Martin Zerner est mort

 

Martin Zerner est mort. J’avais, pour ma part, croisé ce vieux militant internationaliste et marxiste-léniniste* dans les luttes de solidarité avec les sans-papiers, notamment après l’incendie du CRA de Vincennes; il avait aussi participé à l’Assemblée de Montreuil, au début des années 2000. Je reproduis ci-dessous un communiqué diffusé par des camarades qui l’ont davantage côtoyé.

*Je me souviens qu’il avait protesté parce que, dans un texte de présentation de l’Assemblée (très majoritairement libertaire), j’avais omis la présence de deux militants marxistes-léninistes, dont lui-même.

Salut Martin, nous continuerons a tenter d’abattre les frontières

Notre camarade Martin Zerner est mort samedi 9 décembre 2017. Dire que notre camarade est mort c’est évoquer nos luttes communes et l’exigence politique partagée dans nos débats. Il était colérique et exigeant de lui, comme de ses interlocuteurs, mais aussi plein d’humour et de recul. Martin, c’est aussi une histoire, un pan d’histoire qui s’est irrémédiablement tourné.

Sa famille fuit l’Autriche et les nazis en 1938 et vient se réfugier en France. Sous le régime de Vichy, il sera traqué et séparé de ses parents parce que classifié juif. De cette expérience, il a tiré son refus des catégorisations, des assignations en fonction des origines supposées. De ses parents qui ont refusé de se faire ficher en se signalant comme juifs et ont choisi très tôt d’entrer dans la clandestinité et la résistance, il a aussi gardé en mémoire qu’il fallait se méfier des assurances des États et gouvernements quels qu’ils soient et que choisir la lutte était une voie certes incertaine, mais aussi pleine de promesses. Anticolonialiste et internationaliste convaincu, il s’est engagé pour soutenir les Algériens dans leur guerre de libération nationale contre l’État français, combat qu’il a mené du côté du soutien actif au FLN. Militant à l’université de Nice, il a croisé les luttes des travailleurs immigrés.

Tout au long de sa vie, son engagement il l’a vécu en tant que communiste sans parti. Mathématicien et historien des sciences de profession, il refusait les cloisonnements et mêlait ses engagements militants à son milieu professionnel.

À Paris, les plus vieux d’entre nous ont connu Martin au milieu des années 90, notamment autour de la lutte des sans-papiers de Saint Bernard. À partir de 1997, à Paris, il milite dans le collectif « 13 actif » avec le slogan « des papiers pour tous ». Il participe activement aux combats de l’après circulaire Chevènement : manifs, réunions publiques, occupations d’églises ou encore de l’ambassade du Vatican avec les personnes sans-papiers mais aussi d’agences Air France pour dénoncer sa collaboration aux expulsions… À partir de 1998, il participe à la création du Collectif Anti-Expulsion, et donc aux blocages des trains emmenant les Algériens vers Marseille pour les y expulser par bateau ou intervenant inlassablement dans les aéroports et devant les centres de rétention. Se considérant non pas comme un soutien mais comme une personne combattant pour la liberté de circulation et d’installation, il reste toujours en lien avec les personnes sans-papiers organisées au sein de collectifs autonomes de luttes tels que le 6e collectif, le collectif de la Maison des ensembles puis le 9e collectif.

À partir de 2006, la chasse aux personnes sans-papiers qui s’accentue alors, voit l’émergence de nouveaux réseaux de lutte tels que RESF (Réseau Éducation Sans Frontière). Martin participe alors au RESF du 13e arrondissement de Paris en conservant ses exigences politiques, refusant toute logique du cas par cas et faisant vivre au sein de son groupe local le mot d’ordre « Des papiers pour tous ».

Parmi ses derniers combats, nous citerons son investissement dans le Collectif de soutien aux Inculpés de Vincennes pour faire libérer et relaxer les personnes sans-papiers accusées d’avoir incendié le centre de rétention ainsi que la réalisation de la brochure « Sans-Papiers : s’organiser contre les expulsions » et sa participation aux émissions de radio de Sans Papiers Ni Frontières dans le cadre de l’émission anti-carcérale l’Envolée. Nous nous rappellerons aussi, que malgré l’âge avançant, malgré son boitement puis plus tard ses béquilles, Martin était toujours présent : contre les rafles dans les 18e et 19e arrondissements, sur le marché à Barbès pour y distribuer tracts et brochures « S’organiser contre les expulsions », dans les tribunaux quand il y avait besoin de présence solidaire ou encore devant les prisons de toutes sortes.

« Si vous avez besoin de quelque chose, dites-le nous, nous vous apprendrons à vous en passer  ».
Martin aimait rapporter cette phrase qui était affichée dans un camp de réfugiés où quelqu’un de sa famille avait été placé pendant la seconde guerre mondiale. Si nous la rapportons aujourd’hui, c’est parce qu’il est des êtres dont nous ne voudrions pas avoir à apprendre à nous passer…. Et que toi camarade Martin, tout éloigné-es que nous ayons pu être ces derniers mois, tu en fais partie.

Des camarades de lutte et ami-es

DJIHADISTES, PORCS, ASSASSINS!

Gueule en deuil

 

Comme je l’avais déjà annoncé sur Twitter, la photographe franco-marocaine Leïla Alaoui, est décédée lundi soir.

Leïla Alaoui avait été grièvement blessée par balles vendredi soir, à la terrasse d’un café-restaurant de Ouagadougou, le Cappuccino.

Elle se trouvait au Burkina Faso dans le cadre d’une mission pour Amnesty International.

Son chauffeur Mahamadi Ouédraogo est également décédé.

Capture d’écran 2016-01-19 à 15.07.29

CLAUDE GUILLON, UN CADAVRE — par un non-lecteur énervé de “Comment peut-on être anarchiste ?”

Capture d’écran 2015-05-23 à 16.43.53

C’est grâce à une alerte Google (je suis résolument moderne !) que j’ai pu prendre connaissance du charmant texte d’anticipation que je reproduis ci-après.

Mais revenons quelques mois en arrière : Fin décembre 2014, un garçon qui signe du pseudonyme Patlotch (il m’indique son prénom, plus banal que cet anagramme de potlatch), dans mes âges je suppose, répond gentiment à une demande de renseignements publié sur mon blogue historien La Révolution et nous. Il se présente et me dit ce qu’il a lu de moi : « J’avais notamment lu (et relu) ta critique de la communisation puisque j’ai été un “compagnon de route” de ce “courant” entre 2005 et 2010, refusant de m’engager dans SIC (revue internationale…). J’ai regretté que tu partes de la vulgate pédagogique de Léon de Mattis pour le faire, et la conséquence, que tu surfes un peu sur le fond… Au moins ai-je bien rigolé. Merci. »

Pourquoi je t’écris ?

1) d’abord parce que tu m’en donnes l’occasion avec ce nouveau blogue et la présentation que tu en fais là. J’y suis venu plus souvent que sur le précédent pendant le transfert de l’ancien, curieux et intéressé, vu aussi mes propres ? cogitations… errements… ma propre quête initiatique ton blogue est bien présenté et agréable à parcourir, on trouve assez facilement ce qu’on cherche, vu les possibilités multiples. Je pourrais critiquer tes rubriques, mais bon, ce sont les tiennes et elles correspondent à ton genre d’interventions, à ta personnalité, au centre de gravité de tes préoccupations… perso, j’ai aussi adopté le style de courtes chroniques avec un avis personnel assumé comme tel, quasi quotidiennes, avec moult liens et références comme plaque tournantes de questions et positions qui sont en “discussions” entre théories plus qu’entre théoriciens (chacun garde ses veaux, ses cocochons, et ses cruches, l’idéologie c’est les autres.

2) sûr que nous n’avons pas le même parcours, et en plus je ne suis pas comme toi un grand homme célèbre (dit sans ironie) d’un quelconque milieu, j’ai fini par les fuir tous comme la peste, pour autant que je ne finisse pas comme Palante, ou Cioran, bien que la solitude ne me déplaise pas néanmoins, bien que tu “théorises” moins que moi les choses, j’aurais du mal à parler vraiment de désaccords où je vois plutôt des différences d’approches, de centres d’intérêts et sans doute de visées. Disons que de caractère et d’expérience je suis plutôt “anarchiste indépendant” — j’invente ce label pour l’occasion, et de raison “communiste”, pour autant que ce distinguo ait un sens (tu vas sortir “Comment peut-on être anarchiste ?” et si ça se trouve on trouverait bien des points communs si j’écrivais “comment peut-on être communiste ?” puisque je passe une bonne part de mon temps à proposer des réponses qui ne heurtent pas ce que je suis de fait, une espèce de rebelle, nonobstant mes vœux pour la révolution).

3) peut-être, selon ta réponse, t’enverrai-je ici ou là quelques remarques à tes écrits, ou bien le ferai-je sur mon blogue comme à mon habitude de “débats virtuels” (exemple : j’ai relevé récemment ton texte sur la rentrée française de Quadruppani ; du coup j’ai parcouru son blogue à lui, trop drôle après ton papier, vu ce qu’on peut y trouver de complaisance plus que de prises de positions et moins encore de critiques un tant soit peu solides) bon, c’est déjà bien long, j’arrête là, tu me diras… bonne continuation et bon courage.

Amicalement, Patlotch

Il m’explique rapidement où il vit et avec qui (une compagne, un fils, deux chats). Un contact humain fort agréable à priori.

Après la mort de ma mère, et la publication du texte « Vous faites erreur, je ne suis pas Charlie », il m’envoie un message de condoléances et d’encouragements.

Une autre fois, il regrette de s’être trompé dans la date d’un concert où il espérait me saluer. Nous échangeons d’autres mails. Quand il crée un forum internet sur la « communisation », je le signale sur ce blogue, et il m’en remercie sur le forum.

Comment ses yeux ont-ils été aussi brutalement dessillés ? Peut-être est-ce d’avoir regardé de trop près le cul d’une bouteille, vidée un soir de vague à l’âme ? Quel a été le déclencheur de sa colère ? Peut-être la recension — trop élogieuse à son goût — de mon dernier livre dans Le Monde libertaire (pour une fois que… !).

Toujours est-il que c’est « feu sur le quartier général ! », dans un style très maoïste, avec examen sévère de l’origine de classe, plus quelques allusions extravagantes : quelles sont ces « relations dans le journalisme parisien » que je préfèrerais (et à quoi ?) ? où et quand Diable ai-je « boycotté une boulangère kabyle » ?!?!…

Ayant renoncé au projet, dont il m’avait aimablement fait part, de lire mon livre, il tape à l’aveugle, m’adressant par exemple le reproche que j’adresse souvent à d’autres : confondre « domination » et « exploitation » (dont je suis censé ne rien dire…).

Le titre du papier et la citation d’André Breton renvoient au pamphlet collectif signé par les surréalistes contre Anatole France. Cette double transfiguration — moi en Anatole France, et Patlotch en André Breton — demande peu de moyens et n’est évidemment pas à mon avantage.

Cependant, je n’irai pas jusqu’à me plaindre de ces procédés.

En effet, on m’avait traité jusqu’ici d’à peu près tout : assassin en série de suicidaires éperdus (discrète allusion dans le texte, comme on le verra), harceleur de jeunes filles, violeur de petits garçons (les jours impairs, je suppose), agent secret nazi (ou quelque chose d’aussi peu sympathique), mais jamais de « salope ».

Or, vous l’ignorez peut-être chères lectrices, chers lecteurs, si vous n’êtes pas familiers du folklore post-pro-situ-ultra-gauche, quand on est un homme et qu’on n’a pas été traité de « salope » à 65 ans, eh bien on a raté sa vie ! Allant, vivement, sur mes 63, c’était un peu pour moi le dernier carat.

Me voilà, certes, prématurément refroidi, mais au moins puis-je crever l’âme en paix, « salope » estampillée pour l’éternité…

Donc, merci à toi, anonyme et prolétaire camarade « communisateur » !

Nota. Je laisse aux personnes intéressées le soin de se rendre sur le Forum Communisation ; elles pourront y consulter, outre le texte original publié ci-dessous, un ajout dans lequel mon fossoyeur assure ne « même pas arriver à [me] trouver antipathique ».

Encore une bonne nouvelle : je l’ai échappé belle !

Capture d’écran 2015-05-23 à 16.43.42

« Il ne faut plus que mort, cet homme fasse de la poussière. »

André Breton, Un cadavre, 1924

Parlons peu parlons bien. Depuis trois ou quatre décennies dans les revues « radicales » et depuis deux ou trois sur Internet, l’étiquette radicale se porte bien, de blog anar en libertaire, qui anti-autoritaire qui antifa, qui garantissant sa pureté issue de l’ultragauche ou de l’autonomie ouvrière (qu’ils n’ont jamais vécue), qui reconverti en abolitionniste d’un prolétariat ayant perdu son identité de classe mais pas sa destinée, à leurs yeux en dernière instance, de s’auto-abolir ces gens-là, que j’ai tous peu ou prou épinglés ad nominem, sont vieux ou jeunes — les jeunes gauchistes font les vieux cons — ils ont plus ou moins de thunes, mais la plupart ne sont ni de souches ouvrières ni d’origines ethniques ou raciales leur ayant donné une expérience de la chose, de la misère ou du racisme, ou des deux. Des trois, puisque ce sont généralement des mecs, et les nanas de ces milieux itou, question origines sociales ou raciales ce sont pour la plupart des gens instruits, qui s’expriment avec facilité, à l’écrit sinon à l’oral : dans une réunion publique, beaucoup sont moins bavards qu’en ligne, pseudonyme ou pas (Guillon parle à Radio Libertaire avec les mêmes effets de langage qui vous distingue, à France Culture). Il leur est donc facile de résister à l’insulte commune : « intellos ». Mais, dans le sens que ce terme a pris dans les écoles des quartiers, ils sont bien, de fait, comme ces « intellos », c’est-à-dire des jeunes issus de milieux leur ayant offert, ou leur offrant, les moyens d’études longues et de meilleurs débouchés dans la société. Qu’ils fassent le choix de la refuser n’y change rien : ils seront toujours avantagés sur les prolos français en surplus.

Claude Guillon, un cadavre

Quand on voit un Claude Guillon, anarchiste de plume, et l’éloge de son dernier bouquin dans Le Monde libertaire : « Une écriture mordante et radicale », la modestie avec laquelle il affiche ça sur son blog « généraliste », quand on sait le peu d’expérience et de feeling prolétaire qu’il y a dans son « communisme libertaire », quand on a vu des années le relai complaisant à son texte creux au niveau théorique « Communisation, l’impensable projet », quand on sait d’où il vient : un privilégié de la race et de l’argent — issu de la petite bourgeoisie parisienne, deux parents chirurgiens-dentistes… — on comprend tout l’anarchisme de ses textes, tout son égo-narcissisme d’écrivain avec un brin de talent (pas difficile, élevé au milieu des livres, comme Dauvé…), quand on sait qu’il préfère ses relations dans le milieu du journalisme parisien, à mettre en lien de son blog des références de classes, qui feraient tache sur sa réputation mérité d’anarcho à plume du troisième âge, en mal de laisser une trace dans la littérature radicale, ils l’ad-maîtron… ton cinoche, Guillon, profites-en avant de passer. Il est en train de s’effondrer, le tien et celui d’autres, qui ne peuvent plus montrer leur petite culotte d’écrivain licencieux sur les marches du festival radical en ligne, bien de plus grande valeur intellectuelle pour leurs apports théoriques, et par conséquent moins célèbres que toi médiatiquement (les luttes suicidaires de prolos brûlant leur boîte, ça rapporte moins que tes méthodologie aux petits oignons de Suicide mode d’emploi, et itou pour tes conceptions de l’amour, qui ne sont pas prêtes de faire un tabac dans les banlieues : très fier, il y a quelques années, de boycotter ta boulangère kabyle : Oh secours ! Ma baguette parisienne ! Ni dieu ni maître ! Ni boulangère arabe ! bobo-Guillon si courageux pour te faire mousser, Peux-tu te dire anarchiste ? Sans problème, vu ce que c’est devenu aujourd’hui, c’est pas difficile. Et ta dernière ineptie — si j’en crois Le Monde Libertaire —, concernant le net qui va permettre une révolution pacifiste (mais c’est d’génial !), c’est d’une naïveté confondante et d’une ignorance crasse du fonctionnement des tuyaux : à part peut-être les vieux papiers de la révolution française, tu n’étudies rien sérieusement ajoutons-y les ronds de jambe au sergent major obsédé par l’antisémitisme et muet sur le racisme de classe anti-arabe : Yves Coleman, et à votre pote Floréal du même genre flirtant avec l’idéologie française sur les terres de Manuel Valls, en bon demi-négros du côté des maîtres alors, Guillon Claude, anar de papier qui t’offusque du mauvais service de la SNCF (que font les cheminots ? merde !), t’es beaucoup plus Charlie que tu ne veux bien le dire, y compris dans ta recherche, un peu vaine, de l’anarchie fondamentale dans la Révolution française, bien de chez nous (t’iras pas voir aussi loin que Baudelaire, c’est sûr, aucune fleur des îles ne te fera du mal)
En vrai, t’as pas un mot sérieux contre le capital, l’exploitation capitaliste pour toi, c’est la domination, les flics, les sans-papiers ça fait partie de ton folklore, un passeport pour ta bonne conscience et chez le bobos anars de base… Pas un mot contre le racisme d’aujourd’hui particulièrement contre les femmes « indigènes », t’es pas foutu de mettre les pieds dans les quartiers dont tu ne parles jamais, ou pas mieux que le Figaro et Libération : t’es juste un petit-bourge blanc, 20 ans post-68, devenu vieil anarchiste ayant acheté ton charisme dans l’édition, si peu « parallèle » et sans aucun risque que de récupérer plus tard ton pognon, un vieux con mais qui impressionne encore moyennement les jeunes idiot.e.s de ton milieu social, et racial.

Tu peux crever, salope, avec l’assurance qu’ils te feront, en face, de belles obsèques. Je ne m’y rendrai pas. Mais n’aies crainte, je n’irai pas cracher sur ta tombe.

Capture d’écran 2015-05-23 à 16.44.06