J’ai au moins un·e Bérengère Cournut de retard!…

Pourquoi certains billets restent-ils en souffrance dans un purgatoire électronique? Les ordinateurs personnels ont-il un inconscient? Voici quelques-unes des questions qui ne seront pas abordées ici.

Au lieu de vous parler du dernier livre de Bérengère Cournut, qui vient d’obtenir le prix FNAC, je vous dirai quelques mot du (d’un?) précédent, que j’avais beaucoup aimé, Née contente à Oraibi (Éditions du Tripode) Et puis… Pourquoi certains billets… (voir plus haut).

Bérengère Cournut a imaginé une histoire qui vous donne envie d’être petit·e, pour qu’on vous la lise le soir.

Non. Ça n’est pas ça.

Disons plutôt que cette histoire crée l’impression que quelqu’un est en train de vous la lire, alors que c’est vous qui la lisez (et vous pouvez rester comme vous êtes, si vous êtes déjà grand·e !).

C’est une histoire d’initiation d’une très jeune puis moins jeune fille aux mystères de la vie, et c’est peut-être cette dimension qui vous fait sentir de nouveau petit·e (oui, je tourne autour de l’idée !). En somme, au fur et à mesure que grandit la jeune fille, vous rétrécissez comme Alice – dans une autre histoire initiatique.

La jeune fille appartient au peuple Hopi.

J’ai toujours aimé ce nom. Je le trouve très gai. Dans ma géographie humaine rêvée, les Hopi sont voisins des Youpla. Beaucoup plus loin au Nord, vous risquez de rencontrer les Sioux Ohglagla, réputés pour leur abord glacial…

(Pardon !)

La jeune fille appartient aussi à un clan. Le clan du papillon.

J’imagine, mais l’autrice reste très discrète sur ce point, que chaque geste, chaque pensée même, d’un·e membre du clan du papillon peut avoir des conséquences incalculables, y compris dans des régions très éloignées de celles où ils·elles vivent.

On pourrait presque dire que c’est une caractéristique de la vie humaine en société, comme la jeune Hopi va en faire l’expérience à maintes reprises, avant d’en admettre l’inéluctabilité, sinon la nécessité.

 

Costume indien Hopi, par Sophie Taeuber-Arp (1922)

La première question que l’on se pose, le livre reposé, est de savoir si l’autrice est elle-même Hopi, et si le magnifique cahier iconographique qui clôt le livre est en quelque sorte un album de famille. Il m’est impossible d’en décider à partir de la photographie mise à disposition par le service de presse de son éditeur, ou même en admirant (ci-après) sa prestation sur Arte…

Un indice troublant : le prénom Bérengère – plutôt d’origine germanique – réunit deux mots « ours » et « lance ». Or vous aurez, je vous le souhaite, l’occasion de découvrir que le clan de l’Ours joue un rôle fort important dans l’histoire narrée. Quant au reste, je n’ai pu obtenir qu’une information : l’autrice réside dans une ville fortifiée, où les hivers sont rudes.

“Nanterre, du bidonville à la cité” ~ par Victor Collet

J’ai rencontré Victor Collet il y a quelques années dans un bar de la Plaine, à Marseille. Notre relation a commencé sur un quiproquo: je l’ai abordé le prenant pour un autre garçon croisé dans les mêmes parages. Heureuse confusion et belle rencontre! J’ai suivi, de loin en loin, les péripéties rédactionnelles et éditoriales de sa thèse devenue livre et les affres du jeune auteur (j’espère qu’elles deviendront les affres de l’auteur tout court et qu’il continuera à écrire). Je ne dirais pas que j’ai été aussi soulagé que lui de voir paraître Nanterre, du bidonville à la cité, dans la belle collection «Mémoiresociales» des éditions Agone, mais disons que ça m’a fait très plaisir.

Ma position de lecteur est assez paradoxale puisque je peux dire à la fois que je ne connais rien au sujet qu’il traite et tout aussi bien que l’histoire ici rapportée – à l’issu d’un travail de dix ans, après des milliers de pages d’entretiens retranscrites – m’est familière en ce que ses échos parvenaient au militant dans les années 1970.

C’est d’ailleurs une des questions que la lecture de ce livre – hors de tout questionnement culpabilisant – a suscité pour moi: Comment se fait-il que j’ai (que nous ayons pour la plupart) pu rester à ce point à la marge d’une histoire qui, certes, était censée se dérouler à la marge de notre monde. Cette «étrangeté», des centaines d’articles (dans Libération, qui était un autre journal), de tracts, d’affiches et de meetings ne l’ont pas atténuée, plutôt dissimulée dirais-je.

De ce fait, je reconnais (presque) tout de cette histoire inconnue de moi, tous ses éléments disparates, des noms de militants, de victimes de la violence meurtrière des flics, des usines en grève…

Cette histoire de Nanterre est aussi une histoire du militantisme, d’abord celui auprès des travailleurs immigrés, qu’ont pratiqué avec plus moins de bonheur, et souvent sur le mode du «prêtre ouvrier» ou de l’«établi», des catholiques de gauche et des militants gauchistes. Enfin celui des immigrés eux-mêmes.

On retrouve ici plusieurs tendances de l’extrême gauche, libertaires et maos surtout (les trotskystes brillent par leur absence) qui utilisent la faculté de Nanterre comme «base», y organisant une «crèche sauvage» dont ils·elles veulent se servir comme d’une passerelle entre le bidonville et la fac.

«En face», l’État bien sûr, ses CRS, sa brigade spéciale qui rase les baraques ajoutés ou agrandies et terrorise ses habitants, mai aussi le parti communiste dont on ne sait qui il supporte le plus mal, des immigrés ou des gauchistes qu’ils attirent.

Trente années de discours sécuritaires ont consacré un regard dépolitisé, sinon racial, sur les classes populaires. Les supposées «Trente Glorieuses» continuent d’être contées comme une période de progrès social sans équivoque. Trente ans d’habitat provisoire et de gourbis sordides en banlieue, d’asphyxie au charbon et de saturnisme restent largement ignorés. Quant aux années 1968, elles sont ravalées au rang de révolte culturelle et sexuelle. Les années rouges sont souvent méconnues par les militants eux-mêmes, qui préfèrent se souvenir des luttes anticoloniales ou contre la ségrégation outre-Atlantique. Oubliés, les grèves ouvrières et immigrées, l’usine et un parti communiste omniprésents, le christianisme social, l’anti-impérialisme et l’antifascisme, les premiers collectifs de défense contre la surexploitation et le logement indigne des travailleurs et familles immigrés.

En produisant cette histoire de Nanterre aux prises avec son prolétariat immigré, la plupart du temps ignorée des militants d’aujourd’hui, Victor Collet nous offre – depuis cette «banlieue» toujours stigmatisée – une nouvelle histoire populaire de la période qui va de la guerre d’Algérie aux années 1980.

Nota. Parmi les personnalités qui se distinguent dans les luttes et le récit qui en est fait, je distinguerai (subjectivement) Mogniss H. Abdallah (auteur chez Libertalia de Rengainez, on arrive ! Chroniques des luttes contre les crimes racistes ou sécuritaires, contre la hagra policière et judiciaire (des années 1970 à aujourd’hui) et Mohammed Kenzi, dont Victor Collet m’a fait connaître le très beau petit livre La Menthe sauvage, qui mériterait d’être réédité aujourd’hui.

Consulter la présentation du livre sur le site des éditions Agone.

Tenez-vous informé des rencontres avec l’auteur.

Serge Quadruppani, dont je m’inquiète d’être si souvent d’accord avec lui ces derniers temps (heureusement, je consulte la semaine prochaine) a publié sur Lundimatin le premier d’une série de deux articles sur le livre.

Dans Politis, du 6 mars 2019, Laurence De Cock & Mathilde Larrère ont notamment écrit:

Le livre de Victor Collet n’est pas une énième narration des conditions de vie dans les bidonvilles, c’est une étude socio-historique qui s’attaque à des pans jusque-là négligés : comment la présence des bidonvilles a-t-elle contribué à redéfinir la ligne du PCF sur l’immigration ? Quelles ont été les actions des groupes locaux militants de gauche ? Collet retrace une histoire de luttes et de rencontres en une balade urbaine jalonnée d’archives inédites et de photographies.

Collet Victor, Nanterre, du bidonville à la cité, 432 pages, 22 €.

À noter: L’ouvrage est enrichi de plans et de nombreuses photographies.

 

Statut de l’ouvrage:

Envoyé en service de presse par l’éditeur.

“WINTER IS COMMING. Une brève histoire politique de la fantasy” ~ par William Blanc

Le prochain livre de William Blanc est en librairies à partir du 2 mai prochain.

On peut le commander sur le site de l’éditeur.

« Les dragons et les Hobbits ont toujours été des animaux politiques. Voyager avec eux, c’est prendre des détours pour mieux parler de l’indicible, c’est s’aventurer sur des chemins de traverse vers d’autres futurs. »

Grande fresque épique de fantasy inspirée des romans de G. R. R. Martin, Game of Thrones est désormais la série la plus célèbre au monde. Cette fascination pour un univers médiéval, dont les protagonistes craignent la venue d’un long hiver apocalyptique, fait écho aux angoisses contemporaines concernant le dérèglement climatique causé par l’activité humaine.


G. R. R. Martin n’a pas été le premier auteur à utiliser la fantasy pour parler des dérives du monde moderne et d’écologie. À bien y regarder, le genre du merveilleux contemporain développé à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne a constamment servi d’outil pour critiquer la société industrielle.
De William Morris à J. R. R. Tolkien en passant par Ursula Le Guin, Robert E. Howard ou Hayao Miyazaki, ce petit ouvrage invite à questionner la généalogie politique de la fantasy.

Trente ans après le massacre de Tian’anmen, L’Insomniaque éditeur rend hommage aux victimes

 

Le 4 juin 2019, il y aura trente ans que le gouvernement chinois réprima dans le sang une révolte démocratique qui secouait Pékin et les grandes villes chinoises depuis près de deux mois.

Quelques mois après ce drame atroce, madame Ding Zilin et son époux Jiang Peikun, bouleversés par la mort de leur fils âgé de 17 ans, décidèrent de recueillir les témoignages de citoyens qui, comme eux, avaient perdu un enfant, un parent, un proche dans la nuit du massacre. Malgré les pressions exercées par le régime, ils dressèrent peu à peu une liste de 202 noms de victimes. C’est cette liste, loin d’être exhaustive, que nous publions ici.

Ding Zilin fut rejointe dans sa quête par d’autres femmes qui devinrent les «Mères de Tian’anmen», par référence aux Mères de la place de Mai, à Buenos Aires. Quelques hommes se joindront à elles, en particulier certains des blessés qui ont survécu au massacre. […]

Affiche recto-verso diffusée par le comité «Pékins de tous les pays, unissons-nous!», qui occupa le bâtiment des services éducatifs de l’ambassade de Chine à Paris le 29 juin 1989 (voir ci-dessus en détail de l’affiche, le télégramme adressé à Deng Xiaoping).