GÉNÉRAL, NOUS [y] VOILÀ!

Certes, le gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Le Ray, invité ce matin de France Info (c’est par ce canal que vous apprendrez un éventuel coup d’État militaire) n’a fait que rappeler le cadre légal dans lequel s’inscrit l’action de la force Sentinelle en appui de la police et de la gendarmerie (déjà une force militaire!).

Mais l’effet psychologique recherché, relèverait-il de la rodomontade, est assez clair. Le gouvernement a usé de tous les moyens de violence à sa disposition: matraquage, gaz lacrymogènes en grenades, en spray, en gel et en poudre, blindés, canons à eau, drones (pas encore tirant, mais ça viendra), balles non-létales, grenades de désencerclement, remise en service des «pelotons voltigeurs» à moto, de sinistre mémoire*. Il a délibérément mutilé des dizaines de personnes, gravement blessé des centaines d’autres. Aujourd’hui, non seulement des dizaines de personnes ont perdu définitivement l’usage d’un œil ou d’une main, mais elles sont astreintes à un régime d’interventions chirurgicales, de surveillance médicales, qui s’étendra sur des années. Plus d’un mois après avoir été visée et atteinte à la tête, une amie me dit ne pas savoir si elle devra et pourra être opérée ou non. Des centaines de personnes souffrent de problèmes auditifs, d’équilibre, de sommeil, de mémoire, de stress post-traumatique, etc.

Mais ça n’a pas suffi!

Ça n’a pas suffi à dissuader des dizaines de milliers de personnes, lesquelles ne se concertent pas entre elles à l’échelle du pays (elles ne sont pas adhérentes d’une même organisation, ni même souvent de quelque organisation que ce soit) de continuer à manifester leur colère par des manifestations de rue, des blocages, la construction de lieux de rencontre et de débat, etc.

Ce qui se produit aujourd’hui est une banalité des situations de graves crises sociales. La peur a changé de camp: elle est du côté de la force brutale.

En mobilisant l’armée, ne serait-ce que symboliquement, en laissant «fuiter» dans les médias les déplorations de crocodile sur l’hypothèse-qu’on-ne-peut-plus-écarter qu’un·e manifestant·e décède, en s’abstenant de contredire ou de poursuivre les quelques appels fascistes à «tirer dans le tas», le gouvernement brûle sa dernière cartouche quant à l’ordre public.

Pour le reste, il affecte de mener à son terme l’organisation du «Grand débat» – une espèce de parodie d’états généraux – censé dissuader la canaille de s’armer de piques.

Le moment décisif, pour tout mouvement social qui outrepasse ses revendications et objectifs initiaux est celui où, confronté à la violence de la répression, il balance entre le respect pour les institutions et la tentation insurrectionnelle. La question est celle de la légitimité du pouvoir en place, et du système dont il assure la gérance.

Il semble, et c’est une situation originale, que la remise en cause de la légitimité du pouvoir s’est cristallisée très rapidement dans le mouvement dit des Gilets jaunes, au moins pour une grande part de ses composantes.

Bien entendu, le pouvoir compte (comme toujours) sur l’essoufflement du mouvement. Le problème paradoxal auquel il se heurte est que – hormis les rapports de surveillance des services, auxquels nous n’avons pas accès – le seul baromètre à sa disposition pour évaluer l’efficacité de sa stratégie est le nombre de manifestant·e·s. Or ce nombre baisse artificiellement, en proportion de la répression. Des milliers de personnes restent chez elles, peu tentées par l’énucléation (et comme on les comprend!). Mais les crétins estiment – à grand tort! – qu’un·e manifestant·e renonçant à manifester est un·e citoyen·ne reconquis·e… ou maté·e. Sans parler du fait que des dizaines de milliers d’autres continuent à battre le pavé (dame! tant qu’il est chaud…). On avait observé un phénomène équivalent, mais de moins grande ampleur, avec lesdits «cortèges de tête».

L’épouvantail galonné exhibé ce matin est la dernière pièce de ce pauvre jeu. Elle n’aura aucun effet dissuasif, je suis heureux de l’annoncer ici aux services. Nous sommes parvenus au point de rupture de ce que j’ai appelé la terrorisation démocratique. Ce gouvernement a déjà perdu la bataille de la rue.

La suite pourrait être beaucoup plus violente encore. Plus intéressante aussi…

* Mention omise dans la première version du texte.

Plus on est de Fouquet’s, plus on rie!

Un correspondant a relevé sur la page Facebook des Gilets jaunes de Namur (Belgique) la photo et la légende ci-dessous reproduites. N’ayant pas le plaisir de connaître Namur, je ne me permettrai pas de porter un jugement sur l’établissement évoqué, m’en remettant au roboratif instinct de classe qui transparaît dans la légende.

«Pour rassurer tout le monde, le sympathique Fouquet’s de Jambes* (Namur) est intact, à la différence de son pâle avatar snob parisien, cible de l’ire bien justifiée des gilets jaunes ce samedi (Acte XVII).»

*Jambes est, depuis 1977 et la fusion des communes, une section de la ville de Namur.

“Une sacrée jaunisse” ~ par Gilles et John

M’enfin, les Gilets Jaunes, z’ètes pas sympas d’avoir obligé notre roitelet à écourter ses vacances au ski. C’est presque aussi méchant que les émeutiers de 68 qui avaient obligé la vieille baderne De Gaulle à revenir de chez son (des)pote Ceaucescu pour essayer de mater la canaille.

Mais c’est sympa de vous être fondus nombreux dans la «marche du siècle» pour sauver le climat. Ça a permis à tous les éditocrates de dire que la manifestation « bon enfant » n’était pas celle de Gilets Jaunes, bien que ceux-ci y aient été très visibles et bien que les slogans dominants y aient fait clairement le lien entre vies sabotées et saccage de la planète.* Les Gilets Jaunes n’étant, évidemment, que ces voyous qui cassent tout, y compris des policiers qui sont pourtant si tendres avec eux. Car même ceux qui ne cassent rien mais laissent faire ces voyous sont leurs «complices». Parole d’expert. «Comprendre, c’est déjà excuser» disait hier un autre expert. Pour n’être pas accusé de complicité avec ce qui ressemble fort à une grosse colère, il faudrait sans doute… ne pas manifester. Ou, mieux, se faire auxiliaire des matraques répressives, comme certains fascistes marseillais.

Ce n’est donc pas sympa d’avoir mis le feu au Fouquet’s. Où les Sarkozy futurs vont-ils pouvoir fêter leur accession au trône ? Manquerait plus que vous vous en preniez aux yachts de luxe ! Ça serait vraiment la cata. Pas sympa non plus d’avoir cassé des boutiques de fringues «haut de gamme». Où nos saigneurs vont-ils pouvoir s’habiller maintenant ? Tout de même pas chez Tati ou Emmaüs! Quant au pillage de la boutique du PSG c’est évidemment une inqualifiable agression contre un fleuron des jeux du cirque patriotique, mais ça aura au moins l’avantage de faciliter le travail des policiers en banlieue: Dès qu’ils verront un môme vêtu d’un T-shirt du PSG ils sauront que c’est un pillard sur lequel ils pourront se permettre de baver en toute justice.

Reste le «drame» évité de l’incendie d’une banque qui aurait pu s’avérer grave pour une femme et son bébé habitant au dessus. Gageons qu’on se désole dans les rédactions que ce « drame » ait été évité. On sent bien la déception des éditocrates. Bien sûr, en bons professionnels, ils savent mettre l’accent sur le «drame», de manière à ce que ce soit ça qui s’imprime dans l’esprit des spectateurs, et non le fait qu’il ait été évité. Que voulez vous? C’est un métier. On sait y faire feu de tout bois quand il s’agit de modeler l’opinion. Mais ç’aurait tout de même été beaucoup plus rentable en émotivité spectaculaire si ces innocents avaient brûlé! Et, pour le coup, les Gilets Jaunes auraient été, enfin, totalement discrédités.

Vous n’êtes donc pas sympas avec nos maîtres. Vous les obligez à prendre des poses martiales ridicules, cracher des proclamations exorcistes**, alors qu’en réalité ils sont morts de trouille. Vous leur avez foutu une sacrée jaunisse, qui ne va pas les lâcher. Car ils savent que si votre révolte s’étend et se renforce ils perdront tout pouvoir de nuire.

Alors, arrêtez de les maltraiter. Mettez fin à leur angoisse. Offrez-leur de longues, très longues, très très longues vacances.

Gilles et John.

18 mars 2019.

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* C’est aussi ce qui a permis d’occulter largement la Marche des solidarités de soutien aux migrants et sans-papiers et contre les violences policières qui était une des composantes de cette manifestation.

** «Force restera à la loi» Par quoi il faut entendre : Notre loi s’imposera par la force.

 

En Algérie comme à Paris, y’a des fois, faut bien s’défendre!

El la «révolution du sourire» par ci, et les fleurs offertes aux flics par là. Et la tant grande responsabilité des foules en mouvement etc.

On a beau ne pas être un fétichiste de la baston, connaître des exemples – y compris durant la Révolution française (voyez mon blogue La Révolution et nous) – de manifestations à la fois offensives et non-violentes, au bout d’un moment ça commence à vous échauffer les oreilles…

Et puis on tombe sur une photo prise à Alger le 8 mars dernier.

Ah d’accord!

Bon ben on avait mal compris, c’est tout…

Les bisounours peuvent pratiquer avec grâce le lancer de grilles de protection des arbres.

Sont comme nous finalement! Pas violents pour deux sous, mais faut pas les chercher, c’est tout…

Ah, les braves gens!