Timidité au sommet

On sait qu’une centaine d’espèces d’arbres présentent ce qu’il est convenu de nommer crown shyness, ce que l’on traduit le plus souvent par «timidité des cimes».

L’espace spontanément observé par les différents arbres est désigné par une expression (d’un troublant érotisme, soit dit en passant): c’est la «fente de timidité».

Or, l’examen d’un certain nombre de documents photographiques (dont je présente un exemplaire ci-après) permet d’affirmer que les buildings eux-mêmes respectent entre eux un espace de timidité, évitant de faire se rejoindre leurs sommets.

La timidité des cimes pourrait ainsi être considérée comme une loi commune à la nature et à la culture (architecturale, au moins). Cette voie timide, qui demande à être confirmée par de plus amples recherches semble néanmoins prometteuse.

Exemple de timidité des cimes observée chez les arbres.

Exemple de timidité des cimes observée chez les gratte-ciel.

MARSEILLES[S] ~ Mai 2019 (Ter)

Je donne, avec quelque retard, le troisième et dernier volet de ma ballade marseillaise de ce mois de mai.

Nota. Depuis mon départ de Marseille, la répression s’est accrue contre les femmes de chambre en grève. Je vous invite à suivre et à soutenir leur lutte, sur place si vous y êtes, ou sur le site de la CNT-Solidarité ouvrière.

Je suis repassé par la rue d’Aubagne pour photographier le panneau sauvage qui rappelle les noms des victimes de l’effondrement, et quelques affiches.

Dans une rue parallèle, un récit d’expulsion.

J’ai discuté avec l’ami Xavier qui s’est trouvé et se trouve encore dans une situation équivalente: expulsion d’une minute à l’autre, sans possibilité de récupérer ne serait-ce que des médicaments, des papiers, de l’argent, un ordi… Après avoir pratiqué un laxisme jem’enfoutiste, autorités et propriétaires deviennent brutalement d’intraitables gardiens d’immeubles condamnés.

Un écho des luttes photographié dans la superbe librairie L’Hydre aux mille têtes où j’ai été assister à un débat sur les luttes immigrées en banlieue autour du passionnant bouquin de Victor Collet Nanterre, du bidonville à la cité (Agone), débat que coanimaient Mogniss Abdallah et Cheikh Djemaï.

Victor Collet et Mogniss Abdallah retrouvés à Manifesten le lendemain pour la projection d’un film sur les meurtres commis par la police en GB.

Mercredi matin: plaisir indicible, et retardé par la froidure inhabituelle, de nager aux Catalans.

Le chantier de la résidence de luxe a l’air suspendu.

Selon ma formule désormais légendaire: «Au début, tu la trouves fraîche, et au bout d’un moment tu réalises qu’elle est glacée!».

Passage rituel, au retour, par le parc du Pharo et sa vue superbe sur le port et la ville.

J’y retrouve par hasard (comment voulez-vous que les keufs croient des trucs pareils…) les trois individus ci-dessus évoqués (+ 1). Les photos? Peut-être un jour.

Salut non moins rituel au camarade Missak Manouchian.

Et pour finir (pour cette fois), une vitrine marseillaise qui chauffe au soleil.

 

MARSEILLES[S] ~ Mai 2019 (Bis)

Ballade au Panier.

Les légendes rouges s’effacent, la vulve résiste.

Au Panier comme à la Plaine, ça expulse facile…

Ce qui n’empêche pas la municipalité de faire paisiblement sa propagande sur les panneaux en principe consacrés à l’information historique.

Retour sur La Canebière: l’armée protège le peuple. On se croirait en Algérie! et précisément…

…descendant de la Gare St-Charles, une (petite) manif, saluée par des coups de klaxons.

Ce lundi matin, été contribuer à la caisse des grève des travailleuses du nettoyage devant l’hôtel où elles (ne) travaillent (plus), Bd des Dames, M° Joliette.

Retour au Panier. Je connais ce regard! Je suis presque certain qu’il appartient à une gravure utilisée pour un collage publié dans les années 70 par les éditions Solin. Je vérifierai.

 

MARSEILLES[S] ~ Mai 2019

Bel automne en mai à Marseille, où je ne suis pas «descendu» depuis des lustres.

Première visite rue d’Aubagne.

L’emplacement des immeubles effondrés a été transformé en une espèce de caricature monstrueuse de jardin japonais; murs chaulés, énorme tas de graviers bétonné (à droite). On voit mal sur mes photos à cause de la camionnette du gardien (hargneux). Un peu plus haut, un panneau porte les portraits des victimes. Je n’ai pas voulu le photographier: quand je suis passé, des habitants du quartier le réparaient.

À propos de vigiles hargneux, un régime leur est promis sur le chantier de La Plaine (dans ce quartier maintenant, tout l’espace est entouré de murs et de grillages).

Pour celles et ceux qui ne sont pas mort·e·s ensevelies, la vie et les luttes continuent. On récolte de l’argent pour les occupant·e·s de maisons (hier) vides.

Les murs parlent beaucoup, ici aussi. Un gilet jaune blessé.

Et comme on était samedi, les Gilets jaunes étaient aussi dans la rue (la photo est prise de l’extérieur de la nasse finale).

Une manif contre les CRA s’est mêlée un moment à celle des Gilets et s’est dissoute, certain·e·s camarades étant horrifié·e·s de côtoyer des drapeaux tricolores. Dommage! tant que nous étions dans la manif générale nos slogans étaient repris par la foule et par des mégaphones. À trente, c’est un joli résultat! (et le seul possible).

Minuscule consolation, la girafe de la Canebière et son girafon ont été épargné – pour le moment – par le chantier qui les menaçaient. Il se murmure que le complexe de luxe (hôtelier ou magasins) qui va se construire sur l’emplacement d’une mairie de quartier (vendue) empiètera sur l’espace jadis public jusqu’à la chaussée.

Les murs parlent beaucoup, disais-je.

Et ils protestent de l’ancienneté de leur protestation. Dont acte.

Cependant, une série de toute beauté, dont je donne deux exemples (les cadres en trompe-l’œil font partie de l’affiche).

“Cigogne électrique” ~ par Bruicoleur

Il y a dans l’obstination quasi rimbaldienne – résolument moderne! – de cette cigogne à demeurer (c’est le cas de le dire) branchée sur le secteur quelque chose qui me touche beaucoup.

Volatile repérée sur l’excellent site Bruicoleur, réserve naturelle virtuelle pour oiseaux et insectes, où je vais observer un vivant qui a largement déserté les villes (ceci observé sans vouloir offenser pies, corneilles et autres pigeons ramiers qui fréquentent assidûment l’abreuvoir et la mangeoire de mon balcon).

 

“Nanterre, du bidonville à la cité” ~ par Victor Collet [à Manifesten le jeudi 21 mars]

 

Trente années de discours sécuritaires ont consacré un regard dépolitisé, sinon racial, sur les classes populaires. Les supposées «Trente Glorieuses» continuent d’être contées comme une période de progrès social sans équivoque. Trente ans d’habitat provisoire et de gourbis sordides en banlieue, d’asphyxie au charbon et de saturnisme restent largement ignorés. Quant aux années 1968, elles sont ravalées au rang de révolte culturelle et sexuelle. Les années rouges sont souvent méconnues par les militants eux-mêmes, qui préfèrent se souvenir des luttes anticoloniales ou contre la ségrégation outre-Atlantique. Oubliés, les grèves ouvrières et immigrées, l’usine et un parti communiste omniprésents, le christianisme social, l’anti-impérialisme et l’antifascisme, les premiers collectifs de défense contre la surexploitation et le logement indigne des travailleurs et familles immigrés.

De l’époque de la guerre d’Algérie aux années 1980, les bidonvilles de Nanterre symbolisent la condition immigrée en France, de même que le long et difficile chemin qui mène leurs habitants vers les sinistres cités d’urgence et de transit, puis finalement vers la «cité» HLM. De l’entrée des premiers militants chrétiens dans les bidonvilles jusqu’à la naissance des mouvements menés par les immigrés eux-mêmes, en passant par l’engagement des gauchistes de la faculté toute proche, ce livre est une histoire de rencontres et de luttes.

432 pages, 23 €

Présentation débat le jeudi 21 mars à Manifesten (Marseille).