Le 25 septembre, au Lieu-Dit, à 19h, présentation de mon nouvel opus: “ABÉCÉDAIRE DE LA SODOMIE”

Abécédaire de la sodomie, IMHO, 14 euros.

PRÉSENTATION

La culture, au sens le plus respectable du terme, a souvent servi de cache-sexe à l’érotisme et à la pornographie. Que l’on songe aux « nus artistiques » reproduits sur les cartes postales des XIXe et XXe siècles, et à ce que l’on a nommé dans les années 1970 « le cul avec alibi culturel ». Le pamphlétaire anarchisant Zo d’Axa raillait les écrivains et les dessinateurs qui ne poursuivent qu’un « but chatouilleur », tout en « affirmant sans rire qu’ils font de l’art, pur de toute arrière-préoccupation, en reproduisant éternellement la femme nue en bas noirs[1]. » On sait que l’invention du cinématographe n’a rien arrangé.

Il est temps de tourner la page – c’est un des euphémismes qui désignent la sodomie – pour faire en sorte que le cul serve d’alibi à la culture. Toutes les entrées de cet abécédaire sont des moyens de pénétrer le savoir humain, de se ménager un regard sur lui, en regardant par l’œillet, l’œil de bronze, l’œilleton, bref : le petit trou de la lorgnette. Dissipons dès l’abord une ambiguïté : nous parlons bien ici de la sodomie, sous toutes ses formes, et non de la seule homosexualité, laquelle a désormais ses propres dictionnaires. Certes il en sera aussi question, puisqu’il sera question – sinon de tout – au moins d’une grande variété de matières, pour peu que s’ouvre sur elles la « porte de derrière ».

Puissent lectrices et lecteurs se divertir à la découverte du présent ouvrage, à défaut d’y apprendre à lire, ce qui est la fonction exacte d’un abécédaire. À celui-ci, nous avons fréquemment donné l’allure d’un bêtisier ; d’abord parce que nous n’imaginons pas meilleure méthode d’apprentissage que le rire, le gai savoir, ensuite parce que la littérature moralisatrice – religieuse ou médicale – à propos de la sodomie est prodigue en réjouissantes âneries.

Ce n’est pas simple modestie si nous avons écarté la forme dictionnaire. Même s’il est vrai que les plus arides volumes peuvent se prêter au vagabondage, nous avons préféré ménager ici quelques surprises. Ainsi, par exemple, les figures attendues d’un André Gide ou d’un Jean Cocteau apparaissent – et à plusieurs reprises – mais c’est au détour d’un article et non à l’appel de leur nom. Il est vrai par ailleurs que nous n’avons aucune prétention à l’exhaustivité encyclopédique et que nous entraînons qui veut bien nous suivre sur les chemins de notre fantaisie et de notre curiosité, un joli défaut, dont nous ne souhaitons pas nous corriger mais plutôt l’encourager chez autrui.

 Nous ne manquons pas de devanciers prestigieux. Dans Le Moyen de parvenir, maître-livre rédigé par Béroalde de Verville au milieu du XVIIe siècle[2], un Nostradamus de fantaisie affirme : « Ce serait belle chose de parler du cul ». N’allons point conclure hâtivement que son souhait se trouve exaucé par la logorrhée moderne sur le sexe. Béroalde aime trop l’équivoque ; son personnage dit « parler du cul » comme l’on « parle du nez ». À ce compte, objectera-t-on, bien des gens font du prose sans le savoir, puisqu’aussi bien le cul se dénomme le prose, en argot, depuis huit siècles.

Béroalde établit d’autres correspondances entre le cul, « gouvernail de tout le corps et mignon de l’âme », et les autres organes. Il note au passage le paradoxe d’un trou que l’on peut boucher en se bornant à ne plus rien faire entrer par son symétrique : l’orifice buccal. Mais comme le remarque un autre personnage du Moyen, parler du cul, ce peut être – à la lettre – parler du « q », et jouer sur les mots, c’est aussi jouer de l’alphabet[3]. Ayant demandé à une dame de lui prêter le con pour son vit, il ajoute : « Puis nous remuerons la lettre qui s’ensuit après le p ». Lequel remuement se disait, au temps de Béroalde, culeter.

 Les œuvres érotiques publiées sous le manteau au XIXe siècle s’orneront parfois de lettrines érotiques, premières lettres d’un paragraphe composées de corps dénudés et copulant[4]. Les lettres seules, habilement juxtaposées, peuvent délivrer un message licencieux. On connaît le fameux allographe qui sert de titre à la « Joconde », affublée d’une moustache et d’un bouc par Marcel Duchamp, en 1930 : « l. h. o. o. q. » À quoi l’on eut pu ajouter « o. p. c. f. », puisque, malice inattendue de sa part, Louis Aragon, qui l’avait reçu de Duchamp, en fit don à Georges Marchais en 1979 [5].

Enfin, les corps dénudés peuvent se faire vivantes lettrines pour composer sur le sol des slogans politiques. Depuis les spectacles du Living Theatre, à la fin des années 1960, jusqu’aux récents épisodes de la guerre mondiale tournante, lorsque des centaines d’hommes et de femmes nu·e·s écrivaient no bush ou no war avec leurs corps étendus, la nudité humaine, fragile et sociale, se fait alphabet et langage. C’est ce que nous avons appelé « le nu graphique[6] ».

Pascal Quignard cite un mot d’un auteur latin qu’il juge « énigmatique et terrible » : Amat qui scribet, paedicatur qui leget, ce qu’il traduit – un peu sèchement à notre goût – par « celui qui écrit sodomise. Celui qui lit est sodomisé[7] ». Que l’auteur ait l’initiative et que sa démarche soit de nature érotique, nous en conviendrons. Cependant, lui-même et son texte se vendent, s’offrent, se tendent, s’ouvrent : de bien curieuses manières pour un « enculeur » sûr de sa domination ! Gageons que lectrices et lecteurs conservent, jusque dans les positions les plus périlleuses, une marge de manœuvre telle que les rôles ne sont point si figés. Le lecteur ne se borne pas à consentir, il participe à la co-errance du texte, qui sans lui reste lettre morte. Ce coït met en jeu tout le corps, et non seulement les yeux ou le « troisième œil », aveugle mais ô combien sensible, qu’est l’anus. D’ailleurs, ce par quoi l’écrivain pénètre l’oreille et l’œil du lecteur, n’est-ce pas sa langue ? Ce dispositif, par lequel l’auteur cherche à provoquer le plaisir et le désir d’inconnu·e·s en même temps qu’il éprouve le sien propre, s’appelle littérature. Peu nous importe que les mots y soient gros, gras, « de gueule », ou obscènes – « cette sodomie de la langue », disait Daniel Defoe[8] – pourvu qu’ils servent à nos plaisirs.

Nous avons pris le parti d’indiquer les sources à la fin de chaque notice plutôt que de les grouper en une indigeste bibliographie de fin de volume (où nous rappelons néanmoins quelques ouvrages de références). Ce sont à la fois des repères scientifiques et des pistes de lecture.

[1] Zo d’Axa, « Patriotisme et pornographie », article repris dans le volume L’Endehors, Chamuel éditeur, 1896, pp. 24-31.

[2] Le Moyen de parvenir, texte établi par Georges Bourgeuil, Éditions Passage du Nord/Ouest (2002), pp. 136-137. De Béroalde, chez le même éditeur : Le Voyage des princes fortunés. Mentionnons l’édition en poche du Moyen : Folio, 2006.

[3] Alphabet est d’ailleurs, comme abécédaire, un « jeu de lettres » à partir des deux premières lettres grecques : alpha et bêta.

[4] Notons qu’en grammaire la copule est l’élément verbal qui relie le prédicat au sujet. « Être est le verbe copule par excellence. Il est un pur lien, sans contenu sémantique. » ; Grévisse, Le Bon usage, Duculot, 1988. pp. 347-350.

[5] Aragon aurait assorti le cadeau d’un compliment : « Ce tableau représente toute une partie de ma vie. C’est de cela que j’ai voulu te faire cadeau pour le Parti » (L’Humanité, 25 janvier 2002). Le parti s’en débarrassa par un dépôt, en 2005, au centre Georges Pompidou, lequel s’empressa de « ready mader » la chose : il existe des mugs et des assiettes à pizza (sic) siglés « l. h. o. o. q. ». Voir toute une partie de sa vie passer au lave-vaisselle est une punition juste, mais sévère, pour le poète stalinien.

[6] Sur l’usage du corps dénudé comme outil de protestation publique, voir Guillon Claude, Je chante le corps critique. Les usages politiqus du corps, H & O, 2008.

[7] Quignard Pascal, Le Sexe et l’effroi, Folio Gallimard, 1994, p. 262. Peut-être faut-il voir dans cette idée l’origine du titre d’une revue littéraire rennaise : Enculer.

[8] Cité in Baruch Daniel, Au commencement était l’inceste, Petit essai d’ethnologie littéraire, Zulma, 2002, p. 84.

 

Handicap et éros technicien

Peut-être cet «habit de plaisir» (je déforme poétiquement son appellation) pourra-t-il rendre service à certaines personnes handicapées et c’est tant mieux, mais quelle triste adaptation technique des utopies érotiques!

Notons, même si les concepteurs n’y sont pour rien, que cette machinerie sophistiquée n’amoindrit nullement le contrôle des proches ou des soignants, seuls à décider combien de fois (par jour? par semaine? par mois?) il est raisonnable d’en user…

Nul doute que des valides souhaiteront étendre le champ de leurs expériences sensorielles grâce à son usage. On voudra bien prendre au pied de la lettre l’expression suivante: Grand bien leur fasse!

Mortelle publicité

Du temps où il fallait convaincre les femmes (et les hommes!) que le cancer des voies respiratoires (et du col de l’utérus!) était non seulement un signe de modernité, mais un atout érotique.

Notez les pommettes et les joues très rouges, d’un rouge qui indique la flamme du désir et rappelle la couleur du paquet de cigarettes. Le motif de la robe évoque l’exotisme.

«Ma gorge est saine (à l’abri) avec Craven ‘A’. Vous pouvez faire confiance à leur douceur et à leur qualité». On ne lui demandera pas si elle avale la fumée, une autre publicité (pour une autre marque) s’en est déjà chargée.

La publicité récupère à son profit et banalise l’image traditionnellement scandaleuse de la femme qui fume, assimilée à la prostituée et·ou à la garçonne émancipée. Chacune peut désormais minauder avec classe, montrer sa poitrine et envoyer des signaux désirants comme un phare. Les qualités des cigarettes et de la gorge féminine se confondent: sûre·s et douce·s.

EXCLUSIF. Dans le cerveau des journalistes, aucune zone ne réagit!

Capture d’écran du site du Nouvel Observateur.

On trouve en libre accès, avec cette fois un titre dépourvu de sensationnalisme, un entretien qui date de 2015, de la même journaliste, Nolwenn Le Blevennec, avec le même chercheur, Serge Stoléru.

Les «scientifiques» ont toujours eu la passion de la topographie cérébrale. Aucune raison que ça s’arrête, n’est-ce pas! Le problème n’est d’ailleurs pas tant l’arpentage imaginaire des hémisphères que les arguments qu’il fournit aux maniaques de la chirurgie, des puces, des électrodes et autres chocs électriques.

Stoléru déclarait en 2005:

Par exemple, si on imagine qu’il y a un problème de freins chez les patients pédophiles, on pourrait imaginer qu’on ait recours à des techniques de stimulation magnétique transcrânienne pour activer certaines zones inhibitrices du cerveau.

On pourrait aussi imaginer utiliser une technique peu utilisée en France, l’IRM fonctionnelle en temps réel.

Vous souffrez, vous vous installez dans un scanner, je vous dis de penser à votre douleur, vous avez mal et on voit s’activer telle ou telle région de votre cortex. Cette activation vous est présentée par exemple sous la forme d’un thermomètre dont le niveau monte. Après, je vous dis d’imaginer que vous êtes en vacances à Bali et à ce moment-là, vous n’avez plus mal et vous voyez diminuer l’activité de la région. En faisant cela, vous pouvez aider une personne à en quelque sorte prendre le contrôle du niveau d’activation d’une zone du cerveau qui est impliquée dans son problème. J’aime beaucoup cette technique parce que le patient n’est pas passif. Ces techniques ne peuvent utilisées qu’avec le plein accord du patient évidemment.

Quastion. Grâce à votre étude, allez-vous pouvoir déterminer les causes de la pédophilie ? Et si, par exemple, il y a une part génétique ?

La part génétique, d’après les études scandinaves, existerait mais elle serait faible. Les causes sont plutôt environnementales. Le fait d’avoir soi-même été victime d’abus dans l’enfance, tous les scientifiques ne sont pas d’accord avec ça, mais moi je trouve qu’il y a beaucoup d’arguments pour dire que c’est un facteur de risque énorme.

On retiendra avec intérêt la version proposée par Serge Stoléru de la «thérapie comportementale», dite «Les Vacances à Bali*».

On ne peut guère compter sur les journalistes pour poser des questions pertinentes, qui viennent à l’esprit des lectrices et lecteurs comme vous et moi, non encore lobotomisé·e·s.

En l’espèce, si l’on admet que Bali permet de «détourner» l’attention du cerveau, d’une douleur vers un plaisir, comment doit-on procéder pour «détourner» l’attention d’une image érotique agréable (mais «pédophile») vers… vers quoi d’ailleurs? S’agit-il d’orienter la pensée vers une douleur physique, ou morale? Vers un plaisir plus intense et licite? On ne le sait pas, parce que la journaliste a laissé, sans le questionner à nouveau, le chercheur donner un exemple qui n’a rien à voir avec le sujet de son étude!

Dès que j’aurai été mis au courant des progrès de la «science» dans l’allumage d’un «zone de la pédophilie», je ne manquerai pas de vous en faire part.

*Je n’ai pas en tête la liste des «paradis pédophiliques» à travers le monde, mais je me demande si le choix de Bali n’est pas maladroit.