MÉTRO C’EST TROP ! ~ Où l’on observe les rapports complexes entre la littérature, l’image que l’écrivain veut donner de lui-même et la survivance de modes de pensée archaïques dans les milieux libertaires

C’était une bonne idée éditoriale d’accueillir le récit d’un musicien du métro, demeuré musicien (de rock) par la suite et aujourd’hui leader du groupe The Angry Cats, dont il a été question à plusieurs reprises – en bien – ici-même.

Hélas ! On serait en peine de retrouver chez Fred Alpi écrivain les élans du guitariste… Du point de vue littéraire, le texte se situe – à mon goût – quelque part au-dessous du médiocre.

On objectera, à juste raison, que certains textes valent comme témoignages et non en tant que belle prose, dont l’appréciation est d’ailleurs subjective (je connais des gens qui ont aimé ce livre !). Malheureusement, hors une demi-poignée de détails pittoresques, auxquels n’importe quel guide historique du métro donne accès, je ne vois pas où est le « témoignage ».

Les anecdotes, réelles ou réinventées – ce qui est le droit de l’écrivain – m’ont paru sans intérêt. L’articulation de ses fades « aventures » avec l’actualité politique et sociale « en surface » paraît – le moment de le dire ! – bien superficielle.

Bref, on s’ennuie ferme !

…Sauf si l’on a côtoyé l’auteur !

Ce qui est mon cas, durant quelques centaines d’heures, sur les « tables de presse » des éditions Libertalia, en d’innombrables occasions (dont la plus longue fut Nuit Debout) et au cours des repas qui ont suivi.

De ce point de vue, que tout le monde n’a pas la chance de pouvoir partager, Fred Alpi présente un cas passionnant de dédoublement de la personnalité (diagnostic provisoire). En effet, tout son livre est une entreprise de sculpture de sa propre statue.
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À Caen la révolution ? ~ “C’est la canaille ? Eh bien j’en suis !”

Depuis un mois, un vent de colère souffle en Métropole, mais aussi en Belgique et à La Réunion. Gilets jaunes, lycéens et lycéennes, et autres révolté·e·s ont redonné de la force aux exploité·e·s en bloquant les flux, en fermant les centres commerciaux, en détruisant un peu du monde qui nous broie chaque jour, en affrontant les forces de l’ordre, et en refusant majoritairement les chefs et autres porte-parole. Pour la première fois depuis très longtemps – trop longtemps – les dirigeants et dirigeantes ont reculé et lâché quelques miettes. Maintenant que nous avons repris confiance en notre force, il nous faut continuer et enfoncer le clou.

Longtemps, nous sommes quelqu’un·e·s à être resté·e·s sur la réserve au début de ce mouvement. Et nous le sommes parfois encore. Si tout mouvement comporte des contradictions, celui-ci en charrie des irréconciliables. Dans des tas d’endroits, on a vu la présence de l’extrême-droite être tolérée, alors qu’en plus d’être raciste, elle s’est toujours alliée au Capital et aux pouvoirs. Sur les barrages nous avons vu également des exploité·e·s et des patron·ne·s main dans la main comme si nous partagions les mêmes intérêts. Nous avons vu des drapeaux tricolores et entendu chanter la Marseillaise, comme si nous devions défendre la Nation, celle-là même qui exclut, exploite, pille et assassine ici et également à travers le monde. Et ça nous a bien fait chier que des «lascars» se fassent jeter du rond-point d’Ifs le 17 novembre.

En même temps, le refus des porte-parole et des organisations politiques et syndicales, la détermination et les pratiques de blocage de l’économie, le fait pour une part du mouvement d’assumer des actions illégales, ou encore le refus des conditions de survie et de précarité dans lequel le capitalisme nous maintient, résonnent avec nos aspirations de longue date. C’est sur ces bases que nous nous associons à ce mouvement, tout en assumant de combattre ses aspects les plus merdiques.

Les discours sur les «casseurs» et «pilleurs» participent d’une fiction policière visant à rompre les solidarités entre les révoltées. Les «casseurs» sont des gens révoltés, qui ont souvent une certaine expérience de la répression sous toutes ses formes et ont conscience que la lutte est un combat. La violence quotidienne du capitalisme et de l’État est bien plus forte que toutes les violences qui ont eu lieu pendant ce mouvement. Il y a bien plus de violence dans la marchandise abritée derrière une vitrine, que dans le fait de la briser : de l’exploitation et de la violence nécessaires à sa production, jusqu’au monde qu’il a fallu bâtir et qu’il faut maintenir pour qu’elles continuent d’exister. D’ailleurs, les médias parlent beaucoup des «casseurs», mais rarement de la répression des flics et des juges, qui protègent cet ordre injuste et inégalitaire. Maintenir l’ordre, c’est maintenir le monde tel qu’il est. À Caen comme ailleurs, il y a déjà eu de nombreux blessés, dont un par un tir de flashball au visage. Il y a déjà eu de nombreuses interpellations et des gens qui croupissent en taule. Nous tenterons pour notre part de marquer notre solidarité et nous espérons ne pas être seul·e·s.

Émeutes et pillages sont des outils de lutte tout À fait légitimes, au même titre que les blocages économiques. Il nous faudra bien assumer la violence nécessaire, comme dans toutes les luttes qui ont fragilisé un tant soit peu l’ordre existant. Et c’est bien en partie parce que le tiroir caisse a été touché que le gouvernement a commencé à lâcher quelques miettes. On ne fait pas tomber un système de plusieurs siècles à coups de référendums ou de manifs… Un référendum ne pèse de toute façon pas lourd face à un pavé !

Le racisme et les nations servent à diviser les pauvres pour qu’ils et elles se fassent la guerre entre elles et eux, au profit des fractions dirigeantes. Il en a toujours été ainsi. Ce n’est pas en achetant français qu’on stoppe l’exploitation. Comme si le patron qui n’exporte pas ne profitait pas, lui aussi, du travail des autres. Le nationalisme, c’est ce qui veut faire croire qu’il y aurait des intérêts communs à tout le monde, pauvres et précaires comme riches et dirigeant·e·s. La société n’est pas homogène. Nous avons plus en commun avec n’importe quel·le révolté·e ici ou à l’autre bout de la planète, quelle que soit sa couleur de peau, qu’avec n’importe quel·le patron-ne ou gouvernant·e.

Les soudanais exilés qui essaient de rejoindre l’Angleterre ont par exemple fui leur pays, pour la plupart, après s’être révoltés comme nous le faisons nous-mêmes aujourd’hui ici. Fuyant une dictature, ils sont comme nous – et bien davantage que nous – des exploités, devenus superflus pour le système économique mondial. Ce ne sont pas des ennemis. C’est tout l’inverse.

Il existe d’autres stratégies de division et d’illusions à se défaire pour monter d’un cran dans la lutte. C’est le cas non seulement des discours patriotards et des dissociations avec les révolté·e·s les plus déterminé·e·s, mais aussi de certains propos autour des profiteurs et profiteuses du chômage et des minimas sociaux. On ne profite pas de grand-chose avec 400 balles de RSA. Il n’y a de toute façon pas de travail pour tout le monde, à un moment où même les cadres se font remplacer par des robots. Et qui se satisfait de sa condition de travailleur ou travailleuse, brisé par les nouvelles formes de management, dépouillé de sa vie et de ses réels désirs, condamné à bosser pour se payer une voiture qu’il faut bien avoir pour aller bosser, et ainsi de suite. Il nous faut nous libérer des chaînes du travail.

De la même manière, il n’y a pas de solutions politiques à la colère sociale. La 6 ème République, les référendums citoyens, le Parti des gilets jaunes, etc., sont des illusions pour maintenir à terme le même ordre social. La rentrée opportuniste des directions syndicales n’est d’ailleurs pas une bonne nouvelle. Les mêmes qui nous ont balladé·e·s de manifs en manifs depuis des années sont d’ores et déjà en train de négocier à notre place. Ce que ces bureaucrates visent, c’est pour eux le maintien de leur propre pouvoir, et pour nous le maintien de la galère. La solution est dans la rue, par l’auto-organisation au sein de groupes affinitaires ou dans des assemblées regroupant les gens en lutte dans nos boîtes, nos bahuts, nos quartiers et nos villages. Élire des députés «citoyens», c’est mettre en place une nouvelle caste politique qui ne tardera pas à devenir aussi corrompue que la précédente. Le pouvoir corrompt. C’est pourquoi ce qui doit être visé est une société sans dirigeants ni dirigés.

Nous proposons un moment de rencontre et d’auto-organisation à partir de ces constats au local Apache, 35 boulevard Poincaré à Caen, jeudi 20 décembre à 18h.

 

localapache@riseup.net

localapachecaen.wordpress.com

Des canailles du mouvement

Le samedi 24 novembre, Jazz en soutien à l’Anafé ~ Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers ~ de 18h à minuit

Les missions de l’Anafé

Depuis 1989, l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) agit en faveur des droits des étrangers en difficulté aux frontières françaises et européennes et dénonce les violations des droits des personnes maintenues en zones d’attente résultant des pratiques de maintien et de refoulement aux frontières.

Elle milite également pour une modification de la législation et des pratiques, et notamment pour l’instauration d’une permanence gratuite d’avocats en zone d’attente, pour la mise en place d’un recours effectif et suspensif, pour un accès garanti au contrôle juridictionnel pour tous et contre l’enfermement des étrangers aux frontières et notamment des mineurs.

Aujourd’hui, on ne peut plus rien dire!…

…C’est du moins ce qu’on entend répéter – par des gens qui feraient mieux de se taire!

Par contre, il semble établi que l’on peut tout signifier, comme en témoigne cette photographie d’une militante néofasciste italienne prise dans un rassemblement récent.

 

Ça va toujours mieux en le disant

Cette femme est grosse.

L’obscénité qu’elle incarne n’est pas dans ses formes, mais dans son rire gras d’antisémite.

 

Des exilés menacés d’expulsion la veille de la trêve hivernale appellent à un rassemblement le 30 octobre

Nous ne retournerons pas à la rue !

 

Bonjour

Nous sommes 36 réfugiés et demandeurs d’asile dans un local de la Croix Rouge au métro Odéon. Nous sommes de différentes nationalités (afghans, soudanais, maliens, tchadiens, érythréens et autres). Nous appelons à votre solidarité le 31 octobre 2018.

Il y a quatre jours, le chef du centre nous a informés qu’il devait fermer ce centre et que nous devions le quitter le 31 octobre. Nous lui avons dit que nous n’avons pas d’endroit où dormir et qu’il fait froid dehors, qu’il nous a trouvé à la rue et nous a amené ici, alors pourquoi nous remettre à la rue.

Le chef nous a répondu que ce n’était pas son problème et que nous devions partir le 31 octobre dernier délai. Nous venons de passer 2 mois dans ce centre sans avoir de chambre et nous dormions tous dans la même pièce.

Nous sommes des demandeurs d’asile et des réfugiés aux situations différentes. Nous demandons juste un endroit où dormir. Nous étions en danger dans nos pays. Nous avons besoin de protection et d’un lieu sûr. Nous demandons une solution durable avec des chambres et des cuisines proche d’une station de métro.

Sans garantie écrite de cette solution, nous ne quitterons pas le centre.

Nous appelons nos soutiens à un rassemblement mardi 30 octobre à 18h, ainsi que le mercredi, jour annoncé de l’expulsion, pour nous aider à résister dès 6h du matin.

Adresse : 6 rue Mazet, 75006 Paris. Métro : Odéon.