Rétablir l’état d’Andra? par Gédicus

500 soudards sur le pied de guerre ratatinent 15 pauvres types perchés dans les arbres du bois Lejuc, à Bure, qui ne veulent pas d’une poubelle nucléaire planquée là. C’était « indispensable », commente un officiel. Aussi indispensable que l’aéroport de Notre Dame des Landes hier matin ! Vous vous rendez compte : il parait que les riverains n’osaient même plus se promener dans ce bois, effrayés par les hiboux zadistes anti nucléaires (qui eux-mêmes n’ont pas le droit d’être « riverains ». Les riverains ce sont les bons citoyens qui n’objectent pas au projet de poubelle). On espère que, demain, ces riverains pourront à nouveau danser dans ce bois, au dessus des fûts de déchets nucléaires et de leurs gentilles radiations. Ils auront quelques millions d’années pour ça. Il parait même que, parfois, ils pourront compter sur une explosion (Comme dans le Wipp des Usa en 2014). Pour danser, ça aide.

D’après ses défenseurs, dont le péteux Nicolas Hulot (qui confirme qu’être homme d’État ça veut dire s’asseoir sur tout ce qu’on prétendait défendre avant), cet enfouissement de déchets hautement radioactifs est la solution « la moins pire » et c’est pour ça qu’on ne se fatigue pas à en chercher une autre. Tant pis pour ceux à qui on a choisi de l’imposer. L’État avoue ainsi dans quelle merde les marchands de bonheur dont il a été le majordome appliqué ont plongé l’humanité. Oui, on a pondu de grosses merdes toxiques qui vont empoisonner la planète pour des siècles, c’est vrai. Mais, maintenant qu’elles sont là, il faut bien les mettre quelque part. Alors on a choisi ton jardin. T’en veux pas ? Tu les auras quand même.

Dans les boites à fabriquer l’opinion, le sinistre de l’intérieur explique qu’il s’agissait surtout de désenkyster la zone. L’État ne peut accepter qu’en France s’établissent des zones de non Andra. Où irait-on si les citoyens de ce pays commencent à se mêler de contester les décisions que l’on prend pour leur bien, (et accessoirement celui des rois du  business) ? Maintenant qu’on a abandonné un grand projet d’aéroport vachement utile, il faut bien donner à nos détracteurs l’impression qu’on ne va pas baisser culotte partout. Et montrer qu’on a des gros bras pour faire taire les fachos qui nous accusent de mollesse. D’ailleurs, à Notre Dame des Landes, ils auront bientôt fini rire ces cons qui s’imaginent pouvoir vivre dans notre société autrement que selon nos règles !

Et les mêmes naïfs qui, à Bure se croyaient tranquilles dans la trêve hivernale et en attente de recours administratifs, ou dans leur « Maison de la résistance » établie en toute légalité, vont aussi apprendre que, là où règne l’état, les seuls délinquants sont tous ceux qui s’opposent à lui, jamais lui. Il faut n’avoir jamais lu Talleyrand (et surtout n’avoir pas beaucoup vécu dans ce monde) pour ignorer qu’ « on peut violer les lois sans qu’elles crient » surtout quand on est du clan qui les fait et les défait à loisir.

Les esprits chagrins qui s’indignent d’une violence qui ne respecte pas les règles du jeu truqué de la fourberie « démocrate » peuvent bien protester en vain. Ils n’ont encore rien vu. Un homme d’État d’autrefois, qui y a fait une belle carrière, affirmait clairement : « Faire de la politique, ce n’est pas régler les problèmes. C’est faire taire ceux qui les posent ».

Pour empêcher que le silence soit d’or, il faut que la colère fasse beaucoup de bruit.

Gédicus

23 février 2018

 

Ce texte peut être librement reproduit à condition de n’être absolument pas modifié ; que la référence à son origine soit clairement indiquée et que ce ne soit pas dans un but commercial.

Site de Gédicus.

 

Appel depuis le Venezuela aux anarchistes d’Amérique latine et du monde, par “El Libertario”

La solidarité est beaucoup plus qu’une parole écrite

Repris du site La Voie du Jaguar.

 

Nous nous adressons à tous les organes d’expression du mouvement libertaire, en particulier ceux de notre continent, non seulement pour attirer votre attention sur la situation que nous vivons au Venezuela depuis avril 2017, mais sur ce qui est pour nous une urgence, c’est-à-dire faire en sorte que l’anarchisme au niveau international s’exprime plus fortement en ces dramatiques circonstances, avec des attitudes et des actions cohérentes par rapport à ce qu’ont été la prédication et la pratique de l’idéal anarchiste durant son parcours historique.

Il est déplorable de voir que pendant qu’une partie du gouvernement chaviste — dirigé aujourd’hui par Maduro — utilise ses relais médiatiques à l’extérieur du pays, les opposants de droite et de la social-démocratie mènent des campagnes tapageuses pour vendre à l’opinion mondiale leurs visions également biaisées et chargées. Ces campagnes n’ont pour but que de s’emparer du pouvoir. Pendant ce temps de nombreuses voix anarchistes, en dehors du Venezuela, ont maintenu un silence qui représente d’une certaine manière l’acceptation tacite de ce que les uns ou les autres des candidats avides de pouvoir de l’État veulent imposer comme « vérité ». Nous savons que les voix qui nous sont proches n’ont pas accès aux moyens d’information des étatistes de tout poil et que les compagnons affrontent des réalités complexes où il y a des thèmes et des problèmes qui par leur urgence réclament leurs immédiates préoccupations, mais nous pensons que cela ne devrait pas être un obstacle afin que d’une certaine façon, si modeste soit-elle, s’expriment l’attention, l’intérêt et la solidarité par rapport à ce qui se passe au Venezuela, de même que par rapport à tout ce que divulgue l’anarchisme dans cette région.

En bref, voici un résumé de ce que l’anarchisme local dit aujourd’hui. L’actuelle conjoncture met en évidence la nature fasciste du régime de Chávez — et sa séquence avec Maduro —, les gouvernements militaristes réactionnaires que nous avons toujours dénoncés dans notre journal El Libertario. Ce système a toujours été lié au crime, au trafic de drogue, au pillage, à la corruption, à la prison pour les opposants, aux tortures, aux disparitions en dehors de la gestion désastreuse au niveau économique, social, culturel et éthique. Chávez a réussi à impacter avec son leadership messianique et charismatique financé par la hausse du prix du pétrole. Mais après sa mort et la fin de l’abondance, le soi-disant processus bolivarien s’est dégonflé car il était soutenu par des bases faibles. Cette « révolution » a suivi la tradition rentière historique initiée au début du XXe siècle avec le dictateur Juan Vicente Gómez, poursuivie par le militaire Marcos Pérez Jiménez, et qui ne cessa pas dans l’ultérieur régime démocratique représentatif.

Certaines personnes au niveau international (Noam Chomsky en est le meilleur exemple) ont corrigé leur soutien initial à l’autoritarisme vénézuélien et aujourd’hui elles le dénoncent sans ménagement. Cependant, nous notons avec une grande préoccupation le silence des anarchistes de ce continent et d’autres sur les événements au Venezuela. Un adage dit : « celui qui se tait consent », ce qui arrive à la perfection lorsqu’on affame et on réprime de manière criminelle un peuple, quand ceux qui devraient protester ne disent que peu ou rien. Nous appelons ceux qui portent les drapeaux libertaires à se prononcer s’ils ne l’ont pas fait au sujet de notre tragédie. L’indifférence n’a aucune justification si vous avez une vision du monde anarchiste. L’inverse est de couvrir la farce du gouvernement vénézuélien, en oubliant ce qui a été dit par les anarchistes de tous les temps sur la dégradation du socialisme autoritaire au pouvoir. Peut-être que dans le passé le mirage « progressiste » du chavisme a pu tromper certains libertaires, mais en étant conséquents avec notre idéal il est impossible aujourd’hui de continuer à soutenir cette croyance.

Nous sommes en présence d’un gouvernement agonisant, délégitimé et répressif qui cherche à se perpétuer au pouvoir, désavoué par l’immense majorité de la population, qui assassine à travers ses forces répressives et les collectifs paramilitaires, qui favorisent aussi les pillages. Un gouvernement corrompu qui exerce un chantage avec les caisses d’aliments vendus au prix du dollar noir, qui est impliqué dans toutes sortes de négociations, un gouvernement de bourgeois bolivariens et de militaires enrichis avec les revenus du pétrole et les mines écocides. Un gouvernement qui affame et assassine, tout en appliquant un ajustement économique brutal en accord avec le capitalisme transnational qui paie régulièrement une dette externe criminelle.

Il est temps de démanteler les manœuvres pseudo-informatives de ceux qui prétendent à l’extérieur du pays contrôler le pays, comme celles de ceux qui aspirent à contrôler l’État vénézuélien, et pour cela nous espérons pouvoir compter sur le soutien actif des individus et des groupes libertaires aussi bien en Amérique latine que dans le reste de la planète.

Toute manifestation de solidarité anarchiste sera bienvenue pour le mouvement libertaire vénézuélien. Un mouvement petit et qui agit malgré de nombreuses difficultés, mais qui dans l’actuelle conjoncture appréciera énormément de savoir que nous pouvons compter sur les compagnons du reste du globe, soit par la reproduction et la diffusion des informations que publient les anarchistes du Venezuela, soit en générant des opinions et des réflexions qui démontent les visions qu’essayent d’imposer les autoritaires de droite et de gauche, et — ce qui serait beaucoup mieux — en faisant la promotion ou en soutenant les initiatives d’action dans leurs pays respectifs où se dénoncent les circonstances, la faim et la répression qui se vivent aujourd’hui au Venezuela. Maintenant, plus que jamais, votre présence et votre voix sont nécessaires dans tous les scénarios possibles où sera dénoncée la tragédie dans laquelle est plongé le peuple vénézuélien.

La rédaction d’El Libertario

12 mai 2017

Traduction : Daniel Pinós

Note finale d’El Libertario :
Une analyse plus approfondie et détaillée et des informations sur ce qui se passe au Venezuela, chaque jour, le blog dEl Libertario

Source : El Libertario