ÉDITIONS LIBERTALIA, BAISEMAIN, DIVORCE & PENDAISON

J’ai dû – la mort dans l’âme – renoncer à organiser le concours de baisemains qui devait être le clou de la fête de «pendaison de crémaillère» prévue au nouveau comptoir-librairie des éditions Libertalia[1] le 24 novembre.

Je dois préciser d’abord que j’entends ici le mot «baisemain» non au sens de l’étiquette de cour, où les lèvres de l’homme restent à distance de la main de la dame, mais au sens d’un baiser déposé sur le dos de la main.

Or une jeune femme a manifesté, dans une conversation privée qu’un confrère auteur de la maison s’est empressé de rapporter – et probablement pas sur le ton distancié qui eut convenu à l’insignifiant incident[2] – sa réprobation morale : non seulement je lui avais baisé la main en public (croyant naïvement faire un geste aimable) mais proposé de lui offrir un de mes livres (Je chante le corps critique) qui semblait prendre logiquement place dans la bibliographie d’un travail universitaire à venir…

Il semble que l’on puisse se faire HarveyWeinsteinisé pour ça…

Au lieu d’en rire (même jaune), mon éditeur et alors cher ami Nicolas Norrito m’envoya un mail exprimant toute la «honte» qu’il éprouvait à devoir côtoyer un aussi dégoûtant individu, capable de telles turpitudes pour s’approcher de jeunes femmes que j’aurais l’audace maladive de considérer comme d’éventuelles partenaires érotiques.

Je dois dire que ça n’était pas le cas de la «plaignante», mais tout le monde peut se tromper ! Et bien sûr, il est acquis désormais que le sort normal d’une récrimination n’est pas d’être exprimée au principal intéressé, mais d’être distillée dans les dîners en ville, ou mieux encore sur les dits «réseaux sociaux».

Nicolas m’écrivait donc :

J’ai honte.

Honte qu’un de nos proches courtise des gamines de 20 ans maxi alors qu’il a l’âge d’être leur grand-père.

Honte qu’il ne comprenne pas que ce n’est pas de la galanterie, mais de l’abus d’autorité.

Honte que Libertalia te permette de les hameçonner.

À 20 ans, on est vulnérable. On l’est nettement moins à 30 ou à 40 ans.

On voit que le garçon est sincèrement convaincu d’effectuer par là un rappel à la loi naturelle !

«Faire la cour» à une personne âgée de 20 ans (le concept de «majorité» est bon pour les limaces) est équivalent à une agression sexiste.

Le sexe est par nature (encore!) une obscénité violente que l’on peut à l’extrême rigueur envisager à partir de 30 ans, âge où l’on est «moins vulnérable»…

Le fait de devoir m’éloigner, par charité et par dignité, d’une personne qui me confie éprouver de la honte à mon contact ne m’empêche nullement de nourrir une véritable affection pour Nicolas Norrito et sa compagne Charlotte Dugrand (je ne dis rien de leurs deux garçons; on y verrait la marque d’une autre de mes perversions supposées…).

J’ai eu la naïveté de croire que pouvait se créer une synergie profitable à tous entre leur belle énergie, mon expérience et mes moyens, tant intellectuels (oh! pour bien peu de temps encore, je sais) que financiers.

Nous avons même envisagé, parmi d’autres projets, d’habiter ensemble, et visité de conserve quelques maisons…

Ça n’est donc pas le ressentiment – même si j’avoue être ballotté entre une tristesse glacée et une sombre colère – qui me fait juger la conception des rapports érotiques qui fonde la déclaration de Nicolas, d’autant plus significative qu’elle est faite sous le coup de l’émotion d’une panique moraliste (ne risque-t-on pas de voir Libertalia accusée de protéger un «harceleur», un «maniaque», un «violeur en série» ?)…

Elle est hélas partagée par beaucoup…

Manifestement, proposer ou même envisager de «faire l’amour» ou «d’avoir du sexe» – je ne voudrais pas encourir le reproche de me dissimuler derrière un vocabulaire «sentimental» – avec une femme est déjà une violence !

Cette manière de voir suppose logiquement que les rapports érotiques sont en eux-mêmes une violence.

Et que contre cette «violence», éventuellement concédée comme «inévitable» – comme elle l’est par l’Église catholique dans le mariage –, il importe de garantir au moins 1°– les mineur·e·s, 2°– par extension les «jeunes majeur·e·s» entre 18 et 30 ans.

Et peu importe que cela contredise les textes de loi sur la «majorité sexuelle» ou la majorité tout court. Cela ne saurait, n’est-ce pas, embarrasser un anarchiste ?

Sans doute ce point de vue est-il argumenté par certaines féministes récusant non seulement un système de domination masculine mais hétéronormé. Hélas ! les rapports amoureux et/ou érotiques lesbiens démontrent qu’ils n’échappent ni à la violence ni à la domination – ni aux plaintes…

C’est donc bien l’érotisme en lui-même qui devrait être considéré non comme partie d’une culture des rapports bienveillants entre humain·e·s (tel est mon avis !) mais comme un infracassable noyau d’animalité violente, au sujet duquel l’espèce doit entretenir – depuis certaine anecdote fruitière et reptilienne – un salubre sentiment de honte.

La honte, je la tiens pour une perte de temps dans une vie trop courte.

La honte de l’érotisme – voie privilégiée de la connaissance interdite par tant de religions – m’est tout particulièrement étrangère.

Mon honteux correspondant était, pour sa part, si convaincu de m’avoir livré un diagnostic sévère mais juste, qu’il me souhaitait du «courage», mesurant à quel point le dit diagnostic devait être «dur à entendre»…

Si fait, mon camarade, mais non pour les raisons que tu imagines…

On prête à l’anarchiste Emma Goldman le propos suivant : «Si, au cours de votre révolution, on n’a pas le droit de danser, alors cette révolution n’est pas la mienne !».

Il est heureux que j’ai l’occasion de paraphraser l’idée – piètre danseur que je suis !

J’ajouterai donc : Si votre révolution proscrit le baisemain – et les livres offerts – merci de me prévenir, je prendrai le maquis !

En attendant, voici – on l’aura compris – consommé le divorce entre Libertalia et moi.

Nicolas Norrito et Charlotte Dugrand ont obtenu la garde des trois volets métalliques que nous avons eus ensemble, et qui protègent désormais les vitrines du local de Montreuil. Encore propriétaire pour moitié du lieu, je conserve un droit de visite que je n’ai pas l’intention d’exercer d’ici longtemps.

On ne me verra donc ni pendre la crémaillère (encore une violence évitable !) ni tenir la table de livres à la prochaine fête ou lors de telles manifestations à venir.

 

Paris, le 2 novembre 2018

Claude GUILLON

[1] 12, rue Marcelin-Berthelot, à Montreuil.

[2] Que l’auteur en question débite, dans la vraie vie, et à jet continu, des plaisanteries sexistes et racistes (une personne noire de peau n’est désignée que comme « Bamboula ») n’est pas exactement un détail. J’y reviendrai ultérieurement…

 

Post scriptum animal triste

La «galanterie», à laquelle fait allusion Nicolas dans son courriel, je la conchie. Elle peut servir à couvrir toutes les violences, y compris la fermeture des clubs de femmes manigancée en 1793 par Robespierre, que Florence Gauthier considère comme l’inventeur de la «galanterie démocratique».

 

Je profite de ce billet pour saluer, pour sa bienveillance et son talent, le graphiste de Libertalia Nicolas Bartkowiak, qui réalisa une si belle couverture – parmi tant d’autres – pour Comment peut-on être anarchiste ? recueil aujourd’hui épuisé.

 

L’abonnement à ce blogue est gratuit et libre.

Cependant, je serais soulagé de penser que les crétins de l’un et l’autre sexe susceptibles d’éprouver de la honte à la lecture de ma prose ont été voir ailleurs si j’y suis.

L’illustration du porc qui se balance figure sur la couverture d’un livre pour enfants d’Émile Jadoul intitulé Encore plus fort! (Pastel).

 

 

 

L’histoire politique tragi-comics des Super-héros ~ par William Blanc

William «Hodor» Blanc vient de publier chez Libertalia un livre intitulé Super-héros, une histoire politique.

Les fanatiques de comics books et de super-héros (dont je ne suis pas) retrouveront avec plaisir l’univers qu’ils & elles affectionnent et apprendront beaucoup sur l’engagement des auteurs  de ce «sous-genre» et l’articulation entre leurs productions et le contexte politique et social dans lequel ils ont travaillé.

Les autres découvriront, comme je l’ai fait, avec plaisir et curiosité l’immense et complexe «panthéon alternatif» qu’ont bâti les scénaristes et dessinateurs de comics. Super-héros et super-héroïnes se rencontrent, s’allient, se combattent, s’aiment ou se haïssent (jusque dans les modernes séries télévisées).

Outre par la superbe couverture de Bruno Bartkowiak (on ne se lasse pas de le constater à chaque parution), le livre est enrichi par de nombreuses illustrations, dont un superbe cahier iconographique en couleurs, et par un index.

Ça n’est pas pour me conformer à la mentalité que me suppose l’auteur, qui m’a mentionné dans ses aimables remerciements en tant que «Claude “Superdupont” Guillon», mais je me permettrai – pour une raison que mon lectorat va comprendre très vite – de choisir comme super-héraut personnel… un cow-boy français!

Créé à Lyon, en 1947, par Chott (Pierre Mouchot) et J-K Melwyn Nash (Marcel Navarro), LE CASSEUR – «Big-Bill», pour les intimes – est cette étrange chimère.

Au risque de décevoir, je dois ajouter que Le Casseur défend la loi et le droit et ne peut guère être considéré comme un précurseur du Black Block.

Il est vrai qu’il a tout intérêt à paraître du «bon côté», tant il pratique avec un ostentatoire plaisir la violence physique… ce qui aurait pu le mettre, deux ans plus tard, en infraction avec la législation régissant les «publications destinées à la jeunesse», adoptée en juillet 1949.

Nota. Cette image, tirée du deuxième numéro du magazine, est ici reproduite sans altération ni détournement.

“MAINTENANT, IL FAUT DES ARBRES”

Cher Éric Hazan, tu va fêter mardi prochain 12 juin au Lieu dit – soit dit (!) en passant, un endroit pour lequel j’ai une particulière tendresse – les 20 ans de la maison d’édition que tu as fondée : La Fabrique.

Si j’ai bien compris, tu ne détiens plus qu’une part minime de la société, et c’est sans doute ta personne (honneur aux anciens! etc.) davantage que ta maison – ou au moins ce qu’elle est devenue – que viendront célébrer dans une émission de Mermet quelques amis libertaires (Nicolas Norrito et Fred Alpi formant, à tes côtés, tout le «plateau» de l’émission, d’après ce que j’ai lu sur le programme).

Dans un entretien récent (que j’ai la flemme d’aller rechercher) Nicolas soulignait le rôle qu’a joué La Fabrique dans son intérêt pour l’édition, malgré des divergences irréductibles, par exemple à propos des thèses du PIR et de Houria Bouteldja, dont l’animatrice actuelle de La Fabrique est proche, amicalement et politiquement.

On ne saurait évidemment reprocher à un éditeur le contenu mot à mot de chacun des livres qu’il édite. Tu n’es ni Coupat ni Bouteldja (pas plus que Libertalia n’est Guillon). Pourtant tu les a défendus l’un et l’autre en t’identifiant à leurs combats respectifs.

Tu vas même jusqu’au délire assumé, affirmant que si l’on critique Houria Bouteldja c’est parce qu’elle est jeune, belle, intelligente et d’origine arabe (voir la citation précise ailleurs sur ce blogue).

Moi je la combats parce que ce qu’elle a écrit est antisémite, homophobe et antiféministe.

J’imagine sans peine que tu ne partages pas ses positions au fond, et que tu la soutiens néanmoins sous l’effet d’une forme sénile de tiers-mondisme pro-palestinien…

Quand un camarade t’a flanqué une gifle à l’occasion d’une manifestation, j’ai pris position publiquement et plus que fermement contre cette agression, et quand je te croise (au Lieu dit, par exemple) je me contente de te serrer la main.

Là, les 20 ans au Lieu dit, avec les «camarades» Stella et Houria en terrasse – prévoir moult bises conviviales et confraternelles (ben tu comprends, elle m’a embrassé la première, alors moi…!)  – Libertalia au micro et Fred Alpi à la guitare, c’est un peu trop pour moi.

Évidemment, je pourrais venir te dégueuler dessus, mais je pense que je vais rester chez moi, tout simplement.

En tant qu’être vivant, je te souhaite d’ailleurs une fin de vie longue et active. Vraiment!

Par contre, je pense qu’il serait temps de faire taire la scierie La Fabrique.

Ça nous économiserait des arbres!

Et il nous en faut, Éric!

Julien trouvera sans peine un autre éditeur, tandis que Houria sera contrainte d’agrafer elle-même ses brochures photocopiées.

Gagnant-gagnant!

Après tout, 20 ans, c’est un bel âge pour mûrir!

Cordialement

Claude Guillon

 

 

PS. Tu l’as sûrement lu, mais je te recommande tout de même cet excellent ouvrage de mon ami Nedjib Sidi Moussa : La Fabrique du musulman.

 

Soutien politique et matériel urgent à Camille [DOC du réel], dépouillée par les flics

Lundi matin vient de lancer un appel à soutien matériel pour Camille, vidéaste de Doc du réel, arrêtée et dépouillée par la police, accessoirement mise en examen.

Libertalia, dont elle a tourné le fil de l’anniversaire des dix ans et les clips de présentations de plusieurs livres, et moi-même nous associons à cette heureuse et rapide initiative (voir détails dans l’article ci-dessous).

Pour financer le renouvellement du matériel de Camille, saisi par la police et qui ne lui sera rendu, au mieux, qu’à la fin de l’année,

MERCI DE VOUS CONNECTER ICI

Arrêtée alors qu’elle couvrait l’occupation du lycée Arago, tout son matériel vidéo a été saisi par la police

Camille, vidéaste et documentariste pour DOC du réel couvrait la manifestation du 22 mai à Paris. Arrêtée en même temps que les 101 lycéens et grévistes lors de l’occupation du lycée Arago, elle a passé 44h en garde à vue, se retrouve poursuivie pour « groupement en vue de commettre des dégradations » et passera en procès au mois d’octobre prochain.

Avant d’être interpellée, Camille a filmé l’intervention policière puis elle a interviewé les lycéens à l’intérieur du car de police dans lequel ils ont passé plus de 4 heures ensemble avant d’être amenés au commissariat. De ce fait, un officier de police judiciaire a décidé de saisir la totalité de son matériel et donc de ses enregistrements.

Dans le détail :

–  2 cartes mémoires (150e)

–  un micro RODE (180 e)

–  Un enregistreur numérique Zoom H4N (220 e)

–  Une caméra appareil photo Canon EOS 70D, un objectif et une batterie (1500e)

–  Un téléphone (250 e)

 Pour plus de détails sur les circonstances et le déroulement de son arrestation, vous pouvez lire cet article paru sur lundimatin :  https://lundi.am/DOC-du-reel-en-garde-a-vue-1380

Dépouillée de son matériel de travail, Camille n’est plus en mesure de continuer son activité et doit attendre une hypothétique restitution après son procès en octobre. Ces dernières années, elle a produit des contenus riches, divers et précieux que nous avons très régulièrement publiés sur lundimatin(ses images ont aussi été diffusées par Médiapart, le Huffigton post, les Inrocks, CQFD, etc.). Sa chaine youtube cumule plus d’un million de vues et une centaine de documentaires, nous en avons sélectionné quelques-uns ci-dessous.

Évidemment, il ne nous paraît pas souhaitable de hiérarchiser les différents types de répression : qu’une « journaliste » se retrouve en GAV et poursuivie après une occupation ne nous semble fondamentalement pas plus scandaleux que ce qu’ont vécu des dizaines de lycéens ce jour-là. Cependant, il nous semble important que Camille puisse reprendre ses activités de documentation des luttes le plus rapidement possible et c’est la raison pour laquelle nous en appelons à votre solidarité financière.

La somme récoltée lui permettra d’acquérir une nouvelle caméra, un nouvel enregistreur, etc. le plus rapidement possible. La somme visée couvre le prix de ce qu’elle a perdu, à savoir 2300 euros.

Son matériel saisi était par ailleurs très rudimentaire au vu de la qualité de ses reportages et il va sans dire que si nous récoltions plus d’argent, cela lui servirait à se doter d’un équipement plus performant.  

 

“127 jours en mars” ~ Présentation & débat, le 24 mai, dans le récent local de Libertalia, sur le mouvement contre la loi «Travaille!» ~ Avec Nathalie Astolfi & Alain Dervin

127 jours en mars vient pallier – sous la forme d’un abécédaire facile d’accès –  le vide souvent déploré sur ce blog de transmission d’un mouvement social à l’autre – surtout quand il implique la jeunesse.

Ce sera l’occasion de découvrir, outre ce livre utile publié au Passager clandestin, le nouveau local des éditions Libertalia, comptoir-librairie, où l’on pourra bien entendu acquérir l’ouvrage de Nathalie Astolfi et Alain Dervin,qui seront là pour débattre avec vous.

12, rue Marcelin-Berthelot, Montreuil.

À 4 mn à pieds du M° Croix-de-Chavaux.

Prendre la sortie «rue Kléber» (en tête de rame), puis la première à droite: c’est… la rue Kléber. Enfin, la première à gauche: c’est déjà la rue Marcelin Berthelot. Laissez-vous descendre. Le local est à 60 m sur la droite.