Malentendu vaccinal

Le gouvernement avait au moins une bonne raison de ne pas opter d’emblée pour l’obligation vaccinale : il n’avait pas les moyens de la mettre en pratique.

Du coup, un malentendu s’est installé. Certain·e·s ont cru que ne pas être contraint·e de se faire vacciner (maintenant) voulait dire : droit à ne pas être vacciné·e (jamais).

J’entends des personnes hostiles à la vaccination demander gravement : « Comment peut-on se faire injecter dans le corps un produit don on ne connaît pas tous les effets ? »

C’est une question de bien-portants. On leur souhaite de le rester.

Moi qui suis malade, j’ingère matin et soir un médicament dont je connais à la fois les effets utiles (contrôle de ma maladie de la moelle osseuse – polyglobulie) et les effets dits « secondaires » très indésirables : multiplication de carcinomes sur tout le corps (je reviens de l’hôpital : on m’en a enlevé un gros, moche et douloureux).

La différence est que la maladie est là : je suis donc contraint (sauf recours immédiat au suicide) de faire des choix qui consistent à évaluer des dommages et nuisances diverses. Aucun terme du choix n’est complètement satisfaisant. Mon libre-arbitre s’exerce dans l’espace d’un couloir surmonté de miradors.

La « difficulté » supplémentaire de la situation de non-vacciné est que l’on croit être complètement libre, puisqu’aucune maladie ne pèse déjà sur votre liberté (au moins pas celle dont le vaccin peut vous protéger).

C’est une illusion d’optique (relativement séduisante, il est vrai) puisque personne ne sait si, quand, et dans quelle mesure il est ou sera soumis au risque de contamination.

Je passe rapidement sur le cas des personnes persuadées qu’on leur injecterait la 4G (dans ce cas de figure, j’aurais volontiers pris les options stéréo et allume-cigare…) ou qu’il s’agit d’un complot visant à « zombifier » la population (les enfants, notamment). Je conçois très bien que certains délires peuvent être plus rassurants que le monde tel qu’il est et tel qu’il tangue.

Étant relativement âgé et atteint d’une maladie grave, suivant de surcroît un traitement aux effets immunodépresseurs, je n’ai pas intérêt à être contaminé par un Covid quelconque.

En me faisant vacciner – y compris en tenant compte des risques impossibles à apprécier, du fait de la facture récente et originale du produit – je me suis protégé, autant que faire se peut de la contagion. En me protégeant de la contagion, je réduis d’autant – ce qui n’a d’intérêt qu’à l’échelle des grands nombres – le réservoir de décantation du virus (ce qui ne m’empêche pas de le transmettre éventuellement).

La vaccination semble donc une stratégie raisonnable (y compris compte tenu des angles morts) et du point de vue individuel et du point de vue collectif.

Si les réticences ou la paresse qui semblent subsister dans une partie non négligeable de la population (à commencer par les soignants) devaient se confirmer et se renforcer, l’obligation vaccinale sera instituée. Parce qu’il n’existe, dans l’immédiat, aucune autre voie possible. Ce qui est inévitable aura donc lieu.

Je peux comprendre que des personnes très rétives à l’idée de se faire vacciner (refusent-elles aussi les vaccinations obligatoires pour se rendre dans tel ou tel pays ?) attendent en quelque sorte d’y être contraintes pour céder «la tête haute», sous la contrainte. Cela fera partie de la stratégie gouvernementale.

Les trainards et les peu convaincu·e·s se feront donc vacciner. Resteront une quinzaine de pour cent de la population qui manifesteront avec Lalanne et Bigard contre le pass sanitaire rendu obligatoire. Les minorités me sont d’ordinaire plutôt sympathiques. Celle-ci me paraît choisir bien mal ses combats (et ses amis !). Souhaitons-leur que l’épidémie s’éteigne (elle n’en prend pas le chemin, hélas !) avant de les atteindre (encore que : pour certains…).

Je crois que c’est Georges Brassens qui disait qu’un véritable anarchiste traverse toujours dans les clous, parce qu’il déteste avoir à discuter avec un flic. Je ne suis pas certain d’approuver en toute circonstance cette stratégie du profil bas ; quant à mon usage des passages piétons, une de mes amies évoque à son propos l’expression «diagonale du fou»…

Cependant, chers et chères camarades ou simples lectrices et lecteurs, la question que pose la situation présente pourrait se résumer ainsi: «Souhaitez-vous avoir à discuter – un tuyau dans la bouche – avec un anesthésiste-réanimateur ?»

Rendez-vous avec Brassens et Moustaki ~ Saint-Gély-du-Fesc, les 6, 7 et 8 novembre

Deux concerts de chansons de Georges Brassens sur des arrangements aux échos de villanelle, de fandango, de tarentelle, de sardane et de rythmes arabo-andalous.

Un concert  avec celles de Georges Moustaki, juste  pour pendre le temps de vivre, d’être libres.

Pour cette édition du festival les concerts sont donnés en salle culturelle de l’Espace Georges Brassens, en jauge réduite, dans le respect des règles sanitaires en vigueur.

Une conférence illustrée sur Georges Moustaki agrémentée de ses chansons, se tient à Saint-Clément-de-Rivière dans le chai d’un domaine viticole.

Vendredi 6 nov 20h 30 St-Gély-du-Fesc, espace Georges Brassens

Georges Brassens…venant d’Espagne et d’Italie

Andrea Belli et Franco Pietropaoli

Interprétations ensoleillées,  guitares et mandolines, véritable « Brassens » à l’italienne. La tarentelle, est omniprésente dans ses compositions comme pour rappeler des origines italiennes par sa mère. Andrea et Franco chantent Brassens en français et  traduit dans la langue de Dante.

Antonio Selfa

Guitariste, originaire de Séville, il a mis en musique des poèmes de Miguel Hernández, Pablo Neruda, Antonio Machado, Nicolás Guillen, J.A. Goytisolo…avant de composer ses propres chansons et de se passionner pour Brassens.

Dans ce concert  il présente un répertoire de chansons de Georges Brassens en espagnol sur ses propres adaptations mais également celles d’Agustín García Calvo. Il est accompagné de la violoncelliste Gloria Aleza.

C’est la première fois qu’il se produira en France.

Réservation : https://bit.ly/gelybrassens061120

Samedi 7 novembre  15h 30  chai du «Domaine de Saint-Clément» à Saint-Clément-de-Riviere.

Chantal Savenier, auteure d’ouvrages sur Georges Moustaki, notamment sur la «…symbolique de la femme et de la féminité dans la séduction moustakienne» évoque avec illustrations, des souvenirs autour de Moustaki.

Le trio MDR interprète des chansons du répertoire de Moustaki et d’autres.

Sistre Georges revisite Brassens en Jazz.

Samedi 7 novembre, 20h 30, Saint-Gély-du-Fesc, Espace Georges Brassens

Moustaki, le temps de vivre

Le Maestrio

Une création pour le festival, un répertoire instrumental original, riche en clins d’œil, à la chanson française, de Georges Brassens à Brel en passant par Moustaki … Exceptionnel, inédit, unique…et surtout immanquable !

Pierre Bernon d’Ambrosio Pierre Louyriac, et Symon Savignoni aux guitares, flamenca, classique, jazz, et manouche.

Moustaki quartet
Avec Maria Teresa, et Toninho do Carmo guitariste, qui accompagnaient Moustaki sur scène. Qui mieux que ces artistes pour reprendre Moustaki dans l’esprit?

Fidèle à l’esprit de l’auteur, mais avec sa propre sensibilité et une délicate volupté, Maria Teresa, nous accompagne, un bout de chemin, dans le jardin de la terre et les titres intemporels de Moustaki : Ma solitude, Sans la nommer, Le Métèque…

Maria Teresa (chant), Toninho do Carmo (guitare et vocal), Acelino de Paula (contrebasse) et Rodrigue Fernandes (accordéon).

Réservation : https://bit.ly/moustaki0711

Dimanche 8 nov, 17h, St-Gély-du-Fesc, espace Georges Brassens

Georges Brassens…parfums de la Méditerranée

Helder Lima

Helder Lima, voix et guitare classique, et Karine, chanteuse de fado, chantent des adaptations de Brassens  en portugais, tout en proposant quelques fados.

À Lisbonne et Paris…ils présentent habituellement des chansons traditionnelles portugaises ou rebelles à la dictature de Salazar qu’ils alternent avec du Brassens,  comme pour donner la réplique,  disent-ils, à ce «gars qui toujours s’applique à mal tourner».

Djamel Djenidi et l’orchestre El Djamila

Brassens sur des rythmes de musique populaire algérienne chaâbi, d’inspiration arabo-andalouse. Chanté en français mais aussi sur deux textes traduits en arabe par Djamel.

Djamel Djenidi (mandole et chant) Anne Catherine (accordéon et chant), Pierre Bernon d’Ambrosio (guitare et banjo), Jacques Bernard (contrebasse), Karim Cherit (darbouka).

Réservation : https://bit.ly/igelybrassens081120

Dernière soirée festive du festival 2020, qui a réuni les deux rives de la Méditerranée, «en y faisant partager l’esprit frondeur et humaniste de Georges Brassens, salutaire antidote aux conformismes et aux intoléranceS» comme l’écrivait Emmanuel L’héritier organisateur du mémorable concert de l’UNESCO en 2007 « Brassens poète universel ».

Extension du domaine de la “miséricorde” (suite). Demain: les bancs publics à picots rétractables!

À peine mis en ligne mon billet sur la généralisation des «miséricordes», non plus dans le sens originel de «tabourets de charité», mais au contraire comme instrument de dissuasion des sans-abri, billet complété par une conclusion sur les dispositifs de torture du type picots en métal, je suis tombé sur un document posté sur Twitter…

Comme on le verra sur les photos ci-dessous, il s’agit de picots installés sur des bancs publics classiques (quoique russes), de ceux que chantait Brassens.

Las! les amoureux·ses qui s’égareraient sur lesdits bancs seront bien inspiré·e·s de se munir de petite monnaie. À défaut, les bécotements pourraient tourner aux picotements.

En effet, les concepteurs de ce nouveau dispositif se sont avisés que des pauvres, amoureux ou non, pourraient bien profiter éhontément de la gratuité des bancs publics pour s’y allonger un brin.

Comment prévenir une telle agression pour le regard (oblique) des passants honnêtes? Simple – mais génial! – il suffit d’intégrer aux bancs le système de picots dissuasifs, en les rendant cependant rétractables, à condition de payer

Il y avait des compteurs à pièces pour le gaz et l’électricité; il y aura désormais des bancs à pièces pour poser son cul. Chasser le pauvre, lui faire cracher sa monnaie à tout prix, telle est la motivation qui a titillé l’imagination de nos inventeurs russes.

Il ne s’agit plus d’inverser seulement le sens du mot miséricorde, mais de faire de tous les sièges publics des épouvantails pour ceux qui en endossent souvent, par force, le costume.

DERNIÈRE MINUTE

Où il appert que ledit dispositif de torture n’est pas issu de cervelles «urbanistes», à défaut d’être urbaines, mais de celle d’un artiste contestant les picots anti-sans-abri, comme ceux que j’évoquais en conclusion de mon papier précédent.

Belle réalisation qui donne à voir expérimentalement le futur immédiat de la ville interdite aux pauvres.

Faites une pipe au clown !

Ce court texte peut se lire comme un addendum au chapitre III de mon livre Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps (H&O).

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Une pipe au clown

Faites une pipe au clown ! Goûtez à l’arc-en-ciel

 

Capture d’écran 2014-11-09 à 12.58.14e ne connais ni l’origine de cette photographie (on dirait un poster) trouvée sur le Net sans indication d’origine ni les intentions de ses auteur(e)s. Elle me semble intéressante en ce qu’elle dissone avec le thème pornographique sur lequel elle affecte de broder : l’« éjaculation faciale ». Puisqu’elle représente une jeune femme, nous n’aborderons que la fellation hétérosexuelle.

Le contenu explicitement suggéré est assez simple : le sperme du clown, à l’égal du costume d’Arlequin, est multicolore. En goûter, c’est goûter à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Profitons-en pour noter un paradoxe de l’éjaculation faciale ou au moins un déplacement par rapport à la fellation « classique ». Celle-ci s’entendait de préférence suivie d’une ingestion par la partenaire du sperme éjaculé (je suce, j’avale tout). « Avaler la fumée », comme l’on dit parfois pour filer la métaphore, conclut une fellation bien menée, marque l’absence de dégoût (ou l’effort consenti pour le surmonter), et assure la satisfaction optimale du mâle pompé.

Il faut que l’éjaculation faciale soit, si l’on ose dire, une figure pornographique particulièrement gratifiante par ailleurs pour que les mâles se privent de l’orgasme dans la bouche de la partenaire et reviennent, à l’instant suprême, à l’action manuelle ordinaire. On m’objectera que l’éjaculation faciale n’est pas absolument contradictoire avec l’ingestion, qui peut être partielle et consécutive. Il est facile d’observer en effet sur de nombreuses vidéos tournés par des amateurs de probables éjaculations précoces, trop pour être faciales en tout cas, ce qui oblige la réceptrice à différer l’ingestion, et à bien montrer à la caméra le sperme qu’elle a conservé dans la bouche. Dans un certain nombre d’autres cas (je m’excuse ici de l’absence de décompte scientifique, lequel excéderait ma patience), la verge est à peine ou pas du tout sucée après l’éjaculation.

Encore une remarque sur l’éjaculation faciale : il n’est pas rare (voir parenthèses précédentes) que le visage aspergé de la dame marque de la surprise, un léger dégoût (dont rien ne dit qu’une fellation suivie d’ingestion l’aurait suscité) et une gêne qui combine probablement les deux sentiments précédents. On devine qu’elle a hâte de pouvoir s’essuyer. Sans parler du fait que le sperme reçu dans l’œil (comme d’autres liquides) peut être fort désagréable.

Et encore cette remarque : la complaisance de tant de femmes à satisfaire les fantaisies, en l’espèce parfaitement stéréotypées et reproduites à des millions d’exemplaires, de leurs amants, surtout en dehors de la sphère privée, est pour moi une source d’étonnement. Certes la fellation met en scène un savoir-faire féminin, dont l’étalage peut être considéré comme gratifiant (mais comment ne pas penser à un gigantesque casting pornographique…). Cependant, elle présente du plaisir et de la relation érotique une version très réduite. Elle se concentre, avec l’objectif de la caméra, sur la verge bandée, seule et suffisante représentation/incarnation de l’homme, et au contraire sur l’entière personnalité de la femme — son visage — mise au service du plaisir mâle1. Passons ici sur les problèmes personnels et juridiques d’une infinie variété que posent ou poseront la mise en ligne, c’est-à-dire la publicité planétaire et permanente, d’un moment consenti dans telle relation, à tel âge de la vie. Question prémonitoire de Brassens (dans Les Trompettes de la renommée) : « Combien de Pénélope passeront illico pour de fieffées salopes » ?

Gageons que les coulisses d’un certain nombre de ces scénettes pornographiques feront dans les décennies à venir l’ordinaire des tribunaux correctionnels, comme l’on a appris avec bien des années de retard les conditions de tournage, respectueuses ni des droits de la personne ni du droit du travail, d’un film comme Deep Throat. En effet, à supposer, ce qui reste à prouver (mais le contraire aussi), que la divulgation a toujours été faite avec l’accord express de l’intéressée, il est peu probable qu’elle ait songé pouvoir changer d’avis et de vie dans les années suivantes…

Intéressante et nouvelle condition d’exercice du complexe d’Œdipe que celle où le garçon pourra se masturber en retrouvant dans les archives des sites pornos l’image de sa mère suçant une bite, malheureusement (?) impossible à identifier comme étant celle de papa, puisque dans 99 pour cent des cas l’homme n’est pas identifiable. Dans le même temps, la jeune fille pourra préférer les vidéos tournées par sa mère pour s’initier elle-même à la complaisance hétéronormée. Sade aurait ironiquement salué dans une telle situation le triomphe de la famille !

Revenons à la jeune goûteuse d’arc-en-ciel.

Son sourire franc, confirmé par la lueur ironique du regard, évoque davantage la bonne blague que la politesse faite à un amant insistant. Elle se marre. Et je dirais volontiers qu’elle se moque. De qui ? Voici une question plus délicate.

Observons qu’elle n’a nullement l’air « souillée » ou embarrassée en quoi que ce soit par les ostensibles traces de l’éjaculation multicolore. Son teint de brune, ses cheveux ramenés en arrière, ses paupières maquillées, lui donnent — éjaculation aidant — plutôt l’air d’une jeune indienne sur le sentier d’une guerre de comédie.

Le recours au personnage du « clown » est également ambigu. Le clown fait rire (c’est son job), mais il est lui-même plutôt triste. Ne doit-il pas se peindre sur le visage un immense sourire sanglant pour faire croire à sa jovialité ? C’est un peu comme le phoque qui fait tourner des ballons sur son nez, « ça fait rire les enfants, ça dure jamais longtemps, ça fait plus rire personne, quand les enfants sont grands », comme disait la chanson du groupe Beau Dommage. Les grands enfants perçoivent ce qu’il y a de tragique, ou au moins de pitoyable, chez le clown. Disons-le : il a un côté pauvre type.

Goûtez à l’arc-en-ciel ! La formule est poétique. Dans sa poésie naïve et outrée, elle rejoint les fantasmes masculins de toute-puissance qui font du sperme un fluide magique, un merveilleux nectar composé d’un tiers de miel, un tiers d’opium et un tiers de nitroglycérine… De quoi vous envoyer au ciel, à cheval sur un arc.

Si vous voulez mon avis, la jeune femme de la photo ne prend pas ces rodomontades phalliques très au sérieux. Elle a joué le jeu, elle en a pris plein la figure et elle en rigole. Sans méchanceté mais sans pousser plus loin la complaisance. Elle n’a pas l’air pâmé que croient devoir adopter certaines pipeuses du Net, comme si elles avaient elles-mêmes extrêmement joui au lieu de se donner de la peine 2.

Que semble-t-elle nous dire, finalement, cette jeune squaw hilare ? Qu’il peut être plaisant de sucer un garçon quand on en éprouve le désir. Que le résultat peut être distrayant, même si vaguement ridicule, voire gênant (est-ce que ça tache ?).

Mais qu’il est risible celui qui se prend au sérieux pour peu qu’on accepte d’emboucher son organe, ne jouissant à l’aise que seul dans le plaisir, et de préférence devant une caméra (Relève tes cheveux, chérie ! Lève tes yeux vers moi, là tu louches !).

Et encore qu’il est sain de rire de tout, à commencer par les prétentions clownesques des garçons à considérer leur sperme comme un cadeau divin, dont l’expulsion mérite d’être indéfiniment mise en scène, reproduite et diffusée comme un phénomène merveilleux, auquel les femmes devraient prêter leur visage de bonne grâce, comme réceptacle, miroir et écran.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.55.27

1 Les cinéphiles (et les autres) noteront que c’est le dispositif exactement inverse de celui adopté par Andy Warhol dans son court métrage Blow Job (Fellation ; 1964), plan fixe de 35 minutes sur le visage d’un homme dont le titre du film suggère qu’il se fait sucer. Et, pour persévérer dans la nostalgie des avant-gardes artistiques trop rapidement opposée à la démocratisation pornographique, mentionnons Moment de Stephen Dwoskin (1968), plan de 10 minutes sur le visage d’une jeune femme qui jouit (d’elle-même ou par l’entremise d’un tiers, on l’ignore). Dans les deux cas, sous la contrainte en l’occurrence féconde de la censure, le réalisateur envisage le plaisir, fait du visage (porteur d’expressions, d’émotions) le principal témoin érotique, ni organe ni orifice, sur-face.

2 Oui, je sais… À propos, il n’est que temps de proposer une traduction littérale de l’expression Blowjob (en un seul ou en deux mots). Disons « travail du souffle ». Cela n’étonnera que ceux qui n’ont jamais songé que l’opération en réclame beaucoup.