TF1 : La soirée des dupes

De la prochaine élection présidentielle, nous ne pouvons raisonnablement attendre, dans le meilleur des cas, qu’une absence de changement de rythme dans le mouvement profond de libéralisation du capitalisme, et dans le pire, qu’une aggravation des systèmes législatifs répressifs déjà en place sous état d’urgence.

Dans le premier cas, les problèmes se poseront à nous de la même manière qu’aujourd’hui ; dans le second, les problèmes stratégiques, notamment celui de l’usage de la violence, se poseront de manière plus complexe et plus dangereuse.

Vous aurez compris que ces incidents de parcours de la domination capitaliste, sur lesquels mon pouvoir d’action est quasi nul, ne me passionnent pas.

Pourquoi, dans ce cas, consacrer une demi-heure de ma vie à traiter d’une opération de cirque électoral organisée par TF1, l’une des pires chaînes qui soit ?

Parce que c’est un symptôme (parmi tant d’autres !) de ce que le système de la démocratie représentative ne croit pas une seconde à ses propres règles. Mieux : qu’il ne cherche même pas à faire semblant d’y croire.

La loi électorale française prévoit que peuvent se présenter à l’élection présidentielle des femmes et des hommes qui réunissent un nombre jugé suffisant de parrainages d’élu(e)s. On peut penser ce que l’on veut de cette disposition, mais elle est garantie (et contrôlée) par le Conseil constitutionnel.

De ce point de vue constitutionnel, il n’existe pas de « petits » ou de « grands » candidats, même si la déplorable pratique des sondages d’opinion, eux-mêmes métaphore et non adjuvant de la démocratie représentative, a tôt fait de désigner – avec une marge d’erreur considérable – les supposés « favori(e)s ».

Personne ne pense – à commencer par lui – que Philippe Poutou a la moindre « chance » d’être élu président de la République. Il a cependant choisi de pratiquer la « candidature de témoignage » afin de faire connaître les positions de son organisation (le NPA), stratégie dont on peut penser ce que l’on veut, mais qui se trouve être parfaitement légale, et avalisée comme telle par le Conseil constitutionnel.

Les idées de Philippe Poutou ne sont pas moins légalement recevables que celles de M. Macron ; elles sont au moins aussi intéressantes que celles de M. Mélenchon, et beaucoup plus admissibles moralement que celles de Mme Le Pen.

Or, quand la chaîne TF1 prévoit d’organiser un grand débat entre les candidats à la présidence de la République, elle en sélectionne 6 et en écarte 5 autres, sur des critères d’un faux bon sens à la fois bourgeois et spectaculaire.

Je relève cette explication « juridique » :

[Il faut] que le temps de parole corresponde à la représentativité du candidat. Cette dernière prend en compte, selon le site officiel du CSA, «les résultats du candidat ou de la formation politique aux plus récentes élections» et «la capacité à manifester concrètement son implication dans la campagne».

Nos maîtres savent faire preuve d’humour ! Faire la preuve de sa capacité à manifester concrètement son implication dans la campagne quand on est précisément écarté du principal moyen de le faire, ça n’est pas simple !

Il semble qu’avant le début officiel de la campagne électoral, TF1 puisse ainsi organiser paisiblement ce déni de justice sans encourir aucune sanction…

Les partisans du faux bon sens vous diront d’un air peiné que onze candidats auraient produit une cacophonie inaudible…

C’est bien entendu un mensonge ridicule. Il suffisait de diviser le débat en deux (ou en trois) pour obtenir des plateaux digestes. Quand au mode de répartition des candidat(e)s, il suffisait de recourir au tirage au sort, dont aucun amateur de football ne se plaint pour le choix des équipes opposées les une aux autres.

TF1 a préféré illustrer et afficher le mépris du système représentatif pour ses propres lois, en n’obéissant qu’à une règle : n’écarter personne dont on serait amener à lécher les bottes demain !

Au fond, ce pourrait être, au deuxième degré, une œuvre pédagogique.

D’autant qu’elle révèle également le « respect » des « grands » candidats « de gauche » pour la démocratie dont ils ont plein la bouche. Résumons : « Pousse-toi de là que je m’y mette ! » Malheur aux recalés!

Peut-être le spectacle de ces crabes se prenant les pinces dans le goémon et feintant les jets de mayonnaise sera-t-il par moment divertissant ?

À condition de ne pas perdre de vue qu’il s’agit d’une pièce du jeu (électoral) dont nous sommes les dupes. En gros et en détails.

Nous, c’est ça qu’on veut!

Barrage au fascisme? ou… «Quand préfèrera-t-on le plus grand bien au moindre mal?» par Gédicus

De l’ami Gédicus, un texte déjà ancien, et toujours d’actualité.

Mona montre son cul

 

À force de prendre les gens pour des cons, ils le deviennent. C’est sans doute la première leçon à tirer de ce que les Madame Soleil de la politologie appellent le « séisme » des élections pestilentielles. À force de cultiver l’abrutissement chez le « citoyen » on en fait un abruti. Et tous les apprentis sorciers de la « démocratie » cuisinée à la sauce trouillarde en paient le prix. C’est grave, nous disent-ils. Mais ce qui est grave c’est de parler de ce « tremblement de terre » (l’arrivée de Le Pen à la présidentielle) comme si rien ne l’avait annoncé. Ce qui est grave c’est d’avoir pendant des années encouragé ce qui a permis cela. Ce qui est grave c’est d’avoir entonné le chant des sirènes sécuritaires à pleins poumons et de s’étonner ensuite de ce qu’il produit.

Tous ceux dont un journaliste dit, sans sourire, qu’ils se vivent abandonnés par les pouvoirs publics, les services de l’État, les élus et les politiques ; tous ces délaissés, maltraités, flippés et désespérés dont on cultive depuis longtemps le désarroi et sur lesquels on cogne à coups redoublés de mensonge et de mépris ; tous ces trouillards et lâches qui n’ont pas les couilles de se battre contre le Goliath capitaliste et qui préfèrent cogner sur leur pauvre voisin basané ; tous ceux qui s’accrochent avec ferveur à la bouée xénophobe et raciste ; tous ceux qui sont trop mous pour prendre leur destin en main et qui rêvent d’un homme fort pour les sortir du merdier (en oubliant comment ces « hommes forts » ont pu par le passé l’accentuer et l’ensanglanter, le merdier) ; tous ceux chez lesquels on n’a su nourrir que de la haine ; tous ceux là ont préféré « l’original à la copie » comme dit celui qui en bénéficie. Ils ont préféré le démagogue qui veut faire führer aux démagogues mous et fuyants de la « raie publique » prostituée.

Et ça fait quand même un paquet de gens. Et la Lepénisation de leurs esprits est bien installée. Et ce sera plus difficile de la faire partir que ça n’a été de la faire venir. Et tout ce qui permettra à Le Pen de jouer les martyrs, empêché de remplir son rôle de nouveau Charles Martel-Pétain sauveur des français, la renforcera.

Certes c’est tant mieux si en réaction la jeunesse « emmerde le Front National », comme l’affirment de braves chanteurs, et si une génération accède à l’esprit critique à cette occasion. Mais ce serait cultiver bien des illusions que de lui laisser croire que la mobilisation pour « faire barrage au fascisme » n’est pas un bon moyen de faire rentrer le peuple dans le giron de mensonges dont il avait tendance à s’écarter.

Car elle est bien pratique cette extrême-droâte. Tellement pratique qu’on se demande comment les prétendus démocrates auraient pu durer sans elle. Il aurait sans doute fallu qu’ils trouvent de nouvelles manières de convaincre qu’ils allaient raser gratis. Et ça n’aurait pas été facile. Car leur business était en perte de vitesse. Le parti abstentionniste était sur le point de gagner les élections, ce qui aurait été une mauvaise assise pour leurs magouilles à venir.

Alors qu’aujourd’hui, grâce à l’extrême-droâte et à sa ronflante menace, le veautant retourne à l’urne en meuglant ; le couillon s’empresse de ré-adhérer au parti qu’il avait fini par délaisser ; une belle jeunesse pleine d’énergie s’engage sur la voie radieuse où l’on gobe allègrement les illusions et les mensonges. Plus besoin de baratin et de promesses. Un seul programme : « faire barrage au fascisme ». Finies les velléités de mettre à nu et d’extirper les racines de la crapulerie dominante ; finies les tentatives d’améliorer le sort des humains en construisant une autre société.

L’arnaque se refait une beauté en jouant sur la menace du pire : Tu es dans la merde jusqu’au cou mais, attention, on pourrait t’obliger à t’asseoir ! Alors ne te plains pas. Défend ton confort !

Ainsi un escroc va se faire plébisciter sur le trône où il fera la même politique que son rival, mais avec la livrée « démocrate ». Ainsi la gôche va se refaire une santé et pourra de nouveau contribuer à faire avaler aux prolos les couleuvres des « nécessaires concessions » au progrès du capitalisme sauvage. Ainsi le manège de la bonne vieille bouffonnerie qui fait tourner le monde depuis trop longtemps reprend de l’élan.

C’est, me dit-on, choisir le « moindre mal ».
Et quand choisira-t’on le plus grand bien ?

A la prochaine, si le DPS le veut bien.*

Gédicus, le 26 avril 2002.

*L’arnaque a réussi au-delà de toute espérance. L’escroc a été élu avec un pourcentage de suffrages avoisinant ceux de Staline ou d’Amin dada, hier. Et il s’est permis un gentil commentaire : On les a bien niqués ! 

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Ce texte est tiré du blog : http://gedicus.ouvaton.org

 

NE LAISSEZ NI LES FOUS DE «DIEU» NI LES CRÉTINS DÉMOCRATES VOUS MINER LE MORAL…

…découvrez plutôt les aventures que le dessinateur Gil fait vivre à son poisson dans un bocal (qui vous rappellera peut-être votre appartement, ou le monde où nous vivons).

Gil est l’auteur du superbe dessin, intitulé «Communion nationale», republié ici même. Économie de moyens, graphisme simple, Gil fait mouche (…ce qui peut améliorer l’ordinaire du poisson).

Outre les dessins d’actualité visibles sur son blog, dont j’ai déjà indiqué l’adresse, je ne saurais trop vous conseiller de consulter Bocalblues, le blog consacré aux aventures parfois dépressives, parfois explosives, de son poisson : «une saga muette et aquatique».

Le petit animal familier fait aussi l’objet d’un album. Vous le retrouverez encore en cartes postales, autocollants, et même en magnet. De petits cadeaux pour se remonter le moral et le remonter à celles et ceux qu’on aime. Sans comptez que l’esprit — fut-il affuté comme un crayon —, ne nourrit pas son homme (sa femme non plus, d’ailleurs). Il y a bien les daphnies séchés, mais l’auteur ne peut priver son personnage principal de sa pitance. Et puis, même hyperprotéiné, le régime lasse…

Bocal citoyen janvier 2012

Bocal citoyen. Janvier 2012.