Montpellier: «Pétel, dégage!»

Si M. Pétel, hiérarque quelconque à l’Université de Montpellier, décède des suites des coups de battes – bien mérités! – qu’il ne manquera pas de recevoir pour sanction de ses déclarations approuvant les violences d’une milice fasciste sur les étudiant·e·s occupant un amphithéâtre, puis utilisant ce prétexte pour fermer la faculté, il ne pourra pas se plaindre de ne pas avoir été averti.

On t’applique ton propre raisonnement, mon salaud!

Sauve ta vie: dégage!

Affection et solidarité avec les étudiant·e·s blessé·e·s et/ou hospitalisé·e·s!

 

Dernière minute

Eh ben voilà!

Cela dit, l’erreur c’est de prétendre continuer à enseigner à la fac. Encore un effort, mon salaud, et t’es sorti d’affaire.

LE FEU DE LA RAMPE ~ À propos de Bertrand Cantat

 

Supposons que M. Bertrand Cantat, chanteur et musicien de son état ait tué ma sœur, ou une ancienne amoureuse ou une amie, en lui fracassant la tête à coups de poings (il est costaud, le bougre !) et qu’il l’ait laissé crever, « sans intention de donner la mort » hein ! juste sans penser à téléphoner aux secours. Peut-être trop défoncé pour que l’idée atteigne le bon neurone…

Supposons.

Je ne peux même pas dire avec certitude que je l’aurais attendu à la sortie de sa prison pour lui mettre une flèche entre les deux yeux… parce que ça n’aurait pas fait revenir ma copine, et puis peut-être que je n’aurais pas eu envie de risquer de crever en taule pour un pourri pareil. Je suppose que que ce sont des pensées qui vous traversent l’esprit…

Et puis, je ne voudrais pas avoir l’air de donner des leçons à tel inconnu (de moi) contre qui je n’ai rien, ou à telles personnes que j’admire pour leurs talents divers…

Peux pas dire…

En revanche (et pour une fois, le terme me semble bien choisi), je ne crois pas que j’en aurais eu quoi que ce soit à faire qu’il ait « payé sa dette »… À qui d’ailleurs ? Pas à ma copine toujours ! Ni à moi ! Ni à ses parents ! On n’est pas « la société », nous. Comme si ses trois ans de cellule nous avait dédommagé en quoi que ce soit… !

Et de savoir qu’il souffre… ?

Attendez, c’est quand même le minimum qu’il ait un peu de mal à dormir certaines nuits, non ? (moi-même qui suis loin d’avoir éliminé tous ceux qui figurent sur ma liste… mais je m’égare).

Juste après la mort de Marie Trintignant sous ses coups, je me souviens d’une amie – et admiratrice du chanteur – qui m’a dit : « Je suis certaine qu’il est si mal qu’il va se suicider ! » Hélas ! c’est son ex-femme qui s’est suicidée, alors même qu’il dormait dans la même maison où elle s’est pendue.

Un autre truc dont je n’aurais rien eu à faire, c’est la « réinsertion » de M. Cantat.

Il y a mille manières de retrouver une place parmi les humains… On peut faire plombier, maraîcher, éleveur de puces savantes… On peut ouvrir une école de guitare au fond de la brousse, apprendre à faire des pansements et s’engager chez Médecins du monde (y’a des caisses à porter, si comme moi on supporte mal la vue du sang).

Mais Cantat ne souhaite pas se « réinsérer » parmi les humains. Non ! C’est bon pour le vulgaire !

Cantat veut que l’on cesse de tenir compte du fait qu’il a tué son amante à mains nues, et que l’on voit à nouveau en lui la vedette de music-hall, l’idole des jeunes filles, le sex-symbol.

Un petit incident montre à quel point la personnalité caractérielle de Bertrand Cantat est hors du réel des humains, et du coup très problématique en terme de « réinsertion ». Devant une salle où il se produit, des manifestant·e·s crient. Il s’approche d’une jeune femme qui l’insulte, et veut prendre sa tête dans ses mains pour lui embrasser le front… Ce garçon est prêt à pardonner à celles et ceux qui l’offensent… Il se prend pour une espèce de martyre injustement persécuté. Alors que – vous savez quoi ? – ce type est tout amour !

Bon : sa copine est morte sous ses coups, la précédente s’est pendue en l’accusant, et là il demande qu’on lui laisse une seconde chance.

Mais Bertrand ! tu ne sais pas compter ! C’est une troisième chance que tu réclames. Et c’est beaucoup, même pour les utopistes les plus endurants, les abolitionnistes les plus vétilleux, les crétins même !

En effet, si M. Cantat ne voit dans les deux décès évoqués qu’un fâcheux concours de circonstances, on voit mal comment il pourrait être considéré comme sans danger pour autrui – sinon courbé sous des éviers, sur des salades ou sur le bassin des malades.

Aussi tolérante que soit une société (je ne parle pas de la nôtre, qui ne l’est guère, ou à rebours de ce qui serait souhaitable) je vois mal comment elle pourrait admettre qu’un tel personnage occupe aujourd’hui exactement la même place qu’avant les « circonstances » que nous savons.

Pour qu’il puisse renaître à des rapports sociaux apaisés – si les personnes directement concernées acceptent de lui laisser cette possibilité – il doit se reconnaître à la fois coupable et responsable, et mourir à la scène, au vedettariat, et aux illusions séduisantes du spectacle.

Peut-être cette nécessité est-elle plus pénible pour lui qu’un enfermement… C’est bien possible en effet. Et alors ?

Il est vivant, encore jeune, vigoureux. Il lui est loisible de se faire soigner, d’entreprendre une analyse. Il peut encore (lui !) travailler, mériter l’estime, voire l’amour d’être humains… Et il voudrait qu’on le plaigne parce qu’on lui interdit les feux de la rampe !?

Sois vraiment miséricordieux, Bertrand, puisque tu prétends à cette qualité rare.

Fais-le pour toi, et pour nous : permets-nous de t’oublier.

“Une envie de voyager librement…” par Camille*

Dès le milieu des années 70, Camille* milite dans la mouvance anarchiste et prend une part active aux luttes de terrain (anti-franquisme, antimilitarisme, insoumission, anti-nucléaire, droit à l’avortement, immigration, abolition de la peine de mort., contre les prisons et les lieux d’enfermement, Larzac, Plogoff…) puis au fil du temps squatts, autonomie, solidarité et accueil de réfugié·e·s de nombreux pays d’Amérique latine, ensuite Italien·ne·s, Allemand·e·s des «années de plomb», Turc·que·s, Kurdes… En 81, elle participe à nombre d’actions pour arracher la libération des prisonniers politiques.

Au long de toutes ces années, elle va rencontrer puis se lier avec certain·e·s qui formeront ensuite Action Directe. Un bout de route assez proche, des amitiés sincères, mais elle refuse de choisir l’option lutte armée.

En garde à vue à plusieurs reprises, elle se sera jamais inculpée et n’a pas de casier judiciaire.

En 86, son amour de l’époque décède après l’avoir sauvée sans le savoir. Intoxication au monoxyde de carbone.

Elle passe près de la folie et ses camarades organisent son départ au Canada pour lui redonner désir de vivre et de lutter. Ce qui réussit après plusieurs mois. Elle envisage alors de s’installer là-bas.

Elle rentre en France pour effectuer une demande d’immigration selon les règles légales, remplit un dossier. Elle renoue bien sûr avec ses ancien.ne.s ami .e.s, le milieu militant et attend cette réponse de l’ambassade du Canada qui prend des mois. Les militant·e·s d’AD sont arrêté·e·s à Vitry-aux-Loges. Les médias se déchaînent. Elle se laisse glisser doucement de nouveau, bataille contre des obstacles administratifs qui semblent sans fin.

Un jour, elle est contactée dans la rue par des policiers en civil qui lui proposent l’odieux marché habituel : elle donne, ils donnent : ce qu’ils pensent qu’elle peut savoir de militant·e·s encore mal connu·e·s contre son départ.

Elle tient tête au chantage, aux menaces.

Mais pour obtenir ces délais, cette attente forcée, les autorités françaises ont dû demander l’aide du gouvernement canadien, et celui-ci pense désormais que cette personne qui peut tant intéresser la police ne serait pas bienvenue dans la Belle Province si tranquille.

Et le Consulat l’informe alors après un xième rendez-vous qu’elle est déclarée persona non grata et n’obtiendra aucun visa pour s’établir au Canada et qu’il est même inutile qu’elle envisage un simple voyage touristique. Les frontières lui sont désormais fermées.

Après l’abattement, la colère et l’idée que sa petite personne puisse avoir une telle force lui redonnent le goût de vivre et de se battre. Et de nouveau, elle rejoint les luttes contre les injustices, les expulsions, les lieux d’enfermement…

Dix ans, puis vingt ans plus tard, elle tentera de retourner au Québec, craignant toujours d’être refoulée à l’entrée du pays, et les deux fois elle y parviendra suite à des hasards de contrôles aux frontières. Et elle a toujours gardé d’étroits contacts avec ce pays qui lui a comme sauvé la vie.

Aujourd’hui Camille a 63 ans. Envie de retourner voir le Québec en hiver, saluer les t’chums et prendre dans ses bras l’un des plus proches qui peine maintenant à prendre l’avion et l’une des plus chères qui veille son compagnon malade.

Depuis septembre 2016, un nouveau document est obligatoire pour se rendre au Canada: l’AVE (autorisation de voyage électronique).

Camille remplit le questionnaire. Le délai lui semble anormalement long. Puis un mel «Refus de la demande d’AVE». «Le dossier de votre demande est maintenant fermé». Le motif manque de précision mais quelle importance ?

Rien de grave dans toute cette histoire. Rien de comparable avec les parcours dramatiques de personnes migrantes qui fuient la mort et la misère sans nom et se heurteront à des frontières d’une manière autrement tragique. Des Palestinien.ne.s, chaque matin, se demande si ce jour-là ils passeront la frontière. Chaque jour, des milliers de personnes se voient refuser l’entrée de dizaines de pays simplement PARCE QUE. Pas le bon papier, pas la bonne origine, pas la bonne religion, pas …

Rien de commun dans ces histoires que la mainmise absolue des États sur la libre circulation des personnes.

Camille se demande juste si ce refus est l’œuvre d’un sombre crétin dans un obscur bureau qui a abusé de son minuscule pouvoir ou si c’est l’obéissance à un État qui n’a rien de mieux à faire que de poursuivre une rancune vieille de 30 ans.

Camille refuse de déposer une réclamation, de contester la décision, de discuter avec des autorités qu’elle sait ennemies, représentatives d’un pouvoir détesté. Mais elle refuse aussi de taire cette histoire absurde, imbécile et ridicule.

 Camille*

* Le prénom a été modifié.