Le «féminisme arrêté» de Suzanne Lindon

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Suzanne[1] Lindon pense comme elle fait ses films[2], ce qui est en somme assez logique. Avant qu’elle ne réalise un film, on ne l’entendait pas penser partout ; maintenant qu’on l’entend, on regrette le temps d’avant.

Suzanne Lindon déclare que «son féminisme s’arrête à l’endroit où les femmes voudraient dépasser les hommes, se venger d’eux pour avoir eu un pouvoir trop important trop longtemps.»

Le féminisme de Suzanne Lindon s’est arrêté juste avant d’entrer dans la réalité. Car dans le réel, la question n’a jamais été de savoir si les femmes devaient, ou ne devaient surtout pas vouloir «dépasser les hommes».

La question qui se pose c’est qu’il existe déjà des femmes qui ont dépassé les hommes. Or ces femmes qui ont dépassé les hommes ne peuvent – dans le système capitaliste, raciste et sexiste – prétendre ni aux mêmes responsabilités (elles se fracassent le crâne sur le plafond de verre) ni aux mêmes salaires, ni à la même reconnaissance. Non seulement c’est une iniquité, mais cela prive la société du meilleur travail possible quand il est féminin. Je ne parle pas ici du marketing ou de l’Armée de terre, mais de la médecine par exemple.

On m’objectera que le verre dont est fait le fameux «plafond» réagit de la même manière à l’approche d’une personne qui a une gueule d’Arabe ou la peau noire. C’est exact. Quant à la combinaison des facteurs, on évaluera sa toxicité en dénombrant, par exemple, les femmes noires médecin et cheffes de service dans les hôpitaux français. Inutile de sortir votre calculette, une main suffira (un doigt, peut-être…).

Que ces discriminations racistes, sexistes et sociales suscitent chez des femmes (et pas que) un désir de revanche, voilà qui devrait être compréhensible même par une intelligence petite-bourgeoise autolimitée (ceci est un pléonasme).

Que ce désir de revanche ne se traduise pas plus souvent par des comportements d’une violence extrême, voilà ce qui m’étonne.

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[1] Une grand-mère adorée ? Non, je parie pour la (belle) chanson de Léonard Cohen. “And just when you mean to tell her / that you have no love to give her…”

[2] Bien sûr qu’il y en aura un second ; qu’est-ce que vous croyez !

12 ans de prison pour deux coups de pied (mortels) à l’homme qui l’importunait ~ Plaidoyer pour Kessy

Le Figaro (11 juin 2021)

Un soir de décembre 2016, place de la Victoire à Bordeaux, la jeune femme, 18 ans à l’époque, avait été importunée à plusieurs reprises par un jeune trentenaire visiblement en état d’ivresse. Elle – qui n’était pas alcoolisée – l’avait repoussé, et alors qu’il était au sol, lui avait donné deux coups de pied dans la tête «comme on frappe dans un ballon de football», selon ses propos aux enquêteurs, cités à l’audience. Transporté dans un état critique au CHU de Bordeaux, l’homme était décédé des suites de ses blessures quelques jours plus tard.

L’accusée «a fait exprès d’asséner deux coups à la tête de la victime. Ce choix délibéré caractérise une intention de tuer», a insisté l’avocat général Benjamin Alla, relevant que «sur le moment, elle n’a rien regretté, si ce n’est d’avoir sali ses chaussures avec le sang de la victime», et est partie sans se soucier de l’état de l’homme au sol ni appeler les secours. «Il l’a bien cherché», a-t-elle déclaré selon des témoins.

Kessy, au passé adolescent toxicomane, «a vécu des violences de la part de ses parents. Elle a vu ses parents être violents entre eux (…) a aussi été violée. Ce passé de misère n’est pas anecdotique», a expliqué Dominique Laplagne, avocat de la défense, plaidant la clémence en raison de l’âge de l’accusée, du «doute» sur l’intention de tuer, et de son comportement sans accroc depuis sa remise en liberté il y a deux ans. L’accusée, sans emploi, dit aujourd’hui «avoir des remords mais elle a toute la vie pour se reconstruire. Pour Vincent Cazeaux, c’est terminé. Il ne reste qu’un sentiment d’anéantissement pour sa famille», avait pour sa part plaidé Me Julien Plouton, avocat de la partie civile.

L’histoire est aussi sordide que navrante. Je veux dire: l’histoire de départ. Dont je ne sais que ce que cet article en dit, c’est-à-dire bien peu de choses.

Je comprends très bien que l’on puisse souhaiter effacer dans la minute un mec agressif ou importun. M’est-il déjà arrivé qu’une femme ivre engage la conversation avec moi sur un banc, sans avoir recueilli mon consentement? Oui, en effet, mais ma situation n’avait strictement rien à voir avec celle de Kessy, qui elle a – par expérience – une idée assez précise de ce dont est capable un mec agressif et·ou importun.

Le jeune homme qui est mort à la suite des coups portés par Kessy était peut-être un brave garçon, qui n’avait jamais violé personne et ne l’aurait pas fait, même si c’était Kessy qui avait été ivre. Peut-être était-il tout le contraire. C’est plutôt une bonne chose que nous l’ignorions, finalement, parce que c’est sans importance pour le sujet qui m’occupe ici.

Je ne dis pas que sa mort est sans importance : c’est sa mort qui me fait user de l’adjectif «navrant».

Cela dit, Kessy n’a pas signé un manifeste exigeant la peine de mort pour tous les mâles susceptibles de lui bouffer son oxygène: elle s’est bornée à latter ce garçon précis. C’était peut-être le premier qu’elle frappait; peut-être pas. Peut-être s’était-elle promis, au bout de la énième humiliation subie, de s’en «payer un» un jour. Je ne le sais pas (et je m’en moque).

Si Kessy avait été saoule, on retiendrait ce fait contre elle. — Qu’allait-elle faire, saoule, sur un banc, le soir? Je vous le demande, Monsieur le Président. Mais elle n’était pas saoule. On retient donc ce fait contre elle. Elle était lucide, donc elle a voulu tuer. Il semble que ni les magistrats ni les jurés ne connaissent l’expression «rage froide». C’est bien dommage.

Kessy était, nous dit-on, parfaitement maîtresse d’elle-même. L’est-on quand on est habité·e par une rage froide? Cela mériterait discussion.

Elle est demeurée maîtresse d’elle-même. On retient ce fait contre elle. Elle était censée pleurer, s’arracher les cheveux, en hurlant quelque chose du genre: «Mon dieu, qu’ai-je fait?» Or elle parle d’un ballon de foot (la tête du jeune homme) et regrette d’avoir salopé ses chaussures.

Ici, je me permettrais de mettre en doute ses déclarations. Je ne crois pas tout à fait qu’elle pense à la tête du garçon comme à un ballon de foot et que son seul regret ait été d’avoir à reblanchir ses godasses de sport. Ça, c’est ce qu’on dit quand on mesure l’étendue de ce qui va vous tomber sur la tête (en forme de ballon, elle-aussi?) et qu’on crâne. Pourquoi crâne-t-on ? Pour insulter à la douleur (compréhensible) de la famille? Évidemment non. On crâne parce qu’on a fait ce que l’on avait envie de faire depuis longtemps; parce que l’on sait pertinemment que le jeune-homme-à-la-tête-en-ballon-de-foot a payé pour les autres, alors que ça n’était probablement pas le pire. Sûrement pas le pire qu’elle a rencontré, elle, Kessy. Mais, est-ce que c’est un truc de planètes ou quoi: ce soir-là, elle était à la fois incapable d’en supporter davantage et capable de prendre le dessus sur l’agresseur. Et c’est fait, on n’y peut plus rien : alors, crâner!

Mauvais endroit, mauvais moment. Et surtout système dégueulasse, sordide, pitoyable (la domination masculine) dont la tête cassée du jeune homme est une victime collatérale.

Collatérale et masculine. Là ça coince pour Kessy. Dans cette histoire, elle s’est comportée à peu près comme un supporteur de foot (alcoolisé en général) qui latte à mort un crétin du camp adverse, pour un regard; ou pour rien.

Or Kessy fait partie de la majorité opprimée. Elle est dans le camp des victimes. En tant que femme, en tant que cas social, que vie brisée. Autant dire qu’elle n’a absolument pas le droit à l’autodéfense violente (par parenthèse, adepte des arts martiaux, elle aurait pu doser, casser un bras par exemple…).

— Mais où irait-on, je vous le demande Monsieur le Président, si toutes les femmes importunées dans la rue, toutes les filles harcelées sur les réseaux sociaux, tous les enfants violentés par leurs parents, toutes les femmes violées, toutes les femmes victimes de discriminations sexistes – autant dire toutes les femmes Monsieur le Président ! – se faisaient justice comme ça, une manchette dans la glotte par ici, un coup de latte dans la tronche par là…? Je n’hésite pas à le dire, Monsieur le Président, nous aurions un régime de domination féministe, que dis-je un régime de Terreur féminine!

Aucun tribunal, aucun jury semble-t-il n’est en faveur d’une telle inversion du monde.

C’est le sens du verdict qui frappe Kessy – exact symétrique des coups qu’elle a portés. Il s’agit de lui casser un peu plus la vie, de lui casser la tête pour la montrer au peuple !

Pour une mort imprévisible, dans une relation qu’elle n’a pas souhaitée, dans un système où elle n’a jamais eu de place.

Les 12 ans de prison infligés à Kessy visent en réalité toutes les femmes.

C’est un avertissement. Et bien sûr, ça n’est pas un hasard s’il atteint une jeune femme issue d’un milieu pauvre. On aura pensé que le message passerait d’autant mieux que Kessy n’a rien pour faire une héroïne féministe (pas de relation dans la presse, pas de slogan sur les seins).

Les femmes l’entendront-elles, cet avertissement? Et sauront-elles y répondre?

On peut l’espérer – et des féministes les premières – pour leur honneur d’abord, pour Kessy ensuite; et même pour Vincent Cazeaux, dont nous n’avons pas de raison de penser qu’il aurait apprécié que sa dépouille soit brandie comme épouvantail contre la révolte des filles.

«Chers compatriotes…» L’éradication du féminin par Emmanuel Macron

 

La première chose qui m’a frappé à l’écoute du discours d’Emmanuel Macron, comme je l’ai immédiatement noté sur Twitter, c’est l’absence sidérale du féminin dans ses propos. Il se peut qu’une occurrence m’ait échappé, bien sûr, mais en l’état je n’ai repéré aucun appellatif féminin (Mesdames par exemple) ni aucun nom féminin (infirmières, soignantes). Aucune mention des femmes, soit je le rappelle aux étourdis, la majorité de l’espèce humaine. En 25 minutes, c’est une vraie performance !

La deuxième chose qui me frappe, c’est que personne ne semble l’avoir relevé (je suis preneur de contre-exemples dont vous auriez connaissance).

La troisième, c’est que la chose soulignée semble laisser largement indifférent. Mon message sur Twitter a été lu 358 fois, mais « aimé » seulement trois fois et retwitté par personne. La chose paraît donc dépourvue de pertinence, ou autrement dit : tout le monde s’en moque[1] !

Je veux bien comprendre – et je l’ai d’ailleurs constaté chez des proches – que le discours présidentiel a d’abord réactivé et amplifié le sentiment d’angoisse impuissante devant la situation sanitaire. Je veux bien admettre que l’on considère dérisoire l’exercice télévisuel du politicien et par voie de conséquence toute analyse critique superfétatoire. C’est uniquement à titre d’hypothèse, car je parierai que les mêmes qui approuvent d’enthousiasme cette proposition consacreront au moins deux heures (morcelées, sans doute) de leur vie à vilipender Macron et sa piteuse prestation.

Première question : pourquoi Macron a-t-il éradiqué le féminin de son discours ?

La question se pose également, qu’il s’agisse d’une stratégie pensée ou d’un acte manqué dont ni le président lui-même ni l’un de ses conseillers (y a-t-il une femme dans l’équipe ?) ne se sont avisés à la relecture. Dans l’un et l’autre cas, je pense que l’on peut formuler l’hypothèse d’une « urgence sanitaire » qui s’est muée en « urgence politique ». Macron a bien fait allusion aux « soignants », hier applaudis et auxquels il réclame sans vergogne « un nouvel effort », mais la dimension – surexploitée dans la communication de crise il y a un an, et depuis dans les publicités télévisées pour des banques – du « care », du dévouement voire du sacrifice au féminin a totalement disparu du paysage. L’époque des marraines de guerre et des infirmières est passé ; on ne pense plus qu’aux poilus ; le monde s’est remis au masculin avec l’heure d’été. Car, comme l’indique le titre d’un beau livre, la guerre n’a pas un visage de femme. Et qu’importe si réellement, elle tue autant de femmes (et d’enfants) que d’hommes, ou même que des femmes la fassent les armes à la main.

On parle aujourd’hui de retrousser ses manches, on parle d’efforts, on serre les dents : on est entre hommes.

Deuxième question : pourquoi cette éradication a-t-elle été aussi peu perçue et·ou jugée sans importance ?

Bien sûr, des formules traditionnelles comme le classique « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs » sont de la politesse de pure forme et ne portent nullement un message réellement respectueux envers le genre féminin. Mais au moins les femmes sont-elles nommées ! Elles apparaissent ! Et moi, qui suis un homme, j’entends que l’homme qui prend la parole devant moi s’adresse à toutes et à tous.

Or, ce personnage, qui prétend exercer la responsabilité suprême dans un système social et politique se présente devant « nous », sans rappeler ne serait-ce que d’un mot que ce « nous » comprend des femmes. À force de l’emporter (mais où ? questionnait Miss.Tic) sur le féminin, le masculin l’efface. Aux rares obstiné·e·s qui jugeraient encore cette règle innocente, le discours macroniste apporte un parfait démenti.

En sera-t-il tenu compte ? On peut en douter, tant il est probable que la surdité qui a oblitéré cette éradication du féminin participe   d’un vaste « retour de bâton », encore stimulé par les récentes dénonciations de violeurs et harceleurs dans le monde du spectacle (toutes variétés confondues, y compris sport et politique) et les polémiques sur l’écriture dite « inclusive ».

Surgi de l’inconscient présidentiel ou mitonné en réunion de cabinet, le message s’adresse à ceux (et quelques celles, hélas !) que l’éradication du féminin rassure, apaise, et déculpabilise. Qu’il puisse être envoyé – de manière subliminale – sans être repéré et dénoncé est un motif d’inquiétude au moins aussi terrifiant à mes yeux que la pandémie mortelle qui nous frappe.

[1] Je ne fais que mentionner par souci d’exhaustivité la réplique, d’abord agressive, d’un garçon qui a saisi l’occasion pour me faire part (hors-sujet me semble-t-il) de son trouble devant la dilution/fragmentation des fondamentaux du mouvement révolutionnaire.

“Comment Israël exploite les rôles genrés pour discréditer les militantes palestiniennes” ~ par Samah Jabr

Les femmes palestiniennes emprisonnées sont moquées et discréditées pour avoir négligé leur rôle «traditionnel» et se voient refuser tout soutien psychologique.

Dans «Un Colonialisme à l’agonie», Frantz Fanon décrit la mentalité coloniale française en Algérie : «Si nous voulons détruire la structure de la société algérienne, sa capacité de résistance, nous devons d’abord conquérir les femmes; nous devons aller les trouver derrière le voile où elles se cachent et dans les maisons où les hommes les tiennent à l’abri des regards».

En Palestine, l’oppression des hommes et des femmes par Israël a un impact différent. Les hommes sont exposés à la violence liée à l’occupation en raison de leur plus grande présence dans la sphère publique, tandis que les femmes sont ciblées d’autres manières. L’oppression et le colonialisme exacerbent les inégalités préexistantes entre les sexes, car la violence politique encourage une attitude «protectrice» qui empêche les femmes de participer à la vie de la communauté.

L’occupation sape la masculinité des hommes palestiniens en les humiliant et en les rabaissant. Un homme dont la dignité est bafouée à un poste de contrôle peut facilement déplacer le sentiment de défaite sur une personne plus faible que lui, souvent une femme à la maison.

Inciter au mépris

L’appauvrissement généralisé des familles sous occupation et le sentiment d’un sombre avenir poussent au mariage précoce pour les filles et à l’abandon scolaire pour les garçons.

Les femmes sont d’autant plus victimes d’insultes que les politiciens israéliens parlent de leur ventre comme d’une bombe à retardement démographique, alors que le taux de natalité palestinien augmente de façon notable. Ce préjugé peut entraver l’accès des femmes enceintes aux hôpitaux, les mettant en situation de devoir accoucher aux postes de contrôle, avec des taux de mortalité tragiques pour les nourrissons et leurs mères comme le rapporte le Lancet.

Des tactiques sexistes sont également couramment utilisées pour discréditer les militantes palestiniennes, niant leur féminité et leur statut social, et incitant les hommes à les mépriser.

Par exemple, un message Facebook de 2018, rédigé par un porte-parole de l’armée d’occupation israélienne, comprenait le texte suivant, accompagné d’une photo d’une manifestante de Gaza: «La femme de bien est la femme honorable, qui prend soin de sa maison et de ses enfants, et leur sert d’exemple à suivre. Cependant, la femme frustrée qui manque d’honneur ne s’occupe pas de ces choses, agit sauvagement contre sa nature féminine, et ne se soucie pas de la façon dont elle est perçue dans la société».

Invoquer l’honneur et le rôle «naturel» des femmes renforce les stéréotypes sexistes inéquitables et dissuade les femmes d’agir en politique. Il est donc rappelé aux sociétés et aux familles de limiter les femmes à des rôles «traditionnels» pour les protéger de la violence et des abus.

Prisonnières politiques

Cependant, c’est peut-être dans l’expérience des prisonniers politiques que l’écart entre les sexes est le plus grand. Je travaille avec d’anciennes prisonnières pour les aider à bénéficier de soins psychologiques et de rapports judiciaires, et cela m’a beaucoup appris sur la façon dont le système militaire israélien utilise des tactiques sexistes et des insinuations sur des tabous culturels pour faire pression sur les prisonnières et sur la société palestinienne en général.

Au cours des décennies d’occupation israélienne, des milliers de femmes palestiniennes ont été arrêtées. Comme les hommes, elles sont emprisonnées pour leur militantisme ou détenues pour faire pression sur leurs proches engagés dans la lutte. Parfois, les cris d’une femme subissant un « interrogatoire » sont exploités pour forcer son frère, son mari ou son fils à avouer.

L’été dernier, Mais Abu Ghosh, étudiante à l’université, a été torturée pendant un mois. Lorsque ses parents ont été amenés au centre d’interrogation, ils n’ont pas pu la reconnaître. Les fouilles à nu et l’échange de serviettes hygiéniques et de papier toilette contre des informations sont des pratiques courantes, auxquelles de nombreuses femmes détenues ont été soumises.

Les femmes emprisonnées souffrent particulièrement de la suppression de leurs liens sociaux, étant souvent détenues en dehors du territoire occupé en 1967, en violation de l’article 76 de la quatrième Convention de Genève. Leurs proches se voient souvent refuser les autorisations nécessaires pour leur rendre visite.

«J’ai peur»

Les femmes détenues se voient également refuser un soutien psychologique lorsqu’elles en ont le plus besoin. En janvier 2018, Israa Jaabis, une mère palestinienne de Jérusalem accusée de tentative de meurtre après que sa voiture ait pris feu près d’un point de contrôle israélien en 2015, a écrit une lettre douloureuse dans laquelle elle se plaignait que les autorités carcérales l’empêchaient de voir son fils, et exprimait son grand besoin d’un soutien psychologique.

«J’ai peur quand je me regarde dans un miroir, alors imaginez ce que les autres doivent ressentir quand ils me regardent», a-t-elle écrit, notant que ses besoins médicaux et psychologiques ont été négligés, malgré les règles des Nations unies qui stipulent que les autorités pénitentiaires «doivent s’efforcer de faire en sorte que [les femmes détenues aient] un accès immédiat à un soutien ou à un conseil psychologique spécialisé».

Les femmes détenues souffrent également de ce qui se passe à l’extérieur de la prison. Chaque fois qu’un homme est emprisonné, il y a alors très souvent une femme surchargée de travail et de responsabilités qui compense son absence. Mais lorsqu’une femme est mise derrière les barreaux, sa maternité est remise en question et son mari est pressé de trouver une nouvelle épouse pour fournir «une mère à ses enfants».

Bien que cela ne soit pas dit ouvertement, l’opinion persiste qu’une femme prisonnière est répréhensible d’avoir laissé ses enfants derrière elle. Un grand silence entoure la possibilité qu’elle ait été agressée sexuellement en détention.

Alors que les hommes palestiniens sont généralement glorifiés après avoir été libérés de prison, les femmes dans la même situation sont confrontées à d’autres difficultés pour trouver un emploi, se mettre en relation avec un partenaire et assumer un rôle actif dans une société de plus en plus «protectrice».

Violence structurelle

L’oppression en Palestine s’exerce sur des fronts nombreux, où la violence structurelle et la répression politique entravent les libertés individuelles et collectives. Les femmes – en particulier les militantes et les anciennes prisonnières – sont confrontées à une multitude de luttes croisées dans leur cheminement vers leur libération.

Les mouvements féministes se sont abstenues de défendre les droits des prisonnières palestiniennes, mais ce sont ces organisations disposant de moyens qui peuvent mettre en lumière les dimensions genrées de l’occupation en Palestine et garantir que ces inégalités et systèmes d’oppression ne soient pas oubliés.

Les Palestiniens devraient remettre en question de telles dynamiques, qui affaiblissent notre capacité à résister à l’occupation et nous subjuguent encore plus. Le genre nous divise. Le manque d’influence des femmes contribue au colonialisme et aux autres relations de pouvoir entre les classes et les ethnies.

Une plus grande flexibilité dans les rôles de genre augmenterait la résilience des Palestiniens face aux traumatismes, libérant les femmes de la prison qu’elles occupent en elle-même afin qu’elles puissent se transformer en agentes actifs de changement et de résistance.

Article de Samah Jabr, psychiatre palestinienne, initialement publié le 26 mai 2020 par Middle East Eyes.

Traduction française empruntée au site du Collectif Palestine vaincra.

Vivement la ménopause du Capital! ~ Cinéma, âgisme & misogynie.

Sous le titre explicite (mais réducteur) «Cachez ces rides qu’on ne saurait voir», le magazine Télérama a publié en mai dernier [1] un reportage de Mathilde Blottière et Hélène Marzolf sur les actrices de plus de 50 ans.

Le cinéma est parfois un art ; c’est presque toujours une industrie. En tant qu’industrie, le cinéma obéit aux lois du marché capitaliste (comme l’édition). En tant qu’industrie du loisir (comme la mode aussi) il participe à la reproduction et à la publicité des «valeurs» du système.

En l’espèce, le cinéma et la mode ont (principalement) pour fonction de diffuser une image des femmes, disponibles, dominées et soumises à la loi du marché : on en change au gré des modes (comme de montre), on les jette une fois la date de péremption dépassée (comme un yaourt). Tout cela est évidemment répugnant, mais peut paraître au moins rationnel et cohérent avec le marché.

Or la domination masculine n’est pas plus rationnelle que l’exploitation capitaliste ; toutes deux manifestent la même sympathie – au sens chimique – pour le gaspillage et la dilapidation. C’est ainsi que, dans un registre beaucoup plus dramatique que l’exploitation humiliante des comédiennes (jeunes, on les baise ; moins jeunes on les met au rancard), la domination masculine s’abandonne souvent à ce que j’ai nommé la tentation gynécidaire [2]. Pour un regard, le mâle vitriole et·ou assassine une femme ; l’éleveur, lui, entretient et compte son bétail. Pourquoi cette différence de comportement ? C’est que, le plus souvent, l’éleveur ne craint pas son bétail ; dans les petites exploitations, il peut même lui être très attaché…

L’article de Télérama a tout particulièrement attiré mon attention parce qu’il donne la parole, entre autres, à Élisabeth Bourgine, une comédienne que je m’étonnais, pour le regretter, de ne plus voir citer à propos de cinéma. Je l’apprécie en tant qu’actrice; de surcroît elle est, à mes yeux, une femme extrêmement séduisante.

Ce dont elle témoigne ici est édifiant. En effet, on pourrait imaginer qu’une sélection machiste et «jeuniste» écarte sans pitié (et pourquoi en aurait-elle?) les comédiennes vieillissantes simplement parce que leurs visages sont ridés. Or, et c’est en quoi je trouve le titre de l’article réducteur, ça n’est pas comme ça que fonctionne le mécanisme d’exclusion. Hormis quelques rares actrices chanceuses, soit du fait d’heureux hasards biologiques, soit du fait de carrières particulières, la plupart des comédiennes ayant dépassé la cinquantaine sont écartées, non parce qu’elles «font leur âge», mais parce qu’elles l’ont ! C’est tout différent, et autrement effrayant.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. Prenons l’anecdote rapportée par É. Bourgine : elle est retenue lors d’essais pour un film: la responsable du casting est «enthousiaste». Mais au moment de remplir une fiche de renseignements, elle tique sur l’âge, que la comédienne a refusé de donner, ce qui n’empêche nullement la casteuse d’aller voir sur Google en direct (il n’y a pas que les ouvriers et employés qu’on licencie sans délai) et, en en prenant connaissance… déchire la fiche.

Donc, cette personne trouvait Bourgine parfaite pour le rôle, visage et silhouette comprise, et c’est son âge réel qui lui fait faire volte-face. Ici nous mettons le doigt sur l’irrationalité de la violence du système. En effet, dans une activité dont le ressort «technique» est de «jouer», de «faire semblant», de «donner l’impression» aux spectateurs que, etc. la date de naissance d’une actrice est considérée comme un handicap. Elle «fait jeune» puisqu’on était prêt à l’embaucher, mais il aurait fallu qu’elle soit jeune !

Renoncement du dit «septième art» à son ressort – commun au théâtre et à l’opéra – déjà éprouvé dans les films où l’on juge plus simple et·ou plus «crédible» de faire baiser les acteurs et actrices entre eux sur le plateau plutôt que de penser la représentation du sexe.

Quel que soit par ailleurs le talent du metteur ou de la metteuse en scène et des acteurs et actrices retenu·e·s, ce type d’entreprise tourne le dos à la création, à la pensée et à la culture. Il s’agit de se conformer à des représentations archaïques misogynes et de les afficher pour perpétuer un système de non-pensée et de non-vie, dont les angoisses qu’il suscite ne peuvent être faussement apaisées que par la consommation (de fringues, de films, de vedettes) et donc par la production capitaliste et le travail exploité. Exclues de la reproduction biologique, les femmes sont écartées de cette circularité, ce cycle, qui – lui ! – n’a pas de fin.

Le système de l’extraction de la plus-value et de la captation générale des richesses ne connait pas de ménopause ; il ne supporte même pas qu’elle soit évoquée [3] Un signe de fragilité, sans doute, dont il faudrait réfléchir à la manière de tirer partie. En attendant, jeunes/proies ou vieilles/épouvantails, les femmes payent toujours le prix du sang. Exhibées sur les écrans et les pages des magazines, puis effacées des mêmes supports par la police de l’imaginaire, elles incarnent l’asservissement de nos rêves.

[1] N° 3618, 15 mai 2019.

[2] Voir Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps, H&O, 2008.

[3] Sinon dans des catégories particulières, que l’on moque (« cougars ») ou dont on vend le goût comme un vice spécial (« femmes mûres » de la pornographie).

“Une culture du viol à la française” ~ Un livre qu’on aurait aimé lire – surtout après l’avoir acheté…

Commençons par l’explication, donnée page 12, du renoncement à l’usage du point médian venant après l’éloge de l’écriture dite «inclusive», laquelle sonne comme une capitulation en rase campagne : «Je souhaite que ce livre sorte des sphères féministes pour être lu par des personnes qui ne sont a priori pas sensibilisées au sujet, et je sais que cette concession était nécessaire [sic].»

Donc : voici un livre féministe qui s’adresse à des femmes qui ne le sont pas, et auxquelles on va donc épargner ce que l’on considère comme une marque incontournable de féminisme… Ainsi pitoyablement justifiée, ce genre de «concession» risque fort de virer «à perpétuité», façon cimetière. L’écriture que je préfère définir pour ma part comme antisexiste doit se répandre pour s’imposer (y compris aux éditeurs). Sinon, autant n’en pas parler.

Libertalia eut été mieux inspiré·e, pour atteindre un plus large public – les personnes qui ont passé 50 ans, celles qui portent des lunettes, celles qui travaillent sur ordinateur, etc. – d’aérer un peu sa mise en page, précisément l’interlignage. Lorsque, pour on ne sait quelle raison technique, il est augmenté – comme au bas de la page 45 et à deux autres occasions – on respire ! Mais pour peu de temps.

L’autrice vise donc un public large, au-delà des cercles militants, ambition dont on ne peut que la (et se) féliciter; elle s’impose donc – et nous impose – un (très) long rappel des connaissances disponibles sur le viol. Ces connaissances sont par hypothèse utiles (je reviendrai plus loin sur leur présentation) ; elles auraient sans doute gagné à être (très) résumées. À moins qu’il ait été question de rédiger une manière de Que sais-je ? mais c’eut été un autre livre.

On ne saurait dire que, depuis les années 1970, la question du viol n’a pas été traitée, y compris par des militantes féministes. Cependant, l’ouvrage de Valérie Rey-Robert ne s’annonce pas comme une nouvelle synthèse sur le viol et sa culture, mais sur « une culture du viol à la française ». C’est autrement passionnant, en effet, d’autant que la galanterie par exemple a été théorisée et exaltée récemment par une autrice comme Claude Habib[1] et qu’une historienne comme Florence Gauthier s’est appuyée sur son travail pour fantasmer chez Maximilien Robespierre «la proposition d’une politique de galanterie démocratique» (compatible, donc, avec l’interdiction des clubs de femmes !). Par malheur, il faut attendre la page 199, les deux premiers tiers de l’ouvrage passés pour qu’un titre de partie se réfère enfin à celui du livre. C’est considérer lectrices et lecteurs comme un banc de poissons qu’il convient d’appâter (je ne vise pas ici la couverture de Bruno Bartkowiak, superbe, comme toujours).

Je reconnais être un lecteur vétilleux. J’en donne un autre exemple afin que l’on ne me reproche pas de manifester une amertume spéciale à l’encontre de Valérie Rey-Robert (que je ne connais pas) et/ou de son éditeur (que je connais trop).

Je suis en train de lire un livre de l’historien Timothy Tackett, dont la traduction en français a été publiée au Seuil, en 2018, sous le titre Anatomie de la Terreur. Le titre original est The Coming of the Terror in the French Revolution (Harvard University Press, 2015), soit : L’arrivée de la Terreur dans la Révolution française. L’auteur aurait pu, s’il l’avait souhaité, choisir pour titre : La Fabrication de la Terreur, ou La construction de la Terreur. Il a choisi L’arrivée. Or loin d’être un essai spécialement consacré à la Terreur, son livre est plutôt une énième « histoire de la Révolution » – d’ailleurs intéressante – dont l’usage de la terreur est le fil rouge. Ça n’est pas exactement la même chose. Comme il est manifeste qu’il vise, lui-aussi, un public aussi large que possible, nous sommes contraint·e·s de subir une iconographie pour manuels scolaires : attaque des Tuileries le 10 août 1792, portait de Robespierre, rien n’y manque ! L’éditeur français aurait pu, plus justement, intituler le livre Généalogie de la Terreur. Le titre qu’il a retenu est inadéquat. Il induit le public en erreur.

L’éditeur de Une culture du viol à la française n’a pas l’excuse des difficultés de traduction. Cela dit, je ne sous-estime nullement – c’est par expérience ! – la difficulté intrinsèque de l’exercice consistant à choisir le titre d’un livre.

Il peut arriver cependant que ladite difficulté soit un révélateur de la faiblesse de construction de l’ouvrage et de constitution de son objet. J’ignore quel était l’état du manuscrit remis aux éditions Libertalia et je n’ai pas suffisamment fréquenté le blogue de Valérie Rey-Robert pour apprécier si son livre est un raboutage de billets déjà publiés. Le recueil de textes est d’ailleurs un genre tout à fait honorable (j’en ai moi-même publié un chez Libertalia), mais il ne suffit pas de semer ici et là des titres de « chapitres » ou de « paragraphes » pour que l’ensemble fasse livre.

De même, il ne suffit pas d’accumuler – sans les définir ni les distinguer – des «enquêtes» et des «études» – sous prétexte qu’elles semblent aller dans le sens qui vous convient – pour construire une argumentation rationnelle.

Il manque ici à l’autrice une distance critique vis-à-vis de certaines formes de vulgarisation pseudo-sociologiques ou médicales. Autant il est légitime, et peut-être intéressant, d’utiliser par exemple «une étude américaine portant sur près de 4 000 hommes ayant violé des enfants» (p. 271), autant il est inacceptable d’affirmer que «30% des hommes pourraient violer une femme s’ils étaient sûrs de ne pas être poursuivis» comme le fait un article cité à plusieurs reprises par l’autrice (par ex. p. 273). L’affirmation que «près de 20% des Français considèrent qu’une femme qui dit non pense en fait le contraire» (p. 44) est également irrecevable.

Irrecevable et scandaleux, dis-je, non parce que ces prétendues «informations» donneraient une mauvaise image du genre masculin (Croyez-moi ou non: Je m’en balek!), mais parce qu’elles sont factuellement inexactes, et fabriquées par des instituts de sondage sur le modèle idéologique de «l’échantillon sociologique représentatif», qui entretient le mythe de la démocratie du même métal, mais ne renseigne pas sur le réel. Des libertaires qui se réclament (de bonne foi) de la «pensée critique» devraient trouver mieux à imprimer que pareilles vulgarités journalistiques. Quant à savoir dans quelle mesure elles sont contre-productives en apportant de la confusion sensationnaliste là où elles sont censées «alerter», c’est – heureusement – impossible.

La dénonciation de la «culture du viol» est nécessaire et fondée. Mais dans l’ouvrage qui nous occupe, elle semble s’étouffer dans sa propre indignation, parfois son amertume, sans pouvoir prendre plus grande ampleur, et à mon sens une plus grande efficacité. Que cela soit facilement compréhensible n’enlève rien au fait qu’il s’agit d’une limite, et qu’elle affecte l’ensemble du propos.

L’autrice écrit (p. 286) :

La sexualité ne saurait-elle passer par un autre biais que d’imposer ses volontés, ses désirs à l’autre ? La sexualité serait-elle forcément un rapport de pouvoir où l’excitation et le désir ne naîtraient qu’en dominant l’autre ? Serions-nous si peu imaginatifs, si conservateurs, si timorés que la perspective d’imaginer un autre sexualité où chacun et chacune puisse exprimer ses désirs et ses non-désirs nous terrifie ?

Questions bien tardives – dans l’avant dernière page du livre – qui gagneraient en efficacité si le concept même de «sexualité», pièce idéologique essentielle de la domination masculine, et de la culture du viol était interrogé et déconstruit, au lieu d’être considéré comme une donnée de nature, dont on ne critique en somme que l’« appropriation » masculiniste.

Les deux dernières phrases du livre :

La lutte pour mettre fin aux violences sexuelles n’a pas à avoir d’autre but en soi, cela en est un suffisant. Et si elle doit passer par le fait de repenser nos rapports amoureux, c’est plutôt une chance, une promesse qu’une crainte.

Tout est dit (trop tard).

Valérie Rey-Robert affirme d’abord que la fin des violences sexuelles est aujourd’hui un but en soi – donc un changement dans un système dit «démocratique», en réalité régime d’exploitation capitaliste et de domination masculine articulées[2]. Puis elle ouvre sur une perspective plus large : si nous devons en passer par une révolution amoureuse, c’est une chance.

Voilà qui s’appelle intervertir la charrue et les bœufs. Avec pareil attelage, le sillon n’avancera guère ! C’est au contraire, je m’en suis expliqué à plusieurs reprises ici, dans la perspective d’une utopie amoureuse & érotique égalitaire, à élaborer théoriquement et pratiquement, que nous trouverons d’autres préservatifs contre la violence masculine que le code pénal et l’administration pénitentiaire. C’est en travaillant au bouleversement révolutionnaire que dans le même mouvement l’on fait évoluer les mentalités et que l’on obtient du système la seule chose qu’il puisse offrir : des réformes.

[1] Galanterie française, Paris, Gallimard, 2006. Le livre est cité une fois pp. 206-207.

[2] Ne parlons même pas – pour cette fois – de domination adulte. Non seulement elle n’est ni critiquée ni même identifiée, mais de nombreuses notations invitent à la renforcer : bien entendu pour la bonne cause de la «protection». À ce train, il faudra bien encore deux cent ans pour que des féministes comme notre autrice réalisent que les arguments en faveur de la domination adulte sont exactement les mêmes qui ont servi et servent encore à justifier l’infériorisation des femmes (quelques exceptions remarquables: Christiane Rochefort, Shulamith Firestone).

 

Rey-Robert Valérie, Une culture du viol à la française. Du «troussage de domestique» à la «liberté d’importuner», Libertalia, 292 p., 18 €.

Statut de l’ouvrage : acheté en librairie.

[Anecdote édifiante et explicative. Une de mes connaissances à qui l’éditeur a – certainement sans arrière-pensée! – offert un exemplaire du livre en a été si bouleversée qu’elle a refusé de me le prêter. Je devais l’acheter; c’était mieux pour l’autrice ! J’ai cédé devant tant de sollicitude pour le bien-être des écrivain·e·s. J’aurais craint, sinon, de paraître pingre…]