Guerre psychologique pour classes de maternelle

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Une personne me signale que sur Indymedia Nantes, on trouve, posté récemment, un extrait de l’un de mes textes figurant sur le présent blogue, «Ma fiche de police sexuelle», avec le statut «refusé» (et sans lien menant à l’article original). Le dit statut n’empêche pas que le texte soit visible.

Ce texte a été posté sur Indymedia par un tiers — dont il n’est pas trop difficile d’imaginer l’identité à la lumière de certaines récentes polémiques — comme si c’était moi qui l’avait fait.

Figure, c’est le cas de le dire, en illustration, mon portrait dessiné par Edmond Baudoin, avec comme légende «Moi-même» !

Je n’ai aucune raison de proposer à Indymédia un texte (d’ailleurs pas récent) qui est déjà publié ici, surtout quand il s’agit d’une partie d’un ensemble. J’ai aussi autre chose à faire.

Le «posteur» anonyme a sans doute fait le calcul que la combinaison entre le contenu «intime» du texte et la démarche saugrenue de le proposer tardivement (et sans source) sur un site de contre-information, alors qu’il l’est déjà ici, donnerait de moi l’image d’un Narcisse militant et compulsif.

Il ne s’est d’ailleurs pas complètement trompé, puisque le texte est «refusé» pour une raison particulièrement sotte: il relèverait de l’«égotisme» et n’aurait aucun rapport avec l’objet du site, autrement dit les luttes sociales.

Où l’on voit qu’il reste, dans les têtes de certain(e)s, un peu de chemin à parcourir pour aller Au-delà du personnel, en reprenant le titre d’un recueil de textes publié par l’Atelier de création libertaire en 1998.

AUJOURD’HUI LES ENFANTS, C’EST CATÉCHISME!

Certain(e)s des abonné(e)s, lectrices et lecteurs d’occasion de ce blogue ignorent peut-être le site Non fides, sur lequel ont été publiés les deux textes qui suivent.

Je me fais un devoir de les porter à la connaissance générale. On s’étonnera peut-être que je ne publie pas de texte en réponse…

Mais comment répondre à de tels manieurs de foudre?

Meilleurs théoriciens que moi ! Meilleurs logiciens, meilleurs moralistes, meilleurs écrivains, meilleurs théologiens, meilleurs humoristes…

Comment prétendrais-je affronter pareils géants? Oh! je m’en garderai bien! D’ailleurs, je n’ai même pas pu, je le reconnais, aller au bout de ce pensum. Un jour peut-être…

Et puis tout ça prend du temps, de l’énergie. Il faut décrypter…

Par exemple, je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi renvoie le paragraphe suivant : «D’autres épisodes récents ont eu lieu, de notoriété publique, dont un a tout particulièrement mis en scène une violence inégale, sans aucun fondement politique d’aucune sorte autre qu’une guerre de territoire». Encore un incident de la guerre des gangs qui ne m’est pas parvenu aux oreilles…

Mais l’on juge mon silence lourd de sens!…

Allez, ça va bien comme ça! J’ai dit ce que j’avais à dire. Je m’en tiens là sur les incidents auxquels j’ai fait allusion.

Quant aux questions de fond, j’y reviendrai quand bon me semblera.

Tout au plus me suis-je permis d’ajouter ici quelques illustrations qui m’ont semblé assez bien assorties aux textes.

Je ne m’autorise qu’une remarque, dictée par le seul scrupule intellectuel: Je ne peux sans protester laisser mes contempteurs profiter de mon exposition en place publique pour compromettre un tiers, innocent du crime dont il est soupçonné.

Non! Serge Quadruppani n’est pas de mes amis. Nous nous sommes fréquentés, certes, à l’époque où nous participions tous deux au comité de rédaction de la revue Mordicus. Mais nous sommes brouillés, au point que je n’ai pas salué le personnage depuis 20 ans. On conviendra que cela constitue pour lui une espèce de prescription. Quant à la basse opinion que je me fais de ses positions, on s’en informera aisément en suivant les liens ad hoc de ce blogue.

 

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Et Claude Guillon créa l’excommunication… et oublia le négationnisme

jeudi 18 août 2016

 

Remarque préliminaire : ce texte apparemment nécessaire — vu le niveau de publicité et les imprécisions majeures diffusées — a été écrit suite au premier texte de Claude Guillon publié le 29 juillet. Depuis il persiste, signe et aggrave les menaces et les attaques personnelles, s’enfonçant tout seul dans une guerre privée à propos d’un épisode qui n’a rien à voir avec lui. S’il s’agit de refuser la violence interpersonnelle, d’autres épisodes récents ont eu lieu, de notoriété publique, dont un a tout particulièrement mis en scène une violence inégale, sans aucun fondement politique d’aucune sorte autre qu’une guerre de territoire, et pour lequel « viriloïde » serait un doux euphémisme. Pourtant Claude Guillon n’y a pas réagi. Pour l’instant, face au caractère de plus en plus insultant des propos tenus, et au déchaînement de menaces en cours, le plus raisonnable semble être d’attendre que le soufflet retombe pour faire le point et aviser.

 

Claude Guillon, entremetteur dans la bonne pensée radicale devant l’éternel, nous gratifie le 29 juillet 2016 d’un étrange billet d’humeur mauvaise.


Le 30, il le débaptise et le rebaptise : « ”La Discordia”, les ”dieux”, La mort, l’humour, le mauvais goût et les fascismes… ». Il y ajoute un paragraphe dans lequel il se fait l’inventeur du fil à couper le compagnon, en livrant à la vindicte militante un excellent compagnon rencontré deux milliers de fois, au moins… Ah, non, nous ne sommes pas de ceux qui délivrons ce genre de diplôme.

Le raisonnement est déjà fort sinueux. Suivez bien.

Dans ce texte à plusieurs double-fonds de lâcheté, il fait savoir à tout un chacun qui compose son auditoire virtuel qu’il ne s’offusque pas plus d’une blague qu’il juge mauvaise à propos du prêtre égorgé par quelques uns qui ont entendu l’appel du comité-visible-et-barbus-qui-ont-commencé-et-proclamé-un-califat-islamique, que d’un tag dont les termes consonnent avec le champ lexical négationniste, trouvé sur un mur après une manifestation contre la loi Travail.


« Pas d’amalgame ! », nous dit le Père Claude, pas question d’« assimiler » le curé égorgé avec d’autres curés violeurs d’enfants (pour un développement détaillé sur cette question, voir le post scriptum intitulé Guillon, les tweets, l’humour, la roussophilie, la mort, les religions et les djihadistes, et la défense calomnieuse). Le moment choisi, après un crime de ce type, n’est-il pas le meilleur pour faire un peu la vierge effarouchée ? En tout cas voilà une position courageuse qui tranche avec l’ambiance christianophobe de pogrom anti-curés qui se prépare actuellement en France. Monseigneur Guillon a tranché, remballez fourches et fusils : il est « hostile à l’assassinat des prêtres », la messe est dite, c’est proscrit, on annule tout.


Passons sur le début poussif, comme à chaque fois que Guillon Notre Père étale ses états d’âmes sur l’actualité. Le roi du ni-ni, l’apôtre de la distinction, donne son avis sur ce qui anime l’opinion, pour en venir à ce qui n’a aucun rapport et aucun lien. « Enfin Claude, pas d’amalgame, voyons ! », pourrait-on se contenter d’avoir idée de lui répondre…
Mais là, le sujet abordé est grave et un compagnon qui ne manque certes pas d’excellence, même s’il n’est pas diplômé de la Guillon’s Academy en la matière, est livré à la vindicte publique. L’idée qui nous traversait l’esprit se fait nécessité d’en dire quelque chose.

Sachons donc que Claude Guillon ne s’intéresse pas à des tags aux connotations au moins discutables. Tout cela le laisse froid — lui qui nous répète à l’envie qu’il n’est pas de bois — et il nous le fait savoir. Mais il s’offusque en revanche que d’autres puissent s’en émouvoir, et que lors d’une conversation à ce sujet, deux personnes majeures et (sans doute) vaccinées en soient venues aux mains. Il s’agit donc de ce qui indiffère et de ce qui émeut, de ce qu’il y a à penser et à dire, de comment on prend part à une conversation, on l’interrompt, on la poursuit ou on la fait cesser, de ce qu’on accepte d’entendre, de ce qui laisse froid ou de ce qui énerve, et c’est là, à propos de tout ça, entre la mondanité et la politique, que Claude Guillon a des choses à nous dire. Il n’est pas ému par le tag et, politisant cet affect étrange, juge intolérable que d’autres le soient. Il est ému en revanche qu’un ami à lui qui s’est imposé longuement et lourdement dans une discussion à ce sujet, en tenant avec insistance une position intenable — celle de vouloir à coup de non arguments, obliger ses interlocuteurs forcés à cesser d’en discuter — ait été conduit sur un autre terrain puis, ayant proposé de doubler la mise, se soit battu avec l’un de ses contradicteurs. Modeste proposition pour aider à s’y retrouver dans la vie, puisqu’il faut réagir au diapason avec Guillon, et surtout rester impassible quand ça ne lui fait rien : pourquoi ne pas avoir proposé une adaptation personnelle du best-seller Indignez-vous, avec une application permettant de savoir, en temps réel, grâce à l’échelle d’indignation de Guillon comme maître étalon, quand et comment réagir.


On voit bien déjà une inversion et une projection propre à un narcissisme débridé : c’est lui qui voudrait que tout un chacun réagisse comme il l’entend ou comme il dit réagir, et pas l’inverse. Personne n’a réclamé à personne une quelconque réaction, (encore moins à lui, ou de celle dont il fait état dans son triste texte), rien de ce type n’a été exigé. Il suffisait juste que son excellent ami l’inopportun accepte de cesser de raconter n’importe quoi et de prendre la parole et la tête à ceux qui voulaient réfléchir et converser. S’éloigner ou parler d’autres choses aurait sans doute, à ce moment-là, suffi.

En glosant autour de cette trame passionnante, Claude Guillon nous dévoile plusieurs curieuses qualités.

D’abord il excelle dans l’art de parler de ce qu’il ne connaît pas. Normal, en bon historien généraliste, il ne s’est pas renseigné. Il fait croire à une agression de taré qui aurait pris à parti n’importe qui (ou plutôt pas n’importe qui, justement, un des excellents amis de Claude Guillon), et n’aurait pas accepté qu’à brûle pourpoint la personne n’ait pas eu le même avis que lui. Il ne sait donc pas, apparemment, que la rixe en question a eu lieu après une longue et patiente discussion, et que l’énervement est venu suite à l’insistance particulièrement inquiétante, voire pénible ou proprement inacceptable vu les propos tenus, d’un qui s’était imposé, pour parler du sujet débattu, dans la discussion d’autres. Ce véritable Watson du sens des choses avait le loisir de se renseigner. Il ne l’a pas fait, du moins assurément pas de manière contradictoire. Il ne cherche même pas à préciser le contenu des tags dont il est question et commence dans son premier billet par gloser sur strictement n’importe quoi, comme si la précision en la matière était hors de propos. Le tag passe de « Ils [les CRS, nous précise-t-il, mais pourquoi pas l’État, les socialistes, l’oligarchie cosmopolite, ce gouvernement au service des patrons…] nous douchent avant de nous gazer » à une photo du tag avec le réel slogan, effectivement discuté ce soir là : « Le gaz, la douche, c’est douteux… ». Aucune différence pour Claude Guillon entre ces deux formules, il laisse en l’état son appréciation du tag imaginaire antérieur, qui n’a rien à voir et à partir duquel il a brodé son argumentaire, et qui ne soulève clairement pas les mêmes questionnements. Le fait qu’il ne prête absolument aucune attention, et ce de manière si ouverte, au contenu réel des tags et donc au contenu réel de la dispute montre que c’est évidemment un procès d’intention malveillant. Mais de quoi parle-t-il donc, à part du fait qu’il ne faut pas parler de ce dont il pense qu’il a été question ce soir-là ? D’ailleurs, il n’y a que lui pour parler d’une « plaisanterie de huit mots » (pour le tag qu’il invente totalement, pourquoi alors ne pas assumer comme d’autres collègues, l’usage de la fiction ?). Personne n’a parlé de plaisanterie, de trouver ça drôle ou même spirituel. Sur le fond, on y reviendra, notons tout de même cet ultime paradoxe de la pensée guillonesque : il intime l’ordre de comprendre les choses comme lui (alors qu’il affiche ne pas les comprendre) et il faut réagir à sa manière, c’est à dire pas. Mais comment faire pour se plier à cette exigence, alors qu’il proclame en même temps être le seul à « être Claude » ? Ce que nous confirmons d’ailleurs : il est lui, Claude est Claude Guillon. Ceci dit, en bons élèves, nous avons réagi à sa manière, en faisant un texte. Si Sire G. a besoin d’un fixeur de terrain, un autre homme de lettres en la personne de Serge Quadruppani, pourrait faire l’affaire. Chacun étant amoureux de sa propre plume et spécialiste de se regarder écrire, ils devraient sans doute se comprendre fort courtoisement. Voilà une belle paire. Ce vieil ami du diseur de mauvaise aventure était venu à la manifestation du 14 juin, surement pour prendre en photo avec son smartphone les lacrymogènes que se prenaient les autres, on peut les voir sur son propre blog (c’est là que les grands esprits d’écrivains se rencontrent), il pourra sans doutes apporter quelques lumières sur ces tags, puisque le tag en question y figure.


Sûrement a-t-il un avis ou même des informations, voire des scoops, qui sait, sur la question.

Ensuite Mister Guillon nous inflige une fort mauvaise exégèse, sur fond de contre vérités, de dénégation, voire de déni. Il y confirme qu’il n’y a rien à penser de ces tags. Comme son excellent ami, il n’en pense rien, mais il pense surtout qu’il faut empêcher quiconque d’en penser quelque chose. Et ce par tous les moyens. Par exemple en n’employant à aucun moment dans son exposé le terme « négationnisme » alors que c’était bien, plus que la question de l’antisémitisme qu’il évoque rapidement pour la balayer d’un revers de sa noble main, le centre de la discussion dont il restitue des échos déformés. Ce que notre auteur concède dans sa grandeur d’âme, c’est que le tag qu’il invente, est une « allusion au déroulé des opérations d’extermination menées dans certains camps de concentration nazis ». Or le mode opératoire en question n’est précisément pas le bon. Même à ce propos, il raconte n’importe quoi ! Quand et où y-aurait-il eu « douche », puis « gaz » ? Qu’est-ce que c’est que cette manière de jouer au funambule sans filet en appelant « camps de concentration » justement les camps d’extermination ? Il n’est pas certain que considérer Rassinier et la Vieille Taupe comme source sur la question soit propre à éclairer un esprit embrumé. Tant qu’on parle d’esprit embrumé, d’ailleurs, Maitre Guillon, qui ne rechigne devant aucun argument spécieux, convoque « l’humour juif », pour justifier le mauvais goût, qui, par la magie de l’euphémisme, pourrait allez jusqu’à couvrir un antisémitisme là ou potentiel. On ne dépliera pas ce raisonnement, déjà bien bancal, qui craint tout particulièrement, et à plusieurs niveau, à cet endroit-là. Ne serait-ce que ce présupposé que le fait d’être juif prémunirait contre l’antisémitisme. A chacun de relire, réfléchir, aller jusqu’au bout, et voir jusqu’où ça mène…


Comme il ne parle jamais du négationnisme, on ne saura pas si d’après lui l’« humour juif » pourrait aussi servir d’alibi contre ce « mauvais goût » spécifique. C’est dommage et ça enlève de la portée à son raisonnement, parce qu’il se trouve justement que c’est la base du procédé employé ad nauseam par Dieudonné — et ceux qui le défendent que ce soit ouvertement ou en minimisant ses propos — pour faire passer pour de l’humour ses éructations propagandistes racialistes, antisémites et négationnistes.


Claude Guillon en appelle donc à « l’humour juif » qui tombe comme un cheveu sur la soupe et alors qu’il n’y a que pour lui que ces tags ont une vocation humoristique, mais ni dans le texte premier, ni dans l’ajout postérieur, il n’est question en tant que telles des chambres à gaz, alors que c’était bien l’objet premier de la discussion. On a de ces oublis parfois… L’extermination est qualifiée de « dispositif antisémite », voilà une étrange formulation, sans grande pertinence, qui caractérise assez mal ce dont il est question et ses spécificités, qui essentialise un dispositif et perd de vue ce dont on parle concernant le dispositif, l’antisémitisme et le reste (parmi lequel le nazisme dont on n’entendra pas parler non plus). Nous ne souhaitons pas commenter là le fait qu’il puisse en arriver à considérer le négationnisme comme une « allusion » « irrévérencieuse à des personnes de confession ou d’origine juive ». Ceci dit et sans entrer dans un débat, sans doute passionnant par ailleurs – sachant que si on peut parler de l’humour et de ce qui fait rire, ce n’est pas avec n’importe qui – au sujet des spécificités de l’« humour juif » et des mérites comparés de l’humour selon les cultures (et les « races », sociales bien sûr, même pourquoi pas ?), il semble bien que, sans trop s’avancer, on puisse convenir que c’est un humour qui met en œuvre de la réflexion, de l’ironie, des jeux de situations, de sens et de mots. Autant le texte dont Guillon nous inflige la lecture n’est pas dépourvu de mots, autant, s’il est ironique, c’est bien malgré lui et, s’agissant du jeu intellectuel sur le sens et les situations, il en manque cruellement. Comment peut-il alors gloser et faire la leçon sur ce que manifestement il ne comprend pas et qui encore une fois n’est présent en rien dans le tag ? Aux athées ne plaise !

Il manifeste aussi une capacité certaine à passer du coq à l’âne, strictement, d’un tweet humoristique qui a fait le buzz à propos de l’exécution du prêtre par des illuminés qui se prennent pour le bras armé de Dieu, à une controverse vigoureuse sur un sujet politiquement délicat et important. Partir de « l’actualité » pour dire ce qu’on a à dire et qui n’a rien à voir, c’est assez nul. Quand ça conduit à mettre sur le même plan un partisan imaginaire, mais pas tant que ça, de Daesh avec un compagnon qui n’est pas d’une patience à toute épreuve face à la confusion et la bêtise quand elle est défendue politiquement, on peut appeler ça de la malhonnêteté. Ce faisant, il semble se prémunir par avance contre cette « traque » au « mauvais esprit » (esprit, au sens d’humour, sans doute…) dont il invente l’existence, mais dont il craint apparemment de pouvoir faire les frais, en imposant silence et absence de réflexion ou de questionnement sur ses positionnements passés et actuels.


D’ailleurs, qui est en train de proposer la traque (et bien pire puisqu’il s’agit de « mettre hors d’état de nuire ») de qui avec ces accusations publiques ?

Comme corollaire de ces bonnes vertus, il montre donc une capacité à saisir n’importe quelle occasion pour régler ses petits comptes personnels. En effet, renseignements pris, il se trouve, même si ça ne se voit pas, et pour cause, qu’il avait été fort respectueusement questionné (par mail privé, avec toutes ces formes du bon usage qu’un « fou dangereux » n’emploierait sans doute pas) par celui qu’il désigne à la vindicte militante, à propos de ses récentes courbettes à divers racialistes. Lui avait été demandé comment il les rendait compatibles avec ses autres prises de position. Pas de réponse honnête, de la temporisation, des faux-fuyants polis… et puis ce texte ! Faire brûler un interlocuteur trop curieux en place publique est sans doute une manière de clore la discussion. On peut s’étonner que cela prenne ce chemin. L’auteur, qui a plutôt la plume bavarde, n’a-t’il donc pas supporté de devoir défendre des positions finalement inconfortables ? A-t’il voulu punir définitivement celui qui se sera permis un regard critique sur le contenu de ce qu’il diffuse ?

Il fait aussi, et ce n’est pas là la moindre de ses qualités, la preuve d’une attitude tout à fait flicarde dans cette promptitude à qualifier les faits, à produire une version accusatoire et à désigner quelqu’un suffisamment précisément pour qu’une bonne partie de son auditoire virtuel voie de qui il s’agit, ce qui revient, en somme, à le livrer en pâture. En cela on peut dire qu’il hurle avec les loups puisque sa proposition de mise au pilori se trouve associée à nombre d’accusations, de menaces, voire de lâche trahison dont il a certainement eu au moins des échos.

Mais surtout, il sait faire preuve d’une finesse diagnostique digne des plus grand experts psychiatres de tribunaux. Parce que pour pestiférer celui qui le dérange par quelques mails, il faut d’abord établir un diagnostic : « fou dangereux » donc. Pourquoi pas « psychopathe asocial » ou « forcené bon à être exécuté », verbalement s’entend puisqu’on est un auteur de papier et de discours même si, tel Dieu, on les fantasme performatifs. Chacun son DSM et ses pratiques de « soin ». Il sera « fou dangereux » selon le bon Docteur Guillon. Mais au regard de quelle norme ? Et dangereux pour quel petit confort d’intellectuel organique d’un milieu à la dérive ? Peut-on être d’ailleurs si malveillant et si éloigné de toute pratique soignante, que, en admettant même que le diagnostic soit juste et désintéressé (en est-on capable, Narcisse invétéré ?), on se mette à crier à la face du diagnostiqué « au fou dangereux ! » par communiqué écrit, rendu immédiatement public, interposé ?

Plus encore on peut porter au crédit de notre auteur la maîtrise d’une rhétorique acérée pour séparer le fond de la forme, signe imparable de la volonté de refuser de penser sérieusement ce qui a pu se passer, de quoi il s’agissait, qu’est-ce qui a pu rendre une discussion suffisamment pénible pour que l’un des participants perde patience. Guillon marche dans les pas de son ami si insistant : il redouble, à l’écrit, la même volonté de clore à toute force la discussion. Parmi d’autres mots doux il se croit autorisé à ranger les contradicteurs qui ne lui plaisent pas avec « les fachos, les flics et les barbus » avec lesquels, comme chacun sait, il a déjà fort à faire et combat, non-viriloïdement, au quotidien, la plume ne pouvant en aucun cas être utilisée comme un attribut phallique, comme chacun le sait. On aimerait d’ailleurs avoir une définition de ce que seraient les pratiques « viriloïdes » dont il est question. Faut-il ranger dans cette intéressante catégorie déconstruite, celle des enragés, ou dernièrement celle du « cortège de tête » ? Est-ce à dire que toute conversation doit rester courtoise et qu’aucune altercation n’est licite ? On se retrouverait alors dans un moralisme victorien tout à fait délétère. Si c’est une critique pour faire le beau, l’esthète, le raffiné et le penseur que l’on déverse comme un ersatz de mépris de classe sur celui qui n’aurait pas autant de lettres et d’esprit, si cet anti-virilisme est celui que nous croyons, nous lui en laissons volontiers le monopole… Enfin, bien entendu, ces viriloïdes dont il entend faire la critique sont à placer parmi les autres « imbéciles », de droite, de gauche ou d’extrême radicalité (plate-bande réservée, Guillon’s Corporate). C’est faire preuve d’un véritable courage de professer ainsi le refus de « l’extrême » et de la « radicalité ». Un appel à rester dans le milieu du milieu, en somme, où on se sent bien. Pas trop de vague. Pour la subversion, on verra sans doute plus tard, ou ailleurs. Et s’il faut pour cela tolérer l’intolérable, allons-y, en toute courtoisie révolutionnaire !

Pour finir, la meilleure de ses qualités réside sans doute dans cette étrange manière de concevoir les rapports entre amitié et politique. Quand on est connu par Claude Guillon comme un « excellent camarade », on n’a pas à être contredit, quelles que soient les positions qu’on tient. Si avoir été croisé un millier de fois par Guillon confère le statut privilégié de béatifiable de l’anarcho-communisme, il faudrait tout de même veiller à ce que cela ne s’applique pas forcément à son éventuel concierge, kiosquier, boulanger, banquier ou confesseur, il faut que ça se mérite un peu tout de même… Pourquoi n’avoir pas proposé une distinction à porter à la boutonnière, ou parce qu’on aime à faire mine de refuser les honneurs et qu’on collectionne ce qui plaît à l’ancienne jeunesse, un simple badge ? Sinon un pin’s avec sa photo dédicacée ? Ou un slogan sobre « Je suis Claude G. » Mais il y a un risque de méprise sur la personne pour les admirateurs qui ne l’aurait pas rencontré en chair et en os. Plutôt alors un digne portrait stylisé comme celui figurant sur son blog, ou une photo de son chapeau, avec légende pour ceux qui ne sont pas sensibles à l’art du trait. En tout cas un signe distinctif pour que l’on sache alors qui il faut révérer et avec qui ne point parler politique ni s’embrouiller. On aurait tout de suite cessé de contre argumenter. « C’est un excellent camarade de Claude Guillon ! ». « Mon Dieu, taisons-nous, laissons le débiter la plus grande confusion, refuser de prendre en compte l’existence historique d’un négationnisme d’extrême gauche, laissons-le venir nous interrompre dans une conversation privée pour affirmer envers et contre tout que notre discussion n’a pas lieu d’être. » Dans les rues, les réunions, les parcs, de Paris et de sa banlieue, sachons donc laisser les ami-es de Claude Guillon raconter tout et n’importe quoi, ils connaissent le grand homme, ça devrait nous suffire. Il se trouve, il faut l’avouer, que cette carte de visite, en l’occurrence, nous a échappé, et que, même badge à l’appui, face au discours qui nous a été tenu et aux circonstances dans lesquelles les choses se sont déroulées, nous n’en aurions sans doute pas fait grand cas. Qui sait, nous aurions peut être prié ensuite pour que ce ne soit tout de même pas pris comme un blasphème ou une profanation par la trinité incarnée auctoriale et radicale.

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Car enfin que s’est-il passé ? De quoi était-il question pour que la conversation entre quelques camarades et quelqu’un qu’ils ne connaissent pas se termine par un échange de coups qui donne des vapeurs à notre vedette ?


Reprenons. En marge d’une projection/discussion publique, sur comment se défendre et l’interrogatoire, organisée par les Archives Getaway le 4 juillet, quelques camarades devisent pendant la pause sur un bout de trottoir. L’un d’entre eux restitue le contenu de deux tags inscrits sur les murs de Paris lors d’une des grandes manifestations contre la loi travail, celle du 14 juin 2016 : « nos rues ne sont pas des chambres à gaz ! » et « le gaz, la douche, c’est douteux ». Une discussion s’ensuit à propos de ce qu’ils en pensent, pourquoi leur contenu interroge et dérange, d’où cela peut bien venir, ce que cela peut signifier, dans un contexte ou certains groupes, enfants en cela aussi des situationnistes, et rompus à la captation et à la privatisation des énoncés, occupent largement les murs et placent leurs banderoles en tête des manifestations pour prendre, par le discours, une hégémonie sur ce qui circule et se donne à voir du mouvement… Pour le premier des tags, on se dit qu’il n’a pas forcément en lui-même de signification véritablement problématique, mais que voir écrit sur les murs aujourd’hui, dans une manifestation contre la loi Travail, « chambre à gaz » ne tombe pas sous le sens. On se dit à ce moment-là que ce tag est probablement sans grande importance. Mais quand même, si le Zyklon B était un gaz incapacitant utilisé par les Nazis pour le maintien de l’ordre, ça se saurait. Enfin il consonne avec le second, écrit dans la même manif, qui, quant à lui, semble beaucoup plus problématique. Outre qu’il relève de cette même thématique peu en lien avec l’actualité, l’allusion aux « douches » et l’adjectif « douteux » mettent son contenu en résonance avec le négationnisme old fashioned. S’il est certain que la formule est ambiguë et qu’on ne sait pas bien à la lecture, ce qui est « douteux », le sens premier, n’en déplaise à quelques exégètes partisans et à Claude Guillon, est bien qu’il est douteux (donc qu’on peut/doit douter) que du gaz et des douches aient été utilisés, et ce doute ne s’applique évidemment pas au présent. Prétendre le contraire, quand on a été ne serait-ce que contemporain des années 80 et des errements d’un certain nombre, est tout bonnement scandaleux. Si on veut faire dire à ce tag qu’il est contestable d’utiliser du gaz lacrymogène ou des canons à eau pendant les manifs et que ça rappelle « des heures sombres de l’histoire » comme on dit, il faut singulièrement en tordre le sens, et oublier « douteux » par exemple, ou lui substituer autre chose, qui aurait très bien pu être tagué à la place, si on avait cherché à ce que le sens soit clair. On se laisse le temps de réfléchir, on formule des hypothèses mais en tous les cas, il semble à chacun que le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a un jeu d’écho plus que « douteux » pour reprendre l’expression, s’inscrivant encore une fois dans un contexte assez particulier d’offensive antisémite et négationniste. Si certains font la sourde oreille à cette situation, le dernier livre de Bouteldja Les blancs, les juifs et nous, en est un vecteur et un symptôme particulièrement clair. Ce livre, édité à La fabrique, ayant été défendu et encensé sur un site qui a le même rapport aux énoncés que les communicants par tags, on peut peut-être légitimement se poser quelques questions, non forcément sur les intentions du ou des tagueurs mais, pour l’instant, sur l’ambiance qui appelle et permet ce genre de tags. On s’étonne d’ailleurs qu’ils soient en photo sur des sites d’information militants sans aucun développement critique, ni discussions. Quelqu’un avance alors que c’est peut-être à mettre sur le compte de l’inconscience et de l’ignorance.


L’échange amical, la conversation privée pourrait-on dire, et la confrontation d’arguments, sont interrompus et parasités très tôt et à de nombreuses reprises par un personnage très certain de son importance et très impératif quant à ses interventions, qu’aucun des autres ne connaissent. Il tient à intervenir pour convaincre le petit groupe qu’il n’y a rien à penser de tout cela et à dénier jusqu’à la possibilité de l’existence d’un négationnisme à l’extrême gauche. Il déroute la discussion et, pendant une bonne vingtaine de minutes, il faut se justifier du droit qu’il y aurait à s’en parler et recadrer quelques éléments minimaux concernant le négationnisme et l’antisémitisme, leur mode de déploiement par l’effet de confusion dans ces milieux (comme ça lui a été dit dans la discussion, de nos jours, personne ne se permet encore — mais jusqu’à quand ?— de se présenter ouvertement avec 3 blagues antisémites et une sortie négationniste ; on fait le faux naïf, on se demande, par des jeux de forçage, pourquoi tout cela serait important, si ça existe vraiment, on minimise, etc…), le vichyste Darquier de Pellepoix et l’usage de l’ « explication » par les douches par exemple, le « doute » comme ressort faurissonien depuis toujours, défendu ensuite, y compris par des ultra-gauches, des communistes, des libertaires et des anarchistes, au nom de la liberté d’expression et de la recherche. Les interventions de cette personne qui affecte de ne rien y connaître et de ne pas s’y intéresser, sont insistantes, confuses et, plus pénible, visent dans la durée à empêcher la discussion à laquelle il ne lui était pas nécessaire de participer, ainsi qu’à propager la confusion et l’idée que pour finir tout cela doit ne rien signifier. Il ne parle même pas des tags, et, quand on le sollicite à plusieurs reprises pour savoir ce qu’il en pense, il n’en dit rien et ne développe pas en quoi, pour lui, ils ne veulent rien dire. Il cherche tout simplement à empêcher que d’autres s’en parlent. Au bout d’un long temps de patience toute pédagogique, on finit par lui demander de nous laisser finir notre discussion tranquillement, ce qu’il ne fait pas et continue à servir sa propagande de la confusion tous azimuts, perlant le tout de propos pour le moins « douteux », puisque de « pourquoi on n’aurait pas le droit de comparer » cela passe à « pourquoi on n’aurait pas le droit de se poser des questions » (alors même qu’il nous empêche de nous en poser). Il gratifiera l’assistance d’un « je ne suis pas antisioniste » ce qui était-là pour signifier assurément qu’il n’était pas antisémite, démontrant par là une certaine imprécision problématique s’agissant des mots et des choses. Très imprécis, en effet, puisque son intention semblait être de donner des gages et qu’il n’avait pas été question de « sionisme » mais de négationnisme (et pourquoi en aurait-il été autrement ?). Mais sans doute est-ce encore une distinction sans aucune importance ? On finit par lui signifier qu’on n’est pas d’humeur à poursuivre cette discussion-là qu’on n’a d’ailleurs pas choisi d’avoir, ni quelque autre rapport que ce soit avec lui. Il persiste toujours. L’un d’entre nous finit par s’énerver un peu plus que les autres, ils en viennent aux mains et des coups sont échangés entre les deux personnes qui sont assez rapidement séparées. Une discussion assez complète aura lieu un peu plus tard avec un de ses amis venu demander des comptes à propos de l’altercation. Il avait assisté à distance à une partie de la scène et était déjà bien mal renseigné, par le camarade de Guillon lui-même, sur le contenu et le déroulement des échanges. Les uns et les autres finissent par s’écouter, voire plus ou moins se comprendre.


Dans les bribes de récit proposées par Claude Guillon, rien de tout cela n’apparaît. Pour les « insultes » qu’il évoque, il doit s’agir d’un autre épisode avec d’autres protagonistes, ou d’une exagération épique et littéraire dont cette histoire et ses protagonistes se retrouvent à faire les frais. Quant à « l’œil au beurre noir » nous n’avons pas fait passer de visite médico-légale postérieure aux deux participants à la bagarre, qui n’avaient pas l’air de souffrir d’atroces blessures ou contusions, en tout cas pas de quoi alerter une quelconque medical team. De même pour l’emploi choisi du terme « milice ». A force de rapport « douteux » à l’histoire, le professeur Guillon ne doit plus bien avoir les yeux en face des trous. Quand il parle de « milice », sait-il bien ce dont il s’agit ?


Quant à se considérer « l’incarnation du vrai prolétariat révolutionnaire », là, il faut reconnaître que nous avons été percé à jour. Nous nous excusons simplement de ne pas avoir demandé la permission pour se considérer tels : « autoproclamé », voilà le crime de lèse-majesté, sa sainteté Guillon n’a pas été consultée et n’a pas pu bénir cette quête rédemptrice, puisse t’il nous pardonner et nous déverser sa grande mansuétude !

Par curiosité, et pour peut être se faire aider à débroussailler un peu la confusion du texte du sieur Guillon, nous l’avons confié (le texte) à un pyschiatre/psychanalyste expert en pathologie de l’image et en narcissisme débordant. Pas de diagnostic de « fou dangereux » mais un bon client potentiel. Un récit des faits lui a été conté et il a tiqué sur la phrase « j’adresse exactement la même critique aux imbéciles, de droite, de gauche, ou d’extrême radicalité (d’un bord ou de l’autre), qui pensent que l’urgence est de dépister les « vrai(e)s » racistes ou racialistes, fût-ce à travers une plaisanterie de huit mots… » en remarquant que personne n’entendait « dépister » quoi que soit. Ce que l’on « dépiste » ce sont certaines maladies, le sida par exemple. S’il s’agit de traquer, ce qui ne fait pas partie des pratiques en cours répertoriées, il n’était pas question de chercher les « vrais », ni les faux, « racistes ou racialistes » (on remarquera que l’ami aime à noyer le poisson), d’ailleurs ils ne se cachent pas tellement, dans certains milieux on peut les cueillir comme les champignons après la pluie. Et puis, réagir vigoureusement face aux racistes serait donc en soi tout à fait inconvenant ? Ceci dit il y a des gens pour qui faire de la politique, tenir des points de vue et des engagements sert à autre chose qu’à remplir des feuilles d’encre et vendre des livres. On peut peut-être se demander si ce n’est pas plutôt la rareté des réactions, de tous ordres, y compris en en venant aux mains donc, face aux racistes (à toutes les espèces de racistes) et aux négationnistes qui doit consterner. Quant au « dépistage » même au sens métaphorique il appartient plutôt au registre de langage de certains entichés du dévoilement, et aux traqueurs et inventeurs de mensonge qui ont suivi les chemins du négationnisme.


Ici ou là on fait de la propagande négationniste, ou on s’en fait l’écho, ou on joue au con avec ça, personne à notre connaissance ne s’est encore fait « casser la gueule » pour ces raisons là, ce n’est pas que ce ne serait pas mérité, mais ça ne s’est pas produit.

Pour prendre un peu de champ, il se trouve qu’un certain nombre de personnes, en particulier dans ce qu’il reste des courants révolutionnaires, s’inquiètent, et semble t-il malheureusement à juste titre, de la résurgence des thèmes et motifs négationnistes, dans un contexte de banalisation assez diffuse et généralisée de l’antisémitisme, et plus particulièrement de la persistance de toute une propagande grise qui cherche à rendre poreux certains courants à ce genre de prose et aux modes de pensée qui vont avec ce méta-complotisme infect, véritable peste intellectuelle, qui a déjà fait, et ce à des époques pas si lointaines, et à plusieurs reprises, de la fin des années 70 au milieu des années 90 au moins, de sérieux dégâts chez les révolutionnaires, en particulier, mais pas seulement dans les courants nommés d’ultra-gauche.

Pour ce qui nous occupe là, sans aller très loin dans la réflexion, il est à peu près indéniable qu’on n’avait pas vu de tags relevant du registre négationniste, même par mauvais jeu ou bêtes comparaisons — explications qui sont encore loin d’être démontrées pour le cas présent — depuis bien longtemps (mais y en a-t-il jamais eu à l’extrême gauche d’ailleurs ?), et qu’il y a certainement quelque chose à en penser…


Mais c’est vrai que nous n’avons pas sur la question la grande expérience du Professeur Claude, expérience qui explique sans doute qu’il reste de marbre et éprouve ainsi le besoin de produire cet espèce de contre feu préventif. Nous ne nous sommes effectivement pas pris les pieds dans les faurrissonnades des années 80. Nous n’avons jamais été attirés par le miroir aux alouettes du dévoilement de ce « mensonge » formidable qui mettrait à bas le capitalisme et tous ses autres mensonges sans même avoir besoin de révolution : « le mensonge des chambres à gaz » ! Par manque d’habitude sans doute, la gymnastique mentale qui permet de s’ébattre, en tant qu’anarchiste distingué, dans un contexte où circule une bonne dose d’antisémitisme (de celui qui fait aujourd’hui par exemple parfois confondre « juif » avec « Israélien » et « Israélien » avec « l’État d’Israël »), en regardant ailleurs si les livres se vendent, si les filles sont rousses, et si son blog est bien garni d’anarchisme à la découpe, nous est étrangère.

D’ailleurs, sans même plonger dans des époques marécageuses, et au-delà de cette question précise qui le laisse tellement froid qu’il doit en écrire un texte, c’est un vrai capharnaüm en ce moment qui règne dans les positions de notre auteur, qui à force de se distinguer, finit par se faire rattraper par la normalité et par rejoindre le lit commun du fleuve tranquille qui mène tout un milieu radical vers les contrées de la race, jusque là apanage de l’extrême droite.


On n’a pas lu encore Pourquoi les femmes doivent s’intéresser à moi ? ni Comment être un bon libertaire comme moi à 18 euros, ni assisté à une de ses tournées promotionnelles. N’étant pas encore érudit en guillonisme, et pour en savoir plus sur cet excellent auteur qui a sûrement des raisons pour se comporter de manière aussi crapuleuse, nous nous sommes rabattus sur son blog. Nous y avons trouvés, en plus d’un hédonisme crasse, une pétition de Libération où justement la clique racialiste figure en bonne place. Des considérations passionnantes sur le Lieu Dit, avec l’appel à soutien écrit par Lordon et Hazan ; entre collègues, il ne rechigne pas à la solidarité, et n’est pas si regardant sur les contenus politiques. Encouragements sur fond de petite moralisation à y manger pour aussi peu cher que dans les autres petits restos sympas du quartier de Ménilmontant. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sauver un tel lieu si indispensable aux luttes ! Bouteldja y a fait la présentation de Les blancs, les juifs et nous, avec Hazan (son éditeur). Jusqu’où n’irait-on pas pour, via Libertalia, maison d’édition qui gratifia Hazan d’un excellent « camarade Hazan », dans un tweet postérieur à la sortie du pamphlet antisémite, tenir sa place dans le raout commercialo-éditorial sobrement intitulé Petit Salon du Livre Politique. Le « camarade Hazan »… encore un « excellent camarade » à ne pas contrarier ? C’est beau, l’esprit de corps et de camaraderie des vendeurs de papiers. La revue activement confuse Ballast et la propagande appelliste y ont trouvé aussi tout normalement leur place. Plus question d’esprit chagrin : on a donc pu trouver sur les tables du Lieu Dit un des écrits de Claude Guillon. D’ailleurs, cohérence éditoriale oblige, Libertalia est aussi l’éditeur de Pierre Tevanian, un des compagnons de routes des racialistes et promoteur invétéré du voile des autrEs. Alors Claude Guillon est-il devenu racialisto-compatible ? La question est plutôt de savoir dans quelle mesure il pourrait faire autrement.

Mais au-delà de ces ronds de jambes, comment comprendre, enfin, ce concentré de fiel, de dénonciation et d’accusation que nous a produit notre auteur ? Il se trouve que Monsieur G. tient à la distinction. Se distinguer, pour lui, est une préoccupation de tous les instants, la boussole de ses prises de positions. Il est même passé professionnel dans cet art : la distinction tous azimuts érigée en discipline. Peut être espère-t-il ainsi qu’enfin on le distingue. Dans la confusion en cours, ça donne de curieux mic-mac. Claude Guillon est contre la notion d’islamophobie, mais reprend à son compte le terme de « racisé », il pense que l’état fait exister des races, et qu’il n’est pas, du point de vue de l’état bien sûr, de la même race que les migrants ou les sans papiers. En plus, il les nomme étrangement dans son texte « réfugié(e)s », adoptant là la catégorie la plus dépolitisée qui soit, celle qui nomme l’infime partie des migrants, de moins en moins nombreux, que l’État veut bien protéger et qui voudrait faire mine que ce serait cette politique qu’il faudrait étendre, ce qui est politiquement désastreux, structurellement aberrant et pratiquement absurde. Voilà donc un des objectifs de ce billet d’humeur. Il y affirme discrètement son credo racialiste (comment comprendre autrement cette allusion au « racialisme » qu’il ne faut pas « traquer » ?) tout en protégeant ses arrières face à l’incohérence réelle de cette prise de position. Faire ainsi annonce publique au dépend des autres, c’est déplorable, c’est doubler la servilité qui consiste à montrer patte blanche, mais c’est bien la moindre des lâchetés de ce texte.

Dans ce contexte, complexe et contraint pour qui estime avoir droit à un certain confort d’auteur distingué, on comprend que ce qui brûle les entrailles de Claude Guillon, ce soit l’urgence de dire, par communiqué accusateur, diffamant et infamant, ses quatre vérités à un compagnon trop curieux à ses yeux, tout en exprimant un soutien indéfectible, mais relativement périssable, à la bibliothèque à laquelle ce dernier participe, la Discordia, bibliothèque anarchiste à plusieurs reprises attaquée pour ses prises de position véritablement courageuses. Avec de tels soutiens, la Discordia, qui n’en demandait pas tant, et qui n’a, en tant que telle, rien à voir avec la discussion en question ou le petit pugilat qui s’en est suivi, n’a plus besoin d’ennemis…

Alors, si « fou dangereux » désigne celui qui fait autre chose que protéger son petit potentat, sa place d’auteur et sa tranquillité bien méritée après des décennies de prises de positions courageuses, le plus souvent dans le sens du vent, parfois risquées, reconnaissons-le, — mais était-ce vraiment pour la bonne cause ? —, alors on peut effectivement dire que Claude Guillon n’en est pas un.

« A coups de marteau » concluez-vous, Chevalier Guillon. Alors au plaisir de vous rencontrer, au rayon bricolage peut être, plutôt du côté des faucilles…

D’autres participants à la discussion en question et quelques apaches.

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LETTRE OUVERTE À UN JEUNE HOMME «HORS DE LUI»

Rappel : «D.» a agressé un camarade, dont il est persuadé que le fait qu’il n’a pas compris le tag « Le gaz, la douche, c’est douteux… », apposé lors de manifestation contre la « Loi travail », comme négationniste et/ou antisémite, est une preuve de son propre négationnisme et/ou antisémitisme…

J’ai publié un billet à ce propos, auquel a répondu publiquement Yves Coleman.

J’ai répondu à Yves, qui m’a répondu.

D. m’a adressé un courriel « privé », auquel je réponds ci-dessous.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38

Tu as bien raison, mon cher D., de douter de mon sens du « privé ».

Si je ne reproduis pas intégralement ton message, c’est que j’admets que certains épisodes de ta vie qui y sont évoqués ne regardent pas la terre entière (encore que les flics, dont tu te plains de la surveillance importune, ont été les premiers au courant…).

Par contre, où tu te fous du monde, c’est quand tu prétends avoir espéré que frapper un militant (dont, certes, tu ignorais probablement que je le connais), à l’occasion d’une projection organisée par les Archives Getaway, c’est-à-dire dans une circonstance publique, relèverait de ta « vie privée ». Et qui plus est, de ce fait, échapperait à la critique, politique et publique !

L’évocation que j’en ai faite aurait été commise selon toi « dans le non-respect absolu de [t]on anonymat et de [t]a vie privée ».

Tu m’as vu publier ton nom ? (que j’ignore, il est vrai) Ton prénom même ? Ton adresse ? Ta photo ? (ah ! non, ça c’est toi qui le fais quand tu veux critiquer la présence d’un camarade dans une manifestation que tu désapprouves !) Ton numéro de téléphone ? Une adresse électronique ?

Rien de tout ça.

En fait, tu es vexé. Tu écris : « Et je n’ai pas vocation à ce que mes faits et gestes dans un cadre privé soient commentés de la sorte, comme au café du commerce, mais sur la place publique. »

Le « cadre privé » est un mensonge, je le répète. Et quand bien même… Il n’est évidemment pas question que l’on tienne compte d’un pareil argument.

Prends l’exemple des parents qui cognent leurs enfants. Ah ! Je vous arrête ! Il s’agit d’actes commis dans le « cadre privé ». S’il s’agissait de n’importe qui d’autre que toi (vexé), tu serais le premier à en rire.

Par ailleurs, invoquer ta « vie privée », notion d’un juridisme bourgeois achevé, et me reprocher, à moi, un supposé « citoyennisme », reconnais que ça ressemble à une contradiction !

Ainsi, tu « n’as pas vocation » ! Vocation à quoi, au fait. À être critiqué… !? Diable, c’est que te voilà très très haut au-dessus de l’humanité vulgaire. Comment aurais-je pu me douter…

Tu pousses le ridicule jusqu’à m’accuser de te mettre, par mes billets de blogues, à la merci des services de renseignement. « Je n’ai pas vocation à ce que mes faits et gestes […] soient commentés de la sorte […] et sous les yeux du renseignement (la “terrorrisation” pour reprendre un de tes “concepts” pourris, vieux Rigouste* raté). »

Je ne doute pas que tu sois surveillé mon garçon, tiens-en donc compte si ça t’inquiète ; et n’espère pas que n’importe quel comportement dément sera passé sous silence au motif que sa divulgation risquerait, quoique anonyme, d’ajouter une croix sur ta fiche. Dans quelle case, d’ailleurs ?

Je ne suis pas certain que Mathieu Rigouste* sera flatté d’apprendre qu’il est une espèce de « Guillon qui a réussi ». Quant à partager tes positions, j’ai de gros doutes, mais je te laisse démêler ça toi-même.

« Je ne suis pas un personnage public moi », ajoutes-tu. Laissant entendre que moi j’en serais un. Et pourquoi ça ? Parce que mon nom apparaît sur les couvertures de mes livres et que je n’use pas de pseudonymes ? Ça n’est pas comme ça que je vis. Au grand désespoir de mes éditeurs, j’ai toujours refusé de paraître à la télévision (malgré de nombreuses sollicitations, oui) ; j’ai même toujours refusé de donner à la presse une photo de moi, ou de la laisser publier les photos volées qu’elle détenait. Je ne suis pas non plus ce qu’on appelle une « grande gueule » ; le plus souvent j’assiste aux réunions sans parler ou en parlant peu, plutôt pour m’informer et me former une opinion.

En lisant ton courriel, je me dis que ces précautions sont encore insuffisantes…

Quand toi tu penses à des « personnages publics », tu évoques Bernard-Henri Lévy ou Michel Onfray. Pour l’occasion, tu me qualifies en effet de « Bernard-Henri Lévy ou Onfray du billet d’humeur libertarien ». Tu cites aussi Charles Bukowsky « avec qui [je n’ai] en commun que d’être un “vieux dégueulasse” ». Mais tu crois savoir qu’au moins lui « ne s’aimait pas autant » que moi. Je n’ai hélas rien à dire sur ce point de psychologique comparée, mais je constate que ces trois personnages ont beaucoup fait (et continuent pour les survivants [1]) ce que je me suis précisément refusé à faire.

Capture d’écran 2016-08-14 à 19.22.59

   Il est vrai que Google ne simplifie pas les choses…

Entendons-nous — le principe d’une lettre ouverte est qu’elle est lue par d’autres que son ou sa principale destinataire —, je ne gaspille pas mon énergie à me défendre ici d’être assimilable à Onfray ou à Bukowsky. C’est un procédé polémique dont je ne pense pas que tu attends toi-même grand-chose. Puisque, pour accéder partiellement à ta demande, je ne reproduis pas l’intégralité de ton message, j’aurais pu sans dommage ignorer simplement ces piques. Si je ne le fais pas, c’est que je pense qu’il y a dans ta réaction quelque chose qui concerne la relation (forcément décevante) avec une personne affligée d’une notoriété quelconque, aussi infinitésimale soit-elle. Je ne suis pas certain de pouvoir préciser ça, mais tant pis.

Il est énormément question de sexe dans ton message. À défaut de me choquer, ça m’a d’abord beaucoup étonné.

Que tu me traites de « vieux dégueulasse narcissique », encore… C’est vague et un peu cliché, mais comme disent les avocats : « Ça se perd, mais ça se plaide ! »

Mais voici un passage plus complexe :

Les vieux libidineux, collectionneurs de conquêtes et vantards, amateurs de chair fraîche, provocateurs de mauvaise qualité et de mentalité bourgeoise bien franchouillarde me dégoûtent profondément et physiquement et je ne cherche aucun “frère”, je te laisse à ce genre de considérations hors-propos et hors-sujet, avec ta bite et ton blog qui n’intéressent plus personne.

On admettra que le « vieux libidineux » est un quasi-clone du « vieux dégueulasse », mais je tiens à faire remarquer solennellement que ces expressions sont entachées d’un âgisme évident. Qui a jamais songé en effet à critiquer un « jeune libidineux » ? Le jeune libidineux, tant qu’il surveille un peu son comportement social, est communément jugé comme constitué et adoubé par la « Nature ». La « jeune libidineuse », elle, est beaucoup plus mal vue. Le « vieux », pour ne rien dire de la « vieille », a perdu le droit social d’être libidineux, c’est-à-dire qu’il et elle ont perdu le droit de désirer et d’être désiré(e).

Tu me faisais part, dans un précédent message, de ton hostilité foncière à toute séparation, à toute « non mixité » (de genre ou de couleur de peau), et je suppose à toute ségrégation. Eh bien ! qu’est-ce que ça serait !

« Collectionneurs de conquêtes et vantards, amateurs de chair fraîche ». Voilà la catégorie à laquelle je suis censé appartenir.

Je mets d’abord le doigt sur un mystère insondable à mes yeux : Comment est-il possible que cet aspect répugnant de ma personnalité ait pu t’échapper jusqu’ici ? Comment as-tu pu rechercher le contact intellectuel (courriels, proposition de rencontre) avec un être qui déjà, nécessairement, te « dégoûtait profondément et physiquement » ? Par quel étrange miracle tes yeux se sont-ils dessillés au moment précis où tu as lu sous ma plume que je désapprouvais l’agression d’un camarade ? Idem d’ailleurs pour ce qui est de certains passages de Suicide, mode d’emploi sur lesquels Yves Coleman, que tu suis, est revenu.

Je ne te reproche pas de ne pas détenir les réponses à ces questions… Elles doivent reposer assez profond dans ta psyché, et en ce moment, par ma faute ! tu es précisément « hors de toi ». Mais, à l’occasion…

Une remarque maintenant sur l’« amateur de chair fraîche ».

Je ne te connais pas, mais je te supposais au-dessus de ces clichés (oui, encore un). Quand tu utilises une expression de ce type, tu me prêtes un fantasme qui se forme dans ta tête ; il t’appartient en propre, lui et tout ce qui peut l’accompagner, que je ne veux pas connaître. Je n’ai jamais, moi, pensé à une fille comme à de la « chair fraîche ». Ni quand je la vois — inconnue — passer dans la rue ni quand je la découvre dans mes bras.

Pourquoi est-il question de « frère » entre nous ? Et pourquoi juges-tu mon allusion à la fraternité un « petit coup rhétorique MINABLE » ? À dire vrai, je ne peux fournir la réponse qu’à la première question. Tu signais un courriel, à moi adressé le 9 juin dernier : « Fraternellement, enfin j’espère ». Voilà ! c’est tout de mon côté.

C’est bien aimable à toi de me laisser avec « ma bite et mon blog », équipements avec lesquels je peux au moins meubler mon isolement supposé…

Je note au passage que cette — très surprenante ! — mention de mon pénis, « qui n’intéresse plus personne » (mais je suis touché que toi, au moins, tu y penses) est un peu contradictoire avec le qualificatif « libidineux », qui signifie « qui recherche constamment et sans pudeur des satisfactions sexuelles ».

Je t’entends grommeler ce que tu m’écris par ailleurs : « des mots, toujours des mots » ! Mais oui… Il me semble que tu utilises les tiens bien légèrement pour quelqu’un qui pousse la sévérité avec ceux des autres jusqu’à la violence physique !

À un moment, tu attribues le « retard » (dans ta tête !) mis à répondre à l’un de tes messages à la cause suivante : « Probablement que tu étais en pourparlers avec tes organes génitaux, puisqu’ils sont la matrice de tes idées ».

Capture d’écran 2014-12-16 à 13.23.14

Mon cerveau (flasque)  par Edmond Baudoin.

Est-ce que ça ne tournerait pas à l’obsession, chez toi ? Cela dit, en bon matérialiste, je considère en effet que la matrice de mes idées se trouve dans mes organes, et il est vrai que « penser avec sa queue » est un reproche que des féministes (que tu ne dois pas apprécier beaucoup, si ?) font volontiers à certains hommes. Si j’en crois mon expérience — ne dis pas que tu n’en a rien à faire ! c’est toi qui m’en parles ! — mon système digestif joue un rôle nettement plus important dans l’expression et la détermination de mon humeur que mon pénis ou mes gonades.

Quand tu signes ton message, tu utilises, entre autres, les expressions suivantes pour te définir : « Un racisé.e comme tu les aimes, plus assez jeune peut-être, trop métissé surement ».

Tu te rends compte, j’espère, que tu te décris toi-même comme un objet ou plutôt comme un non-objet de désir, de mon désir. Voilà qui ajoute à ton message une touche de dépit amoureux. Je n’y vois aucun inconvénient d’ordre moral, bien entendu, mais une fois de plus je suis surpris (le mot est faible) de la tournure inattendu d’une polémique théorique.

[Pour les lectrices et lecteurs non averti(e)s, précisons que le terme « racisé » désigne (dans mon esprit) des personnes assignées à une pseudo-identité raciale par des discriminations et théories racistes. Mon correspondant semble récuser ce terme.]

Donc :

a) « Un racisé comme tu les aimes » ; doit être une allusion, mais je ne sais pas très bien à quoi. Peut-être simplement à l’emploi du terme lui-même.

b) « Plus assez jeune peut-être » ; on retrouve ici, j’imagine, mon goût supposé pour la « chair fraîche ».

c) « Trop métissé sûrement » ; là, je sèche ! Me soupçonner d’une phobie du métissage… Mon pauvre garçon, si tu savais ! Mais tu n’as pas à savoir.

Pour ce qui te concerne, j’ai en tête l’image (vague, je le reconnais, nous nous sommes croisés trois fois au plus) d’un plutôt joli garçon, avec de la prestance. Si jamais ça peut t’aider en quoi que ce soit, j’en serais heureux (les comportements violents inappropriés sont parfois, je ne généralise pas, liés à des complexes ; et je n’éprouve aucune gêne à reconnaître des qualités à quelqu’un à qui je m’oppose).

À ce propos, justement, tu tempères le diagnostic de sottise que tu m’infliges par la notation suivante : « Tu es un idiot, mais je te l’accorde, un idiot flamboyant, un dandy oncle fétide ». Je soupçonne une référence culturelle qui m’échappe dans la seconde expression ; je passe donc. Flamboyant ! Voilà un qualificatif que je n’arrive pas à trouver flatteur, tant il est éloigné de mes sensations quotidiennes. J’éprouve chaque jour, depuis une quinzaine d’années, les atteintes de l’âge et de la maladie ; je m’agace d’avoir l’esprit aussi lent, une mémoire nulle, une capacité de travail, de synthèse et de concentration misérable comparée aux nécessités des taches que je me suis fixées. Je passe infiniment de temps à assurer ma survie biologique, à colmater les voies d’eau toujours rouvertes du vaisseau et à récupérer et entretenir une énergie vitale toujours plus coûteuse à produire. Idiot ? Mais non ! et tu n’y crois pas plus que moi. Mais tout sauf flamboyant, hélas ! Cela dit, quand je sors de chez moi, sans même parler des jours où je suis amoureux, pour ne rien dire de ceux où je me sais aimé, j’ai le goût de m’habiller autrement qu’un membre du Black bloc. Il n’en faut pas davantage dans nos milieux pour acquérir une réputation de dandy…

En relisant ton texte, c’est l’inconvénient — pour le lecteur « extérieur » surtout — de ne pouvoir l’appréhender dans son ensemble, je remarque deux occurrences de l’expression coming out, utilisée, comme tu ne l’ignores pas, pour désigner le fait pour une personne homosexuelle de rendre publique ses inclinations érotiques. Encore une occasion pour toi de m’associer à une thématique érotique, ici clairement homosexuelle… Je ferais donc un « coming out racialiste », doublé d’un « coming out milieutiste ».

« Racialiste » ? Il se confirme, mon pauvre garçon, que tu nages en plein délire. Je ne manque jamais une occasion, encore tout récemment avec la republication d’un dossier d’Oiseau-tempête et une critique d’Onfray, de rappeler que je suis hostile à toute idée de « race ». Comment pourrais-je avoir à « reconnaître » l’inverse ? Quant au « coming out milieutiste », je ne sais pas de quoi il peut bien s’agir. C’est sans doute que j’ai une conscience lacunaire de mes fautes…

Dis-moi, quand tu parles de « rumeurs de bruits de couloir sur des rumeurs », ferais-tu allusion au projet de casser la gueule à Éric Hazan ? Si c’est le cas, ou bien tu crains les retombées de cette information, ou bien vraiment tu sous-estimes la bêtise crasse de certains de tes nouveaux amis, qui n’en sont pas aux premières menaces de ce genre (surtout sur des hommes âgés d’ailleurs ; tu me diras que c’est une perversion comme une autre !). C’est toi qui devrais te renseigner, et surveiller tes fréquentations.

[J’apprends, après avoir rédigé cet alinéa que Éric Hazan a déjà été agressé (une simple claque, m’assure-t-on), et pas par qui je visais dans ces quelques lignes. Tu vois donc 1- qu’il ne s’agit pas de rumeur 2- que le pire reste à craindre.]

Tu m’expliques pourquoi tu as éprouvé du « respect » pour moi dans le passé, ce qui explique que ta colère est d’autant plus grande aujourd’hui : « Je suis d’autant plus hors de moi et “fou dangereux”, parce que j’ai respectueusement cherché à dialoguer avec toi sur du fond, par mail, te donner mon humble avis de lecteur sur tes dernières publications, avec une forte cordialité respectueuse à la mémoire du fait que la lecture de certains de tes textes avaient bercés mon adolescence, je me souviens même d’un moment […] pendant lequel il ne me restait à lire qu’un de tes bouquins, une lecture qui m’avait apporté une éphémère porte de sortie dans un moment difficile. »

Voilà qui me touche d’autant plus que c’est évidemment pour ça, être utile, que je publie des articles, des tracts et des livres depuis près de quarante ans. Et non pour gagner de l’argent, être « reconnu », encore moins être aimé. Il aurait fallu, pour viser ces objectifs, écrire d’autres livres. Passons.

Cela dit, le fait que tu aies trouvé des aliments dans certains de mes écrits ne signifie pas que nous soyons nécessairement appelés à nous entendre, ou que tu doives me trouver sympathique dans la vie. C’est un débat avec beaucoup de mes ami(e)s, qui ne s’intéressent vraiment au travail d’un écrivain ou d’un intellectuel que si sa vie leur semble (à eux !) en adéquation parfaite avec ses écrits. Je ne vois pas les choses comme ça. Je me sers chez tel ou telle, comme au buffet, pour le plaisir ou pour penser, ou les deux.

S’en tenir à ce principe de précaution t’aurait peut-être évité de te sentir affreusement trahi sous le prétexte, qui te paraît décisif, et à moi très mince, que j’ai tardé un mois à répondre à l’un de tes courriels : « Tu as esquivé plutôt que de me répondre pendant plus d’un mois — prétextant des vacances, des voyages, des côôôôônferences d’ôôôôôteurs (nous n’avons pas les mêmes valeurs). »

Le fait qu’il me soit également arrivé de te répondre du jour au lendemain ne compte pas. Tandis que ce mois entier, voire dépassé, sous prétexte que j’aurais eu mieux à faire dans la vie…

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Nous ne sommes pas en amour, mon cher D. Peut-être aurais-je dû te le signifier plus tôt… Tu fais partie des nombreuses personnes qui m’écrivent pour me demander un renseignement, une explication, un éclaircissement, de lire un texte, etc. Et, oui, comme tout habitant connecté, comme on dit, de la planète, je reçois des dizaines de messages et de textes chaque jour. Je n’en lis qu’une partie, j’en survole beaucoup ; il m’arrive de répondre sur le champ, comme il m’arrive d’en oublier, tout simplement. Y compris quand je me suis juré d’y revenir, par exemple au retour d’un déplacement.

Mes déplacements — et nos «valeurs» respectives…  Tu vois, je te dis tout! J’en ai refusé de très nombreux — presque tous à vrai dire — ces dernières années parce que j’étais trop malade. La dernière année « scolaire », suite à un changement de traitement et une relative amélioration de mon état, j’ai décidé d’accepter la plupart des propositions qui m’étaient faites. C’est ainsi que j’ai animé une dizaine de débats, le plus souvent autour de « Comment peut-on être anarchiste ? », et aussi de « La terrorisation démocratique ». J’ai été très heureux à chaque fois de pouvoir rencontrer des camarades (ou pas !), qui pour certain(e)s espéraient me recevoir depuis des années, mais j’ai aussi été fatigué à chaque fois. Un déplacement de trois jours m’accapare au moins deux jours avant et en réclame deux de récupération. Quant aux « vacances », si j’y ai consacré quinze jours dans la même période, c’est le bout du monde.

Voilà : tout me prends infiniment de temps et d’énergie, et non tu n’as jamais figuré dans mes priorités. C’est dans ta tête uniquement qu’il pouvait en aller autrement, parce que tu t’attendais à ce que l’auteur fantasmé des textes que tu avais appréciés se comporte « en retour » avec toi de telle ou telle manière. Je te dis ça sans méchanceté ni mépris ; c’est simplement la réalité.

De surcroît, tu me fais l’effet, aussi bien dans tes messages « aimables » que dans les « furibonds » d’être dans une logique de « pureté minoritaire ». Tu crois débattre, « naïvement » et « respectueusement » selon tes dires, mais tu demandes des comptes. Après avoir sollicité des messages de soutien à la Discordia, tu n’a rien de plus pressé que d’affirmer que tu préfères n’en pas recevoir qu’en obtenir de personnes qui ne sont pas d’accord avec toi sur tout (y compris le point de savoir qui est « négationniste » et mérite d’être frappé pour ça) : « Alors ta “solidarité de principe”, tu peux bien te la foutre au cul et nous écrire trois billets d’humeur sur ton ressenti d’auteur illustre sur les sensations provoquées par le beau geste en question. »

Eh bien continue de la sorte et tu verras qui finira « isolé ».

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J’ajoute — c’est peut-être un effet déformant regrettable du blogue polyvalent — que je ne prétends nullement être un groupe politique à moi tout seul, ou une agence de contre-information réagissant instantanément sur tous les sujets intéressant les révolutionnaires. Je fais ce que je peux, comme et quand je peux.

Tu me reproches de vouloir « Aujourd’hui [me] distinguer des positions anarchistes “traditionnelles” devenues minoritaires, pour [me] rallier à un milieu post-modernisé qui rêve de bouffer de la race tous les matins à la petite cuillère conceptuelle. En crachant sur [m]oi-même et sur l’anarchisme au passage ».

Diable ! tu vois comme les points de vue (au sens optique) altèrent la vision : j’étais persuadé d’avoir fait très précisément le contraire de ce que tu fantasmes, notamment dans « Et “dieu ” créa l’“islamophobie”… », qu’il me semble d’ailleurs t’avoir vu republier… Crois moi ou non, je m’y perds !

Tu te trompes, mon cher D., je n’ai nullement « décidé de te mettre hors de toi » ou de t’« instrumentaliser » pour je ne sais quelle sombre manœuvre qui n’existe que dans ton imagination. Lorsqu’une amie m’a appris ton agression contre un camarade, j’en ai été malade, littéralement et physiquement. Non pas seulement par amitié pour le camarade en question — pas un « idiot de best friend for life » comme tu le qualifies, arrête un peu de faire ton jaloux ! un camarade, simplement — mais parce que j’étais navré de ton comportement.

Un camarade, que je connais depuis fort longtemps et qui prends ton parti dans notre querelle, m’écrit : « La guerre aux antisémites et autres racialistes est déclarée, choisis ton camp. »

N’ayant jamais été ni antisémite ni « racialiste », comme en attestent mes écrits et mon militantisme politiques, je ne me sens en aucune façon tenu de choisir un « camp » dans une « guerre » qui aurait été récemment déclarée, si je comprends bien, et dont les lignes de front sont définies par un comité central de cinq personnes.

Que les cibles visées soient des cibles de toujours du mouvement anarchiste révolutionnaire, et qu’elles doivent le rester, certes ! Mais annoncer je ne sais quelle « nouvelle guerre[2] », qui se mènerait non pas politiquement mais dans le pseudo « privé » de rixes interpersonnelles me paraît délirant. Et hélas ! une garantie prémonitoire de défaite.

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Tu termines ton courriel par ce qui ressemble bien à des menaces : « Tu vas regretter d’avoir choisi d’instrumentaliser cette histoire précise et moi-même pour faire ton coming out milieutiste, tout se payera. »

Je sais bien que ce genre de propos est un lieu commun des messages haineux. Cependant, je me dois de t’avertir publiquement que toute agression physique contre moi (« simple baffe » comprise, ceci précisé à tout hasard) se « paiera », comme tu dis, de mort.

Il ne me reste plus assez de temps à vivre pour jouer façon cour de récréation avec des justiciers d’opérette. Où tu ravales tes démangeaisons de punitions corporelles — s’il s’agit bien de ça ! —, ou tu finiras à la morgue (toi ou tout émule).

Et puis, figure-toi que j’aimerais bien savoir quel genre de quinquagénaire tu deviendras… Pour ça, il faut que nous vivions assez longtemps tous les deux. Je fais tout ce que peux de mon côté, tâche d’en faire autant du tien !

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Catalogue, par ordre d’apparition,

de la vingtaine d’insultes contenues dans le courriel de D. Je ne voudrais encourir le reproche de taire les plus pertinentes ou de donner une image incomplète de l’imagination de mon correspondant. Quelques insultes sont accompagnées d’un commentaire, ou d’une note les éclairant.

 

Lâche. [« Ta lâcheté politique »]

Bernard-Henri Lévy ou Onfray du billet d’humeur.

Auteur libertaire reconnu dans le milieu des auteurs libertaires reconnus [Pas mal, ça !]

Idiot.

Vieux dégueulasse narcissique.

Qui se regarde écrire en ricanant comme un imbécile. [« Si vous pouviez me voir, sur ma table penché, le visage défait par ma littérature, vous sauriez que m’écœure aussi cette aventure, effrayante d’oser découvrir l’or caché sous tant de pourriture. » Jean Genet]

Pauvre dandy qui ne cherche qu’à se distinguer.

Espèce de Jean Grave [Militant anarchiste, 1854-1939, coinitiateur avec Kropotkine du « Manifeste des seize » en faveur de l’Union sacrée contre le militarisme allemand, pendant la Première Guerre mondiale.]

Vieux débris.

Vieux libidineux collectionneur de conquêtes et vantard.

Amateur de chair fraîche.

Provocateur de mauvaise qualité et de mentalité bourgeoise bien franchouillarde.

Vieux Rigouste raté. [*Mathieu Rigouste est notamment l’auteur de L’ennemi intérieur : la généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, La Découverte, 2009 ; Les marchands de peur : la bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire, Libertalia, 2011.]

Anarcho-éthyliste sur le retour. [Il semble que le camarade agressé buvait une bière au moment de la discussion qui a conduit à l’agression. Ce qui a beaucoup marqué mon correspondant.]

Pauvre crotte sèche.

Connard.

« Antisémite » [J’ajoute des guillemets ; en effet, l’adjectif n’apparaît que dans la phrase « tes considérations antisémites sur “l’humour juif” ».]

Ex-négationniste.

Pauvre beauf pathétique et mondain.

Un tiers mondiste, deux tiers mondain. [À propos de mon soutien aux combattantes du Rojava.]

“Intellectuel anarchiste” de mon cul.

Écrivaillon raté.

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[1] Voir sur ce blogue : « Paraître à la télé comme on va au bordel : le conseil “philosophique” de Michel Onfray. ».

[2] Je te renvoie au texte de la brochure des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (ESRI), que j’ai republié sur ce blogue : « Antisémitisme et sionisme ». Elle date de 1900 !

Réponse à Yves Coleman sur divers sujets d’importance

Yves,

Je m’adresse à toi de cette manière familière — même si tu me traites dans ta « réponse » comme une espèce d’ « antisémite par inadvertance » ou par sottise, ce qui n’est guère amical, et très douloureux à lire — puisque tu rappelles justement que « nous nous sommes croisés à plusieurs reprises dans des événements militants et avons discuté ensemble fort paisiblement et amicalement ».

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Je trouve ta « réponse » assez peu cohérente, pour tout te dire.

Passons sur le fait que tu annonces d’abord « ne pas revenir sur ton argumentation » à propos de mon erreur — d’il y a trente-quatre ans — et de mon autocritique au sujet des chambres à gaz, avant d’y consacrer un quart de ton texte. Les positions sont connues et facilement accessibles sur le net (les miennes, sur ce blogue). Je n’y reviens donc, de mon côté, vraiment pas.

Par ailleurs, tu écris : « Je remarque, avec tristesse, encore une fois que, pour Claude (comme pour bien d’autres militants libertaires, trotskistes ou ultragauches), le copinage rend malheureusement soit totalement aveugle soit dangereusement indulgent. »

Là, je dirais volontiers que tu te moques du monde.

En effet, dans la rixe qui a opposé un camarade impliqué dans la lutte des réfugié(e)s et un « Discordiste » (que j’appellerai « D. » dans la suite), le second agressant le premier sous prétexte de négationnisme-antisémitisme-« PIRisme[1] »-etc., il se trouve que tu connais beaucoup mieux, et depuis plus longtemps, l’agresseur que moi la victime.

Est-ce que tu ne tomberais pas là sous ta propre critique à propos du « copinage sans principes » ?

Ça n’est pas seulement par amitié solidaire pour un camarade dont j’ai apprécié les qualités et le dévouement à maintes reprises (mais dont je ne connais ni le nom ni l’adresse, comme c’est fréquent dans les rapports militants (parisiens, au moins), et avec lequel je n’ai discuté, au milieu de pas mal de monde, que trois ou quatre fois autour d’une bière), mais par principe, précisément.

Pas un principe essentiellement moral, un principe tactique. Il est inacceptable que des camarades en agressent physiquement d’autres à propos de malentendus ou même de désaccords. Je le répète : nous avons suffisamment à craindre et faire avec les islamistes, les flics et les fachos sans devoir nous méfier des réactions violentes et théorisées de tel ou tels.

Tu rappelles ton papier antérieur intitulé « Aujourd’hui, ils cognent le PS, demain à qui le tour ? »

Eh bien, tu as la réponse à ta question : des camarades proches. Et non pas : « Un copain de Guillon ».

Or, il se trouve que, tout non-violent que tu te proclames, en participant à la théorisation évoquée ci-dessus du geste de D., tu l’excuses, tu l’encourages, et tu justifies les récidives à venir. Lire la suite

Michel Onfray et les «races»

Je sais, ça n’est pas raisonnable. Je ne devrais pas vous parler quotidiennement de Michel Onfray, ça n’est bon ni pour ma santé (déjà bien chancelante) ni pour la vôtre.

Mais voilà, je viens d’entendre un passage d’une autre séance de réponse du maître aux questions de ses auditeurs et auditrices de l’université populaire, dont les séances sont retransmises désormais chaque été sur France-Culture.

Réponses à bâtons rompus, propices donc, davantage que l’exposé pensé et rédigé, au n’importe quoi spontané.

Ce jour, long développement sur les « races », dont le philosophe dit son exaspération que le principe de leur existence soit nié.

C’est le fait explique-t-il des (mauvais) intellectuels « qui nient le réel ». Le plus souvent parce qu’ils l’ignorent. Exemple : Sartre qui, assure Onfray, a parlé toute sa vie « au nom des prolétaires », auxquels il ne connaissait rien. Tenez, prenez Lénine, eh bien il a, dit toujours Onfray, critiqué les populistes russes, qui eux, dit toujours Onfray, venaient du peuple, «comme leur nom l’indique».

Alors, Michel… Non! les populistes russes ne venaient pas du peuple ; c’est au sens strict l’inverse : il allaient au peuple.

Passons, et revenons-en aux « races ».

Onfray s’énerve : Faudrait savoir, dit-il en substance, « si y’a pas de races, alors y’a pas de discriminations à partir des races ! »…

Nier les «races» reviendrait à nier les souffrances infligées au nom du racisme…

Onfray, qui est certainement un sincère « antiraciste », pense donc que l’antiracisme doit tenir compte du réel (d’accord !) et donc… des races.

Ça se voit facilement, explique-t-il, y’a des Blancs, des Noirs et des métis. C’est un fait. CQFD. Par parenthèse, Jean-Marie Le Pen, interrogé par un journaliste du Nouvel Observateur (4 janvier 1985) lui retournait une question: «D’ailleurs, qu’est-ce que c’est le racisme?» — «Le racisme, répondait le journaliste avant d’introduire la notion de hiérarchie, c’est de croire que les hommes sont divisés en groupes biologiques…» — «Personne ne peut le contester», tranchait Le Pen.

Onfray ne pense pas, lui, qu’il existe des « races » supérieures ou inférieures. C’est ce qui le distingue des racistes. De Jean-Marie Le Pen, ou de la mère de Guy Bedos, à qui l’humoriste prête ce propos : « Je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas de racistes : il y a bien des antiracistes ! »

Mais Onfray oublie que la réfutation scientifique du concept de « races » est un acquis fragile — fragile au point qu’on peut se demander si le terme « acquis » est justifié — de l’après Seconde Guerre mondiale, tandis que le racisme pseudo-scientifique s’était développé dans beaucoup de démocraties européennes (dont la France, voyez Alexis Carrel), et pas seulement en Allemagne, et qu’il a subsisté dans les politiques eugénistes de pays nordiques.

Aujourd’hui, où les débats autour de la notion de « race » sont relancés dans des contextes idéologiques et polémiques, parfois sur le fil du rasoir, entre « races biologiques » et « races comme catégories sociales créés par des systèmes de domination coloniale ou postcoloniale », il me semble navrant de céder un morceau de terrain de cette ampleur aux racistes (et aux confusionnistes).

Confondre les constats de l’expérience empirique, exprimés dans une langue courante qui demande à être disséquée et critiquée — « Il y a beaucoup de “Noirs” au métro Château-rouge » — avec la confirmation de catégories scientifiques permettant de classer et de reconnaître des groupes humains est, à mon sens, une grave erreur.

Non parce que le terme « Noir » (exemple ici choisi), d’ailleurs le plus souvent euphémisé (en français) en « Black », serait le signe certain d’un péché idéologique (il y a longtemps que des « Noirs » ont retourné le stigmate comme une arme contre l’ennemi : « négritude » ou Black power).

Mais parce, au-delà de l’expérience sensible sur les nuances de couleurs de la peau humaine, la volonté de classifier les prétendues « races », qu’elles soient censées être fondées sur ladite couleur ou sur n’importe quel autre facteur génétique, n’a jamais eu pour objectif originel que leur hiérarchisation.

À supposer même que ce ne soit pas l’objectif des catégorisations raciales, elles permettent de l’atteindre. C’est bien un outil des racistes. Ils peuvent s’en passer ? Peut-être, mais pourquoi le leur abandonner sans combattre, et même le légitimer… ?

La reconnaissance de l’existence de « races » biologiques procède d’un faux réalisme. Ce faux réalisme est antiscientifique. Il importe de tenir ferme cette position en combattant toutes les formes de racisme, que l’on soit soi-même « racisé(e) » — assigné(e) par le racisme à une pseudo-identité de « race » inférieure — ou non (voir sur ce blogue le texte « Abolir la race blanche »).

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Planche tirée des Races humaines, Mikhail Nestourkh, Éditions du Progrès, Moscou (sans date). Remarquable exemple d’élucubrations racialistes et antiracistes.

Paraître à la télé comme on va au bordel : le conseil «philosophique» de Michel Onfray.

Je me branche sur France-culture. Erreur estivale parmi d’autres.

Je tombe sur l’impayable Michel Onfray, hôte quasi-permanent de la chaîne, expliquant pourquoi il a décidé, après mûre réflexion, de participer aux émissions de télévision auxquelles il est invité, y compris les pires.

Il cite comme caution un philosophe grec ancien, dont je n’ai pas retenu le nom, qui expliquait aller au bordel comme on va aux latrines. C’est une nécessité hygiénique, mais on n’y passerait pas sa vie. À ce prix, si j’ai bien compris, on se préserve du vice et l’on préserve sa santé.

Passons sur le fait que, selon les époques et les civilisations (y compris en Grèce ancienne) la prostitution était mêlée à la vie quotidienne des riches, et les bordels des lieux de sociabilité pour la bourgeoisie. Donc sur le fait que cette saillie (si je peux me permettre) était hypocrite dès l’origine.

Il se trouve que j’ai fait personnellement le choix inverse de celui de Michel Onfray : jamais de télévisions, jamais de photos. Quoiqu’il en coûte sur le plan de la notoriété et de la diffusion de mes livres (laisse-moi rire Onfray avec ton raisonnement de marchand honteux : « Mais, si ne serait-ce qu’un téléspectateur était touché par la grâce en m’écoutant ?! »).

J’ai fait un autre choix, également politique, dans la vie : je ne recours jamais à des prostitu(é)s, même pour me débarrasser d’une tension génitale déplaisante.

La masturbation est là pour ça, et en y recourant je ne renforce l’aliénation ou l’esclavage de personne. Je n’augmente pas non plus les énormes bénéfices du trafic d’êtres humains.

Par son pseudo-raisonnement, Onfray a renforcé dans l’esprit de ses auditeurs et auditrices l’idée mensongère que « se vider les couilles » est un besoin masculin impérieux et légitime, qui légitime à son tour la prostitution… et par la bande (si je peux…) l’exhibition à la télévision.

C’est un double mensonge. Aussi dégueulasse qu’il se veut décomplexé.

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