Le filtre de la mémoire

J’ai revu More, le film de Barbet Schroeder. J’en avais à peu près tout oublié, alors que j’en gardais l’idée vague d’un film «marquant». J’avais oublié que le personnage de jeune femme paumée jouée par Mimsy Farmer était à ce point destructeur et autodestructeur (je me souvenais vaguement de la drogue, mais la drogue ne m’a jamais intéressé). J’avais oublié à quel point son jeune (et bel) amant est crétin et possessif, assez crétin d’ailleurs pour se laisser embarquer dans la came et en crever.

Je ne me souvenais que de deux images: la première où Mismy pousse son amant dans les bras de sa copine dépressive (ou bien c’est juste pour lui faire oublier qu’elles sont probablement amantes); la seconde, lorsqu’ils font l’amour, elle à califourchon sur lui: on ne voit que son dos à lui, mais son – beau, tendre et mélancolique – visage à elle

Au fond peut-être ai-je retenu le meilleur…

Michael Jackson est mort plus jeune que moi. Trop nul! (2009)

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i j’avais un blogue, je dis si, parce que en réalité, ça n’est pas un blogue que vous lisez là, pas au sens d’un journal alimenté plus ou moins quotidiennement par des textes courts et d’actualité. Bref ! si j’avais un blogue (rien ne dit qu’un jour, d’ailleurs[1]…) j’aurais réagi, non pas au décès de Michael Jackson, mais à l’ahurissant battage médiatique qu’il a suscité, suscite encore, et auquel je dois reconnaître que je participe ici même (après avoir néanmoins attendu, par décence, que le grotesque cercueil doré à l’or fin soit cloué et enterré).

On me dit que Jackson est le chanteur qui a vendu le plus de disques dans le système solaire. C’est le genre d’information quantitative et financière qui me laisse absolument froid (oh ! pardon ! Disons « indifférent »).

On m’assure qu’il avait une espèce de génie musical et chorégraphique. Je suis tenté de reconnaître mon incompétence en la matière. Le genre de musique que produisait le défunt me laisse… indifférent. Dans le genre, j’aime mieux Prince.

Que reste-t-il donc qui est supposé retenir mon attention et justifier l’hystérie planétaire et macabre et une Thema d’Arte ?

– Un garçon né noir de peau, qui essaie de devenir blanc.

– Un type qui consacre ses royalties à se faire refaire la façade (par des escrocs qui lui font un pif avec lequel il devait être impossible de respirer).

– Un vieux petit garçon, peut-être victime de harcèlement sexuel dans l’enfance, certainement exploité, et qui semble développer une fâcheuse tendance à la reproduction des situations traumatiques.

– Un drogué maladroit qui se fait injecter des saloperies dans les veines, en plus de celles qu’il avale, pour ne pas vieillir… et qui meurt bien avant le terme normal de sa vie d’homme riche occidental.

Au pire, c’est détestable ; au mieux, c’est pitoyable.

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[1] Mon esprit visionnaire se révèle ici une fois de plus. Note de 2014 (hep ! inutile de rebloguer frénétiquement, je plaisante).

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Plutôt que de communier sur Arte, je pense que je vais revoir Des Trains étroitement surveillés, un film du cinéaste tchèque Jiri Menzel. Hier soir, j’ai regardé Mon cher petit village. C’est drôle, frais, inventif, chaleureux. Un excellent antidote, que je vous recommande, au culte des morts-vivants.