TF1 : La soirée des dupes

De la prochaine élection présidentielle, nous ne pouvons raisonnablement attendre, dans le meilleur des cas, qu’une absence de changement de rythme dans le mouvement profond de libéralisation du capitalisme, et dans le pire, qu’une aggravation des systèmes législatifs répressifs déjà en place sous état d’urgence.

Dans le premier cas, les problèmes se poseront à nous de la même manière qu’aujourd’hui ; dans le second, les problèmes stratégiques, notamment celui de l’usage de la violence, se poseront de manière plus complexe et plus dangereuse.

Vous aurez compris que ces incidents de parcours de la domination capitaliste, sur lesquels mon pouvoir d’action est quasi nul, ne me passionnent pas.

Pourquoi, dans ce cas, consacrer une demi-heure de ma vie à traiter d’une opération de cirque électoral organisée par TF1, l’une des pires chaînes qui soit ?

Parce que c’est un symptôme (parmi tant d’autres !) de ce que le système de la démocratie représentative ne croit pas une seconde à ses propres règles. Mieux : qu’il ne cherche même pas à faire semblant d’y croire.

La loi électorale française prévoit que peuvent se présenter à l’élection présidentielle des femmes et des hommes qui réunissent un nombre jugé suffisant de parrainages d’élu(e)s. On peut penser ce que l’on veut de cette disposition, mais elle est garantie (et contrôlée) par le Conseil constitutionnel.

De ce point de vue constitutionnel, il n’existe pas de « petits » ou de « grands » candidats, même si la déplorable pratique des sondages d’opinion, eux-mêmes métaphore et non adjuvant de la démocratie représentative, a tôt fait de désigner – avec une marge d’erreur considérable – les supposés « favori(e)s ».

Personne ne pense – à commencer par lui – que Philippe Poutou a la moindre « chance » d’être élu président de la République. Il a cependant choisi de pratiquer la « candidature de témoignage » afin de faire connaître les positions de son organisation (le NPA), stratégie dont on peut penser ce que l’on veut, mais qui se trouve être parfaitement légale, et avalisée comme telle par le Conseil constitutionnel.

Les idées de Philippe Poutou ne sont pas moins légalement recevables que celles de M. Macron ; elles sont au moins aussi intéressantes que celles de M. Mélenchon, et beaucoup plus admissibles moralement que celles de Mme Le Pen.

Or, quand la chaîne TF1 prévoit d’organiser un grand débat entre les candidats à la présidence de la République, elle en sélectionne 6 et en écarte 5 autres, sur des critères d’un faux bon sens à la fois bourgeois et spectaculaire.

Je relève cette explication « juridique » :

[Il faut] que le temps de parole corresponde à la représentativité du candidat. Cette dernière prend en compte, selon le site officiel du CSA, «les résultats du candidat ou de la formation politique aux plus récentes élections» et «la capacité à manifester concrètement son implication dans la campagne».

Nos maîtres savent faire preuve d’humour ! Faire la preuve de sa capacité à manifester concrètement son implication dans la campagne quand on est précisément écarté du principal moyen de le faire, ça n’est pas simple !

Il semble qu’avant le début officiel de la campagne électoral, TF1 puisse ainsi organiser paisiblement ce déni de justice sans encourir aucune sanction…

Les partisans du faux bon sens vous diront d’un air peiné que onze candidats auraient produit une cacophonie inaudible…

C’est bien entendu un mensonge ridicule. Il suffisait de diviser le débat en deux (ou en trois) pour obtenir des plateaux digestes. Quand au mode de répartition des candidat(e)s, il suffisait de recourir au tirage au sort, dont aucun amateur de football ne se plaint pour le choix des équipes opposées les une aux autres.

TF1 a préféré illustrer et afficher le mépris du système représentatif pour ses propres lois, en n’obéissant qu’à une règle : n’écarter personne dont on serait amener à lécher les bottes demain !

Au fond, ce pourrait être, au deuxième degré, une œuvre pédagogique.

D’autant qu’elle révèle également le « respect » des « grands » candidats « de gauche » pour la démocratie dont ils ont plein la bouche. Résumons : « Pousse-toi de là que je m’y mette ! » Malheur aux recalés!

Peut-être le spectacle de ces crabes se prenant les pinces dans le goémon et feintant les jets de mayonnaise sera-t-il par moment divertissant ?

À condition de ne pas perdre de vue qu’il s’agit d’une pièce du jeu (électoral) dont nous sommes les dupes. En gros et en détails.

Nous, c’est ça qu’on veut!

J’ai le miroir qui flanche… J’me souviens plus très bien…

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Les faux souvenirs sont une manifestation facétieuse de l’inconscient.

Comme le montrent les déclarations de tel ancien magistrat, à propos du viol d’un jeune homme, noir de peau, ils peuvent aussi être une arme de guerre idéologique.

Ce que M. Bilger écrit ci-dessus est faux, et accessoirement obscène. Ce qu’il décrit n’a jamais existé.

La question n’est pas de savoir s’il croit à ce «mensonge», ou s’il l’invente délibérément.

«Bamboula» n’a jamais été un terme affectueux ou sympathique.

Mais certains racistes ont pu le croire.

En considérant ainsi ce terme, ils ne procèdent pas à une analyse linguistique rétrospective, ils s’amnistient eux-mêmes pour leur propre racisme.

Ils auraient très bien pu employer une expression comme «sale pourriture de nègre». Non! ils disaient simplement «Bamboula», ce qui sonne en effet comme un surnom enfantin.

Et comme on dit (ou disait) «faire la bamboula» pour dire faire la fête bruyamment (du nom d’un tambour africain, le bambalon), on peut faire semblant de confondre. Ces «gens-là» n’ont-il pas «le rythme dans la peau»?

Adressé à une personne noire de peau, «Bamboula» est et a toujours été une insulte raciste. Comme «Blanchette» ou «Blanche Neige».

Les racistes, quand c’est le cas, trouvent qu’ils sont bien bons de ne pas user d’insultes plus  répugnantes à leurs propres oreilles. Ils trouvent que les «Nègres» et les «Biques» manquent d’humour. De l’humour, eux, ils en ont; ils peuvent donc en juger souverainement. Les racistes se voient souvent comme des gens «sympas». Donc, sympas qu’ils sont, et avec de l’humour en plus, quand ils traitent une personne noire de peau de «Bamboula», ça n’est pas méchant.

Je me souviens d’une discussion de comptoir, dans ma jeunesse (j’en ai eu une, moi aussi)! Des consommateurs charriaient un jeune homme: «On l’a laissé trop longtemps dans le four!». Il n’avait pas vraiment protesté, simplement fait la gueule, une grimace peut-être. Et la patronne, cessant de rire de bon cœur, lui avait dit: «Oh! c’est pas méchant!» Avec un air d’autorité, presque méchante, qui ne souffrait pas de réplique. Il fallait feindre de ne pas trouver ça méchant — et raciste —, ou partir.

Comme les plaisanteries homophobes, ou sexistes, que l’on entend dans les bouches les mieux politisées, les plus radicales. C’est pas méchant! Puisqu’ils le disent!…

M. Bilger est raciste. Et de ce qu’il nous confie, je déduis qu’il l’a toujours été. Mais il ne supporte pas de se voir dans le miroir que constitue l’écran vidéo où parade un flic raciste et violeur.

Combat « libertaire » d’arrière-garde contre le droit de choisir sa mort

Gueule rouge

Irène Pereira, philosophe et sociologue, au moins proche (si ce n’est membre) de l’organisation Alternative libertaire, consacre un article dans la revue L’An 02 au thème « Affronter la mort » (voir en bas de page pour le télécharger).

Le chapeau du texte en indique très simplement l’objectif : dissocier historiquement et philosophiquement le droit de choisir l’heure et le moyen de sa mort d’avec le mouvement et la philosophie libertaires :

On associe bien souvent le droit de mourir par soi-même à une revendication libertaire, expression de l’affirmation du respect de la liberté individuelle. Néanmoins, une telle lecture s’appuie sur une vision partiale de l’affirmation de l’individualité dans la pensée anarchiste.

Je ne m’appesantirai pas sur le pourquoi d’une telle opération, dont je suppose qu’elle peut être reliée à une tendance constante dans le mouvement anarchiste à l’enrégimentement moraliste (j’en ai traité dans Suicide, mode d’emploi et dans Le Droit à la mort [IMHO]). Laquelle tendance est supposée garantir le moral des troupes libertaires engagées dans la lutte des classes.

Je vais par contre m’intéresser ici au comment.

Voici, une fois passé le chapeau les trois premières phrases du texte :

Claude Guillon, auteur de Suicide mode d’emploi, rappelle que l’anarchiste individualiste Paul Robin avait fait paraître une brochure sur La Technique du suicide. La difficulté que nous pose le courant individualiste de l’anarchisme, c’est qu’il part de l’individu comme fondement de la société. Ce qui est une thèse discutable, en tout cas si l’on se place du côté de l’anarchisme social.

Je m’intéresse particulièrement à la première phrase, où je suis cité.

Elle contient un mensonge et deux omissions. En 162 signes, ça n’est pas si mal !

Les deux omissions d’abord.

1) Je ne me borne pas à « rappeler » l’existence de la brochure Technique du suicide (1901), je la republie — intégralement dans Suicide, mode d’emploi —, sans son « indication technique », d’une commodité d’ailleurs discutable, dans Le Droit à la mort.

Mais pourquoi être précis, n’est-ce pas ! et risquer de piquer la curiosité d’un lectorat que l’on veut précisément détourner d’un courant de pensée ?

1 bis) Je suis coauteur de Suicide, mode d’emploi, avec Yves Le Bonniec. Un seul auteur, ça fait plus «individualiste», c’est ça?

2) Le lecteur de l’article de Pereira, qui n’a jamais rien lu de Guillon, peut aisément déduire de sa première phrase qu’il s’agit d’un auteur anarchiste individualiste, utilisant très logiquement le travail d’un prédécesseur anarchiste individualiste.

Il se trouve que je me revendique, clairement et en toutes occasions, du communisme libertaire, ce que ni Irène Pereira ni Alternative libertaire, en tant qu’organisation, n’ignorent.

Le Droit à la mort

Venons-en au mensonge, lequel — par surcroit d’élégance — m’est discrètement attribué :

Claude Guillon, auteur de Suicide mode d’emploi, rappelle que l’anarchiste individualiste Paul Robin avait fait paraître une brochure sur La Technique du suicide.

Je soussigné, Claude Guillon, n’ai jamais « rappelé que l’anarchiste individualiste Paul Robin » a fait ceci ou publié cela, pour l’excellente raison que je n’ai jamais considéré Paul Robin comme un « anarchiste individualiste ».

Cette expression n’apparaît pas sous ma plume : ni dans Suicide, mode d’emploi ni dans Le Droit à la mort (auquel je renvoie les lectrices et lecteurs curieux).

Il ne s’agit pas pour autant d’un point de vue qui me serait personnel — à rebours de celui que me prête Pereira. En effet, le qualificatif « anarchiste individualiste » n’apparaît pas non plus dans la notice consacrée à Paul Robin dans le dictionnaire Maitron.

Paul Robin, membre de la Première Internationale, ami de Bakounine, n’a pas été, et ne peut être considéré comme un « anarchiste individualiste ».

Robin a défendu une conception globale de la vie collective qui incluait l’éducation mixte et intégrale et l’eugénisme (notamment, mais pas seulement l’avortement et la contraception libre ; pour une critique de ses positions voir mes ouvrages en référence).

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J’attends avec impatience qu’Irène Pereira tire toutes les leçons de son mensonge historique et utilise « l’individualiste Robin » pour récuser d’un point de vue «libertaire» et l’éducation mixte et intégrale et la liberté pour les femmes de dissocier plaisir érotique et enfantement, voire de refuser tout enfantement.

En attendant, j’observe que sa conclusion sur le « sens d’un rapport libertaire à la mort », relève du sophisme :

Il est ainsi possible de constater que se dessinent deux rapports à la mort. Le premier, issu d’une conception individualiste, affirme que l’individu doit avoir le droit de choisir de mourir si cela peut lui éviter de plus grandes souffrances. Le second rapport à la mort affirme que l’individu peut être conduit à affronter la mort, non pas pour échapper à la souffrance mais parce qu’il est capable de sacrifier son intérêt personnel égoïste.

En quoi ces deux conceptions sont-elles contradictoires dans le temps déroulé d’une existence humaine ?

Voilà ce que notre tripatouilleuse biographique ne s’aventure pas à démontrer. Et pour cause !

Révolutionnaire communiste et libertaire, je peux parfaitement pratiquer la solidarité, prendre des risques dans la lutte commune, surmonter la douleur et la maladie (je t’ai pas attendue, Irène !), et choisir de mourir quand mes moyens vitaux ou mon énergie à chercher le bonheur se sont par trop amenuisés, de mon propre point de vue (*).

Et oui, j’affirme et signe : chacun(e) d’entre nous dispose du droit absolu de disposer de son corps, ce qui inclut le droit de déterminer si et quand on le souhaite le moyen et l’heure de sa mort.

Je serais curieux de savoir si Alternative libertaire a une position collective sur cette question, à propos de laquelle la grande majorité de la population française se reconnaît dans la filiation philosophique libertaire que j’incarne et prolonge — contre les censeurs et les curés de tous poils.

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Technique du suicide.

Télécharger ici l’article d’Irène Pereira.

(*) J’ai corrigé ici une faute d’accord entre sujet et adjectifs possessifs (merci Do!). Ah! les atteintes de l’âge, affronter l’idée de la mort, toussa!

[ne] NIQUE [que] TA RACE !

« Pourquoi Houria, qui n’est pas la seule à dénoncer le racisme “décomplexé” qui sévit actuellement en France, est-elle une cible privilégiée ? La réponse me semble claire : c’est une femme, elle a un maintien noble et fier, elle s’exprime avec tranchant, et en plus elle est arabe. C’est trop. Elle ne se tient pas à la place qui lui revient, elle bouscule la hiérarchie des rapports sociaux, bref, elle exagère ».

Éric Hazan, Lundimatin, 30 mars 2016

« Il est très facile de discréditer un texte, surtout quand la pensée est complexe et formulée sous forme de paradoxes. »

Océanerosemarie, auteure et comédienne, Libération, 30 mai 2016.

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S’il est un exercice périlleux, c’est bien de tenter de rassurer — ou de contredire — un interlocuteur sur le fait que l’on n’est pas l’aigre misanthrope qu’il imagine. Qu’il s’agisse de racisme ou de sexisme, et la tâche devient surhumaine ! Aussi, que l’on ne compte pas sur moi pour confier ici que je goûte la compagnie de femmes originaire du Maghreb[1], à l’intelligence aigüe, et dont le maintien évoque la dignité conquise de haute lutte sur des cultures d’oppression. On aurait vite fait de me renvoyer dans les cordes d’une « islamophilie » nourrie d’érotisme colonial orientaliste — auquel se rattache d’ailleurs l’expression « maintien noble et fier », par laquelle Hazan emprunte les babouches de Baudelaire[2].

Motus ! donc.

En revanche, je crois pouvoir affirmer à moindre risque que je ne crache pas sur les paradoxes — mot poli désignant les provocations —, dont j’ai éprouvé à mes dépens les difficultés de lecture qu’ils/elles suscitent et les mauvais coups qu’ils/elles autorisent.

Cependant, Houria Bouteldja — au fait ! c’est d’elle qu’il s’agit, et de son livre Les Blancs, les Juifs et nous [3] — ne s’exprime pas seulement de manière tranchante, paradoxale ou même provocatrice, mais dans une extrême confusion mentale et théorique.

Dans cette confusion délirante, les mânes des Indiens d’Amérique exterminés par « les Blancs » réalisent la transsubstantiation d’un fanatique religieux iranien, geôlier et tortionnaire, en « indigène arrogant », c’est-à-dire en rebelle admirable.

Ahmadinejad, ce héros !

Que ledit héros soit aussi bon antisémite qu’Hitler était mauvais peintre ne semble gêner ni la tranchante Houria ni son éditeur.

Qu’a donc fait le dirigeant iranien pour émouvoir ainsi notre auteure ? Il a prétendu tranquillement qu’il « n’existe pas d’homosexuels en Iran ».

« Mauvaise foi exquise » (p. 33), commente Bouteldja. Vieille antienne, surtout, de tous les dictateurs staliniens, en Chine et en URSS : pas de ça chez nous ! Avantage : on ne peut pas nous accuser de mettre en camp ou d’exterminer des gens qui n’existent pas ! Ou alors, quelques rares exceptions, contaminés par la décadence capitaliste.

Bouteldja l’ignore peut-être ; elle est jeune. Qu’importe ! elle retrouve spontanément le même argumentaire. N’était que l’homosexualité n’est plus importé par le Grand Capital (Coca-Cola and rock’n roll) pour miner les paradis socialistes, mais inoculé par le colonialisme blanc (Coca-cola and rock’n roll) pour affaiblir « l’Arabe ».

Le « démocrate blanc » se réjouit de voir « l’Arabe » perdre sa virilité. « Un de moins ! » se dit-il probablement, bien que l’on comprenne assez mal en quoi cela peut le réjouir… Sauf évidemment à considérer soi-même que l’homosexuel, déchu de sa virilité, est par nature inférieur à « l’Homme », en l’espèce « l’Arabe », et fera défaut, le moment venu, aux bataillons de la « race sociale », lancés dans la deuxième décolonisation — intérieure.

Sournoisement attiré par la démocratie blanche vers le piège drag queen, « l’Arabe » est contraint de surjouer la virilité (en salle et en couple). Il indique par là qu’il porte haut ses attributs de « classe de sexe » (ignorée par Bouteldja) sur l’étendard de la lutte de « classe de race » (chantée par Bouteldja).

Beaucoup de féministes pratiquent heureusement ce que l’on nomme aujourd’hui intersectionnalité (analyse combinée des oppressions : de classe, de genre, raciste) ; la grande affaire de notre auteure est d’épargner le ciseau à la virilité de ses frères de « race sociale ».

Elle n’a pas complètement tort lorsqu’elle remarque que

Oui, nous subissons de plein fouet l’humiliation qui leur est faite. La castration virile, conséquence du racisme, est une humiliation que les hommes nous font payer le prix fort. En d’autres termes, plus la pensée hégémonique dira que nos hommes sont barbares, plus ils seront frustrés, plus ils nous opprimeront. Ce sont les effets du patriarcat blanc et raciste qui exacerbent les rapports de genre en milieu indigène. (pp. 94-95)

Mais pas raison non plus, c’est le moins que l’on puisse dire…

Passons sur l’expression « milieu indigène », que je récuse, et qui fait partie de la rhétorique « postcoloniale » réductrice de l’auteure et de son organisation — le parti des indigènes de la république (PIR).

Si Bouteldja prend soin de préciser, dans une déclaration liminaire de son ouvrage (p. 13), qu’elle utilise les « catégories » « Blancs », « Juifs », et « indigènes » comme ne renvoyant pas à « un quelconque déterminisme biologique », je trouve dans ce paragraphe un naïf substrat biologique fantasmé, quant aux effets sur les hommes (et eux seuls) de la frustration sexuelle.

Pour être arabe, l’homme arabe n’en est pas moins « homme », c’est-à-dire « viril » : voilà qui tombe sous le sens étymologique ! Or, ce vir est l’objet d’une double attaque au-dessous de la ceinture de la part de la démocratie blanche : tantôt elle veut les lui couper, de préférence en l’enfilant, tantôt elle moque ses attributs supposés surdimensionnés (comme ceux du Nègre) et en agite le spectre pour effrayer ses filles[4] et leurs pères. Du coup, l’Arabe est… quoi d’ailleurs ? Perturbé ? Voilà, perturbé ! Et même frustré (on suppose que c’est de ne pouvoir exercer un machisme serein sans se voir traiter de « barbare »). Or, plus l’Indigène transplanté est « frustré », plus il opprime ses sœurs.

Du coup, moins les « sœurs de race sociale » de l’auteure énerveront des garçons déjà émasculés, moins elles courront le risque d’être sur-opprimées par eux. Quel dommage qu’Houria Bouteldja éprouve le besoin, pour des raisons tactiques et dogmatiques, de récuser le concept de lutte des classes — ce qui par parenthèse est du dernier chic dans la pensée dominante-démocrate-blanche ! mais cela aussi elle l’ignore — elle pourrait, sinon, se rendre compte qu’elle redonne des couleurs « décoloniales » à la vieille « sagesse » féminine, et enfantine, des milieux populaires : quand l’homme rentre à la maison, humilié par l’esclavage salarié, mieux vaut se rendre invisible pour éviter les coups.

Le pire étant que : ça n’a jamais fonctionné.

C’est ainsi une très vieille morale de la résignation que prêche à ses « sœurs » cette jeune femme au « maintien noble et fier ». Le terme « sœurs » a d’ailleurs une double signification communautariste et familiale.

Après avoir récusé le slogan féministe le plus connu depuis les années 1970, en écrivant « Mon corps ne m’appartient pas » (p. 71), l’auteure évoque une scarification opérée par la mère (« un rite patriarcal » note-t-elle justement) et énumère les personnes dont elle peut écrire : « Je lui appartiens ». On compte : sa grand-mère paternelle, sa grand-mère maternelle, ses grands-pères « tombés martyrs », son père et sa mère.

J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam. J’appartiens à mon histoire et si Dieu veut, j’appartiendrais à ma descendance. “Lorsque tu te marieras, in cha Allah, tu diras : ‘Ana khitt ou oueld ennass hitt’ [Je suis un fil, et le fils des gens est un mur]. Alors, tu seras à ton mari ”. (p. 72)

Et l’auteur d’ajouter, pour la moquer, la réaction qu’elle prête au lecteur-démocrate-blanc : « La voix : C’est ignoble. »

Si « ignoble » est entendu ici comme contraire de « noble » (pardon Éric !), je me vois contraint d’endosser la caricature préparée à mon intention. En effet, je ne trouve aucune « noblesse » dans cette conception du « destin » des femmes, du « devenir femme » de chaque petite fille, conception commune — avec des nuances et des différences d’intensité — à tous les monothéismes : dépendance par rapport à la famille, au clan, à la religion, aux hommes.

Or, dans toutes ses variantes, les prêcheurs de cette conception du monde se sont prévalu de son caractère « naturel », en le garantissant contradictoirement du sceau « divin ». Mais les religions sont ainsi tissées de contradictions, dont elles exigent que les croyant(e)s les admettent sans maugréer, comme gage de soumission[5].

Donc « Dieu » a créé l’ordre naturel qui lui a paru bon.

Et dans cet ordre naturel créé par un être d’essence masculine, la femme est inférieure à l’homme, aussi « sûrement » que la famille est la cellule de base de la société, et que l’homme a des besoins sexuels impérieux et légitimes…

Voilà pourquoi le féminisme est une escroquerie pour démocrates-blanches-occidentales-égarées-ou-arrogantes.

Ajoutons, ajoute l’auteure (p. 89), que les progrès en matière de droits des femmes et d’égalité des genres ne sont jamais que des concessions faites par le système capitaliste au gré de ses besoins de main-d’œuvre et de régulation sociale.

Bouleversante révélation en effet ! Et donc ? Et donc, pas de quoi estampiller « progrès » ces accidents de l’histoire et encore moins en réclamer l’institution universelle…

Glissons sur le fait qu’Houria Bouteldja appréciera peut-être de pouvoir disposer d’un compte en banque autonome, même une fois mariée (puisque tel est son « destin »), et notons que cette critique est absurde puisque tous les « progrès sociaux », en matière de santé, de salaire, de droits des femmes, etc. ont été certes conquis par des luttes mais concédés/récupérés par un système capitaliste souple et dynamique. Bien fol(le) qui refuserait des allocations chômage, des congés payés ou le remboursement d’une semaine d’hôpital, sous prétexte qu’ils n’ont pas été octroyés par bonté d’âme ou grandeur morale et n’ont pas entraîné la faillite du Capital…

Le fait est qu’Houria Bouteldja fait bon marché (le cas de le dire !) des conquêtes ouvrières et féministes, ce qui est parfaitement logique avec la vision religieuse du « monde-naturel-créé-par-Dieu » dont elle se revendique par ailleurs. C’est quand elle feint de s’adresser aux « autres » — et pour un message « d’amour révolutionnaire » qui plus est — qu’elle force sa « nature ». Le propre de cette « nature » personnelle étant de ne pas exister, si ce n’est à dose homéopathique, diluée qu’elle est dans « la famille, le clan, la nation, le couple, la maternité, la race, l’islam ».

Mais comme elle fait œuvre tactique, elle doit elle-même, comme un vulgaire système économique, faire quelques concessions de langage. C’est ainsi qu’elle veut bien envisager un « féminisme assumé » (p. 84) — par quoi il faut entendre, je suppose, « indigène » et non distillé par le pouvoir postcolonial — ou « féminisme décolonial » (p. 95).

Si un féminisme assumé devait voir le jour, il ne pourrait prendre que les voies sinueuses et escarpées d’un mouvement paradoxal qui passera obligatoirement par une allégeance communautaire. Du moins autant que le racisme existera. (p. 84)

Après tout, on fait bien remonter sur scène — et avec succès, paraît-il — les anciennes vedettes yé-yés : pourquoi ne pas reprendre le vieux refrain du report — aux calendes grecques du « grand soir » — de la libération des femmes ? Silence les femmes ! et allégeance au mouvement ouvrier : du moins tant que le capitalisme existera.

« La critique radicale du patriarcat indigène est un luxe », écrit Bouteldja (p. 84), un luxe que les « femmes indigènes » ne pourraient se permettre. C’est comme du chocolat, ou du caviar pour les pauvres. Pourquoi pas des perles aux pourceaux ?

L’avantage — et l’inconvénient — d’Allah, et de tout « dieu » unique, c’est que c’est une espèce de grand Joker. Il sert à tout et à n’importe qui. Allahou akbar ! crient les djihadistes en mitraillant les jolies filles qu’ils espèrent retrouver (en mode vierge) au paradis ; Allahou akbar ! réplique Bouteldja qui est hostile aux attentats.

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Allah (portrait présumé).

Le problème est qu’à mes yeux, moi qui ne croit en rien ni personne, il n’est pas moins pathologique de croire que le djihadiste va retrouver des vierges au paradis que de croire que moi, incroyant, j’irai directement en enfer (sans aucune compensation sexuelle).

On m’objectera que ce dernier délire est de moindre conséquence dans le présent. Pourtant, être vu aujourd’hui par un autre être humain comme un sous-humain qui mérite, aujourd’hui (je peux mourir à chaque instant) une torture atroce et sans fin n’a rien de rassurant.

C’est en effet pour moi seul, qui n’accorde aucune créance à ces délires, que cette perspective est hypothétique et risible. Pour celui et celle qui « y croit », mon avenir mérité est réellement dans des souffrances atroces (ce qui confine au vœu). Considérée de ce point de vue, la rafale de kalach n’est jamais qu’une légère anticipation. Voilà qui rend, non pas seulement difficile mais radicalement dépourvu de sens le « dialogue » avec des croyant(e)s comme Bouteldja, auquel appelait un collectif d’intellectuels[6].

Ainsi, comment « débattre » avec Bouteldja quand elle révèle la condition à laquelle son « Dieu » peut être envisagée comme une entité sympathique à l’espèce humaine : lui reconnaître un pouvoir absolu et éternel — « Une seule entité est autorisée à dominer : Dieu » (p. 133).

Certes, Allah-version-Bouteldja n’approuve pas, du coup, (si j’ai bien compris !) la domination masculine. Et vaniteux seraient les hommes qui croient pouvoir dominer les femmes — une sorte d’empiètement sur les prérogatives divines…

Je serais lui (Allah), je virerais séance tenante mon dir’ com ! Voyez la catastrophe dans les pays musulmans ! On ne peut pas dire que les mecs ont compris le message, hein !

Mais que penser de Bouteldja elle-même qui va, au détour d’une phrase (p. 97), jusqu’à essentialiser la masculinité : « au fond blanche » (je souligne).

Comment s’y retrouver dans cette confusion délirante à forme de poupées russes, où la masculinité virile naturelle, créée par Dieu comme toutes choses, mais plutôt par les Blancs pour affaiblir les Arabes en la leur ôtant, est une excuse au moins temporaire (« tant que le racisme… ») au machisme et au patriarcat, jusque dans ses manifestations extrêmes comme le viol ?

Car les « sœurs » sont encouragées à subir le viol en silence, puisque plaintes et dénonciations ne feraient qu’affaiblir encore la virilité-blanche-compensatoire des hommes arabes, et par ricochet la sur-domination des sœurs de « race sociale ».

On comprend : plains-toi d’être violée et tu le seras d’autant plus souvent !

Certes, les féministes ont mené de longue date un débat difficile sur la question du recours à la Justice bourgeoise pour sanctionner et prévenir les viols. Peut-on faire fonctionner un système policier et juridico-pénitentiaire que l’on combat par ailleurs en lui confiant des ennemis immédiats, les violeurs ? Ou faut-il préférer le risque de s’y trouver soi-même confrontée pour avoir pratiqué l’autodéfense et les représailles ? Question théorique à mon sens insoluble, sur laquelle je me garderai bien de prendre position ici, laissant à chaque femme le soin de prendre un parti donné à un moment donné, dans une situation donnée, mais dont il faut noter qu’elle n’a jamais été envisagée par le mouvement féministe dans une quelconque complicité avec les hommes agresseurs de femmes.

Pourquoi pas, sinon, faire valoir une excuse absolutoire — y compris dans une vision laïque du monde — pour les violeurs de femmes et d’enfants, au moins « tant que le capitalisme », exploiteur, frustrant et raciste, perdurera ?

Ce que défend Bouteldja — sous couvert d’« amour révolutionnaire » — équivaut à la fois à une assignation communautaire, culturelle et politique, et à une incitation à l’endogamie. Le message étant tout particulièrement destiné aux « sœurs » racisées.

On voit que la conception communautariste et religieuse de la vie ne fait qu’ajouter de la confusion et des divisions à des questions de rapport de genres déjà complexes. On vérifie que les propositions d’Houria Bouteldja ne peuvent être « débattues », mais doivent être combattues en tant qu’elles sont régressives, du double point de vue des droits des femmes et des droits sociaux en général. On constate qu’elles ne peuvent l’être que de manière radicale : y compris dans leurs soubassements religieux et racialistes, et non seulement comme des errements tactiques, commis par des camarades de lutte, dont les points de vue seraient par ailleurs recevables et/ou respectables.

Il ne s’ensuit nullement, comme je l’ai déjà affirmé ici-même, que l’on doive isoler par un silence méprisant les jeunes gens et jeunes femmes attirées par ces positions ou les défendant. Tout au contraire : ils et elles doivent être l’objet d’une propagande attentive pour les aider à se détacher des illusions religieuses et communautaires.

Cette politique passe par un soutien actif aux personnes qui ont quitté l’islam (entre autres) et leurs pays et cultures d’origine, ainsi qu’aux personnes qui sont persécutées, ici et ailleurs, pour leur athéisme et/ou pour leur goûts érotiques.

C’est la seule « politique de l’amour révolutionnaire » qui vaille.

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[1] Ou pas !

[2] « La très-chère était nue, et connaissant mon cœur/ Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,/ Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur/ Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores. »

[3] Sous-titré « Vers une politique de l’amour révolutionnaire », édité par Éric Hazan à La Fabrique éditions, 2016.

[4] Certaines n’éprouvent pas la terreur attendue et se laissent tenter… Rien n’est simple !

[5] Voir Tertullien, à propos de la résurrection du Christ : credibile est quia ineptum est (Ce fait est digne de foi parce qu’il est absurde).

[6] « On peut être en désaccord avec les idées de Houria Bouteldja, alors débattons », Libération (6 juillet 2016).

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Bonne occasion de rappeler la toute récente parution aux éditions Libertalia de l’excellent livre de Nedjib Sidi Moussa : La Fabrique du Musulman.

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NE DITES PAS À MON PÈRE QUE JE SUIS UN REPENTI CONTUMAX, IL ME CROIT COMMUNISTE LIBERTAIRE…

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Dans un texte intitulé «Claude Guillon gagne son procès contre Jean-Marc Rouillan» [ça c’est du scoop, coco!], de courageux (geuses ?) anonymes me qualifient d’«ex-libertaire repenti» et prétendent que la justice « a suivi point par point [mes] instructions » dans le récent procès de Rouillan.

Si l’appareil judiciaire se souciait un tant soit peu de mon opinion, il y a longtemps qu’il « foutrait la paix à Jean-Marc Rouillan », comme je le suggérais en 2006. Et déjà en 2005 avec «Maintenant !», sous-titré «En quoi la libération des militant(e)s d’Action directe est une pressante nécessité».

Passons!

La réaction très énervée, et aussi très sotte, de mes courageux insulteurs — lesquels se flattent de m’avoir connu «quand [je] jouais les trublions de la mouvance libertaire» — à mon texte critique «Jean-Marc Rouillan doit se taire…», s’inscrit dans un débat « moral » vieux comme le mouvement révolutionnaire : peut-on critiquer un(e) militant(e) en délicatesse avec la justice.

Dans le cas de Jean-Marc Rouillan et des autres membres de l’ex-organisation Action directe, répondre « non » à cette question entraîne la conséquence suivante :

On ne pouvait pas critiquer Rouillan — et AD — avant qu’il ne se fasse arrêter.

On ne pouvait pas critiquer Rouillan après son arrestation et pendant son procès.

On ne pouvait pas critiquer Rouillan quand il était en prison, soit pendant plus de vingt ans.

On ne peut pas critiquer Rouillan aujourd’hui, attendu qu’il se met régulièrement par ses déclarations en danger d’y retourner.

Moralité : Impossible de critiquer Rouillan et Action directe. Hier, aujourd’hui et demain.

J’ai toujours considéré ce pseudo-ukase moraliste comme une plaisanterie grotesque dont il n’était et n’est pas question de tenir le moindre compte.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en même temps que je protestais contre le traitement imposé aux détenu(e)s d’Action directe durant leur procès (attitude alors peu répandue, y compris chez les anarchistes), je publiais un texte violemment critique «Contre AD et contre l’État», que mes courageux insulteurs font mine de ne pas connaître.

C’est pourtant l’une des occasions demeurées dans les mémoires où j’ai «joué les trublions de la mouvance libertaire».

Si, comme mes insulteurs le prétendent ridiculement, j’étais « en procès » avec Jean-Marc Rouillan, alors on pourrait dire que je l’ai gagné depuis plus de trente ans.

En 2016, comme au début des années 1980, je m’arroge le droit — droit que je reconnais à tout militant révolutionnaire — de critiquer un autre militant pour ses positions publiques.

Il est vrai que mes anonymes contempteurs informent le monde, et moi à l’occasion, que je suis un «ex-libertaire repenti».

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Innocent — au sens « débile » — que je suis ! Je viens à peine de publier un recueil de textes intitulé Comment peut-on être anarchiste ? et je continue à me présenter comme un « écrivain anarchiste de langue française »…

Le malheur sur moi ! Ces anonymes collègues — et concurrents — en réquisitoires m’avaient donc jugé et condamné en mon absence.

Décidément, si l’anarchisme semble s’être beaucoup bureaucratisé depuis ma jeunesse, le secrétariat est toujours aussi mal tenu…

Pour quel(s) crime(s) ai-je été ainsi puni de bannissement par le conclave secret des anarchistes « hard » ? Eh bien, vous allez rire ! l’un de mes crimes est de me « retrouver aux côtés […] des héritiers de Daeninckx, auprès desquels [j’ai fait] repentance au point de les dépasser dans la chasse aux sorcières ».

Il n’y a pas une semaine, le pauv’ DD de Montreuil (André Dréan de son pseudo officiel), me reprochait lui, comme des anonymes sur Twitter, d’avoir critiqué Daeninckx en même temps que je revenais sur une phrase de Suicide, mode d’emploi.

Donc, suivez-moi bien: Pour les un(e)s, mon ralliement — où ? comment ? — au « Daeninckxisme » est un signe de mon repentir de trublion anarchiste ; pour les autres mon allergie persistante (je signe !) au même « Daeninckxisme » est le signe d’un négationnisme inavoué (et pour cause !).

On conviendra que ce « Code pénal libertaire », de surcroît imprimé nulle part, donne plutôt envie de sécher les audiences !

Et c’est comme ça qu’on se retrouve bêtement condamné par défaut, sans avocat, et sans le savoir…

Alors, oui, c’est un peu tiré par la calvitie, mais ça sert à mes procureurs à « justifier » que n’étant plus l’anarchiste que j’ai été — ah! jeunesse! — je n’ai plus aucune légitimité pour critiquer un militant révolutionnaire… Or si je n’ai plus de légitimité libertaire, c’est donc que je suis un auxiliaire de la justice bourgeoise. CQFD !

Histoire de filer la métaphore, ils insistent beaucoup, et très maladroitement les pauvres, sur le fait qu’au vu des critiques que j’adresse à Rouillan, non seulement j’aurais dû assister à son procès mais encore me porter partie civile contre lui… Ne pas l’avoir fait est selon eux une preuve de lâcheté !…

Franchement, je me demande ce que ces gens peuvent boire ou fumer avant de délirer de la sorte sur leurs claviers…

Je m’attends à lire bientôt que je suis la reine des poules mouillées pour n’avoir pas moi-même exécuté Rouillan d’une balle dans la tête…

Je me dois de révéler maintenant une information, dont je crains — tant pis! — qu’elle dépasse un peu l’entendement, format aquarium, de mes procureurs d’eau douce :

J’ai fait savoir à qui de droit et en temps utile, par l’intermédiaire de mon amie Hellyette Bess, que j’étais disposé à venir témoigner EN FAVEUR de Jean-Marc Rouillan, sur la base de mes positions rendues publiques au préalable, pour dire que sa condamnation et surtout sa remise sous les verrous serait absurde et d’aucune utilité, même symbolique, pour je ne sais quelle lutte «antiterroriste».

Certes, je n’ai pas été trop surpris qu’il ne soit pas donné suite à cette proposition.

Cependant et à tout hasard, j’affirme ici publiquement qu’elle demeure valide pour le procès en appel.

Je m’attarderai avant d’en terminer sur un point qui a particulièrement fâché mes accusateurs publics. Il s’agit de mon reproche à Rouillan de ne pas avoir consulté ses (ex)camarades d’AD avant de déclarer sur une radio, à propos de la tuerie du Bataclan, entre autres : « C’est technique. Nous aurions pu faire ça, nous aussi ; nous aurions pu faire les mêmes opérations ; c’est le but ; mais nous ne pouvions pas le faire parce que nous avions d’autres principes, une autre stratégie, une autre tactique. ».

Mes accusateurs commentent :

Ce crétin [coucou, c’est moi !], qui prétend tout savoir sur AD et son fonctionnement interne, et même si Jean-Marc a ou n’a pas « consulté ses camarades », n’a pas encore compris qu’AD n’existe plus depuis longtemps, ce qui prouve encore une fois que sa haine des non-repentis est le seul motif de ses saloperies.

Ainsi AD n’existerait plus ? En voilà une révélation, les gars !

Mais les gens dont vous parlez, et dont vous prétendez gratuitement (et à rebours de ce que j’ai écris ici-même : «Régis Schleicher, un homme libre !» ) que je les « hais », ils existent eux.

Et même, ils ont des problèmes de boulot, des problèmes de logement, des problèmes avec la justice, avec les flics… Et non, ils n’ont vraiment pas besoin qu’un ancien camarade, de surcroît désigné par la presse et la justice bourgeoises comme le chef de la bande, viennent vomir d’aussi ahurissants étrons sur eux et leur action passée.

Et si vous ne pouvez pas comprendre ça, camarades procureurs, vous aussi feriez bien de fermer vos gueules !

Au passage, touchez-en donc un mot à celles et ceux que vous pouvez croiser (je ne sais pas où vous habitez). Trouvez-en un ou une qui approuve la déclaration ci-dessus citée de Rouillan.

Un(e) seul(e) !

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Revenons à Rouillan et à votre curieuse manière de l’aider.

Jean-Marc Rouillan est donc passé en procès. Il a adopté comme ligne de défense, en gros : « Cette émission de radio, c’était n’importe quoi ; j’étais fatigué ; j’aurais dû partir ; je n’ai pas osé le faire ; d’ailleurs y’a pas une phrase une français. ».

Bref. La position actuelle de Jean-Marc Rouillan est que les propos que tout le monde a pu et peut écouter dans l’enregistrement de cette émission ne reflètent pas son point de vue.

Dont acte !

Cette ligne de défense n’a malheureusement pas dissuadé la dite « Justice » de le condamner à 8 mois de prison ferme. Il a fait appel et j’espère qu’il sera relaxé ou dispensé de peine (voir plus haut).

La pétition, dont je crois comprendre que mes accusateurs étaient signataires, relevait à mon sens d’une très mauvaise stratégie, précisément parce qu’elle s’abstenait de toute distance critique par rapport aux déclarations de Rouillan, ce qui était d’abord inadmissible moralement et politiquement, et surtout ce qui réduisait la défense à la thèse du complot des médias, irrecevable pour n’importe quel auditeur de bonne foi — militant ou non, magistrat ou non.

Autrement dit, au prétexte de ne pas avoir l’air de critiquer Rouillan (impératif pseudo-moral), je pense que cette pétition ne pouvait que l’enfoncer un peu plus.

Que se passe-t-il aujourd’hui ?

Au lieu de se contenter de s’aligner sur l’actuelle position de Rouillan — aucun de ses propos radiodiffusés ne reflète son opinion réelle —, et de croiser les doigts, mes anonymes procureurs reviennent — certes pour le plaisir gamin de polémiquer avec moi — sur des propos de Rouillan que j’ai épinglés, en réaffirmant qu’ils ont été déformés par les médias.

Il est bien possible que ces farouches anhardchistes espèrent vraiment rendre service à Jean-Marc Rouillan.

N’empêche, je serais lui, non seulement à l’avenir je refuserais les interviews, mais aussi les pétitions et les textes de soutien…

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Post scriptum

Pour les lectrices et lecteurs intéressé(e)s par la question de la violence révolutionnaire, et que l’on aurait convaincu(e)s que je dois être un non-violent par principe, je renvoie, sur ce même blogue à «Si vis pacem kalachnikov».

Guerre psychologique pour classes de maternelle

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Une personne me signale que sur Indymedia Nantes, on trouve, posté récemment, un extrait de l’un de mes textes figurant sur le présent blogue, «Ma fiche de police sexuelle», avec le statut «refusé» (et sans lien menant à l’article original). Le dit statut n’empêche pas que le texte soit visible.

Ce texte a été posté sur Indymedia par un tiers — dont il n’est pas trop difficile d’imaginer l’identité à la lumière de certaines récentes polémiques — comme si c’était moi qui l’avait fait.

Figure, c’est le cas de le dire, en illustration, mon portrait dessiné par Edmond Baudoin, avec comme légende «Moi-même» !

Je n’ai aucune raison de proposer à Indymédia un texte (d’ailleurs pas récent) qui est déjà publié ici, surtout quand il s’agit d’une partie d’un ensemble. J’ai aussi autre chose à faire.

Le «posteur» anonyme a sans doute fait le calcul que la combinaison entre le contenu «intime» du texte et la démarche saugrenue de le proposer tardivement (et sans source) sur un site de contre-information, alors qu’il l’est déjà ici, donnerait de moi l’image d’un Narcisse militant et compulsif.

Il ne s’est d’ailleurs pas complètement trompé, puisque le texte est «refusé» pour une raison particulièrement sotte: il relèverait de l’«égotisme» et n’aurait aucun rapport avec l’objet du site, autrement dit les luttes sociales.

Où l’on voit qu’il reste, dans les têtes de certain(e)s, un peu de chemin à parcourir pour aller Au-delà du personnel, en reprenant le titre d’un recueil de textes publié par l’Atelier de création libertaire en 1998.