Au Kenya, des femmes âgées s’entraînent au kick-boxing pour résister aux agressions sexuelles

À Korogocho, bidonville de Nairobi à la sinistre réputation (domination des gangs), au Kenya, des femmes d’un certain âge, nullement épargnées par les agressions sexuelles, comme la sottise machiste pourrait le faire croire – elles sont même considérées comme moins susceptibles d’être contaminées par le virus du Sida… – s’entraînent au kick-boxing, une boxe où l’on utilise les poings et les pieds.

Le réalisateur canadien Brent Foster les a rencontrées: le résultat est le court-métrage intitulé « Enough : The Empowered Women of Korogocho », que l’on peut traduire par «Assez! Les femmes de Korogocho trouvent leur force en elles-mêmes».

Beatrice Nyariara, l’une de ces femmes a fondé le collectif des «Grands-mères kickboxeuses du Kenya». Elles sont ainsi une vingtaine à se retrouver chaque semaine pour s’entraîner ensemble.

Instructif sur la réalité des agressions contre les femmes et fort encourageant quant aux possibilités de défense féminine collective, le film est sous-titré dans un anglais très simple et facile à comprendre.

 

 

 

 

“Rhétoriques antiféministes” ~ Le n°4 de GLAD! revue sur le langage, le genre & les sexualités est en ligne

Fruit d’une collaboration entre les membres du collectif Arpège-EFiGiES Toulouse et le comité de rédaction de GLAD!, ce numéro, à travers un dossier consacré aux rhétoriques antiféministes, contribue à la fois à documenter les antiféminismes en s’intéressant à plusieurs types de rhétoriques antiféministes (masculiniste, féminine…), à inscrire ces rhétoriques dans le temps long grâce à une approche diachronique, et à fournir des outils critiques pour déconstruire ces rhétoriques. Le numéro comprend également une partie varia, ainsi que des contributions dans la rubrique Actualités.

Pour accéder à l’intégralité des articles, c’est ICI.

“MAINTENANT, IL FAUT DES ARBRES”

Cher Éric Hazan, tu va fêter mardi prochain 12 juin au Lieu dit – soit dit (!) en passant, un endroit pour lequel j’ai une particulière tendresse – les 20 ans de la maison d’édition que tu as fondée : La Fabrique.

Si j’ai bien compris, tu ne détiens plus qu’une part minime de la société, et c’est sans doute ta personne (honneur aux anciens! etc.) davantage que ta maison – ou au moins ce qu’elle est devenue – que viendront célébrer dans une émission de Mermet quelques amis libertaires (Nicolas Norrito et Fred Alpi formant, à tes côtés, tout le «plateau» de l’émission, d’après ce que j’ai lu sur le programme).

Dans un entretien récent (que j’ai la flemme d’aller rechercher) Nicolas soulignait le rôle qu’a joué La Fabrique dans son intérêt pour l’édition, malgré des divergences irréductibles, par exemple à propos des thèses du PIR et de Houria Bouteldja, dont l’animatrice actuelle de La Fabrique est proche, amicalement et politiquement.

On ne saurait évidemment reprocher à un éditeur le contenu mot à mot de chacun des livres qu’il édite. Tu n’es ni Coupat ni Bouteldja (pas plus que Libertalia n’est Guillon). Pourtant tu les a défendus l’un et l’autre en t’identifiant à leurs combats respectifs.

Tu vas même jusqu’au délire assumé, affirmant que si l’on critique Houria Bouteldja c’est parce qu’elle est jeune, belle, intelligente et d’origine arabe (voir la citation précise ailleurs sur ce blogue).

Moi je la combats parce que ce qu’elle a écrit est antisémite, homophobe et antiféministe.

J’imagine sans peine que tu ne partages pas ses positions au fond, et que tu la soutiens néanmoins sous l’effet d’une forme sénile de tiers-mondisme pro-palestinien…

Quand un camarade t’a flanqué une gifle à l’occasion d’une manifestation, j’ai pris position publiquement et plus que fermement contre cette agression, et quand je te croise (au Lieu dit, par exemple) je me contente de te serrer la main.

Là, les 20 ans au Lieu dit, avec les «camarades» Stella et Houria en terrasse – prévoir moult bises conviviales et confraternelles (ben tu comprends, elle m’a embrassé la première, alors moi…!)  – Libertalia au micro et Fred Alpi à la guitare, c’est un peu trop pour moi.

Évidemment, je pourrais venir te dégueuler dessus, mais je pense que je vais rester chez moi, tout simplement.

En tant qu’être vivant, je te souhaite d’ailleurs une fin de vie longue et active. Vraiment!

Par contre, je pense qu’il serait temps de faire taire la scierie La Fabrique.

Ça nous économiserait des arbres!

Et il nous en faut, Éric!

Julien trouvera sans peine un autre éditeur, tandis que Houria sera contrainte d’agrafer elle-même ses brochures photocopiées.

Gagnant-gagnant!

Après tout, 20 ans, c’est un bel âge pour mûrir!

Cordialement

Claude Guillon

 

 

PS. Tu l’as sûrement lu, mais je te recommande tout de même cet excellent ouvrage de mon ami Nedjib Sidi Moussa : La Fabrique du musulman.

 

“I’m A Woman” ~ par Sandra Nkaké

Mardi matin je décide, comme chaque mardi, de partir acheter quelques légumes. Il fait beau et je croise les sourires des habitants du 18e arrondissement parisien dans lequel se trouve le marché. Je salue la directrice d’école. Je croise la factrice à vélo qui me donne du courrier avant de partir. J’achète quelques fruits et légumes à une maraîchère: elle vend exclusivement ce qu’elle fait pousser à quelques kilomètres de Paris. Je prends le métro. Une chanteuse entre dans mon wagon et entonne une chanson magnifique dans une langue que je peine à identifier. Une jeune fille tremblotante vient s’asseoir juste à côté de moi. Elle m’explique qu’elle a décidé d’arrêter le crack et qu’elle a besoin de me parler, que ça lui donnera de la force.

En sortant de la station ma posture commence à changer et je constate que je me tiens plus droite. Je me sens plus déterminée. Toutes ces femmes m’ont touchée, m’ont donné une énergie que j’ai envie de traduire en musique. J’en parle à Jî Drû puis j’allume l’ordinateur portable et nous commençons à écrire un morceau. Naturellement nous vient un rythme que nous chantons. On sort un clavier analogique. Le temps d’enregistrer quelques notes, c’est le texte de la chanson qui s’impose à moi: I’m A Woman. Comme un flash, un éclair, une évidence. Écrit, chanté, enregistré et mixé en à peine quelques heures. Ravis d’avoir pu traduire en musique le frisson que m’a provoquée la rencontre de ces femmes, j’écoute notre morceau en boucle et commence à danser dans le salon. Le mur est orange et j’y vois un signe. C’est cette Lune Rousse qui de nouveau m’appelle et me guide (NDLR: En anglais, “lune rousse” se dit “tangerine moon”, comme le titre de son dernier album Tangerine Moon Wishes). Jî Drû prend son téléphone posé sur la table et commence à filmer mes mouvements. On organise les images sur ce même ordinateur portable. Il est tard et c’est toute la journée que j’ai consacrée à la force que m’ont apportée ces femmes. 

Arborant un large sourire je retourne dans la cuisine et mes courses sont toujours dans le caddie! Je me mets à rire, je fais une soupe et je regarde une dernière fois cette vidéo que je peux désormais partager avec vous.

I’m A Woman.

“The Dinner Party” de Judy Chicago ~ via «La Newsletter de ma chatte»

Piqué à l’excellente Newsletter de ma chatte…

…cette présentation d’une «installation» de Judy Chicago.

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Judy Chicago, The Dinner Party

Par Britney Fierce

The Dinner Party est une installation artistique de l’artiste américaine Judy Chicago, réalisée entre 1974 et 1979. On peut la voir aujourd’hui au Brooklyn Museum de New York, où elle occupe toute une pièce. Composée de 39 tables disposées en un triangle équilatéral, elle retrace une histoire des femmes, chaque figure historique — on retrouve aussi bien des femmes de l’Antiquité et de la mythologie, comme Kali ou Sappho, que des féministes et des artistes contemporaines, comme Virginia Woolf et Georgia O’Keefe — étant représentée par une table, un chemin de table brodé et une assiette en porcelaine personnalisée, parfois accompagnée d’autres ustensiles (voir le détail des éléments sur le site du musée). Beaucoup d’assiettes représentent un papillon ou une fleur en relief, évoquant la forme d’une vulve. L’ensemble repose sur un socle appelé « plancher du patrimoine » (Heritage Floor), composé de 2300 plaquettes de porcelaine sur lesquelles figurent les noms de 999 femmes mythologiques et historiques. 

Avec cette œuvre, l’objectif avoué de Judy Chicago était de « mettre fin au cycle continuel d’omissions par lequel les femmes sont absentes des archives de l’Histoire ». Si son importance artistique ne fait aujourd’hui aucun doute, elle a tout de même reçu des réactions mitigées, certaines critiques l’accusant d’essentialisation — à cause du fait qu’elle avait réduit un certain nombre de figures à leur sexe —, d’autres reprochant à Chicago d’avoir ironiquement profité de femmes bénévoles (brodeuses, peintres sur porcelaine…) pour la réalisation de l’installation.

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