Les clichés de Badiou : Staline effacé, Mao au premier plan

Outre sa voix de bronze et sa longévité, Alain Badiou a pour lui une obstination dans le communisme qui force l’admiration. La dimension autocritique récente de sa production avait paru un peu contradictoire. Certes, la centralité de l’État semblait devoir être remisée au magasin des accessoires, mais pas Mao Tsé-Toung.

Le voilà (Badiou) qui, dans un récent entretien accordé à L’Humanité dimanche (17 au 23 décembre 2020), en remet une couche et, pour le même prix, procède à un élégant vernissage. C’est que maoïste un jour, Badiou l’est toujours.

Comme on l’interroge sur ses « rapports avec Marx » – excellents à tous égards – il en profite pour glisser en première ligne le Petit Livre rouge, sacré, c’est bien le cas de le dire, « meilleur manuel du militant communiste ».

S’inspirant peut-être du découpage historique du féminisme, par « vagues », Badiou place la première étape communiste, entre les années 1840 et la fin du XIXe siècle, sous le patronage de Marx ; la seconde, entre 1917 et les années 70 du XXe siècle sous celui de Lénine. Vous noterez l’habile et prudent escamotage de l’une des figures du panthéon maoïste : Staline. C’est pourtant bien lui qui dirige et inspire le communisme, dès le printemps 1923, lorsque Lénine est rendu quasi-impotent par une série d’accidents vasculaires cérébraux, soit pendant quarante-sept longues années de la période considérée.

La troisième étape étant, mais on commençait à s’en douter, placée sous le patronage de Mao. La Révolution culturelle chinoise se trouve ainsi associée à la Commune de Paris, via celle de Shangai… Ce bonneteau historique permet de faire de Mao un quasi-libertaire, et ça c’est plus fort que de jouer au mah jong !

NB.

La colorisation n’a aucune signification politique. J’ai simplement tenté de pallier les défauts de lisibilité de la photo de l’article dont je dispose.

Par ailleurs, dans le second extrait, une négation parasite rend la lecture problématique. Je pense qu’il faut lire: «…au fait qu’ici même une partie considérable du prolétariat provienne d’ailleurs que de la France…» (et non «ne provienne»).

Manifestation: Le Grand Jeu

Le Grand Jeu a lieu tous les samedis à Paris. Pour des raisons de synchronisation des montres, le départ peut avoir lieu dès 9h.

Les points de départ fleuriront au moment opportun, soyez attentifs.

Lisez bien la règle du jeu jusqu’au bout !

LES JOUEURS

Vous êtes l’équipe JAUNE : les manifestants. Votre but : faire tourner la contestation en faveur de votre équipe. Pour cela, vous devez faire entendre votre voix et vos revendications tout en essayant de rallier un point symbolique de contestation, où celle-ci aura plus d’impact. L’équipe jaune est autonome, bruyante, nombreuse et inventive. Son fonctionnement est non-hiérarchique. Le port du maillot jaune y est très répandu, mais pas obligatoire.

Ses points forts : le nombre, l’autonomie, la diversité des stratégies personnelles, la mobilité, l’imagination.

LES ADVERSAIRES

L’équipe POURPRE règne sur l’intégralité du plateau. Votre contestation ne lui plait pas, elle essaie donc de la museler et fait la sourde oreille tout en prétendant être de votre côté. L’équipe pourpre dispose d’une force considérable qui la protège et vous maintient à distance : l’équipe bleue. C’est elle que vous croiserez principalement sur le plateau.

L’équipe BLEUE a pour but de contrer votre action. Pour cela, elle essaie d’empêcher vos déplacements sur le plateau et vos revendications d’être entendues. Elle est mieux équipée que l’équipe jaune, et peut même tenter de vous sortir du jeu. L’équipe bleue est fortement hiérarchisée et ne peut agir que sur ordre de ses supérieurs, eux mêmes pilotés par l’équipe pourpre.

Leur point fort : disposent d’une large palette de moyens humains, technologiques et administratifs pour vous arrêter, vous punir, vous diviser, vous discréditer et vous faire croire que vous êtes seul et que votre revendication n’est pas légitime.

DÉBUTER LA PARTIE

L’ÉQUIPE JAUNE EST RÉPARTIE EN GROUPES. Vous pouvez rejoindre n’importe quel groupe. Les groupes ne sont déterminés que par leur point de départ. Les points de départ sont donnés 1h avant le début de la partie. Le départ à lieu si possible à l’heure dite, tout retard favorisant une intervention de l’équipe bleue. Rien ne vous empêche de créer votre propre point de départ et de rallier ensuite un autre groupe, ou de former votre propre groupe.

En tout que groupe, vous devez progresser vers un point symbolique de contestation tout en faisant entendre au maximum vos revendications.

LA CARTE COLLABORATIVE

C’est l’outil de stratégie central du Grand Jeu. Elle est accessible ici.

Vous devez la mettre à jour le plus régulièrement possible. Elle permet aux joueurs isolés de rejoindre un groupe et aux groupes de se rejoindre. Elle permet également de signaler la présence de l’équipe bleue et les points de confrontation entre les deux équipes.

Gardez à l’esprit que l’équipe bleue, parfaitement équipée en dispositifs de surveillance, vous retrouvera toujours même si vous ne mettez pas la carte à jour. L’équipe jaune est donc la seule désavantagée quand la carte n’est pas mise à jour.

LES DÉPLACEMENTS

Chaque groupe progresse dans la direction générale d’un point symbolique de contestation, ou simplement sur un axe de circulation important afin d’en perturber le bon fonctionnement. Plus le mouvement du groupe est spontané et rapide, plus il est efficace.

VOS ATOUTS

  • Faire bloc
    Vous rencontrerez chez certains membres de votre équipe des stratégies et opinions personnelles qui seront différentes des vôtres : essayez néanmoins de les respecter et gardez à l’esprit que l’union fait la force.
  • Être mobiles et imprévisibles
    L’équipe bleue doit souvent déplacer ses véhicules et équipements, et perd du temps à coordonner ses déplacements. Étant à pieds, l’équipe jaune peut se montrer plus agile et plus mobile. Cet atout peut être une faiblesse (vous êtes moins rapides qu’un véhicule), à vous d’en tirer parti.
  • Utiliser la carte
    Ne tergiversez pas pendant des heures sur la direction à prendre. Regardez la carte et improvisez en fonction des positions de votre équipe et de celles de l’équipe bleue. Si vous repérez un groupe qui s’approche d’un point symbolique de contestation, il peut être pertinent d’essayer de le rejoindre même si ce n’est pas le point le plus proche de vous.
  • Diffuser l’information
    Par tous les moyens à votre portée, relayez au maximum votre action afin que la visibilité soit maximale.

STRATÉGIE EN CAS DE BARRAGE DE L’ÉQUIPE BLEUE

Plusieurs possibilités. Dans tous les cas, il est important que le groupe ne se scinde pas et ne perde pas (trop) de temps à étudier les différentes possibilités.

Suggestion : accepter que tous les moyens sont bons pour atteindre l’objectif et suivre le mouvement spontané du groupe.

1. S’il en a le temps et la possibilité, le groupe peut changer de direction pour éviter le barrage et continuer à avancer.
2. Le groupe peut garder le cap et essayer de passer le barrage. Si une confrontation s’engage, il peut :
3. Choisir de tenir la position et ainsi mobiliser une partie du dispositif de l’équipe bleue pour faciliter la progression d’autres groupes ET/OU
4. Émettre un SOS à l’intention des autres groupes, qui peuvent converger dans cette direction. OU
5. Repartir d’un bloc dans une autre direction (attention à ne laisser personne derrière !)
6. Le groupe peut se disperser et rejoindre d’autres groupes.

POINTS SYMBOLIQUES DE CONTESTATION

  • L’Élysée
  • L’Assemblée Nationale
  • Le Sénat
  • La Banque de France
  • L’hôtel de ville
  • La place de l’étoile
  • Le périphérique et les gros échangeurs
  • Le ministère des finances
  • Les palais de justice
  • Le ministère de la défense
  • Matignon

(liste non-exhaustive)

CONSEILS ET ASTUCES

  • Plus il y a de groupes, plus la tâche est difficile pour l’équipe bleue. Néanmoins, pour plus d’efficacité, il est conseillé aux groupes de moins de 100 personnes de rejoindre un autre groupe, par exemple le plus proche géographiquement, ou encore un groupe lançant un SOS. Utiliser la carte collaborative pour se repérer.
  • Venez équipé pour la marche et contre les intempéries et les petits bobos qui peuvent se produire dans un jeu grandeur nature. Prévoyez un peu large afin d’en faire profiter les moins bien équipés.
  • La mise à jour de la carte collaborative nécessite un moyen d’accès à internet : smartphone, tablette, mise en place de relais d’informations par sms, talkie-walkie, pigeons voyageurs, signaux de fumée… Soyez créatifs (mais anonymes).
  • Soyez fair-play et évitez tout comportement discriminatoire au sein de votre équipe. C’est contre-productif et vous marquez des points pour les autres équipes.
  • Relayez les règles du jeu afin d’avoir le maximum de joueurs.

SI VOUS ÊTES DANS UNE AUTRE VILLE

Adaptez-y librement le grand jeu !
Vous pouvez nous contacter pour en discuter si vous voulez, et puis on sera ravis de relayer vos points de départ…

CONTRE L’HÉNAURME! par Gérard Lambert ~ Débat sur Notre-Dame-des-Landes

 Afin de contribuer au débat en cours, je publie ci-dessous le texte de Gérard Lambert: Réplique à l’Appel pour retrouver un sens politique à la lutte qui se mène aujourd’hui sur la Zad, rédigé et diffusé par Quelques agriculteurs et agricultrices du collectif contre les normes, le 14 mai 2018.

On peut télécharger le texte de l’Appel ici.

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« Bien que nous n’attendions pas grand-chose de l’application de la journée de huit heures, nous promettons solennellement d’assister nos frères plus modérés dans la lutte de classe, de toutes nos forces et par tous les moyens dont nous disposons. Et ce aussi longtemps qu’ils continueront à faire ouvertement et résolument front contre nos oppresseurs communs »

Déclaration de la Central Labor Union américaine, sous l’impulsion d’Albert Parsons et August Spies, anarchistes, membres de l’Association Internationale des travailleurs, en 1885.

 

Dans votre texte, vous admettez que, au cours de votre lutte fort estimable contre les normes qui asservissent les « petits » à un capitalisme toujours plus contraignant, vous apprenez « chaque jours dans (vos) fermes à ravaler (vos) prétentions et à trop souvent vous mettre aux normes à contrecœur après avoir résisté jusqu’à épuisement (…) avec une rage rentrée ». Mais, lorsque des zadistes de Notre Dame des Landes, soucieux d’essayer de sauver l’essentiel de ce qui s’est construit là, font pareil vous vous permettez de les traiter de « pantins de l’État ». Au nom de quoi vos concessions sont elles honorables et les leurs méprisables ?  Qu’est ce qui vous permet d’estimer qu’ils n’ont pas, comme vous, cette rage rentrée ? Qu’est ce qui vous autorise à les déguiser en fourbes calculateurs arrivistes ayant « troqué leur costume de Black Bloc pour trouver une place dans les couloirs de la préfecture » ?

Ils se trompent peut être en essayant de « négocier » avec l’État quand tout prouve que celui-ci ne veut qu’imposer ses diktats, mais les caricaturer en « élite » voulant juste défendre des intérêts exclusifs est une calomnie aussi « ignoble » que la rupture de solidarité que vous leur reprochez.

Dans toutes les luttes sociales il y a une distinction à faire entre ceux qui sont délibérément des magouilleurs, des politicards, des arrivistes, des sales cons, et ceux qui, essayant de combattre au mieux dans une situation conflictuelle, tâtonnent, se trompent, font des erreurs stratégiques, etc. Cette nuance, ni vous ni les auteurs des textes que vous citez comme « éclairants » ne la faites. Au contraire vous portez un jugement dénonciateur péremptoire sur ceux qui pataugeant dans la boue et la confusion essaient de défendre une « zone » et ce qui s’y est construit, y compris la gestion collective et les solidarités. Loin du « mensonge crapuleux » que vous voulez voir dans cet effort.

Notant plus loin que « La force de l’État ne permettait pas de rêver aux grands soirs » vous faites pourtant griefs à ceux qui se résignent au compromis de choisir cette voie dans l’espoir de ne pas voir tout ruiner. Ils se leurrent peut être. C’est possible. Mais leur tentative de sauver « un territoire d’exception » et l’esprit qui va avec mérite bien plus le soutien que le démolissage « radical ».

Vous dénoncez « la manœuvre étatique de division » mais vous y contribuez en fabricant ce que vous qualifiez à juste titre de « figures spectaculaires forcément réductrices ». Vous êtes le pendant, version « offensive », des lâcheurs Durand et Verchère, que j’ai critiqués dans un autre texte*. Comme eux vous envenimez les désaccords, empoisonnez le débat. Vous contribuez à ce que les positions de chacun se figent dans un irréductible conflit au lieu de discussions constructives. Or tout ce qui fabrique ainsi de la division rend service à l’État. Pour des gens qui dénoncent les « pantins de l’État », ça la fout mal.

Ce qui a fait la force de la Zad, et contribué  à ce qu’elle séduise tant de révoltés contre le despotisme régnant, est loin d’être ce « mythe » que dénoncent vos copains et qui trouve écho dans votre texte. C’est la capacité à faire front contre l’ennemi en conciliant des stratégies diverses, en sortant de débats souvent houleux avec des choix d’actions concrètes différentes mais solidaires ; la capacité de gérer cette lutte de façon collective. C’est dans cette stratégie que se sont reconnus bien des gens fatigués du sectarisme qui affligeait depuis des décennies les tentatives de fabriquer un monde plus humain. Ce sectarisme, vos postures le font renaître.

Heureusement, il reste sur la Zad et ailleurs des gens qui ne s’y prêtent pas, qui continuent à essayer de construire des alternatives offensives à la résignation, au défaitisme, à l’écrasement. Des gens qui cherchent à « construire un collectif », comme celui que vous appelez de vos vœux, mais autrement que par l’anathème et la calomnie. Contribuer à ce qui se fait dans ce sens me semble plus positif que dresser des factions l’une contre l’autre pendant que l’État se marre.

Gérard Lambert

8 juillet 2018

*La main tendue et le coup de pied au cul.

 

 

«Voyage en outre-gauche», de Lola Miesseroff (Libertalia)

Dans cette détestable année de « commémoration » de Mai 1968, les éditions Libertalia ont fait un choix sobre et pertinent.

J’ai déjà évoqué ici la réédition du « Journal des barricades » de Pierre Peuchmaurd.

J’en viens aujourd’hui au Voyage en outre-gauche de Lola Miesseroff, sous-titré « Paroles de francs-tireurs des années 68 ». Lesquelles « années 68 » s’entendent jusqu’aux années 70 du même siècle.

Notons au passage l’heureuse invention de l’expression « outre-gauche », assez parlante, et qui évite un long et fastidieux débat sur les caractéristiques d’une hypothétique « ultra-gauche ».

L’autrice a réalisé un patchwork par thèmes, à partir des matériaux fournis par trente entretiens au long cours. Connaissant la difficulté du décryptage d’entretiens et de la reconstitution d’un chant à plusieurs voix, on peut dire que le résultat est remarquable.

Certes, traiter de questions vastes ou au contraire très précises, à partir de témoignages, dont on sait le caractère subjectif et anecdotique peut mener à des raccourcis dommageables. Tel est le cas, à mon humble et subjectif avis, du sort fait à l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA), qui mérite mieux que d’être mise dans le même sac que les organisations léninistes.

Par ailleurs – on connaît mon irritabilité sur le sujet – je suis lassé de voir ressasser, ici sous la plume de Gilles Dauvé, la légende « communisatrice » selon laquelle envisager une révolution sans « période de transition » serait une nouveauté, alors qu’il s’agit du programme anarchiste de toujours.

Critique plus importante : parmi les nombreux thèmes abordés, qui firent l’ordinaire contestataire, de 1968 à la fin des années 1970, je ne trouve pas mentionnés les enfants et mineurs en lutte. Certes il est question d’école, mais justement pas des luttes qui la visaient directement (parmi d’autres institutions coercitives). Il faut en conclure probablement que parmi les trente personnes interrogées aucune n’a eu à en connaître. Dommage !

Ces remarques formulées, je ne peux que recommander la lecture de ce livre collectif – les interviewé·e·s sont anonymes, et c’est très bien ainsi – qui donne une image fidèle et vivante de l’ébullition d’une époque autrement « porteuse » de subversions diverses que le triste aujourd’hui.

Lola Miesseroff a entamé une tournée de présentation, dont je pense qu’elle se prolongera toute cette année 2018.

Elle sera ainsi à Toulouse au local Camarade, 54, Bd Déodat de Sévérac, le dimanche 11 mars à 16h.

“Zadisfaction ?” par Gédicus

L’arrêt définitif du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes est une victoire. C’est évident. Et la déconfiture rageuse des divers clans de bétonneurs est un régal pour tous ceux qui ont combattu ce projet toxique, cet « éléphant blanc » pour safaris ravageurs.

C’est la menace d’actes de résistance de milliers de personnes dans toute la France et le risque de « déstabilisation » que ça lui faisait courir qui a contraint le gouvernement à ainsi lâcher du lest, et non la « sage » considération expertisée d’un projet « obsolète ». Ce gouvernement n’est pas moins que ses prédécesseurs souteneur de « grands projets inutiles » ou plutôt utiles seulement à quelques saigneurs de l’humanité et de la planète. Il est plus prudent, voilà tout.

Mais c’est une victoire qui vise à préparer une défaite.

Depuis des années, le véritable affrontement entre l’état, ses gérants, la grande majorité des politicards, les barons du business, et les Zadistes et leurs soutiens, n’est pas seulement l’affrontement pour ou contre un débile projet d’aéroport mais aussi et surtout pour ou contre certains choix de société. C’est d’ailleurs ce qu’ont déclaré souvent les plus forcenés partisans du projet : pour eux, le plus important était, et reste de détruire la Zad. En effet, cette zone contre laquelle ils ne cessent de vitupérer à coups de mensonges grossiers la déguisant en repaire de casseurs et terroristes ; cette zone qu’ils dénoncent comme « Zone de non droit » est une zone ou le « droit » d’asservir et d’exploiter a largement pris fin. C’est un exemple concret que l’on peut vivre autrement que broyés par une « économie » cannibale, asservis à des patrons et des actionnaires toujours plus voraces, truandés par des financiers rapaces, menotté par des « lois » carcérales, matraqué ou flingué par des « autorités » mafieuses. C’est la preuve que des humains peuvent avoir d’autres relations que la guerre de tous contre tous. La preuve que des citoyens peuvent s’auto-organiser au moyen d’une véritable démocratie directe au lieu d’abdiquer leur pouvoir aux mains de démagogues véreux. C’est évidemment une menace pour toutes les oligarchies régnantes. C’est cela qu’ils veulent anéantir.

En habiles politicards, Macron et sa clique s’affairent donc à ôter son prétexte à la résistance. La sauvegarde des intérêts des vampires de l’humanité vaut bien le sacrifice d’un aéroport ! Si ce projet d’aéroport est abandonné, la Zad n’a plus de raison d’exister, argumentent-ils. Ils visent ainsi à faire éclater ce qui a fait la force du mouvement de résistance : sa capacité à concilier diverses opinions et stratégies en un front uni. Ils espèrent que certains vont se contenter de l’abandon du projet d’aéroport et lâcher les Zadistes, égoïstement, sans considération pour le fait que « sans eux, l’aéroport serait déjà fait », comme le constate lucidement un opposant « historique ».

Ils se préparent ainsi à mettre fin à ce qui reste un territoire libéré de leur domination ; à une expérience de changement social dont ils redoutent qu’elle fasse tache d’huile ; à cette « commune » exemplaire.

Pour ceux qui estiment que celle-ci est à défendre, il est donc prématuré d’applaudir trop fort cette « victoire ». Il faut, au contraire, se préparer à de nouvelles attaques, qu’elles soient lancées par la force ou, plus subtilement, au moyen d’échafaudages diplomatiques plus ou moins « verts ». Le collectif des diverses composantes du mouvement en est conscient, en écrivant dans son communiqué du 17 janvier : Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole.                                                                                 

Plus que jamais, la Zad reste une zone à défendre.

Gédicus

18 janvier 2018.

Le site de Gédicus.

Ce texte peut être librement reproduit à condition de n’être absolument pas modifié ; que la référence à son origine soit clairement indiquée et que ce ne soit pas dans un but commercial.

 

 

Martin Zerner est mort

 

Martin Zerner est mort. J’avais, pour ma part, croisé ce vieux militant internationaliste et marxiste-léniniste* dans les luttes de solidarité avec les sans-papiers, notamment après l’incendie du CRA de Vincennes; il avait aussi participé à l’Assemblée de Montreuil, au début des années 2000. Je reproduis ci-dessous un communiqué diffusé par des camarades qui l’ont davantage côtoyé.

*Je me souviens qu’il avait protesté parce que, dans un texte de présentation de l’Assemblée (très majoritairement libertaire), j’avais omis la présence de deux militants marxistes-léninistes, dont lui-même.

Salut Martin, nous continuerons a tenter d’abattre les frontières

Notre camarade Martin Zerner est mort samedi 9 décembre 2017. Dire que notre camarade est mort c’est évoquer nos luttes communes et l’exigence politique partagée dans nos débats. Il était colérique et exigeant de lui, comme de ses interlocuteurs, mais aussi plein d’humour et de recul. Martin, c’est aussi une histoire, un pan d’histoire qui s’est irrémédiablement tourné.

Sa famille fuit l’Autriche et les nazis en 1938 et vient se réfugier en France. Sous le régime de Vichy, il sera traqué et séparé de ses parents parce que classifié juif. De cette expérience, il a tiré son refus des catégorisations, des assignations en fonction des origines supposées. De ses parents qui ont refusé de se faire ficher en se signalant comme juifs et ont choisi très tôt d’entrer dans la clandestinité et la résistance, il a aussi gardé en mémoire qu’il fallait se méfier des assurances des États et gouvernements quels qu’ils soient et que choisir la lutte était une voie certes incertaine, mais aussi pleine de promesses. Anticolonialiste et internationaliste convaincu, il s’est engagé pour soutenir les Algériens dans leur guerre de libération nationale contre l’État français, combat qu’il a mené du côté du soutien actif au FLN. Militant à l’université de Nice, il a croisé les luttes des travailleurs immigrés.

Tout au long de sa vie, son engagement il l’a vécu en tant que communiste sans parti. Mathématicien et historien des sciences de profession, il refusait les cloisonnements et mêlait ses engagements militants à son milieu professionnel.

À Paris, les plus vieux d’entre nous ont connu Martin au milieu des années 90, notamment autour de la lutte des sans-papiers de Saint Bernard. À partir de 1997, à Paris, il milite dans le collectif « 13 actif » avec le slogan « des papiers pour tous ». Il participe activement aux combats de l’après circulaire Chevènement : manifs, réunions publiques, occupations d’églises ou encore de l’ambassade du Vatican avec les personnes sans-papiers mais aussi d’agences Air France pour dénoncer sa collaboration aux expulsions… À partir de 1998, il participe à la création du Collectif Anti-Expulsion, et donc aux blocages des trains emmenant les Algériens vers Marseille pour les y expulser par bateau ou intervenant inlassablement dans les aéroports et devant les centres de rétention. Se considérant non pas comme un soutien mais comme une personne combattant pour la liberté de circulation et d’installation, il reste toujours en lien avec les personnes sans-papiers organisées au sein de collectifs autonomes de luttes tels que le 6e collectif, le collectif de la Maison des ensembles puis le 9e collectif.

À partir de 2006, la chasse aux personnes sans-papiers qui s’accentue alors, voit l’émergence de nouveaux réseaux de lutte tels que RESF (Réseau Éducation Sans Frontière). Martin participe alors au RESF du 13e arrondissement de Paris en conservant ses exigences politiques, refusant toute logique du cas par cas et faisant vivre au sein de son groupe local le mot d’ordre « Des papiers pour tous ».

Parmi ses derniers combats, nous citerons son investissement dans le Collectif de soutien aux Inculpés de Vincennes pour faire libérer et relaxer les personnes sans-papiers accusées d’avoir incendié le centre de rétention ainsi que la réalisation de la brochure « Sans-Papiers : s’organiser contre les expulsions » et sa participation aux émissions de radio de Sans Papiers Ni Frontières dans le cadre de l’émission anti-carcérale l’Envolée. Nous nous rappellerons aussi, que malgré l’âge avançant, malgré son boitement puis plus tard ses béquilles, Martin était toujours présent : contre les rafles dans les 18e et 19e arrondissements, sur le marché à Barbès pour y distribuer tracts et brochures « S’organiser contre les expulsions », dans les tribunaux quand il y avait besoin de présence solidaire ou encore devant les prisons de toutes sortes.

« Si vous avez besoin de quelque chose, dites-le nous, nous vous apprendrons à vous en passer  ».
Martin aimait rapporter cette phrase qui était affichée dans un camp de réfugiés où quelqu’un de sa famille avait été placé pendant la seconde guerre mondiale. Si nous la rapportons aujourd’hui, c’est parce qu’il est des êtres dont nous ne voudrions pas avoir à apprendre à nous passer…. Et que toi camarade Martin, tout éloigné-es que nous ayons pu être ces derniers mois, tu en fais partie.

Des camarades de lutte et ami-es