Pandémie, «Union sacrée» et collaboration de classes

Le communiqué daté du jeudi 19 mars, signé par les grandes centrales syndicales (CFDT, CGT, FO) et les principales organisations patronales (Medef, Cpme) est si curieusement rédigé que l’on croirait un faux. Ces braves gens précisent en effet qu’ils sont «attachés à leur liberté de comportement». En bon français, ça ne veut rien dire. En l’espèce, ça signifie qu’ils font où on leur dit de faire, mais qu’ils voudraient qu’on croit qu’ils ont agi spontanément…

On voit que l’expression «Union sacrée» n’a pas été employée par hasard par Emmanuel Macron. On nous refait le coup de 1914! Trêve obligatoire dans la lutte des classes pour sauver la nation…

Je donne ci-après le communiqué, dit «relevé de réunion» du 19 mars, puis le texte de protestation d’un certain nombre d’unions départementales CGT qui le contestent.

Relevé de réunion

Les confédérations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) et les organisations patronales (MEDEF,  CPME,  U2P) attachées  à  leur  liberté  de  comportement se  sont  rencontrées  ce  19 mars.

Dans le contexte de crise sanitaire majeure, lié à l’épidémie de Coronavirus (COVID-19), qui appelle  à  prendre  les  mesures  indispensables  à  son  endiguement, elles entendent  ainsi affirmer le rôle essentiel du dialogue social et de la négociation collective.

Elles  appellent  les  pouvoirs  publics et  les  entreprises à mettre en œuvre tous les moyens indispensables à la protection de la santé et de la sécurité des salariés devant travailler.

Elles saluent l’engagement des  agents  des  services  publics  et  des  salariés  particulièrement indispensables à  commencer  bien  évidemment  en  matière  de  santé,  mais  également  de continuité d’approvisionnement.

Elles soulignent le rôle majeur de nos systèmes de protection sociale collective, garant de la solidarité entre toutes et tous.

Elles ont convenu de rester en contact autant que de besoin.

Paris, le 19 mars 2020

 

LES ORGANISATIONS CONSTITUTIVES DE LA CGT SE DISSOCIENT ET CONDAMNENT LA « DÉCLARATION COMMUNE » DES CONFÉDÉRATIONS SYNDICALES ET PATRONALES DU 19 MARS 2020

Hier soir, les 5 confédérations syndicales et les 3 patronales ont validé un texte commun que nous ne reproduirons pas puisqu’il est disponible par exemple, sur le site de certaines confédérations.

Nous retenons que les signataires :

– « entendent affirmer le rôle essentiel du dialogue social » : L’heure serait au dialogue social, pendant que les patrons sont prêts à faire mourir des travailleurs plutôt qu’à renoncer à leurs marges ?

– « mettre en œuvre tous les moyens indispensables à la protection de la santé et de la sécurité des salariés devant travailler. » : Ce qui ne dit rien sur, donc valide, le maintien des activités non strictement indispensables à la lutte contre la pandémie et la vie quotidienne.

– « saluent l’engagement (…) des salariés indispensables à la continuité d’approvisionnement. » : À l’approvisionnement en pneus militaires ? en gazole alors que les stocks stratégiques sont pleins ? En rouge à lèvres ? Etc.

Cette déclaration est un coup de poignard dans le dos des militants, des travailleurs qui se battent pied à pied contre les employeurs sans scrupules, pour arrêter des activités non indispensables et pour mettre à l’abri les salariés chez eux. On parle de la vie des travailleurs, non pas de quelques-uns, mais des milliers!

La parole des patrons, comme celle des politiques, Macron compris, est complètement discréditée par leur acharnement à poursuivre les activités de toutes les entreprises. C’est la même chose avec les signataires de ce texte. Tous se retrouvent dans l’union sacrée convoquée par Macron, alors que ceux qui trinquent, ce sont les salariés et leurs familles!

La seule parole crédible est celle des gens de terrain, les médecins, infirmières, urgentistes : Tous et toutes disent qu’il faut absolument stopper toutes les activités mettant les personnes en contact les unes avec les autres, et qu’ensuite, il faut n’autoriser que celles strictement indispensables.

La réalité de terrain, c’est qu’en règle générale, les patrons obligent les gens à travailler bien avant de se préoccuper, au coût minimum, de mettre en place les mesures nécessaires pour protéger les travailleurs. Pendant ce temps, les marges continuent de tomber mais le virus, lui, peut se transmettre en une seule minute!

Il y a donc urgence à stopper tout ce qui n’est pas nécessaire. Le coup d’état d’urgence sanitaire ouvre un régime d’exception pour les employeurs où tout est permis pour eux. Le rôle de la CGT dans la période est de se trouver auprès des travailleurs, et non signataire d’une déclaration en collaboration avec ceux qui nous font face.

Les organisations qui s’expriment par cette adresse publique invitent toutes les organisations de la CGT, du syndicat à la confédération, à condamner cette « position commune » qui rend complice ses signataires des drames humains consécutifs à la crise sanitaire en cours, et à exiger le retrait de sa validation par la CGT.

Premières organisations : UD 13, FNIC, UD 94, UD 82, UD 18, SERVICES PUBLICS, UD 59, UD 04
Membres de la direction confédérale : B. Amar, M. Blanco, P. Bonnet, B. Talbot.

Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser

Alors que dans son discours du 16 mars, le Président de la République Emmanuel Macron appelle à faire preuve «d’esprit solidaire et de sens des responsabilités» et à l’heure où le pays entre dans une période de confinement, l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) s’alarme de voir que des personnes (hommes, femmes, enfants) sont toujours privées de liberté dans les centres de rétention administrative (CRA), les locaux de rétention administrative (LRA), les zones d’attente (ZA) et les constructions modulaires du poste de police de Menton pont Saint-Louis.

Leur libération immédiate est une exigence absolue, tant juridique que sanitaire.

Des personnes auxquelles il est seulement reproché de ne pas justifier de la régularité de leur entrée ou de leur séjour en France ne peuvent être enfermées en zone d’attente ou en rétention que le temps strictement nécessaire à l’organisation de leur départ et à la condition expresse qu’il existe des perspectives raisonnables que ce départ puisse être effectif à brève échéance .
Or, l’éloignement de ces personnes est impossible, aujourd’hui et pour les semaines à venir et ce, pour deux raisons. D’abord parce que la plupart des liaisons aériennes avec les pays vers lesquels elles devaient être renvoyées ont été interrompues. Ensuite parce que leur éloignement du territoire serait contraire aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui visent à limiter les risques d’exportation ou d’importation de la maladie.
La privation de liberté subie par ces personnes ne répond donc pas aux conditions prévues par les textes applicables aux droits des étrangers en France et leur est imposée en violation de leurs droits fondamentaux.

Au plan sanitaire, la nécessité de leur libération est tout aussi impérieuse :

Aucune mesure satisfaisante ne semble avoir été mise en place, ni pour les protéger ni pour protéger les personnes qui gèrent ces lieux d’enfermement ou y interviennent quotidiennement contre les risques de contamination ;

Il n’existe pas, notamment, de protocole permettant de s’assurer que tant les personnes étrangères qui arrivent en CRA, LRA et ZA que les personnels qui y pénètrent ne sont pas porteuses du virus ;

Les prescriptions du ministère de la santé ne peuvent pas être respectées dans ces lieux de promiscuité, qu’il s’agisse de la «distanciation sociale» ou des «gestes barrières» ;

Les personnes enfermées ne sont pas toujours informées des risques liés à la contamination par le Covid-19 et des mesures mises en place par le gouvernement ;

Enfin, l’insuffisance de l’action des pouvoirs publics et les risques qu’elle fait courir à leurs intervenants a contraint la plupart des associations qui apportent leur aide aux personnes étrangères en rétention ou en zone d’attente à s’en retirer.

Depuis la semaine dernière, la situation sanitaire gravement dégradée de ces lieux d’enfermement perdure en contradiction avec les durcissements des mesures prises pour protéger la population à l’extérieur.

Une situation similaire se joue actuellement dans les prisons. La Garde des Sceaux vient d’annoncer des mesures pour éviter la propagation du virus en restreignant tous les contacts des détenus avec l’extérieur (suspension des parloirs et des activités socio-culturelles notamment). Cependant encore aujourd’hui, aux centres pénitentiaires de Fresnes et de la Santé, les personnels pénitentiaires, au contact des détenus, ne disposent ni de gants ni de masques pour se protéger et protéger les détenus. Par ailleurs, ces derniers ne reçoivent aucune information sur l’évolution des mesures et de la situation. Cette mesure du ministère de la justice, va renforcer encore un peu plus l’opacité de ces lieux, sans aucune certitude quant au respect des droits les plus élémentaires des personnes détenues ou des personnels.

Ainsi, la privation de liberté des personnes étrangères dans les CRA, LRA, ZA ou autres lieux privatifs de liberté porte gravement atteinte au principe de précaution et à l’impératif constitutionnel de santé publique.

Prenant en compte la mise en danger des personnes retenues comme des personnels des centres, des juges des cours d’appel de Bordeaux, Paris et Rouen ont commencé d’assumer leurs responsabilités en décidant de remettre en liberté des personnes dont l’administration entendait prolonger l’enfermement.

Il serait inconcevable que le gouvernement ne prenne pas au plus vite l’initiative d’une libération générale et inconditionnelle de toutes les personnes étrangères privées de liberté et ainsi particulièrement exposées au risque sanitaire.

Les organisations membres de l’Observatoire de l’enfermement des étrangers :

ACAT-France, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Anafé, Comede, Droit d’urgence, Fasti, Genepi, Gisti, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, MRAP, Observatoire Citoyen du CRA de Palaiseau, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM)

Comment la «distanciation sociale» sauva le capitalisme…

…en tuant la vie sociale.

Nous en sommes là.

Remisés (quoique de validité permanente) les violences d’État, les gazages, les éborgnements: il s’agit de la survie biologique du «capital humain», sans lequel il n’est ni extraction de plus-value ni démocratie représentative.

On décrète «dispensables» à la vie sociale les lieux de socialité (cafés, restaurants, discothèques) et les lieux de culture (musées, librairies) et l’on ouvre les bureaux de vote et laisse ouverts temples et églises. Toute illusion demeure bonne à prendre et à diffuser.

[Sérieusement! Vous approuvez les mesures de confinement mais vous êtes assez con·ne·s pour aller voter?!!].

Les habitant·e·s de la vieille Europe sont prié·e·s d’adopter un nouveau principe – relativement nouveau en fait, puisque Toqueville le dénonçait jadis comme conséquence probable des «démocraties»: la «distanciation sociale».

Cet oxymore, moins poétique que l’obscure clarté qui tombe des étoiles signifie que la survie biologique dépend désormais de la destruction de la société.

On croyait nos sociétés déjà gangrenées par l’indifférence et la hantise du contact sensuel: point du tout. Nos compatriotes continuaient sottement d’aller boire un coup vite fait sur le zinc, d’organiser des repas de famille et de prendre le métro pour aller niquer leur chaire et tendre.

Là au moins les choses sont claires. Ou plutôt presque claires.

De braves gens ont jugé de mauvais goût mon précédent billet, intitulé «Éros confiné?». En réalité, il était à peine en avance sur l’événement.

La fermeture des cafés, restaurants et commerces (autre que de bouche) est un signal. Ce que le Premier ministre français vient de rappeler c’est qu’il est désormais mortel de se fréquenter et de se parler à moins d’un mètre, ce qui – braves gens – inclut évidemment le fait de baiser entre vous.

Ah bien sûr, on pourrait rêver d’un système où l’on pourrait se faire dépister (voyer le VIH) du corona avant de s’envoyer en l’air sans «masque canard». Hélas, ça coûterait beaucoup trop cher. Embrasser avec la langue devient donc un équivalent de la roulette russe.

Vous êtes ainsi prié·e·s de ne pas sortir, de ne pas communiquer en chair et en os et de ne pas baiser. Sous peine de mort.

Reconnaissez qu’à côté de ça, le 49.3 a des allures de blague de Toto!

Et comme l’histoire aime l’ironie, c’est maintenant que nous aurions le plus besoin d’un système de santé publique sur lequel les gestionnaires s’acharnent depuis des années pour le démanteler et en éradiquer l’esprit.

Nous savons donc que tous les malades ne seront pas soignés et qu’un pourcentage inestimable (dans les deux sens du terme) sera abandonné à une sale mort, parce que nous ne disposons ni d’assez de lits ni d’assez de matériels (assistance respiratoire, notamment).

C’est l’occasion pour le bouffon qui «préside» à nos destinées de nous confier avoir découvert l’intérêt de la sécurité sociale… D’ici qu’il meuble ses loisirs en lisant le programme du Conseil national de la Résistance, il n’y a qu’un pas. En vérité, en vérité je vous le dis, celui-là n’a pas fini de nous filer la gerbe.

Jusqu’à ce point de mon discours, vous étiez plutôt en accord avec moi. Tant mieux. C’est ici que ça se gâte.

Avez-vous remarqué à quel point le récent mouvement social apparaît comme une pâle répétition de la catastrophe qui se joue maintenant? Non? Et pourtant…

Limitation des déplacements, coup mortel porté à certains lieux de rencontres (cafés) et de diffusion de la culture (librairies) [Aujourd’hui, c’est le coup de grâce.]. «Grève» de lieux de pensée et d’échange (séminaires). Ce que le mouvement social a tenté à petite échelle pour manifester sa force et sa détermination, le système le réussit en (très) grand. Et chers amis, compagnons et camarades, cerise sur le gâteau: c’est pour notre bien!

On ne peut pas jouer petit bras avec un tel système, ou alors c’est lui qui garde la main et nous la balance dans la gueule. Il faut l’abattre, comme une bête malfaisante. Les banderilles, ça l’excite.

La bourgeoisie avait, avec la guerre de 1914, réussi le «Grand Soir» que le syndicalisme révolutionnaire avait manqué.

Le capitalisme nous tient aujourd’hui à sa merci: réellement contraint·e·s de renoncer à vivre, nous sommes acculés à mendier notre survie. Il ne s’agit plus d’une métaphore de la conscience révoltée, mais d’une sèche statistique de décès hospitaliers.

Voici prononcé le fin mot de la terrorisation démocratique: la décimation civile.

Et nous n’aurons pas même la (très maigre) consolation d’être demain «un mot d’or sur les places»; elles ont été détruites.

Soutien au Fender à Ivry-sur-Seine! Stop aux expulsions!

Nous sommes un collectif d’une dizaine de personnes qui s’est constitué il y a un an et demi avec des envies et des revendications communes, qui nous ont amené à réquisitionner et occuper un bâtiment vide dans la ville d’Ivry-Sur-Seine. Aujourd’hui, nous sommes 25 à y vivre.

Le Fender a donc été le point de départ d’un lieu et d’un projet de vivre autrement, ayant pour but d’héberger les personnes les plus démunies et de faire revivre l’entraide et la solidarité au sein de notre société qui en a cruellement besoin.

Pour ce faire nous avons décidé de faire du Fender un lieu ouvert à tout le monde, au sein duquel nous promouvons la Culture et le bien-vivre accessibles à toutes et tous.

 Au cours de cette année nous avons mis en place un marché solidaire deux fois par mois où tout le monde peut venir chercher des produits Bio et frais, des vêtements, des plantes, des jouets, mais aussi simplement venir se rencontrer, échanger et discuter. Rapidement cela nous a permis de proposer des cours de soutien scolaire, des cours d’apprentissage du Français et des ateliers aux habitant.es du quartier.

Nous avons aussi ouvert nos portes lors de différents événements tels que des présentations de livres, des pièces de théâtre, des projections de films, des concerts ou des cours de boxe, de théâtre et de yoga.    

S’inscrire dans une logique non-marchande était pour nous une évidence mais aussi un combat dans un monde où les inégalités sociales et économiques ne font que s’accroître.

C’est pourquoi aujourd’hui nous sollicitons votre aide. En vue de notre procès du 4 Février 2020, nous avons besoin d’un maximum de signatures pour montrer que le Fender est soutenu et que, plus globalement, ces initiatives sont soutenues. Continuons à lutter toutes et tous ensemble ! La solidarité est notre arme !

STOP AUX EXPULSIONS !

Pour signer la pétition, c'est là!

“Sans concession contre tous les racismes et tous les obscurantismes” ~ une tribune de camarades de l’Union communiste libertaire (UCL)

Je reproduis ci-après une tribune de camarades de l’UCL qui démontre heureusement que toutes les militantes et tous les militants de cette organisation ne sont pas tombé·e·s aveuglément dans le piège du «front uni contre l’islamophobie».

L’actualité sanglante de la fin octobre nous imposait de lutter avec vigueur contre la vague d’agressions racistes visant les musulman·e·s et émanant du Rassemblement national, des Républicains, puis récupérée de manière opportuniste par une partie du gouvernement. Polariser le débat sur ces questions arrange bien Macron : alors que celui-ci était en difficulté sur la question des retraites, il lui permet de faire diversion avant la grève de décembre. Cet exemple montre une nouvelle fois comment le racisme est utilisé par les classes dominantes pour diviser les exploité·e·s.

L’appel impulsé entre autres par l’UCL, le NPA, le CCIF et la plate-forme LES Musulmans pour la manifestation du 10 novembre considère cependant l’islamophobie en soi et ne la restitue ni dans le contexte indépassable de la lutte des classes ni dans son histoire postcoloniale. Les réactionnaires assimilent tou·te·s les descendant·e·s de l’immigration post-coloniale à une religion : l’islam. Au contraire, nous pensons que c’est l’expérience de l’exploitation capitaliste et des discriminations racistes qui fondent cette identité commune. Le manifeste de l’UCL mentionne, lui, que le racisme vise bien à «permettre à la bourgeoisie de détourner les classes populaires des revendications d’égalité économique et sociale.»

Contre la division des exploité·e·s

Le communautarisme et les religions sont une autre voie pour diviser artificiellement les exploité·es et il ne faut pas l’ignorer. On ne peut pas combattre le racisme en nous alliant avec des forces politico-religieuses. Nous faisons nôtre l’avertissement de Bourdieu : «Éviter de tomber dans cette sorte de complaisance à base de culpabilité qui, autant que l’essentialisme raciste, enfonce ou enferme les colonisés ou les dominés, en portant à tout trouver parfait, à tout accepter de ce qu’ils font au nom d’un relativisme absolu, qui est encore une forme de mépris». D’un point de vue de classe, soutenir «les musulman·e·s» comme un ensemble homogène est analogue au «campisme» géopolitique, qui vise à soutenir toutes les puissances opposées à l’impérialisme américain.

Il aurait donc été prudent de se renseigner sur la plateforme LES. Musulmans, dont la liste des fondateurs nous est donnée sur leur site. On y retrouve Nader Abou Anas [1], qui a dû se retirer de l’appel suite aux nombreux articles rappelant sa justification du viol conjugal ; mais aussi l’imam Boussena, qui prône la liberté pour les fillettes de 7 ans de porter un burkini. Ajoutons Feiza Ben Mohamed [2], qui soutient Erdogan et explique que «La Turquie ne bombarde pas les Kurdes mais des groupes armés terroristes [3]». Il y a aussi Eric Younous, qui déclarait «La liberté, c’est de se balader à moitié nue dans les rues et n’être qu’un objet de tentation. […] La liberté de l’Occident passe par le meurtre, par le biais de l’avortement» et estime que le shabbat est «une punition qu’Allah a infligée aux juifs [4]». Finissons avec Chakil Omarjee, qui signait en 2013 un appel avec d’autres imams à participer aux Manifs pour tous énonçant «Si au nom du seul principe d’aimer, il devient légitime de s’arroger de nouveaux “droits”, qu’aurons-nous à répondre envers ceux qui souhaiteront la reconnaissance de l’inceste ou de la pédophilie?».

Si nous ne remettons pas en cause la légitimité de marcher contre le racisme anti-musulmans, au lendemain de l’attentat contre la mosquée de Bayonne, nous affirmons que l’Union communiste libertaire, et plus généralement la gauche sociale et politique, doit refuser de construire un front politique commun avec ces obscurantistes dont nous ne pouvons partager les combats. Or, à l’heure où ces lignes sont écrites, l’UCL n’a pas dénoncé la présence de réactionnaires parmi les organisateurs de la manifestation. C’est une faute politique.

Grégoire, Guillaume, Jeanne, Matthias (UCL Orléans), Maud (UCL Grand Paris Sud), Nicolas (UCL Tours), Noël (UCL Melun, BSE), Rémi (UCL Montpellier), Clo, Scapin, Seznec, Xavière (UCL 93 Centre).

[1] Voir la vidéo Bonne fête de l’Aïd.

[2] « Abdelmonaim boussenna limam qui monte sur youtube », sur Lejdd.fr.

[3] Voir son compte Twitter.

[4] «À Aulnay-sous-Bois, le nouvel an des salafistes au gymnase municipal», sur Marianne.net.

 

Libérez Vincenzo Vecchi (saison 2) ~ L’épisode de la cassation

La Cour de Rennes avait infirmé les deux mandats d’arrêt européens menaçant Vincenzo Vecchi, aux motifs, pour l’un d’eux, que la peine avait déjà été exécutée, et qu’en général son droit à la défense n’avait pas été respecté. C’est cette atteinte manifeste au droit de la défense que la Cour de Rennes a sanctionnée et donc libéré Vincenzo. Mais, mercredi 18 décembre au matin, la Cour de Cassation a décidé de casser la décision de la Cour de Rennes.

Le principe de «la double défense» est un droit fondamental européen, sa nécessité a été clairement établie par l’existence du Comité de soutien. En effet, son action a permis d’éviter l’erreur judiciaire,   en  apportant les preuves à ses avocats français que le Mandat d’Arrêt Européen de Milan était sans objet et que celui de Gênes était défaillant sur de nombreux points. Le principe de «la double défense» est donc non seulement un droit mais une impérieuse nécessité pour garantir un  équilibre juste entre la défense et le parquet.

Le parquet aujourd’hui justifie la cassation au prétexte que Vincenzo Vecchi à employé un «si» conditionnel à la présence d’un avocat italien pour sa défense. Cette argutie permet au parquet d’interpréter à discrétion la loi, quand en réalité  la double défense doit être un droit fondamental. Par ailleurs on peut signaler qu’il est scandaleux que l’annonce de la décision du parquet de délocaliser l’appel à Angers soit connu par un tweet empressé du procureur. Incroyable que les réseaux sociaux soient informés avant même le principal intéressé et ses avocats, ce qui confirme la dimension politique de cette communication complaisante tous azimuts .

La délocalisation apparaît comme une tentative d’affaiblissement de l’action du comité, en le privant du réseau de soutien créé à Rennes. Il semble par ailleurs désavouer le travail très sérieux de la cour d’appel de Rennes.

Malgré les manœuvres du parquet, les avocats et le comité de soutien développeront tous les arguments déjà exposés  à la cour de Rennes, mais non jugés à ce jour, qui ont démontré les manquements et l’évidente déloyauté de l’Italie dans ce dossier.

Pour finir, et plus généralement, on cherche dans cette injustice un bouc émissaire qui donné en pâture au public, favoriserait la cohésion d’une nation. Sous prétexte d’une identité rendue problématique par les mouvements de populations elle instrumentalise les outils européens pour réaffirmer l’autorité de chaque État.

La justesse de cette cause et son caractère emblématique pour les libertés publiques concerne chacun. En conséquence la mobilisation de tous est nécessaire, vous trouverez ci-dessous les différentes possibilités de vous manifester.

Le Comité de soutien de Rochefort-en-Terre

Le comité de soutien.

Sa page facebook.

La pétition.

Le lien vers la page des outils à publier où vous trouverez entre autre la tribune déjà signée par de nombreuses personnalités que vous pouvez rejoindre, ainsi que l’appel déjà signé par plus de 90 organisations.

 

 

 

 

 

 

SOUFFLER SUR LES BRAISES ~ depuis Caen-la-rebelle

« Dans les rues conquises, les gens se sentent heureux. On y danse, on y chante, on y partage des idées, des repas, des sourires. »

Lettre d’un camarade chilien

 

Une nouvelle offensive des classes dirigeantes a lieu en ce moment même, tant au niveau des retraites que du chômage, après une énième vague de lois renforçant la répression. Cette réforme des retraites vise clairement à faire durer toujours plus l’exploitation qu’est le travail et à réduire les pensions. Quant à la réforme du chômage, elle vient renforcer le flicage des chômeuses et chômeurs et réduire la durée et le montant des allocations, visant à élargir toujours plus le réservoir de main d’œuvre servile.

Auto-organisation de nos luttes

Si une énième intersyndicale se met en place, il ne faut pas être dupe de ce qu’elles cherchera à reproduire, consciemment ou non : le pouvoir des bureaucrates et aucun changement en profondeur – sous une version néanmoins un peu plus acceptable. La précédente lutte contre la réforme des retraites en 2010 en fut un exemple, où l’inter-syndicale organisait des simulacres de blocage économique négociés avec la Pref. Prévenus à l’avance par nos sympathiques bureaucrates syndicaux, les patrons faisaient évidemment partir les marchandises avant le blocage.

Que le mouvement des gilets jaunes ait favorisé l’auto-organisation n’empêcha malheureusement pas à Caen certaines commissions de s’approprier les espaces de décision quitte à s’asseoir sur celles prises collectivement lors d’assemblée. Les contours dessinés par la démocratie directe ne suffisent pas à réduire de manière significative les prises de pouvoir de celles et ceux qui savent s’y adapter avec souplesse.

Si l’union fait la force, l’unité paralyse. Nous sommes d’autant plus forts et fortes que nous sommes différent-es, imprévisibles et impossibles à ranger dans des cases. Nous appelons de notre coté à multiplier les espaces

d’auto-organisation, afin de rester maître-ses de nos initiatives et de nos objectifs, au plus près de nos réalités. Si leur prolifération est essentielle pour que s’exprime la diversité des aspiration de révoltes, il semble aussi important que puissent exister des espaces de coordination d’individu-es en lutte.

Multiplier les actions directes

Créer des caisse de grève pour mettre le plus de gens possible dans la rue, organiser de blocages économiques, multiplier les sabotages (par exemple les valves des camions-citernes étaient cassées pendant la précédente lutte contre une réforme des retraites pour contribuer à la pénurie d’essence), tenir la rue et détruire ce qui nous détruit… comme cela s’est déjà fait début janvier 2019 et comme peuvent nous l’inspirer les révoltes qui essaiment dans la monde, notamment au Chili. En quelques semaines, plus d’un tiers des supermarchés ont été pillés et incendiés ou saccagés, les stations de métro réservées à la bourgeoisie mises hors service, des bâtiments publics, des commissariats, des péages autoroutiers, des banques, des locaux de parti, etc. ont été attaqués. Même les antennes téléphoniques ont été prises pour cible afin de couper les communications du pouvoir. Quelques hackeurs bien inspirés ont diffusé les données personnelles des gendarmes locaux. La révolte chilienne a commencé à détruire des pans de leur monde d’exploitation et d’oppression, et rappelle que cette lutte est globale et peut se passer de leaders et de représentant-es.

Nous appelons ainsi à un

Comité d’action sur le chômage et la précarité,
vendredi 6 novembre à 18h à la Pétroleuse
(163 cours Caffarelli, presqu’île de Caen,
près des dépôts pétroliers)

Des révolté·e·s