et elles ont tentée se révèle malheureusement un échec. Le trait d’ironie d’un humoriste touche, hélas ! juste : « Les cheminots ont réussi à convaincre les Français qu’on peut très bien se passer d’un train sur deux ».

Certes, il y eut ici et là, mais pas davantage que durant le mouvement contre la réforme des retraites par exemple, des tentatives de « convergence », c’est-à-dire des « actions » et manifestations communes.

Mais de « convergence des luttes » générale, il n’y eut et n’y aura point (pour cette fois).

Évitons tout malentendu : je ne juge pas les grévistes ou les occupants-bloqueurs. Si j’avais su quoi faire de mieux, je l’aurais dit. Et oui, sans doute, une grève illimitée – et non « reconductible » ! ce qui met le mouvement, chaque matin, à la merci des syndicats – eut été préférable, mais cette remarque étant dépourvue de toute portée pratique, je ne me suis pas donné le ridicule de la communiquer à qui de droit.

Je me contente de prendre acte d’une situation, loin des incantations.

Sans doute, des faits intéressants me demeurent inconnus (et s’il s’agit bien de faits et non de rumeurs ou d’appréciations subjectives, je me ferai un plaisir de les porter à la connaissance de mon lectorat).

Par ailleurs, aussi promis au proche néant qu’apparaisse l’actuel mouvement, celles et ceux qui y ont participé n’ont certes pas « perdu leur temps ».

Ils et elles ont expérimenté, se sont formé·e·s, on fait des rencontres. Cela nourrira leur expérience de vie et les mouvements futurs.

Il n’en reste pas moins que ce mouvement est un échec, dans la mesure où il n’aura ni empêché ni même sérieusement retardé la démolition libérale entreprise, au pas de charge, par l’actuel gouvernement et le patronat, unis.

Cerise sur le gâteau : en application d’une décision stratégique publiquement annoncée (et mentionnée sur ce blogue) les militant·e·s racialistes ont réussi une o.p.a. (offre publique d’annihilation) sur l’une des très rares nouveautés des dernières années, je veux parler du « cortège de tête », amalgame éphémère de radicaux, de syndicalistes dégoûtés et de manifestant·e·s « ordinaires » ne supportant plus de défiler derrière les bureaucrates et leurs gros ballons colorés.

C’est ainsi que le comité pour la vérité sur le meurtre d’Adama Traoré a pris la tête de la manifestation, présomptueusement baptisée « marée populaire », du 26 mai dernier.

Il s’agissait aussi, c’est vrai, de mettre la gauche en difficulté.

Mais la caractéristique d’un « cortège de tête » étant précisément que personne n’en prend la tête : aucun groupe identifiable, aucune tendance organisée (le Black Block ne répondant pas à la définition), l’o.p.a. s’est effectuée contre le cortège de tête, sa pratique éprouvée des dernières années et la majorité de celles et ceux qui l’ont rejoint[3].

Il est possible que l’opération ne soit pas renouvelée – d’ailleurs, on se demande bien ce qui avait pu dissuader jusqu’ici (à part l’absence de consigne des Indigènes de la République) les familiers d’Adama ou les militants contre les violences policières de participer à des manifestations – mais elle a montré que le dit cortège de tête est bien plus vulnérable à la démagogie racialiste qu’aux tirs tendus de balles de défense.

Il est possible aussi que le cortège de tête disparaisse et que des groupuscules politiques, des associations familiales ou de quartier remplacent – avantageusement du strict point de vue de l’ordre public – les services d’ordre syndicaux.

Voilà qui doublerait l’échec annoncé du mouvement actuel.

[1] « Commune libre de Tolbiac » fanfaronnaient affiches et tracts, quand les appariteurs contrôlaient toujours les grilles et les portes de l’établissement…

[2] J’ai lu sur le site Lundi matin un papier – peut-être humoristique, mais a-t-il été lu avec la distance humoristique nécessaire ? – assurant que les manifestations à visée émeutière de 2018 sont beaucoup plus réussies que celles de 68, quand il est difficile d’imaginer une grille d’évaluation qui puisse embrasser sans ridicule les unes et les autres.

[3] J’ai participé à la première manifestation organisée à Paris après le décès d’Adama Traoré. Partie, si l’on peut dire, de la gare du Nord, elle était bloquée et nassée au bout de deux minutes (le temps de remplir un tronçon de rue servant à la nasse). Une très longue attente permit de vérifier que les familiers d’Adama, nombreux et organisés, n’avaient nulle intention de forcer le barrage policier (très forçable me semblait-il pourtant). Je me souviens de m’être demandé à partir de combien de morts ces mêmes jeunes gens costauds renonceraient à tant de « calme » et de « dignité ». C’est précisément la stratégie politique qui a été importé le 26 mai dans l’ex-cortège de tête.

 

«Et s’il y avait un mort?» entends-je parfois.

Que faire de cette hypothèse? Sommes-nous censés souhaiter un décès, voire chercher un volontaire?

Mais répondons malgré tout. Si par malheur «il y avait un mort» – «la morte» se pense si peu qu’elle ne se dit même pas –, son enterrement serait celui du mouvement.

Avec unité syndicale retrouvée, véritable «marée populaire» et misérables surgeons tentés dans la semaine suivante, avant extinction complète.

En somme, la mort d’un manifestant servirait à euthanasier le mouvement : ni à le relancer ni à le radicaliser.

Les racialistes du PIR envisagent d’infiltrer le Black Block et les cortèges de tête

Un lecteur me signale, sur un blogue intitulé Saint-Denis ma ville, dont j’ignorais l’existence et dont j’ignore encore l’orientation politique, un compte rendu du dernier show «décolonial» des indigénistes, avec Angela Davis en guest-star (les théoriciennes du PIR ont-elles profité de l’occasion pour lui toucher un mot de l’«impérialisme gay» qu’elles dénoncent?), Ludivine Bantigny en universitaire utile, et Antonin Bernanos – heureusement sorti de prison – en mascotte.

L’article met l’accent sur l’intervention de Stella Magliani-­Belkacem, éditrice à La Fabrique, dont le propriétaire Éric Hazan ne cesse de clamer son admiration pour Bouteldja.

Militante du PIR, Magliani-­Belkacem fait un intéressant bilan des efforts de son groupuscule pour exister et – en toute modestie – «gagner une hégémonie sur une partie des classes populaires et sur une grande partie des organisations qui les représentent»…!

Elle propose rien moins que l’infiltration du Black Block et du cortège de tête à l’occasion des démonstrations de rue à venir.

Le raisonnement, pour autant que le terme soit adéquat, est assez tortueux. Il constate l’impossibilité de mordre sur le terrain occupé par la France insoumise – du coup, Jean-Luc Mélenchon est présenté comme un ennemi commun qui peut favoriser le rapprochement avec certains autonomes. Il enregistre aussi le déclin du NPA: il a été infiltré, certes, mais il a explosé, du coup qu’en reste-t-il?

Plus amusant, le PIR envisage de venir dans le Black Block à la pêche aux jeunes révoltés issus de l’immigration (ce qui montre qu’il a bien du mal à les rencontrer ailleurs, et par ses propres moyens).

La lutte anticarcérale est également envisagée comme terrain de convergence, dans la mesure où les militants de la gauche classique n’ont pas l’expérience de la prison et n’y accordent aucun intérêt.

Aussi microscopiques que soient les capacités réelles de nuisance du PIR en tant que groupuscule organisé, cette stratégie nouvelle suscitera probablement de nouveaux faux débats et peut-être quelques collusions confusionnistes.

N’ayant ni le temps ni le goût de fréquenter (même dans le costume de Mata-Hari) les messes du PIR, j’ai lu avec intérêt le verbatim (avec ses imperfections) de l’intervention de sa conseillère en stratégie de rue. J’en donne donc ci-dessous un court extrait, qui illustre ma présentation. On peut télécharger le texte complet en bas de page.

La deuxième raison, j’y arrive, qui nous invite à un dialogue avec les autonomes, même si ça paraît compliqué aujourd’hui, c’est une histoire d’une partie d’entre eux. Comme je l’ai dit, c’est des groupes très hétérogènes. Mais il y a au sein de l’autonomie, telle qu’elle est organisée aujourd’hui, à l’origine du cortège de tête, et qui en a peut-­être porté ce qui constitue aujourd’hui l’identité du cortège de tête, il y a en fait tout un milieu militant, issu des classes populaires, et pour une grande part, non‐blanche. Ce sont des groupes qui ont amorcé leur politisation dans les milieux des supporters de foot, dans les affrontements au Parc des Princes, avec contre les virages d’extrême­‐droite et par la suite, cette mouvance s’est structurée au sein de l’anti­‐fascisme, en adoptant une identité clairement anti-impérialiste. Il faut se rendre compte pour celles et ceux qui ne se rendent pas encore compte, que ces groupes‐là ont accompagné l’antiracisme politique. Ces Anti­‐fas, étaient là en 2014, à nos côtés, dans les manifestations interdites pour Gaza, contre la LDJ rue de la Roquette. Ces anti‐fa là, étaient pour La Marche de la dignité, c’est aussi par leur biais que des lycées populaires, et notamment le lycée Bergson dans le XXe arrondissement, (toux), que des lycées populaires parisiens ont rejoint les manifestations autonomes en 2016.

Et c’est ainsi qu’on a alors pu voir des lascars, en nombre, dans des manifestations du mouvement social. C’est sous leur influence également que l’esthétique du black bloc a littéralement changé. On compte désormais un nombre conséquent de banderoles du black bloc qui font référence au rap, et au rap d’aujourd’hui, et pas seulement Kim et Arcagnin( ?) et Zep mêlé à STH (SCH ?) et Booba, tellement que STH et Booba se sont permis de partager les slogans qui faisaient référence à leurs paroles sur les réseaux sociaux. Et il y a des liens importants entre cette filiation du cortège de tête et nos luttes, que l’on voit, des militants qui sont aux côtés d’Assia Traoré ou à ceux qui ont participé au révoltes urbaines à Bobigny, suite à la mutilation policière et au viol de Théo.

La troisième raison, qui nous pousse à considérer ce courant, c’est l’effervescence actuelle de l’extrême-­droite. Vous l’avez tous remarqué, même les militaires sont pour les ??. Aujourd’hui, les occupations de l’Université se font attaquer par des mouvements d’extrême‐droite. Il n’y a pas eu qu’à Montpellier, et pendant un certain nombre de semaines, ces attaques étaient quotidiennes.

Il y a un véritable retour de ces groupes fascistes violents, et il faut noter que certains milieux comme le Printemps républicain mènent une action de guérilla sans interruption sur les réseaux sociaux à l’encontre de nos luttes. Les gens qui sont visés par ces groupes d’extrême-­droite, ce sera ( ???), et ça restera en premier lieu, nous. (…)  

Il se trouve qu’il est possible que nous fassions vraisemblablement les frais de ces groupes‐là, de cette tendance là, alors cette troisième force, cette force autonome, entre le syndicalisme et les insoumis, (…), est peut‐être plus armée qu’une large partie de la gauche à affronter ces groupes-­là.

Et travailler avec ces forces­‐là, ça demande de notre part que nous nous réinventions et que nous changions quelques routines. Alors, quel travail, on se dit qu’on peut donner des exemples de campagnes. Quel travail politique accomplir aujourd’hui et avec quelles forces ?

Les autonomes pourraient s’avérer des partenaires cruciaux si nous voulions, par exemple, on ouvre ce forum là-­dessus, par exemple, mener des campagnes contre la prison. D’abord, certains de leurs militants ont subi des incarcérations, ce qui est un point commun avec les nôtres, dont aucun autre courant de la gauche ne peut se réclamer. Aucune autre frange de la gauche de connaît la prison comme le connaissent les autonomes.

 

“L’AFFAIRE CATALANE”, par Miquel Amoros

 

«Plus le temps est éphémère, plus encore il est orienté selon la mode.»

Walter Benjamin, Le Livre des passages. Paris capitale du XIXe siècle

 

La pression que l’oligarchie politique catalane a exercée sur l’État espagnol est surprenante, et plus encore vue de l’extérieur. Mais ce qui est vraiment extraordinaire, c’est le soutien populaire obtenu, en partie du fait de ses propres mérites, mais aussi pour avoir fait converger dans le temps un certain nombre de facteurs favorables au soi-disant « procès ». La question catalane a frôlé la crise d’État. Personne n’ignore que le catalanisme politique a participé à la rédaction de la constitution espagnole post-franquiste, et qu’il a joué un rôle stabilisateur pendant la «transition» de la dictature vers le système des partis amnésiques, facilitant à plusieurs reprises la «gouvernabilité» de l’État dont il aspire maintenant à se défaire. En contrepartie, il obtint des transferts substantiels. Probablement en fonction des liens qu’il entretient avec le monde des émotions, s’attache au nationalisme une disposition singulière à se développer en tant que mode. Et l’une des règles d’or de la mode est l’abolition du passé remplacé par un présent amnésique. Autour de la Generalitat, les municipalités, les conseils provinciaux et autres institutions autonomes ont établi un réseau d’intérêts politico-économiques en accord avec les intérêts financiers et commerciaux les plus importants. Le dynamisme capitaliste de la Catalogne exigeait une augmentation considérable du pouvoir de décision local qui se heurtait aux manières centralisatrices du vieil État monarchique. Il convenait d’attendre une redistribution des pouvoirs sous forme d’un nouvel «Estatut» affectant la gestion des infrastructures, et surtout en matière de compétences juridiques et fiscales. Cependant, le jugement du Tribunal Suprême de 2010, qui en pratique annulait la charte autonomique promise, fut la douche froide et le signal d’un changement radical de stratégie de l’oligarchie catalane bourgeoise, qui ne pouvait même pas faire face aux dettes contractées par son gouvernement. En plaçant l’indépendance comme objectif à court terme, elle unifia tous les secteurs qui pouvaient se considérer comme lésés par la crise économique, par le gouvernement central corrompu et autoritaire, par la droite des cavernes, par la monarchie bourbonienne et par la globalisation capitaliste : petits entrepreneurs et commerçants, classes moyennes salariées, professionnels, fonctionnaires et forces de sécurité autonomes, syndicalistes, étudiants, maires, conseillers et habitants de quartiers de petites villes et de villages agricoles, séparatistes irrédentistes, esclaves de la mode, etc. Un «peuple catalan» était réapparu, prêt à obéir aux slogans que ses dirigeants lui transmettaient par le biais de dispositifs de mobilisation très efficaces (l’ANC, Omnium, TV3), en se comportant toujours de manière pacifique et civique, selon des scénarios préalablement fixés et élaborés jusque dans le moindre détail. Notons la répugnance des patriotes catalans pour les fronts nationaux, les assemblées de base délibératives, la kale borroka et les grèves sauvages. La propagande nationaliste a réussi à créer un monde séparé, calme, avec son importante symbolique, son baroquisme, ses héros, son baratin convivial et ses lieux communs, avec un discours, un peuple, des victimes et un ennemi faits sur mesure. Face à une imposante démonstration d’acquiescement populaire, telle celle qui eut lieu à l’appel du gouvernement, les parlementaires souverainistes pouvaient se présenter comme de scrupuleux accomplisseurs du mandat donné par un peuple formaté, qui loin de se réunir en assemblées pour débattre et se constituer en tant que tel, s’en remet totalement à ses dirigeants politiques et à ses leaders médiatiques. La notion de peuple est inhérente à celle de souveraineté, car le peuple souverain est source de droit, fondement d’une nouvelle légalité, plus «démocratique» que celle de l’État. En tant que peuple en lutte contre le colonialisme espagnol, il a « le droit de décider », c’est-à-dire de s’autodéterminer, de se séparer d’un État oppresseur, de promulguer des lois et de se doter de son propre gouvernement, de préférence républicain. En tant que « démocrates » authentiques, interprètes de la volonté populaire, les députés souverainistes devraient voter les nouveaux moyens juridiques d’autodétermination et ensuite les négocier de manière appropriée avec l’État espagnol, qui, comme on pouvait le supposer, n’aurait pas le cœur à ce travail. C’était le point faible de la stratégie souverainiste, ou mieux du récit « indepe », qui transformerait le spectacle de la séparation en comédie. La fin du “procès” n’a pas été aussi épique que le jour du référendum et celui de la première grève de l’histoire convoquée par le patronat. L’appareil souverainiste avait marqué un grand but contre son propre camp en livrant à la publicité le dispositif répressif du Gouvernement central, mais après l’apogée de la déclaration symbolique d’indépendance au Parlement, un simple décret suffit pour que les choses revinssent sur la bonne voie. Il ne s’agissait pas d’indépendance mais de « dialogue ». Le «peuple» héroïque est resté à la maison immobile devant la télévision, tandis que les délégués des ministères occupaient les départements administratifs catalans sans avoir besoin de l’intervention d’un seul agent de la force publique. Avec la délocalisation du siège de La Caixa et du Banc de Sabadell commençait une fuite des entreprises qui mettait en évidence, de concert avec une chute contrôlée du marché boursier et une baisse du tourisme, la rupture des exécutifs capitalistes avec le «procès». C’était la deuxième erreur du souverainisme, de penser que le soutien des capitalistes était assuré malgré la perte de profits. Le troisième était l’internationalisation de la cause catalane. Le souverainisme a bien joué sa dernière carte, celle de la «médiation» internationale, mais la bataille diplomatique s’est soldée par un triomphe du gouvernement central, aucun État n’étant solidaire du «procès». Comme dans le jeu de l’oie, le bloc souverainiste est revenu à la « case départ », renouant avec le victimisme de rigueur et les bagarres pour le leadership. Comme d’habitude, il a instrumentalisé la culture catalane, et accepté frivolement de nouvelles élections autonomes avec la circonstance aggravante d’avoir provoqué l’apparition d’un puissant espagnolisme “de pays”. Des sacoches étaient-elles nécessaires pour ce voyage ?

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Caricaturer n’est pas toujours penser

La «une» de Charlie Hebdo moquant le théologien Tariq Ramadan prouve – c’est la énième fois! – que caricature et turgescence ne suffisent pas à produire une pensée critique mordicante, qui attaquerait l’idéologie dominante dans ses parties sensibles.

Comme au moment de «l’affaire DSK», l’hebdomadaire satirique cède à la facilité salace de la gauloiserie (censée être une spécialité nationale, donc).

Que voyons-nous?

Un Ramadan ithyphallique revendiquant son sexe à l’érection monumentale comme le «6e pilier de l’islam». Le cartouche rouge («VIOL») et le titre en haut à gauche de l’image indiquent bien le contexte: c’est la défense, plaisamment supposée, de M. Ramadan, accusé de viol et autres violences sexuelles par plusieurs femmes.

On comprend que le dessinateur a voulu fustiger la double morale du théologien, proposant d’une part un «moratoire» des lapidations de femmes aux mœurs jugées douteuses et, d’autre part, pratiquant pour sa satisfaction personnelle la domination sexuelle la plus violente.

La cible paraît légitime, mais qu’en est-il du trait?

Il associe viol et harcèlement à une complexion génitale particulière et/ou à des «besoins sexuels» démesurés. C’est à la fois faux et dommageable.

La première hypothèse rejoint fâcheusement une vision paranoïaque raciste des mâles arabes et des noirs comme étant dotés de sexe surdimensionnés et, du fait d’une «animalité» consubstantielle à un retard de civilisation, d’une libido supérieure.

Je ne vois pas l’intérêt de véhiculer, pour un sourire dans le meilleur des cas, des stéréotypes de cet ordre et d’apporter ainsi du grain à moudre à la nuisible, antiféministe et antisémite Houria Bouteldja.

La seconde brode sur le mensonge des «besoins sexuels», déjà dénoncés ici comme un «mythe au masculin». Lequel mensonge a été repris ces dernières semaines, certes sur le mode de la déploration, à propos des campagnes contre le harcèlement sexuel visant les femmes.

L’écrivaine Nancy Houston, souvent mieux inspirée, estime (Le Monde, 29 oct. 2017) que l’image publicitaire de la femme comme objet sexuel a réveillé des «instincts», que la religion parvenait jadis à inhiber. Tout le malentendu viendrait du fait que les «les hommes bandent» spontanément, devant des femmes qui n’ont pas l’expérience de ce troublant phénomène.

Trouble pour trouble, si j’en crois mes amies, il arrive que les femmes éprouvent une soudaine humidité vaginale, y compris en dehors d’un rapport érotique.

Par ailleurs, le «problème» n’est en aucune façon le fait de bander (ça n’est pas douloureux, merci de vous en inquiéter, Nancy!) mais : Cette érection me donne-t-elle des «droits»? Puis-je considérer légitimement qu’elle peut ou doit modifier mon comportement?

La réponse à la première question est évidemment NON, surtout s’il s’agit de «droits» sur quelqu’un d’autre, qui empiètent sur ses propres droits, sa propre liberté.

Même réponse à la deuxième question, avec la modération subsidiaire qu’un homme – ou une femme – peut légitimement soulager une tension génitale en se masturbant, à condition toutefois de ne pas imposer à un tiers la vision de cet acte (exhibition) ou la connaissance du lien établi arbitrairement et sans son accord entre sa personne et le geste amenant le soulagement (harcèlement textuel, etc.).

Dans le même numéro du Monde, un psychanalyste qui aurait gagné à demeurer inconnu, M. André Ciavaldini affirme: «La pulsionnalité sexuelle humaine ne connaît pas de limites [pas de période de rut], elle cherche encore et toujours à se satisfaire coûte que coûte». Après cela, qui cimente pseudo-scientifiquement la culture naturaliste et essentialiste du viol, on peut bien raconter n’importe quoi: Ça va être comme ça, comme dirait Mme Angot, pendant longtemps encore…

Obnubilé par le souci de cibler un personnage en effet bien antipathique et de pratiquer une antireligiosité de bon aloi, Charlie Hebdo renforce, sans y songer (c’est une critique, pas une excuse), des clichés sociobiologistes, misogynes et racistes. Que cette contre-productivité politique réveille une haine meurtrière n’y change rien!

Le caractère répugnant ou criminel des réactions suscitées par une erreur ne saurait exonérer son auteur de ses responsabilités.

Actualité[s] de “La Fabrique du musulman”, livre de Nedjib Sidi Moussa

 

La première « actualité » – et c’est la meilleure pour un livre – c’est que La Fabrique du musulman (Libertalia) repasse chez l’imprimeur pour un nouveau millier d’exemplaires.

 

 

 

Par ailleurs, les recensions se sont multipliées. Citons notamment celle parue dans le fanzine Spasme (n° 13, été 2017). Certains articles, dont la recension citée plus haut, sont d’ors et déjà en ligne sur le blog.

Il existe depuis peu une page Facebook.

Les lieux de diffusion près de chez vous sont ici.  Contact.

Spasme est aussi disponible par correspondance à prix libre, réglable par chèque à l’ordre de «Les peinturiers» à l’adresse : Les Chemins non tracés BP 84011 Avignon CEDEX 1.

 

La revue Humanisme (Grand Orient de France), a publié une longue recension du livre (dont je donne un extrait ci-après), sous la plume de Philippe Foussier, son plus haut responsable.

Mais au-delà même de la mouvance de l’ultra-gauche, on recense aussi des porosités dûment établies entre des courants religieux intégristes ou des organisations racialistes parmi les syndicats ou des formations de gauche comme le PCF ou le Parti de gauche ou des syndicats comme Solidaires. Les Verts ont aussi eu à connaitre quelques débats sur ce thème. La notion d’islamophobie – destinée à légitimer en France le retour d’un délit de blasphème aboli en 1791– rassemble bien au-delà de la mouvance anticapitaliste. On a ainsi vu la porte-parole du PS parader à la table d’honneur du diner de gala du CCIF en 2015, par exemple. Il faut observer que cette présence à une soirée à laquelle participait également

Houria Bouteldja, leader du Parti des indigènes de la République, avait soulevé une certaine réprobation dans les rangs du PS. Mais pas à son sommet.

Au-delà de ces anecdotes, néanmoins révélatrices, il est à craindre que ce mouvement enclenché dans les franges de l’ultra-gauche et libertaires et qui irriguent aussi des formations plus classiques n’ait pas encore déployé tous ses effets. Rien n’indique à ce jour qu’une évolution inverse se dessine. La « fabrique des musulmans » peut alors poursuivre son œuvre funeste : « Que ce processus d’intégration dans la séparation, foncièrement anticlassiste, soit accompagné par les États, les bourgeois, les religieux, cela n’est en rien surprenant. Mais que des révolutionnaires, des syndicalistes, des anticléricaux ne comprennent pas, ne voient pas ou ne veulent pas voir qu’ils s’associent à une entreprise potentiellement dévastatrice pour les combats progressistes d’aujourd’hui et de demain, cela est beaucoup plus sordide ». On ne saurait mieux dire.

Une autre recension sur le site de Théorie communiste.

Il est encore question du livre dans le bulletin irrégulier Négatif (reproduit sur ce blogue).

Pour toute correspondance écrire à Négatif c/o Échanges BP 241 75866 Paris CEDEX 18.

 

Et un écho supplémentaire dans Régénération, trimestriel aléatoire édité par l’association Germinal 30 rue Didot-75014 Paris. Contact.

 

 

Enfin, Nedjib Sidi Moussa a accordé un long entretien au magazine en ligne Vice « Les “Musulmans” sont-ils les nouveaux damnés de la Terre ? ».