“Tant que les vies noires ne comptent pas…”

Gianna Floyd (6 ans) «Mon père a changé le monde».

Manifestant·e·s à Norman (Oklahoma).

Le slogan sur le panneau, portée par une manifestante à la peau blanche, présente l’avantage de dérouler le contenu implicite du slogan «Black Lives Matter» dans son acception universaliste (et l’inconvénient d’être plus long, surtout en français).

Je propose la traduction suivante: «Tant que les vies noires ne comptent pas, on ne peut pas dire que chaque vie compte». Ou plus littéralement: « Toutes les vies ne comptent pas tant que les vies noires ne comptent pas».

Pas de fumée sans feu! ~ par les Hard Crackers

Je donne ici une traduction légèrement réduite d’un éditorial publié le 31 mai dernier sur le site de la revue Hard Crackers. Ses animateurs participaient auparavant au groupe Race Traitor (Traîtres à la race) dont nous avions publié plusieurs textes (repris sur ce blogue) dans la revue Oiseau-Tempête.

Vous pouvez vous inscrire sur leur site pour recevoir leur lettre électronique.

 

«L’impossible est le moins que l’on puisse exiger»

James Baldwin, La prochaine fois le feu (1963)

Selon le dicton populaire : «Il n’y a pas de fumée sans feu». […] Les incendies que nous avons tous vus à Minneapolis jeudi soir (28 mai) ont illuminé bien plus que les écrans de télévision. Ils n’ont pas simplement fourni une toile de fond dramatique aux journalistes, dont beaucoup ont à peine changé leur ton habituel. Au contraire, les flammes ont mis en lumière un fait que la plupart des États-Unis ne peuvent ignorer. Les gens, en particulier les jeunes, sont en colère. Ils en ont plein le cul de la police et de ses abus meurtriers; ils en ont assez des politiciens qui prônent la patience avec le système, et ils sont écœurés des emplois sans avenir et des conditions de vie pouilleuses. Covid-19 a encore aggravé leur sort.

Si les manifestants de Minneapolis (et d’autres zones urbaines américaines) ont prouvé quelque chose cette semaine, c’est que là où il y a du feu, il y a aussi de la fumée. La fumée camoufle les vrais problèmes. On en trouvera la preuve dans les excuses et les appels des libéraux, qui pleurent après un retour à la normale ou une protestation pacifique, sans réaliser que la normalité, lorsque de telles conditions sont la norme, est exactement ce qui a créé la misère et la rage. Malheureusement, cela a également créé Trump, un autre résultat qu’ils refusent de reconnaître.

Minneapolis, cette semaine, a été un aperçu d’une véritable insurrection urbaine. C’est peut-être la première fois que nous voyons un important département de police américain abandonner l’une de ses structures ressemblant à une forteresse et fuir le lieu de ses crimes. Pendant quelques courtes heures, ces rues n’étaient plus les leurs. Nous ne savons pas ce que cela signifie à long terme, mais nous savons que c’est important. Cela prouve quelques points : les autorités ne contrôlent pas toujours tout ou ne savent pas ce qu’elles font, et notre camp a la capacité de le mettre en lumière. Nous n’avons pas leur puissance de feu, mais nous avons une passion pour un monde meilleur, un monde où leurs fusils, gaz lacrymogènes, matraques, tribunaux et prisons ne règnent plus. C’est quelque chose qu’ils ne peuvent pas nous enlever. Et c’est aussi ce qui les rend moralement faillis et corrompus. L’ironie selon laquelle la police, une institution hors la loi à Minneapolis, est maintenant déployée en tenue de combat complète pour défendre la loi et l’ordre ne devrait pas être perdue pour nous.

C’est le moment de pleurer la mort inutile et horrible de George Floyd. Mais c’est aussi l’occasion de réfléchir à notre propre pouvoir et à ce que nous pouvons vraiment faire lorsque nous faisons preuve de détermination. Nous espérons que les Hard Crackers pourront apporter une petite contribution à ce processus.

Au moment où nous publions cet article, les événements se déroulent à un rythme effréné. Vendredi soir, malgré un couvre-feu et la pleine mobilisation de la garde nationale de Minneapolis, les protestations n’ont pas pu être contenues par les autorités. (Il existe des récits crédibles selon lesquels une grande partie des incendies à Minneapolis, principalement dans des quartiers éloignés des manifestations, ont été perpétrés par des groupes d’extrême droite, suprémacistes blancs. Cela exige une enquête sérieuse de notre part. Si ces récits s’avèrent vrais , nous aurons une fois de plus appris une leçon douloureuse. Certains groupes d’extrémistes blancs d’extrême droite combattent également le système et vers une fin très différente de la nôtre.)

Pendant ce temps, la résistance s’est propagée à d’autres villes, notamment Atlanta, Brooklyn, NY, Los Angeles, Chicago, Oakland et bien d’autres. Même le Palais inexpugnable de Trump à Washington DC (la Maison Blanche) semble vulnérable.

Merci à l’ami Jorge pour le signalement.

“La police des migrants: Filtrer, disperser, harceler” (Le Passager clandestin) ~ Un «Rendez-vous de Claude» reporté

Ce 28 avril, un «Rendez-vous de Claude» devait se tenir au Lieu-Dit autour du livre collectif La police des migrants: Filtrer, disperser, harceler, publié par Le Passager clandestin, dans la collection «Bibliothèque des frontières». On voit que la trilogie par laquelle est caractérisée la «police des migrants» n’a rien perdu de sa triste actualité dans la période d’«état d’urgence sanitaire» que nous traversons.

En attendant qu’il soit possible d’envisager une nouvelle rencontre avec les autrices et auteurs de ce petit livre (127 p. 10 €), je ne peux que vous conseiller sa lecture.

 

Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser

Alors que dans son discours du 16 mars, le Président de la République Emmanuel Macron appelle à faire preuve «d’esprit solidaire et de sens des responsabilités» et à l’heure où le pays entre dans une période de confinement, l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) s’alarme de voir que des personnes (hommes, femmes, enfants) sont toujours privées de liberté dans les centres de rétention administrative (CRA), les locaux de rétention administrative (LRA), les zones d’attente (ZA) et les constructions modulaires du poste de police de Menton pont Saint-Louis.

Leur libération immédiate est une exigence absolue, tant juridique que sanitaire.

Des personnes auxquelles il est seulement reproché de ne pas justifier de la régularité de leur entrée ou de leur séjour en France ne peuvent être enfermées en zone d’attente ou en rétention que le temps strictement nécessaire à l’organisation de leur départ et à la condition expresse qu’il existe des perspectives raisonnables que ce départ puisse être effectif à brève échéance .
Or, l’éloignement de ces personnes est impossible, aujourd’hui et pour les semaines à venir et ce, pour deux raisons. D’abord parce que la plupart des liaisons aériennes avec les pays vers lesquels elles devaient être renvoyées ont été interrompues. Ensuite parce que leur éloignement du territoire serait contraire aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui visent à limiter les risques d’exportation ou d’importation de la maladie.
La privation de liberté subie par ces personnes ne répond donc pas aux conditions prévues par les textes applicables aux droits des étrangers en France et leur est imposée en violation de leurs droits fondamentaux.

Au plan sanitaire, la nécessité de leur libération est tout aussi impérieuse :

Aucune mesure satisfaisante ne semble avoir été mise en place, ni pour les protéger ni pour protéger les personnes qui gèrent ces lieux d’enfermement ou y interviennent quotidiennement contre les risques de contamination ;

Il n’existe pas, notamment, de protocole permettant de s’assurer que tant les personnes étrangères qui arrivent en CRA, LRA et ZA que les personnels qui y pénètrent ne sont pas porteuses du virus ;

Les prescriptions du ministère de la santé ne peuvent pas être respectées dans ces lieux de promiscuité, qu’il s’agisse de la «distanciation sociale» ou des «gestes barrières» ;

Les personnes enfermées ne sont pas toujours informées des risques liés à la contamination par le Covid-19 et des mesures mises en place par le gouvernement ;

Enfin, l’insuffisance de l’action des pouvoirs publics et les risques qu’elle fait courir à leurs intervenants a contraint la plupart des associations qui apportent leur aide aux personnes étrangères en rétention ou en zone d’attente à s’en retirer.

Depuis la semaine dernière, la situation sanitaire gravement dégradée de ces lieux d’enfermement perdure en contradiction avec les durcissements des mesures prises pour protéger la population à l’extérieur.

Une situation similaire se joue actuellement dans les prisons. La Garde des Sceaux vient d’annoncer des mesures pour éviter la propagation du virus en restreignant tous les contacts des détenus avec l’extérieur (suspension des parloirs et des activités socio-culturelles notamment). Cependant encore aujourd’hui, aux centres pénitentiaires de Fresnes et de la Santé, les personnels pénitentiaires, au contact des détenus, ne disposent ni de gants ni de masques pour se protéger et protéger les détenus. Par ailleurs, ces derniers ne reçoivent aucune information sur l’évolution des mesures et de la situation. Cette mesure du ministère de la justice, va renforcer encore un peu plus l’opacité de ces lieux, sans aucune certitude quant au respect des droits les plus élémentaires des personnes détenues ou des personnels.

Ainsi, la privation de liberté des personnes étrangères dans les CRA, LRA, ZA ou autres lieux privatifs de liberté porte gravement atteinte au principe de précaution et à l’impératif constitutionnel de santé publique.

Prenant en compte la mise en danger des personnes retenues comme des personnels des centres, des juges des cours d’appel de Bordeaux, Paris et Rouen ont commencé d’assumer leurs responsabilités en décidant de remettre en liberté des personnes dont l’administration entendait prolonger l’enfermement.

Il serait inconcevable que le gouvernement ne prenne pas au plus vite l’initiative d’une libération générale et inconditionnelle de toutes les personnes étrangères privées de liberté et ainsi particulièrement exposées au risque sanitaire.

Les organisations membres de l’Observatoire de l’enfermement des étrangers :

ACAT-France, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Anafé, Comede, Droit d’urgence, Fasti, Genepi, Gisti, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, MRAP, Observatoire Citoyen du CRA de Palaiseau, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM)

«Rendez-vous» annulés

Même si ça m’écorche le clavier, il faut bien que je précise ce que vous savez déjà. Par la force des choses, le prochain «Rendez-vous de Claude» du 26 mars – pour lequel j’invitais Yves Bonnardel, auteur de La domination adulte – est annulé. Je pourrais dire «reporté», mais l’auteur est rarement de passage à Paris et j’ignore dans quelles conditions matérielles une telle réunion pourra être organisée dans un avenir aussi incertain qu’il nous apparaît aujourd’hui.

Le Rendez-vous suivant, pas encore annoncé, était en principe fixé au mardi 28 avril prochain. Deux membres du collectif qui a rédigé le livre La police des migrants: Filtrer, disperser, harceler, paru au Passager clandestin, devaient venir animer la discussion.

Notez cette date sur vos calepins et je serai trop heureux de vous la confirmer en temps utile. Autant vous dire néanmoins que je ne crois pas la chose raisonnablement envisageable. Nous verrons bien. En attendant, vous pouvez essayer de vous procurer le livre.