Causerie-débat sur les pirates somaliens dans le Minervois, vendredi 12 août

À la ferme-camping de Cravirola, près de Minerve, dans le même lieu magnifique où j’ai été invité à parler des Enragé-e-s le 12 juillet dernier — encore merci à mes hôtes et hôtesses pour leur accueil et leur écoute, et aux cigales pour l’accompagnement ! — des auteur-e-s du livre Frères de la Côte. Mémoire en défense des pirates somaliens, traqués par toutes les puissances du monde (L’Insomniaque éditeur), dont une édition revue et augmentée est parue récemment, viendront présenter leur ouvrage.

Ne ratez pas cette occasion de les rencontrer (et de découvrir ce lieu, si vous ne le connaissez pas) si vous avez la chance d’être dans la région le 12 août.

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Terrorisme machiste gynécidaire

Je reproduis ci-dessous un passage de mon livre Je chante le corps critique (H&O 2008 ; intégralement lisible sur ce blogue) en introduction à un hommage aux femmes victimes de crimes dits d’«honneur».

On se reportera au texte original pour consulter l’appareil de notes.

    LA TENTATION GYNÉCIDAIRE

« L’irrationalité de la violence machiste éclate dans ce que l’on appelle, aussi improprement que les crimes « passionnels », des « crimes d’honneur ». Cette expression recouvre des assassinats mais aussi des attaques à l’acide qui visent à défigurer leurs victimes. Au Bangladesh, l’un des pays les plus touchés avec le Pakistan et l’Afghanistan — en Jordanie, en Palestine, en Syrie et en Turquie, on poignarde plus volontiers —, on dénombrait une moyenne de 330 vitriolages par an pendant les trois premières années du XXIe siècle. Le vitriolage « punit » le plus souvent le refus d’une demande en mariage ou la rébellion contre l’introduction d’une seconde femme dans le ménage, pour ne rien dire d’une menace de séparation. Dans le premier et le dernier cas, il s’agit non plus de remettre une femme sur le marché sexuel mais au contraire de lui interdire de le faire à son (relatif) profit. C’est l’un des principaux ressorts du fémicide : je ne peux pas (plus) t’utiliser, je fais en sorte que personne d’autre ne le puisse.

Plus « artisanaux » que les vitriolages, les « accidents de fourneaux », expression consacrée pour désigner les brûlures volontaires infligées à des femmes par leur époux et présentés comme des accidents domestiques (au-delà de 30 % de surface de peau atteinte, dans une maison où il y a de l’eau et en présence de parents, l’origine criminelle est presque certaine). En Inde, les estimations officiels étaient, pour l’année 2001, de 7 000 femmes victimes d’agressions domestiques graves. Selon l’Association féministe d’assistance aux femmes (AGSH) du Penjab (Pakistan), 97 % des femmes, souvent amenées à l’hôpital en dernière instance, décèdent des suites de leurs brûlures. Quant aux survivantes : « Je peux vous dire ce qui se passe quand la femme revient […], déclare un interne de l’hôpital Mayo (Lahore, Penjab) : le mari va l’examiner, si elle est défigurée, il va divorcer. Si sexuellement elle est encore intéressante, il avisera. » Au Pakistan, un soupçon d’adultère peut « justifier » un fémicide, sans qu’aucune preuve soit apportée ou recherchée, sans parler d’une possibilité de défense pour la victime. Le soupçon seul, lancé par un voisin malveillant ou un violeur, est déjà une atteinte à l’honneur du mari et de la famille. En Turquie, dans le Sud-Est anatolien à majorité kurde, la décision de fémicide est prise par le conseil de famille. En Jordanie, une étude médico-légale sur les cadavres des victimes de meurtres machistes et familiaux a montré que la quasi totalité des jeunes filles assassinées en représailles d’une supposée inconduite sexuelle sont mortes vierges, détail certes dérisoire par rapport à l’ignominie du meurtre mais qui montre que l’idéologie qui commande le meurtre ne s’embarrasse pas d’une rationalité de type juridique (une faute, une coupable). On peut retourner la formule du Deuxième Sexe : une fille naît fautive. Seule ses chances de se faire pardonner cette faute initiale et essentielle peuvent faire l’objet de conjectures.

Les cas de rébellions existent, ils sont sanctionnées dans les cultures les plus confinées par la mort, ailleurs par l’enfermement : Lima Nabeel, avocate jordanienne cite le cas d’une jeune fille mariée à 12 ans à un homme qui la violait toutes les nuits. Au bout d’un an, elle est parvenu à l’empoisonner — beau geste qui nous rappelle opportunément que le meurtre ne peut faire l’objet d’une condamnation morale abstraite. »

 

Gueule en deuil

Ajoutons à une liste, hélas interminable ! la jeune Pakistanaise Qandeel Baloch, récemment étranglée par son frère. Trop belle, trop «provocante», trop vivante. Trop libre.

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