Coup d’Archet

J’ai éclaté de rire.

Pourquoi pas vous?

Amitié libertaire

Un anarchiste est votre ami jusqu’à ce que vous soyez accusé à tort ou à raison (la plupart du temps à tort, mais comment savoir la vérité, hein…) d’une transgression quelconque, commise en paroles ou en actes – et parfois même, en pensée, l’anarchiste est très fort pour savoir mieux que vous ce qui se passe dans votre tête.

Les anarchistes seront de votre côté à-la-vie-à-la-mort aussi longtemps que vous respecterez leurs règles (tacites, pas écrites, sinon ce serait la tyrannie de la loi, beurk ouache caca). S’il s’avère que vous ne soyez pas à la hauteur de leurs hautes exigences morales, au mieux illes vous laisseront tomber comme une vieille chaussette (dans le bac de récupération, comme il se doit), au pire illes vous pourchasseront comme la bête immonde que vous êtes, car après tout, c’est beaucoup plus facile de clouer au pilori des individus que de s’attaquer aux dispositifs du pouvoir – et puisque ça procure le même sentiment d’accomplissement, pourquoi se gêner.

Si vous voulez être l’ami d’un anarchiste, ne soyez pas un individu. Soyez une catégorie sociale abstraite, ça vaudra mieux pour vous et ça vous évitera bien des ennuis.

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Ce texte est extrait de Commentaires désobligeants, d’Anne Archet, librement téléchargeable sur son blogue (flegmatique).

Les “Pénélope” de Carol Vanni, ou la fluidité de l’attente

Lorsque j’ai eu la bonne fortune de rencontrer Carol Vanni, il y a vingt-cinq ans, elle écrivait déjà, mais elle dansait davantage. Ses solos de danse étaient heurtés, hachés, haletants.

Carol danse toujours, mais écrit davantage. Elle vient de publier Mes Pénélopes, chez un éditeur au nom délicieux Esperluète (c’est le nom de ce gracieux équivalent de «et» : &). Son  texte est accompagné de peintures de Véronique Decoster.

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Pénélope. On sait d’elle qu’elle attend et qu’elle tisse (et défait son travail pour tromper son attente [et son monde]). Ce que Carol Vanni donne à percevoir c’est ce qui se tisse, se tend et se relâche dans l’attente. Dans cette étoffe faite de nos rêves et de nos peurs.

Comment glisser d’une attente transitive — attendre un amour, l’ouverture de la poste, l’apparition des hirondelles — à une attente par instant intransitive, un présent de vivre. En chacun de nous que distille l’attente?

L’écriture de Carol Vanni est aussi fluide et apaisée que ses gestes de danseuse étaient heurtés. On aura d’ailleurs bientôt — voir ci-après —  l’occasion de procéder à une nouvelle comparaison entre le mouvement du corps et celui de l’écriture (si tant est que le second puisse être dissocié du premier).

Pénélope est une jeune fille, mais aussi bien un vieux monsieur. Elles et ils sont l’attente.

Je m’appelle Pénélope. Nom de code dans la Résistance: Louis Pierre. J’ai 91 ans. Mon fils est mort. La tache dans ses poumons a grandi cachée. Les médecins ont trop attendu, je suis en colère. Ils n’ont pas bien fait leur travail, je suis, j’ai été médecin. Aujourd’hui je reste en pyjama le jour comme la nuit, je mâche le tabac et je le crache. […]

Je m’appelle Pénélope. J’ai 22 ans. Émerveillée. L’homme sait m’attendre, il bride sa jouissance, ruse, me raconte des histoires crues, de vrais orages d’homme et de femme. Je suis si longue à venir. Un orgasme plié derrière une chambre d’enfant. Lyophilisé. L’homme le gorge d’eau, de mots. Se prête à ma ténacité, à ma lenteur.

Mes Pénélopes, 103 p., 16 €.

Esperluette

 

Carol Vanni viendra présenter une «lecture dansée» de son livre à l’Espace Babelio à Paris, 38, rue de Malte 75011, M° République ou Oberkampf, le samedi 9 avril prochain, à 20h.

C’est sur réservation à La librairie des éditeurs associés :

01 43 36 81 19

 

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La sensualité littéraire de Patrick Grainville

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Ayons une pensée (émue) pour les travailleurs intellectuels en cette période de lutte contre une loi de précarisation (laquelle ils connaissent si bien que l’on a inventé pour eux l’appellation «intellos précaires»): voici, une fois n’est pas coutume, une escarmouche littéraire.

Je lisais le dernier supplément «Livres» du Monde, lorsque je suis tombé sur un article de M. Vincent Roy, consacré à l’éloge d’un roman récent de M. Patrick Grainville, Le Démon de la vie. Je ne les connais ni l’un ni l’autre, même si j’ai lu un livre du second, dont j’ai oublié jusqu’au titre.

Cet écrivain hypersensuel est devenu, au fil de son œuvre considérable, un expert en démonologie

…nous apprend M. Roy.

Dans son dernier roman, M. Grainville évoque, nous dit-on, la passion fusionnelle de deux adolescents, Louise et Luc, ainsi que l’évasion d’un tigre, auxquels les amoureux souhaitent de rester libres.

Et pourquoi pas, en effet?…

C’est le moment pour M. Roy de nous donner envie de lire le livre «hypersensuel» de M. Grainville.

Pas facile le métier de critique, mal payé de surcroît. Mais bon, spontanément ou sur ordre, M. Roy souhaite nous donner une bonne impression de la giga sensualité de M. Grainville. Il choisit donc l’extrait suivant, concernant les sentiments des ados pour le tigre évadé, auxquels ils s’identifient (ben si! parce que eux non plus, tu vois, ils ne veulent pas se laisser domestiquer…):

Gênés, […] ils se demandaient même si dans l’enthousiasme aveugle qui les rangeaient dans le camp du tigre ils n’en acceptaient pas sourdement toutes les conséquences, sombrant dans un abîme de désir où ils espéraient de la bête libérée une apothéose effrayante.

L’enthousiasme est «aveugle» et l’acceptation «sourde»… Je suppose que c’est dans la réunion en une même phrase de ces calamités physiques — et stylistiques — que nous sommes invités à repérer l’hypra sensualité de l’auteur…

Ah! sombrer dans «l’abîme du désir» pour une «apothéose effrayante»… Qui n’en a pas rêvé?

En voilà de la littérature qu’elle vous en fout plein la vue. C’est un métier! y’a pas à dire…

Soyons sérieux, si cette pitoyable daube est de la littérature, sensuelle de surcroît, je me demande si je ne publie pas sans le savoir, depuis quelques décennies, des catalogues de vente par correspondance.

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Allez savoir pourquoi, cette pénible évocation du livre de M. Grainville m’a fait songer à une exposition proposée par le Musée de la poste sur une campagne de solidarité par le timbre avec les «chômeurs intellectuels» (sic), dans les années 1930-1940.

 

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“Le Talon de fer”, de Jack London, en souscription chez Libertalia

Dans l’ADN de Libertalia, il y a deux matrices : la révolte et l’évasion.
Jack London a toujours appartenu à notre panthéon littéraire. Nous avons réédité six de ses nouvelles, en commençant par Le Mexicain (The Mexican, 1910), notre tout premier livre, en 2007.
Si nous sommes lucides sur les ambiguïtés du plus célèbre pirate de San Francisco, nous n’en célébrons pas moins celui qui écrivait : « I would rather be a superb meteor, every atom of me in magnificent glow, than a sleepy and permanent planet. » [J’aimerais mieux être un superbe météore, chacun de mes membres irradiant d’un magnifique éclat, qu’une planète endormie.]

Il y a bientôt cent ans, le 22 novembre 1916, expirait l’auteur de Martin Eden. L’automne prochain sera l’occasion de revisiter son œuvre. Plusieurs événements littéraires lui seront consacrés.
Les récits de Jack London ont été intégralement traduits par Louis Postif au cours des années 1920 et 1930. Les éditions Phébus (groupe Libella) en ont réédité la quasi-totalité. Certains ont même été retraduits.


Mais le texte le plus politique de Jack London, Le Talon de fer (The Iron Heel, 1908), celui qui inspira tant Léon Trotski, Eugen Debs, George Orwell et des générations de lectrices et lecteurs, n’est disponible en français que dans une traduction de 1923. Si celle-ci a un indéniable charme, elle est néanmoins fautive, incomplète et surannée.


Nous avons donc décidé de nous lancer à l’assaut d’un des monuments littéraires du siècle XX, ce fort récit d’anticipation décrivant une révolution socialiste aux États-Unis, révolution noyée dans le sang mais porteuse d’espoir.


Nous avons confié à Philippe Mortimer la tâche ardue de retraduire attentivement le texte. L’homme a du talent et de la culture, il a notamment traduit Boxcar Bertha (Ben Reitman), Construire un feu et Coup pour coup, Écrits de combat (Percy Shelley), Femmes pirates (Daniel Defoe).


L’édition proposée comprendra un appareil critique et un cahier iconographique.


Mais tout ceci a un coût important puisque nous tenons à payer la traduction à son vrai prix, soit 21 euros par feuillet (le texte en compte 370).

Pour que Le Talon de fer soit à nouveau édité par une maison d’édition indépendante et critique ; pour que ce texte majeur soit enfin disponible dans une nouvelle traduction et non dans une énième version remaniée ; il nous faut 400 souscripteurs (voir les conditions en cliquant sur l’invite ci-dessous).

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It’s up to you !