“Le Dossier Plogoff”, un film-reportage de François Jacquemain

Le film sera projeté en avant-première, à l’occasion d’une soirée de soutien à des inculpés de l’affaire dite «de Tarnac», qui aura lieu jeudi 2 novembre prochain, à La Parole errante, à Montreuil (M° Croix de Chavaux).

[Le procès, lui, aura lieu du 16 au 24 janvier 2018.]

Début de la soirée: 20h.

Projection du film: 21h.

Entrée: prix libre.

 

Programme complet de la première soirée de soutien (l’autre a lieu le lendemain, vendredi).

Dossier du film sur le site du Collectif Synaps Audiovisuel.

Voiture de la rousse* roussie ~ Deux communiqués

DE L’HUILE SUR LE FEU !
À PROPOS DE VOITURE DE FLIC 
BRÛLÉE, DE PROCÈS, ET DE 
SOLIDARITÉ

Du 19 au 22 septembre 2017, 9 personnes passeront en procès, accusées de l’attaque d’une voiture de flics quai de Valmy à Paris le 18 mai 2016. Deux attendent toujours en taule, dont l’une depuis maintenant plus d’un an, tandis que six autres sont sous contrôle judiciaire et que la dernière est encore recherchée. Ce jour-là, en plein mouvement contre la « loi travail », des policiers se rassemblent place de la République pour geindre contre la « haine anti­-flics ». Une vrai provocation après deux mois de manifestations réprimées à coup de lacrymos, de grenades, de matraque, d’arrestations. Une contre­-manifestation est appelée et interdite, mais elle s’élance malgré tout dans les rues de Paris, croisant sur son passage une voiture sérigraphiée avec deux flics à son bord, qui est attaquée puis brûlée. Pour beaucoup, ce geste a donné de l’air. Comme ça donne de l’air quand ça pète à Beaumont suite à l’assassinat d’Adama Traoré, à Aulnay suite au viol de Théo, ou quand une voiture de police crame à son tour devant le comico du 19e le soir du meurtre de Shaoyo Liu, ou encore quand les rues d’Hambourg s’embrasent pendant le G20. Comme ça donne de l’air chaque fois que sont renvoyées aux flics un peu de l’humiliation et des brutalités qu’ils infligent au quotidien.

La justice frappe souvent fort quand ses larbins en bleu sont attaqués. C’est que justice et police sont toutes deux au service de l’État et des puissant·e·s de ce monde, pour perpétuer l’ordre des choses basé sur l’exploitation, le racisme, le sexisme, l’homophobie, …et qu’il ne faudrait pas avoir l’impression de pouvoir changer les choses. Alors il faut mettre sous contrôle par la menace de la prison ceux et celles qui, par choix ou par nécessité, sortent des chemins balisés du travail, de la consommation, de la soumission au pouvoir. Les moyens à leur disposition sont toujours plus nombreux. Que ce soit l’annonce de la construction de dizaines de nouvelles prisons pour enfermer toujours plus, la légalisation à venir de l’état d’urgence permanent, ou encore la nouvelle loi sur la légitime défense des flics. Tout ça à coup de c’est pour votre sécurité, dans l’acceptation générale, ou presque.

C’est dans ce contexte que le procès va se dérouler, certainement sous une forte pression médiatique où il s’agirait d’en faire un procès exemplaire, celui du mouvement contre la loi travail et plus généralement d’une hostilité diffuse contre la police particulièrement palpable ces derniers temps. Face à ça, à nous de ne pas nous laisser museler. Exprimons notre solidarité avec celles et ceux qui subissent la répression pour des actes de révolte qu’on partage. Ne laissons pas la salle d’audience aux journalistes et aux parties civiles dont Alliance, syndicat de police ayant appelé à la manifestation du 18 mai 2016, toujours prompt à s’afficher dans les médias pour des campagnes racistes et sécuritaires. Faisons vivre notre solidarité également dans la rue. Ici ou ailleurs, ne laissons pas la justice condamner dans l’indifférence, sabotons la chaîne du contrôle et de l’enfermement, opposons-nous au flicage de nos vies et aux diverses mesures qui visent à le rendre total et permanent.

Liberté pour les inculpé-e-s de la voiture de flics brûlée le 18 mai 2016 ! Liberté pour tous et toutes !

Discussion publique, jeudi 14 septembre à 19h au CICP 21ter rue Voltaire, métro Rue des Boulets

Procès tous les jours à 13H30 du 19 au 22 septembre, 14e chambre du TGI de Paris, métro Cité.

 

* La rousse. En argot : la police. Dénomination d’ailleurs critiquable puisqu’elle vient probablement d’une discrimination à l’égard des roux, a posteriori «justifiée» par les représentations picturales de Judas Iscariote, délateur programmé de Jésus dans la légende biblique, comme un homme roux.

“317” documentaire sur l’état d’urgence, jeudi 29 juin à Pantin (20h)

Projection de 317Contribution au débat sur la répression politique sous état d’urgence” auquel j’ai participé (entretien audio), Le jeudi 29 juin prochain, à 20h (adresse et plan ci-dessous).

Documentaire avec les interventions de Vanessa Codaccioni, Didier Fassin, Samir Baaloudj, Claude Guillon.

23-25 rue Boieldieu, à Pantin.

Une dizaine de minutes à pieds depuis le M° Église-de-Pantin.

J’animerai la discussion autour du documentaire, dans la logique du livre La Terrorisation démocratique, que j’ai publié chez Libertalia.

De l’« appropriation » émotionnelle et familiale de certaines causes ou actions… et de ce qui s’ensuit

Clément Méric montrant le mauvais exemple.

J’ai relayé sur ce blogue l’appel aux débats et à la manifestation de samedi dernier, rencontres et manif placées sous le signe de l’antiracisme, de l’antifascisme et de la mémoire de Clément Méric.

J’avais survolé, assez rapidement je dois dire, un texte publié sur Paris Luttes. info, par lequel les organisateurs signifiaient leur désir d’une manifestation « calme » qui ne tourne pas immédiatement au simulacre d’émeute et à la débandade généralisée. N’étant pas fétichiste de la baston, j’avais trouvé l’idée plutôt positive, tout en me doutant que cela éloignerait un certain nombre de camarades (à moins qu’ils & elles viennent quand même et que le débat tourne – éventuellement – mal.

Après un après-midi agréable à tenir avec le reste du gang Libertalia une table de livres qui suscita intérêt et échanges variés (et avec le regret que d’autres éditeurs et revues ne nous aient pas rejoints) c’était le départ d’une manifestation réunissant 800 personnes [1].

Dès le début, quelques organisateurs (AL, Solidaires, etc.) se glissaient dans le cortège pour sermonner un groupe de jeunes gens et jeunes filles qui portaient cagoules et/ou foulards et capuchons. Le fait que la recommandation de se découvrir le visage ait été accompagnée de gestes agressifs est ici un détail.

J’ai échangé quelques propos peu amènes avec un jeune homme – dont on me dit que nous sommes confrères en édition chez Libertalia – lequel se recommandait de la famille de Clément Méric pour imposer cette consigne. Tandis que j’exprimais un sentiment assez vif sur l’institution de la famille et le rôle que je lui attribue dans les mobilisations, le jeune homme me jugea « complètement déconnecté ».

Le tout est de savoir de quoi.

La loi bourgeoise (récente) interdit à quiconque de se masquer le visage dans ou aux abords d’une manifestation [2]. C’est une disposition policière dont l’objectif – explicite – est de criminaliser les résistances au fichage des militant(e)s politiques (même principe à propos des prélèvements d’ADN).

Les organisateurs de la manifestation avaient négocié avec la police une manifestation « sans incidents » contre une manifestation « sans provocations policières » (les termes sont de mon cru).

J’ignore si le fait d’apparaître masqué(e) était explicitement compté parmi les comportements pouvant susciter une intervention répressive, ou s’il s’agit d’un excès de zèle ou d’angoisse des organisateurs.

Dans l’un ou l’autre cas, le comportement consistant – pour des militants – à exiger de manifestant(e)s de défiler le visage découvert est inacceptable politiquement.

C’est faire le travail des flics : se substituer à eux.

La question de la liberté de se masquer a été posée dans toutes les récentes manifestations, notamment celles contre la loi « Travaille ! ». On sait que les flics ont confisqué des centaines de foulards aux personnes arrivant en manif, comme ils ont confisqué des centaines de dosettes de sérum physiologique.

Il s’agit d’interdire aux manifestant(e)s de se protéger 1) contre le fichage policier, journalistique et fasciste ; 2) contre les divers gaz employés par la police et la gendarmerie.

Ce point reste un point de tension, une marge de manœuvre à conquérir et à sauvegarder dans les manifestations à venir.

Les militant(e)s qui prendraient, pour n’importe quelle raison, le parti de la police dans son travail de désarmement des manifestant(e)s sont des ennemie(e)s.

Revenons à la famille.

J’ai eu le plaisir de rencontrer le père d’Audry Maupin, un homme charmant, après la mort de son fils dans un échange de tirs avec la police. Il ne m’est pas venu à l’idée de lui demander de me dicter un communiqué sur l’affaire de Vincennes, et je me suis payé la tête des jeunes de la CNT étudiante qui ont attendu de savoir « ce-que-les-familles-pensaient » avant de pondre le leur. Je n’ai pas répondu aux appels démocratiques et assemblée-nationalesque du Docteur Coupat, sous prétexte que j’avais croisé son fils dans des assemblées générales de chômeurs. Je me souviens de m’être demandé qui me nassait le mieux, des CRS ou des costauds en tee-shirt noirs proches de la famille Traoré, lors d’une manif coincée durant des heures à quelques dizaines de mètres de la gare du Nord.

Je veux bien imaginer la peine insondable et le désarroi des parents de Clément Méric.

Comme la plupart des familles concernées, ils sont « de-gauche » et considèrent la mort tragique de leur enfant, non seulement comme un drame personnel, mais comme une anomalie de l’ordre démocratique, dont il importe de faire en sorte qu’elle soit dénoncée comme telle, qu’elle demeure exceptionnelle et qu’elle ne donne pas lieu à d’autres « incidents » ou à d’autres violences.

Cette non-analyse façon conte de fées ne peut évidemment être partagée par un(e) révolutionnaire.

Par ailleurs, que les parents de Clément Méric et ses proches souhaitent organiser chaque année une cérémonie publique en sa mémoire ne me regarde ni ne me gêne.

Il suffit de ne pas mélanger les genres. Cette cérémonie, aux conditions qui ont été négociées avec la police cette année, ou au moins intimées aux personnes présentes, ne saurait être qualifiée de « manifestation contre l’extrême droite et tous les racismes ».

Si c’est une cérémonie, je reste chez moi, sans remords et sans aigreur.

Si c’est une manifestation et que je décide d’y participer, je casserai la tête de quiconque prétend me dicter ma tenue et ma conduite.

______________

[1] Chiffre approximatif, mais non « gonflé ».

[2] Décret n° 2009-724 du 19 juin 2009, créant l’art. R. 645-14 du Code pénal.