Expulsé d’un foyer pour un matelas de trop! ~ Procès le 11 juillet

TOUS AU PROCÈS DE LASSANA DIAKITÉ 

QU’ADOMA VEUT EXPULSER du FOYER DUÉE

POUR « PRÉSENCE DE MATELAS »

MERCREDI 11 JUILLET à 9h

TRIBUNAL DE PARIS

métro Porte de Clichy

Pourquoi est-ce que ADOMA, ex Sonacotra, filiale SNI et CDC Habitat, veut jeter Lassana Diakité, paisible retraité, à la rue ? M. Diakité habite un studio dans la « résidence sociale » rénovée située 31-33 rue de Duée, Paris XXe, métro Télégraphe. Un jour un huissier passe pour faire un « contrôle d’occupation ». M. Diakité, comme est son droit, refuse de laisser entrer ce personnage qui n’a pas prévenu de sa visite. L’huissier écrit dans son compte rendu qu’une personne, qui ne serait pas M. Diakité, lui aurait ouvert la porte et il aurait vu par dessus de l’épaule de son interlocuteur un matelas rangé sous un lit au fond du studio.

Cet incident fait partie d’une campagne plus vaste d’expulsions visant les travailleurs immigrés résidents des foyers qui ont été rénovés et transformés en résidences sociales. Aujourd’hui, l’individualisation des logements et le statut de sous-droit accordé aux résidents se combinent pour piéger les travailleurs immigrés africains qui habitent traditionnellement les foyers. Les conditions d’hébergement d’un tiers, membre de sa famille, visiteur, connaissance du pays, sont strictement limitées et encadrées. En dehors de ce cadre, toute visite nocturne est classée « suroccupation », et les autorités gouvernementales, les gestionnaires ont déclaré la lutte contre la « suroccupation ».

Or ils sont aussi en lutte contre la vie collective et solidaire des travailleurs immigrés africains. Dans les nouvelles structures, les salles collectives sont réduites en nombre et en taille. Les cuisines collectives disparaissent. Tout est fait pour que les résidents soient contraints de vivre la vie isolée, individualisée et déprimée des locataires français. Sauf qu’ils sont en plus privés des droits des locataires. Pas le droit de changer sa serrure, pas le droit de fixer un étagère ou posséder un poisson rouge, pas le droit d’héberger un membre de sa famille ou une connaissance de passage.

M. Lassana Diakité n’est qu’un parmi des centaines de personnes assignés devant les tribunaux pour « suroccupation » par le gestionnaires Adoma, Adef, Coallia. Peu à peu c’est l’ensemble de la population des travailleurs immigrés qui sera visé. Il s’agit d’une tentative d’imposer un changement de population, une tentative de briser les liens qui font que, dans les foyers, les résidents se regroupent, résistent et arrivent parfois à imposer leur point de vue. Et puisque nous connaissons la difficulté pour les immigrés, surtout ceux vivant seuls, d’accéder au logement social, une expulsion du logement ne peut qu’entraîner encore plus de suroccupation, et à terme une auto-expulsion du pays.

Sont aussi visés par ce type de procès tous les « hébergés », avec ou sans papiers, africains ou non, tous les aspects de la vie solidaire et collective qui font que les immigrés africains ont pu, pendant des décennies, subvenir aux besoins de leurs familles au pays, investir dans des projets d’infrastructure scolaire, médicale, sanitaire.

Nous disons NON à la lutte contre les travailleurs immigrés des foyers !

NON à la campagne d’expulsions racistes menées par les gestionnaires

OUI au droit à la vie collective et solidaire des immigrés

OUI à l’accueil digne et hospitalier de tous ceux qui cherchent refuge sur notre sol

Copaf, Collectif pour l’avenir des foyers

CONTRE L’HÉNAURME! par Gérard Lambert ~ Débat sur Notre-Dame-des-Landes

 Afin de contribuer au débat en cours, je publie ci-dessous le texte de Gérard Lambert: Réplique à l’Appel pour retrouver un sens politique à la lutte qui se mène aujourd’hui sur la Zad, rédigé et diffusé par Quelques agriculteurs et agricultrices du collectif contre les normes, le 14 mai 2018.

On peut télécharger le texte de l’Appel ici.

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« Bien que nous n’attendions pas grand-chose de l’application de la journée de huit heures, nous promettons solennellement d’assister nos frères plus modérés dans la lutte de classe, de toutes nos forces et par tous les moyens dont nous disposons. Et ce aussi longtemps qu’ils continueront à faire ouvertement et résolument front contre nos oppresseurs communs »

Déclaration de la Central Labor Union américaine, sous l’impulsion d’Albert Parsons et August Spies, anarchistes, membres de l’Association Internationale des travailleurs, en 1885.

 

Dans votre texte, vous admettez que, au cours de votre lutte fort estimable contre les normes qui asservissent les « petits » à un capitalisme toujours plus contraignant, vous apprenez « chaque jours dans (vos) fermes à ravaler (vos) prétentions et à trop souvent vous mettre aux normes à contrecœur après avoir résisté jusqu’à épuisement (…) avec une rage rentrée ». Mais, lorsque des zadistes de Notre Dame des Landes, soucieux d’essayer de sauver l’essentiel de ce qui s’est construit là, font pareil vous vous permettez de les traiter de « pantins de l’État ». Au nom de quoi vos concessions sont elles honorables et les leurs méprisables ?  Qu’est ce qui vous permet d’estimer qu’ils n’ont pas, comme vous, cette rage rentrée ? Qu’est ce qui vous autorise à les déguiser en fourbes calculateurs arrivistes ayant « troqué leur costume de Black Bloc pour trouver une place dans les couloirs de la préfecture » ?

Ils se trompent peut être en essayant de « négocier » avec l’État quand tout prouve que celui-ci ne veut qu’imposer ses diktats, mais les caricaturer en « élite » voulant juste défendre des intérêts exclusifs est une calomnie aussi « ignoble » que la rupture de solidarité que vous leur reprochez.

Dans toutes les luttes sociales il y a une distinction à faire entre ceux qui sont délibérément des magouilleurs, des politicards, des arrivistes, des sales cons, et ceux qui, essayant de combattre au mieux dans une situation conflictuelle, tâtonnent, se trompent, font des erreurs stratégiques, etc. Cette nuance, ni vous ni les auteurs des textes que vous citez comme « éclairants » ne la faites. Au contraire vous portez un jugement dénonciateur péremptoire sur ceux qui pataugeant dans la boue et la confusion essaient de défendre une « zone » et ce qui s’y est construit, y compris la gestion collective et les solidarités. Loin du « mensonge crapuleux » que vous voulez voir dans cet effort.

Notant plus loin que « La force de l’État ne permettait pas de rêver aux grands soirs » vous faites pourtant griefs à ceux qui se résignent au compromis de choisir cette voie dans l’espoir de ne pas voir tout ruiner. Ils se leurrent peut être. C’est possible. Mais leur tentative de sauver « un territoire d’exception » et l’esprit qui va avec mérite bien plus le soutien que le démolissage « radical ».

Vous dénoncez « la manœuvre étatique de division » mais vous y contribuez en fabricant ce que vous qualifiez à juste titre de « figures spectaculaires forcément réductrices ». Vous êtes le pendant, version « offensive », des lâcheurs Durand et Verchère, que j’ai critiqués dans un autre texte*. Comme eux vous envenimez les désaccords, empoisonnez le débat. Vous contribuez à ce que les positions de chacun se figent dans un irréductible conflit au lieu de discussions constructives. Or tout ce qui fabrique ainsi de la division rend service à l’État. Pour des gens qui dénoncent les « pantins de l’État », ça la fout mal.

Ce qui a fait la force de la Zad, et contribué  à ce qu’elle séduise tant de révoltés contre le despotisme régnant, est loin d’être ce « mythe » que dénoncent vos copains et qui trouve écho dans votre texte. C’est la capacité à faire front contre l’ennemi en conciliant des stratégies diverses, en sortant de débats souvent houleux avec des choix d’actions concrètes différentes mais solidaires ; la capacité de gérer cette lutte de façon collective. C’est dans cette stratégie que se sont reconnus bien des gens fatigués du sectarisme qui affligeait depuis des décennies les tentatives de fabriquer un monde plus humain. Ce sectarisme, vos postures le font renaître.

Heureusement, il reste sur la Zad et ailleurs des gens qui ne s’y prêtent pas, qui continuent à essayer de construire des alternatives offensives à la résignation, au défaitisme, à l’écrasement. Des gens qui cherchent à « construire un collectif », comme celui que vous appelez de vos vœux, mais autrement que par l’anathème et la calomnie. Contribuer à ce qui se fait dans ce sens me semble plus positif que dresser des factions l’une contre l’autre pendant que l’État se marre.

Gérard Lambert

8 juillet 2018

*La main tendue et le coup de pied au cul.

 

 

Les syndicats et les partis de la gauche du capital ont saboté la grève à la SNCF, en la canalisant vers la défense de l’entreprise ferroviaire et de l’État-patron…

…Seul un sursaut d’autonomie ouvrière peut la sauver

Après deux mois de grève – minoritaire dès le début –, la lutte s’épuise tout doucement. À l’exception du 14 mai, qui fait figure d’une sorte de baroud d’honneur, le nombre de grévistes diminue y compris chez les catégories les plus mobilisées comme les conducteurs et les contrôleurs. La grève ne mord pas sur les non-grévistes. Les AG, au nombre réduit et variable de participants, sont une pâle imitation de ce qu’elles devraient être. Elles n’ont pas la force de décider quoi que ce soit de décisif pour redresser le cours du combat et sont à la merci de chefs syndicaux qui monopolisent la scène.

La programmation en 2/5 décidée par la CGT correspond à l’état réel des forces mais vide de sens la participation aux AG et accroît la passivité, le côté «consommateur» de la grève, voir le côté je-m’en-foutiste de certains grévistes qui se mobilisent en fonction du climat. Mais, compte tenu de la faiblesse chronique du mouvement actuel, la grève reconductible proposée par SUD est au 2/5 ce qu’est la mort subite en regard d’une lente agonie.

Le nombre des non-grévistes augmente. Ils ne sont pas tous des jaunes vendus à la Direction. Il faut comprendre leur scepticisme face à une grève qui a d’emblée cantonné les cheminots au rôle de spectateurs plus ou moins engagés. Aux dires des syndicats, le référendum aurait dû les impliquer davantage. Or, il n’a servi à rien. Son succès (en gros 65 % du personnel s’est prononcé contre le plan) n’est que le revers de la médaille de la faiblesse du mouvement. En effet, 45 % au minimum de ceux qui sont contre le plan ne font pas grève. L’idée entretenue savamment par les syndicalistes qu’il suffit d’un vote pour faire bouger les lignes a éloigné encore plus de monde des actions musclées, pourtant indispensables pour faire plier l’État-patron. Parmi les grévistes, s’affirme l’idée que ces 45 % ne veulent pas se mouiller et comptent sur eux pour limiter la casse. Une grève par procuration en somme. Le contraire exact de ce qu’il faudrait pour gagner quelque chose.

Tant que la grève ne sort pas du diktat étatique du préavis, elle n’a aucune chance de faire mal à l’État-patron. La SNCF se sert très efficacement du préavis pour minimiser les effets de la lutte sur son chiffre d’affaires et ses profits. Tant que des actions coup de poing ne frappent pas la principale source de gains de la SNCF, c’est-à-dire les TGV et les lignes internationales, l’entreprise étatique peut résister à la pression des cheminots. En décembre 1995, lorsque la grève a gagné en puissance, aucun train ne circulait. Quand il y en avait qui tentaient de rouler, on pouvait les bloquer, même avec seulement 50 % de grévistes parce qu’on avait établi un rapport de force favorable. Aujourd’hui ce n’est pas le cas.

Le problème est que cette grève n’a pas été préparée par un intense plan de mobilisation et de consultation des cheminots avant qu’elle ne démarre. De plus, elle a été imprégnée dès le départ du culte de l’entreprise SNCF, des balivernes sur le service public et les bla-bla sur la beauté de la profession de cheminot. Autant de conneries dont les salariés qui en bavent le plus n’ont rien à faire. La dette ? Le statut de l’entreprise ? Le service public ? Autant de sujets qui concernent certes les syndicalistes qui siègent aux conseils d’administration des deux EPIC, qui défendent la boîte pour défendre leur fonction, qui sont farouchement attachés à leurs heures de délégation, à leurs promotions négociées, etc. Les cheminots, eux, en revanche ont une seule préoccupation : que vont devenir leurs conditions de travail, leurs salaires et leur protection sociale ?

On résume tout cela dans la défense du «statut» du cheminot. Pourtant, ce statut ne concerne pas la totalité des salariés de la SNCF ni les dizaines de milliers de salariés des entreprises sous-traitantes. Pour que la défense du «statut» du cheminot devienne un véritable levier de mobilisation il aurait fallu qu’on se batte clairement pour son application aux contractuels, aux intérimaires de Manpower, aux autres salariés du groupe SNCF (comme Geodis-Calberson, par exemple) et, surtout, à la sous-traitance, toute la sous-traitance : nettoyage des gares, comme les salariés d’Onet ; les ouvriers des chantiers de rénovation comme les salariés de Colas Rail, d’ETF ou de Transalp renouvellement ; les conducteurs de bus de remplacement, etc.

 

 

En cas contraire, le «statut» du cheminot restera la cage dans laquelle l’État-patron maintient les cheminots à la laisse de la SNCF et divise les salariés de l’entreprise ferroviaire. Si les cheminots en lutte n’inscrivent pas en tête de leurs objectifs l’application de leurs conditions contractuelles à tous les salariés qui travaillent pour la SNCF, le patron a la partie facile quand il fait passer les cheminots à «statut» pour des «privilégiés». Malheureusement, aujourd’hui, cette extension du statut n’est pas envisagée par l’immense majorité des cheminots. D’autant plus que les syndicats s’en moquent complètement.

Puis, il a la question des salaires, congelés depuis trop longtemps. Ce gel a été partiellement atténué par les nombreuses primes qui améliorent l’ordinaire des maigres payes fixes. Pourtant, ce système de primes est un double piège pour les cheminots :

– parce qu’il accroît la division entre ceux qui les touchent et ceux qui ne les touchent pas,

– parce que ces primes n’entrent pas dans le calcul des retraites.

Ainsi, pour contribuer à unifier dans la lutte toutes les catégories de salariés de l’entreprise ferroviaire, il faudrait exiger que les primes communes soient intégrées dans les salaires de base, qu’on ait le fameux «statut» ou pas. Il faut également arracher des augmentations de salaire uniformes pour tous en rompant avec plusieurs années de reculs (2003, 2007, 2010, 2014 et 2016) et de «modération salariale».

Pour l’heure, ce tournant de la grève ne semble pas se profiler à l’horizon. Pendant ce temps, le jeu des syndicats pour annihiler la lutte se précise. La CFDT et l’UNSA s’apprêtent à lâcher prise après le 5 juin en prétextant quelques avancées dans leurs tractations avec l’État-patron. Des «avancées» dont la plupart étaient déjà inscrites dans la première mouture de la loi ferroviaire. Les amendements syndicaux n’ont été, à les écouter, que de l’ordre «du renfort de langage», c’est-à-dire du coupage de cheveux en quatre et des précisions peu utiles. Quant à la CGT et à SUD, ils se plaindront une nouvelle fois de la trahison de leurs copains de la CFDT et de l’UNSA avant de rebrousser à leur tour chemin. Le risque réel est que ces deux organisations laissent les cheminots les plus déterminés s’engouffrer dans un combat solitaire et ultra- minoritaire assorti d’appel abstraits à une solidarité imaginaire. Si ce scénario se réalise, les grévistes n’auront été que des porteurs d’eau des syndicats, tous les syndicats, pour les aider à maintenir leur place de choix dans la cogestion de l’entreprise ferroviaire étatique. Si ce scénario se réalise, les cheminots les plus déterminés, une fois isolés, seront abandonnés à la répression patronale.

Que faire maintenant ? On a perdu beaucoup trop de temps mais la messe n’est pas encore dite. Une première condition est d’arracher la direction de la grève aux syndicats. Une deuxième est de cesser de respecter le diktat des préavis de grève, de redevenir mobiles, de faire grève à l’improviste en ne suivant pas le calendrier officiel, de s’arrêter et de redémarrer au moment opportun. Pour cela, il faut gagner aux raisons de la lutte ceux qui n’y ont pas participé jusque-là en organisant des AG dans les services, dans tous les secteurs de l’entreprise ferroviaire.

On ne gagnera pas les indécis sans mettre en tête des objectifs de la grève les hausses de salaires égales pour tous, l’intégration des primes au salaire de base et l’extension du «statut» du cheminot à tous les salariés qui travaillent, directement ou indirectement, pour la SNCF.

Combattre l’entreprise SNCF et l’État-patron. Abandonner les illusions sur le «service public».

POUR LA REPRISE DE L’INITIATIVE OUVRIÈRE

Paris, le 03 juin 2018

Pour toute correspondance: pmprio2018@gmail.com

 

Ajout

L’affiche ci-dessous reproduite (trouvée sur Twitter) me paraît illustrer – jusqu’à la caricature – les critiques formulées dans le texte.

“MAINTENANT, IL FAUT DES ARBRES”

Cher Éric Hazan, tu va fêter mardi prochain 12 juin au Lieu dit – soit dit (!) en passant, un endroit pour lequel j’ai une particulière tendresse – les 20 ans de la maison d’édition que tu as fondée : La Fabrique.

Si j’ai bien compris, tu ne détiens plus qu’une part minime de la société, et c’est sans doute ta personne (honneur aux anciens! etc.) davantage que ta maison – ou au moins ce qu’elle est devenue – que viendront célébrer dans une émission de Mermet quelques amis libertaires (Nicolas Norrito et Fred Alpi formant, à tes côtés, tout le «plateau» de l’émission, d’après ce que j’ai lu sur le programme).

Dans un entretien récent (que j’ai la flemme d’aller rechercher) Nicolas soulignait le rôle qu’a joué La Fabrique dans son intérêt pour l’édition, malgré des divergences irréductibles, par exemple à propos des thèses du PIR et de Houria Bouteldja, dont l’animatrice actuelle de La Fabrique est proche, amicalement et politiquement.

On ne saurait évidemment reprocher à un éditeur le contenu mot à mot de chacun des livres qu’il édite. Tu n’es ni Coupat ni Bouteldja (pas plus que Libertalia n’est Guillon). Pourtant tu les a défendus l’un et l’autre en t’identifiant à leurs combats respectifs.

Tu vas même jusqu’au délire assumé, affirmant que si l’on critique Houria Bouteldja c’est parce qu’elle est jeune, belle, intelligente et d’origine arabe (voir la citation précise ailleurs sur ce blogue).

Moi je la combats parce que ce qu’elle a écrit est antisémite, homophobe et antiféministe.

J’imagine sans peine que tu ne partages pas ses positions au fond, et que tu la soutiens néanmoins sous l’effet d’une forme sénile de tiers-mondisme pro-palestinien…

Quand un camarade t’a flanqué une gifle à l’occasion d’une manifestation, j’ai pris position publiquement et plus que fermement contre cette agression, et quand je te croise (au Lieu dit, par exemple) je me contente de te serrer la main.

Là, les 20 ans au Lieu dit, avec les «camarades» Stella et Houria en terrasse – prévoir moult bises conviviales et confraternelles (ben tu comprends, elle m’a embrassé la première, alors moi…!)  – Libertalia au micro et Fred Alpi à la guitare, c’est un peu trop pour moi.

Évidemment, je pourrais venir te dégueuler dessus, mais je pense que je vais rester chez moi, tout simplement.

En tant qu’être vivant, je te souhaite d’ailleurs une fin de vie longue et active. Vraiment!

Par contre, je pense qu’il serait temps de faire taire la scierie La Fabrique.

Ça nous économiserait des arbres!

Et il nous en faut, Éric!

Julien trouvera sans peine un autre éditeur, tandis que Houria sera contrainte d’agrafer elle-même ses brochures photocopiées.

Gagnant-gagnant!

Après tout, 20 ans, c’est un bel âge pour mûrir!

Cordialement

Claude Guillon

 

 

PS. Tu l’as sûrement lu, mais je te recommande tout de même cet excellent ouvrage de mon ami Nedjib Sidi Moussa : La Fabrique du musulman.

 

ZAD PARTOUT! par Gérard Lambert

Le texte ci-dessous est la version française d’un encart ajouté dans la revue portugaise Flauta de luz (n° 5, avril 2018) pour compléter un article conséquent sur l’histoire de la Zad de Notre-Dame-des-Landes par Pedro Fidalgo intitulé «A populaçao contra os decisores».

On peut contacter Flauta deLuz à cette adresse: flautadeluz1@gmail.com

 

ZAD PARTOUT !

Le 17 janvier 2018, le gouvernement Macron annonçait l’abandon définitif du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, obtenu enfin après plus de 50 ans de lutte des opposants. C’est évidemment la menace d’actes de résistance de milliers de personnes dans toute la France et le risque de « déstabilisation » que ça lui faisait courir qui a contraint ce gouvernement à ainsi lâcher du lest, et non la « sage » considération expertisée d’un projet « obsolète ». Ce gouvernement n’est pas moins que ses prédécesseurs souteneur de « grands projets inutiles » ou plutôt utiles seulement à quelques saigneurs de l’humanité et de la planète. Il est plus prudent et plus roublard, voilà tout.

Ce fut une grande victoire pour les opposants, prouvant qu’avec suffisamment de détermination et de ténacité on peut contraindre l’État à céder sur une position sur laquelle ses différents gérants, de gauche comme de droite, avaient toujours affirmé refuser de capituler. Mais c’est une victoire qui visait à préparer une défaite.                    

Car, depuis des années, le véritable affrontement entre l’état, ses gérants, la grande majorité des politicards, les barons du business, et les Zadistes de Notre dame des Landes et leurs soutiens, n’est pas seulement l’affrontement pour ou contre un débile projet d’aéroport mais aussi et surtout pour ou contre certains choix de société. C’est d’ailleurs ce qu’ont déclaré souvent les plus forcenés partisans du projet : pour eux, le plus important était, et reste de détruire la Zad. En effet, cette zone contre laquelle ils ne cessent de vitupérer à coups de mensonges grossiers la déguisant en repaire de casseurs et terroristes ; cette zone qu’ils dénoncent comme « Zone de non droit » est une zone ou le « droit » d’asservir et d’exploiter a largement pris fin. C’est un exemple concret que des gens unis malgré leurs divergences, créatifs et déterminés, peuvent vivre autrement que broyés par une « économie » cannibale, asservis à des patrons et des actionnaires toujours plus voraces, truandés par des financiers rapaces, menottés par des « lois » carcérales, matraqués ou flingués par des « autorités » mafieuses. C’est la preuve que des humains peuvent avoir d’autres relations que la guerre de tous contre tous. La preuve que des citoyens peuvent s’auto-organiser au moyen d’une véritable démocratie directe au lieu d’abdiquer leur pouvoir aux mains de démagogues véreux. C’est évidemment une menace pour toutes les oligarchies régnantes. C’est cela qu’ils veulent anéantir.

En habiles politicards, Macron et sa clique se sont donc affairés à ôter son prétexte à la résistance. La sauvegarde des intérêts des vampires de l’humanité vaut bien le sacrifice d’un aéroport ! L’abandon du projet d’aéroport leur permet d’argumenter que la Zad n’a plus de raison d’exister. Ils espèrent que certains vont se contenter de cet abandon et lâcher les Zadistes, égoïstement, sans considération pour le fait que « sans eux, l’aéroport serait déjà fait », comme le constate lucidement un opposant « historique ». Ils se préparent ainsi à mettre fin à ce qui reste un territoire libéré de leur domination ; à une expérience de changement social dont ils redoutent qu’elle fasse tache d’huile ; à cette « commune » exemplaire.

En effet, le 17 janvier, en même temps qu’il annonçait l’abandon du projet d’aéroport, le gouvernement confirmait sa détermination à expulser les zadistes, leur laissant seulement pour évacuer les lieux un délai jusqu’au 30 mars, fin de la traditionnelle «trêve hivernale » qui, en France interdit pendant l’hiver les expulsions hors de logements « squattés » ou aux loyers impayés.

Le 10 février, 20 000 personnes fêtent sur la Zad l’abandon du projet d’aéroport mais affirment également leur détermination à « Enraciner l’avenir » et empêcher que la Zad soit démolie. Le collectif des différentes composantes de la lutte proclame : « Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole » et s’affirme déterminé à lutter contre toute tentative d’expulsion. Depuis des mois le mouvement avait anticipé ce que seraient ses positions en cas d’abandon du projet d’aéroport et tracé des plans pour un avenir qui tienne compte de l’originalité de la Zad. Un texte, en 6 points, cosigné par tous, affirmait que la gestion du territoire de la Zad devait rester l’œuvre du collectif contre l’aéroport et devait s’assurer que les terres et les lieux de vie et ateliers continuent à vivre dans l’esprit de la Zad, privilégiant le « commun » et faisant place à une approche le plus possible non-marchande. Une « assemblée des usages » avait été créée en plus de l’assemblée générale mensuelle, pour : « d’une part, discuter/gérer au présent l’usage des espaces communs sur zone, sur la base des six points, les différentes pratiques qui y existent, et les conflits qui peuvent éventuellement en découler ; d’autre part penser l’avenir de la Zad après l’abandon du projet ».

Le collectif désigne une délégation de personnes issues des différentes tendances de la lutte pour négocier avec l’État la suite de la situation. Toutefois, sans grandes illusions pour certains : «  Beaucoup parmi nous ne sont pas d’accord ou n’en attendent pas grand-chose, parce que face à l’État, on ne gagne que ce qu’on peut prendre et tenir par la lutte, pas ce qu’il veut bien nous concéder. Nous ne voulons pas croire qu’à ce moment clé, que certain·es appellent « victoire » et d’autres « abandon de l’aéroport », notre mouvement se déliterait et que l’on bataillerait chacun·e pour sa part du gâteau, dont la cerise serait l’accord bienveillant de l’État.  Nous souhaitons au contraire signifier à l’État, ainsi qu’à celleux que notre mouvement effraie, qu’ensemble nous ne sommes pas seulement des obstacles à leurs projets, mais des entraves à leur logique, avec ou sans aéroport. Que par le biais des négociations, l’État ait une prise sur ce qu’il se passera ici, c’est un fait. Mais ça ne signifie pas pour autant que nous lui ouvrons grand les portes de ce que nous avons construit, ensemble et sans lui. Il est et restera, pour nous, un adversaire politique, et nous continuerons à construire nos réalités ».

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Mais l’État va s’affairer à affaiblir et diviser le mouvement en jouant les différentes factions, « légalistes » et « radicales », les unes contre les autres. Dès février, la majorité du mouvement, désireuse de montrer à l’Etat sa bonne volonté négociatrice, décide de nettoyer la route dite « des chicanes » qui traverse la Zad et a été transformée au moment de l’Opération César en 2012 par des « barricades » et diverses cabanes qui limitent la circulation. Ce blocage est depuis longtemps sujet de friction entre les zadistes : certains veulent « libérer » la circulation pour que les paysans et habitants des environs puissent mieux circuler ; ceux qui habitent les cabanes sur la route ou à proximité craignent d’être évincés, les mêmes ou d’autres voient dans la remise en état de cette route le début de la « normalisation » de la Zad. Le collectif, s’étant pourtant prononcé en grande majorité pour cette remise en état, s’affaire rapidement à nettoyer les lieux, démanteler les barricades et démolir les cabanes ou en déplacer certaines, ce qui suscite l’opposition d’autres zadistes, « minoritaires ». La raison invoquée pour agir si vite : si ça n’est pas fait, l’État menace d’une intervention rapide de la gendarmerie. Certains y objectent qu’auparavant le mouvement cédait moins facilement à ce genre de menaces. Et, une fois la route dégagée, ils semblent bien avoir raison puisque des hordes de gendarmes envahissent les lieux sous prétexte de sécuriser la remise en état de la voie, filmant copieusement les zadistes qui sont repoussés en bordure de route, repérant les lieux et se glissant quand ils peuvent jusque dans les cabanes, etc. Pourtant, les zadistes, que la propagande gouvernementale présente comme « ultra-violents » n’opposent qu’une présence pacifique, à peine contredite par de dérisoires « dégradations » la nuit des travaux opérés le jour (trois mètres carrés de bitume arrachés, une buse cassée) qui permettent toutefois à la préfecture de justifier son imposante présence policière et, plus grave, à certains opposants « raisonnables » de tonner contre ces fouteurs de merde qui vont gâcher les négociations. Un des « leaders » médiatiques allant jusqu’à proclamer sordidement que : « Si ces anars continuent à jouer aux cons, il faudra peut-être en passer par une journée de gaz  lacrymogènes ». (…) Les   tracteurs n’iront certainement pas protéger cette bande-là ! » Ce à quoi la majorité des zadistes répond : « Honte à vous. Il n’y a pas de bons et de mauvais zadistes ».

Les « ultra violents », eux, se contentent de montrer leur cul à la préfète, venue sur la route constater le « retour de l’état de droit » et d’apostropher un sous-ministre venu parader pareillement. Comme « violence », il y a pire.

Parallèlement, la préfecture prépare le cadre des pseudo-négociations destinées à faire renoncer les zadistes à toutes leurs exigences. Il est demandé aux zadistes de présenter des dossiers individuels de projets agricoles pouvant être entérinés par les autorités « représentatives » c’est-à-dire, entre autres, la Chambre d’agriculture tenue par la FNSEA, « syndicat » à la botte des barons de l’agriculture industrielle et qui est coresponsable des « normes » toujours plus draconiennes qui étranglent et font mourir les petits paysans. Les autres activités sur la Zad comme la boulangerie, l’atelier mécanique, la bibliothèque, etc. ne rentrent pas dans ce cadre. Quand à la volonté de gestion collective c’est un refus catégorique « non négociable » comme l’affirme le représentant du ministre « de l’écologie ». Bref, il s’agit de renoncer à tout ce qu’est la Zad pour avoir le droit d’y rester, peut être, si on se plie suffisamment pour rentrer dans les carcans fixés. Tous ceux qui ne rentrent pas dans ce cadre devenant expulsables du jour au lendemain, la préfecture fixant un ultimatum très court qui, même si les zadistes voulaient remplir les dossiers qu’elle demande ne serait pas tenable. Mais elle pose ainsi à « l’ouverture » pour les « raisonnables ». Le collectif négociateur pour la Zad se prête, dès le 28 février à ces « négociations » mais constate très vite : « Loin de marquer l’ouverture d’une négociation apaisée avec l’État, ce rendez-vous semble plutôt le début d’un long bras de fer sur l’avenir de la ZAD. »

L’ultimatum de la préfecture étant fixé au 9 mars, et la grande majorité des zadistes ne s’y étant pas pliés, une vaste agression, plus militaire que policière est lancée par l’État contre la Zad. 2500 membres des troupes d’assaut des diverses polices agressent les zadistes et leurs soutiens (y compris un camp très pacifique de « cheveux blancs » – personnes âgées venues soutenir les zadistes par leur présence) appuyés par des blindés, un hélicoptère, un drone, des bulldozers et tractopelles, utilisant une quantité impressionnante de gaz lacrymogènes et incapacitants, certains largués par hélicoptère, de grenades soufflantes, et autres gadgets de robocops. La zone est entièrement cernée. Ceux qui veulent y accéder, même s’ils y habitent, sont stoppés, leurs voitures et sacs fouillés. Les policiers relèvent les plaques minéralogiques et copient les papiers d’identité, saisissent des tas de choses : matériaux et outils, duvets et couvertures, médicaments, couteaux, ouvre-bouteilles, foulards, etc. C’est un état de siège absolu. Un observateur note que l’opération représente l’équivalent de 50% des forces militaires françaises engagées sur les opérations « extérieures » dans le monde. La journée d’intervention coûterait 350 000 euros. Certains remarquent que l’État qui prétend devoir faire des économies sur certains services publics, à commencer par les hôpitaux, n’a pas de mal, là, à dépenser sans compter.

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Sur la Zad, la résistance est féroce. Les combats font rage. Dès le premier jour, un certain nombre de lieux de vie sont entièrement détruits. Mais les agresseurs commettent une erreur. Ils expulsent et démolissent la ferme des « cent noms », un lieu exemplaire d’agriculture biologique et projet innovant, qui avait fait l’effort d’essayer de se mettre « en règle ». Cet « excès » ressoude les opposants. De nombreux soutiens rallient la Zad et aident à la résistance. Dans toute la France et même à l’étranger, des mouvements de soutien se manifestent. On compte de nombreuses occupations de lieux de pouvoir, de blocages, etc. Le week-end suivant, 7 000 personnes manifestent à Nantes, dans une ville en état de siège. Le lendemain, sur la Zad, 10 000 à 12 000 personnes (difficile de comptabiliser précisément dans ce contexte) contournent, par des chemins forestiers boueux, le dispositif de blocage policier et manifestent sur la Zad, alors qu’officiellement toute manifestation y était interdite. Tandis que certains font face aux robocops d’autres pique-niquent gaiement. Une impressionnante charpente en bois, pesant deux tonnes, est montée dans un champ, puis portée à travers bois par une foule dynamique et hilare au nez et la barbe du dispositif policier jusqu’au lieu où elle doit remplacer un bâtiment abattu. Détail bien significatif de l’esprit qui règne sur la Zad : alors que ses constructeurs se doutent bien qu’elle sera très vite détruite, ils ont mis un soin élégant à la construire en beau bois et à en orner les poutres de sculptures soignées. Elle sera en effet détruite dès le lendemain. Ce qui ne décourage personne de l’idée de la reconstruire ainsi que tout ce qui a été démoli.

Sous prétexte d’empêcher cette reconstruction et bien que son objectif affiché de destruction soit officiellement atteint quoique revu à la baisse (29 lieux de vie détruits au lieu de 40 visés), la préfecture maintient le dispositif policier, qui continue à agresser en différents lieux de la Zad, et aussi à maintenir une pression sur tous ceux qui habitent le secteur, zadistes ou non, à l’aide de contrôles incessants (une infirmière arrêtée quinze fois par jour), d’hélicoptère assourdissant jour et nuit, de coupures d’électricité, de provocations diverses. Le but étant bien sûr, de dresser les habitants des environs contre les zadistes, qui seraient cause de tous ces ennuis. Ce qui ne marche guère, la majorité des habitants en voulant plutôt à la police.

Néanmoins, les négociateurs du Collectif de défense de la Zad continuent à rencontrer la préfète, essayant d’obtenir un « accord » qui ne soit pas une reddition totale. Ils sont soutenus par de nombreuses déclarations de groupements, d’associations, de syndicats, de partis, d’intellectuels, qui demandent à l’État, parfois très fermement, d’arrêter le massacre (« Retrait immédiat des forces d’occupation » – CGT Vinci) et trouver une issue « raisonnable » au conflit. En ce printemps de contestation sociale importante en France, de grèves et manifestations en défense de divers « services publics », la Zad ayant exploré un mode de vie moins soumis aux prédateurs capitalistes trouve un large écho dans la population.

Mais, comme il le fait face à cette contestation sociale, le gouvernement se maintient dans la posture de celui qui ne cèdera rien. Le roitelet et sa cour jouent évidemment leur crédibilité politicienne sur cette « fermeté ». La Zad en fera t’elle les frais ? Rien n’est joué. La résistance reste très forte malgré quelques défections d’opposants « historiques » fortement médiatisés.

A la veille du 23 avril, date limite du second ultimatum préfectoral, une minorité de zadistes avait présenté les dossiers individuels demandés par l’État, comme preuve de bonne volonté conciliatrice, maintenant toutefois leur affirmation qu’ils veulent toujours défendre un projet collectif, et que si les expulsions devaient reprendre (il reste à peu près 60 lieux de vie « illégaux » sur la Zad) ils entreraient de nouveau en résistance. D’autres « sans fiche » se déclarent opposés à cette « stratégie molle ». La police, elle, continue son agression de la Zad sans faire la « pause » demandée par les négociateurs et leurs nombreux soutiens dans la « société civile ».

Selon les médecins intervenus sur la Zad, l’agression policière a fait plus de 300 blessés, pour certains avec des blessures s’apparentant à des blessures de guerre. 60 zadistes soutiens ont été arrêtés. Chez les gendarmes il y aurait environ 150 blessés. Une association de femmes de gendarmes se plaint que leurs maris soient envoyés au front sans avoir les « moyens suffisants » pour accomplir leur mission. Des milliers de grenades ont été envoyées (dont certains ont récupéré les douilles pour les déposer en tas devant les préfectures, révélant ainsi l’ampleur de l’agression). Elles voudraient quoi ? Des automitrailleuses ? Des tanks ?

« La cruauté est le lot ordinaire de tous les pouvoirs qui tombent » remarquait lucidement le Communard Eugène Varlin. Le gouvernement Macron n’est pas encore versaillais disposé à fusiller des milliers d’insurgés pour se maintenir, certes, mais sa démonstration de force est bien plutôt une preuve de faiblesse. Il sait que « l’état de droit » qu’il défend est si peu crédible parmi ses « sujets » qu’il ne peut régner que par la violence. Et chacun de ses actes dresse un peu plus de gens contre lui, comme ailleurs dans le monde de plus en plus de gens se dressent contre les saigneurs régnant sur cette société.

Le mot de la fin, provisoire, ne peut que revenir aux habitants de la Zad : « Pour tous ceux qui, derrière leurs beaux discours, comptent bien continuer à tirer profit de la destruction des ressources naturelles, des inégalités croissantes et de la domestication des populations, il est visiblement inacceptable que quiconque essaie de s’organiser – de manière un tant soit peu visible et conséquente – à contre courant de leurs valeurs mortifères. Et pourtant, on peut parier, face à un monde qui va droit dans le mur, que ce qui se tente concrètement sur la Zad de Notre-Dame-Des-Landes – et dans d’autres espaces – pour reprendre sa vie en main, continuera à être jugé essentiel et soutenu par un nombre plus en plus important de personnes. » Le cri « Zad partout ! » n’est pas prêt de se taire.

Gérard Lambert, 24 avril 2018   

[Illustrations de Carotide.]