À quels seins se vouer ?

Le 28 août dernier, lors de la lecture de la chronique d’humeur et d’humour qu’elle tient dans l’émission d’Alex Vizorek et Charline Vanhoenacker «Par Jupiter !», sur France-Inter, Constance – tel est son [pré]nom « de scène » – célébrait la « journée mondiale du topless » en enlevant le sien (de haut).

Offrir à la vue – puisque les émissions de radio sont dorénavant filmées et diffusées sur le Net – un splendide 90 bonnet E de tour de poitrine est doublement généreux. Par ailleurs, la chronique était gentillette, et l’accueil dans le studio cordialement potache… Pas de quoi fouetter un chat, comme l’on dit.

On pourrait objecter que le caractère spectaculaire de son geste, au double sens professionnel et politique, atténue la portée du geste. Ça n’est pourtant pas ce qui a suscité chez moi une bouffée mélancolique, à rebours de l’effet habituel de la vue d’une poitrine féminine – opulente ou menue, comme je m’en suis déjà expliqué sur ce blogue. Au fond, c’est parce que le test s’est révélé positif – entre autres par le bouche à oreille suscité– que les tétons m’attristèrent.

C’est que nous en sommes (encore) là !

Et même un peu plus bas, comme le démontrait le même jour Daphné Bürki animatrice d’un magazine de France 2, censément « consacré à l’amour et à la sexualité », en annonçant qu’elle allait exhiber sa poitrine, avant de produire… une piteuse incarnation de pudeur ! Sérieusement !… Comme si la vue de seins bronzés n’était pas devenue, sinon généralisée, au moins banalisée.

Or voici que Deborah de Robertis, autoproclamée (je n’ai pas vérifié) ex-Femen se met en scène, nue sous un voile bleu, dans la grotte de Lourdes, en Marie naturiste.

Je ne suis pas très convaincu que baptiser ce geste « performance » suffise à lui donner un potentiel subversif, d’autant que ses échos photographiques sont – y compris sur le compte Twitter de la jeune personne – censurés et floutés. Aussi ennemi de la religion catholique (et des autres !) que je puisse être, il me semble que ce genre de provocation est bien vain, et improductif, sinon en terme de notoriété pour l’« artiste ». Nous revoici dans les contradictions et faiblesses du spectacle. « Choquer » le bourgeois ou la bonne sœur suffit-il ? Et à quoi ?

Pour autant, une « historienne, spécialiste de l’antiquité romaine, de l’histoire des femmes et de la sexualité », Virginie Girod se croît autorisée à dégainer un diagnostic sexo-psychiatrique : il s’agit, selon elle, d’exhibitionnisme, une « paraphilie » déguisée en art…

Comment peut-on être aussi niaise et aussi ignorante de l’histoire du nu dans l’art contemporain (notamment depuis les années 1960 [1]?

Le jour où les femmes pourront se mettre torse nu comme les hommes, sans que l’on y voit un geste déplacé, un blasphème ou un signe de maladie mentale mérite d’être baptisé la sein-glinglin.

Que Constance et Deborah soit remerciées pour au moins nous y faire rêver…

[1] Je renvoie à mon livre Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps (Éditions H&O).

LA “PENSEUSE” ~ [Le sentiment de la beauté 4.]

 

La lumière – et les ombres qu’elle crée – sculptent le cou, le ventre, les épaules, qui paraissent plus musclées peut-être qu’elles ne sont au naturel.

Voici une photo posée.

La pose en est même « surjouée ». De deux manières.

La pose est sculpturale.

L’équilibre improbable, peut-être inconfortable pour la jeune femme, alourdit les seins.

C’est une « penseuse » à la Rodin, un peu accablée ou feignant de l’être. D’une incandescente présence physique (je pense à Emmanuelle Béart dans La Belle Noiseuse, de Jacques Rivette).

Une « raisonneuse » aussi !

En silence, elle répond et se moque, affectant de chercher une réponse à une question posée, ou qui se pose à elle. Tout est dans la gestuelle très précise de la main droite, pouce reposant sur la tempe, auriculaire dressé. On pense aux danseuses arabes ou balinaises. Aucune moue du visage.

Il est vrai que la bouche est entr’ouverte. Pour un peu, elle tirerait la langue pour montrer qu’elle s’applique. Les yeux baissés sous des cils que l’ombre épaissit de noir. Les joues et le nez constellés de tâches de rousseur.

Que dit-elle ?

Quelque chose de ce genre :

« Tu me désires !? Mais oui, c’est un mot que j’ai déjà entendu !… Non, ne dis rien, ça va me revenir ! Désir… Dééé-sir… Ah ! c’est trop bête !… »

“Je l’ai sur le bout de la langue” ~ Célébration du cunni

Le cunnilinctus (mon préféré) ou cunnilingus, couramment abrégé en «cunni», ce contact (le moins abrégé possible!) entre le con d’une part et cet «organe charnu, musculeux, allongé et mobile placé dans la bouche» que le Petit Robert évoque de manière si troublante, j’ai décidé de lui attribuer tout arbitrairement le 30 mai comme jour de célébration.

Étant entendu que rien ne vous empêche (n’étaient les législations antisexuelles de quelques pays du monde) de lécher, suçoter et aspirer le reste de l’année.

Inutile, pour visiter l’exposition, de chausser vos casques de traduction simultanée: cette langue est internationale.

Rare exemple dans l’iconographie de stylites cunnilinctes.

«Aussi longtemps que j’aurai un visage, tu sauras où t’asseoir.»

«Si le seigneur n’avait pas voulu que les hommes bouffent de la chatte, il n’aurait pas fait en sorte que ça ressemble tellement à une crêpe de maïs fourrée à la viande.»

Par Anne Van der Linden

«Bouffez de la chatte, c’est vegan»

«La Femme damnée» Nicolas François Octave Tassaert (1859)

Picasso (1903)

Prélevé chez Anne Archet.

Dernière minute.

À propos d’une tentative d’institutionnalisation (de très mauvais goût!).

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