Premier «RENDEZ-VOUS DE CLAUDE» au LIEU-DIT, mercredi 29 mai à 19h, avec Sylwia Chrostowska

J’inaugure mercredi 29 mai prochain au «Lieu-dit», 6 rue Sorbier à Ménilmontant (Paris XXe) une série de «rendez-vous» à l’occasion desquels j’inviterai des personnes aux talents variés à présenter leur travail, leurs livres, leurs tableaux, leurs films, leurs idées… On parlera de tout.

Vous pouvez lire une présentation du livre de Sylwia Chrostowska ici-même, sur Lignes de force.

J’espère vous voir nombreuses et nombreux le 29 mai, à partir de 19h.

On pourra boire (toute la soirée), manger (après la rencontre), et acquérir le livre de l’invitée.

“WINTER IS COMMING. Une brève histoire politique de la fantasy” ~ par William Blanc

Le prochain livre de William Blanc est en librairies à partir du 2 mai prochain.

On peut le commander sur le site de l’éditeur.

« Les dragons et les Hobbits ont toujours été des animaux politiques. Voyager avec eux, c’est prendre des détours pour mieux parler de l’indicible, c’est s’aventurer sur des chemins de traverse vers d’autres futurs. »

Grande fresque épique de fantasy inspirée des romans de G. R. R. Martin, Game of Thrones est désormais la série la plus célèbre au monde. Cette fascination pour un univers médiéval, dont les protagonistes craignent la venue d’un long hiver apocalyptique, fait écho aux angoisses contemporaines concernant le dérèglement climatique causé par l’activité humaine.


G. R. R. Martin n’a pas été le premier auteur à utiliser la fantasy pour parler des dérives du monde moderne et d’écologie. À bien y regarder, le genre du merveilleux contemporain développé à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne a constamment servi d’outil pour critiquer la société industrielle.
De William Morris à J. R. R. Tolkien en passant par Ursula Le Guin, Robert E. Howard ou Hayao Miyazaki, ce petit ouvrage invite à questionner la généalogie politique de la fantasy.

JIMMY GLADIATOR QUITTE L’ARÈNE… la petite reine aussi, du coup! (de pédale) et nos petites filles devenues des reines (dixit Raoul)

La dernière fois que je l’ai vu, c’était à la librairie Publico, le 12 octobre dernier – six mois tout juste – pour la présentation de son dernier recueil de textes et poésies: Tapis franc et autres cadeaux provos (chez Rafael de Surtis). Il y avait (si j’ose dire) beaucoup d’absent·e·s. C’est un signe qui ne trompe pas. Essayez pour voir: conviez le banc et l’arrière-banc de vos connaissances à une signature, un apéro, peu importe, puis comptez… Si le nombre des absent·e·s excède celui des présent·e·s, il n’y a que deux hypothèses. 1.) Vous êtes un·e survivant·e; tout le monde est mort autour de vous; 2.) C’est vous qui êtes mort (ou peu s’en faut)…

Bref. Jimmy est mort ce 10 avril, et je ne rappellerai pas son identité d’état civil. Que l’on se souvienne qu’il avait choisi comme nom de plume, de combat et d’arène «Jimmy Gladiator». Nous avons été en contact, via la revue Camouflage qu’il animait, avant de nous rencontrer. Mais où et quand, voilà ce que je ne saurais dire.

Grand collectionneur de bouteilles de bière – dont il fut aussi un consommateur immodéré – et de boules à neige (d’où lui en avais-je rapporté une? Du Japon?), amateurs de contrepèteries, revuiste militant, anarchiste, anarchosyndicaliste, surréaliste, poète et écrivain. Il y avait de la place pour tout cela chez ce drôle aux larges épaules (comme dit Victor).

Hélas! à force de compter les crabes pour s’endormir, on finit par ne plus se réveiller.

Dans les années 2012, il envoyait aux ami·e·s une «Lettre versatile» et électronique. De ce qui en subsiste dans mon ordinateur, je tire ces quelques photos. Les légendes entre guillemets sont de Jimmy lui-même.

“1997 à Londres, allons donc! Quoth the raven NVRMORE (photo Imn)”

“2007. Salon de l’antilivre à Stétienne. (Hello Véro).”

“2009 à la pointe Matthieu, moi en anti-calvaire. Vive l’anarchie anté-christ (photo Flip)”

Les deux photos suivantes ont été prises au Maldoror, le 2 février 2013, par Anne-Lise Dehée: Judith et Jimmy.

«Histoire d’“autrice”, de l’époque latine à nos jours» ~ par Aurore Evain

L’histoire d’autrice, dont nous proposons ici une rapide esquisse, est passionnante à plus d’un titre, car elle recoupe à la fois l’histoire de la langue, celle de la fonction auteur et les étapes de l’accès des femmes à la sphère publique en général, et à la création en particulier.
Elle permet surtout de mettre à bas certains préjugés concernant la soi-disant incongruité de ce féminin et son incapacité à désigner la femme qui écrit. Le développement des glossaires, la numérisation croissante des textes anciens et les offres de recherches croisées que fournit Internet devraient permettre à l’avenir d’approfondir cette histoire, et de corriger ou affiner cette première synthèse.

(Nous présentons ici un aperçu très synthétique de cette recherche basée sur un corpus non exhaustif de 150 occurrences. Les références des principales occurrences citées sont accessibles sur le site de la SIEFAR [www.siefar.org, rubrique «La guerre des mots»]. Par souci de clarté, nous homogénéisons l’orthographe latine sous la forme auctrix.)

Auctor ou auctrix, un vieux débat...

Si la rareté des textes littéraires conservés et l’absence de nombreuses autres sources écrites ne permettent pas de statuer sur l’emploi ou non du féminin auctrix à l’époque classique, l’usage épicène d’auctor par trois grands poètes de la littérature antique entre le IIe s. av. J.-C. et le Ier s. ap. J.-C. a pourtant joué un rôle central dans l’histoire de ce féminin, en servant ses opposants. Cet emploi du masculin auctor pour désigner des figures féminines (dont deux déesses) par Plaute, Ovide et Virgile dans trois textes relevant de genres littéraires divers – le théâtre, la poésie, l’épopée – a servi en effet de principal argument aux premiers grammairiens latins, puis français pour bannir ce féminin de la langue. C’était pourtant faire l’impasse sur les nombreux usages de l’auctrix latin par les premiers auteurs chrétiens.

En effet, au cours des premiers siècles du christianisme, les occurrences de ce féminin se multiplient. Il sert notamment chez Tertullien et Saint Augustin à désigner les grandes figures féminines des Écritures pour signifier qu’elles sont à l’origine des vertus ou des péchés, créatrices de grâce, essences de pureté, autrices de vie, etc. Après l’Olympe et ses déesses amazones qualifiées au masculin, Marie, Ève, Rachel deviennent les autrices d’une sorte de royaume féminin, où les femmes, porteuses de valeurs et créatrices d’histoire, sont au premier plan au côté de Dieu, le grand Auteur, dans le récit de la chute et de la rédemption de l’humanité. L’emploi d’auctrix vient donc configurer un monde où s’associent masculin et féminin dans l’ordre de la création : chez Tertullien la matière est ainsi « autrice de vie avec Dieu, et souveraine avec lui » (Adversus Hermogenem, «auctrix cum deo et domina cum deo»Plusieurs occurrences se rapportant à des entités abstraites (l’âme, la magie, Rome…) dans des textes très variés semblent aussiconfirmer cette valeur sémantique liée à la force originelle, motrice, voire même politique. Car si auctrix évoque la genèse de la vie dans sa forme féminine, il ne se réduit pas à cette valeur essentialiste, mais évoque aussi un nouvel ordre social qui repose sur le partage et l’égalité des forces. Cas le plus intéressant, les premières ouvrières chrétiennes se parent du titre d’auctrix: alors que le travailleur et la travailleuse incarnent désormais un idéal de vertus, dans un monde fondé sur le mérite, où l’on se glorifie de vivre de son labeur, les mentions «amatrix pauperum et operaria» et «laborum auctrix» font leur apparition sur les tombes des premières chrétiennes.

Cet usage d’auctrix a été consacré par la tradition chrétienne, au point qu’on le retrouve dans de nombreux sermons tout au long des siècles. En 1600, Saint François de Sales n’hésitera pas d’ailleurs à recourir au français autrice pour traduire le terme latin dans un texte de Tertullien. La tradition médicale poursuivra également dans cette voie, et les traités scientifiques de l’Ancien Régime recourront souvent à auctrix, ou à son équivalent français autrice, pour décrire l’origine d’un mouvement ou d’une action.

Mais, très tôt, du côté des spécialistes de la langue, les résistances se mettent en place, et, en dépit de l’usage, l’autorité des savants aura raison de ce féminin. La première attaque commence dès le Ie siècle, au moment où des grammairiens latins, en légiférant la langue, posent les premières règles concernant l’emploi des féminins. Au départ, elles se veulent de simples constats: Maurus Servius Honoratus reconnaît ainsi que le terme auctrix est effectivement disponible, mais que la coutume veut qu’on utilise auctor. Or, ce commentateur de Virgile, qui met ici en valeur son propre travail d’érudition sur l’œuvre virgilienne, est aussi un homme de religion romaine : ce faisant, il passe donc sous silence les nombreux emplois du terme chez les auteurs chrétiens. Pourtant, les mécanismes de construction de l’histoire vont opérer, et l’autorité de cet érudit va peser sur ses continuateurs, au point qu’au VIIe siècle, le très chrétien Isidore de Séville, évêque éminemment cultivé qui a lui-même utilisé le terme auctrix en parlant de Marie (De ecclesiasticis officiis), affirme désormais dans son livre X de l’Étymologie («De Vocabulis», lettre A, ligne 2) qu’il n’est pas possible d’employer auctor au genre féminin et qu’il fait partie de ces quelques noms qui restent invariablement masculins, tel cursor (conducteur de char). Une étape est franchie : l’interdit est plus clair, le recours à auctrix est identifié comme un mauvais usage, et la stricte séparation des rôles et des espaces entre les sexes s’invite dans la langue. C’est désormais ce discours qui prévaudra chez les « législateurs » de la langue, et ce jusqu’à nos jours…

La savante du moyen âge,
une «auctrix dei»

En revanche, du côté de l’usage, auctrix continue de faire son chemin tout au long du Moyen Âge. Et c’est même entre le Xe et le XIIe siècle qu’apparaissent les premières occurrences de ce terme en art et littérature. Qui plus est sous la plume et le pinceau de femmes artistes, qui sont aussi trois religieuses et mystiques célèbres dans les milieux savants de leur temps : Hrotsvitha de Gandesheim, première dramaturge en Europe, et Hildegard de Bingen, qui, dans un drame et un motet, qualifient Marie par ce féminin ; et surtout Ende, enlumineuse espagnole, qui signe ses œuvres en se présentant comme depentrix et dei auctrix.

Dans la lignée de la tradition chrétienne, l’intervention des femmes en art s’accompagne donc d’une appropriation de ce féminin, toujours dans un rapport de complémentarité avec ce dieu dont elles sont les messagères. Mais si la postérité, grâce au travail de quelques grammairiens, a retenu l’emploi épicène d’auctor par un trio de poètes antiques, force est de constater que l’usage d’auctrix par ces trois nonnes médiévales, pourtant réputées à leur époque, a laissé bien peu de traces dans les Histoires de la langue…

L’historiographie littéraire est en effet au cœur de la question de l’éradication du féminin autrice, car les hommes qui vont l’écrire sont aussi ceux qui statueront sur la langue et définiront les usages en matière de féminisation, sélectionnant références et citations en fonction de leur culture (influencée par les canons antiques) et de leur idéologie (bien souvent misogyne[1]).

Pour comprendre l’enjeu de ce féminin, il suffit d’étudier les conditions de son référencement dans les premiers lexiques et dictionnaires latin-français qui apparaissent à partir du XIVe siècle et de comparer cette indexation avec celle d’un autre féminin, aujourd’hui parfaitement assimilé, à savoir actrix/actrice. Il en ressort que si ces premiers recueils lexicaux intègrent tous le féminin auctrix, ils accordent au couple lexical auctor/auctrix un sens très appauvri, les définitions se contentant d’indiquer accroisseur/accroisseresse, ou encore augmenteur/augmenteresse. À l’inverse, le terme actor y recouvre un champ sémantique large et varié, mais il n’admet pas de féminin. Or, à cette époque, ce mot ne qualifie pas seulement l’homme qui joue la comédie, il désigne surtout des fonctions sociales et des métiers liés au droit, à la justice, à la gestion et même à la littérature, puisqu’il peut désigner un fatiste, un faiseur de livre, bref un auteur…

Le croisement qui va bientôt s’opérer, au cours du XVIIe siècle, entre les féminins français Autrice et actrice, à une période clef de l’histoire de la langue, illustre de façon très nette les enjeux de la féminisation pour certaines élites: il en ressort une nouvelle fois que l’existence lexicographique d’un féminin dépend moins des critères d’usage, d’analogie ou d’euphonie habituellement mis en avant, mais bien de la valeur sémantique que le terme recouvre au masculin. Quand cette valeur est forte, plurielle et socialement valorisante, le féminin n’est pas référencé dans les ouvrages sur la langue, même si la place des femmes dans la société peut justifier son emploi. C’est le cas en latin pour le féminin d’actor jusqu’au XVIe siècle; ce sera le cas en français pour le féminin d’auteur à partir du XVIIe siècle. Apparaîtra actrice quand le terme acteur se limitera au sens de «comédien»; disparaîtra autrice quand la fonction «auteur» s’institutionnalisera et se dotera d’un prestige littéraire et social. Lire la suite

Sweet little sixteen ~ et un livre de Chloé Alifax

Ma détestation des jeunes femmes, laquelle tourne à la franche allergie quand il s’agit de jeunes filles – douces ou non – est de notoriété publique. Mais je ne suis pas du genre à me laisser aller ; je me soigne.

C’est dans le cadre de cette autothérapie, que j’ai commandé aux éditions H&O (l’éditeur de Je chante le corps critique) le roman de Chloé Alifax intitulé Sixteen Years, dont la couverture m’avait tiré à elle.

Croyez-en mon expérience (courte) d’auteur, et (surtout) de lecteur de littérature, il y a deux choses vraiment difficiles à d·écrire : les scènes érotiques et le langage parlé. Le premier danger (d’une liste interminable) à éviter consiste à faire réaliste par copier-coller. Rien de tel pour métamorphoser la plus explosive des scènes d’orgasme en version mal traduite d’un catalogue de montage IKEA, et le plus savoureux des sabirs en morne caricature. Concernant ce dernier exercice, il faut au contraire beaucoup réécrire, décoller au plus loin possible du réel, pour créer une représentation du langage parlé qui l’évoquera plus sûrement qu’un entretien dans une thèse de sociologie.

Sixteen Years est un récit à la première (jeune) personne, tranche découpée sans anesthésie dans une vie affective débutante et problématique, ce qui va ensemble en générâââl (comme dit la chanson). La langue est donc résolument djeun, comme on dit pour s’en moquer. Est-ce parfaitement réussi ? Je n’irai pas jusque-là [extraits ici]. Cependant, l’atrabilaire – ni amoureux ni bien disposé ces temps-ci[1] – auteur de ce billet a éclaté de rire une bonne douzaine de fois en cent cinquante six pages, ce qui nous donne une moyenne honorable d’un éclat par treize pages consommées.

Si d’aventure vous éclatiez, disons moins d’une demi-douzaine de fois, je m’engage à vous rembourser le prix du livre[2] (16 €).

[1] Pour vous mettre un exemple dans le contexte, quand on me demande, rapport à mes soucis de santé et d’inquiétude — « Ça va mieux ? », j’entends — « Ça ma vieux ? » Or dix-lexique ne valent pas mieux qu’un appareil auditif, c’est une légende.

[2] Attention ! Cette mention purement rhétorique épuise la définition de la publicité mensongère.

“LE SABOT. Revue littéraire de sabotage” ~ n° 6 «Terre!»

Le numéro 6 du Sabot, revue littéraire de sabotage vient de paraître. Pour l’occasion, il s’expose au Shakirail, 72 rue Riquet (75018), au bord des voies ferrées, jusqu’au 3 mars prochain.

Vous pouvez aussi consulter certains des éditoriaux sur le site de la revue.

Comme ils vont vite en besogne, comme tous les gens jeunes et pressés, les saboteurs et saboteuses ont déjà saboté le confort (n° 2), le sexe (n° 3) [mais la couverture ne porte pas le slogan «Saboter le sexe»; c’est dommage], le travail (n° 4), la violence (n° 5) [même remarque, mais c’est très bien comme ça], et voilà que nous touchons «Terre!» avec la dernière livraison. Ça n’est pas pour autant la fin des pérégrinations saboteuses, puisqu’un numéro est prévu avec pour thème «la soif».

La revue se place clairement dans le compagnonnage de l’écrivain Marcel Moreau sur lequel l’un des animateurs-saboteurs, Antoine Jobard a rédigé et soutenu, en septembre 2016, une thèse de doctorat en Littératures françaises intitulée : Poétique du vivant et du mythe chez Marcel Moreau. La voix de l’Étrangeté : de l’organique au mythologique. On espère qu’un livre en sortira quelque jour prochain.

Antoine Jobard (à g.) & Marcel Moreau (à d.).

La revue a d’ailleurs publié de nombreux textes ou extraits de textes de Marcel Moreau. Elle publie également poèmes, photos et dessins …Souvent trop illustratifs à mon goût, mais j’aime beaucoup celui-ci, de Anouk Buron.