Au Kenya, des femmes âgées s’entraînent au kick-boxing pour résister aux agressions sexuelles

À Korogocho, bidonville de Nairobi à la sinistre réputation (domination des gangs), au Kenya, des femmes d’un certain âge, nullement épargnées par les agressions sexuelles, comme la sottise machiste pourrait le faire croire – elles sont même considérées comme moins susceptibles d’être contaminées par le virus du Sida… – s’entraînent au kick-boxing, une boxe où l’on utilise les poings et les pieds.

Le réalisateur canadien Brent Foster les a rencontrées: le résultat est le court-métrage intitulé « Enough : The Empowered Women of Korogocho », que l’on peut traduire par «Assez! Les femmes de Korogocho trouvent leur force en elles-mêmes».

Beatrice Nyariara, l’une de ces femmes a fondé le collectif des «Grands-mères kickboxeuses du Kenya». Elles sont ainsi une vingtaine à se retrouver chaque semaine pour s’entraîner ensemble.

Instructif sur la réalité des agressions contre les femmes et fort encourageant quant aux possibilités de défense féminine collective, le film est sous-titré dans un anglais très simple et facile à comprendre.

 

 

 

 

“Rhétoriques antiféministes” ~ Le n°4 de GLAD! revue sur le langage, le genre & les sexualités est en ligne

Fruit d’une collaboration entre les membres du collectif Arpège-EFiGiES Toulouse et le comité de rédaction de GLAD!, ce numéro, à travers un dossier consacré aux rhétoriques antiféministes, contribue à la fois à documenter les antiféminismes en s’intéressant à plusieurs types de rhétoriques antiféministes (masculiniste, féminine…), à inscrire ces rhétoriques dans le temps long grâce à une approche diachronique, et à fournir des outils critiques pour déconstruire ces rhétoriques. Le numéro comprend également une partie varia, ainsi que des contributions dans la rubrique Actualités.

Pour accéder à l’intégralité des articles, c’est ICI.

De la fellation comme “compensation” (pour les hommes) et laisser-passer (pour les femmes)

Si j’en crois les récits de nombre de mes amies et les témoignages féminins que je lis ici et là, il est un comportement masculin assez répandu et qui ne manque pas d’étonner : un homme ayant proposé – souvent dans une relation cordiale déjà établie, mais pas toujours – à une femme d’avoir avec elle un « rapport sexuel » (présumé « complet », id est avec pénétration du vagin par la verge) et s’étant heurté à un refus, lui « réclame » comme un « dû minimal »… une fellation.

Étonnant disais-je, puisque cela revient – à première lecture – à dire à une femme [1] :

Tu refuses d’avoir un rapport sexuel avec moi, censé nous apporter un plaisir plus ou moins équivalent ; je suggère donc que tu me procures un orgasme via une pratique sexuelle qui ne peut t’apporter de plaisir (physique, au moins).

Ou encore, de manière plus concise :

Tu refuses le sexe avec moi ? OK. Donc, tu me dois du sexe !

La mentalité produite par la domination masculine ne se sent certes pas tenue à la logique, mais il semble bien que l’on atteigne là un indépassable nœud de contradictions apparentes, que je vais tenter de démêler.

Les femmes « doivent » toujours du sexe

Le désir masculin est supposé légitime par essence, et de plus : impérieux. Il appelle une satisfaction immédiate et s’impose aux femmes. Il l’emporte sur les femmes qui en sont l’objet (notons que le terme « partenaire » est donc hors sujet).

Comme dans la grammaire, ou bien encore au sens où un traité international l’emporte sur une loi interne : c’est logique ! le désir masculin est aussi supposé naturel et universel!

De plus, la conception masculine/catholique de la dite « sexualité » suppose que ne sont légitimes (et dans le seul cadre du mariage), impliquant (affectivement) et méritant le qualificatif de « sexuels » que les rapports génitaux pouvant conduire à une grossesse.

Les rapports oraux/génitaux et la sodomie sont certes des péchés, mais ils se sont progressivement émancipés de la qualification « sexuelle ». C’est ainsi que Bill Clinton a été compris des Américains lorsqu’il a assuré n’avoir jamais eu avec Mlle Lewinsky un « rapport sexuel ». Elle l’avait sucé, certes, mais justement !…

C’est une manière de contourner, plus ou moins de bonne foi (si j’ose dire), les interdits religieux.

Autrement dit, c’est bien du « sexe » – qui présente l’avantage non négligeable de pouvoir mener à l’orgasme masculin – mais ça n’est pas tout à fait du sexe : pas « sérieux », pas impliquant, pas procréateur…

En tant que technique érotique, la fellation demande un savoir-faire et un minimum de bonne volonté, mais on peut l’exiger des femmes sans leur en savoir gré.

C’est une compensation qu’elles se doivent d’accorder au désir masculin dominant, lequel l’emporte sur les nombreux prétextes qu’elles peuvent invoquer : elles ont leurs règles ; elles sont fidèles à un amant ; elles n’éprouvent aucun désir pour le solliciteur.

La fellation de compensation est une formalité qu’elle se doivent d’accomplir pour retrouver une liberté de circuler – d’ailleurs toute relative, puisque perpétuellement soumise aux « octrois » du désir masculin.

Dans cette mesure, c’est aussi un substitut au viol. Ou plus exactement, c’est un viol qui n’en est pas tout à fait un (comme la fellation n’est pas tout à fait du sexe), puisqu’il est consenti par la femme pour échapper à un viol « complet » (pénétration·s vaginale et/ou anale forcée·s [en plus de la fellation, bien entendu]).

La fellation est, dans ce type de situation, un minimum sexuel exigé des femmes dont les hommes veulent bien admettre (selon leur humeur, les circonstances, etc.) qu’elles ne leur accordent pas la disposition de tous leurs orifices (bouche, vagin, anus).

Bien que sans violence (par hypothèse), l’exigence d’une fellation compensatoire est donc bien une violence en soi, de surcroît révélatrice du degré élevé de violence des rapports dominants hommes [sur] femmes.

Elle témoigne également de la pure forme sociale (convenue) des raisonnements, compliments, et autres invocations « romantiques » mobilisées par les solliciteurs. Sauf heureuse rencontre de deux désirs complémentaires, seules comptent les pressions et manœuvres psychologiques ; si elles échouent, reste l’impôt, auquel aucune ne devrait pouvoir échapper [2].

 

 

[1] Je me place dans le cadre d’une relation hétérosexuelle ; j’ignore si certaines remarques ici faites peuvent trouver une pertinence dans le cas de relations homosexuelles.

[2] Bien sûr, on peut imaginer, dans le cadre d’une relation érotique et/ou affective choisie, que l’homme – ou la femme ! – suggère une fellation de remplacement. La femme peut la suggérer ou l’accepter parce qu’elle a ses règles et n’aime pas faire l’amour quand c’est le cas, parce qu’elle n’a pas envie d’un long rapport, et qu’elle souhaite néanmoins faire jouir l’homme avec lequel elle entretient une relation. Il convient d’envisager l’hypothèse symétrique : l’homme accepte ou suggère un cunnilingus, parce qu’il se sent trop fatigué ou pas d’humeur à un rapport plus fatiguant. Il serait intéressant de savoir si ce cas se présente (même si ça n’est certainement pas aussi fréquent que l’exigence de fellation).

 

LE FEU DE LA RAMPE ~ À propos de Bertrand Cantat

 

Supposons que M. Bertrand Cantat, chanteur et musicien de son état ait tué ma sœur, ou une ancienne amoureuse ou une amie, en lui fracassant la tête à coups de poings (il est costaud, le bougre !) et qu’il l’ait laissé crever, « sans intention de donner la mort » hein ! juste sans penser à téléphoner aux secours. Peut-être trop défoncé pour que l’idée atteigne le bon neurone…

Supposons.

Je ne peux même pas dire avec certitude que je l’aurais attendu à la sortie de sa prison pour lui mettre une flèche entre les deux yeux… parce que ça n’aurait pas fait revenir ma copine, et puis peut-être que je n’aurais pas eu envie de risquer de crever en taule pour un pourri pareil. Je suppose que que ce sont des pensées qui vous traversent l’esprit…

Et puis, je ne voudrais pas avoir l’air de donner des leçons à tel inconnu (de moi) contre qui je n’ai rien, ou à telles personnes que j’admire pour leurs talents divers…

Peux pas dire…

En revanche (et pour une fois, le terme me semble bien choisi), je ne crois pas que j’en aurais eu quoi que ce soit à faire qu’il ait « payé sa dette »… À qui d’ailleurs ? Pas à ma copine toujours ! Ni à moi ! Ni à ses parents ! On n’est pas « la société », nous. Comme si ses trois ans de cellule nous avait dédommagé en quoi que ce soit… !

Et de savoir qu’il souffre… ?

Attendez, c’est quand même le minimum qu’il ait un peu de mal à dormir certaines nuits, non ? (moi-même qui suis loin d’avoir éliminé tous ceux qui figurent sur ma liste… mais je m’égare).

Juste après la mort de Marie Trintignant sous ses coups, je me souviens d’une amie – et admiratrice du chanteur – qui m’a dit : « Je suis certaine qu’il est si mal qu’il va se suicider ! » Hélas ! c’est son ex-femme qui s’est suicidée, alors même qu’il dormait dans la même maison où elle s’est pendue.

Un autre truc dont je n’aurais rien eu à faire, c’est la « réinsertion » de M. Cantat.

Il y a mille manières de retrouver une place parmi les humains… On peut faire plombier, maraîcher, éleveur de puces savantes… On peut ouvrir une école de guitare au fond de la brousse, apprendre à faire des pansements et s’engager chez Médecins du monde (y’a des caisses à porter, si comme moi on supporte mal la vue du sang).

Mais Cantat ne souhaite pas se « réinsérer » parmi les humains. Non ! C’est bon pour le vulgaire !

Cantat veut que l’on cesse de tenir compte du fait qu’il a tué son amante à mains nues, et que l’on voit à nouveau en lui la vedette de music-hall, l’idole des jeunes filles, le sex-symbol.

Un petit incident montre à quel point la personnalité caractérielle de Bertrand Cantat est hors du réel des humains, et du coup très problématique en terme de « réinsertion ». Devant une salle où il se produit, des manifestant·e·s crient. Il s’approche d’une jeune femme qui l’insulte, et veut prendre sa tête dans ses mains pour lui embrasser le front… Ce garçon est prêt à pardonner à celles et ceux qui l’offensent… Il se prend pour une espèce de martyre injustement persécuté. Alors que – vous savez quoi ? – ce type est tout amour !

Bon : sa copine est morte sous ses coups, la précédente s’est pendue en l’accusant, et là il demande qu’on lui laisse une seconde chance.

Mais Bertrand ! tu ne sais pas compter ! C’est une troisième chance que tu réclames. Et c’est beaucoup, même pour les utopistes les plus endurants, les abolitionnistes les plus vétilleux, les crétins même !

En effet, si M. Cantat ne voit dans les deux décès évoqués qu’un fâcheux concours de circonstances, on voit mal comment il pourrait être considéré comme sans danger pour autrui – sinon courbé sous des éviers, sur des salades ou sur le bassin des malades.

Aussi tolérante que soit une société (je ne parle pas de la nôtre, qui ne l’est guère, ou à rebours de ce qui serait souhaitable) je vois mal comment elle pourrait admettre qu’un tel personnage occupe aujourd’hui exactement la même place qu’avant les « circonstances » que nous savons.

Pour qu’il puisse renaître à des rapports sociaux apaisés – si les personnes directement concernées acceptent de lui laisser cette possibilité – il doit se reconnaître à la fois coupable et responsable, et mourir à la scène, au vedettariat, et aux illusions séduisantes du spectacle.

Peut-être cette nécessité est-elle plus pénible pour lui qu’un enfermement… C’est bien possible en effet. Et alors ?

Il est vivant, encore jeune, vigoureux. Il lui est loisible de se faire soigner, d’entreprendre une analyse. Il peut encore (lui !) travailler, mériter l’estime, voire l’amour d’être humains… Et il voudrait qu’on le plaigne parce qu’on lui interdit les feux de la rampe !?

Sois vraiment miséricordieux, Bertrand, puisque tu prétends à cette qualité rare.

Fais-le pour toi, et pour nous : permets-nous de t’oublier.