Non-débat à propos d’un non-mouvement

Sur le blogue qu’il anime, Freddy Gomez a mis en ligne un nouveau texte, dont je reproduis ci-après le passage qui me vise. Cela ne mérite, hélas, aucune réponse, tant il est vrai que dans ce non-débat, certains font en sorte de ne surtout pas comprendre une partie de ce que l’on dit, pour mieux pouvoir s’offusquer du reste – qui n’a plus aucun sens.

Toute cette merde produit, entre autres, une recomposition de la nébuleuse libertaire, notamment autour d’une opposition supposée «anti-scientiste», mais nullement anticapitaliste, incarnée par le groupe «Pièces et main-d’œuvre». J’ai déjà dit ici à quel point je juge ridicule et nuisible une théorie qui prétend trouver l’origine de nos malheurs non dans l’extraction capitaliste de la plus-value, mais dans le rêve d’Icare.

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles: j’ai procédé au comptage de la manifestation de samedi dernier à Marseille, deuxième ville de France. Résultat: entre 450 et 500 manifestant·e·s (qui doivent s’être compté·e·s, comme de juste, avec un ou deux milliers de plus).

Je reproduis également un édito de la CNT-AIT de Toulouse qui procède à une critique des mesures de contrôle autoritaire sans remettre en cause l’intérêt sanitaire de la vaccination, en reprenant en titre l’expression que j’avais choisie pour désigner l’ensemble des dispositifs de surveillance et de répression dans nos «démocraties capitalistes»: la terrorisation démocratique. Je précise que je ne connais pas toutes positions de ce groupe; je me contente d’approuver ce texte en particulier.

Et pour rire un peu, la publicité ironique d’un entrepreneur de pompes funèbres que des crétins antivax ont republiés sur Twitter: ils l’avaient prise pour un appel à refuser la vaccination ! (la publicité sur le camion; la page du site Internet).

Vaccination: notes sur un mouvement [anti]social

Le système capitaliste – prêt à exterminer terre et mer – pour accroître ses profits porte une lourde responsabilité dans l’apparition de nouvelles pandémies (dont l’éventualité ne dépend pourtant d’aucun «complot»). Le gouvernement français – comme tous les autres ! – a rechigné à prendre la mesure de la crise sanitaire ; il a menti (et il ment encore), s’embrouillant à plaisir dans des déclarations et des mesures contradictoires. La récente mise en avant d’un « pass sanitaire » – matériellement inapplicable dans le secteur de la restauration, entre autres – a cristallisé l’exaspération d’un grand nombre de personnes, déjà poussées à bout par une année de confinements/déconfinements, de couvre-feu et autres restrictions de déplacement.

Ajoutons que l’État, engagé depuis longtemps dans la voie d’une «terrorisation démocratique», ne se gênera pas pour conserver tels éléments de «l’état d’urgence sanitaire» à intégrer dans le déjà considérable dispositif de contrôle social (comme il l’a fait après chaque vague d’attentats, par exemple).

C’est peu dire qu’une explosion des colères est légitime, comme elle l’était et s’était incarnée dans le mouvement dit des «Gilets jaunes». Un certain nombre de ces derniers s’est d’ailleurs immédiatement fondu dans l’actuelle protestation, espérant sans doute qu’elle pourrait revivifier, voire amplifier, leur propre mobilisation déclinante.

Ceci n’aura pas lieu, même s’il est possible que dans des localités précises, un bref retour des assemblées de rond-point soit constaté. [Notons au passage que le système des assemblées et des «assemblées d’assemblées» a perduré longtemps après la quasi-disparition des manifs hebdomadaires.]

Si certains «Gilets jaunes» trouvent dans la protestation contre le «pass sanitaire» l’occasion de se retrouver, c’est tant mieux pour eux·elles. Il est extrêmement improbable qu’ils·elles soient rejoint·e·s par davantage qu’une microscopique minorité des manifestant·e·s du samedi «nouvelle manière».

Je doute fort que les dizaines de milliers de personnes qui dénoncent le pass soient disposées à entonner l’hymne des «Gilets jaunes»: «Pour l’honneur des travailleurs, et pour un monde meilleur…». La plus grande partie d’entre elles, même si beaucoup sont des petits-bourgeois en voie de prolétarisation, se moquent pas mal de «l’honneur des travailleurs». Il ne s’agit pas de porter un jugement moral sur leur positionnement social, mais de faire un constat sociologique et politique.

De la même manière, l’analyse des slogans – ceux repris collectivement et ceux affichés individuellement (pancartes, chasubles ou badges) – est éclairante. Le slogan le plus communément scandé tient en un mot «Liberté!» Je crois que certains libertaires s’y sont laissés prendre. Il n’y a pourtant là aucune commune mesure avec l’ancien «Anarchie Liberté!», qui contrariait tant les bureaucrates gauchistes. Scandé seul, le mot «Liberté» est une coquille vide, dans laquelle viennent se lover à l’aise aussi bien des gens de droite, des militants néo-nazis et des électeurs de gauche. Souvenez-vous des manifestations de soutien à l’ école libre» (Tiens!): ses protagonistes prétendaient incarner la liberté face à un gouvernement « socialo-communiste » porteur de valeurs moscoutaires… Aujourd’hui, croyez-vous que les milliers de personnes dont ce sont les premières manifestations de rue s’intéressent vraiment à la  liberté de circuler»? Ils ne pensent qu’à la leur, et se moquent que l’on externalise les frontières – et les camps d’internement – le plus loin possible de l’Europe. Ces gens ne sont pas méchants! Simplement, leur rapport à la collectivité se limite à la déclaration d’impôt et aux élections. Le reste du temps, ils consomment de l’intoxication télévisée, et – pour celles et ceux qui préfèrent les versions customisées – des «réseaux sociaux».

La «liberté» qui sort de leurs bouches n’a rien à voir avec celle qui guide le peuple: c’est la liberté de l’interphone, de la voiture individuelle, et du smartphone.

Ce que demande ce mouvement – à supposer qu’il s’agisse d’un «mouvement» et qu’il «demande» quoi que ce soit – c’est le moins d’État possible dans le maximum de providence possible. Par là il est inspiré, sans le savoir, par les libertariens américains ; néanmoins son libertarianisme est sévèrement reconfiguré par les habitudes prises durant 85 ans de sécurité sociale !

Ce qui demeure du vieux fond anarcho-syndicaliste (dénaturé) dans ces mouvements d’opinion, c’est l’insatisfaction érigé en principe. Ce sont, autrement dit, des mouvements consuméristes. Si les vaccins tardent à être conçus, le gouvernement est un ramas d’incapables et les laboratoires pharmaceutiques des sangsues du peuple. Si les vaccins sont produits dans un temps record, le gouvernement est un ramas d’incapables, et les labos des apprentis sorciers. La même personne qui ignore que les premiers travaux sur l’ARN messager datent du début des années 1960, et refuse d’être le «cobaye» du vaccin contre le Covid, menacera de mort le cancérologue qui prétend lui interdire d’entrer dans le protocole d’un nouveau médicament…

À la décharge (signez ici) du consommateur de santé publique (vieux style), il faut reconnaître que la vaccination pose de manière paradoxale et quasi inextricable le problème de l’intersection/contradiction entre le bénéfice individuel et le bénéfice collectif. En réalité, le vaccin n’est pas fait pour vous (individu), mais pour nous (collectivité). Tel «accident» vaccinal (et la crainte qu’il suscite) n’affecte aucunement l’intérêt, voire la nécessité, d’une vaccination générale.

La question qui se pose aujourd’hui n’est en aucune façon de savoir si je souhaite ou si vous (individus) souhaitez vous faire vacciner; si vous éprouvez des réticences ; si votre système de croyance (religieux ou antiscientifique) vous «interdit» de le faire. La seule question est de savoir si la collectivité peut s’en passer. Ou, pour ne pas reculer devant les nuances: si des motifs sérieux et rationnels permettent d’envisager une autre stratégie de protection de la population mondiale (on ne peut pas à la fois aller passer ses vacances aux Maldives et nier que la situation sanitaire aux Maldives nous concerne).

La réponse à cette question – aujourd’hui – qu’on la formule brutalement ou avec toutes les circonlocutions imaginables est: Non.

À partir de là, on peut râler, signer des pétitions, attendre le dernier moment – comme pour remplir sa déclaration d’impôt – mais il faudra bien se faire vacciner. Et non, votre opinion individuelle ne «compte pas». Non pas parce le gouvernement est autoritaire (il l’est!) et oublie (il s’en moque!) qu’il est censé être à votre service (collectivité), mais parce que la santé publique s’évalue sur les grands nombres, lesquels sont extrêmement peu accueillants pour les particularités individuelles (ils les absorbent).

Que le gouvernement attelé à cette tâche soit du genre de ceux qui, depuis des décennies, ont entrepris d’éradiquer la notion même de «santé publique», ont mis des comptables à la direction des hôpitaux et fermé des centaines de lits jugés peu rentables ne modifie absolument rien, ni à la question ni à la réponse.

J’entends bien celles et ceux qui s’affirment à la fois vaccinné·e·s (ou sur le point de l’être) et hostiles à l’obligation vaccinale. Prenons un autre exemple. Diriez-vous: «Je suis entièrement d’accord pour dire que conduire fin saoul au-dessus de la vitesse maximale autorisée est un comportement criminel, mais je ne suis pas d’accord pour que ce comportement soit interdit?» Non, bien sûr.

L’habitude prise, dans les milieux autonomes, ultragauches et dans une (un peu) moindre mesure libertaires, de parasiter les «mouvements sociaux» pour tenter de les radicaliser ou d’y rencontrer de nouveaux et nouvelles complices est à l’origine d’une illusion d’optique. Ce genre de militant·e (même s’il/elle récuse le terme) a fini par penser que tout mouvement social est bon à prendre, qu’il exprime (au moins) une révolte contre l’ordre social et que l’on se doit d’y être «présent·e» pour y assurer une espèce de «permanence de la radicalité». Cet entrisme parasitaire s’exerce là où il est matériellement possible, c’est-à-dire dans les manifestations de rue. Plus elles rassemblent de monde et plus ce monde est divers, et plus l’entrisme est viable (les manifestations paysannes, par exemple, y demeurent assez peu perméables).

Illusion d’optique, disais-je : n’importe quel «mouvement» ne peut pas se transformer en n’importe quoi. L’actuelle protestation peut certes déboucher sur des manifestations violentes – violemment réprimées, surtout – mais on ne voit pas sur quoi d’autre. Parce qu’elle n’est porteuse de rien de positif. Elle est un refus, de surcroît autolimité. Et paradoxalement d’autant plus vivement exprimé qu’il se sait d’avance vaincu.

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J’ai déjà évoqué la vacuité des slogans scandés. Il est temps d’aborder l’infinie variété des références au nazisme. Certes, je comprends la critique morale qui en a été faite. Cependant, de mon point de vue de militant révolutionnaire, cet aspect est secondaire. Ce qui est important c’est que ces références attestent de l’absence de références positives (l’arbre qui cache le désert). On comprendra mieux en comparant ces niaiseries avec les fréquentes références, positives celles-là, à la Révolution française dans le mouvement des «Gilets jaunes». Les deux catégories de manifestant·e·s sont également dépourvues de culture ouvrière et de références historiques. Mais les uns remettent 1789 à l’ordre du jour, tandis que les autres brandissent en épouvantails Hitler, Auschwitz et l’étoile jaune imposée aux juifs.

Autrement dit, ce qui me frappe ça n’est pas le caractère exagéré (indéniable) ou «trop fort» de ces amalgames, mais leur faiblesse politique et intellectuelle. C’est, en l’état, un mouvement inintelligent, au sens propre. C’est-à-dire porteur d’aucune intelligence collective de la situation.

Ajoutons que cette faiblesse produit des paradoxes cocasses. Représenter Emmanuel Macron en Adolf Hitler, c’est bien se conformer au principe de propagande «Plus c’est gros, mieux ça passe»… appliqué par un certain Goebbels. Ajoutons que les manifestations accueillent (sans même le savoir) comme participants à part entière des groupuscules néonazis.

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Ce dernier point sert d’ailleurs de justificatif à des militant·e·s antifascistes pour participer aux manifestations. «N’abandonnons pas ce mouvement aux fascistes», disent-ils. Cette attitude me paraît relever d’une grande confusion. Qu’il s’agisse d’une occasion de trouver réunis des gens que l’on a envie de taper, c’est dérisoire, mais pourquoi pas ? Je comprendrais aussi que des militant·e·s tentent un effort pédagogique en allant distribuer des tracts (encore faudrait-il formuler une critique à la fois pertinente et audible – je mets à disposition en bas de page un tract de camarades de Caen, pour lesquels j’ai du respect et de l’amitié, et qui me semble exprimer parfaitement les limites et les contradictions de cette démarche). Mais se considérer et se comporter comme protagonistes d’un tel mouvement de protestation me paraît voué à l’échec et producteur de confusion.

Il existe des manifestations, même massives, même « réprimées » par la police, qui peuvent fournir l’occasion de repeindre sa cuisine ou de faire une balade en forêt… comme n’importe quelle élection.

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Je partage d’ailleurs le point de vue exprimé sur Twitter par le militant anarchiste Guillaume Davranche : un révolutionnaire doit considérer un problème de société au moins en partie comme s’il devait, dans un avenir plus ou moins proche, être appelé à contribuer à sa résolution. Un grand nombre de questions sont posées de manière biaisée dans la démocratie représentative, système de gestion modérée du système capitaliste et il ne s’agit pas (même si c’est un piège dans lequel il est facile de tomber) de se prendre pour le ministre de la Santé ou des Affaires étrangères. Mais les pandémies ne prendront pas fin avec le système capitaliste et il importe – à titre de gymnastique intellectuelle, et pour être en mesure de discuter des alternatives à l’état de choses présent – de nous demander ce que nous ferions, non pas « parvenu·e·s aux affaires » (ça n’est pas notre objectif), mais parvenu·e·s à un rapport de force différent, dans le prolongement d’une révolution sociale. On peut évidemment considérer que cette perspective est radicalement utopique et ne mérite donc pas d’être envisagée. Qui adopte ce point de vue se condamne – et contribue à condamner les autres – à demeurer un consommateur aussi insatisfait qu’impuissant. Si, au contraire, on veut bien considérer les occurrences passées et à venir d’une gestion collective de la vie sociale, force est de constater que la question de la vaccination s’est déjà posée, comme en témoigne l’affiche reproduite ci-après. On notera que la Commune a choisi l’incitation et non la contrainte. À celles et ceux qui ricaneront, triomphant·e·s, on fera observer que s’ils·elles s’étaient tous et toutes fait vacciner sans attendre petits cadeaux ou gros yeux, la question ne se poserait pas…

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Enfin, je pense qu’un aspect particulier de la protestation en cours mérite d’être mis en lumière : je veux parler des références au viol relevées (voir photo ci-dessous). Je ne pense pas que l’on puisse se contenter de les joindre, pour les écarter, aux facilités polémiques des références nazies. Le fait que l’injection, et son produit, renvoient dans l’imaginaire (de certaines) à une pénétration forcée tient évidemment à la voie intramusculaire de l’injection vaccinale (la seringue est dans l’argot un des innombrables équivalents modernes du pénis). Elle est sans doute en partie reliée à la peur des piqures (que je serai le dernier à moquer !). Elle manifeste aussi et surtout une angoisse véritable devant l’intrusion – corporelle, en l’espèce – de ce que le Dr Toulouse a nommé – bien avant Michel Foucault – la «biopolitique[1]». C’est une dimension du problème à laquelle personne n’échappera dans les années à venir, même si – ce que je souhaite – nous parvenons à mettre bas le système odieux, incohérent et mortifère dans lequel nous sommes contraint·e·s pour l’heure de sur-vivre.

PS. Je m’aperçois que j’ai omis de mentionner un argument mis en avant par celles et ceux qui encouragent la protestation actuelle: elle est partagée par un certain nombre de soignant·e·s. C’est en effet un trait paradoxal qui mérite quelques mots. Que des gens qui sont en première ligne quant au risque de contagion et dont le métier est de soigner se refusent à endosser une mesure sanitaire dans la situation présente, je ne peux me l’expliquer que par un sentiment violent d’humiliation, justifié par la condition qui leur est faite, le mépris réel dans lequel ils et elles sont tenu·e·s, derrière les déclarations larmoyantes et les démonstrations de balcon. Pour surmonter ce sentiment d’humiliation, seule une pose de défi permettrait d’afficher la fierté dernière de celles et ceux qui ne peuvent se croiser les bras, sous peine d’endosser la responsabilité de centaines de décès. Au moins, cela, on ne nous l’imposera pas! Quelle dérision. Les personnes prostituées, elles, ne renoncent au préservatif que sous la pression contraignante des clients.

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[1] Voir Je chante le corps critique, chap. 6, «Corps utopique – corps obsolète».

«Ça pass’ et ça casse!», tract libertaire de Caen.

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Déclaration de la centrale syndicale HKCTU (Confédération Syndicale de Hong Kong) à l’occasion de l’anniversaire du massacre du 4 juin 1989 à Pékin

Mémoire et continuité à l’occasion de l’anniversaire du massacre du 4 juin 1989.
Le 4 juin 1989, des chars et des soldats en arme ont déferlé sur la place Tiananmen de Pékin, écrasant par une répression sanglante les idéaux d’une génération entière à la recherche de la démocratie.
Les forces obscures, qui ont piétiné le peuple chinois il y a 32 ans, ont maintenant étendu leur action à l’ensemble de Hong Kong. Depuis la mise en œuvre de la loi sur la sécurité nationale en juillet 2020, les droits humains et les libertés n’ont cessé de se détériorer à Hong Kong, les manifestant.es étant arrêté.es et emprisonné·es, la liberté d’expression et de pensée remise en cause, le droit de réunion et de manifestation brutalement supprimé.
Récemment, le régime est devenu encore plus agressif. La police a menacé d’interdire le CHRF (Front civil pour les droits humains) avec l’Ordonnance sur les associations, tandis que le ministère du Travail a annoncé qu’il allait intensifier sa mainmise sur les syndicats avec l’Ordonnance sur les syndicats. Il est prévisible que le régime lance prochainement une vague d’attaques contre les groupes et organisations autonomes de la société civile.Au cours du mouvement prodémocratie de 1989 en Chine continentale, les étudiant.es et les salarié.es sont descendu.es dans la rue pour demander la mise en œuvre des libertés constitutionnelles de la presse, d’expression et d’association, ainsi que la protection des droits de réunion et de manifestation.
Sans démocratie, il n’est pas possible d’exercer un contrôle du pouvoir politique et de lui faire contrepoids. Pour cette raison, la protection de la liberté des citoyen·nes n’est pas assurée. Trentedeux ans plus tard, Hong Kong subit un sort comparable: un grave recul de la démocratie parlementaire, ainsi qu’une menace inédite sur les libertés et les droits dont jouissait auparavant la population. Malgré la tyrannie, la rudesse du chemin à parcourir et l’obscurité de la nuit, nous avons choisi d’être confiant.es dans l’avenir. Nous croyons que l’avenir n’est pas inéluctablement dicté par la volonté du régime en place, mais qu’un espoir reposant sur les luttes populaires continue à exister.

De la campagne, en 2003, contre le projet de loi sur l’article 23 du texte servant de Constitution, au «mouvement des parapluies» pour le suffrage universel en 2014, et au mouvement de 2019 contre le projet de loi sur l’extradition et pour la défense des libertés, chaque lutte que nous avons traversée a fait vivre les convictions et idéaux du mouvement prodémocratique de 1989. Le souvenir de 1989 est devenu une source de force dans notre lutte contre le totalitarisme. Il a servi d’inspiration morale aux différentes générations pour rejoindre le mouvement démocratique.Chaque année à Hong Kong dans le parc Victoria, des dizaines de milliers de bougies illuminent la nuit et sont une lueur d’espoir, rendant claires et distinctes les lignes floues entre le bien et le mal, la liberté et la dictature, la démocratie et le totalitarisme. Il s’agit de cicatrices de l’histoire, mais c’est d’elles que vient la force. C’est l’histoire du passé qui perpétue la résistance du présent.Le 4 juin de cette année, nous continuons à commémorer les évènements du 4 juin, à transmettre notre foi inébranlable à la lumière de nos bougies et à prolonger le chemin ininterrompu de la résistance démocratique de 1989 à nos jours. Préservons la mémoire! Continuons la lutte!

http://www.laboursolidarity.org/Declaration

Carol Ng, présidente de la Confédération des syndicats de Hong Kong (HKCTU), et Winnie Yu, présidente du syndicat HAEA (Alliance des employé·es de l’administration hospitalière) ont été arrêtées le 6 janvier 2021 et accusées de conspiration et de subversion contre «la sécurité nationale». En mars 2021 elles ont été placées en «détention prolongée».

Flic démissionné, à moitié pardonné!

«Lettre de démission d’Alexandre Langlois,

policier digne et en colère de voir une institution à la dérive

Monsieur le Ministre,

Lorsque je me suis engagé dans la Police nationale, j’avais à l’esprit deux maximes de Jean-Jacques Rousseau: “Il n’y a que la force de l’État qui fasse la liberté de ses membres” et d’autre part “que seule l’obéissance à la loi que l’on s’est prescrite est liberté”.

Or aujourd’hui, je constate qu’il n’est plus question pour le peuple d’obéir aux lois auxquelles il a lui-même consenti et que le rôle de sa police n’est plus de protéger ses libertés, mais plutôt de toutes les annihiler, comme le ferait le plus vil des oppresseurs.

Qu’est devenue la Police nationale depuis 2014, elle qui se devait d’être la garante des libertés?

Ne mérite-t-elle pas mieux que d’appliquer à la lettre des lois de plus en plus liberticides et autoritaires?

En pareille situation, peut-on encore parler d’une police républicaine ou ne s’agit-il plus que d’une milice au service de votre autoritarisme?

Mon engagement dans la Police nationale ne peut plus se maintenir dans un tel régime sans aucun espoir de réforme telles que vos prises de position récentes le laissent présager.
De surcroît, votre ministère, est pourtant celui qui distribue le plus de sanctions disciplinaires contre ses personnels, se fait beaucoup moins strict contre les policiers qui tabassent, mutilent ou tuent des innocents comme Madame Zineb REDOUAN, Monsieur Steeve CANICO ou Monsieur Cédric CHOUVIAT, tandis que les policiers qui, au contraire, dénoncent ces dérives et dysfonctionnements, se font durement réprimander au motif qu’ils ne respecteraient pas la loyauté envers leur hiérarchie ou porteraient atteinte au renom de la Police nationale!

Tel n’est pas le comportement que la population attend de ses responsables politiques.

Suite à la mort de Malik OUSSEKINE le 6 décembre 1986, M. Charles PASQUA, alors Ministre de l’intérieur, non seulement présenta ses excuses en personne à la famille, mais, de surcroît, prit la décision de dissoudre les voltigeurs. Depuis le début de ce quinquennat, c’est l’inverse qui est pratiqué: on nie les faits, on ne présente jamais d’excuses et… on recrée les voltigeurs que l’on rebaptise BRAV-M !

Les policiers sont depuis lors au service d’un Président de la République qui les utilise pour réprimer avec violence tout mouvement social contestataire tels que les Gilets jaunes, mais également les infirmières, les pompiers, les médecins, les avocats au lieu de leur permettre de manifester leurs revendications de manière encadrée et sécurisée.

Depuis la crise COVID 19, les policiers sont désormais exclusivement affectés au contrôle social et non plus au respect du Code pénal.

Les décrets et arrêtés préfectoraux les plus incohérents et absurdes ont remplacé les lois autrefois votées par nos Assemblées.

Nous contrôlons des attestations de déplacement et veillons au bon respect des distanciations sociales pour lutter contre l’épidémie. Or, si tel était réellement le but de notre action, c’est le personnel hospitalier qui aurait dû avoir des renforts, et on parlerait plutôt de distanciation sanitaire.

Au lieu de cela, on nous détourne de nos vraies missions, qui sont de poursuivre les délinquants et les criminels, et d’assurer la paix et la sécurité de nos concitoyens.

Le 26 novembre 2020, M. David PERROTIN, journaliste à LOOPSIDER, présentait la vidéo d’un homme littéralement passé à tabac par trois policiers entrés par effraction sur son lieu de travail et en dehors de toute commission rogatoire.
Sur la vidéo surveillance des locaux, on peut notamment entendre les policiers le traiter de «sale nègre» avant de braquer une arme contre lui en présence d’autres personnes dont l’une serait mineure.

Cet évènement honteux, tout autant que les réactions du ministère qui s’ensuivirent, ont renforcé ma conviction de mettre fin à mes fonctions.

Tout autant que les réactions habituelles de mes collègues, dont un délégué du Syndicat UNITE-SGP-FORCE OUVRIERE, organisation que vous recevez régulièrement, a pu dire dans une émission de télévision que “BAMBOULA c’est encore à peu près convenable” sans subir la moindre sanction ou autre forme de poursuite de la part du ministère.

La seule défense tenable, bien que fantaisiste du Préfet de police M. Didier LALLEMENT, à propos de l’interpellation susmentionnée, a ainsi été de dire qu’il n’était “pas au courant”, alors même qu’il y a eu un appel de renfort, une sortie d’armes et un tir de grenade dans un lieu clos. Mais qu’attendre d’un Préfet de Police, qui a obtenu sa promotion de Bordeaux à Paris en couvrant déjà des exactions de policiers par des mensonges dans l’affaire Olivier BEZIADE et à qui vous renouvelez encore votre confiance, malgré qu’il “ne soit pas dans le même camp” que la population ou qu’il ordonne une évacuation brutale de la Place de la République encore récemment.

Votre tweet hypocrite a fini de sceller ma décision: “Je me félicite que l’IGPN ait été saisie par la Justice dès mardi, je demande au Préfet de Police de suspendre à titre conservatoire les policiers concernés. Je souhaite que la procédure disciplinaire puisse être conduite dans les plus brefs délais”.
Hypocrite, lorsque l’on sait que par l’effet de la loi sécurité globale que vous défendez bec et ongles par la propagande et le mensonge, cette victime aurait fini en prison et ses tortionnaires médaillés ou encore primés.

Oui, vous mentez Monsieur le Ministre lorsque vous prétextez vouloir protéger les policiers en prévoyant un an d’emprisonnement pour diffusion d’image de policiers identifiables, quand les textes existants sur le harcèlement et les menaces prévoient déjà des sanctions deux à cinq fois plus importantes, mais qui ne sont dans les faits jamais appliquées.
Appliquons ce qui existe plutôt que de brader la sécurité physique et mentale des policiers pour des éléments de communication.

Quand des collègues CRS reçurent des menaces de mort à leur domicile par courrier, était-ce dû à la diffusion de leur image? Non ! Mais à la publication par votre Ministère de leur prénom, nom et affectation au Journal Officiel.

Est-ce qu’une quelconque mesure a été prise depuis? La réponse est encore une fois non.

Vous osez dorénavant instrumentaliser le drame de l’assassinat de nos deux collègues de MAGNANVILLE par un terroriste.
Pourtant, ont-ils été assassinés chez eux suite à la diffusion de leur image? Une énième fois non, mais suite à l’absence de sécurisation des données des ressources humaines, qui se baladaient sur une clé USB non sécurisée par le ministère de l’Intérieur et transmise à un syndicat de police.

Des mesures ont-elles été prises depuis? La réponse est encore une fois et toujours négative.

Si vous aviez un tant soit peu de respect pour les femmes et les hommes qui portent l’uniforme, comme moi, vous démissionneriez.

Dois-je encore vous rappeler que la première cause de mortalité des policiers en fonction est le suicide?
Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, c’est quelque 150 vies sacrifiées.

Était-ce à cause de la divulgation de leur image? Je ne le crois pas, mais suppute plutôt un management délétère, des injonctions paradoxales, une politique du chiffre, la perte de sens de notre métier et de la fonction…

Des mesures ont-elles été prises? Pas vraiment, mis à part deux numéros verts et des barbecues “conviviaux”.

Enfin, faut-il rappeler que le ministère de l’Intérieur ne respecte pas même les décisions de justice le condamnant pour, en ce qui me concerne personnellement, le refus d’exécuter malgré quatre demandes le jugement du Tribunal administratif de Versailles n°1505355 le reconnaissant coupable de discrimination syndicale.

Pire, la discrimination a depuis lors repris de plus belle et j’ai été arbitrairement désarmé, sans contrôle de la médecine statutaire et mes notes de renseignements ne sont plus transmises, et ce sans justification.

Depuis ma première demande de rupture en juillet 2020, mon dossier aurait dû être traité au plus tard en septembre. Mais même pour cela, le Ministère ne s’estime pas contraint de respecter la loi et les délais, ce qui engendre encore un préjudice à mon encontre.

A moins que ce ne soit dans l’objectif de me sanctionner une nouvelle fois arbitrairement et d’éviter ainsi de me payer les indemnités légales?

Pour l’ensemble de ces raisons, je sollicite, Monsieur le Ministre, ma rupture conventionnelle dans les meilleurs délais.

Je quitte un métier que j’aimais, car vous avez fini de dénaturer la noble mission pour laquelle je m’étais engagé.

Je quitte la Police nationale pour les mêmes raisons que j’y suis entré : la défense des libertés individuelles et de l’intérêt général.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations républicaines.

Alexandre LANGLOIS Secrétaire général
VIGI. Ministère de l’Intérieur / Police»