Antonia Singla Contreras ~ les vibrations du désir

Dans la machine à remonter le temps, ce soir «La Singla», danseuse gitane espagnole. Elle a souffert de graves troubles de l’audition pendant ses vingt premières années, jusqu’en 1968. Dans les performances antérieures, comme ci-dessous en 1965, elle n’entend ni le guitariste ni le chanteur. Ce sont les autres qui la suivent, ce qui donne un côté plus magique encore au résultat.

Littéralement sourde à ce qui l’entoure, toute de tension et de crépitements, elle incarne le désir: à la fois retenu et exultant.

Et je reste des heures à regarder la mer…

Il n’y a pas que les Pogues dans la vie, il y a aussi ces ritournelles pour la radio et l’eurovision qui ont su s’accrocher à vos cheveux comme un brin d’herbe, une graine tombée d’un arbre. Pas seulement parce qu’elle étaient ressassées (la puissance de répétition était bien moindre alors) mais parce que c’étaient de «bonne chansons» qui nous parlaient d’amour, de vie, de tristesse et qui nous rappellent aujourd’hui un chagrin, une rencontre.

Alain Barrière était un chanteur très particulier, avec du coffre mais sans aucune «facilité», le contraire de Sinatra (dont l’aisance devait demander beaucoup de travail!). C’est difficile à expliquer: j’ai toujours eu l’impression que sa voix peinait à sortir de sa poitrine; pourtant il tenait la note. Mais il y avait quelque chose de rauque, de rugueux: rien ne coulait. C’est ce qui faisait son charme à mes yeux. Il a disparu, chassé par le fisc (comme Polnareff) et sans vrai retour possible.

De ses chansons, je n’ai retenu, comme souvent, qu’une ou deux phrases qui me traversent l’esprit de temps à autre et que je chante (en les déformant, je m’en aperçois). Les vidéos disponibles sont d’un kitsch improbable; certaines auraient pu être tournées en Union soviétique…

Le monsieur est mort hier à 84 ans. Ça n’est ni un grand chanteur ni un grand auteur qui disparait. Simplement un peu de la culture populaire qui s’envole et fait battre mon cœur comme une porte.