“Jours de résistance, nuits de Plombs” (1 & 2) ~ La situation en Colombie vue par Andrea Adana (trad. Thomas Le Bonniec)

Andrea Aldana est une journaliste colombienne basée à Medellin. Dans cette chronique, publiée par Universo Centro le 11 juin dernier – que nous avons fait le choix de traduire et publier à notre tour – Aldana se rend à Cali, épicentre de la révolte colombienne, où la mobilisation entamée le 28 avril a été la plus durement réprimée. Des manifestations qui ont commencé en opposition à une réforme fiscale voulue par le gouvernement autoritaire du président Ivan Duque, dans l’ombre de l’ex président Alvaro Uribe. La jeunesse révoltée s’est constituée en bataillons de «Première ligne», et c’est à eux qu’Andrea Aldana donne la parole dans cet article, dont nous publions le premier volet aujourd’hui.

Vous pouvez lire l’intégralité de ce texte sur le site de la revue en ligne Blast. La seconde partie est ICI.

Comment les anarcho-autonomes communiquent à l’aide de parapluies: un document accablant!

Le manège d’une manifestante, déjà (défavorablement) connue des services de police pour avoir été mutilée par eux, a été repérée lors d’une manifestation contre une (nouvelle) loi garante des libertés. La délinquante fournissait au «black bloc» des indications stratégiques à l’aide d’un parapluie (d’ailleurs aux couleurs du lobby LGBT). Interpellée et placée en garde à vue durant 72 heures, ladite délinquante nie les faits. Or nous sommes en mesure de prouver, grâce au document accablant ci-dessous que l’intuition des policiers était bonne: les anarcho-autonomes de la mouvance radicale communiquent bel et bien à l’aide de parapluies, selon un code de couleurs et d’attitudes qui est ici révélé pour la première fois.

“L’ÉTINCELLE À LA RECHERCHE DE LA POUDRIÈRE” ~ Déclaration internationale surréaliste

La rébellion porte sa justification en elle-même, tout à fait indépendamment des chances qu’elle a qu’elle a de modifier ou non l’état de fait qui la détermine. Elle est l’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière.

 André Breton

 Si une seule chose m’a donné de la joie ces dernières semaines, ce fut quand les matriarches à Unist’ot’en ont brûlé le drapeau canadien et déclaré morte la réconciliation. Comme un feu sauvage, cela a gagné les cœurs de la jeunesse à travers les territoires (…). La réconciliation était un faux-semblant, un moyen pour eux d’agiter devant nous une carotte et de nous tromper. N’avons-nous aucun droit à la terre volée à nos ancêtres ? Il est temps de tout foutre par terre, de tout fermer ! 

Tawinikay (ou Femme du Vent du Sud)

 

            Le contenu toxique transporté par les oléoducs canadiens, que ce soit le pétrole des sables bitumineux ou le gaz naturel issu par fragmentation est, de l’avis de tous les climatologues sérieux, une cause majeure, peut-être décisive, du réchauffement global, c’est-à-dire de la catastrophe écologique. Destinés à être un carburant de l’expansion industrielle, les oléoducs sont devenus un carburant de la révolte. Conçus pour transporter ces énergies fossiles d’un lieu à un autre, ils sont un aspect crucial de la normalisation du douteux paradis de la croissance sans limites, devant laquelle sont censés s’agenouiller dévotement tous les citoyens-consommateurs obéissants. Dans cette région que les cartographes coloniaux ont dénommée Colombie Britannique, l’extraction des ressources a toujours été le nom de leur jeu, mais l’essor en février 2020 d’un large réseau d’opposition a été encourageant, qui va des guerriers indigènes qui se battent pour récupérer leurs terres aux vétérans, gardiens des traditions, des activistes d’Extinction-Rébellion aux anarchistes partisans de l’insurrection. Chemins de fer, autoroutes et bateaux ont été bloqués; les autorités provinciales, les locaux administratifs du gouvernement fédéral, les banques et les sièges des sociétés industrielles ont été occupés. Ce qui a catalysé cette révolte a été le soulèvement indigène généralisé né du refus des illusoires promesses de conciliation. Ensemble, ces forces rebelles ont désorganisé le monde des affaires comme il va, en solidarité avec le clan des Unist’ot’en de la Grande Grenouille et la maison tribale des Wet’suwet’en.

            Comme par l’effet d’un hasard objectif, le premier camp de défense indigène est situé à Hazelton, BC, non loin de l’endroit où le surréaliste Kurt Seligmann et sa femme ont séjourné en 1938. A cette époque, ils visitèrent Gitxan et les villages Wet’suwet’en, émerveillés par les mâts totémiques et les objets rituels, prenant des notes sur le terrain, filmant en 16mm, recueillant des histoires et enregistrant des récits mythiques. Aujourd’hui, en 2020, un nombre grandissant de ces mêmes peuples indigènes menace d’arrêter l’économie canadienne jusqu’à la réduire en miettes. Refusant d’être achetés par les pétrodollars des sociétés pétrolières ou d’être neutralisés par un système juridique qui n’a fait que les «pacifier», les brutaliser ou les trahir, tout en volant leurs terres, les peuples indigènes ont réagi en luttant farouchement contre les forces de la loi et de l’ordre colonial, dans une tempête radicale de désobéissance civile et en perturbant la vie sociale. Une action succédait à une autre, créant un mouvement qui paraissait ne pouvoir être stoppé. Quand un blocage d’autoroute allait être défait par la Police Montée Royale Canadienne, un autre allait surgir ailleurs, en un endroit tel que s’étendait ainsi à travers tout le continent la ligne de front de cette bataille. Puis survint le destructeur virus Covid 19 qui s’ajouta aux dommages déjà causés à l’économie capitaliste par le virus incendiaire de la révolte. La résistance de ces communautés indigènes contre les pipelines nous concerne tous, au niveau international : car elle est aux avant-postes de la lutte contre le réchauffement climatique.

            À l’avenir, la question clé sera de savoir si les autorités canadiennes pourront à nouveau enfermer le génie de la rébellion indigène dans la bouteille de la «réconciliation». Nous, surréalistes, espérons bien que non et nous déclarons ici une fois de plus notre admiration et notre solidarité envers l’intraitable esprit insurrectionnel de la résistance indienne. Une autre réalité est à inventer et à vivre que celle qui aujourd’hui comme hier s’impose avec son misérabilisme environnementaliste et ses hiérarchies colonialistes et racistes. Le regard toujours ébloui par la coiffure rituelle pour la Danse de la Paix Kwakwaka’wakw qui a longtemps été dans l’atelier d’André Breton, avant de revenir selon les souhaits de celui-ci réalisés en 2003 par sa fille Aube Ellouët, à Alert Bay, sur Cormorant Island, les surréalistes aujourd’hui affirment que la lutte qu’ils mènent, dans leur propre domaine d’intervention, pour l’émancipation de la communauté humaine est en parfaite concordance avec le combat des peuples amérindiens contre la civilisation occidentale-globalisée et sa folie écocide.

Mai 2020

 

Les surréalistes aux Etats-Unis : Gale Ahrens, Will Alexander, Andy Alper, Byron Baker, J.K. Bogartte, Eric Bragg, Thom Burns, John Clark, Casi Cline, Steven Cline, Jennifer Cohen, Laura Corsiglia, David Coulter, Jean-Jacques Dauben, Rikki Ducornet, Terry Engels, Barrett John Erickson, Alice Farley, Natalia Fernandez, Brandon Freels, Beth Garon, Paul Garon, Robert Green, Maurice Greenia, Brigitte Nicole Grice, Janice Hathaway, Dale Houstman, Karl Howeth, Joseph Jablonski, Timothy Robert Johnson, Robin D.G. Kelley,Paul McRandle, Irene Plazewska, Theresa Plese,  David Roediger, Penelope Rosemont, Tamara Smith, Steve Smith, Michael Stone Richardson, Abigail Suzik, Sasha Vlad, Richard Waara, Joël Williams, Craig S. Wilson.

Les surréalistes au Canada : Jason Abdelhadi, Lake, Patrick Provonost (Ottawa), Jacques Desbiens, Peter Dubé, Sabatini Lasiesta, Bernar Sancha (Montréal), David Nadeau (Québec),  Beatriz Hausner Sherry Higgins (Toronto), Erik Volet (Victoria) et le groupe surréaliste d’Inner Island (Colombie Britannique) : as.matta, Jesse Gentes, Sheila Nopper, Ron Sakolsky.

Les surréalistes en Argentine : Luis Condé, Silvia Guiard, Alejandro Michel.

Les surréalistes au Brésil : Mario Aldo Barnabé, Diego Cardoso, Elvio Fernandes, Beeau Gomez, Alex Januario, Sergio Lima, Rodrigo Qohen, Natan Schäfer, Renato Souza.

Les surréalistes au Chili : Jaime Alfaro, Magdalena Benavente, Jorge Herrera F., Miguel Angel Huerta,  Ximena Olguin, Sebastian Riveros, Enrique de Santiago, Andrès Soto, Claudio Vila.

Susana Wald (Chili), Adolfo Gilly (Mexique)

Les surréalistes au Costa Rica : Gaetano Andreoni, Amirah Gazel, Miguel Lohlé, Denis Magerman, Alfonso Pena.

José Miguel Pérez Corrales (Îles Canaries)

Groupe surréaliste d’Athènes : Sotiris Liontos, Elias Melios, Nikos Stabakis, Theoni Tambaki, Thomas Typaldos, Marianna Xanthopoulou.

Dan Stanciu (Bucarest).

Les surréalistes en Grande Bretagne : Jay Blackwood, Paul Cowdell,  Jill Fenton, Rachel Fijalkowska, Krzsystof Fijalkowsky, Merl Fluin, Katleen Fox, Lorna Kirin, Stephen Kirin, Rob Marsden, Douglas Park, Wedgwood Steventon, Francis Wright.

Le groupe surréaliste au Pays de Galles : Jean Bonnin, Neil Combs, David Greenslade, Jeremy Over, John Richardson, John Welson.

Le groupe surréaliste de Leeds : Stephen J. Clark, Kenneth Cox, Luke Dominey, Amalia Higham, Bill Howe, Sarah Metcalf, Peter Overton, Jonathan Tarry, Martin Trippett.

Le groupe surréaliste de Londres : Stuart Inman, Philip Kane, Timothy B. Layden, Jane Sparkes, Darren Thomas.

Le groupe surréaliste de Madrid : Eugenio Castro, Andrés Devesa, Jesus Garcia Rodriguez, Vicente Guttierez Escudero,Lurdes Martinez, Noe Ortega, Antonio Ramirez, José Manuel Rojo, Maria Santana, Angel Zapata.

Le groupe surréaliste de Paris : Elise Aru, Michèle Bachelet, Anny Bonnin, Massimo Borghese, Claude-Lucien Cauët, Taisiia Cherkasova, Sylwia Chrostowska, Hervé Delabarre, Alfredo Fernandes, Joël Gayraud, Régis Gayraud, Guy Girard, Michael Löwy, Pierre-André Sauvageot, Bertrand Schmitt, Sylvain Tanquerel, Virginia Tentindo, Michel Zimbacca.

Ody Saban (Paris).

Les surréalistes aux Pays-Bas : Jan Bervoets, Elizé Bleys, Josse de Haan, Rik Lina, Hans Plomp, Peter Schermer, Wijnand Steemers, Laurens Vancrevel, Her de Vries, Bastiaan Van der Velden.

Les surréalistes au Portugal : Miguel de Carvalho, Luis Morgadinho.

Le groupe surréaliste de Prague : Frantisek Dryje, Katerina Pinosova, Martin Stejskal, Jan Svankmajer. Joe Grim Feinberg.

Le groupe surréaliste de Stockholm : Johannes Bergmark, Erik Bohman, Karl Eklund, Mattias Forshage, Riyota Kasamatsu, Michael Lundberg, Emma Lundenmark, Maja Lundgren,  Kristoffer Noheden, Sebastian Osorio.

Le groupe surréaliste au Proche Orient et en Afrique du Nord (Algérie, Egypte, Irak, Palestine,Syrie) : Mohsen Elbelasy, Ghadah Kamal,  Yasser Abdelkawy, Tahani Jalloul, Fakhry Ratrout, Onfwad Fouad, Miachel Al Raie.

Les surréalistes en Australie : Anthony Redmond, Michael Vandelaar, Tim White.

 

 

Post scriptum : Pendant la récolte des signatures pour cette déclaration ci-dessus, nous avons pu constater comment ce refus du moindre compromis avec le suprématisme blanc et la violence policière s’est vu reflété dans les flammes étincelantes du soulèvement de Minneapolis, qui a mis le feu à une poudrière de rages accumulées, suscitant un véritable séisme de révoltes spontanées dans les rues américaines. Il n’était que justice qu’en solidarité avec ce soulèvement contre les brutalités policières provoqué par l’exécution/lynchage de Georges Floyd par les flics, les manifestants antiracistes aux États-Unis aient choisi l’action directe en décapitant ou en renversant les statues de Christophe Colomb, symbole génocidaire de l’expropriation coloniale des terres indigènes.

18 juin 2020

Ron Sakolsky, Penelope Rosemont, Michael Löwy, Guy Girard.

 

Pas de fumée sans feu! ~ par les Hard Crackers

Je donne ici une traduction légèrement réduite d’un éditorial publié le 31 mai dernier sur le site de la revue Hard Crackers. Ses animateurs participaient auparavant au groupe Race Traitor (Traîtres à la race) dont nous avions publié plusieurs textes (repris sur ce blogue) dans la revue Oiseau-Tempête.

Vous pouvez vous inscrire sur leur site pour recevoir leur lettre électronique.

 

«L’impossible est le moins que l’on puisse exiger»

James Baldwin, La prochaine fois le feu (1963)

Selon le dicton populaire : «Il n’y a pas de fumée sans feu». […] Les incendies que nous avons tous vus à Minneapolis jeudi soir (28 mai) ont illuminé bien plus que les écrans de télévision. Ils n’ont pas simplement fourni une toile de fond dramatique aux journalistes, dont beaucoup ont à peine changé leur ton habituel. Au contraire, les flammes ont mis en lumière un fait que la plupart des États-Unis ne peuvent ignorer. Les gens, en particulier les jeunes, sont en colère. Ils en ont plein le cul de la police et de ses abus meurtriers; ils en ont assez des politiciens qui prônent la patience avec le système, et ils sont écœurés des emplois sans avenir et des conditions de vie pouilleuses. Covid-19 a encore aggravé leur sort.

Si les manifestants de Minneapolis (et d’autres zones urbaines américaines) ont prouvé quelque chose cette semaine, c’est que là où il y a du feu, il y a aussi de la fumée. La fumée camoufle les vrais problèmes. On en trouvera la preuve dans les excuses et les appels des libéraux, qui pleurent après un retour à la normale ou une protestation pacifique, sans réaliser que la normalité, lorsque de telles conditions sont la norme, est exactement ce qui a créé la misère et la rage. Malheureusement, cela a également créé Trump, un autre résultat qu’ils refusent de reconnaître.

Minneapolis, cette semaine, a été un aperçu d’une véritable insurrection urbaine. C’est peut-être la première fois que nous voyons un important département de police américain abandonner l’une de ses structures ressemblant à une forteresse et fuir le lieu de ses crimes. Pendant quelques courtes heures, ces rues n’étaient plus les leurs. Nous ne savons pas ce que cela signifie à long terme, mais nous savons que c’est important. Cela prouve quelques points : les autorités ne contrôlent pas toujours tout ou ne savent pas ce qu’elles font, et notre camp a la capacité de le mettre en lumière. Nous n’avons pas leur puissance de feu, mais nous avons une passion pour un monde meilleur, un monde où leurs fusils, gaz lacrymogènes, matraques, tribunaux et prisons ne règnent plus. C’est quelque chose qu’ils ne peuvent pas nous enlever. Et c’est aussi ce qui les rend moralement faillis et corrompus. L’ironie selon laquelle la police, une institution hors la loi à Minneapolis, est maintenant déployée en tenue de combat complète pour défendre la loi et l’ordre ne devrait pas être perdue pour nous.

C’est le moment de pleurer la mort inutile et horrible de George Floyd. Mais c’est aussi l’occasion de réfléchir à notre propre pouvoir et à ce que nous pouvons vraiment faire lorsque nous faisons preuve de détermination. Nous espérons que les Hard Crackers pourront apporter une petite contribution à ce processus.

Au moment où nous publions cet article, les événements se déroulent à un rythme effréné. Vendredi soir, malgré un couvre-feu et la pleine mobilisation de la garde nationale de Minneapolis, les protestations n’ont pas pu être contenues par les autorités. (Il existe des récits crédibles selon lesquels une grande partie des incendies à Minneapolis, principalement dans des quartiers éloignés des manifestations, ont été perpétrés par des groupes d’extrême droite, suprémacistes blancs. Cela exige une enquête sérieuse de notre part. Si ces récits s’avèrent vrais , nous aurons une fois de plus appris une leçon douloureuse. Certains groupes d’extrémistes blancs d’extrême droite combattent également le système et vers une fin très différente de la nôtre.)

Pendant ce temps, la résistance s’est propagée à d’autres villes, notamment Atlanta, Brooklyn, NY, Los Angeles, Chicago, Oakland et bien d’autres. Même le Palais inexpugnable de Trump à Washington DC (la Maison Blanche) semble vulnérable.

Merci à l’ami Jorge pour le signalement.