MARSEILLES[S] ~ Mai 2019

Bel automne en mai à Marseille, où je ne suis pas «descendu» depuis des lustres.

Première visite rue d’Aubagne.

L’emplacement des immeubles effondrés a été transformé en une espèce de caricature monstrueuse de jardin japonais; murs chaulés, énorme tas de graviers bétonné (à droite). On voit mal sur mes photos à cause de la camionnette du gardien (hargneux). Un peu plus haut, un panneau porte les portraits des victimes. Je n’ai pas voulu le photographier: quand je suis passé, des habitants du quartier le réparaient.

À propos de vigiles hargneux, un régime leur est promis sur le chantier de La Plaine (dans ce quartier maintenant, tout l’espace est entouré de murs et de grillages).

Pour celles et ceux qui ne sont pas mort·e·s ensevelies, la vie et les luttes continuent. On récolte de l’argent pour les occupant·e·s de maisons (hier) vides.

Les murs parlent beaucoup, ici aussi. Un gilet jaune blessé.

Et comme on était samedi, les Gilets jaunes étaient aussi dans la rue (la photo est prise de l’extérieur de la nasse finale).

Une manif contre les CRA s’est mêlée un moment à celle des Gilets et s’est dissoute, certain·e·s camarades étant horrifié·e·s de côtoyer des drapeaux tricolores. Dommage! tant que nous étions dans la manif générale nos slogans étaient repris par la foule et par des mégaphones. À trente, c’est un joli résultat! (et le seul possible).

Minuscule consolation, la girafe de la Canebière et son girafon ont été épargné – pour le moment – par le chantier qui les menaçaient. Il se murmure que le complexe de luxe (hôtelier ou magasins) qui va se construire sur l’emplacement d’une mairie de quartier (vendue) empiètera sur l’espace jadis public jusqu’à la chaussée.

Les murs parlent beaucoup, disais-je.

Et ils protestent de l’ancienneté de leur protestation. Dont acte.

Cependant, une série de toute beauté, dont je donne deux exemples (les cadres en trompe-l’œil font partie de l’affiche).

“Nous accusons!”

Ce samedi 4 mai sera donc la «Journée des manifestes» puisque paraît encore celui-ci «Nous accusons!» lancé et signé par des universitaires (l’autre est intitulé «Gilets jaunes: Nous ne sommes pas dupes!»).

 

Depuis le 17 novembre 2018, plusieurs centaines de milliers de citoyen·ne·s expriment leur inquiétude face à un pouvoir sourd à leurs revendications. Ils trouvent la force et le courage de prendre la parole en disant haut et clair qu’ils en ont assez et ne subiront plus les effets des politiques néfastes qui depuis plusieurs décennies pillent impunément leur travail et les biens communs.

Les voix des gilets jaunes ont permis de mettre à nu les mensonges et les pseudo-justifications «scientifique » données par le pouvoir et la meute de ses courtisans pour couvrir l’ampleur et l’importance de la prédation. Leur soulèvement a montré le vrai sens d’une politique qui a sciemment organisé le transfert des biens laborieusement accumulés par 95 % de la population vers les 5 % des couches les plus aisées. Leur force a été de faire prendre conscience de la duplicité d’un pouvoir, osant se féliciter d’avoir multiplié par quatre les énormes richesses détenues par une infime minorité. Avec la grande majorité des Français·es, nous nous sommes reconnu·e·s dans la prise de conscience des gilets jaunes. Chacun·e de nous a pu constater que, dans tous les secteurs de la société, nous étions confronté·e·s aux effets des mêmes politiques qui tendent à aggraver constamment les inégalités sociales.

D’emblée, les demandes et les attentes de changement nées avec ce soulèvement populaire ont été clairement développées. Elles se sont aussitôt heurtées à un pouvoir qui n’a cessé d’en ignorer le contenu pour en affadir la portée déstabilisante. Ce fut d’abord le silence assourdissant d’un président et de sa cour, murés dans leur palais. Ce fut ensuite la tentative de duper la foule avec les fausses promesses et les petites aumônes concédées en faisant encore payer les moins aisés et les services publics. Ce fut aussi la mise en place d’un simulacre de consultation d’où l’on avait avait très savamment extirpé toute possibilité d’interaction et de débat. Ce fut, surtout, la décision claire et réfléchie d’empêcher par tous les moyens l’expression publique des demandes et des revendications.

Tout a été fait pour réduire au silence les manifestants. Dès les premiers actes, le pouvoir a choisi la violence en demandant aux forces de l’ordre de dégager les péages d’autoroutes, les ronds-points, de bloquer l’accès aux points de convergence des manifestations et, surtout, d’intervenir avec «fermeté». Nous avons toute·s vu la traduction de ces ordres sur le terrain: nous avons constaté de nos yeux les filtrages et les arrestations arbitraires aux entrées des villes, empêchant les manifestations de se dérouler et la parole de s’exprimer. Nous avons vu les cabanes des ronds-points détruites et toujours courageusement reconstruites. Les techniques d’intervention policière consciemment choisies (nassage, lancement de gaz lacrymogène dès le début des manifestations, tirs de LBD sans sommation) provoquaient elles-mêmes les rares actes de violence en cherchant délibérément l’affrontement avec les manifestants.

Semaine après semaine, cette technique meurtrière et liberticide a été appliquée avec une intensité croissante. Protégées par le pouvoir et couvertes par l’omerta d’une grande partie des médias, des troupes policières épuisées par le travail se laissent aller aux pires exactions. Des centaines d’hommes et de femmes manifestant pacifiquement ont été attaqué·e·s sans aucune raison et très souvent avec un acharnement insensé. Depuis le mois de décembre, le nombre des blessés graves augmente sans cesse : les personnes ayant subi de graves traumatismes se comptent par centaines. Aucune parole n’a été prononcée par le président de la République ou son gouvernement à l‘égard des victimes, et en particulier de Zineb Redouane, tuée après avoir été atteinte alors même qu’elle fermait sa fenêtre. Rien ne semble plus pouvoir arrêter cette dramatique escalade et nous avons honte de devoir assister à la mise en scène des autofélicitations du pouvoir censé contenir une «foule haineuse».

Le choix de la répression violente contre toutes celles et ceux qui osent se lever pour prendre la parole contre ces agissements n’est certes pas nouveau, il a notamment été mis en pratique dans les quartiers populaires et contre des groupes vulnérables comme les migrant·e·s et les roms ou encore contre les mouvements sociaux, mais depuis novembre 2018 un seuil a été franchi. Cette stratégie de la répression violente a trouvé son apogée lors de la manifestation du 1er mai 2019: non seulement on a assisté au déploiement de tout l’éventail de l’arsenal répressif de l’État, mais le gouvernement s’est rendu coupable une fois de plus de mensonge avéré en criant au scandale d’une supposée « attaque » de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière par des manifestant·e·s venu·e·s trouver refuge. Ce mensonge d’État est le mensonge de trop. Il révèle l’état de fébrilité et de panique d’un pouvoir aux abois.

Il faut que s’arrête cette violence d’État !

Nous accusons le ministère de l’Intérieur de provoquer sciemment les réactions de violence dans nos villes, sur les ronds-points et les lieux de discussions publiques, afin de criminaliser toute personne qui s’oppose à ses lois et à ses politiques funestes.

Nous accusons le gouvernement d’employer contre des civils des armes de guerre bannies dans l’ensemble des pays occidentaux en ignorant les mises en garde répétées de plusieurs organismes internationaux.

Nous accusons la hiérarchie de la magistrature d’avoir accepté de couvrir cette politique néfaste en appliquant aveuglément et servilement les ordres donnés par le pouvoir exécutif.

Nous accusons l’Inspection Générale de la Police Nationale d’avoir diligenté des enquêtes de façade et qui, à notre connaissance, n’ont débouché sur l’interpellation d’aucun membre des forces de «maintien de l’ordre».

Nous accusons celles et ceux de la presse et des médias télévisuels qui ont accepté de se transformer en porte-voix du ministère de l’Intérieur et de la préfecture sans accomplir aucun contrôle sur leurs sources.

Nous appelons l’ensemble des citoyens à se joindre au mouvement social pour dénoncer la dérive autoritaire du gouvernement et nous exigeons la démission de M. Castaner ainsi que l’ouverture d’une commission d’enquête indépendante afin de faire la lumière sur les dérives des vrais responsables de sorte qu’ils soient traduits en justice.

 

Signataires

Mokhtari Abdenour, chercheur en Sociologie

Marc Abélès, anthropologue, EHESS

Nicole Abravanel, historienne, université de Picardie

Maira Abreu, doctorante en sociologie, Université de Paris 8

Sadia Agsous, Centre de recherche français à Jérusalem Karen Akoka, Université Paris-Nanterre

Thomas Alam, politiste, université de Lille

Arié Alimi, avocat au barreau de paris

Manali Allen, littérature française, Université de Rutgers Paul Alliès, politiste, université de Montpellier

Horacio Amigorena, psychanalyste, ancien professeur Jean-Loup Amselle, anthropologue, EHESS

Frédéric Audard, Géographe, Université d’Aix-Marseille

Marie Auffray-Seguette, sociologue, Institut Catholique de Paris

Saliou Ba, étudiant en Master Intervention et développement social

Magali Ballatore, MCF, AMU

Marie Baltazar, anthropologue, jeune docteure EHESS

Ludivine Bantigny, historienne, université de Rouen

Jérémie Barthas, historien, CNRS, Paris

Jean-Marc Baud, doctorant à l’ENS de Lyon

Hélène Baye, enseignante en collège, Seine-Maritime

Hugues Bazin, chercheur en sciences sociales

Sylvain Beck, sociologue et éducateur spécialisé, Paris

Yazid Ben Hounet, anthropologue, CNRS, Laboratoire d’Anthropologie Sociale

Sami Ben Jaffel, entrepreneur, Montpellier

Henri Bensidhoum, boulanger

Christophe Benzitoun, linguiste, Université de Lorraine

Alain Bertho, Anthropologue, Université de Paris 8

Stéphane Bikialo, linguiste et littéraire, université de Poitiers

Soline Blanchard, sociologue, Université de Lausanne

Cécile Blatrix, politiste, AgroParisTech

Françoise Bloch, socio-anthropologue, CNRS

Alexis Blouet, juriste

Philippe Bobichon, historien, CNRS

Yann Boniface, Informatique, Université de Lorraine

Pascal Bonnard, politiste, Université Jean Monnet Saint-Etienne 

Stéphane André, enseignant-chercheur Sciences Ingénieur, Université de Lorraine 

Armelle Andro, enseignante-chercheuse démographe, Paris 1 

Pascal Anger, Enseignant, Université d’Angers 

Fabien Archambault, historien, université de Limoges 

Christophe Bonneuil, historien, Cnrs 

Véronique Bontemps, anthropologue, CNRS, Paris 

Yannick Bosc, historien, Université de Rouen 

Paul Bouffartigue, sociologue, CNRS, Aix-en-Provence 

Ali Boulayoune, sociologue université de Lorraine

Philippe Boursier, professeur de sciences économiques et sociales, Rennes

Driss Boussaoud, neuroscientifique au CNRS, Marseille

Théo Boyadjian, enseignant, lycée Aulnay-sous-Bois

Françoise Brunel, MCF honoraire, Paris 1

Monique Buresi, documentaliste, Musée du Louvre

Pascal Buresi, historien, CNRS-EHESS, Lyon

Joel Cabalion, sociologue, Université de Tours

Joseph Cacciari, Université Paris-Est Marne-la-Vallée

Claude Calame, historien, EHESS, Paris

Adrian Calmettes, doctorant en économie, université Nice Sophia Antipolis

Romain Carnac, politiste, université de Lausanne

Vanessa Caru, historienne, CNRS

Thérèse Casadamont-B., retraité de l’Éducation nationale, Montpellier

Nicolas Castel, Sociologue, Université de Lorraine

Jean-Noël Castorio, historien, Université du Havre

Antoine Chambert-Loir, mathématicien, Université Paris-Diderot

Arnaud Chabrol, éditeur

Vincent Charbonnier, université de Nantes-ÉSPÉ

Laurence Charlier, anthropologue, MCF, Université Jean Jaurès Toulouse

Bernard Charlot, Université Paris 8 et UFS de Sergipe, Brésil.

Lucie Chartier

Francis Chateauraynaud, sociologue, EHESS, Paris

Séverine Chauvel, sociologue, Université de Paris-Est-Créteil

Sébastien Chauvin, sociologue, Université de Lausanne

Delphine Chedaleux, enseignante-chercheuse en infocom, Université de Lausanne Luc Chelly

Stéphanie Chevrier, éditrice

Marie-Pierre Chopin, sciences de l’éducation, Université de Bordeaux

Sylvie Chiousse, socio-anthropologue

Cristina Ciucu, philosophe, EHESS

Yves Cohen, historien, EHESS

Sonia Combe, historienne, Centre Marc Bloch

Fanny Cosandey, Historienne, EHESS, Paris

Enzo Cormann, dramaturge, MCF ENSATT, Lyon

Claire Cossée, sociologue, UPEC

Annie Couëdel, sciences de l’éducation Paris 8

Pierre Cours-Salies, sociologue, Paris 8

Pascal Cristofoli, ingénieur de recherche, EHESS, Paris

Marie Cuillerai, Paris Diderot

Alexis Cukier, philosophe, université de Poitiers

Mariannick Dagois, Université Paris8 

Leyla Dakhli, historienne, CNRS, Paris

Jocelyne Dakhlia, Historienne, EHESS, Paris

Aurélie Damamme, sociologue, Université de Paris 8

Jean-Marie Darbon, directeur de recherche INSERM retraité, Toulouse

Fanny Darbus, sociologue, université de Nantes

Clara Da Silva, enseignante de philosophie, Lycée Lavoisier, Paris 5ème

Anne Dauphiné, juriste à la recherche d’un emploi

Corinne Davault, sociologue, université de Paris 8

Etienne De Clara, Biologiste, Université de Columbia

Laurence De Cock, historienne, Paris

Joan Deas, doctorante en science politique, Sciences Po Grenoble

Alice Debauche, sociologue, Université de Strasbourg

Adrien de Jarmy, doctorant en histoire des débuts de l’islam, Sorbonne Université

Christian Delacroix, historien

Christian Delarue, animateur du site amitie-entre-les-peuples.org

Frédéric Delarue, docteur en histoire contemporaine

Fabien Desage, science politique, Université de Lille

Claire Desmitt, doctorante en Sciences de l’éducation, Université de Lille.

Sophie Desrosiers, historienne et anthropologue, EHESS

Victoire Diethelm, doctorante en Lettres Modernes, Université de Bourgogne Franche Comté

Nicolas Dot-Pouillard, Chercheur en sciences politiques, Beyrouth

Etienne Douat, sociologue, Université de Poitiers

Yann Dourdet, Professeur de Philosophie.

Marnix Dressen-Vagne, sociologue UVSQ UMR Printemps

Jeanne Drouet, ingénieure CNRS Lyon

Bruno Drweski, historien, politologue. INALCO, Paris

Vincent Dubois, Université de Strasbourg

Jeanne Dulyse Pasquet, enseignante spécialisée

François Dumasy, historien.

Lucie Dupré, anthropologue, INRA

Jean-Baptiste Durand, chercheur CNRS, Toulouse

Julien Durand, post-doc INSA, Toulouse

Henri Eckert, sociologue, Université de Poitiers

Nicole Edelman, historienne

Suzanne El Farra, écrivaine, professeur

Philippe Enclos, juriste, université de Lille

Didier Epsztajn, animateur du blog “entre les lignes entre les mots”

Nathalie Ethuin, science politique, université de Lille

Corine Eyraud, sociologue, Université Aix-Marseille

Jules Falquet, féministe, sociologue, Université de Paris

Patrick Farbiaz

Héloïse Faucherre-Buresi, fonctionnaire stagiaire, ENS de Lyon

Jean-Michel Faure, Pr émérite sociologie, université de Nantes

Benjamin Ferron, sociologue, UPEC

Agnès Fine, anthropologue, EHESS

Marianne Fischman, sciences économiques et sociales, Académie de Paris 

Anders Fjeld, philosophe, Université Paris Diderot

Mathieu Flinois, Doctorant en sociologie, Université de Provence

Jean-Philippe Foegle, Juriste, Université Paris Nanterre

Jean-Michel Fourniau, sociologue, IFSTTAR

Lydéric France, Enseignant-Chercheur, Géosciences, Université de Lorraine

Bernard Friot, sociologue, Université Paris Nanterre

Laurent Gabail, anthropologue, Université Toulouse Jean Jaurès

Jérôme Gaillaguet, sociologue, EHESS, Paris

Claire Gallien, MCF études anglophones, UPVM3, Montpellier

Juliette Galonnier, sociologue, Ined

Edith Galy, PU en ergonomie, Université Nice Sophia-Antipolis

Camille Gardesse, sociologue urbaniste, Université Paris Est

Médéric Gasquet-Cyrus, sociolinguiste, Université d’Aix-Marseille

Pascal Gassiot , Fondation copernic, Toulouse

Vincent Geisser, chercheur CNRS, président CIEMI

Frédérick Genevée, historien, responsable de musée

Julie Gervais, politiste, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Mehdi Ghouirgate, Historien, Université Bordeaux-Montaigne.

Laurence Giavarini, enseignante-chercheuse, Lettres, Université de Bourgogne

Pascale Gillot, philosophe, université de Tours.

Tommaso Giuriati, doctorant en sociologie, Université de Corse

Boris Gobille, politiste, Ecole Normale Supérieure de Lyon

Josua Gräbener, politiste, Bruxelles

Maurizio Gribaudi, historien, EHESS, Paris

Pascal Guibert, enseignant-chercheur, Université de Nantes

Michelle Guerci, journaliste

Caroline Guibet Lafaye, sociologue, philosophe, CNRS

Pierre Guillemin, doctorant en géographie, Université de Caen Normandie

Elie Haddad, historien, CNRS

Hugo Harari-Kermadec, économiste, ENS Paris-Saclay

Samir Hadj Belgacem, sociologue, Université Jean Monnet, Saint-Etienne

Iulia Hasdeu, anthropologue HETS Genève

Jean-Marie Harribey, économiste, Université de Bordeaux

Ingrid Hayes, historienne, Université Paris-Nanterre

Benoit Hazard, anthropologue, CNRS, IIAC

Anaïs Henneguelle, économiste, Université de Rennes 2

Jacqueline Heinen, sociologue, UVSQ

Odile Hélier anthropologue

Mélanie Henry, historienne

Odile Henry, Sociologue, Université Paris 8

Etienne Hubert, historien, EHESS, Paris

Romain Huret, historien, EHESS, Paris

Sabina Issehnane, économiste, Université Rennes 2

Mila Ivanovic, Docteure en sciences politiques sans poste, Paris

Lloyd Izard, Institut Méditerranéen d’Océanologie, Université d’Aix-Marseille

Louis Jachiet, informaticien, CNRS, Lille 

Nicole Jacques-Lefèvre, Professeur des Universités émérite Nanterre, lettres

Lionel Jacquot, Sociologue, Université de Lorraine

Sébastien Jahan, Historien, Université de Poitiers

Anne Jollet, Historienne, Université de Poitiers 

Nicolas Jaoul, Anthropologue, CNRS/IRIS/EHESS

Pierre Jardon, Professeur, Université de Grenoble

François Jarrige, Historien, université de Bourgogne, Dijon

Marc Jeanmougin, informaticien, Télécom Paris

Fanny Jedlicki, sociologue, université du Havre

Samy Johsua, Professeur retraité Université Aix-Marseille

Elise Julien, historienne, Sciences Po Lille

Lama Kabbanji, chercheuse, IRD-CEPED

Damien Keller, bibliothécaire, Rennes

Danièle Kergoat, sociologue, CNRS

Pierre Khalfa, économiste, Fondation Copernic

Michel Kokoreff, sociologue.

Jean-Luc Kop, psychologie, Université de Lorraine

Isabelle Krzywkowski, Université Grenoble Alpes

Claire Lacour, mathématicienne, Université Paris-Est Marne-La-Vallée

Rose-Marie Lagrave, sociologue, EHESS

Bernard Lahire, sociologue, ENS de Lyon

Ouida Lambert Bordji, enseignante en anglais – St Germain en Lay

Michel Lanson, professeur retraité

Mathilde Larrère, historienne

Sabine Laurent, maîtresse de conférence à la retraite

Christian Laval, sociologue, Université Paris Nanterre

Hervé Le Crosnier, éditeur, Caen

Gildas Le Dem, journaliste

Eric Lecerf, philosophe, Université Paris 8

Chloé Leprince, journaliste

Julien Léonard, historien, Université de Lorraine

Erwan Lehoux, enseignant en sciences économiques et sociales à Rouen

Benoît Leroux, sociologue, Université de Poitiers

Brice Le Gall, sociologue et photographe, EHESS

Frédéric Le Roux, mathématicien, Sorbonne Université Université Paris 8 et 7

Emir Mahieddin, anthropologue, CNRS 

Pascal Maillard, Littérature française, Université de Strasbourg

Jean Malifaud, mathématicien, syndicaliste FSU

Jean-Claude Mamet, syndicaliste

Léopoldine Manac’h, étudiante en anthropologie, EHESS.

Jimmy Markoum, enseignant en histoire-géographie, Lycée Angela Davis – Saint-Denis

Anne Martel, Biophysicienne – Grenoble

Antoine Lévêque, ATER en science politique, Sciences Po Lyon 

Wenceslas Lizé, sociologue, Université de Poitiers 

Gaëlla Loiseau, sociologue, université du Havre 

Camille Louis, philosophe, 

Gilles Martinet, géographe, doctorant à la Sorbonne Nouvelle – Paris 3

Gustave Massiah, économiste

Gutierrez Beatriz Hispaniste

Béatrice Matrot, enseignante lycée Chalon-sur-Saône. 

Gérard Mauger, sociologue, CNRS

Guillaume Mazeau, historien, Université Paris-1 Panthéon Sorbonne

Véronique Melchior, Psychologue clinicienne

Lamia Mellal ITRF, IREMAM

Eléonore Merza Bronstein, anthropologue, co-directrice de De-Colonizer.

Noufissa Mikou, professeure retraitée, Université de Bourgogne

Christophe Mileschi, professeur, université Paris Nanterre

Lamia Missaoui, Sociologue, Université de Versailles St-quentin-en yvelines

Sylvie Monchatre, sociologue, Université Lumière Lyon2

Vincent Monfort, STAPS, Université de Lorraine

Marc Moreigne, écrivain et enseignant Arts du spectacle, Université d’Evry Val d’Essonne

Danielle Moyse, chercheuse associée IRIS ( EHESS, CNRS, INSERM)

Laurent Mucchielli, CNRS, Laboratoire Méditerranéen de Sociologie, Aix-en-Provence

Mustapha Nadi, PU 63ème, Electronicien, Université de Lorraine

Yvan Najiels, enseignant.

Philippe Nabonnand, Enseignant, Université de Lorraine

Erik Neveu, science politique, Université de Rennes

Norig Neveu, histoire, CNRS, IREMAM, Aix-en-Provence

Olivier Neveux, Ens de Lyon

Gérard Noiriel, historien, EHESS, Paris

Vincent Nyckees, linguiste, Université Paris Diderot

Anne-Claudine Oller, sociologue, UPEC

Julien O’Miel, politiste, Université de Lille

Claude Paraponaris, économiste, Université Aix Marseille

Alain Parrau, chargé de cours littérature française, Paris 7

Frédéric Perdreau, EC sciences de gestion, Université de Saint-Etienne

Stéfane Paris, informaticien, université de Lorraine

Willy Pelletier, sociologue, université de Picardie

Bastien Pereira Besteiro, sociologue, Université Lumière Lyon 2

Anne Petiau, sociologue, Paris

Roland Pfefferkorn, sociologue, Université de Strasbourg

Anne-Laure Piallat, professeur, Paris

Béatrice Pinat, professeur des écoles, Créteil

Michel Pinault, historien des sciences et des milieux scientifiques

Dominique Plihon, économiste, université Paris 13

Raphael Porteilla, politiste, université de Bourgogne

Paul Platzer, physicien, université Bretagne Loire

Marion Plault, sociologie, université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Clyde Plumauzille, historienne, CNRS, Paris

Pierre Puchot, écrivain, journaliste

Jean Puyade enseignant en espagnol retraité Paris

Pablo Rauzy, informaticien, Université Paris 8 

Gianfranco Rebucini, anthropologue, EHESS

Candice Raymond, historienne, université Paris 1

Manuel Rebuschi, philosophie, université de Lorraine

Yannick Reix – directeur cinéma Jacques Tati – 93

Eugenio Renzi, enseignant, journaliste

Michèle Riot-Sarcey, historienne

Fabrice Riceputi, enseignant et historien, Besançon

Marie-Pierre Rousseau Boileau, AED, lycée Les Pannevelles 77

Nicole Roussel, retraitée

Valérie Roussel, Enseignante, Philosophie. Académie de Limoges

Laura Ruiz de Elvira, politiste, IRD-CEPED

Valérie Sala Pala, politiste, Université Jean Monnet Saint-Etienne

Alessandro Sarti, mathématicien, CNRS-EHESS, Paris

Daniela Scancella, Ingénieur d’études EHESS

Michel Seigneuret, Biophysicien, CNRS, Université Denis Diderot-Paris 7

Nicolas Sembel, Sociologue, Université Aix-Marseille

Silvia Serrano, politiste, Sorbonne Université

Thomas Shaw, comédien, Paris

Catherine Simon, journaliste, écrivain

Patrick Simon, démographe, Ined, Paris

Maroula Sinarellis, retraitée, LaDéHiS/CRH/EHESS

Rémi Sinthon, sociologue, Paris

Michèle Soriano, latino-américaniste, Université Toulouse Jean Jaurès

Paul Sorrentino, anthropologue, EHESS

Karim Souanef, sociologue, université de LIlle

Jacques Testart, biologiste, INSERM

Marie-Thérèse Têtu, sociologue, CNRS Lyon

Charles Thibout, chercheur, IRIS

Gérard Tollet, enseignant, université P12-UPEC

Christian Topalov, sociologue, EHESS, Paris

Marc Tomczak, automatique et traitement du signal, université de Lorraine

Jean-Louis Tornatore, anthropologue, université de Bourgogne

Jean-Luc Tornero, retraité, enseignant, syndicaliste

Jocelyne Tournois, retraitée, Université de Lorraine

Michel Touzet, libraire

Maryse Tripier, sociologue Université Paris-Diderot

Vanessa Tico Rivera, Ergonome Toulouse

François Valegeas, urbaniste, Université Paul-Valery Montpellier 3

Patrick Vassallo, économie sociale et solidaire, Paris 8

Mélanie Vay, Université de Paris Panthéon-Sorbonne

Carlo Vercellone, économiste, Université de Paris 8

Frederic Verhaegen, MCF psychologie, université de Lorraine

Pauline Vermeren, philosophie, Paris 7 / Paris 8

Bernard Vernier, anthropologue

Sébastien Vignon, politiste, Université de Picardie

Christiane Vollaire, philosophe, Paris 

Sophie Wauquier, linguiste, Université Paris 8, Université pour la Paix.

Pierre-Olivier Weiss, ATER en sociologie, Laboratoire Méditerranéen de Sociologie, Aix-en-Provence

Sylvie Wharton, sociolinguiste, Université d’Aix-Marseille

Carole Yerochewski, sociologue, Université du Québec en Outaouais

Michelle Zancarini-Fournel, historienne, université de Lyon

Nadjet Zouggar, islamologie, Université Aix Marseille

Elisabeth Zucker

Nepthys Zwer, germaniste, Strasbourg

“Gilets jaunes: nous ne sommes pas dupes!”

Je reproduis ici l’appel Gilets jaunes : nous ne sommes pas dupes! publié ce jour dans Libération, non pour m’y associer ou parce qu’il manifesterait une quelconque radicalité – les signataires demeurent hélas! au moins dans le présent texte, et au contraire d’une part croissante du mouvement, «dupes» de la démocratie capitaliste – mais parce qu’il est un soutien bienvenu à celles et ceux qui ont été plus ou moins grièvement blessé·e·s dans les manifestations, et dont ce gouvernement de porcs nie jusqu’à l’existence.

 

Gilets jaunes : nous ne sommes pas dupes  !

Depuis plusieurs mois, le mouvement des gilets jaunes, sans précédent dans l’histoire de la Ve République, bat le pavé de nos rues.

Un mouvement de citoyen·ne·s, né spontanément, qui ne se rattache à aucun parti politique. Un mouvement qui mobilise des dizaines de milliers de Français·e·s chaque samedi, depuis plus de six mois, et qui est soutenu par des millions d’autres. Un mouvement qui réclame des choses essentielles : une démocratie plus directe, une plus grande justice sociale et fiscale, des mesures radicales face à l’état d’urgence écologique.

Ce qu’ils demandent, ils le demandent pour tou·te·s. Les gilets jaunes, c’est nous. Nous, artistes, technicien·ne·s, aut·eur·rice·s, de tous ces métiers de la ­culture, précaires ou non, sommes absolument concerné·e·s par cette mobilisation historique.

Et nous le proclamons ici : Nous ne sommes pas dupes ! Nous voyons bien les ficelles usées à outrance pour discréditer les ­gilets jaunes, décrits comme des anti-écologistes, extrémistes, racistes, casseurs… La manœuvre ne prend pas, ce récit ne colle pas à la réalité même si médias grand public et porte-parole du gouvernement voudraient bien nous y faire croire. Comme cette violence qu’ils mettent en exergue chaque samedi. Pourtant la violence la plus alarmante n’est pas là.

Le bilan de la répression s’aggrave chaque semaine. Au 19 avril, on recensait 1 décès, 248 blessé·e·s à la tête, 23 éborgné·e·s, 5 mains arrachées chez les manifestant·e·s. C’est indigne de notre République. Et nous ne sommes pas les premier·e·s à le dénoncer : Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, l’ONU, l’Union européenne, le Défenseur des droits, tou·te·s condamnent les violences poli­cières sur les gilets jaunes en France.

Le nombre de blessé·e·s, de vies brisées, d’arrestations et de condamnations ­dépasse l’entendement. Comment peut-on encore exercer notre droit de ­manifester face à une telle répression ? Rien ne justifie la mise en place d’un arsenal législatif dit «anticasseur» qui bafoue nos libertés fondamentales.

Nous ne sommes pas dupes ! La violence la plus menaçante est économique et sociale. C’est celle de ce gouvernement qui défend les intérêts de quelques-un·e·s aux détriments de tous et toutes. C’est la violence qui marque les corps et les esprits de celles et ceux qui s’abîment au travail pour survivre.

Puis nous devons –  c’est une urgence historique  – affronter collectivement la crise écologique et trouver des solutions justes et efficaces, afin de laisser un monde vivable à nos enfants. Nous ne sommes pas dupes ! Ce gouvernement n’a cessé de reculer sur la question pour ne pas inquiéter les responsables du désastre annoncé. Les gilets jaunes le dénoncent comme les militants écologistes. Aujourd’hui, la convergence des luttes sociales et environnementales est en route.

Nous continuerons à nous indigner, plus fort, plus souvent, plus ensemble.

Et aujourd’hui, nous appelons à écrire une nouvelle histoire.

Nous, écrivain·e·s, musicien·ne·s, réalisa·teur·trice·s, édit·eur·rice·s, sculpt·eur·rice·s, photographes, technicien·ne·s du son et de l’image, scénaristes, chorégraphes, dessinat·eur·rice·s, peintres, circassien·ne·s, comédien·ne·s, product·eur·rice·s, danseu·r·se·s, créat·eur·rice·s en tous genres, sommes ­révolté·e·s par la répression, la manipulation et l’irresponsabilité de ce gouvernement à un moment si charnière de notre histoire.

Utilisons notre pouvoir, celui des mots, de la parole, de la musique, de l’image, de la pensée, de l’art, pour inventer un nouveau récit et soutenir celles et ceux qui luttent dans la rue et sur les ronds-points depuis des mois.

Rien n’est écrit. Dessinons un monde meilleur.

«A dream you dream alone is only a dream/ A dream you dream together is reality.» John Lennon

Les premiers signataires : Juliette Binoche, comédienne; Emmanuelle Béart, comédienne; Jeanne Balibar, comédienne, réalisatrice; Swann Arlaud, comédien; Bruno Gaccio, auteur; Anne-Laure Gruet, actrice, réalisatrice; ­Gérard Mordillat, romancier, cinéaste; ­Annie Ernaux, écrivaine; Edouard Louis, écrivain; Stanislas Nordey, metteur en scène comédien; Denis Robert, écrivain; Yvan Le Bolloc’h, chanteur, comédien ; Elli Medeiros, artiste; Marion Montaigne, autrice de BD; Gilles Perret, réalisateur; Alain Damasio, écrivain; Liliane Rovère, comédienne; Jean-Claude Petit, compositeur, chef d’orchestre; Anouk Grinberg, actrice; Frank Margerin, auteur de BD; Simon Abkarian, comédien; China Moses, musicienne; Alexandre Gavras, producteur; Fanny Cottençon, comédienne; Guillaume Brac, cinéaste; Julien Seri, réalisateur; Mireille Perrier, comédienne; Alain Guiraudie, cinéaste; Emile Bravo, auteur de BD; Luis Rego, comédien; Olivier Rabourdin, comédien; Christian Benedetti, metteur en scène directeur; Christine Boisson, actrice; Jean-Pierre Thorn, cinéaste; Sam Karmann, acteur réalisateur; Anne Alvaro, comédienne; Bernard Blancan, comédien réalisateur; Xavier Durringer, auteur réalisateur; Pierre Schoeller, cinéaste; Florent Massot, éditeur; Martin Meissonnier, compositeur, réalisateur; Aline Pailler, productrice radio; Stéphane Brizé, réalisateur; Dominique Cabrera, réalisateur; Jacques Bonnaffé, comédien; Mariana Otero, réalisatrice; Laurent Bouhnik, réalisateur; David Hermon aka Cosmic, musicien; Jean-Pierre Duret, ingénieur du son, réalisateur documentaire; Blandine Pélissier, metteuse en scène; Ludovic Bource, compositeur; Niko Kantes (Sporto Kantes), musicien; Robert Guédiguian, réalisateur producteur; Ariane Ascaride, actrice.

 

Pour consulter l’intégralité des signatures.

 

“Gilets noirs K-way jaunes” ~ Interviews d’anarchistes à propos du mouvement des Gilets jaunes

Introduction

Cette brochure a pour origine une initiative venant d’une revue anarchiste brésilienne, Crônica Subversiva, de Porto Alegre, qui, en janvier 2019, voulait interviewer quelques anarchistes à propos du mouvement des Gilets jaunes. Des extraits de ces interviews ont d’ailleurs été publiées en portugais dans le n°3 et le seront bientôt dans le n°4.

L’idée était notamment de réfléchir à ce qui peut rapprocher ce mouvement de celui qu’a connu le Brésil en 2013-2014, pendant lequel la colère sociale s’est également exprimée par des manifestations massives sans être monopolisées ou englobées par les partis politiques ou les syndicats. C’est au sein de ces manifestations que les black blocs ont vu le jour au Brésil. Travailleur·euse·s, étudiant·e·s, jeunes des favelas et autres énervé·e·s, politisé·e·s ou non, ont pris les rues et se sont attaqué aux représentations du capital et de l’État. Ces manifestations massives ont permis la naissance de différentes initiatives auto-organisées, horizontales. À Porto Alegre, nous avons vu naître des lieux autogérés et politisés, des occupations de lieux publics comme la Chambre municipale qui ont duré des semaines, mais aussi l’entrée en lutte des plus jeunes qui ont occupé leurs écoles pendant des mois tout en participant à de nouvelles manifestations entre 2015 et 2016. Les conséquences de ces mouvements sociaux sont difficiles à mesurer aujourd’hui. Cinq ans après les « journées de juin 2013 », Jair Bolsonaro, fasciste et valet de l’impérialisme nord-américain, est élu démocratiquement par le « peuple » brésilien. Sa « conquête » du pouvoir s’est mise en place, d’une certaine manière, en s’emparant d’une partie des mouvements sociaux et en instrumentalisant une haine du Parti des Travailleurs qui avait d’ailleurs déçu un bon nombre de ses électeurs. Fin 2014, c’est un mouvement d’extrême droite (anti-amérindien, anti-noir, anti-LGBT, etc.) qui voit le jour, le MBL (Mouvement Brésil Libre), qui ramassera tout un tas de personnes paumées politiquement et qui se consolidera comme la base d’accès au pouvoir du futur président. Si le mouvement social de 2013-2014 au Brésil n’est pas responsable de l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro, il n’a pas été suffisamment puissant pour enrayer la montée du fascisme dans le pays, notamment à partir de 2015.

[Toulouse, le 19 janvier 2019.]

L’héritage des mouvements de 2013, 2014, 2015 et 2016 vit dans le cœur de tou·te·s les émeutier·e·s, dans tous les black blocs qui se sont, à un moment donné, confronté·e·s avec ténacité aux forces de l’ordre et à ce qui les opprime quotidiennement. Il vit aussi dans les futurs possibles que l’action insurrectionnelle a permis d’entrevoir. Ces mouvements ont ouvert des portes et formé corps et âme à l’action. Le mouvement des Gilets jaunes nous laisse entrevoir lui aussi un pays et ses représentant·e·s secoué·e·s par une vague insurrectionnelle, qui nous remue nous aussi à l’autre bout du monde.

Nous pensons qu’en tant qu’anarchistes, il est important de nous poser certaines questions, notamment celle de notre rôle au sein des mouvements sociaux. Comment prendre part à un mouvement social sans lâcher nos convictions ? Sans se transformer en « avant-garde » révolutionnaire ? Comment diffuser et faire partager nos idées à des personnes qui, à première vue, ont des visions du monde complètement différentes, voire contradictoires aux nôtres ? Créer le chaos est-il notre seul objectif ?

On parle beaucoup des black blocs ces derniers temps en France, les médias, les politicien·ne·s et les citoyennistes le font pour faire une distinction factice entre Gilets jaunes obéissants et respectueux des lois et extrémistes ultra-violent·e·s et minoritaires. Ce qui nous semble désormais clair dans ce mouvement, c’est qu’il est très compliqué de distinguer les K-way noirs typiques de la tactique anarchiste du black bloc des nombreux gilets jaunes qui sont arrivé·e·s dans ce mouvement sans avoir encore éprouvé l’expérience de l’émeute. Le soulèvement des Gilets jaunes a été (et continue d’être) le fait de plein de gens différent·e·s, avec des origines sociales et des cultures politiques diverses, réunissant plein de rebelles à l’ordre établi et une colère populaire rarement exprimée aussi intensément… Le 16 mars 2019 à Paris a donné lieu, encore plus qu’en décembre 2018, à un joyeux mélange insurrectionnel des identités politiques, que résume assez bien le tag de couverture : Gilets noirs, K-way jaunes. On n’oubliera pas non plus que c’est sur une avenue des Champs-Elysées ravagée par la casse et le pillage que des milliers de personnes ont entonné un slogan simple mais prometteur : «révolution». Pour ce qui est des interviews, l’idée est qu’elles nous donnent quelques pistes et nous montrent comment des anarchistes ont pris part au mouvement des Gilets jaunes dans différentes régions du territoire contrôlé par l’État français. Elles ont pour objectif de nous provoquer parce que les positions et analyses présentées sont plurielles et entrent parfois en contradiction les unes avec les autres. Dans tous les cas, elles nous invitent à prendre part à l’action insurrectionnelle, elles réaffirment que face à la violence quotidienne d’un État qui se croit tout puissant, la passivité et le pacifisme ne sont pas des options valides. Elles n’ont pas pour but de dresser des postures figées par rapport au mouvement en cours. Elles sont là pour alimenter les réflexions, renforcer les luttes et montrer comment des anarchistes peuvent participer/intervenir dans une dynamique insurrectionnelle, voire révolutionnaire, mais confuse dans ses perspectives politiques. Réalisées par mail entre début février et début avril 2019, elles sont aussi des instantanés d’un mouvement qui fait des vagues, gagne et perd en intensité selon les périodes, et qui semble bien plus imprévisible que les mouvements connus dans l’Hexagone ces dernières décennies. Nous avons fait le choix de les publier telles qu’elles nous sont parvenues. Elles ont toutes été réalisées à l’écrit, et on a par exemple décidé de laisser le choix à chacun·e de féminiser/neutraliser/dégenrer les mots ou non, à sa façon.

Par ailleurs, nous avons une masse assez importante de documents numérisés à propos du mouvement des Gilets jaunes (tracts, textes de fond, photos, affiches, mais aussi vidéos…). Ces archives sont en cours de constitution et sont bien entendu partageables. Si vous êtes intéressé·e·s, écrivez-nous ! Idem pour ce qui est des traductions de cette brochure. Une version en portugais est sur le feu, peut-être aussi en espagnol et en italien. Si vous avez des envies de traduire ça en d’autres langues, contactez-nous !

Paris-banlieue et Porto Alegre, 10 avril 2019
Enkapuzado & Zanzara athée

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