“Sans concession contre tous les racismes et tous les obscurantismes” ~ une tribune de camarades de l’Union communiste libertaire (UCL)

Je reproduis ci-après une tribune de camarades de l’UCL qui démontre heureusement que toutes les militantes et tous les militants de cette organisation ne sont pas tombé·e·s aveuglément dans le piège du «front uni contre l’islamophobie».

L’actualité sanglante de la fin octobre nous imposait de lutter avec vigueur contre la vague d’agressions racistes visant les musulman·e·s et émanant du Rassemblement national, des Républicains, puis récupérée de manière opportuniste par une partie du gouvernement. Polariser le débat sur ces questions arrange bien Macron : alors que celui-ci était en difficulté sur la question des retraites, il lui permet de faire diversion avant la grève de décembre. Cet exemple montre une nouvelle fois comment le racisme est utilisé par les classes dominantes pour diviser les exploité·e·s.

L’appel impulsé entre autres par l’UCL, le NPA, le CCIF et la plate-forme LES Musulmans pour la manifestation du 10 novembre considère cependant l’islamophobie en soi et ne la restitue ni dans le contexte indépassable de la lutte des classes ni dans son histoire postcoloniale. Les réactionnaires assimilent tou·te·s les descendant·e·s de l’immigration post-coloniale à une religion : l’islam. Au contraire, nous pensons que c’est l’expérience de l’exploitation capitaliste et des discriminations racistes qui fondent cette identité commune. Le manifeste de l’UCL mentionne, lui, que le racisme vise bien à «permettre à la bourgeoisie de détourner les classes populaires des revendications d’égalité économique et sociale.»

Contre la division des exploité·e·s

Le communautarisme et les religions sont une autre voie pour diviser artificiellement les exploité·es et il ne faut pas l’ignorer. On ne peut pas combattre le racisme en nous alliant avec des forces politico-religieuses. Nous faisons nôtre l’avertissement de Bourdieu : «Éviter de tomber dans cette sorte de complaisance à base de culpabilité qui, autant que l’essentialisme raciste, enfonce ou enferme les colonisés ou les dominés, en portant à tout trouver parfait, à tout accepter de ce qu’ils font au nom d’un relativisme absolu, qui est encore une forme de mépris». D’un point de vue de classe, soutenir «les musulman·e·s» comme un ensemble homogène est analogue au «campisme» géopolitique, qui vise à soutenir toutes les puissances opposées à l’impérialisme américain.

Il aurait donc été prudent de se renseigner sur la plateforme LES. Musulmans, dont la liste des fondateurs nous est donnée sur leur site. On y retrouve Nader Abou Anas [1], qui a dû se retirer de l’appel suite aux nombreux articles rappelant sa justification du viol conjugal ; mais aussi l’imam Boussena, qui prône la liberté pour les fillettes de 7 ans de porter un burkini. Ajoutons Feiza Ben Mohamed [2], qui soutient Erdogan et explique que «La Turquie ne bombarde pas les Kurdes mais des groupes armés terroristes [3]». Il y a aussi Eric Younous, qui déclarait «La liberté, c’est de se balader à moitié nue dans les rues et n’être qu’un objet de tentation. […] La liberté de l’Occident passe par le meurtre, par le biais de l’avortement» et estime que le shabbat est «une punition qu’Allah a infligée aux juifs [4]». Finissons avec Chakil Omarjee, qui signait en 2013 un appel avec d’autres imams à participer aux Manifs pour tous énonçant «Si au nom du seul principe d’aimer, il devient légitime de s’arroger de nouveaux “droits”, qu’aurons-nous à répondre envers ceux qui souhaiteront la reconnaissance de l’inceste ou de la pédophilie?».

Si nous ne remettons pas en cause la légitimité de marcher contre le racisme anti-musulmans, au lendemain de l’attentat contre la mosquée de Bayonne, nous affirmons que l’Union communiste libertaire, et plus généralement la gauche sociale et politique, doit refuser de construire un front politique commun avec ces obscurantistes dont nous ne pouvons partager les combats. Or, à l’heure où ces lignes sont écrites, l’UCL n’a pas dénoncé la présence de réactionnaires parmi les organisateurs de la manifestation. C’est une faute politique.

Grégoire, Guillaume, Jeanne, Matthias (UCL Orléans), Maud (UCL Grand Paris Sud), Nicolas (UCL Tours), Noël (UCL Melun, BSE), Rémi (UCL Montpellier), Clo, Scapin, Seznec, Xavière (UCL 93 Centre).

[1] Voir la vidéo Bonne fête de l’Aïd.

[2] « Abdelmonaim boussenna limam qui monte sur youtube », sur Lejdd.fr.

[3] Voir son compte Twitter.

[4] «À Aulnay-sous-Bois, le nouvel an des salafistes au gymnase municipal», sur Marianne.net.

 

Âgée de 11 ans: une parmi des milliers

Pas de photo, pas de prénom, pas de linceul électronique, cette très jeune fille est morte dans la solitude et dans l’horreur. Quels prétextes absurdes ses bourreaux ont-ils inventés pour son martyre?  La dépêche d’agence ci-dessous traduite ne le dit pas.

Ces jours-ci, en France, les dits «réseaux sociaux» s’émeuvent d’un slogan «violent» scandé à Paris par des manifestantes féministes: «Le kérosène c’est pas pour les avions, c’est pour brûler violeurs et assassins». Ce qui m’étonne, moi, c’est que ces militantes conservent le sens de l’humour alors qu’elles sont confrontées en permanence à la tentation gynécidaire du patriarcat.

 

Au Pakistan, une jeune fille de 11 ans a été lapidée dans un village de la province de Sindh.

Les parents de la jeune fille ont été arrêtés par la police samedi, après que la nouvelle eut été diffusée sur les réseaux sociaux. Deux autres personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’affaire après l’ouverture d’une enquête.

L’incident s’est produit le 21 novembre dans la chaîne de montagnes Kirthar, dans le district de Dadu, dans le Sindh, à la frontière avec la province du Baloutchistan, ont informé des responsables de la police.

Selon les rapports, la jirgah ou assemblée traditionnelle a ordonné que la gamine soit lapidée à mort.

Le Dr Farrukh Raza, surintendant principal de la police (SSP), Dadu, a ordonné que des mesures soient immédiatement prises dans l’affaire après que les informations soient parvenues à la police.

« Nous sommes en train de vérifier les faits mais nous avons arrêté les parents de la fille décédée et un imam qui avait dirigé la prière des funérailles, ainsi qu’un autre homme qui avait facilité son enterrement », a déclaré SSP Raza, cité par le Gulf News.

Il a également ajouté que les faits seraient vérifiés. « Nous devons vérifier les faits, car différentes allégations ont été avancées quant à la nature de son décès, y compris la lapidation perpétrée par des personnes non identifiées », a déclaré SSP Raza.

Citant les parents de la fillette, le SSP a déclaré que celle-ci était décédée « accidentellement à la suite d’une glissade dans la montagne », a rapporté The News.

Le tribunal de district a autorisé le corps médical à exhumer le corps.

Le meurtre d’honneur ou Karo-Kari est une pratique pratiquée dans les zones rurales et tribales du Sindh, au Pakistan. Les actes d’homicide sont commis à l’encontre de femmes soupçonnées d’avoir déshonoré leur famille en se livrant à des relations illégitimes avant le mariage ou hors mariage. Pour rétablir cet honneur, un membre de la famille de sexe masculin doit tuer la femme en question.

Selon des informations parues dans des journaux pakistanais, plus de 70 cas ont été enregistrés dans la région au cours des six premiers mois de 2019.

“Pour elles toutes. Femmes contre la prison” ~ Présentation du livre de Gwenola Ricordeau au Lieu-Dit, le 15 décembre

«Comprendre comment s’est tissée notre dépendance au système pénal est un travail long et minutieux. Il faut détricoter de ce côté-là pour pouvoir, de l’autre, tisser ensemble féminisme et abolitionnisme pénal. Parce que féministe tant qu’il le faudra et abolitionniste tant qu’il y aura des prisons.»

Les luttes féministes et les luttes pour l’abolition du système pénal et de la prison sont souvent présentées comme antagonistes. Le présent ouvrage vise à délier ce nœud en explorant les formes de protection que les femmes peuvent (ou non) attendre du système pénal et en mettant en lumière les manières dont celui-ci affecte leur existence, qu’elles soient incarcérées ou qu’elles aient des proches en prison.

Le système pénal protège-t-il les femmes? Que fait-il aux femmes qui y sont confrontées? Faut-il inscrire les luttes féministes sur le terrain du droit? En répondant à ces questions, Gwenola Ricordeau dénonce la faiblesse de la proposition politique des courants féministes qui promeuvent des réponses pénales aux violences contre les femmes. Critique du «féminisme carcéral», elle plaide pour des formes d’autonomisation du système pénal.

Ce livre expose d’abord un ensemble de critiques du système pénal formulées par l’abolitionnisme et qui constitue mon cadre d’analyse (chapitre 1).

Il décrit ensuite comment les femmes sont spécifiquement affectées par l’existence du système pénal, et de la prison en particulier, qu’elles soient victimes (chapitre 2), judiciarisées (chapitre 3) ou qu’elles aient des proches en prison (chapitre 4).

Il montre ensuite que, du point de vue de ces femmes, l’analyse de certains développements répressifs du féminisme suggère fortement d’articuler, sur les plans théorique et politique, le féminisme et l’abolitionnisme pénal (chapitre 5).

Il propose enfin des pistes concrètes pour s’émanciper du système pénal et construire notre autonomie (chapitre 6).