Les syndicats et les partis de la gauche du capital ont saboté la grève à la SNCF, en la canalisant vers la défense de l’entreprise ferroviaire et de l’État-patron…

…Seul un sursaut d’autonomie ouvrière peut la sauver

Après deux mois de grève – minoritaire dès le début –, la lutte s’épuise tout doucement. À l’exception du 14 mai, qui fait figure d’une sorte de baroud d’honneur, le nombre de grévistes diminue y compris chez les catégories les plus mobilisées comme les conducteurs et les contrôleurs. La grève ne mord pas sur les non-grévistes. Les AG, au nombre réduit et variable de participants, sont une pâle imitation de ce qu’elles devraient être. Elles n’ont pas la force de décider quoi que ce soit de décisif pour redresser le cours du combat et sont à la merci de chefs syndicaux qui monopolisent la scène.

La programmation en 2/5 décidée par la CGT correspond à l’état réel des forces mais vide de sens la participation aux AG et accroît la passivité, le côté «consommateur» de la grève, voir le côté je-m’en-foutiste de certains grévistes qui se mobilisent en fonction du climat. Mais, compte tenu de la faiblesse chronique du mouvement actuel, la grève reconductible proposée par SUD est au 2/5 ce qu’est la mort subite en regard d’une lente agonie.

Le nombre des non-grévistes augmente. Ils ne sont pas tous des jaunes vendus à la Direction. Il faut comprendre leur scepticisme face à une grève qui a d’emblée cantonné les cheminots au rôle de spectateurs plus ou moins engagés. Aux dires des syndicats, le référendum aurait dû les impliquer davantage. Or, il n’a servi à rien. Son succès (en gros 65 % du personnel s’est prononcé contre le plan) n’est que le revers de la médaille de la faiblesse du mouvement. En effet, 45 % au minimum de ceux qui sont contre le plan ne font pas grève. L’idée entretenue savamment par les syndicalistes qu’il suffit d’un vote pour faire bouger les lignes a éloigné encore plus de monde des actions musclées, pourtant indispensables pour faire plier l’État-patron. Parmi les grévistes, s’affirme l’idée que ces 45 % ne veulent pas se mouiller et comptent sur eux pour limiter la casse. Une grève par procuration en somme. Le contraire exact de ce qu’il faudrait pour gagner quelque chose.

Tant que la grève ne sort pas du diktat étatique du préavis, elle n’a aucune chance de faire mal à l’État-patron. La SNCF se sert très efficacement du préavis pour minimiser les effets de la lutte sur son chiffre d’affaires et ses profits. Tant que des actions coup de poing ne frappent pas la principale source de gains de la SNCF, c’est-à-dire les TGV et les lignes internationales, l’entreprise étatique peut résister à la pression des cheminots. En décembre 1995, lorsque la grève a gagné en puissance, aucun train ne circulait. Quand il y en avait qui tentaient de rouler, on pouvait les bloquer, même avec seulement 50 % de grévistes parce qu’on avait établi un rapport de force favorable. Aujourd’hui ce n’est pas le cas.

Le problème est que cette grève n’a pas été préparée par un intense plan de mobilisation et de consultation des cheminots avant qu’elle ne démarre. De plus, elle a été imprégnée dès le départ du culte de l’entreprise SNCF, des balivernes sur le service public et les bla-bla sur la beauté de la profession de cheminot. Autant de conneries dont les salariés qui en bavent le plus n’ont rien à faire. La dette ? Le statut de l’entreprise ? Le service public ? Autant de sujets qui concernent certes les syndicalistes qui siègent aux conseils d’administration des deux EPIC, qui défendent la boîte pour défendre leur fonction, qui sont farouchement attachés à leurs heures de délégation, à leurs promotions négociées, etc. Les cheminots, eux, en revanche ont une seule préoccupation : que vont devenir leurs conditions de travail, leurs salaires et leur protection sociale ?

On résume tout cela dans la défense du «statut» du cheminot. Pourtant, ce statut ne concerne pas la totalité des salariés de la SNCF ni les dizaines de milliers de salariés des entreprises sous-traitantes. Pour que la défense du «statut» du cheminot devienne un véritable levier de mobilisation il aurait fallu qu’on se batte clairement pour son application aux contractuels, aux intérimaires de Manpower, aux autres salariés du groupe SNCF (comme Geodis-Calberson, par exemple) et, surtout, à la sous-traitance, toute la sous-traitance : nettoyage des gares, comme les salariés d’Onet ; les ouvriers des chantiers de rénovation comme les salariés de Colas Rail, d’ETF ou de Transalp renouvellement ; les conducteurs de bus de remplacement, etc.

 

 

En cas contraire, le «statut» du cheminot restera la cage dans laquelle l’État-patron maintient les cheminots à la laisse de la SNCF et divise les salariés de l’entreprise ferroviaire. Si les cheminots en lutte n’inscrivent pas en tête de leurs objectifs l’application de leurs conditions contractuelles à tous les salariés qui travaillent pour la SNCF, le patron a la partie facile quand il fait passer les cheminots à «statut» pour des «privilégiés». Malheureusement, aujourd’hui, cette extension du statut n’est pas envisagée par l’immense majorité des cheminots. D’autant plus que les syndicats s’en moquent complètement.

Puis, il a la question des salaires, congelés depuis trop longtemps. Ce gel a été partiellement atténué par les nombreuses primes qui améliorent l’ordinaire des maigres payes fixes. Pourtant, ce système de primes est un double piège pour les cheminots :

– parce qu’il accroît la division entre ceux qui les touchent et ceux qui ne les touchent pas,

– parce que ces primes n’entrent pas dans le calcul des retraites.

Ainsi, pour contribuer à unifier dans la lutte toutes les catégories de salariés de l’entreprise ferroviaire, il faudrait exiger que les primes communes soient intégrées dans les salaires de base, qu’on ait le fameux «statut» ou pas. Il faut également arracher des augmentations de salaire uniformes pour tous en rompant avec plusieurs années de reculs (2003, 2007, 2010, 2014 et 2016) et de «modération salariale».

Pour l’heure, ce tournant de la grève ne semble pas se profiler à l’horizon. Pendant ce temps, le jeu des syndicats pour annihiler la lutte se précise. La CFDT et l’UNSA s’apprêtent à lâcher prise après le 5 juin en prétextant quelques avancées dans leurs tractations avec l’État-patron. Des «avancées» dont la plupart étaient déjà inscrites dans la première mouture de la loi ferroviaire. Les amendements syndicaux n’ont été, à les écouter, que de l’ordre «du renfort de langage», c’est-à-dire du coupage de cheveux en quatre et des précisions peu utiles. Quant à la CGT et à SUD, ils se plaindront une nouvelle fois de la trahison de leurs copains de la CFDT et de l’UNSA avant de rebrousser à leur tour chemin. Le risque réel est que ces deux organisations laissent les cheminots les plus déterminés s’engouffrer dans un combat solitaire et ultra- minoritaire assorti d’appel abstraits à une solidarité imaginaire. Si ce scénario se réalise, les grévistes n’auront été que des porteurs d’eau des syndicats, tous les syndicats, pour les aider à maintenir leur place de choix dans la cogestion de l’entreprise ferroviaire étatique. Si ce scénario se réalise, les cheminots les plus déterminés, une fois isolés, seront abandonnés à la répression patronale.

Que faire maintenant ? On a perdu beaucoup trop de temps mais la messe n’est pas encore dite. Une première condition est d’arracher la direction de la grève aux syndicats. Une deuxième est de cesser de respecter le diktat des préavis de grève, de redevenir mobiles, de faire grève à l’improviste en ne suivant pas le calendrier officiel, de s’arrêter et de redémarrer au moment opportun. Pour cela, il faut gagner aux raisons de la lutte ceux qui n’y ont pas participé jusque-là en organisant des AG dans les services, dans tous les secteurs de l’entreprise ferroviaire.

On ne gagnera pas les indécis sans mettre en tête des objectifs de la grève les hausses de salaires égales pour tous, l’intégration des primes au salaire de base et l’extension du «statut» du cheminot à tous les salariés qui travaillent, directement ou indirectement, pour la SNCF.

Combattre l’entreprise SNCF et l’État-patron. Abandonner les illusions sur le «service public».

POUR LA REPRISE DE L’INITIATIVE OUVRIÈRE

Paris, le 03 juin 2018

Pour toute correspondance: pmprio2018@gmail.com

 

Ajout

L’affiche ci-dessous reproduite (trouvée sur Twitter) me paraît illustrer – jusqu’à la caricature – les critiques formulées dans le texte.

AH ! MADAME HIDALGO…

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VOUS OSEZ DÉCLARER qu’une place occupée a été privatisée par celles et ceux qui y parlent, échangent, réfléchissent.

Cette même place que vous et vos semblables avez défigurée, arasée, et transformée en une triste « dalle ». Non sans y avoir créé un café pour « branchés » et cédé la concession à… une entreprise privée.

Votre arrogance, la certitude que vous affichez de votre impunité forcent le dégoût.

VOUS OSEZ DÉCLARER que nous dégradons les lieux, quand ce sont vos services de voierie qui démontent, détruisent, déplantent, et mettent au rebut (*) ce qui a été apporté et bâti en commun.

Vous voyez le monde inversé. Nous le remettons sur ses pieds, vous ne savez que mettre à bas.

Je me souviens du printemps dernier, lorsque vous avez fait installer un manège rue Pajol, à l’endroit où, la veille, des réfugié(e)s avaient installé un campement d’infortune. Vos flics leur permettaient d’aller pisser deux par deux, accompagnés d’un Français estampillé.

Aujourd’hui, vous fermez les toilettes publiques autour de la place de la République et vous éteignez les réverbères (voilà un petit boulot qui vous conviendrait mieux !).

Sur les chaînes de montage ou dans la rue, l’intimidation et l’asservissement usent des mêmes procédés : mesquins, infantiles, dégradants.

VOUS OSEZ DÉCLARER qu’« on peut rêver un autre monde mais non dégrader celui-ci ».

Vous savez ce que vous voulez, Madame (garder le pouvoir), mais vous ne savez pas ce que vous dites.

« Dégrader » signifie destituer. Dans nos rêves, et dans la manière dont nous les vivons chaque jour, il y a belle lurette que nous vous avons destituée, vous, et vos semblables.

Il ne s’agit pas pour nous de « dégrader » le monde présent, mais de le dissoudre. C’est ce que nous faisons dans nos échanges, nos rencontres, nos assemblées générales, nos blocages, nos luttes, nos manifestations sauvages. Partout où se manifeste concrètement le désir de créer de nouvelles façons d’être et de vivre ensemble. De créer une nouvelle res publica.

En lieu et place de votre « République ».

Gueule rouge

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PS. Je serai en fin de journée sur le stand des éditions Libertalia, place de la République.

(*) Merci à Fred Alpi d’avoir repéré (au premier coup d’œil) cette grossière faute d’orthographe (rebus), et honte à l’auteur d’un texte rédigé «à l’arrache» et mal relu!

 

NOTE CONFIDENTIELLE À l’attention des parlementaires et cadres du Parti socialiste (1999)

Dommages de guerre

 

Le texte ci-dessous a été diffusé sous forme de tract, Capture d’écran 2014-11-18 à 16.20.41notamment à Paris, lors de la manifestation du 1er mai 1999.

Republié dans mon livre Dommages de guerre (L’Insomniaque, 2000), il ne l’était pas sur mon ancien site.

 

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1 — Les premières phases de l’opération «Repoussoir» se sont déroulées de manière satisfaisante, laissant présager un complet succès final. L’opposition interne à Milosevic est divisée et largement discréditée. L’opinion publique yougoslave a retrouvé instinctivement les réflexes d’Union sacrée autour du pouvoir en place. La constitution d’un bloc stable, néostalinien (au potentiel militaire moins menacant que celui de l’ancienne URSS), utilisant au mieux les dispositions fascistes et médiatiques de Milosevic, est en bonne voie.

La consolidation de ce «repoussoir» symbolique au cœur de l’Europe, incarnation d’un nouveau danger totalitaire, devenait nécessaire après l’implosion du bloc dit soviétique et au moment où doit se mettre en place l’Euroland, dans une indifférence vaguement hostile des opinions occidentales.

 

2 — Comme dans toute opération d’envergure, certaines hypothèses ont été sous-estimées. Mais comment prévoir par exemple que Milosevic se contenterait de chasser les kosovars vers les pays voisins, au lieu de les éliminer ? Outre le fait que cette stratégie nous oblige à recourir à une surenchère de propagande sur le thème de la «déportation» et du «nouvel Hitler», qui pourrait s’avérer contre-productive à moyen terme, elle suscite un très fâcheux rapprochement avec la question, toujours brûlante, des «sans papiers». Il faut par surcroît compter avec les bourdes de nos alliés ; cf. la proposition allemande (entre autres) d’accueillir des réfugiés. Pourquoi pas promettre la nationalité française aux déserteurs de l’armée serbe, tant qu’on y est ?! C’est bien assez de devoir contribuer in extremis au dispositif humanitaire.

 

3 — Il m’a été rapporté que tels jeunes cadres (égarés par le lobby bouddhiste ?) envisageraient de faire publiquement un rapprochement incongru entre la situation au Kosovo et celle du Tibet. Il n’y a évidemment aucune comparaison possible entre MM. Jiang Zemin et Milosevic, ce dernier n’ayant ni l’intention ni d’ailleurs les moyens de nous acheter quoi que ce soit. Ajoutons par parenthèse que la France poursuivra naturellement ses efforts pour financer le régime libéral-maoïste (même si nos investissements en Chine devaient rester déficitaires), et pour le soutenir diplomatiquement aux Nations unies.

Il semble qu’il existe un réel déficit de formation dans le parti. Il est inquiétant que des cadres se révèlent incapables de distinguer les principes directeurs de notre politique des thèmes, disons romanesques, de l’«ingérence démocratique» ou de la «guerre humanitaire», tout justes bons à enthousiasmer un Cohn-Bendit (qui pousse le zèle jusqu’à évaluer les forces nécessaires !). Il serait bon d’ailleurs que les ténors du parti multiplient les critiques à l’égard du candidat des Verts, de manière à valoriser son soutien à la guerre. Plus ce bouffon apparaît «à notre gauche» et plus son soutien à la guerre est précieux, notamment auprès des jeunes.

 

4 — Certains d’entre vous s’inquiètent, paraît-il, de l’éventualité d’une intervention terrestre de nos troupes. Il est exact que cette phase n’a pas été à proprement parler préparée, et qu’elle n’irait pas sans poser quelques problèmes techniques. J’estime que ces difficultés pèsent peu au regard des avantages :

a)— Il est à prévoir que le même mouvement d’opinion qui anime aujourd’hui l’ex-Yougoslavie se produirait également en France, resserrant la Nation autour de ses chefs et de ses valeurs. De plus, tout ce qui accroît dans l’opinion la confusion théorique, l’accablement impuissant et la frustration honteuse, sert nos intérêts en paralysant la critique sociale. De ce point de vue, la guerre (cf. le test du Golfe) constitue le meilleur appui de la politique.

b)— Des actions terroristes serbes sur le territoire national, même de modeste ampleur, permettraient de potentialiser encore le phénomène. Elles faciliteraient, par la réactivation et l’aggravation du plan Vigipirate, la mise au pas d’un éventuel mouvement anti-guerre et de mouvements sociaux qui lui seraient facilement assimilés (je pense notamment aux chômeurs).

 

L. JOSPIN

 

—La présente note [Réf/CG1999046n°1] ne peut être ni communiquée à un tiers ni photocopiée—

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NOTRE «LÉGITIMITÉ» SE CONSTRUIT DANS LES LUTTES (2007)

 

Capture d’écran 2014-11-18 à 16.20.41Ce texte a été distribué sous forme de tract, à Paris, dans les manifestations et assemblées générales qui ont suivi l’élection présidentielle.

 

 

Le système baptisé « démocratie représentative » est un système de régulation sociale. Il n’a pas pour fonction d’organiser le « pouvoir du peuple », comme pourraient le faire croire l’étymologie et la légende dorée républicaine.

La démocratie représentative est, à ce jour, le mode de gestion politique du capitalisme le plus efficace. Il organise l’apparence d’un contrôle populaire et constitue par là un préservatif contre la lutte des classes.

Ce système repose sur la fiction selon laquelle les sociétés humaines sont divisées en «nations» et non en classes, à l’intérieur desquelles les intérêts des « citoyens », considérés comme individus séparés les uns des autres, peuvent être considérés indépendamment de leur situation sociale. La « preuve »… il y a des ouvriers qui votent pour des politiciens bourgeois, de gauche, de droite ou d’extrême-droite.

La loi du capitalisme, c’est la loi du marché, de l’argent et des marchandises, ce que l’on appelle « économie ». L’économie est supposée s’imposer à l’espèce humaine comme la loi de la gravité. Mais tout le monde peut constater qu’un pavé lancé en l’air retombe, tandis qu’on peut douter de la fatalité du travail exploité et de la production d’objets nuisibles. La démocratie est là pour persuader chacun(e) qu’il/elle est coresponsable de la perpétuation du système. Ça n’est pas une chose que l’on subit, c’est une chose à laquelle on participe.

Le système peut d’ailleurs se contenter d’une participation purement symbolique. Le gouvernement des États-Unis ne se prive pas de donner des ordres au monde entier, alors qu’il est élu (à supposer que ce mot convienne) malgré le plus fort taux d’abstention de la terre.

La « légitimité » des dirigeants élus est une blague de mauvais goût : « Vous avez été assez sots pour croire à mes fariboles ; vous avez gagné le droit de la fermer ! »

C’est la méthode de la bourgeoisie : distribuer des somnifères aux pauvres pour conjurer ses propres cauchemars (voyez l’obsession anti-1968 de Sarkozy ).

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Accepter la « légitimité », non seulement au sens légal mais moral, politique et historique, de l’élection présidentielle, signifie qu’il aurait fallu accepter sans protester l’éventuelle élection d’un Le Pen en 2002 ! Après tout, Hitler aussi a été élu…

Qui peut sérieusement énoncer de pareilles ordures, sinon les chefaillons de partis qui espèrent que le même verrouillage mental et légal fonctionnera demain à leur profit.

Sarkozy n’est pas un nouveau venu. Il a sévi comme ministre de l’Intérieur, renforçant et modernisant un appareil répressif contre les travailleurs étrangers et les jeunes. Personne ne l’avait élu pour organiser des rafles quotidiennes à Paris. Il l’est aujourd’hui, et ça ne change rien pour nous.

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Dans l’histoire de France, le terme « légitimistes » désignait les partisans de la branche aînée des Bourbon, détrônée par la révolution de 1830. Contre les légitimistes d’aujourd’hui, une révolution reste à faire. Anticapitaliste et instituant la démocratie directe, nous la voulons communiste et libertaire.

Annoncé par une campagne « anti-68 » délirante, il était juste et logique que le quinquennat de Sarkozy commence par des barricades et des incendies… Il commence aussi par des dizaines de mois de prison ferme distribués au pif. Il sera fertile en luttes sociales, qui devront répondre à ses offensives (assurance chômage, retraites, universités, droit de grève, etc.).

Au patronat et à l’Élysée, les Sarkozy ont pour eux la loi (c’est eux qui l’ont faite!) et la force brutale. À nous de construire dans les luttes notre propre légitimité, nos propres solidarités, notre histoire.

…Pour un communisme libertaire

 

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Pas de bouclier fiscal pour l’héritage de mai 68 ! Le printemps cent pour cent!

Jolies héritières, beaux héritiers, votre président vous le dit : la vraie vie est dans les chiffres.

Apprenez ceux qui comptent !

22, v’la les cibles ! Fais-leur voir 36 chandelles ! Dans la rue, 68 ! Entre nous, 69 ! N’attends pas 107 ans !

 

 

 

ÉLOGE DE LA ZAD, par des zadophiles de Nantes, Grenoble, Carcassonne…

Encore un texte intéressant à propos (ou à partir) de Sivens et Notre-Dame-des-Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17Landes — un tract cette fois —, arrivé de « boîte mail » en « boîte mail » jusqu’à mon ordinateur. Je me fais un plaisir de lui offrir ma modeste hospitalité.

Je me suis permis de modifier la mise en page (de la citation d’un autre texte), pour l’adapter à celle de mon blogue. J’écourte aussi la signature pour en faire un sous-titre (elle est complète en bas du texte).

Il va de soi — je réponds ici à une critique que j’ai entendue à propos de la notion de « ZAD » —, que face au capitalisme mondialisée et à sa capacité de destruction, de contrôle et de modification du vivant, c’est la terre entière qui est une « zone à défendre » (sans parler de nos corps, autant de « champs de bataille »). Cependant, d’un point de vue stratégique, la délimitation provisoire — et l’occupation offensive — d’une ZAD dans une zone particulièrement menacée par un projet nuisible (aéroport, barrage, TGV, camp militaire ou de vacances, etc.) est tout à fait pertinente et féconde. Ce n’est ni une panacée ni le seul moyen de lutte, mais c’en est un, dont les rédactrices et rédacteurs du tract ci-dessous soulignent justement l’intérêt.

Note domestique : J’ajoute la mention « INÉDIT », pour signaler qu’il ne s’agit pas là de l’un des textes que je déménage (par centaines) depuis mon ancien site.

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Maintenant que s’éteignent les diverses versions qui voulaient couvrir les raisons du meurtre de Rémi F. par l’État — de l’élaboration du mentir-vrai qui tient lieu de discours officiel à la dissolution des responsabilités par gradation hiérarchique, j’ai obéi, j’ai donné l’ordre d’obéir, on ne doit pas mettre en cause la volonté d’obéir — on ne peut pas s’arrêter à demander, même fermement, des démissions, une police mieux faite, etc.

Ce qui a été visé dans la nuit de Sivens, c’est le scandale que représente l’existence même des ZAD et leur possible dissémination. Les ZAD et leurs partisans ne veulent pas uniquement empêcher un aménagement mais y substituer autre chose et c’est l’audace de ce programme, aussi rudimentaire soit-il, qui commence à perturber les partisans du nihilisme de la croissance. Une ZAD est un territoire où des êtres décident de se passer des institutions pour construire leurs vies. Elle se constitue comme « zone à défendre », mais ses perspectives et sa raison d’être sont en réalité offensives car elle est aussi le lieu pour une opposition résolue au grand saccage de l’aménagement, où peut s’expérimenter des relations humaines hors du cash, de la hiérarchie, de l’utilitarisme économique (écologique), en bref de l’unique pensée des obsessionnels du développement ; le lieu où tente de s’élaborer une utopie à portée de lutte.

« Pour donner corps aux communaux, une assemblée saisonnière ne suffira donc pas, il s’agit de faire communauté. Si nous voulons parvenir à faire coexister les différents usages du territoire, les différents rapports au monde qui se déploient dans ce bocage, il nous faut créer des coutumes, des rites, des solidarités et des habitudes communes. Multiplier les moments de travail en commun, densifier les échanges et les solidarités, les dons et contre-dons qui font l’épaisseur de nos liens. Il faut pour cela construire d’autres espaces, expérimenter d’autres outils, d’autres pratiques, d’autres formes que les assemblées, même si ces dernières sont indispensables par ailleurs. Il nous faut approfondir les rencontres, les passerelles entre les mondes, et les amitiés improbables nées de cette lutte. » (De la ZAD aux communaux ? Quelques pistes à explorer pour aller plus loin…, texte circulant à Notre-Dame-des-Landes).

Sans conteste, ce genre d’idéal pratiqué et érigé en plate-forme commune pourrait cristalliser et fédérer bien des refus, des dégoûts que suscite cette société. Pour en revenir au barrage de Sivens, la mise en commun des 184 retenues d’eau privées, totalisant trois fois la capacité du barrage, accélérerait le démantèlement nécessaire du totalitarisme industriel.

La possibilité d’une multiplication des ZAD est un véritable cauchemar pour la domination et c’est pour cela qu’elle commence à mobiliser ses troupes citoyennes. A Albi la FNSEA organise une manifestation pro­barrage et dénonce les zadistes comme « djihadistes verts » ; à Nantes le lobby du BTP et son émanation associative défilent pour un démarrage immédiat du chantier accusant l’ACIPA et les Verts « d’être la vitrine légale d’un mouvement armé » (sous-entendu les zadistes) ; à Grenoble les milieux économiques coalisés sous l’égide de la Chambre de commerce et d’industrie font passer en force le tourisme sous bulle de verre dans la forêt des Chambarans ; à Carcassonne les productivistes agricoles laissent derrière eux une banderole sur laquelle est écrit « Mort aux loups et aux écolos (les écolos en premier) ».

Nul doute qu’avec le temps ils progresseront, appuyés par tous les représentants de la machine à gouverner, vers une définition plus exacte de ceux qui réellement dérangent. — Nous aussi.

Des zadophiles non fanatiques de Nantes, Grenoble, de Carcassonne, et d’ailleurs

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  deszadophiles@laposte.net

J’EMPORTE LE FEU ! À propos des centres de rétention (2008)

Le 22 juin 2008, après des mois de résistance quotidienne des sans-papiers «retenus», c’est le terme officiel, au Centre de rétention administrative (CRA) de Capture d’écran 2014-11-18 à 16.20.41Vincennes (en région parisienne), résistance contre leur détention, les brimades et violences policières et la volonté de les expulser hors de France, le feu éclate dans les bâtiments préfabriqués. La veille, Salem Essouli, malade et qui ne pouvait recevoir les soins nécessaires à son état dans le CRA, y était décédé.

Durant les six mois précédents, des militant(e)s avaient établi des contacts téléphoniques avec les retenus, tous des hommes, les femmes étant détenues à Paris. C’est l’essentiel de ces échanges qui est publié sous le titre Feu au centre de rétention par les jeunes éditions Libertalia.

Ces paroles de sans-papiers sont passionnantes à un double titre. D’abord pour qui veut connaître le détail de ce que l’on fait subir en son nom à des gens qui n’ont que le tort d’être étrangers et pauvres. Ensuite pour qui s’intéresse aux processus de mobilisation dans un milieu pour le moins défavorable. De ce point de vue, le centre de rétention est peut-être pire encore que la prison. Lire la suite

Une « Justice » foireuse (2005)

 

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Tract, dont le texte a été repris dans Le Combat syndicaliste (CNT, n° 303, janvier 2006).

 

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Foireuse, comme on dit d’un pet qu’il est foireux parce que, trompant le contrôle sphinctérien de l’émetteur, il emporte avec lui un peu de merde qui signale la chiasse.

La justice bourgeoise ordinaire enferme les pauvres. Comme elle se veut moderne, elle enferme désormais la misère sexuelle. À chaque crise sociale de quelque ampleur (la commune de 1871, 1968, les émeutes anti-CIP de 1994), la bourgeoisie, y compris de petite et moyenne envergure, est saisie d’effroi. Littéralement, elle pète de trouille. La foire lui tord les entrailles. Il lui faut, selon les époques, des pelotons d’exécutions, des bagnes et des mitards. Dans ces circonstances, la bourgeoisie ne pense pas, elle réagit, comme le bétail s’agite avant l’orage. Lorsqu’elle craint pour ses intérêts, sa rage l’aveugle sur son ridicule.

Le 14 novembre dernier, le ministère de la Justice décomptait :

— 2 734 personnes placées en garde à vue, depuis le 29 octobre ; 639 majeurs ayant fait ou allant faire l’objet de comparutions immédiates ; 122 majeurs ayant fait l’objet de convocation par procès-verbal ; 108 informations judiciaires ouvertes ; 489 mandats de dépôt ont été prononcés pour des majeurs,

— 375 majeurs condamnés à de la prison ferme ; 48 majeurs condamnés à de l’emprisonnement avec sursis, sursis avec mise à l’épreuve, ou TIG ; 41 majeurs relaxés,

— 494 mineurs présentés à un juge des enfants ; 108 mineurs placés sous mandat de dépôt.

Les procès, les condamnations et les emprisonnements ont continué depuis le 14 novembre mais, l’émeute s’étant apaisée, le ministère de la Justice ne considère plus qu’un communiqué quotidien de victoire conserve son utilité. Nous sommes revenus « à la normale », et peu importe que le nombre d’embastillés — chaque jour que fait la République — excède l’habitude, pourvu que celui des véhicules automobiles réduits en cendres retrouve son étiage des jours tranquilles, soit près d’une centaine, tout de même.

À Toulouse, le 14 novembre dernier, précisément, on a jugé parmi d’autres émeutiers un homme de 32 ans et son compagnon de 24 ans. Ces deux-là n’ont pas usé d’une quelconque substance inflammable, ils ont montré leur cul aux CRS. Oui : montré leur cul. À des CRS, qui comme on sait dissimulent sous un harnachement de gladiateur une pudeur délicate, violemment offensée par la vue desdits culs.

Les deux porte-culs firent, si l’on ose dire, « profil bas ». Nul récidive provocante à l’audience. Percevant probablement un inquiétant climat d’hystérie, ils s’empressèrent de reconnaître une bêtise, qu’ils mirent sur le compte d’une alcoolisation excessive. C’était en tout cas ramener les choses à leur infinitésimale proportion. Ils ajoutèrent avoir été frappés par les policiers au moment de leur arrestation.

En temps de foire bourgeoise, pas question de laisser Gavroche flirter avec Zazie. « Mon cul ! » s’entend dorénavant comme un cri séditieux ! La procureure requit 4 mois de prison ferme. L’un des culs valut 3 mois de prison ferme à son propriétaire, et l’autre — moins joufflu ? — deux mois ferme (cf. La Dépêche du Midi, 15 novembre 2005).

À lire les comptes rendus d’audience, rédigés ici et là par des journalistes ou des militants, on constate que 3 mois de prison ferme sont une peine courante pour l’immolation de deux ou trois poubelles (dans mon jeune temps, cet exercice agrémentait les inoffensifs monômes du baccalauréat).

La première réflexion qui s’impose à l’esprit est qu’une telle sentence constitue une provocation à l’incendie en bonne et due forme. Tant qu’à finir au trou, se dira l’émeutier des révoltes logiques chantées par Rimbaud, autant éviter le rhume de cul et manier plutôt la bouteille incendiaire !

La seconde est qu’aucune violence insurrectionnelle, je dis aucune, ne saurait être qualifiée d’excessive lorsqu’elle réplique à une aussi répugnante et grotesque violence institutionnelle.

Tout au plus souhaitera-t-on aux émeutiers d’aujourd’hui et de demain d’avoir de plus passionnantes occupations que la vengeance. Quant au petit personnel répressif, il n’aura qu’à choisir la fuite ; personne ne songera à réclamer son extradition.

 

En manière de post scriptum : La première humiliation que l’on a imposée aux deux déculottés toulousains — comme c’est l’usage pour tout arrivant en prison — c’est de baisser leur pantalon et leur slip, de se pencher en avant et de tousser. Ici, obligation de livrer le trou de son cul à l’œil du surveillant ! Ce qui n’est pas contradiction, mais perversion constitutive d’un système à détruire.

 

Paris, le 24 novembre 2005

Claude Guillon

Écrivain, conchieur de l’ordre républicain

 

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Addendum

Le journal Le Monde a, dans son édition datée du 26 novembre 2005, publié des chiffres fournis par le ministère de la Justice à la date du 18 novembre, soit 4 jours après le 14 novembre, qui demeure la dernière date à laquelle ledit ministère a publié un bulletin sur son site Internet.

Le Monde ne fournit pas d’informations sur ce qui s’est produit entre le 18 et le 24, date commune de la rédaction de mon texte et de la préparation du numéro du journal.

Les chiffres fournis à la date du 18 novembre sont les suivants : 3 101 gardes à vue ; 135 informations judiciaires ouvertes ; 562 majeurs incarcérés ; 577 mineurs déférés devant un juge pour enfants ; 118 mineurs placés sous mandat de dépôt (incarcérés).

Profitons-en pour signaler qu’un certain nombre de procès ont été reportés au mois de décembre.

 

TOUT BOULEVERSER! (1997)

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Distribué lors de manifestations parisiennes, en septembre 1997, ce texte a par ailleurs été publié dans Cette Semaine (n° 70, octobre-novembre 1997.

 

 

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« En France, nous avons trop tendance à croire que, pour changer les institutions, il faut tout bouleverser. »

 Patrick Weil, politologue-rapporteur

 

 

« On a trop joué avec les symboles en matière d’immigration », déclarait — dans un bel élan de cynisme vulgaire — le ministre Jospin. Ayant rallié l’électorat de gauche par la promesse, fortement symbolique, d’abroger les lois Pasqua-Debré, il réserve désormais les signes de connivence à la droite. Ainsi, le maintien du certificat d’hébergement paraît un crachat superflu au visage des centaines de milliers de personnes qui avaient exigé sa suppression. Il ne s’agit pourtant pas d’une maladresse, mais d’une tactique. Même l’indignation de la quasi totalité des militants associatifs qui travaillent dans le secteur de l’immigration devient un gage offert à la droite.

Or cette droite est amenée naturellement, par le souci de son avenir et le calcul de ses voix, à courtiser l’électorat du Front national (ce que les socialistes n’ignorent pas). Pascal Clément, second d’Alain Madelin, s’interroge : « Que dirait l’opinion s’il y avait un accord entre la majorité et l’opposition sur ce sujet ? Cela renforcerait le Front national. » (Le Monde, 5 septembre [1997]).

De sorte que nous assistons au spectacle édifiant d’un gouvernement social-démocrate légiférant sur l’immigration et la nationalité sous la pression directe de politiciens de droite, eux-mêmes contraints par les positions d’un parti dont les dirigeants font étalage et commerce d’antisémitisme, de racisme et de xénophobie.

La « vision réaliste » que Jospin s’emploie à « mettre en œuvre très tranquillement », comme il l’annonçait le 26 août, consiste donc réellement à ménager l’électorat de droite, en laissant entendre qu’il s’agit de ne pas énerver inutilement l’électorat raciste du FN. Il est vrai que dans le même temps les tribunaux condamnent à des peines d’amende Mme Mégret, ou Le Pen pour avoir traité Fodé Sylla de « gros zébu fou » ! Aux fascistes, donc, une « répression » symbolique et grotesque (bonnet d’âne pour gros mots), aux étrangers la suspicion, le fichage, la rétention, l’expulsion, la double peine. Comme dit Jospin, « ce qui compte, ce sont les faits ».

Le ministre Chevènement, lui, s’inquiète, nous apprend encore Le Monde, du moyen de vérifier que les conjoints des scientifiques étrangers, que le gouvernement souhaite attirer, sont de « vrais » conjoint… (suggérons-lui un coït obligatoire des impétrants devant une commission ad hoc !). Tandis que des centaines de femmes algériennes courent le risque d’être égorgées, on voit quelles pensées élevées agitent le cerveau du premier flic de France. Misérable crétin ! Et ce sont des gens de cette sorte qui prétendent décider qui méritera le titre de « combattant de la liberté ».

Une fois de plus, le soi-disant « réalisme » s’affirme comme une capitulation devant ce qu’il y a de plus abject dans la réalité du monde.

Une fois de plus, le réformisme se révèle incapable de tout, y compris de réformer ce monde.

Les politiciens ne peuvent faire que de la politique. Ce qu’il faut faire, la seule chose qui vaille d’être faite le temps que nous avons à vivre, c’est l’histoire. Une autre histoire, qui a besoin de l’« autre » pour se faire. Une histoire où nous puissions rire de l’idée étrange qu’une montagne, un cours d’eau, un océan, sont des « frontières naturelles », et qu’un être humain peut devenir « illégal » dès lors qu’il les a franchies.

Généreuse utopie, objecteront les très réalistes socialistes… En effet. De celles qui ont animé tant de combats et de sacrifices, sans lesquelles un Jospin serait aujourd’hui fermier général ou intendant du royaume. Allons ! M. Weil dût-il en perdre le sommeil, tout reste à bouleverser !

SOYONS RÉALISTES, INVENTONS LES POSSIBLES (2006)

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Texte distribué dans les manifestations anti-CPE de mars 2006.

 

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Le capitalisme en crise cherche à détruire le droit du travail, compromis résultant des luttes ouvrières des XIXe et XXe siècles dans les pays industrialisés. Par la même occasion, il veut sauter cette étape du développement dans les pays dits « émergents » comme la Chine.

L’idéal des patrons, c’est d’égaliser par le bas les conditions de travail sur toute la planète en les ramenant à la condition du journalier agricole, embauché le matin, remercié le soir, ce que les ministres appellent « égalité des chances ».

Le capitalisme tend donc à réaliser — pour son propre compte — le mot d’ordre d’abolition du salariat qui était celui de l’Internationale ouvrière. Mais bien sûr, ce qu’il veut abolir ce sont les garanties liées au salariat. Cette blague ! Ils ne vont pas supprimer l’exploitation du travail, c’est de ça qu’ils vivent !

et nous, ce que nous voulons, c’est abolir toute exploitation, et le travail comme activité séparée de la vie, travail vendu en échange d’un droit de vivre précaire.

Il sera bien moins difficile — et mille fois plus passionnant ! — de changer le monde que d’essayer de faire changer d’avis les patrons et les ministres ! Leur boulot, c’est de faire marcher le système, pas de nous rendre service.

La patronne du Medef Laurence Parisot entonne le vieux refrain de la morale libérale (et religieuse) : les pauvres sont pauvres parce que c’est la nature des choses. Elle déclare : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » [Le Figaro économie, 30 août 2005]

Le flic de la bande, lui, avoue plus crûment la régression sociale nécessaire. Dans une parodie de langage contestataire, Sarkozy parle de « rupture », assure qu’« une autre réalité est possible »…

L’« autre réalité » qu’il contribue à bâtir, c’est celle d’une société policière : vidéosurveillance et biométrie ; harcèlement raciste des jeunes et des immigrés ; justice « voiture-balais » de la police (on l’a vu après le mouvement lycéen du printemps 2005 et plus sauvagement encore contre les émeutiers de novembre) ; tracasseries racistes contre les couples « mixtes » qui se marient ou reconnaissent un enfant ; dépistage et psychiatrisation des enfants rebelles dès l’école primaire ; répression de toute contestation sociale sous couvert d’« antiterrorisme »…

Les figures épouvantails de l’étranger, du pauvre, du jeune sont remises au goût du jour et croisées avec celle du « terroriste ». Le capitalisme met en scène l’insécurité qu’il a créée. Il fait en sorte que les institutions crées pour atténuer les effets de la précarité aient désormais pour effet de la renforcer et de l’encadrer. Le flicage ASSEDIC des chômeurs comme les emplois corvéables CNE et CPE sont des pièces de ce dispositif.

Le PS, qui se donne des airs contestataires à propos du CPE, n’a rien à dire contre l’exploitation capitaliste. Par ailleurs, il a laissé voter (ses députés se sont abstenus !) la loi « antiterroriste » du 23 janvier 2006 qui permet aux flics de tirer lors des contrôles routiers (art. 4), allonge encore la durée de la garde à vue et créé une cour d’assises spéciale en matière de terrorisme pour les mineurs (art. 15).

Les sociétés humaines n’en sont qu’à la préhistoire capitaliste : il n’est écrit dans aucun ciel, dans aucun traité de magie que l’histoire humaine doit s’arrêter aux start up, aux centrales nucléaires et à François Hollande.

Face au raidissement autoritaire des gestionnaires capitalistes, de « droite » ou de « gauche », le seul parti pris raisonnable est d’imaginer une autre forme de vie sociale fondée sur la solidarité, qui exclue l’exploitation, organise les activités socialement indispensables, et permette à chacun(e) de vivre sa différence parmi ses semblables humains.

Il y a tant de choses passionnantes à vivre, à inventer ; tellement de gens à rencontrer, à aimer, à enseigner, à écouter ; tellement d’enfants à regarder grandir, à bercer, à nourrir… Allez ! la vie est trop courte pour la laisser boulotter par le travail !

Pour que l’utopie soit la sœur de l’action, il est possible de commencer tout de suite, dans chaque mouvement de résistance sociale, à expérimenter de nouveaux rapports : se réunir sans les vieilles organisations, occuper des lieux privés ou publics et en faire des lieux de vie et de libre expression, vérifier dans les risques partagés et les victoires communes que l’on gagne à se connaître.

Déjà, des expulsions de sans-papiers ont été empêchées, des gamins tirés des griffes des flics, des vidages de squats et des rafles empêchés ou sabotées. N’oublions pas non plus que le CIP de 1994 a été retiré, parce que le gouvernement de l’époque a craint une extension du mouvement, l’union des précaires, chômeurs et jeunes scolarisés dans les universités occupées et dans les émeutes. Il n’y a pas de fatalité historique : sinon, la Bastille serait encore une prison !

 

Ne laissons pas aux publicitaires de supermarché le soin d’« augmenter le goût de la vie[1] » !

ANPE-ASSEDIC-CNE-CPE-UMP-PS-ÉTAT-TAF : Radions-les tous !

Impossible de faire l’économie d’une révolution dans un monde où l’injustice est monnaie courante

Comité Pour l’Extension des Émeutes (CPEE)

Paris, le 7 mars 2006

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[1] Allusion à un slogan publicitaire de la chaîne de supermarchés Monoprix.