Toute association d’idées…

Sur ce cliché – dont j’ignore et dont je salue l’auteur/trice – on voit un policier debout, souriant, avec à ses pieds un travailleur sans-papiers, qui semble avoir perdu connaissance. Le policier est blanc de peau – le sans-papier noir de peau. La photo a été prise le 12 juillet dernier après l’évacuation violente des «Gilets noirs» qui ont occupé le Panthéon.

Toute association d’idées avec les images sur lesquelles des chasseurs à la carnation claire posent avec leur trophée (un lion, une girafe…) dans un pays africain serait aussi malvenue qu’elle est spontanée.

Pareillement, voir dans ce cliché une illustration (parmi d’autres) de l’extrême violence avec laquelle les milices de la répression capitaliste réagissent aux mouvements sociaux, sous la direction bienveillante d’un pouvoir fascisant devrait être considéré comme une intolérable manifestation de lucidité.

 

“Nanterre, du bidonville à la cité” ~ par Victor Collet [à Manifesten le jeudi 21 mars]

 

Trente années de discours sécuritaires ont consacré un regard dépolitisé, sinon racial, sur les classes populaires. Les supposées «Trente Glorieuses» continuent d’être contées comme une période de progrès social sans équivoque. Trente ans d’habitat provisoire et de gourbis sordides en banlieue, d’asphyxie au charbon et de saturnisme restent largement ignorés. Quant aux années 1968, elles sont ravalées au rang de révolte culturelle et sexuelle. Les années rouges sont souvent méconnues par les militants eux-mêmes, qui préfèrent se souvenir des luttes anticoloniales ou contre la ségrégation outre-Atlantique. Oubliés, les grèves ouvrières et immigrées, l’usine et un parti communiste omniprésents, le christianisme social, l’anti-impérialisme et l’antifascisme, les premiers collectifs de défense contre la surexploitation et le logement indigne des travailleurs et familles immigrés.

De l’époque de la guerre d’Algérie aux années 1980, les bidonvilles de Nanterre symbolisent la condition immigrée en France, de même que le long et difficile chemin qui mène leurs habitants vers les sinistres cités d’urgence et de transit, puis finalement vers la «cité» HLM. De l’entrée des premiers militants chrétiens dans les bidonvilles jusqu’à la naissance des mouvements menés par les immigrés eux-mêmes, en passant par l’engagement des gauchistes de la faculté toute proche, ce livre est une histoire de rencontres et de luttes.

432 pages, 23 €

Présentation débat le jeudi 21 mars à Manifesten (Marseille).

MÉTRO C’EST TROP ! ~ Où l’on observe les rapports complexes entre la littérature, l’image que l’écrivain veut donner de lui-même et la survivance de modes de pensée archaïques dans les milieux libertaires

C’était une bonne idée éditoriale d’accueillir le récit d’un musicien du métro, demeuré musicien (de rock) par la suite et aujourd’hui leader du groupe The Angry Cats, dont il a été question à plusieurs reprises – en bien – ici-même.

Hélas ! On serait en peine de retrouver chez Fred Alpi écrivain les élans du guitariste… Du point de vue littéraire, le texte se situe – à mon goût – quelque part au-dessous du médiocre.

On objectera, à juste raison, que certains textes valent comme témoignages et non en tant que belle prose, dont l’appréciation est d’ailleurs subjective (je connais des gens qui ont aimé ce livre !). Malheureusement, hors une demi-poignée de détails pittoresques, auxquels n’importe quel guide historique du métro donne accès, je ne vois pas où est le « témoignage ».

Les anecdotes, réelles ou réinventées – ce qui est le droit de l’écrivain – m’ont paru sans intérêt. L’articulation de ses fades « aventures » avec l’actualité politique et sociale « en surface » paraît – le moment de le dire ! – bien superficielle.

Bref, on s’ennuie ferme !

…Sauf si l’on a côtoyé l’auteur !

Ce qui est mon cas, durant quelques centaines d’heures, sur les « tables de presse » des éditions Libertalia, en d’innombrables occasions (dont la plus longue fut Nuit Debout) et au cours des repas qui ont suivi.

De ce point de vue, que tout le monde n’a pas la chance de pouvoir partager, Fred Alpi présente un cas passionnant de dédoublement de la personnalité (diagnostic provisoire). En effet, tout son livre est une entreprise de sculpture de sa propre statue.
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