UN MONDE SANS POLICES ET SANS PRISONS, plutôt qu’un monde sans Rémi…

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Ce que nous voulons :

UN MONDE SANS POLICES NI PRISONS

…PLUTÔT QU’UN MONDE SANS Rémi, Alexis, Cyril, Carlos, Loic, Christian, Pérrine, Lahoucine, Yacine, Abdelghani, Noureddin, Nabil, Youssef, Mohamed, Christian, Mohamed, Ahamadou, Abdelilah, Amine, Wissam, Serge, Mohamed, Kévin, Nabil, Steve, Ahmed, Mostepha, Malek, Joseph, Mahamadou, Louis, Luigi, Lassana, Karim, Ali, Yakou, Hakim, Christian, Mohamed, Mohamed, Hakim, Abdel Akhim, Naguib, Ilies, Mohamed, Joseph, Baba, Réda, Jonathan, Tina, Raouf, Moushin, Larami, Joseph, Louis, Olivier, Nelson, Chulan, Gérard, Mohamed, Lamine, Fethi, Julien, Guillaune, Taoufik, Vilhelm, Karim, Abou, Bouna, Zyed, Abdelhafid, Hassan, Ibrahim, Mickaël, Abdelkarim, Moktar, Léon, Kanavathipphillai, Aurélien, Mariane, Nicolas, Mourad, Georges, Xavier, Moussa, Mohamed, Ricardo, Abdel Ila, Hocine, Saida, Stéphane, Edouard, Djamel, Redouane, Jeremy, Manuel, Ali, Riad, Jérémie, Vital, Éric…

…et tous les autres tué(e)s par DES FLICS ET DES MATONS.

 

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Note. J’ai élargi au système pénitentiaire un «slogan» qui ne concernait à l’origine que la police. Cela exigera, hélas ! d’allonger considérablement la liste des victimes (je publierai une liste revue et corrigée si on me l’envoie).

Reste que l’idée de ce «slogan» en forme de martyrologe ne présente pas seulement un intérêt «dramatique». Il répond du tac au tac à la réaction courante et défaitiste, que nous avons tous et toutes entendue mille fois: «Mais c’est pas possible, un monde sans police ! (sans prison, etc. on peut décliner)».

Nous répondons:

Ce qui est impossible, ce qui est invivable pour nous, c’est un monde où nous sommes privé(e)s de Rémi, Yacine, Vital (ajouté), Éric (ajouté), Noureddin, et tant d’autres, tués par des flics et des matons…

Une «Femen» «amendée»? ou «Jésus reviens, ils sont devenus mous!»

À l’approche des fêtes religieuses (et consuméristes), je vais faire preuve d’un œcuménisme que certain(e)s jugeront surprenant, voire outré, en Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17reproduisant intégralement une dépêche trouvée sur le site de La Bonne nouvelle [sic], mensuel de l’Église évangélique du canton de Vaux.

On notera d’abord son titre, qui du fait d’un helvétisme charmant (ou s’agirait-il d’un jeu de mots délibéré ? non, n’est-ce pas!), semble prendre les désirs des rédacteurs pour la réalité : il est peu probable que la militante Femen se soit amendée sous prétexte qu’elle a été punie d’une amende (passons sur la faute d’accord, qui n’en commet jamais ?).

À moins que…

 

Une Femen amendée pour avoir profaner [sic] la cathédrale

Une activiste Femen a été condamnée à soixante jours-amendes à 25 francs. Elle avait perturbé la messe de noël en 2013 à la cathédrale de Cologne en sautant à demi-nue sur l’autel. Le procureur avait ouvert une action en justice contre la jeune femme, qui vit aujourd’hui à Hambourg, pour perturbation de l’exercice du culte. Josephine Witt avait sauté sur l’autel où le cardinal Joachim Meisner célébrait la messe. On pouvait lire sur sa poitrine le slogan «Je suis Dieu». Elle avait en outre proféré des paroles anti-religieuses.

La jeune femme, âgée de 20 ans à l’époque, aurait pu être jugée par le tribunal des mineurs. En Allemagne en effet le droit pénal des mineurs peut s’appliquer pour des actes commis jusqu’à 21 ans, notamment lorsqu’il s’agit de faits lié à un comportement de jeune, irréfléchi et commis par goût de l’aventure ou de la provocation.

Un geste politique

Le procureur a estimé que la jeune femme, issue d’une famille stable, ayant passé son baccalauréat à 18 ans, avant de travailler dans l’aide au développement et d’entreprendre des études supérieures, n’avait en rien agit de manière spontanée ou irréfléchie. Il a donc requis la peine prévue par le code pénal des adultes, soit 80 jours-amendes.

L’accusée a elle-même reconnu que son geste avait un caractère pleinement politique. Il ne s’agissait pas en priorité de perturber la messe, mais de manifester pour les droits des femmes, la paix et la réconciliation. Raison pour laquelle elle avait enlevé ses bottes afin de ne blesser personne et s’était ensuite laissée emmenée sans résistance. Elle s’est dite surprise de l’ampleur de la réaction dans l’assemblée. Elle a regretté en outre que son geste n’ait visiblement pas provoqué de prise de conscience dans l’Eglise catholique. Elle a enfin refusé de s’exprimer sur la peine infligée.

 

Utile dépêche, décidément, qui nous révèle une particularité du droit des mineurs germanique qui permet de poursuivre comme mineur(e) un(e) majeur(e) qui a commis un délit «par goût de l’aventure ou de la provocation». Si l’on décide de faire confiance aux bienheureux nouvellistes du canton de Vaux, c’est une information précieuse. Même si, en l’espèce, un procureur a jugé — de manière très honorable d’ailleurs — qu’il importait de prendre au sérieux l’acte militant de Josephine Witt.

Josephine a eu de la chance dans son malheur… Elle aurait tout aussi bien pu être, sous d’autres cieux, lapidée pour blasphème ou tout simplement enfermée en hôpital psychiatrique pour s’être présentée comme «Dieu».

Que savons-nous de Dieu me direz-vous ?

Que savons-nous de Josephine ? vous répondrai-je.

Peu de choses et beaucoup à la fois. Josephine semble, au moins par le mode d’action qu’elle a choisi, se rattacher au mouvement Femen. En effet, sauter « à demi-nue » sur l’autel ne peut signifier qu’une chose: les seins nus. Je pense que si Josephine avait exhibé ses fesses et son pubis dans la cathédrale de Cologne, on nous en parlerait autrement (ce qui peut, si vous y tenez absolument, être considéré comme le symptôme d’une évolution des mœurs).

Femen ou assimilée, donc. Mais Josephine inscrit un étrange slogan sur son torse : Je suis Dieu. Admettons qu’il s’agit là de ce goût de la provocation juvénile, dont le procureur n’a pas voulu tenir compte. Josephine ne croit pas vraiment qu’elle est Dieu. Elle fait ça pour emmerder le catho, si l’on me passe cette expression un peu crue. C’est sûrement ça.

Sauf que non. Pas exactement.

Que voulait-elle nu-manifester ? « Il ne s’agissait pas en priorité de perturber la messe, mais de manifester pour les droits des femmes, la paix et la réconciliation. »

Passons sur la première affirmation, peut-être imputable à un tardif souci tactique. En effet, la meilleure manière de ne pas perturber une messe de Noël dans une cathédrale est de ne jamais y mettre les pieds (je m’en tiens, pour ce qui me concerne à cette règle de conduite). Et venons-en aux objectifs.

1) Les droits des femmes. C’est un peu général, mais je comprends.

2) La paix. C’est extrêmement général, mais je veux bien comprendre.

3) La réconciliation. C’est excessivement vague, tellement que je n’y comprends plus rien.

Réconcilier ?…

L’Église avec les femmes, dont elle piétine depuis toujours les droits ?… Les procureurs avec les jeunes filles majeures ?… Ou qui avec quoique ?!?

Tant qu’à se mêler de liturgie et de théologie, Josephine-“Dieu”-Witt aurait peut-être mieux fait de relire ses classiques:

Évangile selon Matthieu, 10, 34-36.

[Jésus speaking]

N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère, et la bru à sa belle-mère: on aura pour ennemis les gens de sa famille.

La Bible de Jérusalem, Desclée de Brouwer, p. 2017.

Franchement, on préfère l’original à la copie, là ! (même si, voir illustration ci-après, les exploitants du label ont fait dans niaiserie consensuelle, sauf en temps de guerre, cela s’entend !).

«Réconciliation», poursuivent les Vaudois « raison pour laquelle elle avait enlevé ses bottes afin de ne blesser personne ».

Voilà, c’est le détail de trop. Maintenant, et puisque je sais Josephine en liberté, avec quelques heures de TIG à effectuer, je peux le dire sans état d’âme (le moment de le dire !): Josephine m’agace.

Je veux bien croire que le spectacle de cette jeune femme se perchant, les seins nus, sur l’autel de la cathédrale de Cologne avait quelque chose d’original, et même de piquant par les réactions qu’il a suscitées dans l’assistance. Je veux bien admettre la sincérité de ses convictions pacifistes-réconciliatrices. Mais en fait de messie, de rebelle, et de féministe radicale, elle mérite plutôt d’être promue cheftaine scout que d’être amendée par le travail.

Une cheftaine scout condamnée à repeindre la sacristie…

Regrettons que cela n’ait «visiblement» pas provoqué de «prise de conscience dans l’Église catholique», qui continue à compter sur une main-d’œuvre aussi aléatoire (et gratuite !) pour la réfection de ses locaux. Heureusement que les protestants sont là pour débiner fielleusement la concurrence. Sinon, on ne l’aurait pas su.

 

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APPEL POUR UNE ÉNIÈME RÉPUBLIQUE : La pensée «Pouf-Pouf»

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es mélenchonneries sur la VIe rép. s’ornent désormais d’un appendice féministe.

Un « Appel pour une VIe République féministe » a en effet été signé (à Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17l’heure où je consulte le texte) par 16 personnes, de tous les sexes, comme on disait sous la Première République. Parmi elles, Inna Shevchenko, qui signe modestement « militante Femen », sans indiquer son grade réel dans l’armée qu’elle dirige en généralissime.

Cette VIe rép. (ça sonne comme un nom de régiment parachutiste ; mauvais signe !) présente surtout l’avantage de se situer après la Ve. Ces gens ont beaucoup d’ordre.

Le deuxième avantage de ce type d’initiative totalement hors du réel, est que chacun(e) peut apporter son manger et ses préoccupations.

Les féministes VIe rép. en tiennent, assez logiquement, pour « l’égalité des personnes sans distinction de sexe, d’orientation sexuelle et d’identité de genre ». Et attention ! Dès le préambule de la nouvelle constitution. Pas question d’aller imprimer ça en tout petits caractères, en bas du programme.

…Pour l’avortement, la contraception les congés maternités et parentaux. Etc.

Ces « droits fondamentaux et inaliénables des femmes » doivent être « gravés dans le marbre d’une nouvelle constitution ».

Euh !…

J’éprouve le plus grand respect pour les marbriers et autres tailleurs de pierre et je serais heureux que la rép. leur fournisse un peu de travail. Cependant, d’un strict point de vue politique, je m’interroge.

En quoi le fait de « graver dans le marbre » des principes reformulés peut-il constituer en quoi que ce soit une solution aux problèmes qui se posent à nous ?

Je crains que la notion de « performativité », répandue depuis quelques années, via notamment les travaux de Judith Butler, ait fâcheusement revivifié la pensée politique magique.

En gros, pensent ses tenants, francs cyniques ou niaiseux rêveurs, on ne peut jamais savoir avant ce qui se peut se produire. Donc on fait « comme si ». Si ça produit quelque chose [dans tes rêves !], c’est super ! Sinon, on aura occupé les militants, et le devant de la scène pendant quelques mois. Toujours ça de pris (sans compter les adresses mails collectées dans les réus).

C’est ce que j’appelle la « pensée Pouf-Pouf », en référence à la formule magique enfantine, que nous sommes nombreuses à employer encore, par exemple quand nous nous sommes embarqué(e)s dans une phrase mal formulée, pour indiquer que nous reprenons de zéro.

Le premier effet, immédiat, celui-là, d’un texte aussi confusionniste que l’appel à la rép. féministe, est la récusation des luttes de classes et des luttes de femmes. Temps perdu ! Il suffisait d’aller à Carrare, choisir un beau marbre où graver en chœur nos beaux sentiments.

Au passage, on remarquera avec un haut-le-cœur, que ce raisonnement est similaire à celui des législateurs (droite et gauche) à propos de l’ « antiterrorisme » : un attentat réel, un échec policier, une manif mal contrôlée… Hop ! un nouveau texte de loi. La différence est que ces textes empilés finissent toujours, eux, par être promulgués et utilisés pour nuire.

Le monde tel que le voient les VIe répistes ignore les classes sociales, et leurs intérêts contradictoires. Leur texte suppose implicitement que le système capitaliste (jamais nommé bien sûr !) fonctionne mal par hasard, ou du fait d’un comportement inapproprié de certains utilisateurs.

Le remède proposé s’apparente à une espèce de service après-vente collectivement assumé :

« Donner au peuple une manière active et effective de faire entendre sa voix, de penser ensemble l’intérêt général. Cet exercice collectif qui l’engage dans une dynamique constructive et vertueuse, qui l’arrache au sentiment de fatalité et au plus suicidaire des mécanismes de défense, passe par l’élaboration en commun d’un nouveau pacte social, d’une nouvelle Constitution. »

« Pacte social » : Rousseau + François Hollande contre Marx.

« Élaboration d’une nouvelle constitution gravée dans le marbre » : Souvenirs de 1791 + Moïse et les tables de la loi.

Il va falloir agiter rudement le shaker…

Le seul ennemi clairement identifié par les féministes VIe rép., c’est l’extrême-droite. Ah ! l’extrême-droite… D’abord providence des bricolages électoraux mitterrandiens, toujours repoussoir utile du citoyennisme, à condition évidemment qu’elle ne contraigne à « changer le peuple », lequel aurait malencontreusement porté au pouvoir l’épouvantail sorti de son champ.

On comprend bien l’intérêt que trouvent des politiciens marginalisés dans ce genre d’initiative. Apparaître (tout court). Apparaître rassembleur, de surcroît.

Des militant(e)s n’ont rien à y faire. C’est un mensonge (cynique ou naïf, peu importe) sur la nature du système et des rapports de force, un appel à la collaboration de classes (citoyenne, s’entend !) au service d’une refondation constitutionnelle qui n’aura pas lieu.

Elle n’aura pas lieu, parce que les conditions qui la rendraient réellement possible constitueraient (le moment de le dire !) un mouvement social d’une ampleur telle qu’il la dépasserait.

Les appels pour la énième rép., féministe ou pas, sont aussi une énième manifestation de la pensée « Pouf-Pouf ». Ils sont un symptôme, certainement pas une amorce d’ombre de solution.

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Nota. Cependant, afin de ne pas paraître céder au « sentiment de fatalité » que souhaitent conjurer les auteur(e)s, je donne ci-dessous ma modeste contribution personnelle.

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Petit portrait de l’amour en désastre

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Jamais sans doute le titre de cette rubrique — « Cimetière de projets » — ne sera plus adéquat. Pourtant il ne s’agit exactement ni d’un embryon ni d’un cadavre de texte. Ni d’un brouillon ni d’une œuvre qui n’aurait pas trouvé preneur, ou dont la publication aurait été contrariée par un aléa éditorial.

Le laborieux exercice de transfèrement des textes de mon site vers ce nouveau blogue m’a contraint à « faire le ménage » dans des fichiers poussiéreux, d’où émerge ce Petit portrait de l’amour en désastre, sauvegardé dans une version obsolète de Word. En « mode compatibilité » est-il précisé. Le terme est bien mal choisi !

Les extraits du texte que je reproduis ont été soigneusement choisis pour ne pas permettre d’identifier la personne dont il est ici question (et dont je suis sans nouvelles depuis une vingtaine d’années). Même si l’objet du texte est de décrire une relation et non de faire son portrait à elle, et malgré ce long délai, bien des détails permettraient à des proches — ou à elle-même ! — de la (de se) reconnaître.

Pourquoi, dans ces conditions, publier un texte mutilé ?

D’abord pour apaiser, autant que faire se peut, ma frustration d’auteur.

En guise de disposition testamentaire ensuite. Le présent texte, que l’on trouvera après mon décès (je sais que je ne pourrai me résoudre à le détruire) sur un disque dur ou dans mes brouillons, ne devra pas être publié — à supposer évidemment que quiconque s’en soucie jamais ! — avant l’an 2044.

La fille de la dame en question (je leur souhaite longue vie à toutes deux) aura une cinquantaine d’année (je suis nul en calcul mental, c’est une approximation). Tout cela n’aura plus d’importance pour personne (et je serai mort depuis belle lurette).

Pour répondre à une question qui viendra à l’esprit de certain(e)s : non je n’ai jamais pensé à envoyer ce texte à la personne qui l’a inspiré. C’eut été sottement cruel. Il m’arrive d’être sot, mais j’ai peu de disposition pour la cruauté (je le regrette parfois, mais c’est une autre histoire).

Je parlais plus haut de l’exercice (dérisoire, certes, mais la vie elle-même…) de pallier ma frustration d’auteur. Je suis conscient du peu d’élégance du moyen employé : susciter celle des lecteurs et des lectrices. Mais après tout, n’est-ce pas constitutif du rapport entre celui/celle qui écrit et celui/celle qui lit ?

 

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Elle rectifie la position du col de cygne au-dessus du lavabo : juste à l’aplomb de la bonde, pour éviter les éclaboussures.

Je préfère le décaler un peu : je n’aime pas le bruit produit par le jet tombant directement dans le siphon.

Deux maniaques ! Deux conceptions de la vie, peut-être.

[…]

 

Elle se considère comme viscéralement attachée à l’amour exclusif. La douleur provoquée par la jalousie est quelque chose qu’elle ne pourrait « même pas » exprimer.

Elle me considère comme « un homme à femmes », un séducteur.

Entre le jour de notre rencontre et celui de notre séparation, elle a eu au moins trois liaisons avec d’autres hommes. Moi aucune, avec aucune femme.

Cela ne change rien à la manière dont elle se voit, dont elle me voit.

C’est moins contradictoire qu’il n’y paraît. Puisque je suis un « homme à femmes », elle ne peut rien attendre de moi ; notre relation est donc frappée de nullité dès l’origine. Bien que nous soyons amants (elle dit : que nous « couchions ensemble »), elle ne se considère pas engagée dans une relation. Elle peut donc enchaîner des liaisons successives sans avoir le sentiment de tromper quiconque, à commencer par elle-même. J’ignore si le raisonnement ne s’applique qu’à moi ou bien s’il est démultiplié.

En tout cas, c’est un comportement de garçon, pour une fille moderne.

[…]

 

Nous nous retrouvons après une brouille de plusieurs mois. Elle avise une photo d’elle et sa fille, prise par moi, que j’ai accrochée au-dessus de mon bureau. Elle dit : « Je ne vois pas très bien comment je pourrais expliquer ça à ma fille si elle vient ici ».

Je vois très bien, moi, comment je pourrais expliquer à sa fille (et à quiconque) que j’aime avoir sous les yeux une photo, que j’ai prise, de deux êtres auxquels je pense si souvent.

Il n’existe pas de photo où nous figurons, elle, sa fille et moi. C’est autant d’économisé en frais de retouche.

[…]

 

Je l’ai accompagnée au train. Elle me dit qu’étant donné ce qu’elle vit à X [une ville du Nord de la France], elle ne pense pas pouvoir assumer notre histoire plus longtemps. Scène de genre pour hall de gare.

Je rentre chez moi ravagé.

Je suis au lit depuis un moment lorsque le téléphone sonne. Elle m’appelle pour me dire que son TGV a une avarie ; elle plaisante sur les catastrophes récurrentes qui perturbent le trafic Paris-X. Est-ce que je peux rester éveillé un moment ? Elle risque d’avoir à revenir dormir chez moi, elle me rappellera dès que la situation se précisera.

Sa voix est claire, enjouée ; elle semble heureuse de me parler. Soulagée peut-être. Très masculine encore, cette façon de considérer les sentiments des autres automatiquement accordés aux siens, lesquels obéissent à une mystérieuse télécommande : play, stop, delate.

[…]

 

Nous nous voyons presque tous les jours ce mois d’août, elle et sa fille, pendant leur séjour parisien.

Annonce de l’arrivée inopinée d’un amant… Elle dit : « Je ne te l’avais pas dit. J’ai rencontré quelqu’un ». Lequel quelqu’un, ignorant mon existence comme j’ignorais la sienne, est fondé à penser qu’il fait plaisir à tout le monde en se rendant disponible de manière imprévue.

Je nous revois en discuter sur le divan effondré de l’appartement où elle loge, pendant la sieste de sa fille. Elle dit : « Tu ne perds ton sens de l’humour en aucune circonstance, c’est ça ? ». Je me souviens d’un sentiment aigu de ridicule, mais qu’ai-je pu dire ? Impossible de m’en souvenir.

[…]

 

Elle dit : « C’est la première fois que je regrette d’avoir couché avec un mec ». Elle parle de moi.

[…]

 

Je lui écris de longues lettres, à la main, exercice dont je suis d’autant plus déshabitué que mon écriture me semble illisible. Elle m’assure qu’elle la déchiffre sans difficulté. Je redécouvre la crampe de l’écrivain et l’illusion de l’épistolier, qui croit que l’aimée dévore déjà sa missive quand il vient juste de la glisser dans la boîte aux lettres.

Je lui écris une lettre où je manifeste le désir d’elle que j’éprouve. Texte certainement banal et d’ailleurs sans prétention, qui ne vaut que parce que c’est mon désir qui s’adresse au sien, séparés que nous sommes par la distance et les longs intervalles entre nos rencontres.

Elle dit : « J’aime bien quand tu me racontes tes trucs. Mais là…! » Capable de sensualité, elle assimile tout ce qui peut être rattaché à l’érotisme à de la perversion. Le plaisir ne se pense ni ne se parle. Ma chandelle ainsi mouchée, mon feu éteint, je pose définitivement la plume.

[…]

 

Elle récuse formellement l’hypothèse, pour moi d’évidence, que nos voisins de table au restaurant nous supposent amants.

— Qu’y aurait-il d’extraordinaire, puisque nous sommes amants !

À ses yeux, c’est un sophisme, vaguement obscène.

[…]

 

Quoique capables de nous comprendre, nous ne parlons pas tout à fait la même langue. Trentenaire, elle s’exprime dans la vie courante, c’est-à-dire en dehors des conversations intimes à forte charge affective, à l’aide d’une dizaine d’expressions générationnelles, comme « J’hallucine ! » (forme abréviée : « J’halluce »), « Je suis dégoûtée ! », « C’est clair ! ».

Si je l’informe, pour signifier que la salle de bains est libre que « j’ai fini ma toilette », elle dit : « Ouah ! la vieille expression ». Avec un sourire plus gêné qu’ironique.

[…]

 

Visiblement, elle n’aime pas que je chante. J’en suis d’autant plus étonné et mortifié que j’ai l’habitude d’être complimenté pour ma voix. Elle dit : « Si tu aimes chanter, tu devrais aller dans une chorale. »

[   ] …

 

 

De l’usage incongru, quoique médical, d’une méthode de torture, pour chasser les idées noires

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Contrairement à ce que laissent entendre les grincheux, les revenus de tout et les dépressifs, contrairement donc : il y a de bonnes nouvelles certains jours.

Ainsi pouvait-on lire le 17 novembre dernier, sur le blog du Dr Jean-Yves Nau, médecin et journaliste de son second état, celle-ci :

« Contrairement à ce que professait Albert Camus le suicide pourrait, sérieusement, ne pas être une problématique philosophique. Il pourrait bien s’agir d’une stricte question de ressorts biologiques. »

Vous me direz peut-être, pour peu que vous ayez eu à lire quelques ouvrages consacrés au suicide (cette licence de psycho, jamais menée à terme…) que c’est environ la trois cent quatre-vingt douze millième fois que, depuis un siècle et plus, des hurluberlus prétendent avoir découvert « le » fondement biologique « du » suicide.

C’est finement observé.

Mais cette fois, comme l’on dit de nos jours, « c’est du lourd ! ». Et l’on comprend que le Dr Nau se sente en position de se payer au passage la tête d’Albert Camus (un compte à régler depuis la terminale ?), et qu’il sous-titre ironiquement son papier « Anti-suicide, mode d’emploi » (c’est bon, ça, coco).

« Il y a trente-deux ans, écrit Dr Nau, un ouvrage français sulfureux détaillant les procédés techniques pour en finir faisait scandale (Claude Guillon, Yves le Bonniec – éditions Alain Moreau [ici lien vers Wikipédia]). Aujourd’hui une étude américaine fournit les éléments permettant, le cas échéant, de ne pas passer à l’acte. »

Putain, trente-deux ans !

Du coup, les souvenirs se brouillent un peu (moi-même, si vous saviez !). Dr Nau ne se souvient plus trop quel pouvait être le contenu de Suicide, mode d’emploi. Avec un titre pareil, le bouquin devait « détailler les procédés techniques pour en finir ».

Détailler les procédés techniques… je serais curieux de savoir quel est le pourcentage de lectrices et de lecteurs, trop jeunes pour avoir eu le livre entre les mains, qui à la lecture de cette expression, penseront à des médicaments [1].

« Procédés techniques » évoque plutôt le nœud coulant, le saut à l’élastique sans élastique, ou la balistique.

Comme je l’ai rapporté dans Le Droit à la mort, Dr Nau a précisément publié, à propos du suicide de Pierre Bérégovoy, un bel exemple de ce que nous avons appelé l’« information par inadvertance ». En l’espèce sur le suicide par arme à feu. Il interrogeait un spécialiste de médecine légale, lequel livrait sans se faire prier les précautions à prendre pour ne pas se rater, détails reproduits par Le Monde (8 mai 1993).

En toute innocence, bien entendu, et de la part du spécialiste et de la part des journalistes, puisque ces gens croient vraiment que ce qui compte c’est d’être du « bon côté », avec les « gentils ». Et dès lors on peut faire exactement ce qu’on a reproché aux « méchants » de faire, à longueur de colonnes, sans encourir la même réprobation morale.

C’est ce qui différencie les moralistes des matérialistes.

Pourquoi je vous raconte tout ça, moi ?…

Ah oui ! le livre « sulfureux », dont je suis coauteur.

D’ailleurs, « sulfureux »… ?

« Le rayon sulfureux qu’en des songes funèbres Il nous apporte de l’enfer ! »

« Il », c’est Lucifer, et l’auteur, Hugo (je l’ai trouvé dans Littré ; Wiki buggait). Émanation de l’enfer, hein ! Vraiment pas matérialistes. Mais moralistes, oui.

Dr Nau écrivait (Le Monde, 22 mai 1982) : « Si à la suite de leur initiative [notre livre], un tel débat [sur le droit à la mort] s’établit […], il permettra peut-être de trancher et de dire si les profits tirés de l’entreprise [les droits d’auteur] sont les fruits du seul maniement du paradoxe [sic] ou si, plus gravement, vient s’y ajouter l’expression d’une forme de perversité. »

« Faisait scandale » ! Le scandale, ce sont les journalistes qui l’ont « fait »…

Mais je bavarde, je bavarde, et je vous laisse dans l’ignorance de cette merveilleuse découverte qui permettrait « le cas échéant, de ne pas passer à l’acte ». Passons sur le fait que cette formulation donne à penser que c’est le souci des dits « suicidaires » de « ne pas passer à l’acte ». C’est d’ailleurs probablement vrai pour un certain nombre d’entre eux/elles, mais c’est surtout le souci des médecins. Bref.

Il s’agit d’un travail mené outre-Atlantique et qui vient d’être publié dans le Journal of Psychiatric Research. Il a été mené par quinze chercheurs du département de psychiatrie de l’université de Caroline du Sud (Charleston) dirigés par les Drs Gregory L. Sahlem et E. Baron Short. Les auteurs ont travaillé sur dix personnes âgées de 20 à 60 ans souffrant de dépression unipolaire avec des tendances suicidaires aiguës.

Ils se sont inspirés de travaux préalables laissant penser que le sommeil pouvait avoir un impact négatif sur cet état mental — et que la privation de ce même sommeil pouvait être salutaire. Une équipe italienne s’était notamment intéressée à cette approche contre des dépressions devenues résistantes aux médicaments.

Le travail mené à Charleston est le premier à s’intéresser à ce type d’intervention chez des personnes victimes de ce type de dépression à haut risque suicidaire. A la prise en charge habituelle de ces malades ils ont associé une « chronothérapie » : privation de sommeil, avance de phase du sommeil et photothérapie.

En pratique ce traitement consistait en une nuit de privation complète de sommeil (soit 33-36h d’éveil) suivie de trois nuits de sommeil avec avance de phase (de 18h à 1h du matin, de 20h à 3h, et de 22h à 5h). Et enfin une photothérapie (expositions à 10 000 Lux durant 30 minutes), administrée au sortir des trois nuits. […]

Ces résultats réclament d’être reproduits et validés sur des effectifs plus larges avec un long suivi. Mais rien, d’ores et déjà, n’interdit sa mise en œuvre dans des établissements spécialisés.

Là, Dr Nau est très professionnel. Il prend des précautions, souligne le caractère provisoire, à confirmer, de ces premiers résultats encourageants (sur dix personnes : un peu court, en effet).

Je suis bluffé. Je ne veux pas dire que je m’attendais à le trouver plus crédule. D’abord parce que j’ai une peur bleue des poursuites en diffamation, sommations d’huissiers et portiques de sécurité. Pour vous dire : à la seule vue d’un uniforme, je suis pris de tremblements convulsifs…

Bon, je ne suis pas là pour vous parler de moi.

« Crédule » ?…

Ah oui. Figurez-vous que j’ai eu l’occasion de citer Dr Nau six ans après Suicide, mode d’emploi, c’était dans De la Révolution (1988 ; putain, vingt-six ans !). Il s’agissait de rien moins que de « l’influence du cycle menstruel sur la criminalité féminine ». En gros, une majorité des femmes arrêtées pour violence ou vol à l’étalage auraient leurs règles, ceci expliquant cela.

« Ces quelques données ont été amplement confirmées par ailleurs », ajoutait Dr Nau (Le Monde, 25 février 1987).

Non, « crédule » ne convient pas du tout. Dr Nau est parfois enthousiaste. Voilà.

Mais cette fois, rien d’intempestif. Un optimisme de bon aloi, tout au plus.

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Maintenant, attardons-nous un instant sur cette méthode nouvelle et les réticences que je ne peux m’empêcher d’éprouver à son énoncé.

Il existe, non pas une méthode — ce serait trop dire —, disons une attitude, à l’égard des « suicidaires », supposé(e)s se « laisser aller » : leur mettre quelques bons (et amicaux s’entend) « coups de pieds au cul ».

La méthode décrite dans le Journal of Psychiatric Research, que je vous aurais volontiers détaillée davantage moi-même si l’accès en était libre, relève un peu de cette « philosophie ».

Il se trouve par ailleurs que la privation de sommeil est une méthode éprouvée de torture, de « torture blanche » dit-on, utilisée contre des prisonniers politiques à travers le monde (contre les défunts prisonniers de la RAF allemande, par exemple).

J’entends bien que les motivations médicales ici convoquées sont d’un tout autre ordre. Nul besoin d’obtenir un renseignement ou de détruire une personnalité rebelle.

Il ne s’agit — n’est-ce pas ! — que de briser une volonté mauvaise, erronée, contre-nature pour tout dire.

Qui pourrait y trouver à redire ? On ne peut tout de même pas laisser les gens se donner la mort eux-mêmes, comme si ça avait du sens…

Quant aux « patients », justement, je ne doute pas que les praticiens recueillent, conformément aux dispositions réglementaires en vigueur, leur « consentement éclairé ». Convenons que « 10 000 Lux durant 30 minutes » doivent amplement suffire.

Je n’aurai pas le mauvais goût de remarquer que, ça aussi, c’est une méthode en vigueur dans les commissariats.

C’est tout de même troublant, non ? cette attirance de la psychiatrie pour les façons de faire des flics et des bourreaux.

Ces gens sont tellement convaincus — loin de toute « perversité », cela va de soi — d’incarner la miraculeuse superposition du bon droit naturel avec le bon droit pénal, qu’ils vous crèveraient les yeux en attendant qu’une étude en double aveugle confirme les résultats prometteurs de l’opération sur l’addiction aux jeux vidéo…  il vous passeraient à tabac pour vous faire arrêter de fumer… ils…

Ils sont capables de tout.

Tenez, il ne manquerait plus que l’un d’eux ait l’idée de choquer les « suicidaires » avec un courant électrique…

Où ai-je la tête ?

Ils y ont pensé  — ils le font…

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[1] La loi de 1987, elle, parle de « produits, objets ou méthodes ».

Soral (ré)concilie machisme et racisme, c’est un début !

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Dans notre série : « Les petites dindes n’excusent pas les gros porcs »…

On lira peut-être avec intérêt, sur Street press, l’histoire de Binti, jeune femme mannequin, amenée à porter plainte contre Alain Soral pour « Injures à caractère racial, violation des données informatiques et menaces ».

 

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Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Conseils aux jeunes filles

Réfléchissez (avec le cerveau) avant d’envoyer des photos de vous nu(e)s à un inconnu (même célèbre)

Est-il besoin d’ajouter (oui, hélas !) : surtout quand il s’agit d’un militant raciste et que vous n’êtes pas de type « caucasien ». Faut-il préciser (oui, hélas !) qu’un antisémite est un raciste, donc capable de tous les racismes, et d’homophobie (parce que c’est aussi un racisme).