Mortelle publicité

Du temps où il fallait convaincre les femmes (et les hommes!) que le cancer des voies respiratoires (et du col de l’utérus!) était non seulement un signe de modernité, mais un atout érotique.

Notez les pommettes et les joues très rouges, d’un rouge qui indique la flamme du désir et rappelle la couleur du paquet de cigarettes. Le motif de la robe évoque l’exotisme.

«Ma gorge est saine (à l’abri) avec Craven ‘A’. Vous pouvez faire confiance à leur douceur et à leur qualité». On ne lui demandera pas si elle avale la fumée, une autre publicité (pour une autre marque) s’en est déjà chargée.

La publicité récupère à son profit et banalise l’image traditionnellement scandaleuse de la femme qui fume, assimilée à la prostituée et·ou à la garçonne émancipée. Chacune peut désormais minauder avec classe, montrer sa poitrine et envoyer des signaux désirants comme un phare. Les qualités des cigarettes et de la gorge féminine se confondent: sûre·s et douce·s.

Le “Violentomètre” ~ Faites donc le test avec la politique sociale et policière de Macron-Castaner…!

Inspiré des règles graduées qui permettent aux enfants (voire aux adultes) d’exprimer le degré de douleur qu’ils ressentent (à l’hôpital par ex.), ce Violentomètre a aussi une fonction d’alerte. Il peut permettre à une jeune femme de prendre conscience que les comportements de son compagnon (ou de sa compagne! pas d’«angélisme lesbien») forment un ensemble cohérent et qu’ils peuvent être jugés violents et inadmissibles.

Maintenant, transposons le test au niveau politique et social… (Nul doute qu’une personne plus doué que moi [facile!] en infographie s’en chargera bientôt).

Il permettrait de rappeler aux populations qu’une constitution française, celle de 1793, leurs reconnaissait «le droit à l’insurrection», le droit et même «le devoir».

Les cas de figure indiqués en rouge sont assez parlants: déjà, nous en sommes bien là! Protégeons-nous et pratiquons la solidarité!

Article 35. – Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Vivement la ménopause du Capital! ~ Cinéma, âgisme & misogynie.

Sous le titre explicite (mais réducteur) «Cachez ces rides qu’on ne saurait voir», le magazine Télérama a publié en mai dernier [1] un reportage de Mathilde Blottière et Hélène Marzolf sur les actrices de plus de 50 ans.

Le cinéma est parfois un art ; c’est presque toujours une industrie. En tant qu’industrie, le cinéma obéit aux lois du marché capitaliste (comme l’édition). En tant qu’industrie du loisir (comme la mode aussi) il participe à la reproduction et à la publicité des «valeurs» du système.

En l’espèce, le cinéma et la mode ont (principalement) pour fonction de diffuser une image des femmes, disponibles, dominées et soumises à la loi du marché : on en change au gré des modes (comme de montre), on les jette une fois la date de péremption dépassée (comme un yaourt). Tout cela est évidemment répugnant, mais peut paraître au moins rationnel et cohérent avec le marché.

Or la domination masculine n’est pas plus rationnelle que l’exploitation capitaliste ; toutes deux manifestent la même sympathie – au sens chimique – pour le gaspillage et la dilapidation. C’est ainsi que, dans un registre beaucoup plus dramatique que l’exploitation humiliante des comédiennes (jeunes, on les baise ; moins jeunes on les met au rancard), la domination masculine s’abandonne souvent à ce que j’ai nommé la tentation gynécidaire [2]. Pour un regard, le mâle vitriole et·ou assassine une femme ; l’éleveur, lui, entretient et compte son bétail. Pourquoi cette différence de comportement ? C’est que, le plus souvent, l’éleveur ne craint pas son bétail ; dans les petites exploitations, il peut même lui être très attaché…

L’article de Télérama a tout particulièrement attiré mon attention parce qu’il donne la parole, entre autres, à Élisabeth Bourgine, une comédienne que je m’étonnais, pour le regretter, de ne plus voir citer à propos de cinéma. Je l’apprécie en tant qu’actrice; de surcroît elle est, à mes yeux, une femme extrêmement séduisante.

Ce dont elle témoigne ici est édifiant. En effet, on pourrait imaginer qu’une sélection machiste et «jeuniste» écarte sans pitié (et pourquoi en aurait-elle?) les comédiennes vieillissantes simplement parce que leurs visages sont ridés. Or, et c’est en quoi je trouve le titre de l’article réducteur, ça n’est pas comme ça que fonctionne le mécanisme d’exclusion. Hormis quelques rares actrices chanceuses, soit du fait d’heureux hasards biologiques, soit du fait de carrières particulières, la plupart des comédiennes ayant dépassé la cinquantaine sont écartées, non parce qu’elles «font leur âge», mais parce qu’elles l’ont ! C’est tout différent, et autrement effrayant.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. Prenons l’anecdote rapportée par É. Bourgine : elle est retenue lors d’essais pour un film: la responsable du casting est «enthousiaste». Mais au moment de remplir une fiche de renseignements, elle tique sur l’âge, que la comédienne a refusé de donner, ce qui n’empêche nullement la casteuse d’aller voir sur Google en direct (il n’y a pas que les ouvriers et employés qu’on licencie sans délai) et, en en prenant connaissance… déchire la fiche.

Donc, cette personne trouvait Bourgine parfaite pour le rôle, visage et silhouette comprise, et c’est son âge réel qui lui fait faire volte-face. Ici nous mettons le doigt sur l’irrationalité de la violence du système. En effet, dans une activité dont le ressort «technique» est de «jouer», de «faire semblant», de «donner l’impression» aux spectateurs que, etc. la date de naissance d’une actrice est considérée comme un handicap. Elle «fait jeune» puisqu’on était prêt à l’embaucher, mais il aurait fallu qu’elle soit jeune !

Renoncement du dit «septième art» à son ressort – commun au théâtre et à l’opéra – déjà éprouvé dans les films où l’on juge plus simple et·ou plus «crédible» de faire baiser les acteurs et actrices entre eux sur le plateau plutôt que de penser la représentation du sexe.

Quel que soit par ailleurs le talent du metteur ou de la metteuse en scène et des acteurs et actrices retenu·e·s, ce type d’entreprise tourne le dos à la création, à la pensée et à la culture. Il s’agit de se conformer à des représentations archaïques misogynes et de les afficher pour perpétuer un système de non-pensée et de non-vie, dont les angoisses qu’il suscite ne peuvent être faussement apaisées que par la consommation (de fringues, de films, de vedettes) et donc par la production capitaliste et le travail exploité. Exclues de la reproduction biologique, les femmes sont écartées de cette circularité, ce cycle, qui – lui ! – n’a pas de fin.

Le système de l’extraction de la plus-value et de la captation générale des richesses ne connait pas de ménopause ; il ne supporte même pas qu’elle soit évoquée [3] Un signe de fragilité, sans doute, dont il faudrait réfléchir à la manière de tirer partie. En attendant, jeunes/proies ou vieilles/épouvantails, les femmes payent toujours le prix du sang. Exhibées sur les écrans et les pages des magazines, puis effacées des mêmes supports par la police de l’imaginaire, elles incarnent l’asservissement de nos rêves.

[1] N° 3618, 15 mai 2019.

[2] Voir Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps, H&O, 2008.

[3] Sinon dans des catégories particulières, que l’on moque (« cougars ») ou dont on vend le goût comme un vice spécial (« femmes mûres » de la pornographie).

“CRÉATRICES”

«La question de la création artistique féminine est au centre de l’actualité. Après des siècles de quasi monopole des artistes hommes, la visibilité des artistes femmes au sein des institutions culturelles est devenue un enjeu structurant.

Quatre musées et centres d’art bretons conjuguent leur engagement pour des femmes artistes pendant tout l’été 2019. Ils soulignent ainsi leur souci d’équité alors qu’une majorité des étudiants en écoles d’art est constituée de femmes, leur volonté de diversifier les angles d’approche et les regards sur la création artistique, leur souhait de mettre au centre des débats un certain nombre de sujets historiquement portes par les femmes (la libération du joug masculin, les droits liés à la liberté sexuelle, l’engagement social et politique féminin…).

Quatre expositions, des visites, des projections, des performances, des débats forment un programme riche et militant pendant tout l’été en Bretagne.»

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