À propos du viol ~ Carte postale ouverte aux camarades de la CNT

Lors du concert de clôture du festival de la Confédération nationale du travail (CNT), le 1er juillet dernier à Montreuil, le chanteur du groupe Sidi Wacho a fait une déclaration en scène, probablement mal comprise par beaucoup des personnes présentes, et mal accueillie par d’autres. En substance : « Alors la CNT, il va falloir régler vos problèmes entre vous, parce que sinon on ne pourra plus venir jouer pour vous ! »

Des débats, souvent vifs, s’engagèrent entre militant·e·s pour savoir si l’attitude du groupe – accepter de venir et d’être payé pour ça – puis faire une déclaration critique et publique était moralement acceptable ou au contraire condamnable… Une vraie fausse question !

À quoi faisait donc allusion le chanteur de Sidi Wacho ?

À une histoire sordide, que la CNT (en tant qu’organisation nationale au moins) a laissé pourrir deux ans durant, prétendant aujourd’hui – à tort – qu’elle est « réglée ».

En août 2016, un militant connu de la CNT de la région de Metz, également membre d’Alternative libertaire (AL), Fouad Harjane[1] viole une camarade lors d’un camping organisé par AL.

En novembre de la même année, la camarade dénonce son violeur auprès des deux organisations libertaires auxquelles le violeur appartient, notamment auprès de la Commission antisexiste de la CNT, laquelle rend l’affaire publique lors du congrès confédéral qui se tient à Montreuil à la même époque.

Les statuts de la CNT sont conçus de telle manière que – en principe – seul le syndicat du militant mis en cause est habilité à l’exclure et non un congrès. En l’espèce, Fouad Harjane jouissant d’une réputation militante flatteuse dans son syndicat (Santé social Lorraine) et dans la région, cela revient à proposer à ses proches de statuer sur son sort. Lorsque cette protection « naturelle » ne suffira plus, Harjane recourra aux menaces.

Le problème posé par les statuts actuels du syndicat semble bien réel. Cependant, tout indique qu’au lieu de rechercher une solution politique et publique au problème, certain·e·s instances et camarades de la CNT se sont abritées derrière les statuts pour protéger un violeur.

En effet, si des sanctions sont bien demandées (par un syndicat parisien de la CNT), elles visent des camarades de la Commission antisexiste, auxquelles il est reproché « d’instrumentaliser la question de la lutte contre le sexisme dans [une] action destructrice et délétère ».

Je dois dire ici que j’ignore s’il existe, dans l’esprit des demandeurs, d’autres griefs que la publicité donnée à la dénonciation de Fouad Harjane.

À supposer même que ce soit le cas, on mesure l’effet catastrophique que peut provoquer sur les militant·e·s de base une action exigée contre celles et ceux qui dénoncent un violeur plutôt que contre le violeur lui-même…

On se demande ce que les « sanctionneurs » peuvent avoir dans la tête, non seulement quant à la prévention du sexisme dans les rapports sociaux de sexe, dans la société et dans les organisations révolutionnaires, et – plus bêtement, pourrait-on dire – quant à la possibilité matérielle de glisser les ordures sous le tapis en espérant en masquer l’odeur, à l’ère de #BalanceTonPorc et du planétaire Me Too Movement ?

Début décembre 2016, huit personnes sont exclues de la CNT – sans passage par leur propre syndicat ! Comme quoi, quand on veut, on peut ! – au motif qu’elles se sont réunies sans autorisation, s’« auto-excluant » de fait.

En janvier 2017, Alternative libertaire, dont les militant·e·s avaient transmis un dossier de témoignages sur le viol à la CNT, exclue Fouad Harjane.

En mars de la même année, la CNT Santé social de Metz rend un rapport concluant… à l’impossibilité pour elle de statuer sur le cas de Fouad Harjane. On lira avec intérêt le communiqué en date du 5 mars 2017 par lequel les cénétistes messins encouragent vivement les victimes de viol… à porter plainte devant la justice bourgeoise et s’engagent à fournir – à propos du viol dénoncé – à fournir à ladite institution tous les documents en sa possession !

Lorsque l’on sait comment sont traitées le plus souvent les victimes de viol, et sans même parler d’une méfiance de principe envers les institutions comme la police et la justice que l’on attend de militants anarcho-syndicalistes, le niveau de réflexion antisexiste et libertaire des auteur du communiqué est du niveau « démocrate de comptoir ».

Juin 2017. À l’occasion du festival de la CNT, à Montreuil, des militant·e·s viennent manifester devant l’entrée de La Parole errante en soutien à la camarade violée. Certaines d’entre elles ont été tout simplement déclarées persona non grata et interdites d’entrée. Bien entendu, les militant·e·s et les badauds ne sont pas informé·e·s.

À cette époque, pour le public non averti et qui n’a pas cherché à s’informer – soit la très grande majorité des gens qui viennent assister à un festival de la CNT – il s’agit d’une histoire, peut-être de ces histoires complexes entre personnes se connaissant intimement, sur laquelle on ne dispose, de manière publique, d’aucune source fiable. On comprend simplement qu’AL a préféré exclure le violeur présumé, et la CNT non.

Février 2018 : le syndicat auquel appartient Fouad Harjane fusionne avec le syndicat de l’Éducation de la Moselle.

Et là : tour de passe-passe !

Le SSCT Lorraine comptait, jusqu’à peu, un adhérent ayant été accusé d’agression sexuelle de la part de plusieurs personnes au sein de la Confédération et en dehors. Ces accusations sont des faits très graves. Nous rappelons la décision prise par notre syndicat qui a été de ne pas pouvoir se positionner quand à l’exclusion ou non de cet adhérent. Suite à la fusion du SSCT Lorraine et du STE 57, l’adhérent en question a annoncé qu’il quittait notre syndicat, ce que nous avons acté et avons décidé d’en informer l’ensemble de la Confédération.

Plus de Fouad Harjane, plus de problème ! C’est manifestement le pauvre raisonnement des cénétistes messins qui confondent débattre politiquement et jouer à chat perché.

Cette affaire sera « réglée », du point de vue de la victime, lorsqu’elle aura obtenu reconnaissance et/ou dédommagement du crime subi, et de la part du violeur, et de la part du syndicat qui l’a délibérément couvert jusqu’à ce qu’il quitte l’organisation.

D’ici là, « la CNT » – appellation inexacte et injuste puisque nombre de militant·e·s et de syndicats de la CNT désapprouvent les positions messine et confédérale – peut à juste titre être accusée d’avoir protégé un violeur, de plus prédateur multirécidiviste.

Tant que cette affaire n’aura pas fait l’objet d’une analyse en interne et d’un communiqué public d’autocritique, l’accusation demeure valide, quelles que soient les suites judiciaires des « affaires Fouad Harjane ».

On ne saurait trop conseiller aux camarades de la CNT de saisir cette occasion, qui commence certes par un loupé lamentable ! pour mettre en place un nouveau protocole qui servira dans les affaires à venir.

Ne nous voilons pas la face : le sexisme, le viol et les violences sexuelles sont aussi répandues dans les organisations syndicales et révolutionnaires que partout ailleurs dans la société ; des scandales récents en témoignent à ciel ouvert (Unef, Jeunesses socialistes, etc.).

Autrement dit, la CNT et bien d’autres auront, ont peut-être déjà sans que nous en soyons informé·e·s, à régler des cas similaires – en pire ou en moins grave – à celui de Fouad Harjane.

Espérer que Harjane tombe dans l’oubli et que les choses s’arrangent mieux la prochaine fois, sans rien faire d’ici là – à commencer par une autocritique publique – est une illusion.

Du fait de son caractère syndical, la CNT aura d’autres cas de militants ayant la double appartenance (avec une organisation libertaire) à traiter. J’en profite pour dire que Alternative libertaire, organisation dont nul n’ignore que je suis loin de partager toutes les positions, me semble s’être comportée en l’espèce avec un sang-froid et une intelligence dont les camarades de la CNT devraient s’inspirer au lieu de fustiger une prétendue manie de donner de leçons.

Dans l’immédiat, il convient que les syndiqué·e·s et syndicats de la CNT exigent une réflexion collective débouchant sur une communication autocritique et publique. Dans cette attente, et dans le flou persistant, je comprends que des camarades souhaitent refuser de s’afficher dans des initiatives cénétistes, et a fortiori de s’affilier au syndicat.

Comment, de surcroît, devant tant de mensonges, d’évitements et de manipulations, ne pas dissuader des jeunes femmes, par ailleurs engagées dans des luttes féministes, de rejoindre une organisation dont elle savent désormais qu’elle refusera de les soutenir en cas d’agression sexuelle de la part d’un militant soi-disant révolutionnaire – ce qui mérite d’être également qualifié de trahison morale et politique et de la part du militant et de la part de l’organisation.

Je ne doute pas, hélas! que cette « carte postale ouverte » à mes camarades de la CNT en offusquera plus d’un·e. La mentalité de parti, même quand le parti est minuscule, rend sottes et aigries les personnes les plus ordinairement aimables… Il existe aussi à la CNT (comme ailleurs) de tristes sires qui considèrent le combat féministe comme un boulet à trainer ou un fanion à agiter les jours de fête : rien qui doive conduire à s’interroger collectivement. Ce sont ceux-là qui devraient prendre leur retraite de l’anarcho-syndicalisme et de l’anarchisme ! Ils ne manqueront à personne.

Afin de terminer sur une note constructive, pourquoi ne pas envisager la création d’une instance collective mixte entre organisations libertaires – CNT, FA, AL, OCL, CGA etc. – chargée de recevoir et d’« instruire » les plaintes de victimes de violences sexuelles. Cette commission serait composée par exemple de trois membres (deux femmes, un homme) de chaque organisation.

Elle devrait être indépendante desdites organisations pour le temps d’un mandat, ses membres à l’abri de toute sanction pour leur activité dans la commission.

Elle pourrait aussi s’adjoindre, de manière ponctuelle ou permanente, des personnalités féministes « extérieures », militantes du Planning familial et/ou d’autres collectifs anti-viol.

Elle aurait pour première tache d’élaborer un protocole à suivre lorsqu’une victime se signale à elle ; ce protocole, assorti de conseils et de principes de base sur le consentement serait rendu publique dans et hors des organisations, notamment lors des adhésions et dans les événements (meetings, fêtes, etc.).

Ce protocole aurait, en interne et vis-à-vis des sympathisant·e·s, une fonction programmatique et symbolique. Il indiquerait l’importance que les organisations libertaires attribuent à la lutte contre les agressions sexistes et du même coup à la sécurité et à la tranquillité de ses militant·e·s.

Ce serait un élément fondateur (parmi d’autres à inventer) d’un intense et indispensable travail de réflexion et d’autocritique à venir si les organisations libertaires veulent conserver un attrait pour les franges les plus engagées de la jeunesse et donner une image enviable de la société libertaire à construire.

En l’absence d’un tel travail – dans l’espoir vain de protéger tel petit chef ou l’équilibre des forces dans tel syndicat ou tel groupe local –, les organisations libertaires apparaitraient en retard sur les mouvements d’opinion qui traversent la société et les luttes féministes, dont elles s’« auto-excluraient » de ce fait, pour reprendre l’expression de certains.

[1] Le cv militant du personnage est tel que son nom et sa photo se trouvent aisément sur le Net.

Messages et commentaires reçus

J’ai reçu plusieurs messages de sympathie, le témoignage d’une ancienne militante non-soutenue par son organisation révolutionnaire (pas libertaire) et deux textes de militants de la CNT. Je reproduis ci-dessous celui dont l’auteur a accepté le principe de la publication. Je suis disposé à en publier d’autres.

Message de Didier

Je suis Didier, adhérent de la CNT depuis pas mal de temps et depuis quelques années en région parisienne. J’ai pu lire ton texte.

Premièrement, tu dis que la CNT se pose en donneuse de leçon. À ma connaissance, personne dans les syndicats n’a pu être dans cette attitude mais au contraire, c’est plutôt l’ensemble des personnes qui ne sont pas adhérentes à la CNT qui nous explique depuis bientôt 2 ans comment nous devrions faire. Toi tu es le dernier en date. Et comme beaucoup de personnes qui voient ça d’une façon extérieur, il y a beaucoup de mensonges et d’erreurs. La CNT laisserait pourrir une histoire sordide ? Non, cela fait deux ans que notre organisation est secouée par cette histoire et que nous essayons de comprendre, de discuter (souvent de façon houleuse), d’aller de l’avant, de faire du syndicalisme… malgré la pression qui s’exerce sur nous et qui est caractéristique de notre époque. La toile est devenue le café du commerce et tout le monde donne son avis sur tout, et surtout sur ce qu’il ne connait pas ou connait mal. Devrions-nous communiquer chaque jour de l’avancée de nos débats sur le sujet. Je pense que nous avons autre chose à faire et notre congrès approchant nous allons pouvoir en débattre avec l’ensemble des syndicats qui constitue la confédération. Malgré la technologie de pointe des réseaux sociaux, nous sommes attachés à certains principes autogestionnaires où chaque syndicat peut et doit s’exprimer sur tous les sujets qui nous passent par la tête qu’il soit sensible ou pas et, même si cette lenteur pour prendre une décision nous est souvent critiqué, elle fait partie des socles de l’identité même de la CNT et nous n’en dérogerons pas.

Pour revenir sur le problème au sein du syndicat santé-social de la CNT-RP, c’est un problème bien antérieur puisque moi-même j’ai pu faire partie d’une médiation afin de clarifier la situation au sein de ce syndicat à partir d’avril 2016. Le conflit n’étant pas réglé, une décision de mise sous tutelle du syndicat a été prise en juin 2016. Donc, toujours avant l’histoire de Fouad. Ce qui explique pourquoi les personnes soi-disant «exclues» ne l’ont été par leur propre syndicat. Ces personnes ont été invitées en UR spécial pour régler cette histoire et ne sont pas venues d’où notre décision de dire qu’elles avaient choisies une autre voie militante. Mais ce fut l’aubaine pour eux d’instrumentaliser le conflit pour se victimiser et rapprocher les deux histoires.

Didier Hominal

Au Kenya, des femmes âgées s’entraînent au kick-boxing pour résister aux agressions sexuelles

À Korogocho, bidonville de Nairobi à la sinistre réputation (domination des gangs), au Kenya, des femmes d’un certain âge, nullement épargnées par les agressions sexuelles, comme la sottise machiste pourrait le faire croire – elles sont même considérées comme moins susceptibles d’être contaminées par le virus du Sida… – s’entraînent au kick-boxing, une boxe où l’on utilise les poings et les pieds.

Le réalisateur canadien Brent Foster les a rencontrées: le résultat est le court-métrage intitulé « Enough : The Empowered Women of Korogocho », que l’on peut traduire par «Assez! Les femmes de Korogocho trouvent leur force en elles-mêmes».

Beatrice Nyariara, l’une de ces femmes a fondé le collectif des «Grands-mères kickboxeuses du Kenya». Elles sont ainsi une vingtaine à se retrouver chaque semaine pour s’entraîner ensemble.

Instructif sur la réalité des agressions contre les femmes et fort encourageant quant aux possibilités de défense féminine collective, le film est sous-titré dans un anglais très simple et facile à comprendre.

 

 

 

 

Nouvelles de mes admirateurs ~ Le «père» Tony Anatrella

M. Tony Anatrella théologien et analyste de pacotille apparaît pour ce qu’il  est: un pédéraste honteux pratiquant la double morale, et un prédateur sexuel utilisant sa double fonction de prêtre et de «thérapeute».

Moraliste délirant, ça, on savait déjà, comme en témoigne le passage ci-dessous, tiré de mon livre Droit à la mort. Suicide, mode d’emploi, ses lecteurs et ses juges (IMHO).

Un an plus tard, c’est un psychanalyste doublé d’un prêtre, Tony Anatrella, qui publie Non à la société dépressive[1]. On y apprend que « le marxisme » est pour beaucoup dans le fait que « l’auto-agression soit devenue une attitude dominante. » ! Quant à Suicide, mode d’emploi, on nous révèle qu’il a été retrouvé auprès de 72 suicidés — c’est un peu moins que d’habitude — mais pour la seule année 1987, ce qui transforme en score annuel le laborieux et faux total fabriqué par d’autres sur six ans !

Le prêtre s’inquiète de l’action des groupes qui veulent faire reconnaître le droit de mourir dans la dignité. « Ce serait accréditer l’idée que la vie, selon les circonstances, peut être sans valeur », conclut-il. L’idée selon laquelle chacun serait libre d’en décider pour lui-même ne l’a pas effleuré.

[1] Flammarion, 1993, pp. 59, 286, 288. De notoriété publique, la qualité de prêtre de M. Anatrella ne figure pourtant pas sur la jaquette de l’ouvrage où il est décrit, entre autres, comme « un spécialiste de la psychologie sexuelle ».

De la fellation comme “compensation” (pour les hommes) et laisser-passer (pour les femmes)

Si j’en crois les récits de nombre de mes amies et les témoignages féminins que je lis ici et là, il est un comportement masculin assez répandu et qui ne manque pas d’étonner : un homme ayant proposé – souvent dans une relation cordiale déjà établie, mais pas toujours – à une femme d’avoir avec elle un « rapport sexuel » (présumé « complet », id est avec pénétration du vagin par la verge) et s’étant heurté à un refus, lui « réclame » comme un « dû minimal »… une fellation.

Étonnant disais-je, puisque cela revient – à première lecture – à dire à une femme [1] :

Tu refuses d’avoir un rapport sexuel avec moi, censé nous apporter un plaisir plus ou moins équivalent ; je suggère donc que tu me procures un orgasme via une pratique sexuelle qui ne peut t’apporter de plaisir (physique, au moins).

Ou encore, de manière plus concise :

Tu refuses le sexe avec moi ? OK. Donc, tu me dois du sexe !

La mentalité produite par la domination masculine ne se sent certes pas tenue à la logique, mais il semble bien que l’on atteigne là un indépassable nœud de contradictions apparentes, que je vais tenter de démêler.

Les femmes « doivent » toujours du sexe

Le désir masculin est supposé légitime par essence, et de plus : impérieux. Il appelle une satisfaction immédiate et s’impose aux femmes. Il l’emporte sur les femmes qui en sont l’objet (notons que le terme « partenaire » est donc hors sujet).

Comme dans la grammaire, ou bien encore au sens où un traité international l’emporte sur une loi interne : c’est logique ! le désir masculin est aussi supposé naturel et universel!

De plus, la conception masculine/catholique de la dite « sexualité » suppose que ne sont légitimes (et dans le seul cadre du mariage), impliquant (affectivement) et méritant le qualificatif de « sexuels » que les rapports génitaux pouvant conduire à une grossesse.

Les rapports oraux/génitaux et la sodomie sont certes des péchés, mais ils se sont progressivement émancipés de la qualification « sexuelle ». C’est ainsi que Bill Clinton a été compris des Américains lorsqu’il a assuré n’avoir jamais eu avec Mlle Lewinsky un « rapport sexuel ». Elle l’avait sucé, certes, mais justement !…

C’est une manière de contourner, plus ou moins de bonne foi (si j’ose dire), les interdits religieux.

Autrement dit, c’est bien du « sexe » – qui présente l’avantage non négligeable de pouvoir mener à l’orgasme masculin – mais ça n’est pas tout à fait du sexe : pas « sérieux », pas impliquant, pas procréateur…

En tant que technique érotique, la fellation demande un savoir-faire et un minimum de bonne volonté, mais on peut l’exiger des femmes sans leur en savoir gré.

C’est une compensation qu’elles se doivent d’accorder au désir masculin dominant, lequel l’emporte sur les nombreux prétextes qu’elles peuvent invoquer : elles ont leurs règles ; elles sont fidèles à un amant ; elles n’éprouvent aucun désir pour le solliciteur.

La fellation de compensation est une formalité qu’elle se doivent d’accomplir pour retrouver une liberté de circuler – d’ailleurs toute relative, puisque perpétuellement soumise aux « octrois » du désir masculin.

Dans cette mesure, c’est aussi un substitut au viol. Ou plus exactement, c’est un viol qui n’en est pas tout à fait un (comme la fellation n’est pas tout à fait du sexe), puisqu’il est consenti par la femme pour échapper à un viol « complet » (pénétration·s vaginale et/ou anale forcée·s [en plus de la fellation, bien entendu]).

La fellation est, dans ce type de situation, un minimum sexuel exigé des femmes dont les hommes veulent bien admettre (selon leur humeur, les circonstances, etc.) qu’elles ne leur accordent pas la disposition de tous leurs orifices (bouche, vagin, anus).

Bien que sans violence (par hypothèse), l’exigence d’une fellation compensatoire est donc bien une violence en soi, de surcroît révélatrice du degré élevé de violence des rapports dominants hommes [sur] femmes.

Elle témoigne également de la pure forme sociale (convenue) des raisonnements, compliments, et autres invocations « romantiques » mobilisées par les solliciteurs. Sauf heureuse rencontre de deux désirs complémentaires, seules comptent les pressions et manœuvres psychologiques ; si elles échouent, reste l’impôt, auquel aucune ne devrait pouvoir échapper [2].

 

 

[1] Je me place dans le cadre d’une relation hétérosexuelle ; j’ignore si certaines remarques ici faites peuvent trouver une pertinence dans le cas de relations homosexuelles.

[2] Bien sûr, on peut imaginer, dans le cadre d’une relation érotique et/ou affective choisie, que l’homme – ou la femme ! – suggère une fellation de remplacement. La femme peut la suggérer ou l’accepter parce qu’elle a ses règles et n’aime pas faire l’amour quand c’est le cas, parce qu’elle n’a pas envie d’un long rapport, et qu’elle souhaite néanmoins faire jouir l’homme avec lequel elle entretient une relation. Il convient d’envisager l’hypothèse symétrique : l’homme accepte ou suggère un cunnilingus, parce qu’il se sent trop fatigué ou pas d’humeur à un rapport plus fatiguant. Il serait intéressant de savoir si ce cas se présente (même si ça n’est certainement pas aussi fréquent que l’exigence de fellation).

 

Oui le livre de Bouteldja est antisémite et antiféministe! Ceux qui affirment le contraire sont de dangereux crétins.

Le site Lundimatin a cru bon de publier, sous un chapeau alambiqué, une tribune d’intellectuel·le·s juifs qui attaque vivement Thomas Guénolé (?) et les mélenchonistes pour leur critique d’Houria Bouteldja.

Guénolé a accusé Houria Bouteldja – membre du mouvement décolonial intitulé « Parti des Indigènes de la République » (PIR) – d’antisémitisme, de misogynie, d’homophobie et de racisme. Pour quiconque a lu le livre de Boutledja, Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire, publié en traduction anglaise par Semiotexte avec une préface du célèbre intellectuel américain Cornel West, ce sont des accusations scandaleuses.

Ce que je juge ahurissant et scandaleux pour ce qui me concerne, c’est que l’on puisse nier que le livre de Bouteldja contient des passages, des références et des «raisonnements» antisémites, misogynes, et plus précisément antiféministes (utiliser le lien Bouteldja pour accéder aux texte la concernant sur ce blogue).

En ne reprochant à Bouteldja que d’«imposer une idée de l’amour révolutionnaire aussi désirable qu’un plan quinquennal soviétique», en laissant entendre qu’il a fallu attendre le Parti des indigènes de la République (PIR) pour découvrir le racisme en France, l’équipe de Lundimatin endosse le passage ci-dessus reproduit.

Dire que c’est lamentable est un euphémisme.

Je m’étais réjoui que Lundimatin accepte de mettre en ligne le documentaire sur les dix ans des éditions Libertalia – pourquoi ne pas entretenir de bons rapports même si nous ne sommes pas d’accord sur tout? La publication de cette tribune m’a fait regretter que cela ait eu lieu.

Continuez, jeunes gens, à flatter les lubies masochistes de votre vieil éditeur, continuez de ne pas résister à la publication d’une signature, même si c’est celle d’un forain d’extrême droite… Bref, faites du journalisme ultra-gauchiste tant que vous voudrez. Ne laissez plus croire à l’avenir que nous pourrions avoir des intérêts communs.