Les racialistes du PIR envisagent d’infiltrer le Black Block et les cortèges de tête

Un lecteur me signale, sur un blogue intitulé Saint-Denis ma ville, dont j’ignorais l’existence et dont j’ignore encore l’orientation politique, un compte rendu du dernier show «décolonial» des indigénistes, avec Angela Davis en guest-star (les théoriciennes du PIR ont-elles profité de l’occasion pour lui toucher un mot de l’«impérialisme gay» qu’elles dénoncent?), Ludivine Bantigny en universitaire utile, et Antonin Bernanos – heureusement sorti de prison – en mascotte.

L’article met l’accent sur l’intervention de Stella Magliani-­Belkacem, éditrice à La Fabrique, dont le propriétaire Éric Hazan ne cesse de clamer son admiration pour Bouteldja.

Militante du PIR, Magliani-­Belkacem fait un intéressant bilan des efforts de son groupuscule pour exister et – en toute modestie – «gagner une hégémonie sur une partie des classes populaires et sur une grande partie des organisations qui les représentent»…!

Elle propose rien moins que l’infiltration du Black Block et du cortège de tête à l’occasion des démonstrations de rue à venir.

Le raisonnement, pour autant que le terme soit adéquat, est assez tortueux. Il constate l’impossibilité de mordre sur le terrain occupé par la France insoumise – du coup, Jean-Luc Mélenchon est présenté comme un ennemi commun qui peut favoriser le rapprochement avec certains autonomes. Il enregistre aussi le déclin du NPA: il a été infiltré, certes, mais il a explosé, du coup qu’en reste-t-il?

Plus amusant, le PIR envisage de venir dans le Black Block à la pêche aux jeunes révoltés issus de l’immigration (ce qui montre qu’il a bien du mal à les rencontrer ailleurs, et par ses propres moyens).

La lutte anticarcérale est également envisagée comme terrain de convergence, dans la mesure où les militants de la gauche classique n’ont pas l’expérience de la prison et n’y accordent aucun intérêt.

Aussi microscopiques que soient les capacités réelles de nuisance du PIR en tant que groupuscule organisé, cette stratégie nouvelle suscitera probablement de nouveaux faux débats et peut-être quelques collusions confusionnistes.

N’ayant ni le temps ni le goût de fréquenter (même dans le costume de Mata-Hari) les messes du PIR, j’ai lu avec intérêt le verbatim (avec ses imperfections) de l’intervention de sa conseillère en stratégie de rue. J’en donne donc ci-dessous un court extrait, qui illustre ma présentation. On peut télécharger le texte complet en bas de page.

La deuxième raison, j’y arrive, qui nous invite à un dialogue avec les autonomes, même si ça paraît compliqué aujourd’hui, c’est une histoire d’une partie d’entre eux. Comme je l’ai dit, c’est des groupes très hétérogènes. Mais il y a au sein de l’autonomie, telle qu’elle est organisée aujourd’hui, à l’origine du cortège de tête, et qui en a peut-­être porté ce qui constitue aujourd’hui l’identité du cortège de tête, il y a en fait tout un milieu militant, issu des classes populaires, et pour une grande part, non‐blanche. Ce sont des groupes qui ont amorcé leur politisation dans les milieux des supporters de foot, dans les affrontements au Parc des Princes, avec contre les virages d’extrême­‐droite et par la suite, cette mouvance s’est structurée au sein de l’anti­‐fascisme, en adoptant une identité clairement anti-impérialiste. Il faut se rendre compte pour celles et ceux qui ne se rendent pas encore compte, que ces groupes‐là ont accompagné l’antiracisme politique. Ces Anti­‐fas, étaient là en 2014, à nos côtés, dans les manifestations interdites pour Gaza, contre la LDJ rue de la Roquette. Ces anti‐fa là, étaient pour La Marche de la dignité, c’est aussi par leur biais que des lycées populaires, et notamment le lycée Bergson dans le XXe arrondissement, (toux), que des lycées populaires parisiens ont rejoint les manifestations autonomes en 2016.

Et c’est ainsi qu’on a alors pu voir des lascars, en nombre, dans des manifestations du mouvement social. C’est sous leur influence également que l’esthétique du black bloc a littéralement changé. On compte désormais un nombre conséquent de banderoles du black bloc qui font référence au rap, et au rap d’aujourd’hui, et pas seulement Kim et Arcagnin( ?) et Zep mêlé à STH (SCH ?) et Booba, tellement que STH et Booba se sont permis de partager les slogans qui faisaient référence à leurs paroles sur les réseaux sociaux. Et il y a des liens importants entre cette filiation du cortège de tête et nos luttes, que l’on voit, des militants qui sont aux côtés d’Assia Traoré ou à ceux qui ont participé au révoltes urbaines à Bobigny, suite à la mutilation policière et au viol de Théo.

La troisième raison, qui nous pousse à considérer ce courant, c’est l’effervescence actuelle de l’extrême-­droite. Vous l’avez tous remarqué, même les militaires sont pour les ??. Aujourd’hui, les occupations de l’Université se font attaquer par des mouvements d’extrême‐droite. Il n’y a pas eu qu’à Montpellier, et pendant un certain nombre de semaines, ces attaques étaient quotidiennes.

Il y a un véritable retour de ces groupes fascistes violents, et il faut noter que certains milieux comme le Printemps républicain mènent une action de guérilla sans interruption sur les réseaux sociaux à l’encontre de nos luttes. Les gens qui sont visés par ces groupes d’extrême-­droite, ce sera ( ???), et ça restera en premier lieu, nous. (…)  

Il se trouve qu’il est possible que nous fassions vraisemblablement les frais de ces groupes‐là, de cette tendance là, alors cette troisième force, cette force autonome, entre le syndicalisme et les insoumis, (…), est peut‐être plus armée qu’une large partie de la gauche à affronter ces groupes-­là.

Et travailler avec ces forces­‐là, ça demande de notre part que nous nous réinventions et que nous changions quelques routines. Alors, quel travail, on se dit qu’on peut donner des exemples de campagnes. Quel travail politique accomplir aujourd’hui et avec quelles forces ?

Les autonomes pourraient s’avérer des partenaires cruciaux si nous voulions, par exemple, on ouvre ce forum là-­dessus, par exemple, mener des campagnes contre la prison. D’abord, certains de leurs militants ont subi des incarcérations, ce qui est un point commun avec les nôtres, dont aucun autre courant de la gauche ne peut se réclamer. Aucune autre frange de la gauche de connaît la prison comme le connaissent les autonomes.

 

Une « commune racialiste » à la faculté de Tolbiac ?

Tant que vous étiez occupé·e·s à rejouer Mai 68 en farce (Heil Marx !)…

En farce, oui, car chère petites dindes, chers dindonneaux, il ne suffit pas de se réunir à 400 dans un amphithéâtre pour prétendre être une « assemblée générale ».

Passons sur le fait que, constituée aux trois quarts d’échecs d’IVG de la classe moyenne et de la petite bourgeoisie, vous nous la faite « sous-off » plutôt que « générale ». Mais en plus, en matière d’assemblée qui ne représente, ne constitue ni ne crée rien, vous êtes imbattables ! Du jamais vu !

Mais bon, vous collectez de l’argent pour les cheminots en grève, et ça c’est gentil et utile !

Or voilà que certain·e·s d’entre vous organisent des réunions « en non-mixité raciale » (Aïe Hitler !).

C’est quoi votre problème ? Vous n’avez pas trouvé de Katangais ? Les loulous de la cité voisine sont trop mal polis avec les filles ?

Vos parents sont d’anciens soixante-huitards, c’est ça ? Maman sortait toute nue de la salle de bain ? Papa était contre les punitions corporelles ? Pas la moindre paire de baffes ?

On vous a traumatisé·e·s à l’envers ?

Du coup, vous allez racler les bidets du pire de la confusion racialiste, antisémite et homophobe pour dénoncer « l’impérialisme gay »…

Jeunes crétins des deux sexes, ne croyez pas le premier démagogo venu[1]. À rebours de ce qu’il vous dit, ce que vous faites est parfois beaucoup plus con – et nuisible – que tout ce que vous pouvez imaginez !

Vivement que l’État vous coupe les bourses (Aïe !) et papa-maman les vivres : ça nous fera des vacances scolaires !

Et vous vous finirez intermittents à la SNCF ! Enfin la non-mixité de classe ! On en recausera !

[1] Aaaaah ! Lordon ! L’homme qui juge « courageux » les assassins de jeunes filles du Bataclan !…

Oui le livre de Bouteldja est antisémite et antiféministe! Ceux qui affirment le contraire sont de dangereux crétins.

Le site Lundimatin a cru bon de publier, sous un chapeau alambiqué, une tribune d’intellectuel·le·s juifs qui attaque vivement Thomas Guénolé (?) et les mélenchonistes pour leur critique d’Houria Bouteldja.

Guénolé a accusé Houria Bouteldja – membre du mouvement décolonial intitulé « Parti des Indigènes de la République » (PIR) – d’antisémitisme, de misogynie, d’homophobie et de racisme. Pour quiconque a lu le livre de Boutledja, Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire, publié en traduction anglaise par Semiotexte avec une préface du célèbre intellectuel américain Cornel West, ce sont des accusations scandaleuses.

Ce que je juge ahurissant et scandaleux pour ce qui me concerne, c’est que l’on puisse nier que le livre de Bouteldja contient des passages, des références et des «raisonnements» antisémites, misogynes, et plus précisément antiféministes (utiliser le lien Bouteldja pour accéder aux texte la concernant sur ce blogue).

En ne reprochant à Bouteldja que d’«imposer une idée de l’amour révolutionnaire aussi désirable qu’un plan quinquennal soviétique», en laissant entendre qu’il a fallu attendre le Parti des indigènes de la République (PIR) pour découvrir le racisme en France, l’équipe de Lundimatin endosse le passage ci-dessus reproduit.

Dire que c’est lamentable est un euphémisme.

Je m’étais réjoui que Lundimatin accepte de mettre en ligne le documentaire sur les dix ans des éditions Libertalia – pourquoi ne pas entretenir de bons rapports même si nous ne sommes pas d’accord sur tout? La publication de cette tribune m’a fait regretter que cela ait eu lieu.

Continuez, jeunes gens, à flatter les lubies masochistes de votre vieil éditeur, continuez de ne pas résister à la publication d’une signature, même si c’est celle d’un forain d’extrême droite… Bref, faites du journalisme ultra-gauchiste tant que vous voudrez. Ne laissez plus croire à l’avenir que nous pourrions avoir des intérêts communs.

 

Caricaturer n’est pas toujours penser

La «une» de Charlie Hebdo moquant le théologien Tariq Ramadan prouve – c’est la énième fois! – que caricature et turgescence ne suffisent pas à produire une pensée critique mordicante, qui attaquerait l’idéologie dominante dans ses parties sensibles.

Comme au moment de «l’affaire DSK», l’hebdomadaire satirique cède à la facilité salace de la gauloiserie (censée être une spécialité nationale, donc).

Que voyons-nous?

Un Ramadan ithyphallique revendiquant son sexe à l’érection monumentale comme le «6e pilier de l’islam». Le cartouche rouge («VIOL») et le titre en haut à gauche de l’image indiquent bien le contexte: c’est la défense, plaisamment supposée, de M. Ramadan, accusé de viol et autres violences sexuelles par plusieurs femmes.

On comprend que le dessinateur a voulu fustiger la double morale du théologien, proposant d’une part un «moratoire» des lapidations de femmes aux mœurs jugées douteuses et, d’autre part, pratiquant pour sa satisfaction personnelle la domination sexuelle la plus violente.

La cible paraît légitime, mais qu’en est-il du trait?

Il associe viol et harcèlement à une complexion génitale particulière et/ou à des «besoins sexuels» démesurés. C’est à la fois faux et dommageable.

La première hypothèse rejoint fâcheusement une vision paranoïaque raciste des mâles arabes et des noirs comme étant dotés de sexe surdimensionnés et, du fait d’une «animalité» consubstantielle à un retard de civilisation, d’une libido supérieure.

Je ne vois pas l’intérêt de véhiculer, pour un sourire dans le meilleur des cas, des stéréotypes de cet ordre et d’apporter ainsi du grain à moudre à la nuisible, antiféministe et antisémite Houria Bouteldja.

La seconde brode sur le mensonge des «besoins sexuels», déjà dénoncés ici comme un «mythe au masculin». Lequel mensonge a été repris ces dernières semaines, certes sur le mode de la déploration, à propos des campagnes contre le harcèlement sexuel visant les femmes.

L’écrivaine Nancy Houston, souvent mieux inspirée, estime (Le Monde, 29 oct. 2017) que l’image publicitaire de la femme comme objet sexuel a réveillé des «instincts», que la religion parvenait jadis à inhiber. Tout le malentendu viendrait du fait que les «les hommes bandent» spontanément, devant des femmes qui n’ont pas l’expérience de ce troublant phénomène.

Trouble pour trouble, si j’en crois mes amies, il arrive que les femmes éprouvent une soudaine humidité vaginale, y compris en dehors d’un rapport érotique.

Par ailleurs, le «problème» n’est en aucune façon le fait de bander (ça n’est pas douloureux, merci de vous en inquiéter, Nancy!) mais : Cette érection me donne-t-elle des «droits»? Puis-je considérer légitimement qu’elle peut ou doit modifier mon comportement?

La réponse à la première question est évidemment NON, surtout s’il s’agit de «droits» sur quelqu’un d’autre, qui empiètent sur ses propres droits, sa propre liberté.

Même réponse à la deuxième question, avec la modération subsidiaire qu’un homme – ou une femme – peut légitimement soulager une tension génitale en se masturbant, à condition toutefois de ne pas imposer à un tiers la vision de cet acte (exhibition) ou la connaissance du lien établi arbitrairement et sans son accord entre sa personne et le geste amenant le soulagement (harcèlement textuel, etc.).

Dans le même numéro du Monde, un psychanalyste qui aurait gagné à demeurer inconnu, M. André Ciavaldini affirme: «La pulsionnalité sexuelle humaine ne connaît pas de limites [pas de période de rut], elle cherche encore et toujours à se satisfaire coûte que coûte». Après cela, qui cimente pseudo-scientifiquement la culture naturaliste et essentialiste du viol, on peut bien raconter n’importe quoi: Ça va être comme ça, comme dirait Mme Angot, pendant longtemps encore…

Obnubilé par le souci de cibler un personnage en effet bien antipathique et de pratiquer une antireligiosité de bon aloi, Charlie Hebdo renforce, sans y songer (c’est une critique, pas une excuse), des clichés sociobiologistes, misogynes et racistes. Que cette contre-productivité politique réveille une haine meurtrière n’y change rien!

Le caractère répugnant ou criminel des réactions suscitées par une erreur ne saurait exonérer son auteur de ses responsabilités.

Les dégâts collatéraux de la politique du PIR

Ces derniers jours, nous avons pu assister à quelques accidents de communication qui prêteraient à rire, si les sujets abordés et la confusion qu’ils révèlent n’étaient aussi dramatiques.

Sonia Nour, collaboratrice du maire PC de la Courneuve croit probablement rédiger un manifeste relevant du prétendu « féminisme décolonial » quand elle poste ceci sur un dit « réseau social » :

Aussitôt, la suppléante de François Ruffin à l’Assemblée, Zoé Desbureaux lui apporte son « soutien total » contre les critiques qu’on lui adresse.

L’une et l’autre seront désavouées par le maire de La Courneuve, Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin.

Supposons Sonia Nour parfaitement sincère, ce qu’elle a cru dire dans son premier message, elle le résume dans un deuxième, que voici :

L’argumentaire féministe est ici parfaitement recevable : le meurtre au couteau de la gare Saint-Charles à Marseille heurte davantage les consciences que les meurtres domestiques visant des femmes.

Mais Sonia Nour comprend bien que c’est le terme martyr qu’on lui reproche d’avoir utilisé, sans même l’entourer de guillemets (ce que le protocole du réseau lui permettait).

Elle tente donc de le « sortir » du contexte islamiste ; elle l’aurait employé « dans le sens psychanalytique », lequel hélas n’existe pas…

Elle tente également, sans trop y croire j’imagine, de faire croire que c’est l’extrême droite – et elle seule – qui l’attaque, nécessairement de mauvaise foi, doit-on comprendre. Elle finit sur une plainte syndicale/maternelle, dont les prud’hommes auront à juger le bien-fondé.

J’ai dit que je partais du principe que le féminisme de Sonia Nour est sincère.

Je ne m’en dédis pas.

Mais c’est un féminisme « décolonial », tel que théorisé par Houria Bouteldja.

C’est-à-dire que ce féminisme-déco fait passer l’homme arabe exploité et racisé avant la femme arabe racisée (i.e. assignée à une « race » par les discriminations racistes qu’elle subit), exploitée et dominée par les hommes, laquelle ne doit pas endosser le « féminisme colonial » ou féminisme « blanc » qui serait trop heureux de faire enfermer les malheureux frères, sous le mince prétexte qu’ils frappent ou violent des femmes.

Sonia Nour, en tant que femme « racisée » et que féministe-déco autoproclamée pratique l’ « intersectionnalitée » de la manière suivante : la conjugaison des deux caractéristiques lui permet de mettre son féminisme-déco au service de son antiracisme racialiste (en mode Bouteldja).

Au moment où elle rédige son premier message, le mot « martyr » vient spontanément sous sa plume. Elle ne marque aucun distance critique d’avec lui. Elle écrit la langue des assassins. Et elle se croit fondée à le faire – légitime – du fait de sa condition de racisée.

Oh ! je ne prétends pas qu’elle approuve le crime de Marseille ou admire celui qui l’a commis. Mais non, c’est beaucoup plus simple et bien plus terrible à mes yeux. Elle pense que son geste doit être relativisé, non seulement au regard du bilan de la misogynie quotidienne et de la tentation masculine gynécidaire, mais au regard de la condition du frère arabe racisé.

Comme dans le pseudo féminisme-déco, ce ne sont pas les victimes qui comptent, pas leur sort qui dicte l’analyse, ce sont des considérations prétendument « psychanalytiques », voire freudo-marxistes (au point où nous en sommes !)…

Les assassins du Bataclan étaient courageux, nous disent Rouillan, Lordon et Bantigny. L’égorgeur de Marseille, nous dit Sonia Nour – et ici j’assume une analyse sauvage – est un martyr qui se trompe.

D’ailleurs, se serait-il contenté de violer et battre les mêmes deux jeunes femmes – disons par hypothèse : ses cousines – Bouteldja leur aurait recommandé de s’abstenir de porter plainte pour ne pas faire le jeu du féminisme-colo blanc.

 

Dans pareil festival de confusion et de sottises entrecroisées et autoalimentées, lorsque j’entends d’excellents camarades libertaires m’expliquer que le livre La Fabrique du musulman (Libertalia) de Nedjib Sidi Moussa est tendancieux et mal venu, je me demande d’où vient leur aveuglement.

Sa plus large diffusion possible me semble au contraire et plus que jamais une urgence pour qui se proclame libertaire et féministe.

Actualité[s] de “La Fabrique du musulman”, livre de Nedjib Sidi Moussa

 

La première « actualité » – et c’est la meilleure pour un livre – c’est que La Fabrique du musulman (Libertalia) repasse chez l’imprimeur pour un nouveau millier d’exemplaires.

 

 

 

Par ailleurs, les recensions se sont multipliées. Citons notamment celle parue dans le fanzine Spasme (n° 13, été 2017). Certains articles, dont la recension citée plus haut, sont d’ors et déjà en ligne sur le blog.

Il existe depuis peu une page Facebook.

Les lieux de diffusion près de chez vous sont ici.  Contact.

Spasme est aussi disponible par correspondance à prix libre, réglable par chèque à l’ordre de «Les peinturiers» à l’adresse : Les Chemins non tracés BP 84011 Avignon CEDEX 1.

 

La revue Humanisme (Grand Orient de France), a publié une longue recension du livre (dont je donne un extrait ci-après), sous la plume de Philippe Foussier, son plus haut responsable.

Mais au-delà même de la mouvance de l’ultra-gauche, on recense aussi des porosités dûment établies entre des courants religieux intégristes ou des organisations racialistes parmi les syndicats ou des formations de gauche comme le PCF ou le Parti de gauche ou des syndicats comme Solidaires. Les Verts ont aussi eu à connaitre quelques débats sur ce thème. La notion d’islamophobie – destinée à légitimer en France le retour d’un délit de blasphème aboli en 1791– rassemble bien au-delà de la mouvance anticapitaliste. On a ainsi vu la porte-parole du PS parader à la table d’honneur du diner de gala du CCIF en 2015, par exemple. Il faut observer que cette présence à une soirée à laquelle participait également

Houria Bouteldja, leader du Parti des indigènes de la République, avait soulevé une certaine réprobation dans les rangs du PS. Mais pas à son sommet.

Au-delà de ces anecdotes, néanmoins révélatrices, il est à craindre que ce mouvement enclenché dans les franges de l’ultra-gauche et libertaires et qui irriguent aussi des formations plus classiques n’ait pas encore déployé tous ses effets. Rien n’indique à ce jour qu’une évolution inverse se dessine. La « fabrique des musulmans » peut alors poursuivre son œuvre funeste : « Que ce processus d’intégration dans la séparation, foncièrement anticlassiste, soit accompagné par les États, les bourgeois, les religieux, cela n’est en rien surprenant. Mais que des révolutionnaires, des syndicalistes, des anticléricaux ne comprennent pas, ne voient pas ou ne veulent pas voir qu’ils s’associent à une entreprise potentiellement dévastatrice pour les combats progressistes d’aujourd’hui et de demain, cela est beaucoup plus sordide ». On ne saurait mieux dire.

Une autre recension sur le site de Théorie communiste.

Il est encore question du livre dans le bulletin irrégulier Négatif (reproduit sur ce blogue).

Pour toute correspondance écrire à Négatif c/o Échanges BP 241 75866 Paris CEDEX 18.

 

Et un écho supplémentaire dans Régénération, trimestriel aléatoire édité par l’association Germinal 30 rue Didot-75014 Paris. Contact.

 

 

Enfin, Nedjib Sidi Moussa a accordé un long entretien au magazine en ligne Vice « Les “Musulmans” sont-ils les nouveaux damnés de la Terre ? ».

 

[ne] NIQUE [que] TA RACE !

« Pourquoi Houria, qui n’est pas la seule à dénoncer le racisme “décomplexé” qui sévit actuellement en France, est-elle une cible privilégiée ? La réponse me semble claire : c’est une femme, elle a un maintien noble et fier, elle s’exprime avec tranchant, et en plus elle est arabe. C’est trop. Elle ne se tient pas à la place qui lui revient, elle bouscule la hiérarchie des rapports sociaux, bref, elle exagère ».

Éric Hazan, Lundimatin, 30 mars 2016

« Il est très facile de discréditer un texte, surtout quand la pensée est complexe et formulée sous forme de paradoxes. »

Océanerosemarie, auteure et comédienne, Libération, 30 mai 2016.

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S’il est un exercice périlleux, c’est bien de tenter de rassurer — ou de contredire — un interlocuteur sur le fait que l’on n’est pas l’aigre misanthrope qu’il imagine. Qu’il s’agisse de racisme ou de sexisme, et la tâche devient surhumaine ! Aussi, que l’on ne compte pas sur moi pour confier ici que je goûte la compagnie de femmes originaire du Maghreb[1], à l’intelligence aigüe, et dont le maintien évoque la dignité conquise de haute lutte sur des cultures d’oppression. On aurait vite fait de me renvoyer dans les cordes d’une « islamophilie » nourrie d’érotisme colonial orientaliste — auquel se rattache d’ailleurs l’expression « maintien noble et fier », par laquelle Hazan emprunte les babouches de Baudelaire[2].

Motus ! donc.

En revanche, je crois pouvoir affirmer à moindre risque que je ne crache pas sur les paradoxes — mot poli désignant les provocations —, dont j’ai éprouvé à mes dépens les difficultés de lecture qu’ils/elles suscitent et les mauvais coups qu’ils/elles autorisent.

Cependant, Houria Bouteldja — au fait ! c’est d’elle qu’il s’agit, et de son livre Les Blancs, les Juifs et nous [3] — ne s’exprime pas seulement de manière tranchante, paradoxale ou même provocatrice, mais dans une extrême confusion mentale et théorique.

Dans cette confusion délirante, les mânes des Indiens d’Amérique exterminés par « les Blancs » réalisent la transsubstantiation d’un fanatique religieux iranien, geôlier et tortionnaire, en « indigène arrogant », c’est-à-dire en rebelle admirable.

Ahmadinejad, ce héros !

Que ledit héros soit aussi bon antisémite qu’Hitler était mauvais peintre ne semble gêner ni la tranchante Houria ni son éditeur.

Qu’a donc fait le dirigeant iranien pour émouvoir ainsi notre auteure ? Il a prétendu tranquillement qu’il « n’existe pas d’homosexuels en Iran ».

« Mauvaise foi exquise » (p. 33), commente Bouteldja. Vieille antienne, surtout, de tous les dictateurs staliniens, en Chine et en URSS : pas de ça chez nous ! Avantage : on ne peut pas nous accuser de mettre en camp ou d’exterminer des gens qui n’existent pas ! Ou alors, quelques rares exceptions, contaminés par la décadence capitaliste.

Bouteldja l’ignore peut-être ; elle est jeune. Qu’importe ! elle retrouve spontanément le même argumentaire. N’était que l’homosexualité n’est plus importé par le Grand Capital (Coca-Cola and rock’n roll) pour miner les paradis socialistes, mais inoculé par le colonialisme blanc (Coca-cola and rock’n roll) pour affaiblir « l’Arabe ».

Le « démocrate blanc » se réjouit de voir « l’Arabe » perdre sa virilité. « Un de moins ! » se dit-il probablement, bien que l’on comprenne assez mal en quoi cela peut le réjouir… Sauf évidemment à considérer soi-même que l’homosexuel, déchu de sa virilité, est par nature inférieur à « l’Homme », en l’espèce « l’Arabe », et fera défaut, le moment venu, aux bataillons de la « race sociale », lancés dans la deuxième décolonisation — intérieure.

Sournoisement attiré par la démocratie blanche vers le piège drag queen, « l’Arabe » est contraint de surjouer la virilité (en salle et en couple). Il indique par là qu’il porte haut ses attributs de « classe de sexe » (ignorée par Bouteldja) sur l’étendard de la lutte de « classe de race » (chantée par Bouteldja).

Beaucoup de féministes pratiquent heureusement ce que l’on nomme aujourd’hui intersectionnalité (analyse combinée des oppressions : de classe, de genre, raciste) ; la grande affaire de notre auteure est d’épargner le ciseau à la virilité de ses frères de « race sociale ».

Elle n’a pas complètement tort lorsqu’elle remarque que

Oui, nous subissons de plein fouet l’humiliation qui leur est faite. La castration virile, conséquence du racisme, est une humiliation que les hommes nous font payer le prix fort. En d’autres termes, plus la pensée hégémonique dira que nos hommes sont barbares, plus ils seront frustrés, plus ils nous opprimeront. Ce sont les effets du patriarcat blanc et raciste qui exacerbent les rapports de genre en milieu indigène. (pp. 94-95)

Mais pas raison non plus, c’est le moins que l’on puisse dire…

Passons sur l’expression « milieu indigène », que je récuse, et qui fait partie de la rhétorique « postcoloniale » réductrice de l’auteure et de son organisation — le parti des indigènes de la république (PIR).

Si Bouteldja prend soin de préciser, dans une déclaration liminaire de son ouvrage (p. 13), qu’elle utilise les « catégories » « Blancs », « Juifs », et « indigènes » comme ne renvoyant pas à « un quelconque déterminisme biologique », je trouve dans ce paragraphe un naïf substrat biologique fantasmé, quant aux effets sur les hommes (et eux seuls) de la frustration sexuelle.

Pour être arabe, l’homme arabe n’en est pas moins « homme », c’est-à-dire « viril » : voilà qui tombe sous le sens étymologique ! Or, ce vir est l’objet d’une double attaque au-dessous de la ceinture de la part de la démocratie blanche : tantôt elle veut les lui couper, de préférence en l’enfilant, tantôt elle moque ses attributs supposés surdimensionnés (comme ceux du Nègre) et en agite le spectre pour effrayer ses filles[4] et leurs pères. Du coup, l’Arabe est… quoi d’ailleurs ? Perturbé ? Voilà, perturbé ! Et même frustré (on suppose que c’est de ne pouvoir exercer un machisme serein sans se voir traiter de « barbare »). Or, plus l’Indigène transplanté est « frustré », plus il opprime ses sœurs.

Du coup, moins les « sœurs de race sociale » de l’auteure énerveront des garçons déjà émasculés, moins elles courront le risque d’être sur-opprimées par eux. Quel dommage qu’Houria Bouteldja éprouve le besoin, pour des raisons tactiques et dogmatiques, de récuser le concept de lutte des classes — ce qui par parenthèse est du dernier chic dans la pensée dominante-démocrate-blanche ! mais cela aussi elle l’ignore — elle pourrait, sinon, se rendre compte qu’elle redonne des couleurs « décoloniales » à la vieille « sagesse » féminine, et enfantine, des milieux populaires : quand l’homme rentre à la maison, humilié par l’esclavage salarié, mieux vaut se rendre invisible pour éviter les coups.

Le pire étant que : ça n’a jamais fonctionné.

C’est ainsi une très vieille morale de la résignation que prêche à ses « sœurs » cette jeune femme au « maintien noble et fier ». Le terme « sœurs » a d’ailleurs une double signification communautariste et familiale.

Après avoir récusé le slogan féministe le plus connu depuis les années 1970, en écrivant « Mon corps ne m’appartient pas » (p. 71), l’auteure évoque une scarification opérée par la mère (« un rite patriarcal » note-t-elle justement) et énumère les personnes dont elle peut écrire : « Je lui appartiens ». On compte : sa grand-mère paternelle, sa grand-mère maternelle, ses grands-pères « tombés martyrs », son père et sa mère.

J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam. J’appartiens à mon histoire et si Dieu veut, j’appartiendrais à ma descendance. “Lorsque tu te marieras, in cha Allah, tu diras : ‘Ana khitt ou oueld ennass hitt’ [Je suis un fil, et le fils des gens est un mur]. Alors, tu seras à ton mari ”. (p. 72)

Et l’auteur d’ajouter, pour la moquer, la réaction qu’elle prête au lecteur-démocrate-blanc : « La voix : C’est ignoble. »

Si « ignoble » est entendu ici comme contraire de « noble » (pardon Éric !), je me vois contraint d’endosser la caricature préparée à mon intention. En effet, je ne trouve aucune « noblesse » dans cette conception du « destin » des femmes, du « devenir femme » de chaque petite fille, conception commune — avec des nuances et des différences d’intensité — à tous les monothéismes : dépendance par rapport à la famille, au clan, à la religion, aux hommes.

Or, dans toutes ses variantes, les prêcheurs de cette conception du monde se sont prévalu de son caractère « naturel », en le garantissant contradictoirement du sceau « divin ». Mais les religions sont ainsi tissées de contradictions, dont elles exigent que les croyant(e)s les admettent sans maugréer, comme gage de soumission[5].

Donc « Dieu » a créé l’ordre naturel qui lui a paru bon.

Et dans cet ordre naturel créé par un être d’essence masculine, la femme est inférieure à l’homme, aussi « sûrement » que la famille est la cellule de base de la société, et que l’homme a des besoins sexuels impérieux et légitimes…

Voilà pourquoi le féminisme est une escroquerie pour démocrates-blanches-occidentales-égarées-ou-arrogantes.

Ajoutons, ajoute l’auteure (p. 89), que les progrès en matière de droits des femmes et d’égalité des genres ne sont jamais que des concessions faites par le système capitaliste au gré de ses besoins de main-d’œuvre et de régulation sociale.

Bouleversante révélation en effet ! Et donc ? Et donc, pas de quoi estampiller « progrès » ces accidents de l’histoire et encore moins en réclamer l’institution universelle…

Glissons sur le fait qu’Houria Bouteldja appréciera peut-être de pouvoir disposer d’un compte en banque autonome, même une fois mariée (puisque tel est son « destin »), et notons que cette critique est absurde puisque tous les « progrès sociaux », en matière de santé, de salaire, de droits des femmes, etc. ont été certes conquis par des luttes mais concédés/récupérés par un système capitaliste souple et dynamique. Bien fol(le) qui refuserait des allocations chômage, des congés payés ou le remboursement d’une semaine d’hôpital, sous prétexte qu’ils n’ont pas été octroyés par bonté d’âme ou grandeur morale et n’ont pas entraîné la faillite du Capital…

Le fait est qu’Houria Bouteldja fait bon marché (le cas de le dire !) des conquêtes ouvrières et féministes, ce qui est parfaitement logique avec la vision religieuse du « monde-naturel-créé-par-Dieu » dont elle se revendique par ailleurs. C’est quand elle feint de s’adresser aux « autres » — et pour un message « d’amour révolutionnaire » qui plus est — qu’elle force sa « nature ». Le propre de cette « nature » personnelle étant de ne pas exister, si ce n’est à dose homéopathique, diluée qu’elle est dans « la famille, le clan, la nation, le couple, la maternité, la race, l’islam ».

Mais comme elle fait œuvre tactique, elle doit elle-même, comme un vulgaire système économique, faire quelques concessions de langage. C’est ainsi qu’elle veut bien envisager un « féminisme assumé » (p. 84) — par quoi il faut entendre, je suppose, « indigène » et non distillé par le pouvoir postcolonial — ou « féminisme décolonial » (p. 95).

Si un féminisme assumé devait voir le jour, il ne pourrait prendre que les voies sinueuses et escarpées d’un mouvement paradoxal qui passera obligatoirement par une allégeance communautaire. Du moins autant que le racisme existera. (p. 84)

Après tout, on fait bien remonter sur scène — et avec succès, paraît-il — les anciennes vedettes yé-yés : pourquoi ne pas reprendre le vieux refrain du report — aux calendes grecques du « grand soir » — de la libération des femmes ? Silence les femmes ! et allégeance au mouvement ouvrier : du moins tant que le capitalisme existera.

« La critique radicale du patriarcat indigène est un luxe », écrit Bouteldja (p. 84), un luxe que les « femmes indigènes » ne pourraient se permettre. C’est comme du chocolat, ou du caviar pour les pauvres. Pourquoi pas des perles aux pourceaux ?

L’avantage — et l’inconvénient — d’Allah, et de tout « dieu » unique, c’est que c’est une espèce de grand Joker. Il sert à tout et à n’importe qui. Allahou akbar ! crient les djihadistes en mitraillant les jolies filles qu’ils espèrent retrouver (en mode vierge) au paradis ; Allahou akbar ! réplique Bouteldja qui est hostile aux attentats.

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Allah (portrait présumé).

Le problème est qu’à mes yeux, moi qui ne croit en rien ni personne, il n’est pas moins pathologique de croire que le djihadiste va retrouver des vierges au paradis que de croire que moi, incroyant, j’irai directement en enfer (sans aucune compensation sexuelle).

On m’objectera que ce dernier délire est de moindre conséquence dans le présent. Pourtant, être vu aujourd’hui par un autre être humain comme un sous-humain qui mérite, aujourd’hui (je peux mourir à chaque instant) une torture atroce et sans fin n’a rien de rassurant.

C’est en effet pour moi seul, qui n’accorde aucune créance à ces délires, que cette perspective est hypothétique et risible. Pour celui et celle qui « y croit », mon avenir mérité est réellement dans des souffrances atroces (ce qui confine au vœu). Considérée de ce point de vue, la rafale de kalach n’est jamais qu’une légère anticipation. Voilà qui rend, non pas seulement difficile mais radicalement dépourvu de sens le « dialogue » avec des croyant(e)s comme Bouteldja, auquel appelait un collectif d’intellectuels[6].

Ainsi, comment « débattre » avec Bouteldja quand elle révèle la condition à laquelle son « Dieu » peut être envisagée comme une entité sympathique à l’espèce humaine : lui reconnaître un pouvoir absolu et éternel — « Une seule entité est autorisée à dominer : Dieu » (p. 133).

Certes, Allah-version-Bouteldja n’approuve pas, du coup, (si j’ai bien compris !) la domination masculine. Et vaniteux seraient les hommes qui croient pouvoir dominer les femmes — une sorte d’empiètement sur les prérogatives divines…

Je serais lui (Allah), je virerais séance tenante mon dir’ com ! Voyez la catastrophe dans les pays musulmans ! On ne peut pas dire que les mecs ont compris le message, hein !

Mais que penser de Bouteldja elle-même qui va, au détour d’une phrase (p. 97), jusqu’à essentialiser la masculinité : « au fond blanche » (je souligne).

Comment s’y retrouver dans cette confusion délirante à forme de poupées russes, où la masculinité virile naturelle, créée par Dieu comme toutes choses, mais plutôt par les Blancs pour affaiblir les Arabes en la leur ôtant, est une excuse au moins temporaire (« tant que le racisme… ») au machisme et au patriarcat, jusque dans ses manifestations extrêmes comme le viol ?

Car les « sœurs » sont encouragées à subir le viol en silence, puisque plaintes et dénonciations ne feraient qu’affaiblir encore la virilité-blanche-compensatoire des hommes arabes, et par ricochet la sur-domination des sœurs de « race sociale ».

On comprend : plains-toi d’être violée et tu le seras d’autant plus souvent !

Certes, les féministes ont mené de longue date un débat difficile sur la question du recours à la Justice bourgeoise pour sanctionner et prévenir les viols. Peut-on faire fonctionner un système policier et juridico-pénitentiaire que l’on combat par ailleurs en lui confiant des ennemis immédiats, les violeurs ? Ou faut-il préférer le risque de s’y trouver soi-même confrontée pour avoir pratiqué l’autodéfense et les représailles ? Question théorique à mon sens insoluble, sur laquelle je me garderai bien de prendre position ici, laissant à chaque femme le soin de prendre un parti donné à un moment donné, dans une situation donnée, mais dont il faut noter qu’elle n’a jamais été envisagée par le mouvement féministe dans une quelconque complicité avec les hommes agresseurs de femmes.

Pourquoi pas, sinon, faire valoir une excuse absolutoire — y compris dans une vision laïque du monde — pour les violeurs de femmes et d’enfants, au moins « tant que le capitalisme », exploiteur, frustrant et raciste, perdurera ?

Ce que défend Bouteldja — sous couvert d’« amour révolutionnaire » — équivaut à la fois à une assignation communautaire, culturelle et politique, et à une incitation à l’endogamie. Le message étant tout particulièrement destiné aux « sœurs » racisées.

On voit que la conception communautariste et religieuse de la vie ne fait qu’ajouter de la confusion et des divisions à des questions de rapport de genres déjà complexes. On vérifie que les propositions d’Houria Bouteldja ne peuvent être « débattues », mais doivent être combattues en tant qu’elles sont régressives, du double point de vue des droits des femmes et des droits sociaux en général. On constate qu’elles ne peuvent l’être que de manière radicale : y compris dans leurs soubassements religieux et racialistes, et non seulement comme des errements tactiques, commis par des camarades de lutte, dont les points de vue seraient par ailleurs recevables et/ou respectables.

Il ne s’ensuit nullement, comme je l’ai déjà affirmé ici-même, que l’on doive isoler par un silence méprisant les jeunes gens et jeunes femmes attirées par ces positions ou les défendant. Tout au contraire : ils et elles doivent être l’objet d’une propagande attentive pour les aider à se détacher des illusions religieuses et communautaires.

Cette politique passe par un soutien actif aux personnes qui ont quitté l’islam (entre autres) et leurs pays et cultures d’origine, ainsi qu’aux personnes qui sont persécutées, ici et ailleurs, pour leur athéisme et/ou pour leur goûts érotiques.

C’est la seule « politique de l’amour révolutionnaire » qui vaille.

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[1] Ou pas !

[2] « La très-chère était nue, et connaissant mon cœur/ Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,/ Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur/ Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores. »

[3] Sous-titré « Vers une politique de l’amour révolutionnaire », édité par Éric Hazan à La Fabrique éditions, 2016.

[4] Certaines n’éprouvent pas la terreur attendue et se laissent tenter… Rien n’est simple !

[5] Voir Tertullien, à propos de la résurrection du Christ : credibile est quia ineptum est (Ce fait est digne de foi parce qu’il est absurde).

[6] « On peut être en désaccord avec les idées de Houria Bouteldja, alors débattons », Libération (6 juillet 2016).

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Bonne occasion de rappeler la toute récente parution aux éditions Libertalia de l’excellent livre de Nedjib Sidi Moussa : La Fabrique du Musulman.

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