Talmud, présomption de candeur et «Justice» de classe

Je le reconnais sans vergogne, si je devais choisir entre d’une part un tribunal terroriste façon 1794, sans avocat et avec pour seule échelle de « peines » un improbable élargissement ou la guillotine, et d’autre part un tribunal « démocratique » et ses présentes garanties bourgeoises, je choisirais sans hésiter le second.

Est-ce une raison suffisante pour se découvrir soutien ou suiveur enthousiaste – ou résigné – de la « justice » bourgeoise, dans les affaires de viol, d’agressions sexuelles diverses et de violences misogynes ? Je ne vois pas pourquoi. Je me méfie d’ailleurs des positions de principe qui ne résistent pas à la première difficulté, matérielle ou morale, venue.

Je pensais à tout cela en parcourant sur le site Lundimatin un éditorial d’Ivan Segré, qui se présente comme philosophe et, semble-t-il sans humour particulier, comme « talmudiste ». Il est vrai que Lundimatin s’inscrit dans la continuité d’une revue baptisée Tiqqun, ce qui ne vaut pas mieux en guise de référence matérialiste.

Il est vrai aussi que taldmudiste peut se traduire[1] littéralement par étudiant, ce que nous sommes tous et toutes plus ou moins restée·e·s.

Ivan Segré évoque les accusations publiques de viol et de violences dont le théologien musulman soi-disant modéré Tariq Ramadan est l’objet depuis plusieurs semaines. Par quatre fois dans son texte, Segré fait dépendre de l’action policière et judiciaire (enquête, instruction, procès) la possibilité de se faire une opinion précise sur l’affaire Ramadan.

D’un côté, il y a le témoignage de deux femmes, que nous n’avons moralement pas le droit de mettre en doute (jusqu’à preuve du contraire), parce que ce serait les rendre coupables d’une faute grave : la dénonciation calomnieuse. De l’autre, il y a le témoignage d’un homme, Tariq Ramadan, qui clame son innocence par la voix de ses avocats, témoignage que nous n’avons moralement pas le droit de mettre en doute (jusqu’à preuve du contraire), parce que ce serait le rendre coupable d’un crime dont il est présumé innocent. Ne reste donc plus qu’à se taire, en attendant que la Justice tranche. […]

Tâchons donc, dans la mesure de nos moyens, de rester vivant, ou du moins, pour ce qui concerne « l’affaire Ramadan », d’y introduire un minimum de lisibilité, en attendant – l’espoir fait vivre – que Justice soit faite.

Comme précisé ci-dessus – mais il est bon d’y insister – il revient à l’institution judiciaire de trancher la question de savoir si Henda Ayari dit vrai ou faux, et conséquemment de savoir si Tariq Ramadan est coupable ou innocent. Et je n’ai, personnellement, strictement rien à dire à ce sujet. […]

Que Tariq Ramadan ait brutalisé et violé Henda Ayari, ou qu’il ait eu avec elle des rapports consentis, ou qu’ils n’aient pas dépassé le stade de la pâtisserie orientale, c’est à l’institution judiciaire de trancher. […]

Je ne sais pas ce que l’enquête policière, puis le jugement s’il y en a un, parviendront à établir avec certitude, mais je crains fort qu’en guise de vérité on doive se contenter de ce qui est d’ores et déjà acquis : la parole de l’une contre celle de l’autre. Henda Ayari a-t-elle été violée ou Tariq Ramadan calomnié ? Nous ne saurons vraisemblablement pas.

Il est frappant de voir, au moins sur un site d’ultra-gauche, un philosophe s’avouer aussi clairement à la remorque d’une institution répressive pour penser une situation. Institution répressive dont il semble considérer que l’on doit prendre son intitulé au mot. La Justice serait juste, en somme, et destinée à défendre les faibles, ici victimes de la domination masculine… Faut-il en l’espèce respecter la «présomption de candeur» à laquelle j’ai fait allusion dans le titre de ce billet.

Ivan Segré se considère toutefois en situation de dénoncer à son tour :

Puisqu’on nous invite, ces derniers temps, à balancer notre porc, je balance le mien : l’islamophobe et le judéophobe sont les deux faces d’une même perversion.

Ajoutons, tant que nous y sommes, la christophobie et l’allergie aux mantras, et me voilà à coup sûr pervers polymorphe

Cependant, coup de théâtre ! les deux dernières phrases du texte disent exactement le contraire de celles que j’ai reproduites ci-dessus, tout en annonçant comme programme ce que l’auteur s’est montré incapable de faire :

Et j’ajoute qu’à ce sujet également il n’y a pas grand-chose à attendre de l’institution judiciaire[2]. C’est à nous qu’il revient de penser, de parler et d’agir, du moins si nous n’entendons pas céder à l’idéologie dominante, laquelle nous enjoint en effet, comme l’a écrit Gilles Châtelet, de « vivre et penser comme des porcs ».

Préjugé peut-être « judéophile » (nous sommes pleins de contradictions !): d’un talmudiste, j’attendais davantage de subtilité.

[1] Du « vieux juif », comme disait M. Coupat père, confronté à un trou de mémoire.

[2] C’est moi qui souligne. C. G.

France-Culture, merci de «grand remplacer» au plus vite Alain Finkielkraut…

Alain Finkielkraut – soi-disant philosophe dont la spécialité est d’aller se plaindre dans tous les médias que personne ne l’écoute – est, entre autres, animateur d’une émission sur la chaîne publique de radio France-Culture, le samedi matin. Il y a récemment invité son ami, l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus, Cassandre petit-bras de la civilisation blanche menacée d’un «grand remplacement» par l’immigration.

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C’est sous le prétexte que ce pseudo-concept est évoqué par tout le monde sans que son «inventeur» soit jamais entendu, que Finkielkraut a offert une tribune à son ami Camus.

Prétexte dont il vient d’avouer la fausseté en endossant à son tour l’idée d’un grand remplacement, qui lui semble plus exactement décrit par l’expression «remplacisme global»!

Réjouissons-nous que l’auteur de ce lamentable néologisme pointe désormais à l’Académie, pour y défendre la langue française contre le point médian et l’écriture inclusive…

Dans une émission consultable ci-après (RCJ:Causeur), Finkielkraut évoque donc le «remplacisme global, dénoncé à juste titre par Renaud Camus».

Il dira aussi que son ami d’extrême droite développe une «lecture du monde contemporain d’une grande acuité et justesse».

Cependant, Finkielkraut, qui soutient donc Camus sur l’essentiel, estime que ce dernier devrait être plus attentif à ses amicales remontrances. Camus a ainsi eu tort de comparer le génocide perpétré par les nazis et le grand remplacement, en estimant – en substance – que le premier fait «petit bras» à côté du second…

Renaud Camus est entré dans un délire où il s’enferme, se lamente Alain, l’ami fidèle. Et de récuser l’usage de la barbarie nazie comme étalon de comparaison historique.

Tous les délirants ont ainsi leurs moments de lucidité…

Or, à la mi-avril 2016, après s’être fait expulser – logiquement et légitimement – de Nuit debout, à Paris, Finkielkraut déclarait à chaud: «On a voulu purifier la place de la République de ma présence. J’ai subi cette purification, avec mon épouse».

Après avoir copieusement traité de «fascistes» celles et ceux qui le raccompagnaient hors de l’espace libéré par Nuit debout (dont ont été également jetés manu militari plusieurs militants d’extrême droite), l’allusion était claire.

L’évincé déclarait encore sur BFM (25 avril): «En guise de refondation de la démocratie, ce que l’on voit, sur une échelle j’en conviens minuscule, c’est l’invention ou la réinvention du totalitarisme».

Rien que ça!

On comprend que la grille d’appréciation n’est pas la même, selon qu’elle s’applique à son ami Renaud Camus ou à lui-même.

Autrement dit: l’étalon de mesure n’est en effet pas le génocide ou l’hitlérisme, c’est… Alain Finkielkraut.

Ceux qui sont ses amis ne sauraient être antisémites – quelles que soient les ordures antisémites qu’ils propagent – ceux qui le détestent sont des totalitaires fascistes. CQFD.

Qu’un pseudo intellectuel de cette trempe, assez perturbé mentalement pour juger bénin que l’on décompte les noms juifs des animateurs de France Culture, comme le fait Camus et comme lui-même recense les footballeurs noirs de peau dans l’équipe de France, et qui aujourd’hui se fait le pourfendeur d’un fantasmagorique «remplacisme global», trouve une tribune régulière sur une chaîne de radio publique est un signe inquiétant de la confusion de notre époque.

Cette confusion ne peut être discutée, débattue dans d’aimables agoras, que l’évincé ajouterait volontiers à ses médias habituels.

Elle doit être combattue, par la pensée critique certes, et tous ses moyens de diffusion – et lorsque c’est nécessaire, dans la rue, à coups de lattes.

Caricaturer n’est pas toujours penser

La «une» de Charlie Hebdo moquant le théologien Tariq Ramadan prouve – c’est la énième fois! – que caricature et turgescence ne suffisent pas à produire une pensée critique mordicante, qui attaquerait l’idéologie dominante dans ses parties sensibles.

Comme au moment de «l’affaire DSK», l’hebdomadaire satirique cède à la facilité salace de la gauloiserie (censée être une spécialité nationale, donc).

Que voyons-nous?

Un Ramadan ithyphallique revendiquant son sexe à l’érection monumentale comme le «6e pilier de l’islam». Le cartouche rouge («VIOL») et le titre en haut à gauche de l’image indiquent bien le contexte: c’est la défense, plaisamment supposée, de M. Ramadan, accusé de viol et autres violences sexuelles par plusieurs femmes.

On comprend que le dessinateur a voulu fustiger la double morale du théologien, proposant d’une part un «moratoire» des lapidations de femmes aux mœurs jugées douteuses et, d’autre part, pratiquant pour sa satisfaction personnelle la domination sexuelle la plus violente.

La cible paraît légitime, mais qu’en est-il du trait?

Il associe viol et harcèlement à une complexion génitale particulière et/ou à des «besoins sexuels» démesurés. C’est à la fois faux et dommageable.

La première hypothèse rejoint fâcheusement une vision paranoïaque raciste des mâles arabes et des noirs comme étant dotés de sexe surdimensionnés et, du fait d’une «animalité» consubstantielle à un retard de civilisation, d’une libido supérieure.

Je ne vois pas l’intérêt de véhiculer, pour un sourire dans le meilleur des cas, des stéréotypes de cet ordre et d’apporter ainsi du grain à moudre à la nuisible, antiféministe et antisémite Houria Bouteldja.

La seconde brode sur le mensonge des «besoins sexuels», déjà dénoncés ici comme un «mythe au masculin». Lequel mensonge a été repris ces dernières semaines, certes sur le mode de la déploration, à propos des campagnes contre le harcèlement sexuel visant les femmes.

L’écrivaine Nancy Houston, souvent mieux inspirée, estime (Le Monde, 29 oct. 2017) que l’image publicitaire de la femme comme objet sexuel a réveillé des «instincts», que la religion parvenait jadis à inhiber. Tout le malentendu viendrait du fait que les «les hommes bandent» spontanément, devant des femmes qui n’ont pas l’expérience de ce troublant phénomène.

Trouble pour trouble, si j’en crois mes amies, il arrive que les femmes éprouvent une soudaine humidité vaginale, y compris en dehors d’un rapport érotique.

Par ailleurs, le «problème» n’est en aucune façon le fait de bander (ça n’est pas douloureux, merci de vous en inquiéter, Nancy!) mais : Cette érection me donne-t-elle des «droits»? Puis-je considérer légitimement qu’elle peut ou doit modifier mon comportement?

La réponse à la première question est évidemment NON, surtout s’il s’agit de «droits» sur quelqu’un d’autre, qui empiètent sur ses propres droits, sa propre liberté.

Même réponse à la deuxième question, avec la modération subsidiaire qu’un homme – ou une femme – peut légitimement soulager une tension génitale en se masturbant, à condition toutefois de ne pas imposer à un tiers la vision de cet acte (exhibition) ou la connaissance du lien établi arbitrairement et sans son accord entre sa personne et le geste amenant le soulagement (harcèlement textuel, etc.).

Dans le même numéro du Monde, un psychanalyste qui aurait gagné à demeurer inconnu, M. André Ciavaldini affirme: «La pulsionnalité sexuelle humaine ne connaît pas de limites [pas de période de rut], elle cherche encore et toujours à se satisfaire coûte que coûte». Après cela, qui cimente pseudo-scientifiquement la culture naturaliste et essentialiste du viol, on peut bien raconter n’importe quoi: Ça va être comme ça, comme dirait Mme Angot, pendant longtemps encore…

Obnubilé par le souci de cibler un personnage en effet bien antipathique et de pratiquer une antireligiosité de bon aloi, Charlie Hebdo renforce, sans y songer (c’est une critique, pas une excuse), des clichés sociobiologistes, misogynes et racistes. Que cette contre-productivité politique réveille une haine meurtrière n’y change rien!

Le caractère répugnant ou criminel des réactions suscitées par une erreur ne saurait exonérer son auteur de ses responsabilités.

Domination masculine: la réalité suffit, hélas!…

…inutile, vraiment, d’aller fouiller les poubelles nauséabondes de la prétendue «démocratie» et ses sondages sur échantillons «représentatifs» bidons, qui n’indiquent rien – non! pas même une «photo de l’opinion».

Un·e historien·ne se demandera peut-être un jour à quel moment le bel élan de l’ouverture de la parole sur le harcèlement et les violences sexuelles masculines a basculé dans le délire.

Une des réponses possibles est reproduite ci-dessous.

À partir d’un «échantillon [tout aussi] représentatif» que d’habitude, c’est-à-dire pas du tout, un institut d’intoxication spectaculaire a conclu qu’un tiers des hommes violerait volontiers (une femme, suppose-t-on) s’ils étaient certains de n’encourir aucune sanction.

En plus de l’indication de la sottise haineuse de qui reproduit ce genre d’ordures à des fins idéologiques, ce «sondage» peut être considéré comme un bon indicateur de l’obscénité de notre monde.

Qui osera interroger un échantillon féminin, bien entendu tout aussi «représentatif», pour savoir combien de sondées accepteraient d’être violées pour peu que personne ne risque jamais de l’apprendre?

Je vais suivre avec intérêt les dépêche de l’AFP: je sens que ça vient.

«Féminisme» de caniveau.

« MANSPREADING » ~ pseudo-concept & débat casse-couilles

Et en effet, pourquoi la critique féministe épargnerait-elle le moindre geste, la plus intégrée des habitudes, la plus ordinaire posture masculine ?

Encore faudrait-il que cette habitude posturale vise ou atteigne de préférence les femmes… Or dans le cas du dit manspreading, en anglais dans la novlangue française, c’est-à-dire à peu près le fait, pour les hommes, de s’assoir les cuisses (trop) écartées, il peut être gênant entre hommes.

Eh oui ! navré de saper un thème de mobilisation qui a suscité des centaines de milliers de messages sur les « réseaux sociaux » à travers le monde : en s’asseyant les cuisses écartées, les hommes se gênent entre eux. Je parle d’expérience.

Cela dit, certains hommes exagèrent-ils parfois cette posture par muflerie, et particulièrement quand ils sont assis auprès de femmes ? Voilà qui ne serait guère étonnant, en effet, dans un régime de domination masculine…

Fallait-il pour autant écrire autant de sottises pseudo-féministes sur une prétendue absence de différence anatomique entre les hommes et les femmes ?

J’ai même lu, parmi un grand nombre de calembredaines, la déclaration d’un prétendu médecin andrologue assurant, dans un grand rire démagogique, que les hommes n’ont aucune raison de s’asseoir autrement que les femmes… Que déduire de cette déclaration ? Sinon que le monsieur se déplace en voiture !

En effet, et là aussi je parle d’expérience, OUI les couilles sont des organes génitaux fragiles. Très fragiles, même. Au point que l’invention du syndrome des « couilles en cristal », inventé par certaines féministes pour moquer la hantise masculine des traumatismes testiculaires n’est pas si éloigné de la vérité anatomique (que celle-ci soit surinvestie par l’inconscient masculin est une autre question).

Les féministes que ça fait éclater de rire ont le niveau intellectuel des élèves de classes maternelles qui explosent à l’énoncé du syntagme « patate pourrie ».

J’espère qu’au moins ça les détend.

J’ignore – et c’est pourquoi je n’en parlerai pas – si les femmes se coincent les petites ou les grandes lèvres avec l’élastique de leur string, ou se ruinent le clito avec la couture de leur jean.

Ce que je sais, en revanche, sur témoignage de médecins urgentistes, c’est qu’il est assez fréquent que des mecs arrivent aux urgences au bord de l’évanouissement (ou après) simplement parce qu’ils se sont assis maladroitement et trop vite en se cisaillant les testicules avec un modeste élastique de pyjama. Le simple fait de s’asseoir de travers peut ainsi induire une torsion qu’il faut traiter de manière urgente, sauf à provoquer des lésions irréversibles. Les féministes que ça fait éclater de rire… (bis). Les autres peuvent prendre des notes.

Ai-je raison de penser qu’un féminisme de lutte de classes, rompu aux sciences sociales, aurait pu envisager cette question (si vraiment on souhaite y accorder de l’attention) en mobilisant des réflexions sur le vêtement ?

En effet, certains vêtements amples (genre sarouel, ou pantalons traditionnels asiatiques) n’intercalent aucune pièce de tissu entre les organes génitaux, ce qui modifie pour les hommes les conditions matérielles de la posture assise.

Il s’agit bien de cette dernière posture, puisque, jusqu’à présent au moins, on ne reproche pas aux hommes de se tenir debout les jambes trop écartés (une campagne à venir, peut-être ?). En revanche, les slips et jeans ajustés sont propices aux accidents et à la simple gêne.

Hélas, les sciences sociales et la lutte des classes ne sont guère à la mode : on préfère la culpabilisation infantile et psychologisante.

On voit ainsi des militantes de la bonne assise se féliciter de l’apposition (dans des trains et métros à l’étranger) de pictogrammes « prohibant » le manspreading, comme d’autres avertissent les petit·e·s qu’ils et elles risquent « de se faire pincer très fort » en laissant leurs doigts là où les deux parties de la porte se rejoignent.

Certains de ces messages essayent de faire croire que c’est pour éviter qu’un homme, cuisses (trop) écartées empiète sur la ou les places voisines. Il serait logique, dans ce cas, de vouer pareillement aux gémonies les hommes et les femmes obèses, dont les cuisses débordent largement sur la place voisine, sans parler des acheteuses compulsives qui emmerdent (voire blessent) tout le monde avec leurs paquets ou des touristes, y compris jeunes et jouant du sac à dos, comme les acteurs du muet de l’échelle posée sur leur épaule. Impossible, au moins pour la première catégorie de contrevenant·e·s : les dénoncer relèverait de la « grossophobie », laquelle serait dénoncée par les mêmes lanceuses d’alerte qui combattent le manspreading.

Ne parlons même pas de celles qui saisissent le prétexte du manspreading pour exprimer une tentation castratrice de rétorsion (Elles n’y avaient pas songé ? Elles sont mignonnes !). Au cas où une personne très naïve douterait du rapprochement à faire, je lui soumets le message Twitter ci-après :

 Notons par ailleurs qu’une stricte égalité de genre – souhaitable, au demeurant – devrait logiquement amener les femmes à écarter les cuisses bien davantage, ce qu’un conditionnement social leur interdit – moralement et physiquement – comme en témoignent les kinés et danseuses, obligés de faire faire des dizaines d’heures d’exercice à leurs clientes ou élèves pour détendre un tant soit peu leurs muscles adducteurs des cuisses.

Ainsi donc, les femmes enfin libérées des diktats de la domination masculine écarteront peut-être les cuisses comme des mecs, se gênant entre elles, et rivalisant d’impérialisme cuissard avec les hommes.

La solution sera donc de reconnaître que les sièges des rames de métro et des trains ont été conçus trop petits pour les humains adultes des deux sexes, qu’il faut les revoir en plus grande largeur, et de ce fait reconsidérer et les wagons et l’écartement des rails (les matériels actuels pouvant être conservés à l’usage des enfants voyageant seul·e·s, et des personnes de très petite taille).

Sans vouloir me vanter (d’une proposition toute réformiste !) je crois que je viens de fournir une clé pour régler le problème du chômage…

Me reste à répondre à l’intrusive – mais légitime – question : « Et toi, alors ! comment tu fais ? »

Je m’assieds, cuisses aussi écartées que nécessaire, en visant les places « solo ». Quand il n’y en a pas de libres, ce qui est fréquent dans les autobus et les métros, je voyage debout.

Les dégâts collatéraux de la politique du PIR

Ces derniers jours, nous avons pu assister à quelques accidents de communication qui prêteraient à rire, si les sujets abordés et la confusion qu’ils révèlent n’étaient aussi dramatiques.

Sonia Nour, collaboratrice du maire PC de la Courneuve croit probablement rédiger un manifeste relevant du prétendu « féminisme décolonial » quand elle poste ceci sur un dit « réseau social » :

Aussitôt, la suppléante de François Ruffin à l’Assemblée, Zoé Desbureaux lui apporte son « soutien total » contre les critiques qu’on lui adresse.

L’une et l’autre seront désavouées par le maire de La Courneuve, Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin.

Supposons Sonia Nour parfaitement sincère, ce qu’elle a cru dire dans son premier message, elle le résume dans un deuxième, que voici :

L’argumentaire féministe est ici parfaitement recevable : le meurtre au couteau de la gare Saint-Charles à Marseille heurte davantage les consciences que les meurtres domestiques visant des femmes.

Mais Sonia Nour comprend bien que c’est le terme martyr qu’on lui reproche d’avoir utilisé, sans même l’entourer de guillemets (ce que le protocole du réseau lui permettait).

Elle tente donc de le « sortir » du contexte islamiste ; elle l’aurait employé « dans le sens psychanalytique », lequel hélas n’existe pas…

Elle tente également, sans trop y croire j’imagine, de faire croire que c’est l’extrême droite – et elle seule – qui l’attaque, nécessairement de mauvaise foi, doit-on comprendre. Elle finit sur une plainte syndicale/maternelle, dont les prud’hommes auront à juger le bien-fondé.

J’ai dit que je partais du principe que le féminisme de Sonia Nour est sincère.

Je ne m’en dédis pas.

Mais c’est un féminisme « décolonial », tel que théorisé par Houria Bouteldja.

C’est-à-dire que ce féminisme-déco fait passer l’homme arabe exploité et racisé avant la femme arabe racisée (i.e. assignée à une « race » par les discriminations racistes qu’elle subit), exploitée et dominée par les hommes, laquelle ne doit pas endosser le « féminisme colonial » ou féminisme « blanc » qui serait trop heureux de faire enfermer les malheureux frères, sous le mince prétexte qu’ils frappent ou violent des femmes.

Sonia Nour, en tant que femme « racisée » et que féministe-déco autoproclamée pratique l’ « intersectionnalitée » de la manière suivante : la conjugaison des deux caractéristiques lui permet de mettre son féminisme-déco au service de son antiracisme racialiste (en mode Bouteldja).

Au moment où elle rédige son premier message, le mot « martyr » vient spontanément sous sa plume. Elle ne marque aucun distance critique d’avec lui. Elle écrit la langue des assassins. Et elle se croit fondée à le faire – légitime – du fait de sa condition de racisée.

Oh ! je ne prétends pas qu’elle approuve le crime de Marseille ou admire celui qui l’a commis. Mais non, c’est beaucoup plus simple et bien plus terrible à mes yeux. Elle pense que son geste doit être relativisé, non seulement au regard du bilan de la misogynie quotidienne et de la tentation masculine gynécidaire, mais au regard de la condition du frère arabe racisé.

Comme dans le pseudo féminisme-déco, ce ne sont pas les victimes qui comptent, pas leur sort qui dicte l’analyse, ce sont des considérations prétendument « psychanalytiques », voire freudo-marxistes (au point où nous en sommes !)…

Les assassins du Bataclan étaient courageux, nous disent Rouillan, Lordon et Bantigny. L’égorgeur de Marseille, nous dit Sonia Nour – et ici j’assume une analyse sauvage – est un martyr qui se trompe.

D’ailleurs, se serait-il contenté de violer et battre les mêmes deux jeunes femmes – disons par hypothèse : ses cousines – Bouteldja leur aurait recommandé de s’abstenir de porter plainte pour ne pas faire le jeu du féminisme-colo blanc.

 

Dans pareil festival de confusion et de sottises entrecroisées et autoalimentées, lorsque j’entends d’excellents camarades libertaires m’expliquer que le livre La Fabrique du musulman (Libertalia) de Nedjib Sidi Moussa est tendancieux et mal venu, je me demande d’où vient leur aveuglement.

Sa plus large diffusion possible me semble au contraire et plus que jamais une urgence pour qui se proclame libertaire et féministe.

De quoi le «courage» et la «liberté d’expression» sont-ils les masques ? ~ Adieux à Frédéric Lordon et Ludivine Bantigny

Quand le doigt montre l’assassin du Bataclan, l’imbécile (de l’un ou l’autre sexe) se regarde dans la glace.

Il/elle n’aimerait pas savoir que l’élite des tueurs d’État vient de prendre position autour du bâtiment qu’il occupe, avec l’intention bien arrêtée de le/la truffer de balles.

Une balle dans le ventre ! ça doit faire horriblement mal !

Rien que d’y penser, l’imbécile éprouve une déplaisante contraction intestinale. Bref, il ou elle a peur.

Il/elle pense que l’assassin du Bataclan n’a pas eu peur. Tout sauf un lâche, puisqu’il n’a pas renoncé à assassiner en sachant que sa propre mort était quasi inéluctable.

 

C’est « une description dans sa pure positivité » [un « constat », en français courant] affirme Frédéric Lordon, dans une vidéo par laquelle il apporte, ainsi que Ludivine Bantigny, son soutien à Jean-Marc Rouillan, menacé de prison pour avoir dit – entre autres énormités – que les assassins du Bataclan n’étaient pas des lâches.

Le « constat » de Frédéric Lordon, qu’on a connu mieux inspiré, est infiniment discutable.

L’absence de « lâcheté » ou de « peur », le « courage » donc, de l’assassin du Bataclan est-il établi ? Et le « courage » doit-il s’entendre uniquement au sens étroit de « mépris du risque physique » ?

[Je sais : ça ressemble à des sujets de bac ; mais ça n’est pas moi qui fixe le niveau !]

Peut-on considérer comme « courageux face à la mort », un être humain convaincu que celle-ci lui ouvre les portes d’un paradis, où onduleront – pour le plaisir de ses sens – des jeunes femmes toutes pareilles à celles qu’il vient de couper en deux à la mitraillette ?

Certaines de ces petites salopes ne portaient même pas de soutien-gorge. Il le voit bien, maintenant que leurs corps désarticulés gisent en vrac sur le sol de la salle de spectacle. Certaines même… Mais n’affligeons pas leurs mémoires.

L’imbécile s’est regardé dans la glace. Il juge du « courage » de l’assassin, soit en le comparant – en connaisseur – avec le courage dont il a lui-même fait preuve autrefois (dans des circonstances heureusement différentes – mais précisément, il ne peut s’interdire de songer qu’en d’autres circonstances, lui-même aurait pu… d’ailleurs, il le dit à la radio), soit en l’évaluant à l’aune de sa propre peur panique de la violence physique ou de la souffrance physique, ou du bruit des armes de guerre…

Ancien pratiquant de la lutte armée ou petit(e) bourgeois(e) pusillanime, l’imbécillité les réunit dans le même « constat » : il n’était pas « lâche » d’assassiner des gamines, leurs petits amis et leurs pères, dans un lieu de plaisir ou dans un magasin juif puisque ces meurtres collectifs devaient se payer de la mort.

En voilà de la « pure positivité » !

Y’en a qu’ont pas perdu leur temps sur les bancs de la fac…

Ironie mise à part, comment d’aussi répugnants et misérables sophismes[1] peuvent-ils envahir l’esprit de gens pétris de bonnes intentions politiques, qui ne feraient pas de mal à un moineau, et qui sont peut-être même végétariens… ?

La notion de « courage », considéré comme « pure positivité » y est sans doute pour beaucoup. Car le « courage » est aussi une notion moralement positive. Personne ne nie qu’il existe des salauds courageux, mais ces salauds, au moins, sont courageux (« Eux ! », ajoute l’imbécile en se re-regardant dans la glace ou en se remémorant sa jeunesse). On peut tourner ça dans tous les sens : le salaud gagne moralement à être vu comme « courageux ».

On peut avancer l’hypothèse que dans cet étiquetage saugrenu, l’assassin récupère in extremis son humanité. Sans son « courage », il ne serait qu’un monstre incompréhensible, moralement banni de l’espèce (laquelle en souffrirait dans sa fierté).

Ça n’est d’ailleurs pas sans une certaine amertume « fin de race » que certains commentateurs ont constaté « notre » infériorité, voire « impuissance » face à des gens « qui n’ont pas peur de mourir ».

Frères humains qui devant nous… violez les femmes, humiliez les enfants, torturez les animaux, assassinez nos semblables, louez les antisémites d’hier et d’aujourd’hui, adorez les dictateurs …n’ayez contre nous les cœurs endurcis !

La plupart de ces activités étant illégales, voire sévèrement punies par la loi, nous reconnaissons le courage dont vous faites preuve.

Risquer 8 ans de réclusion pour forcer une femme : respect ! Faut en avoir ; il en avait.

Le courage ne se dispute pas : il se constate !

Le courage crée à l’assassin, au salaud, une aura, qui l’environne encore après sa mort.

Le salaud qui mitraille des gamines dont les distractions ou la religion offensent le prophète et le racheté par sa témérité forment une seule et même personne. Mais le second interdit « positivement » de traiter le premier de lâche.

L’autre facteur de confusion à l’œuvre dans ce galimatias est la notion de « liberté d’expression ».

Je précise ici – sans ambiguïté – que je la défends farouchement face à l’État et aux institutions en général. Je ne demande pas l’interdiction du Front national ou des spectacles de Dieudonné, et pas davantage la saisie des journaux néo-nazis.

D’abord parce que je sais ces mesures inutiles ; ensuite parce que je ne collabore pas avec l’État ni ne lui délègue l’application de mes colères.

Tout le monde doit avoir le droit légal de déconner, même gravement. Voire d’étaler les pulsions de haine les plus rances : ça permet de repérer l’adversaire.

Cela dit, l’exercice de la « liberté d’expression », supposée garantie contre les tentatives de limitations institutionnelles, n’est en aucune façon – pas davantage que le « courage » – un « laissez-passer » théorique, politique ou moral.

Le prestige moral de la « liberté d’expression », acquis au fil des siècles de combats pour son obtention, ne devrait jamais en quoi que ce soit rejaillir sur les idées qu’elle permet d’exprimer.

Les idées les plus odieuses doivent demeurer libres du point de vue du ministre de l’Intérieur. Pas du mien ! Je les combats par tous les moyens, elles et ceux qui les défendent.

Il m’est arrivé de témoigner pour la défense, dans un procès qui visait les responsables du site de contre-information Indymedia Paris, en venant dire à la barre que j’ai besoin que les gens dont je combats les idées puissent exprimer les leurs au grand jour. Je me fais davantage confiance qu’aux censeurs (qui me visent d’ailleurs quand ça les arrange).

Il est parfaitement raisonnable de dire que Jean-Marc Rouillan ne doit pas retourner en prison, pour des raisons politiques et tactiques – je l’ai fait longtemps avant même qu’il en sorte, et avant que ce soit la mode dans une nouvelle génération d’intellectuel(le)s.

Cela n’entraîne pas que les idées pour lesquelles nous ne voulons pas le voir incarcérer y gagne je ne sais quel certificat d’intelligence, de légitimité morale ou de pertinence politique.

Laisser entendre que les assassins du Bataclan et de l’hyper cacher ont fait preuve de « courage » n’est ni malin ni légitime, ni pertinent ni même respectable.

La « liberté d’expression » – toujours à défendre – n’y change rien !

Les assassins du Bataclan et de l’hyper cacher épuisent la définition de la lâcheté la plus répugnante. Dire le contraire est une capitulation ou une compromission.

Soyons clairs, puisque je me plains que d’autres pensent et écrivent n’importe quoi. Je soupçonne (je ne suis pas dans leur tête) que c’est une compromission chez Rouillan et une capitulation chez Lordon et Bantigny.

Je suis atterré d’entendre des gens comme Frédéric Lordon ou Ludivine Bantigny (sur la même vidéo en lien plus haut) reformuler les élucubrations de Rouillan, dans le but (certes louable) de lui éviter une réincarcération, en les censurant, en les édulcorant avec une crâne malhonnêteté intellectuelle, voire en leur accordant le statut de « pure positivité » (comme la gravité universelle, par exemple).

Notre époque a-t-elle une si grande et en même temps si honteuse nostalgie de la violence physique – partie intégrante, et aujourd’hui niée, de la culture ouvrière – pour faire du courage physique un argument politique.

Combien de fois ai-je entendu répondre à une analyse politique critique de l’action des Femen par le joker : « Quand même ! tu ne peux pas nier qu’elles sont courageuses ! »

Je n’y songe même pas ! Mais je discute politiquement une stratégie militante, je ne suis pas en train de consulter le catalogue du personnel d’une société de sécurité privée ! Du coup, je suis davantage (et plus fâcheusement) impressionné par les publicités réalisées pour un marchand de lingeries (avec slogans militants sur le torse nu) ou la cible d’action médiatique (et raciste !) choisie dans Le Parisien libéré que par une dent cassée dans un affrontement avec des néo-nazis.

Nous retombons dans les mêmes ornières. Mener une action raciste à La Chapelle, prémâchée par des racistes, publicisée par des médias racistes ne peut pas être qualifié – entre militant(e)s révolutionnaires discutant stratégie – de « courageux ». Même dans le cas où les activistes se font traîner la poitrine nue sur le goudron (je ne doute pas que c’est désagréable…).

Jusqu’où irons-nous si l’assassin de jeunes gens ne peut être traité de lâche, si le crétin qui l’affirme ne peut plus être traité de (dangereux) crétin, si le « courage » efface les compromissions et les fautes.

Quand Frédéric Lordon et Ludivine Bantigny vont-ils nous interdire (oh! moralement, s’entend !) de constater, « positivement » pour le coup, l’antisémitisme de Dieudonné. Quand vont-ils rejoindre le mauvais farceur Hazan et contester celui d’Houria Boutelja, une jeune femme dont Éric Hazan affirme que nous lui en voulons parce qu’elle est une femme – antiféministe, certes, mais bon, personne n’est parfaite ! – et qu’elle est courageuse !

Quand va-t-on nous dire qu’il y a du « courage » à saluer le dictateur Ahmadinejad comme un héros ? Et après tout, pourquoi ne pas voir une espèce de « courage » intellectuel (et même physique: une paire de claques est vite arrivée !) à faire de l’antiféminisme sous couvert de sororité « de race sociale » ? Surtout quand c’est édité à La Fabrique…*

Si nous admettions que certains mots-valeurs – courage, lâcheté, liberté – ont perdu leur sens et peuvent être remis en circulation après rebattage des cartes, en fonction de règles sémantiques que personne ne semble se soucier de préciser, ici pour défendre untel à raison de son passé glorieux, là pour soutenir telle autre en fonction de sa « race » revendiquée, si nous admettions n’importe qui peut dire et faire n’importe quoi en se voyant reconnu le « droit » politique de le dire et de le faire, alors…

[Parenthèse: Et merde ! les trentenaires, ne venez pas nous expliquez qu’il n’y avait pas de militantes féministes, y compris naturistes, avant les Femen. Ne nous dites pas non plus que les immigré(e)s n’ont jamais mené de luttes, en tant que travailleurs et en tant qu’immigrés, avant l’emploi du terme douteux d’« islamophobie » et votre prurit « décolonial ». Vous êtes simplement trop jeunes et/ou ignorant(e)s. Contentez-vous de la lecture d’une collection des cent premiers numéros de Libération.]

Alors, disais-je…

a) Nous participerions collectivement à une confusion théorique dont les seuls à tirer les marrons du feu seront mécaniquement les plus confus d’entre les confus : les complotistes et les fanatiques (islamistes, racialistes, antisémites).

b) Nous contribuerions aussi à créer, sous prétexte d’un débat fédérateur (pourquoi pas d’« amour révolutionnaire » comme dit l’admiratrice d’Ahmadinejad?), une ambiance de violence embrouillée qui va figer nos discussions et nos recherches pour longtemps.

On ne réfléchit pas sainement, que ce soit autour d’une bière ou d’un thé à la menthe, dans une pseudo-collectivité (la « gauche radicale » ?) où les antisémites et les maniaques de la kalachnikov seraient des modèles de courage ou des précurseures intellectuelles.

Si ce sont bien là les prodromes[2] d’une époque à venir, elle mérite le nom de barbarie.

[1] Argument ou raisonnement faux, malgré une apparence de vérité et/ou de logique.

[2] Signes avant-coureurs.

Dernière minute

* La chose s’est faite – ou au moins a été publiée – au moment même où je rédigeais et mettais en ligne le texte ci-dessus, dans une tribune intitulée «Vers l’émancipation, contre la calomnie. En soutien à Houria Bouteldja et à l’antiracisme politique», publiée par Le Monde.

Conclusion de ladite tribune:

«Une telle pensée, qui travaille les catégories existantes pour mieux s’en échapper, est en avance sur son temps, décalée dans son époque. Elle dérange, choque, indigne qui veut lire trop vite et condamner sans procès. Ce ne sera pas la première fois qu’une telle discordance des temps est à l’œuvre : les révolutionnaires, les marxistes, les libertaires, les féministes l’ont toutes et tous éprouvée. Ce combat revient à se délester de nos catégories ; il commence par une prise de conscience. Notre émancipation est à ce prix.»
C’est encore pire que tout ce qu’on pouvait imaginer de plus confus et de plus stupide (très repentant et masochiste aussi!).
«Sans procès»! osent écrire ces inutiles idiots.
C’est votre choix de ne pas entendre telle phrase d’une émission, d’en sauteur une dans un paragraphe, de ne pas me/nous lire, mais au moins abstenez-vous de nous donner des leçons d’honnêteté.
 
Les signataires:
Ludivine Bantigny (historienne), Maxime Benatouil (co-président de l’Union juive française pour la paix), Judith Bernard (metteure en scène et journaliste), Déborah Cohen (historienne), Christine Delphy (sociologue et militante féministe), Annie Ernaux (écrivaine), Fabrice Flipo (philosophe), Isabelle Garo (philosophe), Eric Hazan (éditeur et écrivain), Stathis Kouvelakis (philosophe), Philippe Marlière (politiste), Dominique Natanson (co-président de l’Union juive française pour la paix), Olivier Neveux (universitaire), Ugo Palheta (sociologue), Geneviève Rail (universitaire, Simone de Beauvoir Institute and Womens Studies, Canada), Catherine Samary (économiste), Michèle Sibony (Union juive française pour la paix), Isabelle Stengers (philosophe), Julien Théry (historien), Rémy Toulouse (éditeur).