MARSEILLE, d’amour tes beaux yeux mourir me font…

Tellement troublé j’étais, que j’oubliai une photo dans ma dernière série de «cartes postales» marseillaises, publiée à l’occasion de l’inauguration de la magnifique librairie L’Hydre aux mille têtes – Marseillais·e·s d’habitude ou d’occasion, ne manquez pas d’y faire un tour et vos emplettes!

Dans le Vallon des Auffes, une petite voie en cul-de-sac (et qui grimpe!) porte un nom qui avait échappé jusqu’ici à mon attention: Impasse des Beaux yeux.

On connaît des rues et des impasses qui portent le nom d’un ancien propriétaire (oublié), d’un mirlitaire ou d’un poli-tocard (beuark!) ou encore font référence à une activité d’antan (rue de la Corderie, par ex.).

Mais comment devient-on «Impasse des Beaux yeux»?

Vous m’objecterez qu’il existe à Paris une «Impasse du Désir» autrement troublante et tout aussi questionnante…

Aurais-je dû sonner aux portes de l’impasse (à supposer qu’elle soit habitée hors saison)?

Peut-être les sirène du lieu en ont-elle leur claque de toiser les plaisantins de tous pays.

Et de la claque à la gifle…

Et puis il faisait frisquet ce jour-là (moins que la veille, mais tout de même!), au point que, parti en maillot de bain (sous le jean…) j’avais renoncé à piquer une tête aux Catalans. Trop de vent, trop de vagues (à l’âme).

Rien ne m’empêche de laisser mes pas me porter vers le Vallon la prochaine fois. Histoire de jeter un œil, l’air de rien…

Je repasserai aussi, un peu plus bas, devant la modeste «Crèche à Jésu».

On ne sait jamais…

À MES CHARMANTES LECTRICES & GENTILS LECTEURS (& inversement)

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’ai terminé ce jour le déménagement de mon ancien site vers ce nouveau blogue généraliste[1].

Travail long et pénible, pour de nombreuses raisons techniques qu’il serait aussi fastidieux de détailler qu’il a été parfois difficile de les surmonter. Changements de formats, de logiciels, fichiers datant d’avant tel crash informatique (du site ou de l’ordinateur du tenancier), autant de strates catastrophiques dont je me serais passé de les retrouver dans mes tâtonnements quotidiens.

S’ajoute à cela l’inévitable nostalgie d’avoir à relire certains textes qui évoquent des moments heureux, ou au contraire des drames, des personnes disparues… S’il vous est déjà venu l’idée stupide de plonger dans une correspondance amoureuse enfouie au fond d’un tiroir, vous savez ce qu’il en est.

Selon l’usage, j’ai profité de ce déménagement pour faire un peu de ménage (très peu !). J’ai mis à la poubelle quelques textes de circonstances (surtout des communiqués d’appel à telle manif ou réunion). J’ai été contraint de remettre en page la plupart des textes : le logiciel du site intégrait les notes à l’intérieur du texte, au lieu que sur le présent blogue, comme sous Word, elles sont en bas de page (ou de texte). Or je n’avais souvent pas d’autres versions à ma disposition que celles préparées pour Spip (sinon sur d’illisibles disquettes [oui, j’ai essayé !]). C’était l’occasion de corriger un nombre considérable de fautes de frappe ou d’orthographe… et peut-être d’en ajouter quelques-unes.

Je n’ai évidemment rien « réécrit » (sauf une phrase d’Économie de la misère, que j’avais du mal à comprendre. Elle figure entre crochets).

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Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?

Parce que je souhaitais, après l’ouverture de mon blogue historien La Révolution et nous (dont les articles récents s’affichent en bas à gauche de votre écran) adopter également la forme du blogue pour mes textes traitant d’autres sujets. Il y a dans la forme « blogue », autrement dit dans le retour au rouleau (de papyrus, si vous voulez) un caractère désuet qui m’enchante, d’autant plus qu’il est le dernier mot (pour cette portion de siècle !) de la communication moderne.

De plus, il me semblait plus aisé de mettre en ligne des billets de quelques lignes dans le cadre d’un blogue, ce que j’hésitais à faire (peut-être à tort) sur une page de mon site.

Par ailleurs, je voulais créer ce nouveau blogue — et donc pouvoir indiquer son adresse — avant de rendre à Nico et Charlotte, des Éditions Libertalia, le manuscrit définitif du livre qu’elles publieront l’année prochaine, et qu’un écho furtif (mais vous ne perdez rien pour attendre !) a déjà annoncé ici même : Comment peut-on être anarchiste ?

Ce nouvel opus est précisément un recueil de textes divers (articles et tracts).

Une fois le blogue créé, le plus logique était de le remplir par transfert du site le plus rapidement possible (j’y ai consacré presque deux mois de travail).

Enfin, la pérennité de l’ancien site était tout sauf garantie, tandis que la position de mon actuel hébergeur (des millions de blogues) est une relative garantie. J’en profite pour préciser que l’hébergement et les « modèles » de blogues que j’ai choisis sont gratuits. Je paye cependant une somme annuelle pour éviter que des publicités, aléatoires et intempestives, s’affichent sur les pages des blogues (ne me remerciez pas, c’est tout naturel !).

J’ai vu passer (la position du surfeur n’est pas idéale pour la lecture) sous le clavier d’un internaute une remarque d’étonnement mâtiné d’humour sur le fait que je « quittais » Spip, le logiciel gérant mon site, après tant d’années d’amicales relations*… Je confesse que ça n’est pas sans une certaine nostalgie que j’abandonne un site (certes austère) dont j’ai consulté les statistiques et alimenté les rubriques pendant une quinzaine d’années. Pour autant je ne me suis jamais senti d’une famille (« spipeux », « spipophiles », « spipards » ?). J’ai accepté, avec reconnaissance (merci encore Xavier ! et Thierry aussi !) la possibilité d’avoir un site personnel et me suis accommodé du logiciel livré avec, sans en comprendre toutes les subtilités et en l’utilisant a minima (comme tous mes appareils électroniques). En créant mes deux blogues actuels, je n’ai pas le sentiment d’avoir trahi quiconque ou de m’être rallié à je ne sais quoi. J’ai simplement essayé de faire au mieux, et au plus vite (tout est relatif !) en fonction de mes (faibles) capacités.

Tant que j’en suis aux explications : je n’ai pas l’intention (sauf exception éventuelle) d’ouvrir des forums de discussion, qui font pourtant le succès de certains blogues. Je n’ai pas assez de temps pour en gaspiller en modérant des échanges oiseux et en chassant les pubs cachées pour des sites pornos et des banques. En revanche, j’ajoute régulièrement à certains articles des « formulaires de contact » (comme ci-après) qui vous permettent de m’adresser un message. Je réponds, en général assez rapidement, et je publierai volontiers des textes ou commentaires que je jugerai intéressants.

Je n’ignore pas que pendant plusieurs mois (par groupes de douze ?) la fréquentation de ce blogue sera loin d’atteindre celle du site. Beaucoup d’internautes rechignent en effet à utiliser les liens sur lesquels ils/elles tombent. Il faudra beaucoup de temps pour que tous les liens pointant vers l’ancien site soient corrigés pour arriver ici, d’autant qu’ils pointent vers un article précis.

J’espère que la mise en page vous convient. J’ai parié sur la lisibilité.

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Blogue, mode d’emploi

Vous disposez — outre de la possibilité de vous abonner en inscrivant votre adresse électronique dans le cartouche prévu à cet effet en haut à droite de la page —, de trois outils de navigation : le moteur de recherche, les rubriques et les mots-clés.

Ces trois outils se trouvent dans la colonne de gauche sur votre écran. Le cartouche du moteur de recherche, où taper votre demande est sous la mention «La curiosité est un joli défaut !» (c’est vrain, non ?). Puis, en descendant, les mots-clés (Attention ! ils n’y sont pas tous. Vous les retrouvez au bas de chaque article.). Et enfin les rubriques. Un même texte peut figurer dans plusieurs rubriques.

N’hésitez pas à me signaler d’éventuelles erreurs.

Dans l’attente de vous lire, je ne suis pas fâché de pouvoir retourner à mes recherches sur la Révolution.

Bien à vous.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Claude Guillon

 

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Nota Je m’abtiendrai désormais d’indiquer la mention Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17 au début d’un texte. Si je suis amené à republier des textes qui ne figuraient pas (ou plus) sur le site, ils le seront dans la rubrique « Textes republiés », et la date de rédaction sera mentionée entre parenthèses dans le titre.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Remords. Je savais bien que j’oublierai quelque chose. Pourquoi «Lignes de force»? et qu’entendez-vous par là ? me demande justement une nouvelle abonnée. On utilise l’expression «lignes de force» pour désigner les lignes géométriques qui structurent la composition d’un tableau. Par analogie, on emploie l’expression dans le domaine des idées. Le titre de ce blogue est ainsi un clin d’œil assumé au très beau roman autobiographique de Pierre Herbart intitulé La Ligne de force (voir ci-dessous).

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[1] Ne reste pendante que la question de la forme sous laquelle je remettrai en ligne le contenu de mon livre De la Révolution. En attendant, les chapitres demeurent lisibles sur l’ancien site.

* On trouvera à cette adresse des échanges de commentaires, parfois peu amènes, sur mon déménagement et mon (incontestable) «analphabétisme numérique».

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Petit portrait de l’amour en désastre

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Jamais sans doute le titre de cette rubrique — « Cimetière de projets » — ne sera plus adéquat. Pourtant il ne s’agit exactement ni d’un embryon ni d’un cadavre de texte. Ni d’un brouillon ni d’une œuvre qui n’aurait pas trouvé preneur, ou dont la publication aurait été contrariée par un aléa éditorial.

Le laborieux exercice de transfèrement des textes de mon site vers ce nouveau blogue m’a contraint à « faire le ménage » dans des fichiers poussiéreux, d’où émerge ce Petit portrait de l’amour en désastre, sauvegardé dans une version obsolète de Word. En « mode compatibilité » est-il précisé. Le terme est bien mal choisi !

Les extraits du texte que je reproduis ont été soigneusement choisis pour ne pas permettre d’identifier la personne dont il est ici question (et dont je suis sans nouvelles depuis une vingtaine d’années). Même si l’objet du texte est de décrire une relation et non de faire son portrait à elle, et malgré ce long délai, bien des détails permettraient à des proches — ou à elle-même ! — de la (de se) reconnaître.

Pourquoi, dans ces conditions, publier un texte mutilé ?

D’abord pour apaiser, autant que faire se peut, ma frustration d’auteur.

En guise de disposition testamentaire ensuite. Le présent texte, que l’on trouvera après mon décès (je sais que je ne pourrai me résoudre à le détruire) sur un disque dur ou dans mes brouillons, ne devra pas être publié — à supposer évidemment que quiconque s’en soucie jamais ! — avant l’an 2044.

La fille de la dame en question (je leur souhaite longue vie à toutes deux) aura une cinquantaine d’année (je suis nul en calcul mental, c’est une approximation). Tout cela n’aura plus d’importance pour personne (et je serai mort depuis belle lurette).

Pour répondre à une question qui viendra à l’esprit de certain(e)s : non je n’ai jamais pensé à envoyer ce texte à la personne qui l’a inspiré. C’eut été sottement cruel. Il m’arrive d’être sot, mais j’ai peu de disposition pour la cruauté (je le regrette parfois, mais c’est une autre histoire).

Je parlais plus haut de l’exercice (dérisoire, certes, mais la vie elle-même…) de pallier ma frustration d’auteur. Je suis conscient du peu d’élégance du moyen employé : susciter celle des lecteurs et des lectrices. Mais après tout, n’est-ce pas constitutif du rapport entre celui/celle qui écrit et celui/celle qui lit ?

 

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Elle rectifie la position du col de cygne au-dessus du lavabo : juste à l’aplomb de la bonde, pour éviter les éclaboussures.

Je préfère le décaler un peu : je n’aime pas le bruit produit par le jet tombant directement dans le siphon.

Deux maniaques ! Deux conceptions de la vie, peut-être.

[…]

 

Elle se considère comme viscéralement attachée à l’amour exclusif. La douleur provoquée par la jalousie est quelque chose qu’elle ne pourrait « même pas » exprimer.

Elle me considère comme « un homme à femmes », un séducteur.

Entre le jour de notre rencontre et celui de notre séparation, elle a eu au moins trois liaisons avec d’autres hommes. Moi aucune, avec aucune femme.

Cela ne change rien à la manière dont elle se voit, dont elle me voit.

C’est moins contradictoire qu’il n’y paraît. Puisque je suis un « homme à femmes », elle ne peut rien attendre de moi ; notre relation est donc frappée de nullité dès l’origine. Bien que nous soyons amants (elle dit : que nous « couchions ensemble »), elle ne se considère pas engagée dans une relation. Elle peut donc enchaîner des liaisons successives sans avoir le sentiment de tromper quiconque, à commencer par elle-même. J’ignore si le raisonnement ne s’applique qu’à moi ou bien s’il est démultiplié.

En tout cas, c’est un comportement de garçon, pour une fille moderne.

[…]

 

Nous nous retrouvons après une brouille de plusieurs mois. Elle avise une photo d’elle et sa fille, prise par moi, que j’ai accrochée au-dessus de mon bureau. Elle dit : « Je ne vois pas très bien comment je pourrais expliquer ça à ma fille si elle vient ici ».

Je vois très bien, moi, comment je pourrais expliquer à sa fille (et à quiconque) que j’aime avoir sous les yeux une photo, que j’ai prise, de deux êtres auxquels je pense si souvent.

Il n’existe pas de photo où nous figurons, elle, sa fille et moi. C’est autant d’économisé en frais de retouche.

[…]

 

Je l’ai accompagnée au train. Elle me dit qu’étant donné ce qu’elle vit à X [une ville du Nord de la France], elle ne pense pas pouvoir assumer notre histoire plus longtemps. Scène de genre pour hall de gare.

Je rentre chez moi ravagé.

Je suis au lit depuis un moment lorsque le téléphone sonne. Elle m’appelle pour me dire que son TGV a une avarie ; elle plaisante sur les catastrophes récurrentes qui perturbent le trafic Paris-X. Est-ce que je peux rester éveillé un moment ? Elle risque d’avoir à revenir dormir chez moi, elle me rappellera dès que la situation se précisera.

Sa voix est claire, enjouée ; elle semble heureuse de me parler. Soulagée peut-être. Très masculine encore, cette façon de considérer les sentiments des autres automatiquement accordés aux siens, lesquels obéissent à une mystérieuse télécommande : play, stop, delate.

[…]

 

Nous nous voyons presque tous les jours ce mois d’août, elle et sa fille, pendant leur séjour parisien.

Annonce de l’arrivée inopinée d’un amant… Elle dit : « Je ne te l’avais pas dit. J’ai rencontré quelqu’un ». Lequel quelqu’un, ignorant mon existence comme j’ignorais la sienne, est fondé à penser qu’il fait plaisir à tout le monde en se rendant disponible de manière imprévue.

Je nous revois en discuter sur le divan effondré de l’appartement où elle loge, pendant la sieste de sa fille. Elle dit : « Tu ne perds ton sens de l’humour en aucune circonstance, c’est ça ? ». Je me souviens d’un sentiment aigu de ridicule, mais qu’ai-je pu dire ? Impossible de m’en souvenir.

[…]

 

Elle dit : « C’est la première fois que je regrette d’avoir couché avec un mec ». Elle parle de moi.

[…]

 

Je lui écris de longues lettres, à la main, exercice dont je suis d’autant plus déshabitué que mon écriture me semble illisible. Elle m’assure qu’elle la déchiffre sans difficulté. Je redécouvre la crampe de l’écrivain et l’illusion de l’épistolier, qui croit que l’aimée dévore déjà sa missive quand il vient juste de la glisser dans la boîte aux lettres.

Je lui écris une lettre où je manifeste le désir d’elle que j’éprouve. Texte certainement banal et d’ailleurs sans prétention, qui ne vaut que parce que c’est mon désir qui s’adresse au sien, séparés que nous sommes par la distance et les longs intervalles entre nos rencontres.

Elle dit : « J’aime bien quand tu me racontes tes trucs. Mais là…! » Capable de sensualité, elle assimile tout ce qui peut être rattaché à l’érotisme à de la perversion. Le plaisir ne se pense ni ne se parle. Ma chandelle ainsi mouchée, mon feu éteint, je pose définitivement la plume.

[…]

 

Elle récuse formellement l’hypothèse, pour moi d’évidence, que nos voisins de table au restaurant nous supposent amants.

— Qu’y aurait-il d’extraordinaire, puisque nous sommes amants !

À ses yeux, c’est un sophisme, vaguement obscène.

[…]

 

Quoique capables de nous comprendre, nous ne parlons pas tout à fait la même langue. Trentenaire, elle s’exprime dans la vie courante, c’est-à-dire en dehors des conversations intimes à forte charge affective, à l’aide d’une dizaine d’expressions générationnelles, comme « J’hallucine ! » (forme abréviée : « J’halluce »), « Je suis dégoûtée ! », « C’est clair ! ».

Si je l’informe, pour signifier que la salle de bains est libre que « j’ai fini ma toilette », elle dit : « Ouah ! la vieille expression ». Avec un sourire plus gêné qu’ironique.

[…]

 

Visiblement, elle n’aime pas que je chante. J’en suis d’autant plus étonné et mortifié que j’ai l’habitude d’être complimenté pour ma voix. Elle dit : « Si tu aimes chanter, tu devrais aller dans une chorale. »

[   ] …