“REFUZNIKS ~ Dire non à l’armée en Israël”, de Martin Barzilai

Parmi les livres qui ont été présentés lors de la fête des 10 ans des éditions Libertalia, ce w-e, il en est un qui me tient particulièrement à cœur, étant moi-même ancien objecteur de conscience (et insoumis au service civil), c’est le livre de Martin Barzilai, préfacé par Eyal Sivan: Refuzniks. Dire non à l’armée en Israël.

Pour la plupart de ces refuzniks, dire non à l’armée, ce n’est pas seulement refuser 3 ans de corvée (pour les garçons) et 2 ans (pour les filles), ou manifester un pacifisme de principe, c’est surtout dire non à l’occupation.

Minoritaires, les filles et les garçons qui refusent le service militaire en Israël, pays en guerre, payent le prix fort: détention, mise à l’écart, familiale et/ou sociale et professionnelle.

Martin Barzilai les a rencontré·e·s et photographié·e·s. lors de plusieurs voyages en Israël.

Son livre est un bel hommage rendu à leur courage.

REFUZNIKS ~ Dire non à l’armée en Israël, Martin Barzilai, préface d’Eyal Sivan, Libertalia, avec le soutien d’Amnesty international, 200p., 20€.

En librairies le 2 novembre. Commandes de soutien sur le site des éditions Libertalia.

Siné milite contre la liberté d’expression! (2008)

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Dans l’espèce d’éditorial qu’il rédige en page deux de chaque livraison de Siné hebdo, ici dans le numéro 6, le dessinateur Siné récuse fermement le principe de la « liberté d’expression ». Fidèle à sa veine stalino-tiers-mondiste, l’humoriste présente la dite liberté comme un produit d’importation américain, ou plus précisément issu de « la constitution amerloque ».

Signalons aux jeunes lecteurs que ce principe est également garanti par les articles X et XI de la Déclaration [française] des droits de l’homme de 1789.

La liberté d’expression étant ainsi rangée, avec le Coca-cola, la CIA et le rock and roll, parmi les armes de l’impérialisme américain, on se doute qu’il est facile de la récuser. C’est d’autant plus facile qu’il s’agit, bien évidemment, de refuser la liberté d’expression aux méchants. Une liste non exhaustive est fournie : Franco, Hitler, Mussolini, Salazar, Staline, Pol Pot.

« Si on avait cloué la gueule quand il le fallait à » ces tristes individus, « notre monde actuel pourri aurait peut-être une moins sale gueule ! » conclut Siné. D’un point de vue historique, cette proposition est indiscutable, pour la bonne raison qu’elle n’a aucun sens… Prenons le cas du premier nommé : Franco. Il n’a pas manqué d’anarchistes pour tenter de lui clouer le bec, à coups de fusils pendant la révolution, à coup de bombes ensuite. Mais Siné mélange à plaisir deux niveaux d’analyse (si j’ose dire) : d’une part la réaction individuelle ou populaire face à un tribun fasciste ou à un apprenti dictateur, et d’autre part la position que l’on défend à l’intérieur d’un système de soi-disant liberté d’expression (la démocratie) sur le traitement à réserver à ses adversaires. Que recommande Siné rétrospectivement aux militants anarchistes espagnols, dont des milliers de camarades étaient prisonniers politiques sous la République ? Aller voir les dirigeants pour leur dire qu’ils s’étaient trompés d’ennemis : Nous, anarchistes, gentils ! Vous plutôt mettre en prison fascistes, très méchants, du genre à fomenter un coup d’État un jour ou l’autre. Hypothèse ridicule. Lire la suite

Lettre ouverte à un terroriste (1986)

Cette lettre ouverte à François Mitterrand, président de la République, avait pour prétexte le procès de cinq objecteurs de conscience rennais, dont deux étaient de mes amis.

J’y ajoute une lettre inédite au président du tribunal de Pontoise appelé à juger mon camarade Gil Delisse. La « lettre ouverte » a été publiée dans On a faim ! (n° 5, septembre 1986) et dans Le Monde libertaire (n° 631, 2 octobre 1986).

 

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Nous ne céderons pas au chantage terroriste. Vous avez beau agiter sous notre nez les cadavres de la rue de Rennes[1], vous ne nous ferez pas trouver meilleure l’odeur de votre démocratie.

Vous avez plein la bouche des valeurs et des libertés démocratiques quand pas moins de cinq cent réfractaires à l’armée croupissent dans les prisons. Anarchistes, pacifistes ou témoins de Jéhovah, ils paient cher l’étrange idée que vous vous faites de la liberté d’opinion.

Allez monsieur, on ne pontifie pas sur l’exercice de la terreur le doigt sur le bouton de la force de frappe. On ne prêche pas le respect de la vie quand on vend les moyens du meurtre sur toute la planète. Vous êtes un clown pas moins sanglant que d’autres.

Paris s’est couvert de policiers. Ils traquent le faciès comme ils l’ont toujours fait, mais c’est aujourd’hui une tâche patriotique. On a placardé sur les murs les visages des suspects, tabassé et expulsé des hommes qui n’étaient suspectés de rien. On a institué des contrôles aux frontières et aux portes des supermarchés. Rien qui puisse gêner les assassins. Il ne s’agit d’ailleurs pas de cela, mais de faire croire à la guerre. À la guerre, c’est-à-dire et surtout à la nécessaire « Union sacrée » de tous autour de l’État.

Il a suffi à une demi-douzaine d’assassins de quelques kilos d’explosifs et de moins de morts que la route n’en produit un week-end de Pentecôte pour bricoler une image de guerre suffisamment crédible pour que le deuxième personnage de l’État s’en saisisse aussitôt. Et vous avez approuvé. C’est la guerre, dit-on aux braves gens ! Va pour la guerre ! Ils pensent, parlent et demain agiront en conséquence. La haine des « Arabes » s’exprime de plus en plus ouvertement. Vous seriez mal fondé à vous en étonner. La guerre réclame et justifie l’union de tous les patriotes. Or cette pseudo-communauté n’a — ne peut avoir — comme ciment que le racisme et la xénophobie. C’est l’État qui a donné le mot. C’est votre œuvre aussi bien que celle des assassins.

Le 2 octobre prochain, cinq libertaires[2] seront traduits devant le tribunal correctionnel de Rennes pour avoir refusé tout service national, qu’il fût militaire ou civil. Il est vrai qu’ils conchient l’armée française comme certain poète dont votre gouvernement a salué avec émotion la dépouille. Mais le poète chantait l’Armée rouge et le Guépéou, tandis que les cinq de Rennes exècrent tous les uniformes. Depuis que vous êtes au pouvoir, les années de prison tombent sur les réfractaires plus dru que sous le règne de la droite. Et vous, vous continuez à parler de liberté (mes hommages à Madame !).

J’entends déjà le procureur de la république requérir contre mes camarades au nom de l’Union nationale, des temps troublés que nous vivons, du défi lancé à la démocratie et autres fadaises de circonstance. Il pourra leur donner en exemple tous ceux, tortionnaires de la guerre d’Algérie, admirateurs du Goulag, assassins de Machoro[3], dynamiteurs mercenaires qui se pressent à l’appel de l’État. Tous enrôlés contre la « barbarie ». Laissez-moi rire !

Objecteur de conscience, insoumis au service civil depuis 1976, j’ai commis le même crime que les jeunes libertaires que l’on va juger. Vous vous êtes débarrassé par l’amnistie de 1981 de plus de trois mille de mes semblables. J’ai donc prêché d’exemple sans jamais être poursuivi. J’ai, dans un guide pour les adolescents intitulé Ni vieux ni maîtres (1979), décrit en détail les moyens de refuser tout service national. À l’heure où des jeunes, de dix ans mes cadets, risquent leur liberté pour les même convictions que j’ai toujours défendues, je persiste et signe.

Nous ne céderons pas au chantage terroriste de l’État.

L’état de siège que vous voulez décréter dans les esprits avant de l’instituer dans la rue ne m’empêchera pas de vomir la France et son armée, vous, votre grande culture, vos juges, vos flics et vos maisons d’arrêt.

 

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Lettre à Monsieur le président du tribunal appelé à juger Gil Delisse

 

(Tribunal correctionnel de Pontoise ; audience du 25 mars 1987.)

Les dernières années de sa vie, mon grand-père se réveillait parfois, trempé de sueur : « J’étais avec un Allemand ».

Cette guerre [14-18] lui avait coupé le souffle. Un poumon en moins et, quarante ans après, encore un éclat d’obus dans l’autre. Tant d’autres, de ses frères, avaient été tués ; exceptionnellement robuste, France (ainsi se prénommait-il !) avait survécu. Il disait : « Les hommes, y repartiraient peut-être, y sont si bêtes ! »

Quand j’entends un salaud me parler de « patrie », je pense à la douleur de cet homme dont je porte le nom.

Je suis moi-même objecteur de conscience et insoumis au service civil depuis plus de dix ans. J’ai, dans un guide de poche à l’usage des adolescents, […] recommandé l’insoumission au service civil. Ni moi ni mon éditeur n’avons été inquiétés.

Il faut à la Justice des réserves inépuisables de lâcheté et d’hypocrisie pour poursuivre encore des garçons comme Gil Delisse quand 4 000 de ses semblables (dont je fais partie) ont été laissés en paix.

Il est des saloperies avec lesquelles on ne saurait transiger. Je conchie l’armée française et les poursuites pour délit d’opinion, qu’elles visent des réfractaires de Paris ou de Moscou.

À mes yeux, rien ne peut laver la faute de s’ériger en juge ; foutre la paix une bonne fois aux objecteurs en général et à Gil Delisse en particulier serait toutefois une circonstance atténuante.

Fait à Paris, le 13 mars 1987.

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[1] L’attentat perpétré le 17 septembre 1986 devant le magasin Tati de la rue de Rennes fait sept morts et cinquante-trois blessés. Il est revendiqué par un Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes, probablement lié au Hezbollah libanais.

[2] Il s’agissait de Pascal Le Floc’h, Serge Le Roux, Bertrand Desroches, Francis Dugay, Pierre Freoux.

[3] Eloi Machoro, secrétaire général de l’Union calédonienne, principale composante du Front de libération kanake socialiste (FLNKS), assassiné le 12 janvier 1985 par les gendarmes du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN).

 

Ce texte a été republié dansrubon5

JE VOUS DÉNONCE LE NOMMÉ CLAUDE GUILLON… (2008)

…anarchiste autonome de la mouvance ultra-gauche, se disant écrivain.
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adame le ministre de l’Intérieur, Monsieur le responsable de la section anti-terroriste du parquet de Paris, Mesdames et Messieurs les magistrats spécialisés, apprenant avec satisfaction le maintien de Julien COUPAT et d’Yldune LÉVY dans les liens de la détention, et soucieux de contribuer à l’éradication des mouvances subversives, j’ai l’honneur de dénoncer à votre haute vigilance le nommé Claude GUILLON, né en 1952, se disant écrivain.

Jeune déjà, cet individu faisait preuve de dispositions vicieuses qui l’amenèrent, outre à des « habitudes » dont la clinique moderne a peut-être trop vite écarté la nocivité, à un « engagement » politique qui prit rapidement le pas sur son travail scolaire.

C’est assez logiquement, s’il est permis de s’exprimer ainsi, qu’il se déroba, sous prétexte d’« objection de conscience », à ses obligations militaires, refusant néanmoins d’accomplir le service civil qui lui aurait permis d’établir au moins la sincérité de ses convictions.

Par la suite, il renoncera à poursuivre des études. Vous n’ignorez pas qu’à cette époque, marquée par les tristement fameux « événements » de mai 1968, un prétendu « refus de parvenir » servit de masque à la plus révoltante paresse.

Peut-être fâcheusement influencé par des enseignants politisés, le malheureux se crut des dispositions pour les lettres et entreprit une espèce de carrière dans la presse contestataire et la rédaction d’ouvrages marginaux.

L’une de ses productions connut, hélas, un funeste succès, mettant à la portée de lecteurs toujours fragiles un salmigondis d’idées anarchistes et de recettes de mort.

Il est à noter que cet ouvrage contient un long développement, sans aucun rapport avec son sujet, pour contredire absurdement la thèse du suicide des terroristes allemands de la bande à Baader.

S’il n’est pas encore établi, à ma connaissance, que GUILLON a entretenu à cette époque des contacts directs avec la Fraction armée rouge, on peut néanmoins présumer dans cette publication une sorte d’aveu de sympathie pour l’extrême gauche la plus violente. Selon ses propres dires, cela lui vaudra d’être contacté par l’avocat des terroristes allemands Klaus CROISSANT, qui lui proposera de préfacer un livre sur le prétendu assassinat de Baader et de ses amis (évoqué dans Le Droit à la mort, 2004, ce projet ne semble pas avoir eu de suites).

Il est d’ailleurs certain qu’à la même époque (début des années 1980), le même GUILLON affecte de critiquer violemment le groupe terroriste français ACTION DIRECTE, tout en affichant des relations anciennes avec son égérie Hellyette BESS. On voit que le personnage n’en est pas à une contradiction près !

J’aimerais attirer particulièrement votre attention sur un opuscule que son insuccès commercial mérité a peut-être soustrait à votre vigilance. Je veux parler d’un texte tout entier consacré à la critique de l’un des plus beaux fleurons de notre industrie et du progrès des techniques en général, lequel est finement intitulé Gare au TGV ! (1994). Vous conviendrez que ce titre prend, après les événements que nous savons, une signification particulière et bien sinistre !

Selon des informateurs dont vous comprendrez que je préfère taire l’identité, une perquisition à son domicile permettrait de trouver sans difficulté, et en toute saison, outre une bibliothèque de plusieurs milliers de volumes : trois ordinateurs, un manche de pioche, deux pieds de biche, du sucre de canne, des clous, du white spirit, des bouteilles vides… Inutile, je pense, d’allonger outre mesure cet éloquent inventaire. Plus suspect encore : une pièce entière est dédiée au stockage de dizaines de milliers d’articles de presse, de tracts, de brochures, classés dans plus de deux cent cartons d’archives, de « Anarchie » à « Vasectomie », en passant par « Kosovo » et « Terrorisme ». À quelles fins honnêtes un homme seul pourrait-il accumuler un tel volume de documentation ?

Je ne dis rien ici d’une maison de campagne, dans laquelle l’intéressé a l’habileté de ne pas se rendre chaque année, ce qui lui permet d’affirmer avec les apparences de la sincérité qu’il ignore ce qu’ont pu y entreposer ou y abandonner les amis auxquels il la prête volontiers.

Certes, GUILLON ne dispose d’aucune légitimité universitaire ; il n’a ni le bagage ni le talent littéraire d’un Julien COUPAT et peut paraître, en somme, d’une dangerosité faible, en rapport avec ses moyens physiques déclinants, son envergure intellectuelle et l’audience de ses publications. Cependant, il me semble que son âge même et l’obstination mauvaise qu’il a su mettre dans la poursuite de ses chimères utopiques (je vous épargne ici le détail d’un fumeux « communisme libertaire » dont il veut déclencher les foudres sur une société « capitaliste marchande » honnie) mérite que l’individu soit empêché de nuire davantage. Pourquoi ne pas envisager une défense de publier (sur Internet notamment !), qui s’inspirerait des interdictions professionnelles utilisées avec succès dans l’ex-République fédérale allemande pour lutter contre les sympathisants de la violence ?

M’en remettant à vous pour l’usage optimal des renseignements que j’ai tenu à porter à votre connaissance, je vous prie d’agréer Madame le ministre, Mesdames, Messieurs, l’assurance de ma haute considération.

PARIS, LE 26 DÉCEMBRE 2008

UN AMI (DISCRET) DE L’ORDRE NOUVEAU

La Terrorisation démocratique

Ce texte a été repris dans La Terrorisation démocratique (Libertalia, 2009).