Correspondance entre Diego Camacho (Abel Paz) et Juan Garcia Oliver [“Balance” n° 38, en français]

La traduction du N° 38 de Balance est suivie de la traduction des «Thèses sur la guerre d’Espagne et la situation révolutionnaire créée le 19 juillet 1936 en Catalogne» d’Agustin Guillamon, inédites en français

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Ce numéro 38 de Balance (Bilan) rassemble la correspondance, de 1970 à 1979, entre Juan García Oliver, l’un des plus fameux militants anarcho-syndicalistes des années 1920 et 1930, et Diego Camacho Escámez, militant anarchosyndicaliste des années 1940 jusqu’à sa mort. Cet autodidacte et historien hors pair, est l’auteur, sous le pseudonyme d’Abel Paz, d’une biographie de Durruti, traduite en dix-sept langues et plagiée par une légion de plumitifs opportunistes, que l’industrie culturelle favorise et paye parce que, une fois édulcoré, tout peut et doit être récupéré, vendu, consommé.

La correspondance couvre la période pendant laquelle Diego Camacho termine la rédaction de son premier livre sur Durruti, et García Oliver rédige ses mémoires. Leur relation est difficile et, du moins au début, García Oliver a une attitude assez despotique et méprisante. Seules la patience, l’humilité et surtout la pertinence et l’intelligence des réflexions de Diego Camacho permettent de maintenir et de prolonger cette relation.

En 1978, Juan García Oliver publie chez Ruedo Ibérico son livre de mémoires, El eco de los pasos. La rédaction du livre donna lieu à une véritable bataille rangée, phrase après phrase, mot après mot, correction après correction, entre García Oliver et Martínez, son éditeur. Aux archives de l’Ateneu Enciclopèdic Popular (AEP) on peut consulter le manuscrit original dont les pages regorgent de corrections en tous genres : grammaire, syntaxe, style, etc. L’édition du livre déclencha, en effet, une guerre prolongée, épuisante et minutieuse entre l’éditeur et l’auteur.

Ce livre de mémoires a été rédigé sans avoir consulté aucune source dans les archives, l’auteur se fiant à sa mémoire prodigieuse, mais faillible, et pour cela source d’erreurs que nous n’allons ici ni détailler ni analyser. Le lecteur, dans ce même numéro de Balance, pourra lire le compte rendu qu’en fit Abel Paz, en 1979.
Nous avons respecté les majuscules et les mots soulignés dans les textes originaux de García Oliver et de Diego Camacho (Abel Paz), mais les caractères gras sont toujours de la responsabilité de la revue Balance, lorsque nous avons voulu mettre en valeur les affirmations de l’un ou de l’autre.

De la même façon, sauf indication contraire, les notes en bas de page sont de Balance et peuvent être de trois sortes :
– celles qui indiquent la source,
– celles qui complètent l’information ou rendent le texte plus compréhensible au lecteur,
– et celles qui présentent un commentaire.

Toutes les lettres reproduites dans ce numéro ont été déposées au Centro Ascaso-Durruti de Montpellier, centre d’archives et bibliothèque auquel Diego Camacho a consacré ses efforts durant des années, pour sa création et pour le soutenir. À ce centre il a donné le meilleur et la plus grande partie de sa bibliothèque et de ses archives personnelles, parce qu’à Barcelone il n’avait trouvé aucun centre d’archives ni aucune bibliothèque intéressés sérieusement à accueillir ses fonds et à les conserver. Il racontait souvent l’anecdote suivante : un jour, il avait viré de sa maison, à coups de pied, le directeur d’un centre d’archives barcelonais très connu, parce qu’il lui avait offert une somme d’argent ridicule pour ses archives et sa bibliothèque. Diego lui cria qu’il était et avait été dans la misère toute sa vie, mais n’avait jamais été un misérable, et ne le serait jamais, et que son offre était une insulte à son intelligence et son honnêteté. J’ignore si ce remarquable directeur de centre d’archives, effrayé par les bourrades et les coups de pied au cul, comprit alors la différence entre un miséreux et un misérable.

Cette correspondance entre García Oliver et Diego Camacho exprime bien la passion, parfois obsessionnelle, de deux militants anarchosyndicalistes, appartenant à deux générations différentes, pour une série de faits, de problèmes et de thèmes fondamentaux de la révolution et de la guerre de Juillet 1936, passion qui se concentre sur un point : le Plénum des fédérations locales et régionales de la CNT qui entérina la collaboration entre les anarchosyndicalistes et le reste des forces antifascistes et décida de la création du Comité central des milices antifascistes (CCMA). Le CCMA fut un organisme de collaboration de classes, par lequel on renonçait à « vouloir tout » et à la révolution totale qui se déroulait dans les rues de Barcelone.
Les réflexions exprimées par les deux protagonistes, dans cette correspondance, sont concises, mais d’un haut niveau intellectuel et d’une énorme valeur militante, comme ce numéro de Balance tentera de le montrer.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Agustín Guillamón

146 pages, 10 € (frais de port compris). Pour toute commande écrire à yvescoleman@wanadoo.fr

Contre “Frontex”: FRONTEXIT

Une agence de garde-côtes et de gardes-frontières européenne: Inquiétudes sur le mandat de la «nouvelle Frontex»

Depuis 2004, l’agence Frontex qui coordonne la gestion du contrôle aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE), a vu ses compétences augmenter de façon constante, sans contrôle indépendant sur ses activités et sans mise en responsabilité en cas de violation des droits : déploiement de contingents d’action rapide (2007), administration du système de surveillance des frontières EUROSUR (2012), possibilité d’intercepter des personnes en mer et de les débarquer hors de l’UE (2014), multiplication du budget par 13 en dix ans.

Malgré les nombreuses critiques relatives aux risques de violations des droits, y compris celles émises par les Nations Unies ou les instances européennes de défense des droits (Conseil de l’Europe, Agence des Droits Fondamentaux de l’UE, Médiateur de l’UE, Contrôleur des Données Personnelles de l’UE), l’UE maintient sa politique et assure à l’agence une impunité qui contraste avec sa croissante capacité d’action et de déploiement. La création d’une «nouvelle» agence renforce cette logique sécuritaire, nourrie de moyens techniques quasi-militaires (satellites, radars, hélicoptères, possibilité d’usage de drones), sans quasiment aucun contrôle.

Une fois de plus, l’Europe se barricade et tente de mettre à distance celles et ceux qu’elle identifie à tort comme une menace : des hommes, des femmes et des enfants qui tentent de fuir la guerre, la persécution et la misère. Ceci est inacceptable pour les organisations membres de Frontexit qui demandent que l’agence, incompatible avec le respect des droits fondamentaux, ne soit pas renforcée mais supprimée.

Irresponsabilité et impunité

Le Parlement européen a précisé en novembre 2015 que «le rôle de coordination de Frontex ne doit pas limiter sa responsabilité en droit international et droit de l’UE». Toutefois, l’inclusion dans le nouveau mandat d’un mécanisme de plainte proposé par les euro-député.e.s demeure une coquille vide : seules des procédures administratives internes pourront être engagées contre les officiers Frontex. La responsabilité juridique de l’agence ne peut donc être engagée devant une instance indépendante, malgré des cas avérés de violations des droits durant ses opérations et alors que les activités de l’agence en mer permettent, selon la Cour de Justice de l’UE, «des ingérences avec les droits fondamentaux des personnes».

Amalgames réducteurs et hostiles

En novembre 2015, le Conseil de l’UE annonçait que Frontex contribuerait à la lutte anti-terroriste sans plus de détails, alimentant ainsi la méfiance envers les personnes migrantes, assimilées à des terroristes, ce qui attise les sentiments xénophobes et racistes au sein de l’opinion publique. Le pas est définitivement franchi avec le nouveau mandat proposé, qui permettra à l’agence de récolter des données personnelles de personnes soupçonnées de participer à des activités terroristes, ainsi que de toute personne impliquée dans le «crime transfrontalier». La coopération avec Europol s’amplifie à cet égard.

Déploiement accru hors Europe 
en dehors de tout contrôle

Frontex peut, depuis sa création, signer des accords «techniques» avec des pays hors UE et, depuis 2011, y déployer des officiers de liaison. Cette coopération, qui vise à aider les États à mieux contrôler la migration «irrégulière», s’accompagne d’échange de données afin d’analyser les «risques» et les routes migratoires. Ces actions peuvent porter atteinte au droit à quitter tout pays, au droit d’asile, ainsi qu’à l’obligation de non-refoulement, sans aucun contrôle des parlements (nationaux ou régionaux). Dix-huit accords sont déjà signés, d’autres sont envisagés ; des données sont échangées avec plus de quarante pays, dont certains bafouent de façon notoire les droits humains. Le mandat proposé ne remet pas en cause cette coopération et le Parlement européen demeure exclu d’un contrôle des termes et de l’impact de cette coopération. Des opérations «mixtes» de contrôle et d’expulsion entre Frontex et les États signataires d’un tel accord pourront être organisées, malgré les risques de violation des droits des personnes en migration (comme le souligne la Médiatrice de l’UE).

Risque de refoulements en chaîne

Le mandat proposé permettrait à la nouvelle agence de faciliter les expulsions de personnes faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire, émise par un État signataire de la Convention européenne des Droits de l’Homme. Concrètement, l’agence serait habilitée à renvoyer des personnes depuis des pays comme la Serbie, ou encore la Turquie, sur la base d’un ordre d’expulsion ne répondant pas aux standards européens, et sans garanties que ces personnes ne soient pas soumises à des traitements inhumains et dégradants dans le pays de renvoi.

Depuis plus de dix ans, l’UE fait la démonstration de son incapacité à répondre aux impératifs d’accueil et de protection internationale en renforçant un arsenal quasi-militaire qui met en danger les personnes en migration, au mépris du droit et des valeurs qu’elle prétend défendre. Ce nouveau mandat est un signal politique fort d’un entêtement sécuritaire fondé sur le rejet de l’autre et des amalgames racistes

L’Europe est en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente

www.frontexit.org

“Imposer l’ordre moral à coup de marteau” – Communiqué de La Discordia

« Non nous ne voulons rattraper personne. Mais nous voulons marcher tout le temps, la nuit et le jour, en compagnie de l’homme, de tous les hommes. Il s’agit de ne pas étirer la caravane, car alors, chaque rang perçoit à peine celui qui le précède, et les hommes qui ne se reconnaissent plus, se rencontrent de moins en moins, se parlent de moins en moins ».

Frantz Fanon, Les damnés de la terre.

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Dans la nuit du 21 avril 2016, toutes les vitres de La Discordia ont été détruites à coups de marteau. Un tag a été posé à côté  : « raciste ».

C’est la troisième fois que nos locaux reçoivent ce genre de visites nocturnes :

Communiqué de La Discordia suite à quelques dégradations

Gribouillis gribouillas : Bis repetita placent

Cette fois ci encore, il s’agit de s’en prendre à La Discordia pour avoir vocalisé publiquement un refus révolutionnaire non-négociable des rackets politiques religieux comme racialistes sur l’extrême gauche depuis les attentats de 2015 à Paris. Il s’agit d’interdire une parole, de s’arroger le pouvoir de décider qui peut parler et ce qui doit être dit. Globalement, il s’agit de jeux de pouvoirs mafieux pour imposer une hégémonie politique sur une mouvance déliquescente avec les armes toujours morales de la culpabilité et du ressentiment. Et si jusque-là, tout le monde avait déjà plus ou moins exprimé son soutien suite aux deux « attaques » précédentes, mais de façon plus ou moins informelle, c’est à la solidarité que nous appelons aujourd’hui. Une solidarité publique et visible, dans laquelle chacun pourra mettre de ce qu’il est, plutôt que de se ranger derrière un même son de cloche, comme nos ennemis du jour. Nous n’appelons donc personne à se ranger derrière La Discordia ou ses perspectives anarchistes particulières, mais plutôt à élargir la question, à signifier que ce refus n’appartient pas qu’à quelques uns, mais à tous les révolutionnaires, qu’il est constitutif de toute pensée émancipatrice.

Pourquoi ces attaques ? Parce que La Discordia est un des seuls endroits publics du milieu où sont exprimées et débattues publiquement des positions anti-religieuses et d’un antiracisme conséquent (c’est-à-dire contre toute idée de « race », même issue de la gauche), et sans complaisance avec ceux qui justement, font de la complaisance un rapport total à la politique, les nouveaux démagogues. La grosse participation aux débats traitant de ces thèmes, ainsi que de nombreuses discussions avec des camarades plus ou moins proches, nous disent qu’il y a une perception diffuse que quelque chose de pernicieux est en train de trouver sa place dans le milieu « radical » français. On y croise des défenses de la religion et de la foi, on y voit des formes de séparations sur des critères biologiques et génétiques que personne n’a choisi... Ce que les dictionnaires nomment sans timidité ségrégation. Mais on voit aussi que de plus en plus de camarades s’aperçoivent de ces dangers et prennent position. Malheureusement, trop peu nombreuses sont les prises de position publiques. Cela permet à quelques illuminés de la dernière averse, qui se croient avant-garde de quelque courant identitaire pseudo-subversif, de penser que La Discordia est seule à critiquer l’idée de « race » et à porter le refus de la religion, drôle d’idée. Pour le dire franchement : on s’en prend aussi à nous à cause du silence de trop d’autres sur ces sujets.

Pourquoi cela arrive-t-il en ce moment, alors que nous sommes tous concentrés ailleurs, sur ce qui se passe dans la rue (et pas que) ? Parce que, visiblement, pour ceux qui portent les idées de race et la théophilie, celles-ci sont plus importantes que le conflit contre l’État et le Capital. Encore une fois, aucun autre signe d’attaque n’a été relevé dans le quartier cette nuit là, ni banques ni églises ni permanences politiques, juste une bibliothèque anarchiste.

Comme nous l’avions déjà souligné, c’est par la faiblesse du rapport de force que les révolutionnaires se retrouvent à attaquer l’ennemi avec des moyens comme ceux employés contre La Discordia. Parce qu’au corps à corps avec l’État, personne ne peut gagner (à moins de devenir soi-même un État ou un État en puissance). Employer des pratiques « asymétriques » contre une bibliothèque anarchiste au fonctionnement autonome est bien la plus imbécile et lâche des pratiques. Rappelons également que les révolutionnaires, lorsqu’ils ne sont pas d’accord, prennent des chemins différents, ou bien ils s’expliquent et/ou se critiquent, ils ne se mettent pas anonymement du caca dans la boite au lettre. Mais dans la décomposition actuelle des mouvances « radicales », plus rien n’étonne. Les gens qui font vivre La Discordia sont présents dans les luttes sociales, les assemblées, les moments collectifs, et n’ont jamais masqué leurs idées, au contraire. Aucune opposition ne leur a été offerte. Aucun texte, aucune accusation, pas même une insulte avec un visage et un corps pour les assumer. Cette accusation grave de racisme, qui pour la troisième fois s’exprime sur des murs et depuis un moment dans des commentaires anonymes dans le monde virtuel n’a jamais été assumée par aucun individu, groupe ou collectif dans la vraie vie, ni par la parole ni par l’écrit. La brutalité exercée contre nos locaux n’est donc que le signe d’une faiblesse et d’une lâcheté patente, et d’une absence totale de capacité à argumenter.

Pourtant, l’honnêteté est la distance la plus courte entre deux individus.

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Mais comment défendre l’idée de race ou de dieu auprès d’anti-autoritaires, d’autonomes, de communistes, d’anarchistes qui, depuis des siècles, travaillent à se libérer eux-mêmes et le monde de leur joug ? Ou auprès de tout autre courant de pensée fondé sur la critique de dieu, de l’État, et des identités imaginaires. De Marx et Bakounine à Malatesta ou Fanon. Il s’agit pour ces quelques pathologies politiques sur patte, d’éradiquer cet héritage révolutionnaire qu’ils méconnaissent, qui les dérange profondément, et qu’ils associent fallacieusement à la pseudo « race blanche » (dont ils feraient partie pour l’immense majorité, si toutefois elle existait vraiment). Alors pour contrer cet héritage, il faudrait mobiliser l’islamisme politique, les milieux associatifs communautaires et identitaires sous perfusion étatique, les filières du carriérisme universitaire et autres formes de la réaction bourgeoise et/ou conservatrice. Il s’agit pour eux de rejeter en bloc tout ce qui ressemble de prés ou de loin à une hypothèse universaliste qui remettrait en cause les petites identités en kit préfabriqués, et derrière lesquelles il faudrait que nous abolissions toute singularité et toute altérité. Quitte à s’organiser avec des partisans de feu la « manif pour tous ». La responsabilité collective est l’arme favorite de l’extrême droite et des racistes, mais encore faudrait-il s’intéresser à ses propres « idées » pour s’en rendre compte. Parce que c’est seulement à la séparation des exploités que mènent les logiques identitaires et particularistes.

Nous ne doutons pas de la sincérité de ces énergumènes sous pavillon « anti-raciste », comme nous ne doutons pas de la sincérité de leurs faux-ennemis, qui avec les mêmes mots, les mêmes méthodes, les mêmes concepts et les mêmes aspirations cherchent à atteindre les mêmes buts : la division, l’éclatement des solidarités entre des exploités qu’ils s’acharnent à délimiter, démarquer, diviser et compartimenter dans des frontières étroites, qu’elles soient physiques ou mentales, pour que jamais leurs révoltes ne se rencontrent, ou bien le cas échéant, pour qu’elles se séparent. Au profit, toujours, du pouvoir. En changeant quelques mots-clés on s’aperçoit aisément que les discours et les valeurs de cette extrême gauche du Capital qui ne cherche qu’à gratter des miettes sont les mêmes que ceux de l’extrême droite, ils sont façonnés par la même absence d’imaginaire émancipateur, ils visent tous, par le biais notamment de la religion, de l’ethno-differentialisme, de l’homophobie ou du virilisme, à l’encasernement normatif et prescriptif de l’identité et de la communauté. C’est le Zarathoustra de Nietzsche qui conseillait : « Veux-tu avoir la vie facile? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui ».

Casser les vitres d’une bibliothèque anarchiste comme un enfant casse un Rubik’s Cube qu’il ne parvient pas à résoudre, par inconséquence, par défaut d’intelligence et de maturité, et dans ce cas précis, on pourra parler de débilité légère, est bien l’attaque la plus glorieuse de l’année, même pas foutue d’être revendiquée, et donc expliquée, argumentée, assumée politiquement. On préfère racler les fonds de poubelles. Aujourd’hui, les idiots du village alternatif ont encore « frappés ». Leur lâcheté n’égale que leur impuissance chronique à développer la moindre analyse sérieuse pour contrer les perspectives de révolution internationaliste qu’ils craignent en gigotant bruyamment. La lâcheté de ne pas savoir défendre ses idées face à des visages qui peuvent répondre, plutôt que des vitres, qui ne feront que coûter des centaines d’euros à quelques galériens pour qui la lutte est toujours passée avant la subsistance. Était-ce le but ? Attaquer un projet anarchiste au portefeuille ? Pomper des centaines d’euros à des chômeurs et RSAstes déjà en plein dans le viseur de la répression ? Nos ennemis communs raffolent de vos envolées, et vous confirmez que, parfois, les ennemis de nos ennemis sont aussi nos ennemis (en effet, qu’est ce que des révolutionnaires auraient encore en commun avec des philo-religieux qui pensent que l’humanité se divise en « races » ? ).

En tant que révolutionnaires, nous ne pensons pas que la violence soit une arme qui se substitue à la critique et à la parole, mais qui les accompagne habilement, avec une idée claire de qui sont les ennemis, et de quel rapports sociaux ils sont les défenseurs. Des individus qui identifient leurs ennemis de la sorte, et considèrent, en plein mouvement social qui n’arrête pas de commencer, alors que de nombreux camarades et compagnons défilent devant la justice, que l’urgence est à s’acharner sur les vitres de La Discordia, sont a minima, des ennemis absolus de l’intelligence.

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L’attaque ne doit pas être employée pour combler la vacuité théorique de quelques hooligans qui ne connaissent que les fonctions reptiliennes de leurs cerveaux. Maintenant que le roitelet est nu, tout le monde peut apprécier le spectacle racialiste et philo-religieux dans toute sa superbe, la politique du marteau pour masquer la faiblesse et l’entrain déjà mort de cette mode identitaire, passagère et déjà sur le déclin. Il serait temps de réfléchir à cette montée de l’identitarisme dans nos milieux, qu’est-ce qui a permis cela, qui et comment ? A celles et ceux qui, déconstruits parmi les déconstruits, s’échinent à répéter « check your privileges », nous leur répondons, « check your responsability ». De même, pour celles et ceux qui sur les « réseaux sociaux » ont parlé de nous casser la gueule, d’attaquer La Discordia au Molotov, et autres bravades virtuelles, un travail est en cours pour régler des additions salées et donner toute leurs conséquences aux mots qui planent jusque-là sur des écrans sécurisants.

La sécurité des personnes qui, toujours plus, viennent aux débats et aux permanences de La Discordia sera bien sûr assurée de façon adaptée. Tout soutien matériel et physique est le bienvenu, et nous tenons à remercier tous les compagnons et camarades qui nous ont déjà apporté leur soutien, de différentes manières (toujours appréciées), de Paris aux quatre coins du globe, en passant par nos voisins. Mais c’est surtout à la solidarité dans l’élaboration théorique, le fond de l’affaire, que nous appelons aujourd’hui. Le projet révolutionnaire que nous portons aux cotés de nombreux autres nécessite des prises de position claires et fortes, parfois inconfortables, parfois clivantes, et souvent minoritaires. Que chacun et chacune, donc, de la manière qui lui semblera la plus appropriée, s’attaque aux idées de races et de Dieu partout où elles se trouvent, pour paraphraser Joseph Déjacque, « par le bras et le cœur, par la parole et la plume, par le poignard et le fusil, par l’ironie et l’imprécation, par le pillage et l’adultère, par l’empoisonnement et l’incendie ». Souvenons-nous qu’une attaque contre des révolutionnaires parce qu’ils sont révolutionnaires, est une attaque contre tous les révolutionnaires.

Quant à nous, nous ne sommes pas de ceux qui se rendent. Ni dieu ni maître, ni race ni prophète.

On ne fait pas la contre-révolution en cassant des vitrines.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Les discordistes

 

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LES GESTES QUI SAUVENT…

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Shlomo Sand évoque Simone Weil, André Breton & Daniel Guérin

À l’occasion de la sortie de son livre sur la crise de l’engagement des intellectuels en France, Shlomo Sand rend hommage, dans un entretien avec Daniel Mermet, à trois figures: Simone Weil, André Breton et Daniel Guérin.

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Une réponse à Éric Hazan à propos des rapports avec la police, par Julius

Hazan et la police

DU BOLCHEVISME AU POST-MODERNISME

Décidément, du côté de la place de la République, à Paris, rien ne nous est épargné, pas même des remontées nauséabondes de l’idéologie de Lénine, en la personne de Hazan, le maître d’œuvre des éditions de « La Fabrique ». La façon dont il aborde la question de la police et critique le cri des insoumis « Tout le monde déteste la police ! » est caractéristique de la reprise, sans la moindre distance, des conceptions étatistes du bolchevisme qui présidèrent à la constitution de l’Internationale communiste, dès 1920. Léninisme tardif amalgamé, comme c’est le cas dans bon nombre d’ouvrages publiés à « La Fabrique », aux idéologies post-modernistes à la mode : le foulcaldisme saupoudré de deleuzo-guattarisme, pour reprendre l’expression utilisée par Mandosio dans « Longévité d’une imposture, Michel Foucault », concernant les rédacteurs de la revue Tiqqun et leurs successeurs dans L’appel, L’insurrection qui vient, etc.

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L’article de Hazan incriminé, « Sur la police, une opinion minoritaire », est publié sur Lundi matin, site dans la lignée de la purée idéologique signalée dans le paragraphe précédent. L’article a déjà mis en colère pas mal de révoltés qui, du côté de la place de la République et ailleurs, n’en sont pas restés aux prouesses citoyennes sponsorisés par quelques « fakirs » et autres illusionnistes des spectacles politico-culturels à la mode. Révoltés qui ont fait ou refait connaissance avec la police, chargée de leur rappeler qui détient « le monopole légitime de la violence », à savoir le pouvoir d’État. Mais, au-delà du simple rejet de l’article de Hazan, il me semble essentiel de comprendre que sa position ne constitue pas quelque incartade personnelle. Elle est au contraire caractéristique du citoyennisme, du moins de celui qui est présenté sur le marché des idées comme porteur de radicalité, en particulier sur Lundi matin.

L’argumentaire de Hazan repose, à première vue, sur le « bon sens » : dans toutes les tentatives insurrectionnelles, à commencer par la prise de la Bastille, il y a eu des défections, des fraternisations, voire des mutineries au sein des formations armées chargées d’assurer la pérennité de la propriété et de l’État. Je pourrais moi-même multiplier les exemples. Ainsi, l’une des composantes des insurrections en Allemagne au cours de la Première Guerre mondiale, ce fut la mutinerie de marins mobilisés dans la Kriegsmarine qui s’en prirent au corps des officiers et à celui des gendarmes maritimes hais. Hazan « oublie » déjà de souligner que les insubordinations auxquelles il peut faire référence étaient en général liées à la conscription, à l’époque où, dans des États comme la France, le mythe de « l’armée du peuple » était encore vivace et où la discipline de caserne était considérée comme l’antichambre de la discipline d’usine. Conditions qui ont pour l’essentiel disparu avec la fin de la conscription et la multiplication des corps de mercenaires étatiques et para-étatiques, et, de façon générale, avec la modernisation du capital et de l’État.

peinture murale 2 hommes écartent une fente

Mais, dans la foulée de Lénine, Hazan utilise l’histoire des révoltes d’hier pour justifier, aujourd’hui encore, l’injustifiable : à savoir la tactique inaugurée par le Parti communiste, qui visait à prendre le pouvoir, y compris par la violence, ou pour le moins, qui tentait de paralyser les détenteurs du pouvoir, voire d’en retourner, pour ouvrir quelque brèche qu’il puisse utiliser à son bénéfice. D’où le rôle attribué par Lénine à l’utilisation des contradictions, réelles ou supposées, au sein de l’appareil d’État, y compris au sein de la police, et les compromis qu’il préconisait avec telle ou telle fraction du pouvoir en place. « L’action en direction de l’armée, de la marine, de la police est de la plus haute importance ; depuis la grande guerre impérialiste les gouvernements ont pris peur de l’armée populaire et ont eu recours à tous les procédés imaginables pour constituer des unités militaires avec des éléments spécialement triés parmi la bourgeoisie… en vue de traquer les communistes. » (« Les tâches principales de l’Internationale communistes » 1920.) Hazan qui, comme toujours, ne renie pas son principal maître à penser, recycle ce qu’affirmait Lénine contre les prétendus « gauchistes » que de telles thèses révulsaient : « Ici et maintenant, si nous signifions à la police que nous la détestons en bloc, nous ne faisons que souder ses rangs et nous rendons sa défection plus difficile, plus improbable. Or ses rangs sont moins homogènes, moins serrés que peuvent le laisser penser les lignes de boucliers… Pourquoi ne pas être intelligents ? Pourquoi ne pas nous tenir au courant des mouvements de ras-le-bol qui couvent en ce moment dans la police, ne pas leur signifier que nous les soutenons ? Minoritaires, ces mouvements, ces sections syndicales oppositionnelles, ces cas isolés ? Minoritaires dans une police qui vote FN à 50 % ? Oui, et alors ? Ne sommes nous pas nous aussi minoritaires ? Et depuis quand attendons-nous qu’un mouvement soit majoritaire pour le soutenir ? Enfonçons des coins dans les contradictions, évitons les mots d’ordre qui soudent l’adversaire en une masse indifférenciée. Crier “Tombez les casques, la police avec nous !”, c’est préparer notre victoire. »

De telles propositions tactiques destinées à « préparer notre victoire », celle du « parti imaginaire » sans doute, sont dignes de celles avancées par Lénine dans la Maladie infantile du communisme, le gauchisme. Elles n’ont de sens que pour des idéologues adeptes de la prise du pouvoir, peu importe ici la forme qu’elle prenne : dictature du parti, assemblées de citoyens souverains, réseaux horizontaux prétendument opposés à l’organisation verticale en parti, etc. Bref, la conception léniniste de l’utilisation des contradictions au sein du pouvoir apparaît toujours en filigrane dans les propos de Hazan. Elle est amalgamée, comme déjà souligné, aux idéologies qui affirment que la critique du pouvoir pris dans sa totalité est obsolète, mais que nous devons nous préoccuper de la multiplication des micro-pouvoirs particuliers, ou supposé tels, présentés, qui plus est, par nos post-modernistes, comme les expressions de rapports de force réversibles en fonction des circonstances. Ce qui amène, mine de rien, à évacuer la question essentielle, celle de la subversion du monde de l’exploitation et de la domination, celle de la négation du pouvoir en tant que tel, au bénéfice de propositions illusoires et réformistes : la mise en place, en quelque sorte, de jeux de société, à entamer avec les institutions elles-mêmes. Telles sont les « boites à idées » communes, pour reprendre l’horrible expression de Foucault, utilisées par les « intellectuels engagés » qui pérorent, à la suite de Hazan, sur Lundi matin : les Lordon, Quadruppani, Colson et autres beaux parleurs. Tous sont adeptes, en guise de marchandises de substitution à des activités subversives qu’ils croient dépassées, de l’extension d’« affirmations partielles » à travers les « jeux de pouvoir », pour paraphraser Deleuze. En ce sens, leurs conceptions sont compatibles avec le léninisme affiché de Hazan, y compris en ce qui concerne l’attitude à adopter envers la police.

Dans Lundi matin, les « intellectuels engagés » annoncent d’ailleurs la couleur dans leur appel grotesque : « Pourquoi nous soutenons la jeunesse ». Bien entendu, l’époque n’est plus à l’affirmation de la prise du pouvoir d’État par le prétendu parti révolutionnaire. La page est tournée. Mais leur contestation de la politique au sens traditionnel, c’est-à-dire de celle des partis, n’est pas suffisante pour rompre avec le monde de la politique, partie intégrante de celui du capital et de l’État, même lorsque l’action politique est pensée et réalisée par les contestataires eux-mêmes, y compris sous des formes impertinentes, voire insupportables et contraignantes pour les institutions. C’est elle que les idéologues post-modernistes, dans la foulée de Negri, appelaient déjà en Italie « le politique », à titre de prétendue transgression révolutionnaire de la « politique » traditionnelle. Dans leur appel, les auteurs recyclent ainsi le mythe négriste du « blocage des institutions », à commencer par les « mairies », puis « les conseils régionaux », etc, ici à partir des « places occupées », utilisées comme des « bases » pour généraliser « les actions de rue » et aboutir au « blocage du pouvoir politique », voire à la « destitution du gouvernement » ! Mais qui pose la question de la destitution des actuels gestionnaires du pouvoir d’État pose en réalité, sans le dire, celle des futurs locataires de l’Élysée qui leur succéderont. C’est à l’aune de tels appels politiciens, dans le fond sinon dans la forme, que nous pouvons juger du degré de « radicalité » réelle de sites « rebelles » comme « Lundi matin », ainsi que celui de leurs organisateurs et de leurs supporters, dans les rues et ailleurs. Alors même que les politiciens les plus démagogues, à gauche de la gauche officielle, participent en sous-main à l’organisation de spectacles de rue comme celui installé place de la République car ils y voient, à juste titre, la plus parfaite expression de la neutralisation préventive des possibilités de révolte effective ! 

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Julius

Avril 2016

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