“Chers clients…” ~ Lettre ouverte aux acheteurs de sexe par trois jeunes filles

Cette lettre ouverte aux acheteurs de sexe signée par trois jeunes survivantes de la prostitution, est d’abord parue le 17 mars dernier, dans The Boston Globe. Elle a été traduite et publiée sur le site TRADFEM – «collective de traduction de textes féministes radicaux» – dont je me fais régulièrement l’écho des publications sur le réseau Twitter, et auquel j’incite vivement lectrices et lecteurs à se reporter.

Illus Dear Johns

Chers clients,

Lorsque nous avons appris que Robert Kraft, propriétaire des Patriots, venait d’être accusé d’avoir acheté des services sexuels*, nous avons ressenti de la colère et du désarroi. Mais vu notre expérience en tant que survivantes de la traite, nous savons que la véritable histoire ici ne se limite pas à un seul homme.

La vraie histoire, c’est vous tous qui pensez qu’il est acceptable d’acheter quelqu’un.

Alors voici ce que nous voulons que vous, les prostitueurs, sachiez:

  1. Nous sommes des êtres humains. Nous ne sommes pas des jouets ou des objets sexuels. Nous avons des sentiments. Notre exploitation a commencé avant l’âge de 15 ans, comme c’est souvent le cas dans l’industrie du sexe. Parce que quelqu’un en qui nous avions confiance a profité de nos vulnérabilités, nous avons été amenées dans une industrie qui nous a volé notre enfance.
  1. Le pire dans «la gaffe», c’était de devoir baiser avec des étrangers: oui, vous. Après, on se sentaient sales. On n’arrivait pas à débarrasser notre peau de cette sensation. Imaginez ce que vous ressentiriez si vous ou quelqu’un que vous aimez étiez à notre place.
  1. Plus vous nous achetez, plus nous souffrons. Pour coucher avec vous, on a dû se dissocier. C’était comme si on n’était même pas là quand c’est arrivé. Vous aviez peut-être nos corps, mais pas nos âmes.
  1. Nous croyons que la douleur est la même, que vous ayez des rapports sexuels avec un adulte exploité ou un enfant exploité. Que vous utilisiez des mots comme «prostitution» ou «traite», l’exploitation est de l’exploitation, alors ne vous imaginez pas que l’une ne fait pas de victimes. Vous pouvez vous convaincre que c’est un choix ou ce que veut une femme mais, que vous soyez dans «la game» parce que quelqu’un vous y force, ou parce qu’il fait semblant de vous aimer, ou parce que vous n’avez nulle part où aller, c’est un traumatisme, et c’est dégradant. Plus encore, c’est déshumanisant.
  1. Ce à quoi que nous avons survécu vous aurait brisés. Nous sommes plus fortes que vous ne le pensez. Nous avons des gens sur qui nous pouvons compter chez My Life My Choice, un organisme qui soutient les survivantes comme nous. Il y a des femmes qui sont passées par l’industrie elles aussi et qui sont maintenant nos modèles. Nous nous soutenons les unes les autres, en trouvant ou en retrouvant nos voix. Nous complétons nos études secondaires, allons à l’université, obtenons des emplois, bâtissons des relations saines. Vous ne nous avez pas brisées. Nous allons survivre à cela, mais vous allez devoir vivre avec ce que vous avez fait.

Maintenant, vous êtes au courant. Vous ne pouvez plus prétendre le contraire. Ce que vous ferez maintenant est important. D’après notre expérience, vous êtes probablement un homme d’âge moyen qui connaît les lois de l’offre et de la demande. C’est la demande qui alimente cette industrie de plusieurs milliards de dollars.

Si vous n’achetiez pas des gens,

les gens ne vendraient pas des gens.

Sincèrement,

H. (19 ans), J. (15 ans) et P. (17 ans)

 

* Voir l’info sur le site de Radio Canada.

“ALLÔ LE SYSTÈME!” ~ par Raja Meziane

C’est un ouragan arrivé

Les zwawla [les démunis] se sont levés

les enfants du peuple sont sorti/

et Moh, moul tabla [vendeurs de cigarettes]

les caisses sont vides

le pays est à l’arrêt

rongé jusqu’à l’os

ça perdure 

vous avez détruit l’éducation

et c’est la débandade

société handicapée

la culture absente

le peuple qui saute dans les embarcations

et vous, vous croyez que vous allez rester éternellement

vous nous avez enterrés vivants

et vous avez laissé les morts diriger

Nous sommes la risée de toutes les nations

et nous avons régressé

il y a des gens qui crèvent de faim encore

et vous, vous êtes joyeux

vos enfants s’amusent

vous avez érigé un mur à Club des Pins [résidence de la nomenklatura]

où vous vous cachez

des milliers de milliards partis en fumée

et vous continuez à être cupides, avides

trayant la vache

vous vous êtes partagé la récolte et le pétrole

vous nous avez écrasés

et aujourd’hui, nous n’allons pas nous taire

nous n’avons pas peur

nous revendiquons une République populaire 

démocratique mais pas monarchique

le zawali [le démuni] souffre

du cadre

il vomit

allô, système!

tu m’entends, ou bien je suis en train de parler toute seule?

alors, écoute-moi bien, ô flagorneur, je te l’ai déjà dit à la quatrième, oublie-moi, je ne mange pas de ce pain

vous avez «dévoré» le pays, ô harkis

tout est à l’arrêt

et maintenant, vous voulez rajouter la cinquième [ouhda, mandat]

vous avez cru que la jeunesse dormait

nous sommes sortis dehors pour dire, c’est bon, stop

et la peur vous gagne

vous avez perdu,

nous avons gagné

nous n’avons rien oublié

et nous ne vous pardonnerons pas

vous avez trahi l’histoire et le Révolution

il y a toujours des témoins

nous vous tenons rancune

inch’allah, ce pays reviendra

et vous serez humiliés… foutez-nous la paix, ô bandits