Vaneigem over (1995)

Publié en 1995 sous forme de tract et d’affichette, en réponse à l’Avertissement aux écoliers et lycéens de Vaneigem, précis de niaiserie à l’usage des jeunes générations, qui rencontrait un spectaculaire succès commercial et médiatique, ce texte a été diffusé entre autres par La Bonne descente (lieu de débat et centre de documentation rebelle parisien). Il a été reproduit par la revue bruxelloise Alternative libertaire (n° 181, février 1996).

 

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Raoul Vaneigem est connu pour avoir publié, il y a vingt-huit ans, en 1967, un Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. De ce livre, subversif et beau, Guy Debord et Gianfranco Sanguinetti écrivaient en 1970 : « Il est entré dans un courant d’agitation dont on n’a pas fini d’entendre parler, et d’un même mouvement son auteur en est sorti. »

Depuis, Vaneigem s’est rendu célèbre pour avoir, le 15 mai 1968, quitté Paris, déjà en pleine agitation révolutionnaire pour rejoindre sur la côte méditerranéenne le lieu de ses vacances, sans doute bien gagnées et en tout cas programmées de longue date, après avoir tout de même apposé sa signature au bas d’une proclamation appelant à l’action immédiate.

Commentant cet épisode, Debord et Sanguinetti, ses anciens camarades de l’Internationale situationniste assuraient ne douter ni de son courage ni de son amour de la révolution, mais…

« A part son opposition, bien affirmée une fois pour toutes, à la marchandise, l’État, la hiérarchie, l’aliénation et la survie, Vaneigem est très visiblement quelqu’un qui ne s’est jamais opposé à rien dans la vie précise qui lui était faite, son entourage et ses fréquentations — y compris finalement sa fréquentation de l’I.S. »

Ces indications ne figurant pas dans la « biographie de Raoul Vaneigem » qui fait suite à son Avertissement aux écoliers et lycéens (éd. Mille et une nuits, août 1995), il n’était pas inutile de les remettre dans les mémoires, d’autant qu’elles expliquent à la fois le succès médiatique de ce petit livre et son incroyable contenu.

Présentée comme un curriculum vitæ, ladite « biographie » peut néanmoins éclairer la démarche de l’auteur. Ses activités révolutionnaires, rebaptisées « participation à l’Internationale situationniste », y sont mentionnées parmi d’autres jobs et diplômes (agrégation de lettres et poste d’enseignant dans une école normale d’une part, collaboration à l’Encyclopédie du monde actuel d’autre part) qui justifieraient largement que soit commandé à Vaneigem, par le ministère de l’Éducation, un « Rapport sur les chances de l’école d’échapper à la colère de ses victimes ». La seule faute tactique imputable à l’ancien révolutionnaire est d’avoir publié son Rapport avant d’avoir décroché les crédits.

Incapable, en 1968, de reconnaître sous ses yeux la révolution qu’il appelait si bien de ses vœux un an plus tôt dans le Traité de savoir-vivre, Vaneigem décrit aujourd’hui — dans un style beaucoup plus embarrassé — une « évolution des mœurs » entièrement fantasmatique.

Exemples :

« Elle agonise enfin, la société où l’on n’entrait vivant que pour apprendre à mourir. La vie reprend ses droits timidement comme si, pour la première fois dans l’histoire, elle s’inspirait d’un éternel printemps au lieu de se mortifier d’un hiver sans fin. » (p. 10)

« Hier encore instillé dès la petite enfance, le sentiment de la faute […]. » (p. 21)

« Maintenant que s’esquisse entre les parents et leur progéniture une compréhension mutuelle faite d’affection et d’autonomie progressive, il serait regrettable que l’école cessât de s’inspirer de la communauté familiale. » (p. 63)

« Maintenant que les pères s’avisent que leur indépendance progresse avec l’indépendance de l’enfant, maintenant qu’ils éprouvent assez l’amour de soi et des autres pour aider l’adolescent à se défaire de leur image […]. » (p. 65)

« S’inspirant de cette compréhension osmotique où l’on éduque en se laissant éduquer, les écoles maternelles atteignent au privilège d’accorder le don de l’affection et le don des premières connaissances […]. » (p. 69)

On a bien lu : Raoul Vaneigem, ex-situationniste, recommande à l’école de s’inspirer de la famille ; pardon ! « de la communauté familiale » ! On sent dans ce dernier terme une influence idéologique de type SOS Racisme, sur un fond général qui ne déparerait pas les colonnes d’Enfants magazine ou du Monde de l’Éducation.

Outre leur caractère visiblement délirant, pour quiconque sait regarder autour de lui, dans un square ou sur une plage, ou a simplement des lectures plus variées que notre diplômé en philologie romane, ce qui frappe dans cette enfilade d’affirmations, c’est qu’elles ne s’appuient jamais sur rien. Pas une fois, l’auteur ne s’abaisse à citer ne fût-ce qu’un exemple à l’appui de ses dires (la seule référence renvoie à un article concernant la fraude fiscale !). Il se contente de positiver, suivant en cela les recommandations d’une chaîne d’hypermarchés.

On notera le passage concernant les écoles maternelles comme un sommet d’aveuglement ou de crapulerie. Il est vrai que le point de vue selon lequel ces lieux de décervelage new-look, où l’on préfère généralement la manipulation psychologique aux claques, seraient l’exemple à suivre pour tout le système éducatif, est communément répandu dans la racaille de gauche. Gageons qu’il n’y a pas à chercher plus loin les « sources d’information » du malheureux Vaneigem que dans la fréquentation intime de quelque spécimen de cette gent nuisible.

Il n’y a pas que dans l’attitude vis à vis des enfants qu’un changement positif serait perceptible, assure Vaneigem, probablement abonné au Nouvel Observateur :

« Ne voyons-nous pas, à la faveur d’une réaction éthique, quelques magistrats courageux briser l’impunité que garantissait l’arrogance financière ? Imposer les grosses fortunes (1% des Français possèdent 25% de la fortune nationale et 10% en détiennent 55%), taxer les émoluments perçus par les hommes d’affaire […]. » (p. 73)

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La Bonne Nouvelle

Ce qui fait le succès médiatique de l’Avertissement (« Tout lycéen doit le lire » affirmait-on sur Canal-Plus), c’est la bonne nouvelle qu’il apporte concernant l’école :

« Elle détient la clé des songes dans une société sans rêve. » (p. 14)

Certes, cette révélation est une divine surprise pour les enseignants et les dits « parents d’élèves », qui n’auraient jamais osé la formuler ainsi, mais elle peut tout de même étonner certains jeunes lecteurs, même peu au fait du passé glorieux de l’auteur. Il lui faut donc évoquer publiquement une question gênante, et à ses yeux complètement anachronique : faudrait-il pas détruire l’école ? Je dis « évoquer » et non « poser ». Cette question ne se pose pas, il y a trop de vent dans la tête à Raoul.

« Faut-il la détruire ? Question doublement absurde. D’abord parce qu’elle est déjà détruite. […] Professeurs et élèves ne s’affairent-ils pas à saborder de conserve le vieux paquebot pédagogique qui fait eau de toutes parts ? (p. 13) Ensuite, parce que le réflexe d’anéantissement s’inscrit dans la logique de mort d’une société marchande dont la nécessité lucrative épuise le vivant des êtres et des choses, le dégrade, le pollue, le tue. » (p. 14)

Premier mensonge : professeurs et élèves seraient déjà engagés d’un commun accord dans une entreprise de sabordage de l’ordre établi ! Où ça ? Comment ? Des noms ! On voit mieux ce que l’encyclopédiste du monde actuel entend par « détenir la clé des songes » ! Pourquoi s’arrêter là ? Ne s’avisera-t-on pas demain que patrons et ouvriers s’affairent déjà à saborder de conserve le vieux paquebot salarial ? Vaneigem l’a rêvé, Sony le fera.

Mais après le mensonge, vient l’admonestation, détruire, dit-il, c’est participer de la société. Voyez plutôt :

« Accentuer le délabrement ne profite pas seulement aux charognards de l’immobilier, aux idéologues de la peur et de la sécurité, aux partis de la haine, de l’exclusion, de l’ignorance, il donne des gages à cet immobilisme qui ne cesse de changer d’habits neufs et masque sa nullité sous des réformes aussi spectaculaires qu’éphémères. […]  » (p. 14)

Voilà « le poing du casseur » paralysé, mais que lui reste-t-il donc comme perspective, lui devant qui on n’ose même pas évoquer, fût-ce à mots couverts, la possibilité de déserter l’école.

Eh bien il lui sera loisible de picorer au long de l’{Avertissement} une foule de recommandations, théoriques et pratiques, qui toutes ont honorablement figuré dans les programmes du ministre Edgar Faure après 68, des syndicats d’enseignants et des partis de gauche.

Florilège :

« Que l’ouverture sur le monde soit aussi l’ouverture sur la diversité des âges ! » (p. 36)

« La sophistication des techniques audiovisuelles ne permettrait-elle pas à un grand nombre d’étudiants de recevoir individuellement ce qu’il appartenait jadis au maître de répéter jusqu’à mémorisation […] ? » (p. 60)

« Privilégier la qualité. » (p. 58) (C’est déjà, depuis vingt ans, le slogan des managers japonais. À quand la « subversion zéro défaut » ?)

« L’argent du service public ne doit plus être au service de l’argent. » (p. 70) (Au service de qui ou de quoi d’autre que lui-même pourrait bien être l’argent ? Faut-il comprendre que l’argent lui-aussi, et la valeur, pourquoi pas, méritent d’être sauvés, subvertis peut-être ?)

Pour faire bonne mesure, Vaneigem présente comme programme révolutionnaire ce qui se produit plus ou moins à l’occasion de chaque mouvement de la jeunesse scolarisée :

« Occupez donc les établissements scolaires au lieu de vous laisser approprier par leur délabrement programmé. Embellissez-les à votre guise, car la beauté incite à la création et à l’amour […]. Transformez-les en ateliers créatifs, en centres de rencontres, en parcs de l’intelligence attrayante. Que les écoles soient les vergers d’un gai savoir […]. C’est aux collectivités d’élèves et de professeurs que reviendra la tâche d’arracher l’école à la glaciation du profit […]. » (p. 74)

Tout le problème est qu’évidemment une telle tentative autogestionnaire corporatiste n’a aucune espèce de chance de perdurer au-delà du mouvement social qui la porte. Mais notre auteur néglige cette basse question de calendrier. Et d’ailleurs, par quel mécanisme, quel prodige, écoliers, lycéens et enseignants vont-ils, renonçant — pour les premiers — aux gestes qui sont l’ordinaire de la révolte, transformer du jour au lendemain les casernes en vergers ? Comment en tiendront-ils à l’écart les troupes de la gendarmerie mobile ? Autant de menus détails dont on serait bien mal venu de reprocher à l’Avertisseur de ne souffler mot. Comment ! Les écoliers sont prévenus, et ce ne serait pas suffisant ? Retenons bien cette phrase :

« Tout se joue aujourd’hui sur un changement de mentalité, de vision, de perspective. » (p. 34)

Autant dire que la perspective révolutionnaire et historique, elle, est caduque et que Vaneigem se présente comme l’oculiste (l’occultiste ?) de la nouvelle vision du monde, celle où les écoliers regardent leurs geôliers avec amour et préservent leur outil de travail et d’abrutissement dans l’attente de la Grande Rentrée. Ces manifestations new age du réformisme utopique (qui ne change rien, mais sape les bases de l’utopie) seraient d’une importance négligeable, n’était l’écho médiatique complaisant qu’elles rencontrent. Elles rejoignent objectivement d’autres appels au calme, comme celui lancés par SOS Racisme aux jeunes des banlieues d’avoir à respecter le plan « Vigipirate ».

Il importe, et il suffit pour l’instant, que les jeunes lecteurs soient avertis qu’il n’existe entre la critique radicale du monde et l’opuscule de Vaneigem, d’autre rapport que le passé de l’auteur.

Donnons-lui, pour finir, raison contre lui-même :

« La pire résignation est celle qui se donne l’alibi de la révolte. » (p. 38)

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Un rescapé de l’école.

Paris, le 8 octobre 1995.

 

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J’ai pris connaissance, postérieurement à la publication de ce texte, d’une brochure hagiographique, sobrement intitulée Raoul Vaneigem, signée Grégory Lambrette et présentée par Jean-Marc Raynaud (diffusée par la FA). Le dernier nommé s’évertue Capture d’écran 2014-11-24 à 19.17.20à justifier une « découverte » assez tardive, notamment par le fait que Vaneigem n’aurait pas changé et qu’entre le Traité de savoir-vivre et l’Avertissement, « l’analyse et le discours sont à 95% les mêmes ! ». Ou bien cette énormité est un mensonge de circonstance ou bien il faut procéder à une relecture critique du Traité… L’introduction de la brochure confirme de manière d’autant plus hilarante qu’elle est involontaire le jugement sévère des situationnistes sur leur camarade. En effet, Raoul n’a jamais rien refusé ! On nous apprend que son mémoire universitaire sur Lautréamont a été censuré. Que croyez-vous que fit le farouche rebelle ? Il le réécrivit : «Une seconde écriture sera lors nécessaire à Vaneigem pour obtenir son diplôme. Une fois celui-ci en poche, il effectuera son service militaire, obligatoire à l’époque en Belgique [C’est moi qui souligne], pour ensuite s’atteler à la recherche d’un emploi. »

Les militants du groupe Michel Bakounine [sic] de la FA ont eu bien raison de célébrer comme il le mérite cet exemple pour la jeunesse, même si (faut-il dire hélas ?) le service militaire n’est plus obligatoire en France.

Nazisme & stalinisme : le fin mot de l’histoire (1997)

Ce texte a été proposé en 1997 à la revue No Pasaran. Désaccord politique inexprimé ? Effet du désordre militant ? Il n’a pas, à ma connaissance, été publié. La mise au point qu’il tente me paraît avoir conservé toute son actualité.

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« Nous avons massacré une infinité de personnes […] ; ces vieilles affaires sont classées parce que nous avons beaucoup d’ordre » déclare le Père Ubu d’Alfred Jarry. Certaines réactions « de gauche » à la publication du Livre noir du communisme, semblent ressortir à la même philosophie énaurme.

Dans le même temps où ses détracteurs se gaussent des « pseudo-révélations » d’un ouvrage, en effet très discutable (mais ce n’est pas le sujet du présent article), ils montrent que l’argumentaire philo-stalinien n’a guère varié depuis les années 50, où il devait combattre d’autres « pseudo-révélations », celles du transfuge Kravchenko.

Je me propose d’aborder quelques-unes des questions d’histoire et de théorie qui se trouvent re-posées dans la confusion des polémiques actuelles.

1. Le bolchevisme était-il l’antichambre du stalinisme ?

Après avoir effectivement triomphé de la révolution, les bolcheviks répandirent le mensonge d’une révolution triomphante. Dès 1918, les groupes anarchistes russes sont éliminés par les armes ; en 1925 il n’existe plus d’opposition. Cela ne signifie pas que selon les âneries d’un Glucksmann, « la Russie bolchevique a inventé les camps », elle s’est contenté de rouvrir les bagnes tsaristes, avant d’en créer d’autres. Or que peut-on lire aujourd’hui, dans une double page du Monde diplomatique (décembre 1997) hostile au Livre noir ? La déclaration de l’historien Michel Dreyfus, auteur d’une histoire de la CGT : « Dans la Russie marquée par l’absence de tradition démocratique, dès leur arrivée au pouvoir, les bolcheviks ont été entraînés dans un cycle de violences qu’ils n’ont pu arrêter. » Autrement dit, plus vulgairement : allez faire comprendre à des bouseux illettrés qu’on les fusille pour leur bien ! Très à plaindre, vraiment, ces pauvres… bolcheviks !

1 bis. L’attitude des anarchistes

Il n’est pas tout à fait exact d’avancer, comme le faisait un récent éditorial du Monde libertaire (20 au 26 novembre 1997), par ailleurs pertinent, que « les anarchistes ont lucidement dénoncé le totalitarisme communiste dès les premières années du régime ». Au moins faut-il préciser les choses : jusqu’en 1920, la quasi totalité des anarchistes français, parmi les principaux soutiens locaux de la révolution russe, s’interdisent de critiquer les exactions bolcheviks. « En ce qui concerne la dictature, écrit Sébastien Faure, je m’étais personnellement promis de n’en rien dire, tant j’avais le désir de ne pas prononcer une parole, de ne pas écrire une ligne qui pût être prise pour une désapprobation[1]. »

2. La comparaison entre nazisme et stalinisme.

De leur point de vue, les staliniens ont raison de s’offusquer ou de feindre de s’offusquer de la comparaison entre les deux systèmes. En effet, aussi neutre que soit en elle-même l’opération intellectuelle de comparer, son application a pour effet ici de faire perdre aux crimes nazis, précisément au génocide des juifs, le statut de crime des crimes, étalon décrété indépassable, donc incomparable de l’horreur humaine. Or il ne s’agit nullement, comme on l’entend répéter à l’envi, de nier une spécificité historique du génocide, mais de contester un statut moral particulier à ses victimes et à leurs bourreaux. Non bien sûr qu’elles méritent moins de compassion, et leurs bourreaux moins de réprobation, mais à l’inverse je ne vois pas de raison de considérer plus criminel le bourreau nazi que le bourreau stalinien, ou l’inquisiteur, ou quelque bourreau d’importance que l’histoire nous propose.

À ce point de la discussion, certains interlocuteurs font part de leur inquiétude (voire de leur certitude agressive !) que cet égalitarisme moral dans la condamnation des dictateurs et des tortionnaires n’aboutisse à la « banalisation » du génocide, donc du nazisme et de ses modernes admirateurs. Pour ne plus représenter l’incarnation du mal absolu, le nazisme deviendrait soudain aimable ! Par quel tour de passe-passe ? Personne ne le dit jamais… Or il se trouve que, depuis les années 50 notamment, c’est bel et bien le camp stalinien — dans tous les sens du terme — qui a profité de la diabolisation du nazisme pour nier d’abord, minimiser ensuite, ses propres crimes. Les polémiques présentes ramènent en lumière un argumentaire éculé. Lire la suite

NTM : sexiste ou freudien? (1997)

Ce texte inaugurait dans la revue On a faim ! animée par Jean-Pierre Levaray, une rubrique intitulée « Vite fait, sur le divan ». Le programme d’On a faim ! s’énonçait ainsi : « Anarchy et musik, écritures, multimedia, infos, chroniques » (nouvelle série, n° 2, mai 1997).

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« Faut-il vraiment, écrivait la sociologue Marie-Victoire Louis[1], que notre société — et les élites qui s’y expriment — ait perdu toute éthique pour que personne n’ait pu dire sans ambages que l’expression “Nique ta mère” signifie : “Baise, viole ta mère” ? »

Étudier le vocabulaire, populaire ou dominant (concernant les femmes, c’est souvent le même), pour en décoder le contenu machiste est un exercice salubre et même indispensable (sait-on, par exemple qu’en anglais rap signifie coup, et rape, viol ?). Les propos cités plus haut montrent qu’il serait dangereux d’en confier le soin aux seuls ethnologues, sociologues et autres « logues ».

Dénommer un groupe musical « Nique ta mère » peut-il être considéré, comme le prétend Mme Louis, comme « une insulte contre des femmes et une menace [de viol] qui pèse sur toutes » ? On pourrait dire, en caricaturant à peine, que c’est bien ça, sauf que c’est exactement le contraire… Plus qu’une crise de «politiquement correct», il semble que notre sociologue a commis un énorme contresens.

Je ne me livrerai pas à un procès d’intention quant aux mœurs amoureuses et à la mentalité des membres du groupe NTM, que je ne connais pas, ni non plus à une analyse des textes de leurs chansons, auxquels l’article de M.-V. Louis ne fait pas allusion. Restons-en à nique ta mère !

Pour quiconque — je m’excuse d’être désobligeant — a entendu proférer cette injure et dispose d’un minimum d’intuition (inutile qu’elle soit féminine), il est clair qu’il ne s’agit en aucune façon d’une invitation, ce qui serait d’ailleurs contradictoire avec le caractère d’injure. Tout au contraire, lancez un nique ta mère ! à un adversaire (le plus souvent masculin), c’est le dénoncer comme incestueux, affirmer publiquement : « Celui-là est méprisable au point qu’il baiserait sa mère ». Ou encore « Celui-là qui joue les terreurs, il est encore sous les jupes de sa mère ; il doit la baiser ma parole ! Pas étonnant, personne d’autre ne veut de lui. » C’est le symétrique exact d’une autre expression, peut-être utilisée quelquefois, mais qui n’a pas connu la même vogue médiatique et populaire, et qui serait : « Je nique ta mère » (sur le modèle de Je t’encule, Je t’emmerde, etc.). Dans cette expression, la menace contre les femmes est clairement exprimée, et l’on peut considérer les viols de la « purification ethnique » comme leur conséquence extrême.

D’autres expressions, déclinaisons très variées sur un modèle simple (« Ta mère en… »), cherchent à ridiculiser — plus ou moins sévèrement — l’adversaire par l’évocation d’une posture ou d’une situation incongrue ou grotesque dans laquelle on imagine sa mère. Exemple parmi des centaines produites dans les banlieues : « Ta mère en short au Monoprix ! » On peut admettre que ces expressions, si elle ne contiennent pas de menace directe, évoquent l’hypothèse que la mère de l’adversaire pourrait être contrainte à se mettre dans une situation déplaisante. En revanche, nique ta mère renvoie simplement à l’intimité de l’interlocuteur. Ce n’est pas une menace, mais un dévoilement. Notons au passage que la fortune de cette expression révèle surtout la prégnance du tabou de l’inceste mère—fils, dénoncé comme la plus grande honte possible, l’accusation la plus infamante. Nique ta mère relève donc, de ce point de vue d’une stricte orthodoxie freudienne.

Peut-être pourrait-on considérer que l’insistance sur cette version de l’inceste, la moins pratiquée, souligne en creux la fréquence de l’inceste père—fille (et dans une moindre mesure père—fils). On n’entend pas, autant que je sache, adresser à des filles un Nique ton père ! Il y a pourtant, à l’évidence, davantage de petites filles et d’adolescentes contraintes de masturber leur père (leur oncle…) ou de se faire baiser par lui, que de fils qui baisent leur mère, de gré ou de force.

À moins que cette expression qui semble, aux oreilles inattentives, viser la femme—mère nous parle surtout du père, non pas le père violeur, mais bien plutôt le père du modèle le plus répandu : inexistant. Renvoyer l’adversaire entre les cuisses de sa mère, ce serait l’envoyer dans les cordes d’un ring exigu, où la mise en scène caricaturale de la virilité cherche à compenser l’absence d’image masculine paternelle et de modèle de rapport entre les sexes. Ça n’est pas la moindre des menaces qui pèsent sur les femmes et vient compliquer encore leur rôle d’éducatrices.

Il est vrai par ailleurs que les femmes continuent à jouer le rôle peu enviable de paratonnerre de la violence sociale. Pourtant, dans l’expression considérée, « nique ta mère », cet aspect est très secondaire. Il s’agit plutôt, de faire la nique à une vie de frustrations, où le seul repère sexué tangible est la mère, interdite.

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[1] Présidente de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (« NTM, injure sexiste », Libération, 9 décembre 1996).

 

Ce texte a été republié dansrubon5

Censure et violence contre le FN : principes ou stratégie ? (1997)

Publié dans la revue No Pasaran (avril 1997, n° 46).
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L’expulsion par la force, puis la mise à sac (partielle), du stand du Front national, lors du dernier Salon du livre, a provoqué un débat sur lequel il n’est pas inutile de revenir. La situation se représentera en effet à de nombreuses reprises dans les temps qui viennent.

Les questions posées sont de deux ordres. Du point de vue des principes, tout d’abord, est-il « démocratique » ou moralement défendable de demander ou d’imposer « l’interdiction » des livres ou des journaux fascistes ? N’est-ce pas utiliser les mêmes méthodes que l’adversaire ? D’un point de vue tactique, ensuite, est-ce faire le jeu du Front ?

Je suis absolument hostile, j’ai eu l’occasion de le répéter à maintes reprises, à toute espèce de censure d’État, sans aucune exception possible. Ni Mein Kampf ni les livres pédophiles ou pornographiques, ni la Bible ni Suicide, mode d’emploi, pour prendre quelques uns des exemples qui viennent à l’esprit des censeurs démocrates. Mais il s’agit de bien savoir pourquoi !

La première raison est que je refuse de déléguer mes colères ou mes dégoûts à mes ennemis. Si je peux être amené à porter plainte contre des militants FN ou des policiers agresseurs, ou contre tel écrivain ou journaliste diffamateur, je n’entends pas confier aux tribunaux le soin de trancher des débats théoriques, historiques ou moraux ou celui de décréter une vérité officielle, dont je suis adversaire par principe.

Je ne me place pas du point de vue d’un droit naturel abstrait à la libre expression de toute entité vivante dans la galaxie (ce qui devrait en effet inclure M. Le Pen), mais du point de vue de la stratégie révolutionnaire. Il serait naïf et dangereux de venir réclamer au ministre de l’Intérieur des mesures coercitives contre tel de nos adversaires, alors que l’expérience historique montre qu’une loi votée contre les fascistes servira immanquablement demain contre les révolutionnaires. Dans les années 70, la Ligue communiste a ainsi été dissoute en application d’une loi votée dans les années 30 contre les ligues fascistes… Aujourd’hui, le summum de l’imbécillité « démocratique-radicale » est de réclamer l’interdiction du Front national, d’ailleurs pure rodomontade puisqu’elle est impossible à envisager juridiquement. Exemple limite, la pétition lancée par Charlie Hebdo est ainsi rédigée : « Nous vous demandons de dissoudre le Front national, cette ligue dont le but politique est de faire disparaître la République. » Je rappelle que le mouvement anarchiste est né sous et contre la République, et que la logique de cet appel suppose de réclamer également l’interdiction de tous les groupes libertaires et révolutionnaires, la saisie de leurs journaux et la fermeture de leurs radios !

Dans un texte précisément distribué aux alentours du stand FN au Salon du livre par Pierre Guillaume, révisionniste bien connu, le libraire qui diffuse le dernier livre de Roger Garaudy fait remarquer que la librairie La Vieille Taupe (du même Guillaume) a été contrainte de fermer à la suite de nombreuses agressions, alors que les livres qu’elle vendait n’étaient pas interdits. L’argument rencontre un certain écho. Dans Libération (17 mars dernier), Laurent Joffrin écrit à propos du FN : « L’emploi de moyens violents, coercitifs, contre la propagande frontiste n’est pas aujourd’hui opportun. […] Seuls ses propos ou écrits illégaux peuvent être sanctionnés. »

Les militants révolutionnaires se trouveraient donc dans une impasse : soit ils recourent à la censure d’État, avec pour conséquence de la renforcer jusqu’à ce qu’elle les frappe, soit ils emploient des moyens violents, jugés illégitimes ou maladroits en ce qu’ils servent un adversaire prompt à jouer les martyrs.

Je pense que nous pouvons sortir de ce dilemme en combinant refus de toute censure d’État et actions spectaculaires, qu’elles soient à caractère « militaire » ou non. Pour prendre un autre exemple, je suis à la fois hostile à l’interdiction policière des manifestations intégristes devant les cliniques qui pratiquent les avortements et favorable à des contre-manifestations violentes. Il peut s’agir de violences symboliques (jet d’œufs, de peinture, dégradation du matériel de l’ennemi) et non uniquement de violences contre les personnes, dans le genre « manche de pioche ».

Le risque de tels incidents ne réside pas tant dans l’usage immédiat (et inévitable) qu’en fait la propagande de l’adversaire, que dans une polarisation progressive, et excessive, sur des affrontements militaires, dont on sait par expérience qu’ils sont propices aux fixations machistes et élitistes, et finissent par transformer aux yeux de la population l’agitation révolutionnaire en une espèce de rivalité entre extrême gauche et extrême droite, match arbitré – sans aucun esprit sportif – par la police. La poursuite du débat sur ces questions de stratégie, la diversification des formes d’actions violentes (par le recours à la dérision), un soin particulier mis à expliquer publiquement ce type d’actions, devraient permettre de limiter ce risque.

Ce texte a été republié dans  rubon5

Patrick, Henry, Bertrand… et les autres (1977)

Publié en encadré au milieu d’un article signé de Sorj Chalandon à propos du procès de Patrick Henry à Troyes (Libération, 18 janvier 1977), ce texte a été rédigé avec un ami. Il est signé « Groupe d’information “Mercurochrome” ». Un communiqué, signé celui-là du Mouvement de libération de l’enfance (autre dénomination fantaisiste), et qui en constituait un court résumé, fut envoyé à la presse. Âgé de vingt-trois ans, Patrick Henry avait assassiné un garçonnet de sept ans qu’il avait enlevé pour en tirer rançon. Défendu par Robert Badinter, futur garde des Sceaux socialiste, il fut condamné à perpétuité (alors qu’il risquait la peine de mort). Sa libération conditionnelle est accordée en 2001.

Depuis la publication de Pièces à conviction, Patrick Henry a été réincarcéré à la suite de petits délits. François Hollande a refusé sa libération en juillet 2014.

 

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Par bêtise et pour de l’argent, Patrick Henry a tué un môme. Les journaux, les ministres et les braves gens réclament qu’on lui coupe le cou ; les adversaires de la peine de mort se contentent de la perpétuité. Les uns veulent sa mort, les autres veulent la vie. Les bons disent que l’État n’a pas le droit de tuer, mais les méchants ont bon cœur eux-aussi puisqu’ils remarquent que « tuer un gosse, c’est horrible » et veulent protéger les enfants des dangereux sadiques. Philippe Bertrand n’avait pas l’âge d’être assassiné, et c’est gênant pour défendre son meurtrier.

Ce n’était pas à Patrick Henry de tuer Philippe Bertrand qui n’était même pas son fils. Depuis toujours, c’est aux parents d’assassiner les enfants (9 000 sont tués chaque année par leurs parents rien qu’en France[1]), de les amocher (100 000 blessés graves par an, toujours en France), de les garder en famille à perpétuité (tous) ; et pas à cet idiot d’Henry qui n’a rien compris à l’infanticide. C’est avant 4 ans que les enfants meurent le plus. On commence par les mettre brutalement au monde avant de les balancer dans l’escalier, sur le radiateur, ou dans l’eau bouillante parce qu’ils souillent la moquette ou refusent la bonne sou-soupe. Passé 5 ans, ils ont plus de chances de survivre. Ils seront scolarisés, niés, punis, surveillés, séquestrés, battus, mais « vivants ». Papa et Maman contrôleront leurs relations, les livres qu’ils lisent, la musique qu’ils écoutent… Et si l’enfant fuit, l’État lâchera sa meute de juges, de flics et d’éducateurs pour le réincarcérer.

Par dessus tout on leur interdit de faire l’amour. Entre eux bien sûr et avec les adultes. Ceux qui aiment les enfants des autres iront en prison comme Bernard Dejager qui vient de faire 3 ans de préventive et qui sera jugé au printemps.

Quand les parents tuent, 1 cas sur 100 peut-être traverse le mur du silence des complices : presse, corps médical, services sociaux et autres polices. Le vrai crime de Patrick Henry est d’avoir tué un enfant qui ne lui appartenait pas.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Groupe d’information « Mercurochrome ».

 

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[1] L’association SOS Enfants et Pierre Leuliette dans son livre Les Enfants martyrs (Le Seuil, 1978) avançaient le chiffre de 8 000 victimes, que nous avions repris, Yves Le Bonniec et moi-même, dans la première éditions de Ni vieux ni maîtres. J’extrais le rectificatif suivant de la seconde édition de notre livre : « Le chiffre de 8 000 n’est pas choquant, il est absurde. En effet, environ 10 000 enfants de 0 à 4 ans meurent chaque année et les parents ne sauraient être responsables de 80% de ces décès. Au regard des statistiques de l’INSERM, qui recensent tous les décès, et si l’on additionne les causes non déclarées ou mal définies et celles susceptibles de dissimuler des cas suspects, on arrive au maximum théorique de 3 000. Il y a donc forcément moins de 3 000 victimes de la violence parentale. […] S’il faut un ordre de grandeur, nous estimons raisonnable d’avancer celui du millier. » Divers estimations d’associations sont venus depuis confirmer le caractère raisonnable de ce chiffre.

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Deux phrases de ce texte, dont la dernière, sont citées par Christine Delphy dans une note de son article intitulé « L’État d’exception : la dérogation au droit commun comme fondement de la sphère privée » (Nouvelles Questions féministes, vol. 16, n° 4, 1995 ; repris en brochure Éd. La Criée, 12, rue du Gazomètre, 69003 Lyon) où elle traite du statut de mineur, anciennement commun aux femmes et aux enfants. Le 25 janvier 1977, après le verdict par lequel Patrick Henry sauvait sa tête, Libération publiait, cette fois dans le courrier des lecteurs, une lettre d’Hélène Larrive, qui reprenait mot à mot l’argumentaire du groupe Mercurochrome sous le titre « Droit de propriété ». L’auteure y faisait justement le rapprochement entre la condition des enfants/mineurs et celle des femmes.

 

Ce texte a été republié dans  rubon5

 

Écoute petit homme (1974)

Placé en regard d’un article favorable à la procréation, ce texte est publié dans Tankonala Santé, TK pour les intimes (n° 12, novembre 1974), journal qui se propose « de briser le cercle vicieux où les malades fabriquent des médecins et les médecins des malades ». Ces derniers doivent reprendre le pouvoir sur leur maladie et sur leurs corps, et remettre en cause « tout ce qui les rend malades dans la vie quotidienne : l’école, l’usine, le pavillon à crédit, le couple, etc. »

L’article, dont le titre reprend celui d’un livre de W. Reich, a été reproduit dans l’anthologie publié dans la petite collection Maspero (Tankonalasanté, 1975), sous le titre « Des enfants : en avoir ou pas ». Il s’inscrit dans une tradition anarchiste de refus de la procréation comme reproduction du monde, dont on trouvera une autre illustration dans la lutte pour la légalisation de la vasectomie.

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Révolutionnaire ou marginal, on t’accuse de fouler aux pieds les traditions. Il en est au moins une que tu perpétues vigoureusement : la procréation. Tout au plus, femelle, tu revendiques dans le meilleur des cas le libre choix du lieu et de l’heure.

Tu parles d’octroyer à tes enfants la direction de leur existence, mais c’est le projet même de leur conception qui leur est irrémédiablement extérieur. Tu ne peux donner la vie, tu l’imposes.

Tu vis et à peine né, on t’emporte pour t’apprendre à vivre.

Tu t’es persuadé peu à peu que c’est ton droit de choisir quand tu veux avoir des enfants ; maintenant demande-toi si tes enfants ont choisi de se faire avoir.

Tout ça n’aurait guère d’importance bien sûr si nous vivions au paradis. Mais le paradis n’existe pas. Que tes motivations pour faire des enfants soient « naturelles » ou non importe peu ; « naturel », notre monde ne l’est pas. Tes enfants te le vomiront à la gueule ; et s’ils l’acceptaient…!

Tu continues à procréer au nom de la révolution ou de l’espoir comme d’autres le font au nom de la race ou de la religion. Occupé à remettre péniblement en cause ton misérable confort sexuel, tu ne peux supporter de réfléchir à la signification actuelle de ce que tu considères toujours au fond comme son aboutissement, sa justification.

L’enfant te sert de panacée. Il cimente ton couple qui s’effondre. Il remplit le vide de ton existence. Il est le remède à ta solitude. Il est le futur où tu projettes tes projets avortés, tes espoirs déçus. Il est ta propriété exclusive. Tu en obtiens facilement admiration et reconnaissance.

Il est temps de t’habituer à jouir pour le plaisir. Femelle, il est temps d’assumer ta sexualité sans sublimer tes désirs atrophiés dans la ponte de petits pantins chauds et braillards. Tu n’es pas chargé(e) de l’avenir de l’espèce.

Si ton combat ne mène nulle part, ne t’en prends qu’à toi même. Si ta soif de donner l’amour est véritable, prends avec toi les enfants que les autres ont fait par hasard.

Tu parles de pessimisme, mais le pessimisme comme l’espoir sont deux masques de la foi. Cesse de te mentir ; tu ne sais rien, sinon que tu existes. Tu as le choix : crève ou continue. Tu ne dois plus croire en rien.

Tu confonds la procréation et la course aux armements ; tu veux continuer à faire des petits révolutionnaires (!) parce que les autres font des petits conformistes. Tu dis (Margaret Mead[1]) que c’est une grande aventure du temps présent de faire des enfants pour un monde inconnu. Mais tu fais courir l’aventure aux autres.

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[1] Anthropologue (1901-1978), auteur de L’Adolescence à Samoa (en français dans Mœurs et sexualité en Océanie, Plon). Ses thèses concernant une grande liberté sexuelle laissée aux adolescentes de Samoa sont remises en cause. Cf. Tcherkézoff Serge, Le Mythe occidental de la sexualité polynésienne, PUF, 2001.

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Le dessin ci-dessus est de Richard Martens. Je l’ai retrouvé dans les papiers que j’ai conservés de Tankonala Santé. A-t-il été publié dans TK, ou plutôt dans une autre revue des éditions Solin ? Je n’ai pu vérifier.

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Bibliographie 2014

Pour une approche sociologique, on se reportera au livre de Charlotte Debest : Le Choix d’une vie sans enfant, Presses universitaires de Rennes, 2014, 215 p., 17 €.

 

Ce texte a été republié dans  rubon5

Contre A. D. et contre l’État (1985)

«Contre Action directe et contre l’État» : ce texte a connu une fortune particulière, probablement due au malaise du milieu anarchiste, puisqu’il fut publié dans pas moins de trois revues anarchistes : IRL, journal d’expressions libertaires de Lyon, où il est intitulé « Contre A.D. contre l’État » (n° 60, mars-avril 1985) ; dans Le Monde libertaire (n° 566, 13 mars 1985) ; dans L’Entr’aide, journal du Collectif anarchiste de contre-information sociale et de solidarité (n° 5-6, mars 1985). La revue italienne A, rivista anarchica, se faisait largement l’écho de la publication dans IRL.

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Après une longue éclipse, le groupe Action Directe a choisi de réapparaître en février dernier sur le devant de la scène du spectacle politique en assassinant un militaire français. Il confirme ainsi son alignement sur ce qui reste en Europe des organisations de « lutte armée » (R.A.F. [Fraction armée rouge allemande], B.R. [Brigades rouges italiennes, crées fin 1970]).

Libertaire, je ne partage rien avec des groupes

— qui confondent la lutte des classes avec une guerre des gangs et l’action révolutionnaire avec une stratégie purement militaire.

— qui tentent de justifier une pratique avant-gardiste, étrangère à tout mouvement social, par une langue de bois archéo-léniniste.

— qui se font le bras armé de la diplomatie du Kremlin en Europe de l’ouest.

Qui pleurera un marchand de canons victime d’un accident du travail ? Il en faudrait davantage pour me réjouir. Par exemple que ses assassins avancent l’ombre d’un argument tendant à établir que ce type d’action nous rapproche tant soit peu de la révolution communiste et libertaire pour laquelle je me bats. En fait, les seuls interlocuteurs auxquels s’adresse A.D., ce sont l’État et ses flics. C’est à eux qu’A.D. veut montrer sa détermination, ses capacités militaires. L’État français a donc trouvé lui aussi ses bouffons sanglants ; il ne me fait pas rire pour autant.

Rien ne devrait induire les révolutionnaires dans l’illusion qu’ils peuvent s’abstenir de penser l’époque qu’ils vivent jusques et y compris dans ses péripéties les plus embarrassantes et qu’ayant pensé ils peuvent se taire. Lire la suite