Obscure clarté

Naïf, rendu charmant par l’inimitable accent, véritablement révolté aussi, Le jour de clarté, cet hymne de notre jeunesse, par celui qui se fit passeur de Leonard Cohen.

Tel que nous l’avons écouté des milliers de fois d’abord; tel que Graeme Allwright  le chantait encore il y a peu.

Qu’il repose en musique!

Anne Vanderlove nous a quitté·e·s – comme l’on dit – le 30 juin dernier

L’ami Gédicus, qui m’apprend cette triste nouvelle que j’ignorais joins à son message les paroles d’une belle chanson, Dites-moi, dont je n’ai pas trouvé d’enregistrement correct.

Salut à Anne Vanderlove (11 décembre 1943 – 30 juin 2019) 

 Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur à rire
Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur aux dents
Et puis du cœur aux yeux, tant de choses à dire
Quand vous aviez couleurs du Grand Meaulnes et du vent
Mais de sables en dunes, et d’automnes en pluies
Grand Meaulnes s’est enfui
Et votre adolescence frêle l’a suivi

Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur à vivre
Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur aux dents
Quand on vous a montré les grands mots dans les livres
Qui renversent les murs, vieillissent les enfants
Mais les enfants sont morts et les fusils rouillés,
Les chemins délaissés
Et déjà sur la pierre
L’herbe s’est fermée

Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur à rire
Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur aux dents
Et puis du cœur aux yeux, tant de choses à dire
Que vous auriez bien pu faire un peu mieux vraiment,
Dites-moi, qu’avez-vous fait de tant de saisons ?
Vos jardins, sans façon
Vous déchirent le cœur
A grands coups de chardon.

Jimmy Gladiator ~ La bière d’ici et l’eau de là

Nous nous sommes probablement croisé·e·s, mais n’ayant pas été présenté·e·s l’un à l’autre (étrange époque, décidément), j’ignorais son existence. Bref, la « compagne de Jimmy depuis 20 ans » m’a adressé un assez long texte de quatre pages à la suite de la publication de mon billet «Erreurs sur la personne».

Je lui ai proposé de le publier ; elle a décliné. J’en fais néanmoins mention parce que, dans une certaine mesure au moins, il répond aux questions que beaucoup de camarades de Jimmy se posent après son décès et son enterrement religieux.

Ma correspondante a été choquée par mon billet. Elle estime que je m’y «attaque» à Jimmy, dans un texte «méprisant» et «outrancier», qui reviendrait à l’«abandonner».

Pour résumer: mon anarchisme est «totalitaire» puisque je ne tolère pas la liberté individuelle et «privée» de Jimmy.

Jimmy, m’assure-t-elle a été «anarchiste convaincu jusqu’à ses dernière heures» et était «devenu un peu musulman à sa façon».

En soi, rien d’une nouveauté: il y a bien eu des «anarchistes chrétiens». Pourquoi pas en effet des «anarchistes musulmans»? Je ne vois pas que les premiers aient fait progresser l’anarchisme. Leur «anarchisme chrétien» était une manière de concilier un engagement philosophique et social avec des croyances qu’ils ne souhaitaient pas abandonner.

C’est ce qu’on me dit : «Il a fait le choix de l’équilibre entre ses convictions libertaires et sa foi en l’au-delà».

Tout le problème est là : dans le signe « égal » mis entre un engagement ramené à des «convictions» et une foi. Peu m’importe laquelle (je passe ici sur les notations concernant un Islam quasi libertaire, aux imams dépourvus d’autorité, etc.).

Il n’y aurait au fond que des croyances, combinables à l’infini (Saint Crétisme [1], priez pour nous !). Or, à mes yeux, une philosophie de la liberté se doit de combattre toutes les croyances. Comme je l’ai souvent écrit, Jimmy savait que je pense ainsi, et c’est peut-être le motif de son silence.

Je suis d’ailleurs heureux de savoir que cet homme, pour lequel j’avais beaucoup d’affection a trouvé quelqu’un pour l’accompagner dans la vie et notamment dans ses dernières années.

Cela dit, ma compassion et ma solidarité agissante vont, par priorité, à celles et ceux qui, né·e·s dans une religion qui leur est imposée dès l’enfance risquent leur vie et·ou leur liberté pour en sortir.

Si je savais qu’il existe quelque part une organisation, un pays, où l’on prétend obliger les enfants à « être anarchistes », je cesserais, moi qui suis libre de mes engagements, de me réclamer de l’anarchisme.

[1] Syncrétisme : combinaison peu cohérente de doctrines, de systèmes (Petit Robert).

Erreurs sur la personne

Je ne souhaitais pas aller à Poissy assister aux obsèques de Jimmy Gladiator. Bien m’en a pris. Le mail de faire-part ne donnait aucune précision (impolitesse d’époque) qui aurait pu faire deviner que notre anarcho-surréraliste préféré devait être inhumé dans le rite et dans le carré musulmans dudit cimetière…

Rien dans son dernier opus, rien lors de sa présentation à Publico…

Quelles terreurs ont pu agiter l’ombre tremblante que tu étais devenu, Jimmy, pour renier, dans le dernier quart d’heure de ta vie le joyeux refus de toutes les superstitions?

Est-ce par amour (qui peut bien induire des crimes contre l’esprit)? C’est le ridicule que je te souhaite!

Ne me dis pas que tu as obtenu la promesse d’un contingent de jeunes vierges pour avoir enduré tant d’années le martyre de notre compagnie (…ou pour ton reniement)!?

Est-ce par élan «spirituel» (mais pas drôle pour autant, aurais-tu ajouté)?

Vers quoi ou qui as-tu cru t’«élever» mon pauvre ami?

Devant qui ou quoi as-tu cru bon de t’abaisser?

Ainsi, tu nous avais déjà quittés, et nous ne le savions pas.

Peut-être as-tu pensé, sans oser nous le faire savoir, que c’était nous qui t’avions abandonné…

Voilà ce qui me rend triste aujourd’hui, et non ta délivrance.

Que la terre te soit légère

Salut Jimmy! ~ par Gédicus

Jimmy Gladiator, mon pote anar surréaliste qui professait «Ni dieu, ni maître, sauf maître Kanter» a cessé de se faire mousser. J’en pleure dans ma Guiness. Depuis quelques années déjà il n’était plus qu’une ombre mais, des ombres comme ça, on aimerait en voir plus au tableau de cette société. Ennemi de tous les sales cons, à commencer par les « rampouilles », Jimmy a réjoui pendant des décennies de ses Camouflages, Crécelle Noire, Melog  et autres Lettres versatiles notre petit milieu de réfractaires à «l’ordre» mercantile et spectaculairement mortifère. Nous nous sommes régalés de ses calembours bons, de ses jeux de mots pas laids, et de son art de faire piétiner par des éléphants poétiques la patrie si peu éthique. Généreux aubergiste de l’Hôtel Ouistiti, il a su faire rocker La bonne descente et disperser à l’avance ses ossements De paille et d’or dans les bibliothèques les plus clandestines de la planète.

J’espère tout de même qu’avant de partir il aura trouvé une réponse à sa question théorique essentielle : « Est-ce que les phoques comprennent le morse ? »

Gédicus

13 avril 2019