Quand Femen s’inspire de torchons racistes

Lisez cet appel de Femen France: les deuxième et troisième paragraphe sont recopiés dans Le Parisien libéré, journal de gauche et féministe bien connu! Le «sentiment d’insécurité» qui suit appartient au vocabulaire des journalistes, des marchands de peur et des politicards.

Oh! certes, Femen France se défend – sincèrement je n’en doute pas – de tout racisme. Seulement à force de pratiquer le militantisme politique comme on mène des campagnes publicitaires, en sautant sur toutes les occasions de rameuter les photographes, on finit par tomber dans les pièges médiatiques les plus grossiers.

Au passage, je ne vois pas la différence entre les fabricants de lingerie et Femen (les unes ont d’ailleurs posé pour les autres): il s’agit toujours de mettre de la femme dénudée à la une pour vendre son produit. Faire seins nus (comme on dit sur les plages) ne peut éternellement tenir lieu d’analyse des rapports de genre.

Une remarque pour finir: les personnes qui écrivent, à propos de n’importe quelle question sociale «La réponse à cette situation ne peut-être exclusivement policière» sont des ordures ou des crétins, supplétives toutes trouvées de la flicaille et des gens de plume chargés de les justifier.

Ces dégueulasseries une fois pointées, redisons que oui! le monde sexiste est hostile aux femmes, y compris aux simples passantes, et que cela doit être combattu. Les féministes, qui organisent par exemple des manifestations de nuit pour se réapproprier la ville, n’ont pas attendu les Femen pour s’en préoccuper.

JE NE DISPARAITRAI PAS !

Dans le quartier #LaChapelle, dans le XVIII° arrondissement au Nord Est de #Paris, le harcèlement de rue contre les femmes tourne à la mesure ségrégationniste.

Parce qu’elles sont femmes et uniquement pour ça, elles ne sont plus les bienvenues dans leur propre quartier.

Certaines modifient leurs trajets, d’autres ne ressortent plus une fois rentrées, d’autres encore s’interdisent de ressortir tard.

Quelle est la cause de ce sentiment d’insécurité ?

Des hommes, encore des hommes, toujours des hommes seraient-on tenté de dire si cette situation n’exigeait pas une analyse plus affinée.

Quelque soit la taille des territoires concernés, il n’est acceptable nulle part que les #femmes puissent être exclues (ou doivent s’exclure par mesure de sécurité) de l’espace public.

Si cette assertion fait semble-t-il consensus au sein du débat national, il n’est pas non plus tolérable qu’une partie de la « gauche » fasse preuve de cécité, de déni et même de mauvaise foi, quand les hommes visés sont issus de population d’origine étrangère (ou même simplement étrangers).

Il est contre productif de brader les droits des femmes sous le faux prétexte de combattre le #racisme et l’extrême droite.

Chez #FEMEN nous pensons que ce genre de politique au rabais n’a qu’une ambition clientéliste et qu’elles sont inopérantes pour faire reculer ces fléaux.

Ce n’est pas le caractère national des individus qui est mis en cause, mais bel et bien leur comportement à l’égard des femmes.

La réponse à cette situation ne peut-être exclusivement policière, et sacrifier les droits des femmes par peur de « stigmatiser » un certain type de population revient à dire que ces hommes sont génétiquement incapables de modifier leurs comportements ni de comprendre leurs erreurs de jugement.

Nous sommes contre ces raccourcis extrêmement périlleux, qui essentialisent les individus et les ramènent à une entité commune indépassable.
Rappelons aussi que le harcèlement de rue est un fléau universel.

Les femmes ne doivent pas disparaître des rues de Paris ou ailleurs, le racisme ne reculera pas avec ce genre de stratégie fumeuse, c’est au contraire en créant des ponts entre hommes et femmes que la solution surgira.

Nous appelons les femmes à prendre l’espace public, et à se mobiliser pour que la ville cesse d’être une zone de non-droit.

LA VILLE EST A NOUS ! SOYONS PARTOUT !

Question naïve (et facile): quel genre d’hommes cette photo (prise et publiée par Femen France) stigmatise-t-elle?

J’ai le miroir qui flanche… J’me souviens plus très bien…

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Les faux souvenirs sont une manifestation facétieuse de l’inconscient.

Comme le montrent les déclarations de tel ancien magistrat, à propos du viol d’un jeune homme, noir de peau, ils peuvent aussi être une arme de guerre idéologique.

Ce que M. Bilger écrit ci-dessus est faux, et accessoirement obscène. Ce qu’il décrit n’a jamais existé.

La question n’est pas de savoir s’il croit à ce «mensonge», ou s’il l’invente délibérément.

«Bamboula» n’a jamais été un terme affectueux ou sympathique.

Mais certains racistes ont pu le croire.

En considérant ainsi ce terme, ils ne procèdent pas à une analyse linguistique rétrospective, ils s’amnistient eux-mêmes pour leur propre racisme.

Ils auraient très bien pu employer une expression comme «sale pourriture de nègre». Non! ils disaient simplement «Bamboula», ce qui sonne en effet comme un surnom enfantin.

Et comme on dit (ou disait) «faire la bamboula» pour dire faire la fête bruyamment (du nom d’un tambour africain, le bambalon), on peut faire semblant de confondre. Ces «gens-là» n’ont-il pas «le rythme dans la peau»?

Adressé à une personne noire de peau, «Bamboula» est et a toujours été une insulte raciste. Comme «Blanchette» ou «Blanche Neige».

Les racistes, quand c’est le cas, trouvent qu’ils sont bien bons de ne pas user d’insultes plus  répugnantes à leurs propres oreilles. Ils trouvent que les «Nègres» et les «Biques» manquent d’humour. De l’humour, eux, ils en ont; ils peuvent donc en juger souverainement. Les racistes se voient souvent comme des gens «sympas». Donc, sympas qu’ils sont, et avec de l’humour en plus, quand ils traitent une personne noire de peau de «Bamboula», ça n’est pas méchant.

Je me souviens d’une discussion de comptoir, dans ma jeunesse (j’en ai eu une, moi aussi)! Des consommateurs charriaient un jeune homme: «On l’a laissé trop longtemps dans le four!». Il n’avait pas vraiment protesté, simplement fait la gueule, une grimace peut-être. Et la patronne, cessant de rire de bon cœur, lui avait dit: «Oh! c’est pas méchant!» Avec un air d’autorité, presque méchante, qui ne souffrait pas de réplique. Il fallait feindre de ne pas trouver ça méchant — et raciste —, ou partir.

Comme les plaisanteries homophobes, ou sexistes, que l’on entend dans les bouches les mieux politisées, les plus radicales. C’est pas méchant! Puisqu’ils le disent!…

M. Bilger est raciste. Et de ce qu’il nous confie, je déduis qu’il l’a toujours été. Mais il ne supporte pas de se voir dans le miroir que constitue l’écran vidéo où parade un flic raciste et violeur.

“Quand les corps s’écrivent. Discours de femmes à l’ère du numérique” ~ par Marie-Anne Paveau

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Je donne ci-dessous l’introduction d’un texte de Marie-Anne Paveau — que l’on pourra télécharger en bas de page — sur l’écriture sur et par le corps féminin, thème que j’ai abordé dans Je chante le corps critique.

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Quelque chose se passe avec le corps des femmes en ce début de XXIe siècle, qui passe à la fois par la nudité et la circulation numérique. Les femmes ont fait de leur corps un médium, qui constitue une arme dans leur combat pour l’émancipation, l’égalité, la parité, le respect et l’intégrité. Elles écrivent littéralement sur leur corps, qui devient ensuite un véritable flyer de chair diffusé dans les grands médias, mais surtout sur le web, de manière virale : féministes de quatrième génération comme les Femen ou les militantes des slutwalks, femmes violées réinventant leur talking cure dans les écrits d’écran ou femmes de combattants inscrivant les traumas de guerre sur leur peau. Leurs écrits, éphémères, acquièrent de leur inscription numérique une permanence militante.

Le corps écrit des femmes est à la fois le lieu et l’outil d’une contestation hyper-visibilisée par la circulation sur le web. Cette contestation vise, au premier chef, les normes, et en grande partie les normes de genre qui assignent les femmes à l’infériorité et l’invisibilité. Cette contestation, dit Judith Butler dans Défaire le genre, est celle de la vie sur les normes :

«Il existe […] un ensemble de réponses inédites que le sujet délivre à propos des normes, en assurant le cours, les déplaçant également, au point qu’il est possible de parler d’un pouvoir de la vie sur les normes, dont la figure de la contestation peut sembler, à première vue en tout cas, emblématique » (Butler 2006 [2004], p. 11).

Ces écrits corporels d’un nouveau type sont en effet des réponses inédites. Non que les inscriptions ou peintures corporelles n’aient jamais existé (voir par exemple Guillon 2008), mais leur circulation sur les fils de la toile en fait un phénomène technodiscursif, où la matière du discours se métisse avec celle de la technologie. Ces écrits expriment aussi le « pouvoir de la vie » sur « les normes et les conventions qui restreignent ou minent les conditions de la vie elle-même » (Butler 2006 [2004], p. 21). La question de la vie, dans sa dimension à la fois simple et radicale, est ici essentielle, on le verra dans chacun des exemples que je présenterai dans cette étude ; l’écriture ou la vie, en quelque sorte.

Le combat féministe a pris de nouvelles formes ces cinq dernières années, dans lesquelles le corps vu et lu tient une place centrale. Les inscriptions corporelles éphémères des Femen sont amplement relayées sur les réseaux Facebook et Twitter comme sur les sites des médias, et cette hyperdiffusion permet à la fois une visibilisation et une internationalisation d’une lutte au départ spécifique à l’Ukraine. Il en est de même pour les slogans corporels dans les slutwalks du monde entier, à partir de Toronto, ville de naissance de ces « marches des salopes » destinées à lutter contre les discours sexistes du slut shaming et du victim blaming. Outre ces mouvements militants, on trouve des inscriptions corporelles aux aspects thérapeutiques, qui concernent directement le trauma : sur le tumblr du Project Unbreakable, des femmes violées montrent une pancarte qui parle à la place de leur corps photographié, rapportant à l’écrit la parole de leurs violeurs pendant l’agression. De même, le mouvement Battling Bare, diffusé sur Facebook, rassemble des femmes étatsuniennes posant de dos, nues, leur corps inscrit d’un message d’amour pour leur mari combattant, atteint de PTSD3 après leur retour d’Irak ou d’Afghanistan.

Pour télécharger le texte.