SOLIDARITÉ AVEC LES MINEURS DE TOUISSIT (MAROC) QUI OCCUPENT LEUR MINE!

Une nouvelle réunion pour reprendre les négociations devrait commencer le 24 décembre pour discuter des demandes d’augmentation des salaires, de l’amélioration des conditions de travail dans la mine, de la question des travailleurs contractuels et intérimaires, et d’un engagement de la direction à respecter le droit d’association et à ne pas licencier le grévistes.
Les mineurs ont fait preuve d’un courage et d’une force exemplaires en occupant leur mine à 700 mètres sous terre, dans des conditions dangereuses pour leur santé. Espérons qu’ils ne seront pas à nouveau trahis par les syndicats lors des négociations.
En attendant, apportons-leur le plus de soutien possible. Par exemple en envoyant des emails à la direction CMT pour demander:

  • Le respect et la dignité des mineurs, qui sont les seuls créateurs de richesse dans la CMT.
  • Des salaires dignes permettant de vivre, pour tous les salariés quel que soit leur statut
  • Conditions de travail dignes, conformes aux normes internationales de sécurité des travailleurs et d’environnement
  • Respect de la liberté d’association et d’expression, ainsi que du droit de grève.
    Compagnons de solidarité des deux côtés de la Méditerranée
    Pour contacter la direction de l’entreprise:
    Fax Direction générale: ° + 212 (0) 5 22 78 68 71
    E-mail: siege.cmt@cmt.ma Téléphone: +212 (0) 6 61 31 32 95 / (0) 5 22 78 68 61

Le crève-cœur

Il est des mots, des expressions, qui se forgent dans la rue et dans les cours de récréation. Personne ne les a vu venir ; personne n’imagine comment s’en passer désormais. D’autres gagnent leur statut dans l’écume de l’idéologie dominante, dans la bouche des prétendus « dirigeants » et de leur valetaille médiatique.

Ainsi en va-t-il du mot crève-cœur, parfois écrit sans tiret en novlangue. D’emploi très limité dans la langue quotidienne, il frappe par sa tournure désuète. Emmanuel Macron l’utilise, à ma connaissance, pour la première fois dans son discours du 12 mars 2020, qui annonce le Premier Confinement : « Ne pas rendre visite à nos aînés est – j’en ai bien conscience – un crève-cœur. »

Personnes âgées, chagrin, crève-cœur : l’association d’idées prétend mobiliser une forte charge émotionnelle. À strictement parler, il s’agit d’un contresens. Le dictionnaire de Littré (1837) donne comme signification : « Grand déplaisir, déboire mêlé de dépit ». On voit que le sens tend davantage vers l’amour-propre et le dépit, autrement dit la mesquinerie, que vers la générosité… du cœur. Mais il est probable que l’incongruité du terme rattrape avantageusement ledit contresens. Stratégiquement, la trouvaille n’est pas mauvaise. Elle permet au chef de l’État de s’afficher comme un être sensible, dont le cœur saigne (référence religieuse subsidiaire au cœur de Jésus) à l’idée d’imposer à ses concitoyens une réduction drastique de leur liberté (déplacements et rapports humains).

Le Crève-cœur est aussi le titre d’un recueil de vingt-deux poèmes d’Aragon, publié en 1941. Quoique fâcheusement teinté de patriotardisme, le livre contient quelques vers magnifiques, très adaptés au temps d’isolement sanitaire, notamment « Richard II quarante », dont le titre fait référence à Shakespeare :

Fuyez les bois et les fontaines

Taisez-vous oiseaux querelleurs

Vos chants sont mis en quarantaine

C’est le règne de l’oiseleur

Je reste roi de mes douleurs

Je ne crois nullement exagéré de supposer que M. Macron connaît ce recueil de poésies (il a la culture du bon élève de terminale qui souhaite attirer l’attention de sa professeur). Quant à sa pertinence dans le dispositif rhétorique qu’il met en place, elle est de lecture facile. En effet, dans son discours suivant du 13 avril 2020, le gestionnaire illibéral fait une référence marquée, et remarquée, à la période de l’Occupation : « Nous retrouverons les jours heureux. J’en ai la conviction. »

Les jours heureux – littéralement le titre du programme adopté par le Conseil national de la Résistance (CNR) le 15 mars 1944 – n’est-ce pas la fin du crève-cœur ?

On voit la subtilité du sous-texte historique et idéologique : à rebours de la préoccupation affirmée depuis des années de démanteler le programme du CNR et les avancées sociales de la Libération (considérée comme un fâcheux surgeon du Front populaire), il s’agit de faire naître une nouvelle aurore keynésienne (capitalisme sauvage modéré par l’intervention de l’État) qui mettra fin à la crise liée au Covid.

Après le crève-cœur (dont on comprend que M. Macron ne s’imagine pas l’oiseleur, même si c’est lui qui décrète le couvre-feu) viendront les beaux-jours. Ou autrement dit : « Ce qui vous aura tué par dizaines de milliers nous aura rendu plus forts ! »

Quoique légitimement critiqué comme une récupération, ce dispositif a rencontré la faveur servile du personnel de maintenance capitaliste : ministres et journalistes se sont empressés de moucheter de « crève-cœur » leurs litanies quotidiennes. Laisser les théâtres fermés ? Un crève-cœur pour Mme Bachelot, trop heureuse d’échapper au pénible exercice consistant à expliquer en quoi Marivaux est plus propice à la contamination que Géant Casino. « Un crève-cœur pour tout le monde ! » confirme le ministre démissionnaire François de Rugy. Laisser les remonte-pentes des stations de ski à l’arrêt ? Un crève-cœur, d’après la chaîne de désinformation LCI, etc.  

Tant de cœurs brisés et saignants servent à nous rappeler à quel point « nos » dirigeants se préoccupent de notre bien-être. On peut s’attendre à ce que tel des prochains plans de licenciements massifs habilement faufilés dans les dégâts collatéraux de la « crise du Covid » sera annoncé comme un crève-cœur par les gestionnaires des grandes firmes. Le crève-cœur est devenu un joker capitaliste. Comme tel, il est martelé quotidiennement, et d’ailleurs vidé de son sens ; le site « Yahoo.com » titre, le 20 décembre dernier, toujours à propos de Mme Bachelot : « Malgré un crève-cœur, la ministre ne lâche rien »…

Progressivement, le mot s’insinue dans les esprits. Votre attention attirée, vous ne manquerez pas de le remarquer dans les propos rapportés d’un fleuriste, d’un directeur de festival ou d’un propriétaire de restaurant. Il a fait son travail, bien joué son rôle : nous faire croire que nous communions tous et toutes, exploité·e·s et exploiteurs, dominé·e·s et dominants, dans le même chagrin devant une crise sanitaire et sociale qui relèverait de la fatalité.

Vivre n’est plus qu’un stratagème

Le vent sait mal sécher les pleurs

Il faut haïr tout ce que j’aime

Ce que je n’ai plus donnez-leur

Je reste roi de mes douleurs

ABOLITIONNISTE!

— «Comment, me demande avec insistance un·e correspondant·e anonyme, peux-tu te proclamer pour l’abolition de la prostitution, alors que des personnes prostituées sont en lutte pour leurs droits?»

Réponse: De la même manière que je prône l’abolition du salariat et de la valeur, en n’ignorant pas que des personnes salariées luttent pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

De la publicité comme contre-propagande

Deux publicités récentes – pour McDonald’s et Amazon – ressortissent davantage au genre de la contre-propagande qu’au «placement de produits». Comme dans certaines pubs pronucléaire d’EDF, il ne s’agit pas de vendre un produit (un burger, de l’électricité ou un service) mais de contrecarrer une propagande ennemie. Les grandes firmes produisent ce genre de propagande lorsqu’elles s’estiment acculées par des révélations gênantes ou des mouvements de contestation portant, en interne, sur la sécurité dans la fabrication d’un produit (électricité) ou sur les conditions d’exploitation des travailleurs et des travailleuses.

Si la publicité récente pour McDonald’s est une aimable escroquerie («J’apprends de mes erreurs!» dit la voix off d’une jeune femme qui vient de renverser des serviettes en papier), la publicité ci-dessous pour Amazon est un cas d’école. Elle utilise le vieux truc de toute propagande: plus c’est gros et plus ça a des chances de marcher. Pourquoi? Parce que le propagandiste compte que son culot aura un effet de sidération sur l’intelligence.

Ici un homme explique avoir travaillé de longues années dans le social, avec des jeunes ayant des troubles du comportements. Mais il «souhaitait intégrer une grande entreprise» où il pourrait «faire beaucoup de choses». Il s’occupe donc de robots. Et cette publicité veut nous faire croire que son nouveau travail de cariste est beaucoup plus chargé de sens que le fait d’aider des jeunes en difficultés. Ou plutôt, et c’est plus habile, c’est le discours implicite que la publicité lui fait incarner.

N’en voulons pas à ce comédien (ou à ce travailleur convaincu de jouer son propre rôle): il faut bien vivre. Mais observons qu’Amazon, «géant de la vente en ligne», outre l’effet de sidération déjà évoqué, montre simplement sa force.

«Bien sûr, nous dit-on réellement, nous exploitons nos employés; bien sûr nous entravons les libertés syndicales; bien sûr, c’est un boulot de merde…mais nous sommes les plus forts parce que vous ne pouvez déjà plus vous passer de nous! Nous pouvons donc nous offrir en prime le luxe de vous cracher à la gueule.»

Contre cette exploitation, contre ce monopole de fait, contre cette morgue, il n’existe qu’un moyen pour les travailleurs en interne: la lutte de classes. Et pour nous, consommateurs, le choix de soutenir d’autres réseaux de distribution: les réseaux parallèles et les librairies, par exemple.

Le thé, de l’exploitation à la tasse

Rien qu’en Inde, on considère que le thé (sa culture et sa récolte) «nourrit» un million de familles. Ce sont des femmes surtout (à 70%) qui travaillent dans les plantations. Elles sont surexploitées, à la fois mal payées et contraintes à des conditions de travail harassantes. L’épidémie de Covid a durement touché ces travailleuses, ajoutant la malédiction «naturelle» à l’exploitation.

Nous devons être attentifs – nous qui sommes du côté de l’anse, comme on dit du manche – aux conditions de travail de celles qui élèvent la belle drogue ambrée qui flatte journellement nos palais.