MARSEILLES[S] ~ Mai 2019 (Bis)

Ballade au Panier.

Les légendes rouges s’effacent, la vulve résiste.

Au Panier comme à la Plaine, ça expulse facile…

Ce qui n’empêche pas la municipalité de faire paisiblement sa propagande sur les panneaux en principe consacrés à l’information historique.

Retour sur La Canebière: l’armée protège le peuple. On se croirait en Algérie! et précisément…

…descendant de la Gare St-Charles, une (petite) manif, saluée par des coups de klaxons.

Ce lundi matin, été contribuer à la caisse des grève des travailleuses du nettoyage devant l’hôtel où elles (ne) travaillent (plus), Bd des Dames, M° Joliette.

Retour au Panier. Je connais ce regard! Je suis presque certain qu’il appartient à une gravure utilisée pour un collage publié dans les années 70 par les éditions Solin. Je vérifierai.

 

Contre le système, le régime et le pouvoir en Algérie ~ par Nedjib SIDI MOUSSA

Depuis le 22 février, pour la dixième semaine consécutive, le peuple est massivement sorti dans les rues d’Algérie pour exiger le départ du système, du régime, du pouvoir…

Et la détermination de la population est aussi importante que le flou entourant ces trois notions, tout comme les moyens à employer pour parvenir à ce but.

Si la fin ne justifie pas toujours les moyens, il existe néanmoins «une interdépendance dialectique» entre les deux.

C’est pourquoi il nous revient de préciser, dans la libre confrontation des idées, tant les méthodes à utiliser que l’objectif à atteindre.

«Système dégage!»

De quel système le peuple veut-il se débarrasser ?

Du « système Bouteflika » comme cela apparaît ici ou là, notamment du côté de ceux qui ont retourné leur veste pour prêter allégeance à Gaïd Salah ?

Si le problème résidait dans la seule personne de Bouteflika, alors la population n’aurait plus de raison de protester puisque le président sortant a démissionné.

Or, ce système n’est pas mort le 2 avril 2019. Sans doute n’est-il pas né non plus le 27 avril 1999, il y a vingt ans, presque jour pour jour.

Les slogans associent le système à une «bande». Des têtes ont commencé à tomber. Elles étaient jusqu’alors considérées comme intouchables voire innommables…

Alors, pourquoi ce malaise? Sans doute parce que chacun sait, sans se faire aucune illusion sur la justice, qu’il ne s’agit pas d’un problème de personne mais de pratiques qui font système.

Et nous pouvons les citer sans chercher à être exhaustif: corruption, népotisme, manipulation, obscurantisme, prédation, etc.

«Le peuple veut la chute du régime!»

De quel régime le peuple veut-il la chute?

Celui qui a décidé de l’interruption du processus électoral le 11 janvier 1992 ? Ou alors celui issu du « redressement révolutionnaire » du 19 juin 1965?

Et pourquoi ne pas remonter à 1957, 1830 voire au temps de la régence d’Alger, ou bien avant?

Les manifestants rejettent un régime qui plonge ses racines dans l’histoire précoloniale, coloniale et post-coloniale du Maghreb.

Mais les contestataires ne sont pas en lutte avec les fantômes du passé, même s’ils en utilisent les symboles. Ils sont confrontés à des obstacles du présent.

Le régime a une façade légale, avec son armée, sa police, ses services, son gouvernement, son parlement, ses assemblées locales, ses lois, sa constitution.

Cette dernière, pourtant anti-démocratique, a fait l’objet de bien des discussions et certains ont cru pouvoir y recourir pour appuyer les aspirations démocratiques du mouvement.

Il s’agit là d’une impasse et le mot d’ordre «nous avons dit tous, c’est tous» s’applique aussi bien au personnel politique qu’aux règles du jeu encore en vigueur.

«Pouvoir assassin!»

Ce pouvoir a assassiné en 2001, lors du printemps noir de Kabylie. En octobre 1988 aussi, mais pas seulement.

Le mouvement populaire connaît au moins deux victimes. Hassen Benkhedda, 56 ans et Ramzi Yettou, 23 ans.

Sans compter les nombreuses gueules cassées, ces fils de pauvres que certains n’ont pas hésité à qualifier de «provocateurs», de «voyous» ou de  baltaguia».

Honte à ceux qui salissent ces jeunes qui ne se font aucune illusion sur les forces de l’ordre et qui ont subi la répression la plus brutale, avant même le 22 février.

Alors, quel est ce pouvoir qui se dresse devant les manifestants? C’est d’abord celui de l’État protégé par ses hommes en armes et en uniformes.

Mais il y a aussi d’autres pouvoirs, à savoir ceux qui inhibent des manifestants qui n’osent pas utiliser leur force extraordinaire dans un but déterminé.

Ces pouvoirs qui bloquent l’initiative et brident le mouvement populaire sont aussi ceux qui structurent la société. Il faut les désigner sans établir de hiérarchie.

C’est le pouvoir des patrons sur les salariés et les chômeurs ; celui des hommes en armes sur les civils ; celui des religieux sur les non pratiquants et les non croyants ; celui des hommes sur les femmes ; celui des vieux sur les jeunes ; celui des commerçants sur les consommateurs et les producteurs ; celui des nationaux sur les étrangers, etc.

Tel était l’état de la société avant le 22 février. Et il était loin d’être satisfaisant pour les partisans sincères de la liberté et de l’égalité. A-t-on fait un pas en avant depuis ? Est-il possible d’aller plus loin encore ?

Or, le système, le régime, le pouvoir procèdent de ces rapports d’exploitation et de domination qui structurent la société algérienne comme toutes les autres.

Si l’on désire sincèrement mettre fin au système, au régime et au pouvoir, alors il convient de transformer tous les rapports sociaux qui en sont les fondements. Il s’agit encore de l’assumer et de l’affirmer.

Quelle transition?

C’est ce chemin que l’on doit désigner par «transition», à savoir celui qui nous mène de l’état actuel des choses à l’émancipation individuelle et collective.

En mettant fin, au passage, à l’empoisonnement massif causé par l’industrie agro-alimentaire, à l’enlaidissement des paysages par les bétonneurs et à l’encombrement des rues par des véhicules polluants.

Cela ne signifie pas l’adhésion à une «feuille de route» élaborée par des états-majors civils ou militaires et qui fixerait des étapes consensuelles afin que tout change pour que rien ne change.

Le capitalisme néolibéral et la démocratie représentative sont partout en crise. On ne peut pas se réclamer du peuple, s’appuyer sur les classes populaires, et défendre un agenda contraire à leurs intérêts.

On ne peut pas appeler au «changement radical» et hésiter à affirmer, maintenant, des principes élémentaires que sont la liberté de conscience, le refus de tous les racismes et l’égalité entre les femmes et les hommes.

Et ce principe d’égalité concerne tous les aspects de la vie : en matière de salaire, d’héritage, de libre disposition de son corps, etc. Autant de choses à conquérir par la lutte autonome sans céder au chantage de l’unanimisme.

Quant au racisme, il y a des slogans qui salissent un mouvement pourtant historique. Pourquoi qualifier les tenants du pouvoir de «Marocains» ou de «juifs»? Ne sont-ils pas Algériens et musulmans?

On ne peut pas parler au nom des travailleurs et marcher pour défendre des oligarques, des milliardaires, ou couvrir des bureaucrates syndicaux qui ont piétiné les droits des salariés.

Les manifestations et les grèves dans le monde du travail doivent rester sur un terrain d’indépendance de classe. C’est sur cette base que les exploités peuvent s’organiser, se fédérer, loin de toute confusion.

Les syndicalistes de l’UGTA opposés à Sidi Saïd affirment avec justesse que « la question démocratique ne saurait être dissociée de la question sociale ».

Les travailleurs du complexe Tosyali dans l’Oranie ont raison de faire grève pour la revalorisation des salaires, l’intégration des précaires et la cessation des licenciements abusifs. Il s’agit maintenant de généraliser la grève avec tous les secteurs en lutte!

Les chômeurs ont eu raison d’occuper le complexe d’El Hadjar, par centaines, pour exiger leur recrutement. Ils montrent la voie à suivre, celle de l’action directe, de masse et de classe.

Chacun sait que les manifestations du vendredi ne suffiront pas à changer l’ordre des choses, à créer des rapports égalitaires, à modifier les règles du jeu sans passer par des élections ou une Assemblée constituante.

Pour l’auto-organisation

L’auto-organisation devient urgente. Il ne s’agit pas de se perdre dans des controverses inutiles sur les réseaux sociaux, ces armes de surveillance et d’intoxication massives, mais de créer des comités concrets sur les lieux de résidence, de formation ou de travail «où les individus délibèreront de la prise en charge de tous les aspects de la vie quotidienne, sans la médiation de l’État ou des professionnels de la représentation».

Ces comités pourraient décider de leur propre «feuille de route» pour répondre à l’urgence sociale et démocratique: expropriation des biens des patrons-voyous et politiciens corrompus; gestion par les travailleurs de l’outil de production; réquisition des locaux attribués aux formations du régime ; animation de la vie culturelle et sociale; création d’institutions solidaires répondant aux aspirations de la population, etc.

En devenant de véritables universités populaires, ouvertes à toutes et tous, où l’on parlerait les langues du pays dans leur diversité, ces comités pourraient devenir des lieux de critique et d’expérimentation sociales, consacrant le triomphe des libertés individuelles par la lutte collective, sans rien attendre du système, du régime et du pouvoir que nous combattons.

Voici les quelques remarques que je voulais partager avec vous ce soir.

Salut aux révolutionnaires d’Algérie et de tous les pays!

Nedjib SIDI MOUSSA

Paris, le 26 avril 2019

Intervention de l’auteur lors de la rencontre intitulée «Transition indépendante pour une Algérie libre et démocratique» organisée par l’association Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA), vendredi 26 avril à Paris.

 

 

Algérie. «Cette rue est à nous. Cette rue est nous!» ~ par Georges Riviere

Au lendemain du gigantesque raz-de-marée humain qui a envahi Alger, nous nous laissons toutes et tous aller à un sentiment d’allégresse et de légèreté, teinté d’une certaine inquiétude quant à la suite. L’immense qualité de ces mobilisations qui nettoient le pays de la honte du troisième et du quatrième mandat n’est pas tant que ce séisme populaire a son épicentre et sa zone de fracture au cœur même du système, mais surtout peut-être ce que dit le mouvement par son existence même, sa manière d’être, la mutation des comportements; pas seulement ce qu’il formule mais la façon dont il le formule.

 

C’est d’abord sa spontanéité et son autonomie. Il a surgi de toute part, comme d’une terre fissurée, embrasant toutes les willayas, du nord au sud, d’est en ouest, sans préparation occulte ni mot d’ordre concocté, à l’insu de toutes les organisations politiques et des collectifs de la société civile, qui avaient cependant diagnostiqué le mal-être du pays. Le couvercle qui étouffait tant de désirs de justice et de liberté, de frustrations, qui masquait tant d’humiliations, de mensonges historiques, de batailles réprimées, de victimes, et de pillage du patrimoine national, sautait avec toute la marmite. Le mépris, la hogra, était devenu insupportable et les jeunes étaient prêts à mourir en mer, sur des embarcations de fortune. Un slogan disait : «À force de nous mépriser, vous nous avez sous-estimé». Il disait tout.

La «vieille taupe» avait creusé ses galeries sous le pied des dirigeants.

C’est aussi son auto-organisation, son ordre de marche, tous les rouages se mettant spontanément en marche par une forme d’intelligence collective sous-jacente. La foule, massive, compacte, où il est difficile de se frayer un chemin, où tout peut arriver, fait preuve d’un calme stupéfiant, d’une sorte de douceur, d’une vigilance de tout moment, d’un souci particulier de son image. Elle en sait, cette génération Facebook, l’importance. L’Algérien dément ici sa réputation de nervosité et d’impatience, il casse cette représentation: «Silmiya, silmiya» devient un leitmotiv «pacifique, pacifique» (racine «slm», la paix comme dans salam ou islam). Même les jeunes qui grimpent sur les arbres ou les pylônes électriques sont sommés de descendre. Des comités de vigilance se constituent. Et lorsqu’un homme, adossé à un mur, dit doucement «Tous à El Mouradia» (le quartier où il y a le palais présidentiel) chacun sait qu’il s’agit d’un provocateur. Tout le monde a en tête la tentative d’incendie du Musée du Bardo, du Musée des Antiquités où l’attaque [de] l’école des Beaux-Arts (la plaque commémorant l’assassinat du directeur des Beaux-Arts Ahmed Asselah et de son fils Rabah en 1994 a même été arrachée), en marge de la manifestation du 8 mars. Les chiens, lâchés, y avaient tendu un piège aux policiers, poignardant plusieurs d’entre eux. Il ne s’agissait pas, bien sur, des manifestants. De même des sacs remplis de pierres avaient été prédisposés le long de la marche par des mains «mystérieuses», et ont été heureusement découverts. Vigilance. On connait, ici, les armes du pouvoir.

La marche devient un lieu de rendez-vous vigilant mais festif : les groupes d’ami·e·s se sont souvent regroupés par quartiers (des pancartes portent des noms de quartier, Birkhadem, Bouzareah, Draria), bricolant les panneaux improvisés sur des morceaux de carton, de contreplaqué, ou alors au contraire les ayant imprimé sur des supports sophistiqués, contrecollés. Ils ont concocté des déguisements aux couleurs nationales, crêtes, casques, se sont habillés de drapeaux. Ils convergent, en ordre, vers le centre-ville. Tout est décentralisé et part des tréfonds de la ville: c’est la créativité joyeuse des quartiers populaires…

C’est encore la stupéfiante mue des comportements quotidiens qui en découle, le revirement à 180° des attitudes courantes. À une rue difficile, souvent morose, où domine le machisme et où les femmes sont trop souvent harcelées (il y a eu un long et pénible affrontement autour de la loi criminalisant la violence faite aux femmes et de l’introduction de la notion de harcèlement dans les lieux publics, jugées contraires «au loi de l’islam» par les islamistes: «On ne peut pas criminaliser un homme qui a été excité par une femme» a même dit un député de l’Alliance Algérie Verte») répond une rue où femmes voilées ou pas, en abaya ou en jeans, ensemble, se réapproprient la rue sans crainte. L’abrogation du code de la famille, qui fait des femmes des mineures à vie, a été amendé, mais nullement abrogé. La lutte continue. Mais à cette situation inédite les «jeunes» répondent avec déférence, courtoisie, à tel point qu’une jeune femme se demande: «Est-ce que ce sont les mêmes?». Pas de remarques déplacées ou de drague intrusive, mais une attention respectueuse de rigueur. Il y a une grande colère. Une détestation viscérale portée par l’immense énergie de la foule très jeune. Et il y a en même temps une grande douceur, une extrême gentillesse des gens. Étrange et émouvante coexistence.

 

C’est le rapport à l’espace public qui est transfiguré : qui vit en Algérie sait à quel point la déficience du service public affecte la propreté des villes, crée un environnement délaissé où les ordures s’accumulent et que chacun entretient à sa façon peu ou prou : comme si à la dépossession de l’espace politique devait répondre un désintérêt pour l’état de la ville, territoire étranger et potentiellement hostile, séparé de l’intime, a contrario parfaitement entretenu. Soudain, alors que plus d’un million de personnes se trouve entassées dans les avenues, plus rien ne traine: les jeunes sont avec de grands sacs à ramasser méticuleusement papiers, canettes, emballages divers qui jonchent les caniveaux. Une manière de dire : «Cette rue est à nous, cette rue est nous».

C’est enfin l’humour, la dérision, l’ironie mordante des pancartes et banderoles qui n’est plus cette «politesse du désespoir» de la décennie noire, mais l’esprit de la reconquête. Chacun·e est sorti de son repli, s’est extrait de son Facebook obsédant, des affrontements de la toile ou beaucoup est amitié factice et facile ou bien détestation et haine instrumentalisées. Ici drapeaux national et berbère sont côte à côte, couleurs multiples d’un même pays qui prouve que diversité et unité sont complémentaires. «Tahia Djazaïr» (Vive l’Algérie) et «Enoua weguy th’Imazhighen» (Nous sommes des berbères) sont scandés simultanément, sans doute au grand dam des incendiaires de tout poil. Les slogans fusent, les langages se mélangent avec un total respect; les invectives de «séparatisme» ou d’«islamo-baâthisme» sont exclues. Tout autant l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques, tant redouté, est totalement exclu des marches.

Tout fait preuve d’une intelligence politique, d’une capacité à subvertir les comportements et les mentalités à ce point massive et partagée qu’il semble impossible de revenir en arrière. Les chants de stade des supporters de l’équipe algéroise de football, le Mouloudia, illustrent clairement la contestation sociale du peuple. Le pouvoir s’y fait insulter.

Le peuple est dans la rue. Le pouvoir vacille… Tous les scénarios sont posés sur la table. Les pires et les meilleurs.

Bien fort est celui ou celle qui peut prédire ce que sera demain.

Georges Riviere

Alger, 16 mars 2019

via l’association Centre de Recherches pour l’Alternative Sociale (CRAS 31).

Nota.

Je publie ce texte pour son intérêt documentaire. L’auteur me paraît moins bien inspiré quand il passe du constat à l’approbation moralisatrice. À propos de la violence notamment.

Constater l’originalité et l’efficacité – dans une configuration politique donnée qui peut basculer du jour au lendemain – d’un mouvement de «non-violence active» est une chose (utile). Dénoncer comme essentiellement complice du pouvoir quiconque est (voir photo récemment publiée sur ce blogue) et sera tenté de ou amené à caillasser ses flics et ses militaires est une légèreté qui peut s’avérer criminelle.

Souad Massi chante la liberté

Ayant dès la première heure exprimé leur soutien et leur solidarité avec le hirak, mouvement populaire algérien, Souad Massi et Hocine Sidi Bémol ont publié  Fi Bali, une chanson dont Souad Massi est l’autrice et compositrice. Hassan Massi a fait les arrangements, Hamza Debbah, la réalisation et le montage. Ils se sont entouré·e·s de Mahdi Dalil, guitare et mandole, Mokrane Adili, au violon, Rabah Khalfa, à la percussion et au chant, Guy Sangué, à la basse, Cyril, ingénieur, au studio Syber Sound.

Le clip s’ouvre sur une dédicace :

Cette chanson est un salut du cœur au peuple résistant, d’amour et de beauté. Une jeunesse éprise de liberté. J’ai été honorée de me trouver parmi eux lors des manifestations (de la liberté et de la dignité, en France). Une jeunesse qui milite avec civisme pour une Algérie plus belle, où le soleil irradiera la liberté.

«Combien de questions auxquelles je n’ai pas trouvé de réponses

Combien le proche s’est transformé et s’est absenté

Avec le titre (l’adresse) tu a compris

tu as éteint la bougie et fermé la porte

le navire dont tu étais le ‘‘raïs’’ (le capitaine) a sombré

j’ai vu la mort m’étreindre

elle s’est jouée de moi

et chaque vague me rejetait

un, est oppressé depuis longtemps

je suis joyeuse avec lui, dans les vicissitudes de la vie

et le troisième, tapi, caché

il sort quand on pose la table

O celui qui a trop calculé, tellement

que tu t’es trompé de calcul

la ‘‘h’ssira’’

le tapis étalé s’est usé

et la maison qui ne possède pas de fondations ni de porte

un vent de rien du tout et elle part, emportée

dans cette île point de chemin indiqué

et le navire s’éloigne

et tu n’as pas étudié ‘‘la science des étoiles’’

et la sirène t’attend…»

[Avec El Watan]

En Algérie comme à Paris, y’a des fois, faut bien s’défendre!

El la «révolution du sourire» par ci, et les fleurs offertes aux flics par là. Et la tant grande responsabilité des foules en mouvement etc.

On a beau ne pas être un fétichiste de la baston, connaître des exemples – y compris durant la Révolution française (voyez mon blogue La Révolution et nous) – de manifestations à la fois offensives et non-violentes, au bout d’un moment ça commence à vous échauffer les oreilles…

Et puis on tombe sur une photo prise à Alger le 8 mars dernier.

Ah d’accord!

Bon ben on avait mal compris, c’est tout…

Les bisounours peuvent pratiquer avec grâce le lancer de grilles de protection des arbres.

Sont comme nous finalement! Pas violents pour deux sous, mais faut pas les chercher, c’est tout…

Ah, les braves gens!

“ALLÔ LE SYSTÈME!” ~ par Raja Meziane

C’est un ouragan arrivé

Les zwawla [les démunis] se sont levés

les enfants du peuple sont sorti/

et Moh, moul tabla [vendeurs de cigarettes]

les caisses sont vides

le pays est à l’arrêt

rongé jusqu’à l’os

ça perdure 

vous avez détruit l’éducation

et c’est la débandade

société handicapée

la culture absente

le peuple qui saute dans les embarcations

et vous, vous croyez que vous allez rester éternellement

vous nous avez enterrés vivants

et vous avez laissé les morts diriger

Nous sommes la risée de toutes les nations

et nous avons régressé

il y a des gens qui crèvent de faim encore

et vous, vous êtes joyeux

vos enfants s’amusent

vous avez érigé un mur à Club des Pins [résidence de la nomenklatura]

où vous vous cachez

des milliers de milliards partis en fumée

et vous continuez à être cupides, avides

trayant la vache

vous vous êtes partagé la récolte et le pétrole

vous nous avez écrasés

et aujourd’hui, nous n’allons pas nous taire

nous n’avons pas peur

nous revendiquons une République populaire 

démocratique mais pas monarchique

le zawali [le démuni] souffre

du cadre

il vomit

allô, système!

tu m’entends, ou bien je suis en train de parler toute seule?

alors, écoute-moi bien, ô flagorneur, je te l’ai déjà dit à la quatrième, oublie-moi, je ne mange pas de ce pain

vous avez «dévoré» le pays, ô harkis

tout est à l’arrêt

et maintenant, vous voulez rajouter la cinquième [ouhda, mandat]

vous avez cru que la jeunesse dormait

nous sommes sortis dehors pour dire, c’est bon, stop

et la peur vous gagne

vous avez perdu,

nous avons gagné

nous n’avons rien oublié

et nous ne vous pardonnerons pas

vous avez trahi l’histoire et le Révolution

il y a toujours des témoins

nous vous tenons rancune

inch’allah, ce pays reviendra

et vous serez humiliés… foutez-nous la paix, ô bandits