MARSEILLE[S] ~ Août 2017

FIGURES MARSEILLAISES

Habituel salut à Missak Manouchian

 

COUTUMES LOCALES

Usage acrobatique du second degré.

Pas de second degré, je le crains.

Raison sociale obscure, voire suspecte.

L’ingéniosité pallie le manque d’espace.

Et en effet, pourquoi faire mystère de ses préférences ?

[Tableau des occupants d’un immeuble]

Avenue de la Corderie: fouilles archéologiques livrées à Vinci.

Mensonges préfectoraux.

 

Et puis M. était aux abonnées absentes – comme d’habitude – et V. travaillait (ce qui est moins commun).

GRÂCE LEUR SOIT RENDUE ! ~ [Le sentiment de la beauté 1.]

Twitter. Devant cette photographie d’une jeune femme (@acacia_prominen), par une autre (@sallymoony) je me suis interrogé sur ce qui produit l’effet de beauté que j’éprouve. Envie peut-être présomptueuse – ou démunie, ce qui revient au même –, mais s’il fallait être certain(e) de parvenir à un résultat original avant de jeter des notes sur le papier ou le clavier… – Et puis j’y reviendrai.

Je ne doute pas de la beauté – irradiante – de la modèle, mais tel n’est pas le sujet de ma réflexion. Ce n’est une manière ni de l’effacer ni de minimiser son rôle. Simplement, je ne suis pas là pour « évaluer » sa beauté.

Je peux cependant repérer quelques éléments matériels, ce qui ne les rend d’ailleurs pas moins subjectifs aux yeux d’autres que moi :

J’aime beaucoup (aussi !) les cheveux coupés courts pour les femmes. Ici, leur coloration (artificielle) entre dans une harmonie de tons subtile avec le velouté de la peau brunie et le maquillage doré des paupières.

Sans doute, regardai-je cette jeune femme autrement que toute autre personne sur Terre (pas « mieux » !) : influencé par exemple par le souvenir du visage d’Anne (moins rond), sosie de cette actrice, dont bien sûr le nom m’échappe à l’instant, qui vend le New York Herald sur les Champs dans un film de Godard…

La pose – yeux clos, visage tendu vers l’objectif, lèvres entr’ouvertes, épaules nues – suscite une impression d’apaisement, de confiance.

On ne peut imaginer que la modèle dort. Serait-ce une pause dans la séance, plutôt qu’une pose ?

Prendre du champ…

Marcel Duchamp disait que c’est le « regardeur » qui « fait le tableau[1] ».

Je me suis demandé si je « faisais » ce portrait photographique. Il me semble que non.

Je sais que la modèle est une personne contemporaine réelle et vivante, qu’elle dispose par exemple d’un compte Twitter… Peut-être le fait qu’elle ait les yeux fermés, me privant de son regard, renforce-t-il l’évidence que ce que je vois, et qui m’émeut, est bien le regard de la photographe sur elle.

Au-delà de l’évidence matérielle (qui a appuyé sur le bouton), c’est bien en effet le regard de la photographe (et non le mien) qui « fait » le portrait, et re-crée le visage de la jeune femme aux cheveux cuivrés.

La mise à disposition (sur la toile !) est une invitation par la photographe aux « regardeurs » et « regardeuses », non pas (simplement) à admirer la beauté de la modèle, mais à saisir un peu de l’alchimie lumineuse que crée le regard de l’une sur l’autre.

Un regard sur la fabrique de la beauté, dans laquelle la lumière naturelle (?) est seconde par rapport à l’éclairage du sentiment.

C’est une émotion que je suis autorisé à éprouver, ou plutôt à laquelle je suis autorisé à assister.

Serait-ce que la photo me fait voyeur ?

Témoin plutôt (j’espère). Et passeur aujourd’hui.

Qu’infiniment de grâce soit rendue à ces deux femmes pour en être ainsi prodigues !

[1] « Mais je crois que l’artiste qui fait cette œuvre ne sait pas ce qu’il fait. Je veux dire par là : il sait ce qu’il fait physiquement, et même sa matière grise pense normalement, mais il n’est pas capable d’estimer le résultat esthétique. Ce résultat esthétique est un phénomène à deux pôles : le premier, c’est l’artiste qui produit, le second, c’est le spectateur, et par spectateur je n’entends pas seulement le contemporain, mais j’entends toute la postérité et tous les regardeurs d’œuvres d’art qui, par leur vote, décident qu’une chose doit rester ou survivre parce qu’elle a une profondeur que l’artiste a produite, sans le savoir. Et j’insiste là-dessus parce que les artistes n’aiment pas qu’on leur dise ça. L’artiste aime bien croire qu’il est complètement conscient de ce qu’il a fait, de pourquoi il le fait, de comment il le fait, et de la valeur intrinsèque de son œuvre. À ça, je ne crois pas du tout. Je crois sincèrement que le tableau est autant fait par le regardeur que par l’artiste. »