Martin Zerner est mort

 

Martin Zerner est mort. J’avais, pour ma part, croisé ce vieux militant internationaliste et marxiste-léniniste* dans les luttes de solidarité avec les sans-papiers, notamment après l’incendie du CRA de Vincennes; il avait aussi participé à l’Assemblée de Montreuil, au début des années 2000. Je reproduis ci-dessous un communiqué diffusé par des camarades qui l’ont davantage côtoyé.

*Je me souviens qu’il avait protesté parce que, dans un texte de présentation de l’Assemblée (très majoritairement libertaire), j’avais omis la présence de deux militants marxistes-léninistes, dont lui-même.

Salut Martin, nous continuerons a tenter d’abattre les frontières

Notre camarade Martin Zerner est mort samedi 9 décembre 2017. Dire que notre camarade est mort c’est évoquer nos luttes communes et l’exigence politique partagée dans nos débats. Il était colérique et exigeant de lui, comme de ses interlocuteurs, mais aussi plein d’humour et de recul. Martin, c’est aussi une histoire, un pan d’histoire qui s’est irrémédiablement tourné.

Sa famille fuit l’Autriche et les nazis en 1938 et vient se réfugier en France. Sous le régime de Vichy, il sera traqué et séparé de ses parents parce que classifié juif. De cette expérience, il a tiré son refus des catégorisations, des assignations en fonction des origines supposées. De ses parents qui ont refusé de se faire ficher en se signalant comme juifs et ont choisi très tôt d’entrer dans la clandestinité et la résistance, il a aussi gardé en mémoire qu’il fallait se méfier des assurances des États et gouvernements quels qu’ils soient et que choisir la lutte était une voie certes incertaine, mais aussi pleine de promesses. Anticolonialiste et internationaliste convaincu, il s’est engagé pour soutenir les Algériens dans leur guerre de libération nationale contre l’État français, combat qu’il a mené du côté du soutien actif au FLN. Militant à l’université de Nice, il a croisé les luttes des travailleurs immigrés.

Tout au long de sa vie, son engagement il l’a vécu en tant que communiste sans parti. Mathématicien et historien des sciences de profession, il refusait les cloisonnements et mêlait ses engagements militants à son milieu professionnel.

À Paris, les plus vieux d’entre nous ont connu Martin au milieu des années 90, notamment autour de la lutte des sans-papiers de Saint Bernard. À partir de 1997, à Paris, il milite dans le collectif « 13 actif » avec le slogan « des papiers pour tous ». Il participe activement aux combats de l’après circulaire Chevènement : manifs, réunions publiques, occupations d’églises ou encore de l’ambassade du Vatican avec les personnes sans-papiers mais aussi d’agences Air France pour dénoncer sa collaboration aux expulsions… À partir de 1998, il participe à la création du Collectif Anti-Expulsion, et donc aux blocages des trains emmenant les Algériens vers Marseille pour les y expulser par bateau ou intervenant inlassablement dans les aéroports et devant les centres de rétention. Se considérant non pas comme un soutien mais comme une personne combattant pour la liberté de circulation et d’installation, il reste toujours en lien avec les personnes sans-papiers organisées au sein de collectifs autonomes de luttes tels que le 6e collectif, le collectif de la Maison des ensembles puis le 9e collectif.

À partir de 2006, la chasse aux personnes sans-papiers qui s’accentue alors, voit l’émergence de nouveaux réseaux de lutte tels que RESF (Réseau Éducation Sans Frontière). Martin participe alors au RESF du 13e arrondissement de Paris en conservant ses exigences politiques, refusant toute logique du cas par cas et faisant vivre au sein de son groupe local le mot d’ordre « Des papiers pour tous ».

Parmi ses derniers combats, nous citerons son investissement dans le Collectif de soutien aux Inculpés de Vincennes pour faire libérer et relaxer les personnes sans-papiers accusées d’avoir incendié le centre de rétention ainsi que la réalisation de la brochure « Sans-Papiers : s’organiser contre les expulsions » et sa participation aux émissions de radio de Sans Papiers Ni Frontières dans le cadre de l’émission anti-carcérale l’Envolée. Nous nous rappellerons aussi, que malgré l’âge avançant, malgré son boitement puis plus tard ses béquilles, Martin était toujours présent : contre les rafles dans les 18e et 19e arrondissements, sur le marché à Barbès pour y distribuer tracts et brochures « S’organiser contre les expulsions », dans les tribunaux quand il y avait besoin de présence solidaire ou encore devant les prisons de toutes sortes.

« Si vous avez besoin de quelque chose, dites-le nous, nous vous apprendrons à vous en passer  ».
Martin aimait rapporter cette phrase qui était affichée dans un camp de réfugiés où quelqu’un de sa famille avait été placé pendant la seconde guerre mondiale. Si nous la rapportons aujourd’hui, c’est parce qu’il est des êtres dont nous ne voudrions pas avoir à apprendre à nous passer…. Et que toi camarade Martin, tout éloigné-es que nous ayons pu être ces derniers mois, tu en fais partie.

Des camarades de lutte et ami-es

RÉVEILLON[S]-NOUS! contre l’état d’urgence — Bonne année aux révolté(e)s! (2005-2006)

L’Assemblée de Montreuil (voir les textes sous ce lien) réussit le joli coup d’une manifestation non-déclarée, mais publiquement annoncée, en plein centre de Paris, la nuit du réveillon, et sous état d’urgence — donc doublement illégale.

Certes, le pouvoir aurait eut les moyens d’interdire militairement le défilé, mais cet épisode agréable aux mémoires des participant(e)s est aussi un encouragement pour les révolté(e)s de l’avenir : les situations apparemment les plus défavorables recèlent des contradictions et des interstices qu’il est possible d’exploiter (au lieu, un soir de réveillon, de se lamenter, de s’emmerder en famille, ou de se bourrer la gueule entre potes en glosant sur la soumission du vulgaire).

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[Tetxe d’un flyer d’appel à la manifestation. Deux autres sont reproduits.]

L’Assemblée de Montreuil, qui se réunit depuis un mois en solidarité avec les émeutes et contre l’état d’urgence a décidé d’une manifestation à Paris, le soir du 31 décembre

CONTRE L’ÉTAT D’URGENCE OCCUPONS LA RUE !

RÉVEILLON[S]-NOUS !

À PARIS CORTÈGE LE 31 DÉCEMBRE AU SOIR

de ST-MICHEL vers LA PRISON DE LA SANTÉ

RENDEZ-VOUS 23H FONTAINE ST MICHEL

Apportez Sifflets, pétards, flambeaux…

VIVE LA RÉVOLTE !

LIBÉRATION DES PRISONNIERS !

Cette idée est bien entendu librement adaptable partout ailleurs.

 J’ajoute que ce sera une bonne occasion de souhaiter bruyamment

BONNE ANNÉE AUX RÉVOLTÉ(E)S !

BONNE ANNÉE AUX ÉMEUTIERS !

BONNE ANNÉE AUX INSURGÉ(E)S !

 

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[Le tract distribué dans la manifestation.]

Parce que la révolte qui a embrasé les banlieues n’est pas finie

Parce que les révoltes ont un sens

Nous refusons

La police qui harcèle, tabasse et assassine

Une justice de classe qui brise en enfermant

Les réponses des politiques aux cris de la jeunesse : interpellations et condamnations en cascade, emprisonnement, flicage généralise, restriction des libertés, politiques migratoires liberticides, rafles et déportations de sans papiers.

La montée flagrante des discours néo-coloniaux et racistes des politiques, journalistes ou analystes de tous bords

Libération des prisonniers !

Loin des institutions, des partis, des organismes, de tous ceux qui ont condamné les violences, nous exprimons notre soutien aux révoltés

À ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans les discours médiatiques, politiques, des porte-parole autoproclamés des banlieues, dont la fonction était de ramener le calme

À ceux et celles qui n’ont pas envie de se retrouver dans des manifestations prétextes organisées par des organisations et partis

À ceux et celles qui ne veulent pas, une fois de plus, se contenter d’une critique passive de la violation croissante des libertés alors que nous sommes sous le coup d’un état d’urgence.

À ceux et celles qui ne veulent pas stigmatiser le seul Sarkozy quand c’est une logique étatique et économique d’écrasement qui se développe

À ceux et celles qui pensent qu’il est toujours possible de s’organiser malgré l’isolement généralise et qui refusent de laisser les émeutiers seuls face à la répression

Réunions ouvertes, chaque jeudi, 19h

Bourse du travail de Montreuil, 24 rue de Paris (Métro Croix de Chavaux- ligne 9)

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VŒUX EN FORME DE COMPTE RENDU

Le cortège prévu a rassemblé environ 250 personnes avec torches et sifflets.

Par le Bd St Michel, la rue Soufflot puis la rue Mouffetard, la manifestation a atteint sans encombre le Bd Arago. Là, les forces de police (hommes et cars) se sont portées à notre rencontre.

Capture d’écran 2014-11-28 à 10.55.55Les flics auraient pu mettre en place un dispositif fixe plus bas sur le Bd bien longtemps avant notre arrivée, qui leur était bien entendu signalée. Le fait qu’ils descendent vers nous pouvait donner à penser qu’ils avaient décidé de disperser la manif.

Nous avons enfilé une rue latérale et avons été coincé(e)s rue Léon-Maurice Nordmann. Une partie des manifestant(e)s étaient en dehors du dispositif. Une bonne centaine sont restés coincés là 2 heures. Il était plausible qu’un embarquement collectif se préparait. Au bout de deux heures, l’occasion d’une rupture du front (une voiture déplacée par ses propriétaires le long du trottoir où nous étions parqué(e)s) a été mise à profit et, en poussant très fort, tout le monde a pu s’échapper. À ma connaissance, à part quelques horions, pas de blessé(e)s. Pas non plus d’interpellation.

Il est dommage que nous n’ayons pas pu atteindre l’objectif matériel prévu, c’est à dire la prison de la Santé.

Cependant, l’objectif politique de la manifestation a été atteint : une manifestation contre l’état d’urgence, en soutien aux émeutiers et à tous les prisonniers et à toutes les prisonnières, dans la capitale d’un pays sous état d’urgence, la nuit de réveillon la plus surveillée.

Si nous n’utilisons pas les marges de manœuvre, les interstices, les contradictions du système d’exception qui se met en place, nous laissons un couvercle se refermer sur nos têtes sans réagir.

Bonne année éveillée à toutes celles et tous ceux qui ont marché avec nous (nous ne nous connaissions pas tous/toutes), et à celles et ceux qui étaient hors de Paris ce soir là et à tous ceux et celles qui se rebiffent partout !

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À Lyon

Une trentaine de personnes se sont rassemblées le 31 au soir devant la prison pour femme à Montluc, en solidarité avec les prisonnières pour l’abolition de toutes les prisons. Armées de pétards et de feux d’artifice, elles ont brisées pour quelques instants l’isolement de celles qu’ont parquent derrière de hauts murs pour rappeler la toute puissance de l’État.

Après être restéEs quelques minutes entre l’entrée de la prison et le chantier du nouvel hôtel-de-police/château-fort, d’où plusieurs fusées ont été tirées en direction des cellules, les artificierEs solidaires ont réussi à attirer l’attention des taulardes qui ont répondu en faisant un maximum de bruit. Malheureusement, comme il se doit, ceCapture d’écran 2014-11-28 à 10.55.39 cours moment d’évasion symbolique à été interrompu par l’arrivée des forces de l’ordre. Les manifestantEs se sont alors éloignéEs au cri de « mur par mur, pierre par pierre, détruisons les prisons », vivement approuvé par les prisonnières. Comme ils et elles revenaient sur leurs pas et continuaient de tirer quelques fusées, les flics ont décidé de leur montrer, au cas ou on l’aurait oublié, qu’ils sont encore les plus forts (c’est pas toujours le cas, ça le sera peut-être pas toujours). Une voiture devant, une derrière, une dizaine de milichiens matraque à la main, « tous contre le mur, sortez vos papiers ! ». « Comme à l’époque » réplique-t-on dans le rang des contrôléEs, ce qui énerve passablement nos très républicains flicaillons au (léger) coup de matraque facile. Contrôle d’identité, fouille, confiscation du dangereux arsenal festif, profondes analyses géopolitiques (« c’est des anarcho-libertaires de la Croix-Rousse »), et tout le monde est libre. Le lardu-en-chef tiens quand même à préciser que ses hommes ne sont pas des SS. Comme si parmi les flics et militaires de tous les pays et de toutes les époques seuls les soldats nazis avaient utilisé leur rôle de gardien de l’ordre pour assouvir leur soif de domination.

(Extrait d’un communiqué publié sur Indymédia)

Actions pour la liberté de circuler (2006)

Je republie un texte d’appel à une action «portes ouvertes» dans le métro parisien, le jeudi 4 mai 2006, lancé en commun par l’Assemblée de Montreuil et le Réseau pour l’abolition des transports payants (RATP).

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LIBERTE DE CIRCULER

REAGIR CONTRE LA REPRESSION

AGIR POUR UNE VRAIE SOLIDARITE DANS LES TRANSPORTS

Depuis 2001, le RATP – Réseau pour l’Abolition des Transports Payants – revendique les transports gratuits pour toutes et tous et essaye de faire vivre la lutte, en la nourrissant de réflexions, de débats et d’actions concrètes. En effet, la justification des transports payants n’est absolument pas économique, mais politique. Le ticket ne constitue qu’une part limitée (25% selon le site du STIF, le syndicat des transports d’Ile de France) des recettes financières des entreprises de transports, qui sont financées essentiellement par l’argent public. Finalement le coût du ticket ne sert qu’à payer les outils de notre propre contrôle (tourniquets, cartes oranges ou navigo, contrôleurs, etc.) !!!

Le ticket est le prétexte à toutes les polices…

Les transports payants sont un instrument privilégié de contrôle et « d’apartheid social ». Le ticket est le prétexte à toutes les polices : police des étranger-e-s, des pauvres, des jeunes, des militant-e-s, des révolté-e-s, etc. On s’étonnera donc moins que les transports, tels qu’ils sont conçus aujourd’hui, ait pu être l’une des cibles de la révolte de certains quartiers en novembre 2005, là où règne une véritable relégation sociale.

…et à une véritable criminalisation de la pauvreté

L’arsenal répressif s’est d’ailleurs particulièrement développé dans les transports et la situation est aujourd’hui préoccupante. Entre autre, la loi de sécurité quotidienne, votée sous le gouvernement de la gauche plurielle en 2001, a créé le délit de fraude d’habitude. Résultat : c’est jusqu’à 7 500 € d’amende et 6 mois d’emprisonnement qui attendent le ou la sans-ticket qui cumule plus de 10 PV non réglés sur une période de 12 mois. Ces lois répressives sont bel et bien appliquées. A la fin 2005, on peut estimer à 10 000 les dépôts de plainte pour délits de fraude habituelle (dont 7 000 par la Sncf sur toute la France, 2 000 par la Ratp en Ile-de-France, et 1 000 cumulés sur tous les autres réseaux urbains : Marseille, Lyon, Orléans, …), ayant conduit à plus de 3 000 jugements déjà rendus, dont environ 1/3 de prison ferme, 1/3 de prison avec sursis et 1/3 de « simple » amende. A quoi s’ajoutent des pouvoirs accrus pour les forces de l’ordre dans les transports, des systèmes de vidéosurveillance et de contrôle de nos déplacements de plus en plus perfectionnés.

C’est pourquoi le RATP et l’Assemblée de Montreuil revendiquent :

-  la gratuité des transports collectifs et la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous

-  la création ici et maintenant d’outils d’entraide et de solidarité, comme les mutuelles de sans-ticket.

-  l’arrêt de toutes les poursuites judiciaires et la libération immédiate de tous les émeutiers, lycéens étudiants, militants, fraudeurs ou sans-papiers

-  le retrait de toutes les lois répressives et anti-sociales (délit de fraude d’habitude, loi de Sécurité Quotidienne, loi sur l’égalité des chances et sur la prévention de la déliquance ainsi que le projet de loi CESEDA sur l’immigration choisie…)

Face à cette répression et à la précarisation de nos vies, à l’instar de la jeunesse qui ne cesse de se révolter, développons des outils de lutte collectifs et solidaires, qui seuls permettront d’offrir une perspective concrète et efficace.

En effet, aucun gouvernement ne changera cette situation. De droite comme de gauche, tous oeuvrent en faveur des intérêts d’une minorité de nantis, au renforcement des inégalités, à la privatisation des services publics et à la répression de toute forme de contestation d’un système qui nous isole et nous enferme. Ainsi à nous de nous réapproprier les outils de notre épanouissement

Le ticket transports gratuits

Le Réseau pour l’Abolition des Transports Payants distribue un ticket pour revendiquer les transports gratuits. Ce ticket ne remplace toujours pas aux yeux de la RATP un titre de transport usuel. Vous pouvez toutefois le montrer aux contrôleurs, libre à vous d’être munis d’un titre de transport valable ou pas. Votre acte sera relié à la pratique d’autres voyageurs qui revendiquent également la gratuité des transports. Vous pouvez commander des tickets « Transports Gratuits » auprès du collectif RATP.

La mutuelle de sans ticket

L’action individuelle est vouée à l’échec. Pour répondre à cette évidence, le RATP s’est interrogé sur les mutuelles de sans-tickets dont on apprend l’existence ici et là, plus particulièrement chez nos voisin.e.s scandinaves (finlandais d’Helsinki, suédois de Stockolm ou Göteborg). Le principe est simple : on cotise à une mutuelle qui indemnise ensuite les personnes. Vous pouvez contacter la mutuelle en adressant un courrier ou un mail aux adresses indiquées ci-dessous. De plus la mutuelle est prête à rencontrer des sans-tickets qui ont effectivement été condamnés à de la prison infractions dans les transports.

D’autres outils sont à créer.

Pour nous communiquer toutes vos idées ou pour nous rejoindre, vous pouvez nous contacter :

Le RATP (Réseau pour l’Abolition des Transports Payants)

145, rue Amelot, PARIS 11e.

L’Assemblée de Montreuil se réunit, depuis novembre 2005,en solidarité avec les émeutiers, pour réagir contre la repression et la prison, tous les jeudis à partir de 19 h

Bourse du travail de Montreuil, 24, rue de Paris, 93 100 Montreuil, M° Croix-de-Chavaux

DANS UNE RÉVOLTE, ON EST AVEC LES RÉVOLTES OU AVEC LE POUVOIR! (2006)

Je republie ce texte issu de l’Assemblée de Montreuil, dont je ne suis pas l’auteur, ainsi que quelques documents concernant ses activités.

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Tract de l’Assemblée de Montreuil

Dans une société qui ne propose que la soumission à un prof, un patron, un flic, un contrôleur, un maton, un juge, l’État… on a toujours raison de se révolter.

On a raison de se révolter contre les assassinats commis par la police : Bouna Traore et Zyed Benna (15 et 17 ans) morts dans un transformateur le 27-10-05 à Clichy-sous-Bois, en fuyant les flics qui ont choisi de ne pas les secourir. Ils s’ajoutent à la longue liste macabre des centaines de jeunes tués par les forces de l’ordre.

On a raison de se révolter contre le racisme, institutionnel ou pas, contre les contrôles d’identité, contre le harcèlement de la police et de la justice, les rafles et les déportations de sans-papiers, les expulsions de squatteurs sous prétexte de « sécurité ».

Nous n’oublions pas Éric Blaise condamné à quatre mois dont deux ferme pour avoir tiré sur des canettes avec un pistolet à billes, retrouvé mort au matin du 13-11-05 à Fleury-Mérogis. La direction parle de suicide : « dans une crise de delirium, il se serait cogné la tête contre les murs de sa cellule ». Œdème cérébral dira l’autopsie. La famille se bat pour connaître la vérité. Il avait 28 ans…

Nous n’oublions pas la vengeance policière et judiciaire contre les émeutiers ou prétendus tels, les 5 000 gardes à vue, les 850 condamnations à des peines de prison ferme dont 120 mineurs.

Nous n’oublions pas Reda (21 ans) qui a eu la main arrachée par une grenade à Toulouse, le 7 novembre 2005. Sa mère déclare : « La grenade il l’a prise pour l’éloigner, parce qu’elle était tombée près d’un groupe d’enfants. Tous ses doigts sont restés sur place. Pour les secours, ni le Samu, ni les pompiers, personne s’est déplacé, c’est des jeunes qui l’ont emmené. Les CRS rigolaient. » (Radio Canal-Sud 12.11.05)

Ni Jérémy (20 ans), condamné à 4 ans ferme à Arras pour participation à l’incendie qui a détruit deux magasins d’ameublement, ni Hussein (23 ans), condamné à 1 an ferme à Bobigny, accusé d’avoir prêté un bidon d’essence à des copains, ni ces centaines d’autres condamnés à des peines ferme de 3 à 9 mois pour une poubelle incendiée, ni les deux de Toulouse condamnés à 3 mois ferme pour avoir montré leur cul aux CRS !

On a raison de se révolter contre un pouvoir et des politiciens qui, tout en leur interdisant le RMI et en organisant la précarité avec le contrat première embauche (CPE), nouvelle version du CIP, reprochent aux jeunes de trafiquer, et contre des patrons qui délocalisent leurs boîtes à sueur tout en se plaignant que la jeunesse n’aime pas le travail surexploité (qui en voudrait ?).

Parce que la guerre contre les pauvres et le mouvement social s’amplifie, parce que l’État cherche à prévenir et à diviser tout mouvement de résistance en jetant les individus les uns contre les autres, que les gouvernements successifs empilent les nouvelles lois répressives : antiterroristes, de « prévention de la délinquance », contre l’immigration. Parce qu’il va mettre encore plus de keufs partout (école, trains,…) et qu’il construit de nouvelles prisons pour les jeunes.

Parce que nous voulons sortir du piège à rats de ce système qui rend la vie toujours plus invivable et détruit une à une toutes les garanties qu’avait gagnées le mouvement ouvrier par ses luttes…

Nous manifestons notre solidarité aux jeunes poursuivis suite aux émeutes, et dont les procès continuent.

Prochain rendez-vous : 13 février 2006 à 13h au tribunal de Bobigny (M° Bobigny-Picasso) pour le procès de trois frères accusés de rébellion à agents.

Nous nous réunissons chaque semaine, sans organisations ni partis, pour échanger des informations, préparer des actions, et briser l’isolement qui nous démobilise.

Réunions ouvertes chaque jeudi à 19 h, à la Bourse du travail de Montreuil, 24 rue de Paris, métro Croix de Chavaux, ligne 9.

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Le 2 février 2006, le ministre de l’Intérieur Sarkozy a déclaré qu’« un premier ressortissant étranger impliqué dans les violences en banlieue a pris l’avion aujourd’hui » en direction du Mali et que « six autres sont prêts à suivre ».

Agé de 22 ans, le jeune expulsé avait été condamné en novembre à 4 mois de prison avec sursis et 3 ans d’interdiction du territoire français par le tribunal de grande instance de Bobigny, pour « usage d’engins incendiaire ».

  Sarkozy s’est plaint que pour les six autres expulsables « les procédures étaient un peu longues ».

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Banlieues, lycéens, étudiants, chômeurs, sans-papiers… Exploités d’aujourd’hui et de demain… mêmes révoltes : même ennemi

Manifestation à Paris, samedi 25 février, 14h, Stalingrad, rendez-vous devant la Rotonde.

Nous étions une quarantaine, mais pas en quarantaine, bien au contraire ! Plus en ballade qu’en manifestation à proprement parler, nous avons distribué nos tracts en rencontrant des habitants du XIXe arrondissement.

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Jugement pour les 3 frères de Montreuil

La relaxe a été prononcée pour les infractions de violences. En revanche, la rébellion, l’outrage et les menaces de mort ont été retenues.

Les 3 frères ont été condamnés à la meme peine : 5 mois avec sursis assortis de 2 ans de mise à l’épreuve et de 2 obligations (travailler ou rechercher un emploi et indemniser les « victimes »).

Concernant l’indemnisation des « victimes », les 3 frères ont été condamnés à payer solidairement :

 350 Euros à un policier et 400 à un autre en réparation du préjudice moral subi.

 500 Euros à 4 (ou 5 ?) policiers, ceux pour lesquels les 3 infractions (rébellion, outrages et menaces) ont été retenues.

 150 Euros à une policière (pour menaces semble t’il). Une autre policière plaignante n’a pas eu de chance : pas de prime, sa plainte a été déclarée irrecevable. Chacun des 8 agents reconnus victimes recevra en outre 100 Euros sur la base de l’article 475.1 du code pénal.

Les 3 frères ont fait appel. Il faut rappeler que lors de l’interpellation à leur domicile l’un des frères a eu la main brisée et 21 jours d’ITT et qu’une enquete est en cours concernant ces faits commis par les policiers.   [c.r. de F.]

Maladie de Vaquez (2006)

Je suis atteint d’une maladie de la moelle osseuse dite maladie de Vaquez, qui se traduit principalement — ceci précisé pour celles et ceux qui lisent ce texte par hasard — par une production anormale de globules rouges.

La maladie a été diagnostiquée l’année de mes 50 ans. Elle semble être détectée plus souvent chez des patient(e)s plus âgé(e)s.

Comme beaucoup d’ami(e)s me demandent un jour ou l’autre comment se manifeste ou s’est manifestée la maladie (pour moi), je reproduis ci-dessous un petit texte intitulé « Mots d’absence » que j’avais distribué aux participant(e)s à l’Assemblée de Montreuil, en 2005-2006 (sur laquelle vous trouverez des informations dans d’autres articles du blog).

Dès mes premiers écrits dans des revues militantes, je me suis intéressé aux questions touchant à la santé et à la dite « sexualité » (concept que j’ai critiqué). Je n’ai jamais pensé qu’une séparation entre les problèmes théoriques ou sociaux d’une part et ceux qui touchent au corps, à la mort et à la maladie pouvait avoir le moindre sens.

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Mots d’absence

J’ai été obligé de manquer l’assemblée du 19 janvier [2006] et la nouvelle s’est répandue que j’étais « malade ». Des camarades se sont interrogés ou tout bonnement inquiétés. Or, malade je le suis, et absent ou défaillant pour telle échéance convenue il se peut que je le sois encore pour peu que notre aventure commune se prolonge, ce que j’espère vivement. J’avais, essentiellement pour les mêmes raisons de santé, quitté le collectif de la revue Oiseau tempête et les fatigues d’une réunion hebdomadaire… le jeudi !

Autant fournir quelques explications.

À la suite d’une banale crise de goutte, on m’a diagnostiqué il y a 3 ans une maladie de la moelle osseuse, dite maladie de Vaquez. Assez rare (fréquence d’apparition 2/100.000 personnes), elle n’a rien pour attirer l’attention du grand public : pas transmissible sexuellement, pas mortelle à court terme (du coup l’information circule mal, y compris chez les patients). La moelle osseuse fabrique le sang : ici elle produit trop de globules rouges, d’où risques d’accidents vasculaires cérébraux, phlébites, etc. On sait depuis peu que cette maladie est liée à une mutation génétique. Je vous passe les détails. Non ? OK. Il s’agit de « la substitution d’une guanine par une thymidine dans l’exon 12 ». On se demande comment ils n’ont pas vu ça plus tôt ! Cette mutation est acquise. Il sera intéressant de découvrir sa cause : plomb dans l’essence, phtalates dans les plastiques et les cosmétiques, amiante… ? Vous voyez que le social n’est jamais loin.

Si la découverte récente du rapport à la mutation génétique peut donner lieu à la mise au point de médicaments, (à échéance de 5 ou 6 ans au moins), on ne sait pas guérir la maladie. On arrive néanmoins à la maintenir sous contrôle, au moins à moyen terme (espérance de vie : 25 ans).

Je suis traité par chimiothérapie* à faibles doses (comprimés) et par saignées (si !) quand le taux de globules rouges dans le sang dépasse 45%. Je fais donc une numération globulaire (prise de sang) tous les mois et demi (au pire, le rythme a été hebdomadaire) avec le suspense : saignée ou pas. La saignée est comparable à un don de sang, mais on remplace le volume prélevé par du sérum physiologique (et on secoue façon Orangina ; je blague…). Un hasard bête : j’ai toujours eu la phobie des prises de sang.

La maladie peut entraîner une grande variétés de troubles : fatigue chronique ou par accès subits, troubles visuels, acouphènes, maux de tête, etc. Et, pittoresque, mais très invalidant, l’allergie à l’eau : crise de démangeaisons à devenir fou après une douche. D’où traitement associant un antidépresseur et des séances d’UV à l’hôpital. Je dois avaler 3 h avant un médoc qui me rend photosensible* — me ruine la digestion — interdit l’exposition au soleil et impose le port de lunettes noires. Et voilà pourquoi je suis rarement d’attaque le lundi, jour actuel de ma séance, nauséeux et déguisé en agent secret d’opérette, même par temps couvert ! Le rythme a été de 2 séances par semaine ; impossible de rétablir une digestion normale : j’approuve les militant(e)s d’ACT UP quand ils/elles scandent « 4 diarrhées par jour, c’est un handicap ! »

J’ai d’ailleurs tellement abusé des médocs destinés à combattre la diarrhée que je m’offre une crise d’hémorroïdes (circulation sanguine toujours) comme je n’en avais jamais connue en une longue vie de débauche. Si seulement j’avais joui la moitié autant que je morfle depuis 15 jours, je dirais que la vie vaut la peine d’être vécue…

Bon, on ne peut pas toujours se faire du mauvais sang : il y a des jours où je suis en forme, et même comme vous le savez prompt au coup de sang (c’est le moins !). J’ai plutôt bonne mine (un des effets secondaires de la maladie est la rougeur du visage…). Je mange et bois volontiers en bonne compagnie… sauf les jours où j’en suis incapable.

Comme toute maladie chronique — et je n’ignore pas qu’il en existe d’infiniment plus graves, ce qui me navre pour les gens concernés mais ne me console nullement — celle-ci est très coûteuse psychologiquement. Non seulement cela vous complique beaucoup la vie et réduit vos capacités, mais cela vous parle de la mort, la vôtre et celle des autres, surtout à un âge où l’on commence à voir les copains (fumeurs !) clamser de troubles cardio-vasculaires et les parents vieillir.

Mais après tout, mes camarades, que la vie soit courte, et qu’elle puisse encore être désagréablement écourtée, n’est-ce pas une bonne raison supplémentaire de la rendre aussi passionnante que possible ?

N’est-ce pas, au fond, ce qui nous réunit dans des combats communs ?

Inutile de ravaler le traditionnel « Ça va ? » lors de nos prochaines rencontres, je ne méprise nullement les rituels d’approche en usage dans nos régions (seuls comptent l’œil et le ton) et même je commente volontiers le temps qu’il fait (c’est un programme de préparation psychologique à l’hospice…).

À part ça… vous, ça va ?

Le 2 février 2006 – 11 ème jeudi de l’Assemblée de Montreuil –

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* Ça n’est plus vrai aujourd’hui (2014).