Exploitation sous état d’urgence ~ héroïsation et infantilisation

On trouvera ci-dessous le message envoyé par une agence de travail temporaire de l’Ouest de la France. On notera le vocabulaire utilisé: les «collaborateurs», c’est-à-dire les travailleuses et travailleurs précaires sont appelé·e·s des superhéros !

Le recours à l’imaginaire des bandes dessinées s’inscrit dans la politique lexicologique du gouvernement. Le Président de la République n’hésitant pas à qualifier de «héros» le personnel soignant, sur lequel il lâchait ses porcs il y a quelques semaines lorsqu’il réclamait des conditions de travail décentes.

L’idée est simple, et concernant les infirmières elle vient doubler celle d’une vocation supposée des femmes au soin, au care: un héros ou une héroïne est admirable. Mais l’admiration que chacun·e se doit de lui porter est la seule ou au moins la principale gratification qu’il·elle peut attendre. On ne paye pas une héroïne! Ce serait l’insulter dans son dévouement exemplaire, donc forcément désintéressé…

Bonjour,

Vous faites partie des collaborateurs inscrits chez CRIT à ce titre, je souhaite partager les dernières informations de votre agence et de ses clients.  

Compte tenu de la situation actuelle, après le secteur de la santé, l’alimentaire est considéré comme un secteur prioritaire. Aussi, tous les jours les intérimaires de notre agence travaillent avec les entreprises pour assurer la production et l’approvisionnement des consommateurs sur tout le territoire.  

Si vous souhaitez rejoindre les équipes qui travaillent pour nourrir nos concitoyens, [ici un numéro de téléphone]

Appel à tous les superhéros !

Rejoignez les équipes d’opérateurs agroalimentaire

Rejoignez les équipes de préparateurs de commandes

Rejoignez les équipes de livreurs

Rejoignez les équipes d’hôtes/hôtesses de caisse

Un grand MERCI à toutes celles et tous ceux qui ont déjà rejoint les équipes formidables des superhéros et d’avance MERCI à tous les nouveaux 

Prenez soin de vous, de vos proches, respectez les consignes sanitaires et à très vite !

“Nation apprenante” ~ la belle France

Ne craignez pas que je vous inflige un de ces «journaux de confinement» qui fleurissent (ou sévissent) sur tous les blogues. Vous ne trouverez ci-après que quelques notes rapides sur un sujet particulier… En effet, j’ai beaucoup de mal à saisir le sens (sans parler de la portée) du label choisi par le ministère de l’Éducation nationale pour valider les contenus pédagogiques véhiculés par divers médias…

Nation apprenante. À première audition, cela évoque pêle-mêle «peuples premiers», «pays émergents», autant dire quelque chose de vaguement régressif. À la réflexion, on peut supposer que le conseiller assigné à la tâche de nommer la chose a voulu imprégner le label d’une dimension patriotarde, en écho à l’usage par Emmanuel Macron de l’expression «Union sacrée», de sinistre mémoire (la Première Guerre mondiale, ceci précisée pour les étrangers).

Je parlais de régression. Loin de moi l’idée de glorifier la dite «civilisation», que fustigeait déjà Charles Fourier, au détriment des «sauvages». C’est plutôt, dans la mentalité des supposés «gouvernants» – dont on vérifie une fois de plus qu’ils ne maîtrisent rien, sinon la police et l’armée – une appellation punitive.

Nation au piquet

Vous pensez bien que si les mêmes politiciens en guerre contre le statut des intermittent·e·s se préoccupent brutalement de culture, c’est qu’il y a anguille sous roche. Nation apprenante est la matérialisation pseudo-éducative de l’infantilisation générale que permet la pandémie. Nous voilà toutes et tous « en retenue », comme l’on disait dans ma jeunesse. Le programme «Nation apprenante» fait flotter sur le pays entier une écœurante odeur d’école.

D’ailleurs, les malheureux dépourvus d’imprimantes (ou d’encre) sont condamnés à une quotidienne punition, consistant à recopier à la main l’absurde autorisation de sortie, que pour une fois on les laisse signer eux-mêmes, sans avoir à contrefaire la signature de leurs parents.

On m’objectera qu’il s’agit simplement de pallier la fermeture des établissements d’enseignement… Je pense que le renvoi, hors vacances scolaires, de millions d’enfants dans leurs foyers est vécu avec un certain malaise par les autorités. On sait que l’activité éducative s’apparente à celle des organisations de chasseurs qui élèvent du gibier pour le relâcher dans la «nature», afin de pouvoir le fusiller à loisir.

L’obligation sanitaire de renvoyer chez eux, avant terme, les élèves pose le problème de l’interruption brutale de leur gavage. Non pas que l’on se soucie, selon une formule surannée, que « le gibier ait sa chance », mais encore faut-il qu’il puisse figurer à peu près honorablement dans la compétition sociale. Sinon, où serait le plaisir ? Plus encore : ne risquerait-on pas de mettre la puce à l’oreille des moins abruti·e·s en lâchant dans la vie de jeunes citoyen·ne·s incapables de déchiffrer une affiche de mobilisation ou d’entendre les mots les plus simples («sot ma scie on» ?).

De surcroît, jamais davantage qu’en ces temps de pandémie, n’a été aussi rassurante pour le pouvoir l’idée qu’une population entière se trouve au même moment devant les mêmes écrans.

Les personnes qui travaillent pour le plus grand employeur de l’État ne le désignent jamais autrement que sous le sobriquet d’ «ÉducNat» ou éducnat. Soumis à semblable réduction, le nouveau label prend la forme : «Natap». Croirait-on pas le sigle d’une organisation de lutte armée ? Quelque chose comme les Noyaux armés transnationaux pour l’anarchie partagée… Si seulement !

CONCOURS DU PIRE CRÉTIN: Le vainqueur est…

Les concurrents se pressent en rangs serrés.

Il y a le candidat macroniste à la mairie de Paris qui se conduit comme un garçon de bureau, et couine qu’on «s’en prend à sa famille» (sic) parce que la photo de sa bite atterrit sur les «réseaux sociaux».

Il y a le performeur russe en transit, manipulé ou mal conseillé, ou spontanément assez niais pour penser que ce qui serait «très grave», c’est qu’un homme qui trompe sa femme soit élu maire de Paris. (D’accord il arrive du dix-neuvième siècle, à peine sorti des glaces, mais tout de même!)

Il y a la grande cohorte des crétins de base qui échangent leurs estimations sur la taille et la circonférence de la teub du garçon de bureau.

Et puis il y a les éditorialistes qui affirment sans rire que la sottise du performeur russe ajoutée à l’imprudence du crétin macroniste «mettent en danger la démocratie». (Ben alors, qu’elle crève le plus vite possible, hein!)

Impossibles de les départager.

Tous ex aequo.

 

«Contre l’“islamophobie”»? ~ Je ne marche pas.

À part donner bonne conscience à celles et ceux qui y participeront, la seule fonction originale de la marche du 10 novembre sera d’entériner le terme « islamophobie ».

Tel politicien annonce sa participation « même s’il n’aime pas le mot », telle organisation démocrate croit noyer le poisson en ajoutant « …et contre tous les racismes », telle féministe enfin confirme sa présence, mais se retire de l’appel. Elle ne veut pas voir son nom figurer auprès de celui d’islamistes censés être repentis, mais elle supportera leur proximité physique dans le cortège ! Constatation qui n’est pas nouvelle : le concept d’ « islamophobie » rend sot. C’est d’ailleurs un des buts recherchés par ses créateurs. Il n’est pas fait pour aider à penser ou même pour dénoncer, mais pour sidérer.

Menée depuis quelques années, l’opération est d’une efficacité remarquable. Ainsi l’Union communiste libertaire, résultat de la fusion d’Alternative libertaire et de la Coordination des groupes anarchistes a pris grand soin de ne pas mentionner dans son manifeste l’aliénation religieuse parmi les phénomènes d’aliénation et de domination qu’elle combat. Cet « oubli » – en fait l’abandon d’un des socles de la pensée anarchiste – est destiné à pouvoir reprendre à l’aise et sans critique le concept d’« islamophobie ».

Le passage le plus savoureux du texte d’appel à la manifestation du 10 porte précisément – pour en récuser l’intérêt – sur la question sémantique : « L’islamophobie en France est une réalité. Quel que soit le nom qu’on lui donne [etc.] » On peut lire sur le blogue « Les mots sont importants » que le terme « islamophobie » est pour les musulmans « l’un des instruments essentiels pour lutter contre la stigmatisation qu’ils subissent ». Il s’agit bien de faire admettre ce terme précis, en considérant comme acquis qu’il décrit la réalité de manière adéquate, et non n’importe quel autre.

Il faudrait donc croire que les discriminations dont sont victimes, non pas « les musulmans », mais certain·e·s d’entre eux – les pauvres, les jeunes pauvres et les femmes pauvres (les émirs ne sont pas discriminés !) – ne relève pas du racisme, mais d’une haine particulière de leur religion supposée.

Oui, parce que c’est le moment de rappeler que toutes les personnes originaires du Maghreb ne sont pas de confession musulmane, même si elles sont de culture musulmane. Personnellement, je suis baptisé, j’ai été au catéchisme, j’ai fait ma première communion. Je suis donc « de culture catholique » ; de plus je vis dans un pays de vieille tradition judéo-chrétienne. Ça ne m’empêche pas d’être antithéiste, et d’ailleurs de dénoncer les persécutions religieuses contre les chrétiens, en Égypte ou en Chine…

Revenons à ce que l’on nous invite à croire : les discriminations contre les personnes identifiées, à tort ou à raison, comme « Arabes » ne seraient pas racistes mais « culturelles » ou « antireligieuses ». C’est se foutre du monde ! Bien sûr que la « peur de l’islam », sens originel d’« islamophobie » sert à certaines personnes et groupes politiques de masque présentable du racisme.

« Quel que soit le nom qu’on lui donne… » dit l’appel. Eh bien j’appelle le racisme : « racisme ». Quant à l’islam comme religion, je n’ai pas plus de tolérance à son égard qu’à l’égard de toutes les religions, celle dans laquelle j’ai été élevé comprise.

Edwy Plenel fait partie des signataires de l’appel. Il considère les musulmans comme des amis ; sa position a le mérite d’être cohérente. Les musulmans, j’entends par là ici celles et ceux qui sont croyant·e·s et non celles et ceux qui ont simplement baigné dans une culture musulmane sont-ils·elles mes ami·e·s ? Marx précisait justement : « Tout homme n’est pas mon frère ». Je l’ai déjà écrit dans ces pages, je vois mal comment je pourrais considérer comme ami·e celui ou celle qui pense que je mérite de brûler dans les flammes de l’enfer pour mon incroyance.

Il se trouve que la sécularisation progressive de la société a pour conséquence que beaucoup de personnes ne peuvent tout simplement pas imaginer que d’autres puissent réellement croire que je vais brûler en enfer. En somme, ces imbéciles ne peuvent ou ne veulent pas croire à la croyance. Naïveté et ignorance également coupables.

Ces personnes croyantes peuvent ne manifester aucune agressivité à mon égard dans la vie courante : elle pensent néanmoins réellement que j’irai en enfer. Il ne s’agit pas pour elles d’une métaphore. Dans leur esprit mon destin de merguez est absolument réel, aussi réel, « objectif » que le fait que le feu brûle par exemple. Et ce destin, elles le jugent réellement mérité.

Est-ce que je peux considérer de telles personnes comme des « égales », des « ami·e·s », des « frères » et des « sœurs » ? Dussé-je être diagnostiqué « phobique » du barbecue, ma réponse est non.

S’agit-il pour autant d’approuver ou de tolérer les discriminations à l’embauche, locative ou lors de sorties scolaires ou dans quelque circonstance que ce soit ? Bien sûr que non.

Pour autant, si je défends le droit d’une mère de famille (de grâce cessez de nous parler des « mamans » !) à accompagner des enfants en sortie scolaire avec le foulard qu’elle a l’habitude de mettre sur ses cheveux, on ne me fera pas croire et je ne tenterai pas de faire croire à d’autres qu’il s’agit d’un signe de liberté. C’est un signe d’aliénation, dont le propre est précisément que la personne est persuadée de l’avoir choisi.

Parle-t-on d’interdire révolutionnairement le visionnage d’émissions télévisées débilitantes ? Non. Peut-on en inférer que ce décervelage « choisi » doit échapper à la critique, qui serait nécessairement inquisitoriale (toujours les pauvres qui trinquent) ? Non.

Pour en revenir à l’appel de la manifestation du 10, il y manque un aspect de la réalité, qui confirme qu’il ne s’agit nullement de lutter « contre le racisme sous toutes ses formes », comme le prétend in extremis sa conclusion, cet aspect c’est la guerre entre les racisé·e·s.

Il est parfaitement légitime de dénoncer les agressions contre des mosquées ou des femmes voilées, mais pourquoi ne rien dire des discriminations qui visent les personnes noires de peau, les personnes de confession juive ou les roms ? Parce que ce jour-là c’est pour les musulmans ? Dimanche pour les musulmans, lundi contre l’antisémitisme, mardi contre la « négrophobie », c’est ça ? Et on oublie les roms comme d’habitude… Ou bien serait-ce parce qu’une partie non négligeable des agressions contre des personnes de confession juive est le fait de personnes au moins de culture sinon de confession musulmane ? Connaît-on des cas de juifs agressant des femmes voilées ? Ce sont des questions en passant…

Je suis hostile à tous les racismes, à toutes les religions et à toutes les stratégies identitaires.

« Contre l’“islamophobie”» ? Je ne marche pas.

Notre-Dame ~ l’obscénité montée en flèche

 

De la cathédrale parisienne, le feu a hélas détruit la partie la plus aimablement fréquentée – et par des êtres utiles de surcroît : abeilles et faucons.

Les touristes, eux, peuvent continuer d’acheter des représentations grossières en plastique, fabriquées à Taïwan, auxquelles la flèche désormais anachronique donne un air de précieux témoignage.

Comme beaucoup de parisiens, j’ai fréquenté Notre-Dame, non pas tant dans ses allées de pierre – nous en fûmes chassé·e·s jadis, mon amante de 16 ans et moi, tant sa jupe était brève ! – que par les chansons populaires. Et puis elle était là, visible, depuis les quais et les ponts que j’arpentais volontiers dans ma jeunesse. Je l’ai visitée encore, sur les épaules de Quasimodo, et sur les traces d’Adèle Blanc-sec. Qu’elle brûle – hors de toute insurrection s’entend – m’a navré.

Mais voir et entendre ceux-là qui croient nous déplacer sur leur échiquier, qui nous méprisent, et nous saignent se composer devant leurs miroirs de grands sanglots de parade, en appeler à l’unité nationale – le même appelait hier une manifestante blessée par ses flics à davantage de « sagesse » ; comme ce doit être commode de n’avoir pas à s’essuyer la bouche entre deux ordures ! – voilà qui me tire des larmes.

— Nous reconstruirons! disent-ils.

Or, de Paris, ce que les révolutions, les incendies, les Prussiens, les Nazis, trois guerres et des bombardements, amis comme ennemis n’avaient pas réussi à mettre à bas, ces gens l’ont détruit, au nom de la modernité, pour le profit et le bien-être en copropriété de leurs ami·e·s et des employé·e·s de leurs ami·e·s. (Qui d’autre subsiste à Paris aujourd’hui?)

Immeuble par immeuble (les « dents creuses » à combler), ou quartier par quartier (voyez les anciennes Halles) ils ont « réhabilité » ce qu’en vérité ils condamnaient, à la démolition et·ou à l’expropriation.

Pour ne pas être réduit à l’état de décombres, mieux vaut être un lieu de culte fréquenté. Parce que les lieux de vie, eux, surtout s’il s’agissait de la vie des humbles, ont été – quand ils échappaient à la boule du démolisseur – impitoyablement vidés de l’intérieur comme des coquilles : locataires chassé·e·s, poutres grattées, façades « sauvegardées ». Voyez la Maub, la Contrescarpe, Pigalle, etc.

Et oui, Notre-Dame, ou plutôt sa silhouette (ne disons rien de l’actuel « parvis » !) restait attachée dans mon esprit à cette ville disparue, détruite.

Les assassins de Paris (pour reprendre l’expression de Louis Chevalier) sont mal venus de s’attendrir sur un ilot qu’ils n’ont renoncé qu’à regret à défigurer (on se souvient du projet chiraquien de recouvrement de la Seine, qui aurait fait une jolie trois voies ; un jour, peut-être…).

Et comme elle est bienvenue cette catastrophe patrimoniale, n’est-ce pas ! Inutile de fantasmer je ne sais quel complot incendiaire pour constater avec quel soin l’Élysée a emmagasiné les milliers de mètres cubes de fumée produits, pour les télédiffuser aussitôt dans un pays qui riait d’avance des non-propositions censées apaiser la colère des Gilets jaunes.

Une semaine d’épargnée! Ne vous y trompez pas: on a gagné des guerres pour moins que ça! Et comme, décidément, l’État français ne sait pas résister à une bourde, on a nommé un général (j’ai oublié le nombre d’étoiles, mais il est dûment précisé) à la tête de la reconstruction.

Un militaire. Pour mener à la cravache des tailleurs de pierre ! Tout de même, l’ignorance stupide de ces gens est parfois réjouissante, et l’on souhaite bien du malheur au galonné ! (port du casque o-bli-ga-toire)

En attendant, les financiers financent (on reçoit, par faveur spéciale, leur progéniture dans les gravats), les religieux œcuménisent à tout va, et Mme X. de Chamalières envoie son écot, ostentatoirement désolée de « ne pouvoir faire plus ».

Ah! sacré nom de dieu de bordel de vierge enceinte, en voilà de la Nation ou je ne m’y connais pas ! La Nation, outragée, la Nation grenadée, matraquée, mais la Nation retrouvée, recimentée dans l’émotion et dans la fierté de son glorieux passé (un quart d’eau bénite [versez sur les racines], un quart de monarchie héréditaire, et la main du Zouave).

Puisque nous en sommes à parler promenades en ville, j’aimerais vous dire un mot d’un autre lieu, plus cher à mon cœur, bien qu’il ne puisse se prévaloir d’aucune mémoire particulière, si ce n’est de celle des gens qui y ont vécu, depuis des siècles. Je pense à la rue d’Aubagne, à Marseille. Elle figure déjà sur le plan de 1792 que je possède.

C’est une rue pleine de senteurs et de bruits, une rue vivante, pentue, souvent sale. Et habitée par des pauvres.

Des immeubles vermoulus ou des politiciens véreux, qui croyez-vous qui s’écroulât d’abord ? Écrasant, non des statues ou des reliques déjà fausses le jour de leur achat, mais des êtres humains.

Ce drame «fit-il nation»? Vit-on les fondations de ceci, les bienfaiteurs de cela, les conseils régionaux de l’autre bout du pays se disputer l’honneur de contribuer au relogement des sinistré·e·s (ne parlons pas de reconstruction des immeubles) ? Il semble que non. Faut-il d’ailleurs le regretter ?

Tout le monde a su. Tout le monde, même Mme X de Chamalières, a compris que ce drame humain allait être l’occasion (inespérée ? ou au contraire préparée ? au moins attendue) de rattraper un retard scandaleux dans l’urbanisation bourgeoise d’un centre ville abandonné à des pauvres. On a depuis évacué un nombre important d’immeubles décrétés « en péril » …en rêvant d’un miraculeux « effet dominos ».

La solidarité avec les délogé·e·s de Marseille – et autres lieux – est aussi honorable que nécessaire. La gigantesque quête pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, dont on va nous rebattre les oreilles – durant combien d’années ? – le discours larmoyant, mystique et nationaliste qu’elle permet et légitime, sont une escroquerie politique, financière et mémorielle qu’il importe de dénoncer comme telle.