“TU N’IRAS PAS TE PROMENER”, par Armand Robin

Ce manifeste poétique et abstentionniste fait partie du recueil Les Poèmes indésirables qu’Armand Robin édite lui-même à la Noël 1945.

Il sera repris l’année suivante dans Le Prolétaire, journal communiste révolutionnaire (voir illustration ci-après).

 

Le dimanche

Le citoyen

mécanisé – machinisé – robotisé – capitalifié – fascistifié défascitifié – stalinisé – hitlérisé – nazifié – démocratisé socialisé – communisé – réactionnarisé – révolutionnarisé taylorisé – stakhanovisé – militarisé – collectivisé – étatisé usinifié – unifié – progressivisé – pasteurisé – molotovisé fordisé

Se réveille un peu moins bêtifié :

«Çà, mais nom de Dieu, mais j’ai des yeux!

«Et même j’ai des yeux qui sont MES yeux;

«Ces yeux, si j’essayais

«De m’en servir pour REGARDER!»

 

Le dimanche

Le citoyen

Reste un danger.

 

Il se souvient d’avoir entendu dire quelque part :

«Le dimanche, c’est le jour du seigneur.»

Et chaque dimanche il fait le seigneur.

Il menace d’aller

Dans les bois, dans les prés;

Et là, TERREUR, TERREUR, ce qu’il regarderait

Existerait.

Il menace d’aller prendre

Des leçons chez les plantes!

Et même il peut lui venir l’idée

D’aimer un cheval, un oiseau,

D’écouter

Un ruisseau.

Le dimanche

Il pense

Qu’il peut prendre un peu de vie pour s’en endimancher

Et même il pense

Qu’il peut penser.

Un tel crime contre le crime ne peut plus être toléré:

Vite affichez :

TU N’IRAS PAS TE PROMENER,

AUX CHAMPS TU N’IRAS PAS RÊVER.

TU IRAS VOTER.

Nouveau rapport de l’Anafé sur les dites «zones d’attente»

Le nouveau rapport de l’Anafé [Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers]  «Voyage au centre des zones d’attente» dresse cette fois encore un état des lieux du quotidien dans les zones d’attente et dénonce le traitement des migrants et les violations des droits aux frontières.

Violations qui loin d’être des «incidents», sont un phénomène chronique et structurel, lié à la privation de liberté elle-même.

Quel que soit le nom qu’on leur donne, les lieux d’enfermement des étrangers sont un instrument central et banalisé des politiques migratoires. Formels ou informels, ils sont éparpillés en Europe et au-delà de ses frontières où l’Union européenne exporte sa politique migratoire répressive. Les logiques à l’œuvre sont généralement similaires : rejet et mise à l’écart, fichage et tri, violations des droits fondamentaux.


Dans ce contexte, les personnes sont parfois enfermées sans cadre légal, en dehors de toute procédure juridique, sans possibilité d’accéder à un conseil juridique gratuit ou aux soins de santé et dans des conditions indignes… Etape après étape, le contrôle des frontières se construit de manière à diluer les diverses responsabilités des violations des droits fondamentaux qui sont commises au sein de ces espaces.

 

En France, parce qu’elles sont un espace tampon, un sas de privation de liberté entre l’extérieur et l’intérieur du territoire national, les zones d’attente sont révélatrices de la priorité donnée par les autorités au contrôle des frontières sur le respect des libertés individuelles. Y sont maintenues, dans les aéroports, les ports ou d’autres lieux prédéfinis, les personnes étrangères auxquelles l’administration refuse l’accès sur le territoire Schengen. Or, les zones d’attente sont des espaces largement marqués par l’opacité des pratiques administratives et policières. Elles sont aussi des lieux qui se caractérisent par une disparité des pratiques, d’une zone à l’autre, voire parfois au sein d’un même lieu. Ce à quoi s’ajoute l’appréciation du « risque migratoire », élément central du contrôle des frontières, et sans être véritablement encadrée, appréciation qui conduit à des décisions discriminantes voire arbitraires et à des situations qui confinent parfois à l’absurde.

Télécharger le rapport complet ici.

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“La détention des migrants dans L’Union européenne: un business florissant” ~ un rapport de Lydie Arbogast

L’association Migreurop et le bureau de Bruxelles de la Rosa Luxembourg Stiftung (fondation proche du parti de gauche allemand Die Linke) viennent de publier ce rapport rédigé par Lydie Arbogast.

Extrait

Des multinationales au service de la rétention administrative française

Si l’enfermement administratif des étrangers demeure principalement une affaire publique en France, la sous-traitance des activités qui y sont liées permet néanmoins à une myriade d’entreprises privées de profiter des retombées économiques des cra [centres de rétention administrative]. Depuis 2004, les collectivités publiques peuvent confier à des prestataires le financement, la construction, la maintenance et la gestion de structures collectives comme les éclairages publics, les collèges, les hôpitaux, mais aussi les centres de rétention administrative. À chaque construction ou rénovation de cra, sont lancés des appels d’offres sur des marchés publics. y participent les multinationales françaises du Btp (Bâtiments et travaux publics) et leurs filiales. c’est ainsi que le groupe Bouygues a participé, à travers ses diverses succursales, à la construction ou à l’extension de près d’une quinzaine de cra dans le cadre de partenariats «public-privé» (ppp). En contrepartie, l’État lui verse des loyers jusqu’à échéance des divers contrats de partenariat. Une fois le centre construit, la prise en charge de divers services liés à son fonctionnement (restauration, blanchisserie, entretien, etc.) permet aussi de générer du profit. les aéroports, les compagnies d’aviation, de transport maritime ou de bus prennent également leur part du butin puisque, après la rétention, il faut assurer les reconduites à la frontière.

Comble du cynisme, le 10 août 2010, quatre travailleurs sans-papiers employés sur le chantier de l’extension du centre de rétention administrative (cra) du Mesnil-Amelot (Seine-et-marne) ont été interpellés par les forces de l’ordre et enfermés en rétention dans ce même centre. Tous les quatre travaillaient pour Screg (filiale de Bouygues), l’une des entreprises sous-traitantes ayant passé le marché avec le ministère de la défense pour l’extension du camp. Bouygues a fait construire à ces travailleurs sans-papiers leur propre prison…

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Pour télécharger le rapport intégral au format pdf.

J’en profite pour signaler la réimpression par les Éditions Libertalia de ce petit livre salutaire: Feu au centre de rétention.

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À Marseille: Quatre mois de prison ferme pour outrage

«“Outrager un policier
épuise la définition du pléonasme»

Les révolutionnaires de tous les temps.

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Article repris, par solidarité, du site Marseille infos autonomes (MIA).

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Notre ami et camarade, qui a été arrêté lundi 31 octobre suite à l’expulsion du lieu ouvert au 9 rue Briffaut dans le week-end dans le cadre d’une manifestation et des «Deux jours contre la loi Travail», a été condamné ce mercredi 2 novembre à quatre mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

C’est-à-dire qu’il se trouve actuellement aux Baumettes suite à sa comparution immédiate.

Un procès pour outrage en pleine effervescence policière

En ce moment, passer en procès contre des policiers qui se portent partie civile est une situation très compliquée. On sait déjà qu’en temps normal, les fonctionnaires de police qui abattent des gens en pleine rue sont très généralement relaxés, ou condamnés au maximum à du sursis (sur 180 affaires, moins d’une dizaine ont abouti à des peines de prison ferme, selon le constat dressé par Bastamag). Et ça arrive souvent.
Toutes les récentes lois antiterroristes, l’armement des polices municipales, le renforcement de l’appareil sécuritaire, l’augmentation de l’armement et les nouvelles revendications des manifestations de policiers, qui en somme demandent le droit de transgresser les lois, de battre, agresser, tuer et torturer en toute impunité, ne sont d’ailleurs pas là pour inverser la courbe.

Dans l’affaire qui nous concerne, nous parlons de mots. C’est à dire d’air, aussi injurieux (et parfois mérité) puisse-t-il être, qui se disperse sans conséquences physiques. Mais c’est à la police qu’on s’adresse, et si celle-ci veut être libre d’agir comme bon lui semble, elle veut aussi que quiconque la critique ou soit contre elle soit durement châtiée, quand bien même les niveaux de violence n’ont strictement rien à voir. Les salles d’audience encombrées par les affaires d’outrage et rébellion, qui servent d’ailleurs à garnir les fins de mois des flics [1]. Ils ne se privent d’ailleurs souvent pas de se lamenter sur le prétendu ’laxisme’ de la justice, alors que les prisons n’ont jamais été aussi pleines et que de nouveaux chantiers sont en route [2].

Lors de ce procès en particulier, une manifestation de flics avait lieu au même moment devant la Préfecture, à deux pas de là, car cinq représentants du ’mouvement’ devaient être reçus par le préfet de police Laurent Nuñez. De plus, la résistance de plusieurs heures lors de l’expulsion du lieu occupé au 9 rue Briffaut (puis au 39 bd de la Blancarde) avait passablement énervé la police, pour une fois contredite dans son action.
Ce qui a contribué à ce que toutes les parties cherchent à enfoncer notre ami : même le médecin qui l’a examiné en garde-à-vue (car lors de son arrestation, il avait été durement tabassé par les flics avant d’être embarqué) y est allé de son petit mot pour aggraver la situation. La procureure demandait quatre mois ferme et quatre mois de sursis, tout en laissant entendre que «ce sont des anarchistes, ce sont les mêmes qui brûlent les flics à Paris». Ce qui est globalement assez absurde étant donné le déroulé de la journée de lundi.

Finalement, toutes les personnes venues en soutien l’ont vu partir accompagné par les flics, direction les Baumettes, condamné à quatre mois de cabane.

Maintenant, et en attente d’une éventuelle décision de faire appel, ne le laissons pas seul, restons solidaires et faisons-lui bien sentir que du monde pense à lui.

Quelques outils

Une fois de plus, nous avons un exemple concret du fait que les comparutions immédiates ne sont pas un endroit où il est possible de se défendre convenablement et de s’en tirer le moins mal possible. Dans 90% des cas, mieux vaut les refuser pour se donner le temps de préparer une défense solide. Ce qui n’est pas toujours facile au sortir de plusieurs jours de garde-à-vue et lorsque les avocats commis d’office poussent à l’accepter.

Nous invitons donc tout un chacun à rejeter un œil sur les différentes brochures et livres qui traitent de la question du rapport à la police et à la justice, parce qu’on est toujours mieux préparé en ayant déjà un minimum de connaissances de la machine judiciaire que si on découvre tout sur le tas.

[Se reporter aux liens indiqués sur Marseille Infos autonomes (MIA)].

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[1] Certains s’en sont même fait une spécialité, comme en parle par exemple dernièrement le Canard Enchaîné du 2 novembre, ou encore Paris-luttes.info : à chaque fois, à chaque condamnation, ce sont potentiellement quelques centaines d’euros qui tombent dans la poche des poulets. On peut faire le parallèle avec les flics qui expulsent les migrant-e-s et les accompagnent en avion et en profitent pour accumuler des ’miles de fidélité avec les compagnies aériennes pour ensuite partir en vacances.

[2] Ce qui permet d’ailleurs à des entreprises telles que Eiffage, Vinci ou Bouygues de s’en mettre plein les poches. La grande industrie et la société carcérale sont intimement liées.