SUR L’IDÉOLOGIE ANTI-ISLAMOPHOBE, par F. Grim et A. Pinot-Noir

Ce texte entend répondre à ceux qui, parmi les communistes libertaires, sont engagés dans un combat contre « l’islamophobie » et, à ce titre, prétendent interdire toute critique de l’islam et promouvoir une théorie de la « race sociale », dans un climat pour le moins générateur de tensions, d’accusations de racisme, et même d’attaques caractérisées.

S’il date vraisemblablement du début du siècle dernier, c’est depuis peu que le terme « islamophobie » a fait une percée fulgurante comme appellation du racisme contre « les Arabes ». On passe ainsi du racisme anti-maghrébin à l’effroi ou l’horreur suscités par la religion des musulmans. Les immigrés et leurs descendants ne seraient plus rejetés pour des raisons « ethniques » mais pour leur appartenance supposée à une culture originelle identifiée à l’une de ses dimensions : la religion musulmane – qu’ils sont pourtant nombreux à ne pas pratiquer, et ceci même lorsqu’il leur arrive d’en conserver quelques traditions devenues coutumières.

Se joue là un tour de passe-passe qui assimile la « race » à la religion en tant que matrice culturelle. On est face à une « mystification conceptuelle (…), l’assignation de tout un pan d’individus, en fonction de leur origine ou de leur apparence physique, à la catégorie de « musulmans », permettant de faire taire toute critique de l’islam, parce que celle-ci ne rentrerait plus dans la critique des religions, mais directement dans le domaine du racisme »[1] . Si Claude Guillon voit du « mépris » dans cet « antiracisme des imbéciles »[2], nous y décelons surtout ce spectre qui hante la gauche : le tiers-mondisme, idéologie qui conduit à adopter de façon acritique le parti de « l’opprimé » contre celui de « l’oppresseur ». C’est ainsi que, pendant la guerre du Vietnam, dénoncer les Américains entraînait le soutien au Viet Minh et à la politique d’Ho Chi Minh, dont les comités Vietnam scandaient le nom et brandissaient le portrait à longueur de manif ; comme aujourd’hui, défendre les Kurdes peut impliquer de soutenir le PKK et de brandir le portrait d’Oçalan. Ce qu’il s’est passé pendant la guerre d’Algérie où ceux qui, voyant dans le « colonisé » l’exploité par excellence, ont soutenu inconditionnellement le FLN, s’est reproduit face à la révolution iranienne de 79 et chez les pro-Palestiniens. Le tiers-mondisme a ainsi abandonné petit à petit le prolétariat comme sujet révolutionnaire pour lui substituer le colonisé, puis l’immigré, puis les descendants d’immigrés… et enfin les croyants. Le tiers-mondisme originel avait promu le relativisme culturel, ses successeurs ont adopté le culturalisme, qui prétend expliquer les rapports sociaux par les différences culturelles. C’est dans les années 80, avec la grande manipulation de SOS Racisme, que ce glissement est devenu une doctrine qui donnera naissance à toutes les dérives actuelles, jusqu’à assigner une identité musulmane à tous les immigrés « arabes » et leurs descendants.

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Devant le constat du glissement opéré au sein de toute une partie de la gauche vers l’idéologie culturaliste, il est intéressant de pointer que celle-ci est devenue, après 1968, l’angle d’attaque d’un courant d’extrême-droite : la Nouvelle droite. Son rejet de l’immigration ne repose plus sur un racisme biologique mais sur l’idée d’assignation identitaire, basée sur une vision figée des sociétés dans des traditions anciennes, et sur la nécessité, comme garantie de paix sociale, de conserver des cultures homogènes. Selon les élucubrations des néo-droitiers, pour qui les conflits sont ethno-culturels et pas de classes, les Maghrébins, par exemple, assignés à la culture musulmane, doivent en conséquence rester dans leur pays d’origine pour vivre leurs traditions entre eux ! Au passage, Alain de Benoist, chef de file de la Nouvelle droite, défend des luttes tiers-mondistes et anti-impérialistes, et nie le caractère raciste de sa « défense de l’identité européenne ». Cette évolution du discours raciste est à l’œuvre depuis quelques années au sein d’une autre formation d’extrême-droite, en quête de respectabilité, le Front national, qui reprend en partie la rhétorique de la Nouvelle droite : le problème ce n’est plus les « immigrés » mais les « musulmans ».

C’est ainsi que l’on en vient, de bords a priori radicalement opposés, à adopter un discours identitaire qui considère que tous ceux qui ont un lien d’origine ou familial avec l’un ou l’autre pays du Maghreb (ou d’autres pays « arabes ») doivent se considérer comme musulmans, sous l’appellation aberrante de « Français d’origine musulmane ». Alors que ce n’est pas en raison de la religion qu’ils pratiquent ou qu’on leur prête qu’ils sont discriminés mais parce que ce sont des travailleurs immigrés ou issus de familles ayant immigré. Ce n’est pas l’identité qui est en jeu mais l’appartenance de classe. Cette « origine musulmane », qui fait bondir les athées d’origine maghrébine, travestit un stigmate social en stigmate culturel. L’État et les media ne s’y trompent pas quand ils font du « musulman », forcément islamiste (et plus ou moins modéré ou radicalisé), la nouvelle caractérisation du membre de la classe dangereuse [3].

C’est sur ces bases que l’idéologie identitaire anti-islamophobe vient s’associer, notamment chez certains marxistes, à celle de la « race sociale », chimère universitaire d’importation récente, qui tente de plaquer ici le schéma racial et communautaire de la société américaine. Cette vision « racialiste »[4] qui prétend créer une nouvelle classe de « race » ne sert en réalité qu’à masquer, voire à nier, la réalité du rapport social capitaliste : l’exploitation des prolétaires, de tous les prolétaires, quels que soient leur origine, leur couleur de peau, leur religion et leurs us et coutumes personnels. La justification en serait que le racisme aurait été indispensable au développement capitaliste parce qu’il justifierait le colonialisme. En réalité, inférioriser l’opprimé a toujours été une stratégie de pouvoir qui s’applique à tous les opprimés quelle que soit leur supposée « race ». Maintenir dans leur condition les serfs, les paysans pauvres, les esclaves puis les ouvriers, passe notamment par les empêcher de s’exprimer et d’avoir accès à l’éducation, au prétexte qu’ils seraient trop bêtes et ignares pour cela, qu’ils appartiendraient à une catégorie inférieure. Rappelons que les Anglais ont durement colonisé et pillé les Irlandais et les Russes les Ukrainiens sans avoir besoin d’une telle justification. Et, dans leur ensemble, pillage et colonisation, tout comme l’exploitation proprement dite, n’ont pas besoin de quelconque excuse.

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Et pourtant, le racisme existe bel et bien et le rejet du « musulman » pauvre et immigré est l’une de ses manifestations. Le discours du FN, du Bloc identitaire et de Pegida contre l’islam n’est que l’arbre qui cache la forêt : ce sont simplement des racistes qui veulent que les immigrés dégagent. L’argument culturel est sans doute plus respectable à leurs yeux que les vieilles lunes racistes basées sur des caractéristiques qui seraient innées (les Noirs sont comme ci, les Arabes comme ça…). Cette stratégie leur permet aussi de ratisser plus large, d’autant que ces mouvements exploitent à leurs fins racistes la montée réelle de l’islam radical. Si l’immigration est pour eux le fond du problème, ils se raccrochent à des arguments plus honorables tels que la défense de la laïcité ou le combat contre le sexisme. Mais, en réalité, que les immigrés (pauvres, bien sûr) soient ou non musulmans, ils sont toujours pour eux des indésirables.

Le racisme, comme la xénophobie, est un outil qu’utilisent les dominants contre les dominés. Ainsi, Fredy Perlman écrit : «  Les colons-envahisseurs d’Amérique du Nord avaient recours à un outil qui n’était pas, tel la guillotine, une nouvelle invention, mais qui était tout aussi mortel. Cet instrument sera plus tard nommé racisme et s’intègrera dans la pratique nationaliste (…). Les gens qui avaient abandonné leurs villages et leurs familles, qui étaient en train d’oublier leur langue et qui perdaient leur culture, qui étaient dépouillés de tout sauf de leur sociabilité, étaient manipulés afin de considérer la couleur de leur peau comme substitut à ce qu’ils avaient perdu » ; « le racisme avait été une arme parmi d’autres pour mobiliser les armées coloniales (….) et elle n’a pas supplanté les autres méthodes, elles les a plutôt complémentées »[5]. Il s’agit de créer des catégories permettant de diviser pour prévenir ou écraser les rébellions et les luttes sociales. C’est ce qu’a fait, en Algérie, le gouvernement français en 1870, en octroyant par décret (la « loi Crémieux ») la nationalité française aux « indigènes israélites », les séparant arbitrairement des « indigènes musulmans ». L’appartenance « religieuse » a également été utilisée pour écraser les luttes sociales en ex-Yougoslavie avec la fabrication d’une « nationalité musulmane » inconnue, dressant les uns contre les autres des gens qui vivaient jusque-là tous ensemble.

Les divisions raciales deviennent, logiquement, particulièrement opérantes dans les périodes de crise où le revenu s’effondre et où l’emploi vient à manquer. C’est sur ce terrain que le FN parvient à conquérir les anciens bastions ouvriers de la gauche. Et, même à l’époque du plein-emploi, le pouvoir et ses media ont toujours plus ou moins entretenu la xénophobie, encourageant la stigmatisation successive de chacune des différentes vagues de travailleurs immigrés (les « Polaks », les « Macaronis », « les Portos », etc.). La grande différence était que, dans les unités de travail, la solidarité ouvrière prévalait sur les préjugés et que tout le monde travaillait et combattait au coude à coude. Mais c’était avant….

Quant au terme « islamophobie », le problème ne réside en réalité pas dans la notion elle-même mais dans l’usage qu’en font ceux qui la manipulent. On retrouve d’ailleurs les mêmes usages manipulatoires de la notion d’antisémitisme lorsque ce terme est donné pour un équivalent de l’antisionisme et achève sa course en « judéophobie », avec l’affirmation que la critique du sionisme ne peut qu’être une attitude raciste vis-à-vis des « juifs » et non une critique du caractère colonisateur de l’Etat confessionnel qu’est Israël.

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L’islam politique vise, comme le dit Claude Guillon, à faire de « l’islamophobie une arme de guerre idéologique contre l’athéisme »[6] et, plus largement, un vecteur de propagande pour la religion musulmane. Les anti-islamophobes d’extrême gauche ont des positions pour le moins ambivalentes par rapport cet islam politique. Ils prétendent ainsi interdire toute critique de la religion musulmane donnée pour une pratique raciste, dans une posture moralisatrice révélatrice d’un manque d’analyse de l’évolution de l’islam politique dans le monde depuis la révolution iranienne de 1979. Quand ils n’en viennent pas à en nier l’existence même. Face au djihadisme, nos anti-islamophobes ne se laissent pas pour autant désarçonner. Après chaque attentat commis par les djihadistes en Europe (qui s’ajoute à la longue liste de leurs forfaits, notamment sur le continent africain et au Moyen-Orient), ils s’inquiètent surtout de la recrudescence d’« islamophobie » (et aussi, à juste titre, des politiques répressives) que cela risque d’entraîner et pointent comme seul responsable l’impérialisme occidental. Ainsi, selon eux, les attentats de Paris du 13 novembre 2015 ne seraient qu’une répercussion des guerres menées par l’État français en Irak, en Libye, au Mali… Les intérêts de ce dernier dans les enjeux géopolitiques au Moyen-Orient et en Afrique sont évidents, mais insuffisants pour expliquer l’émergence et la persistance de l’État islamique[7] ou de Boko Haram. Ces discours permettent tant bien que mal aux anti-islamophobes de passer sous silence les implications réelles de l’islam radical dans les attentats, ici et ailleurs dans le monde, et de nier la capacité d’initiative de leurs auteurs, jusqu’à dédouaner les frères Kouachi ou Coulibaly parce qu’ils sont prolétaires et « issus de l’immigration ». On retrouve ici l’idéologie victimaire qui assigne non seulement des individus et des groupes à des identités (les femmes, les  « racisés », etc.), mais aussi à des statuts figés de victimes et d’opprimés dont il ne faudrait pas critiquer les choix et les pratiques, même les plus réactionnaires. De telles postures idéologiques amènent à occulter le caractère contre-révolutionnaire de l’islam radical qui, depuis plusieurs années, connaît en Europe occidentale (sans oublier bien sûr le Maghreb et le Moyen-Orient) une progression, même s’il reste minoritaire par rapport à l’ensemble de la population qui se dit musulmane. Alors qu’il était marginal, voire quasi inexistant, l’islam radical, dont la forme la plus courante aujourd’hui est le salafisme, s’est largement répandu.

Pour ces gentils anti-islamophobes, il s’agirait tout bonnement de considérer la religion musulmane avec la plus grande bienveillance parce que ce serait la « religion des opprimés ». Ils semblent oublier que la fonction même de toute religion est le contrôle social et, en l’occurrence, l’islam politique ne cesse d’affirmer partout sa vocation à contrôler au plus près la société qu’il entend régir. Ainsi, le salafisme occupe suffisamment le terrain dans certains quartiers urbains pauvres pour pouvoir exercer un contrôle social : pendant les émeutes de 2005, les salafistes ont d’ailleurs tenté de ramener l’ordre dans certaines banlieues. L’évolution de cette tendance s’inscrit dans un contexte de crise économique, marquée par le développement du chômage de masse, d’attaques sur les salaires mais aussi de recul des politiques sociales de l’État. Pour les pallier, les salafistes ont su mettre en place des réseaux d’entraide économique, ce qui leur permet d’avoir une emprise sur les populations.

Ne pas perdre de vue ce rôle des religions nous semble indispensable. « Une religion est en effet un ensemble de croyances métaphysiques qui portent en elles des règles de vie bien précises, basées sur la tradition et la morale, auxquelles l’individu doit se soumettre. Il s’agit d’un rapport social, une forme de mise au pas de chaque individu et des masses dans leur ensemble. Elle recouvre en outre un rôle de justification du pouvoir, de garant de la tradition et de l’ordre établi, plus généralement d’une certaine « pacification » sociale. Cela à travers une interprétation organiciste de la société, une exaltation des hiérarchies, le refus de l’autonomie individuelle. Souvent la religion est aussi un moyen de diriger la conflictualité sociale vers des cibles fictives, ou de la brider en faisant miroiter un paradis futur. Le paradis, ce triste mensonge qui garantit la paix pour les puissants, ici et maintenant. En donnant un espoir dans la transcendance, la religion étouffe la plupart des poussées révolutionnaires des exploités ici-bas et maintenant. Le beau passage de Bakounine, “Si Dieu existait réellement, il faudrait le faire disparaître” pointe précisément le fond du problème de la religion : l’idée de divinité est la base conceptuelle de l’autorité et sa contrepartie, la foi, celle de l’acceptation de la servitude »[8].

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Si la foi et les interrogations métaphysiques sont affaires personnelles et si l’on peut se trouver au coude à coude dans une lutte avec quelqu’un qui se dit croyant sans que cela pose problème, nous voulons pouvoir affirmer haut et fort que nous sommes athées. Affirmer notre athéisme et critiquer toutes les religions est indissociable de nos positions politiques et nous entendons librement pratiquer tant le blasphème que la dénonciation, au minimum, des pratiques religieuses et/ou coutumières coercitives, mutilantes ou humiliantes, ainsi que du statut inférieur assigné aux femmes par toutes les religions monothéistes (pour les autres, on verra une autre fois).

Enfin, précisons que, pour nous, il n’existe que deux classes, celle du capital et celle du travail. Même si, au sein de la classe exploitée, certains sont plus exploités que d’autres en raison de leur sexe et de leur origine, ils ne constituent pas une classe, ils en sont des segments créés par le pouvoir et les exploiteurs. La pensée bourgeoise, quel que soit son supposé bord politique, trouve là un moyen de diviser le prolétariat, de stimuler la concurrence entre les travailleurs et d’endiguer ainsi les luttes sociales. Parce que toute division de la classe du travail ne fait qu’affaiblir sa capacité de lutte et que la segmenter pour mieux la diviser permet à la classe du capital, particulièrement en période de crise, de jouer sur la concurrence de tous contre tous. Ce n’est pas par l’anti-racisme qu’on combat le racisme mais par la lutte des classes. Si l’on en est au point où « Penser avec la race devient un impératif incontournable » et que « tout refus de ce vocabulaire et de ce qu’il charrie sera systématiquement considéré comme de la dénégation, voire du déni, et tombera sous le coup du dispositif accusatoire »[9], cela ferait des racistes de ceux qui, comme nous, n’adhèrent pas à cette vision. Et ça nous semble un peu fort de café !

Mai 2016

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Flora Grim & Alexandra Pinot-Noir

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[1]    Cassandre, Nos « révolutionnaires » sont des gens pieux, sur le blog de Ravage Editons.

[2]    Claude Guillon, «Et Dieu créa l’islamophobie», sur son « blogue généraliste » Lignes de Force.

[3]    Louis Chevalier, grand historien bourgeois néanmoins passionnant, Classes laborieuses, classes dangereuses, Perrin.

[4]    Terme emprunté aux auteurs de « Tiens ça glisse », sur le blog http://racialisateursgohome.noblogs.org, qui nomment « racialisation toute analyse contribuant à développer ou à diffuser une théorie de la race ».

[5]    Fredy Perlman , «L’Appel Constant du nationalisme» in Anthologie de textes courts, Ravage Editions.

[6]    Claude Guillon, op. cit.

[7]    Pour une analyse approfondie, voir P. J. Luizard, Le Piège Daech, La Découverte.

[8]    Cassandre, op. cit.

[9]    « Tiens ça glisse », cf note 4.

 

Débat avec les auteures du texte
lundi 13 juin,19h30,au Rémouleur 
106, rue Victor Hugo
 93170 Bagnolet 
M° Robespierre ou Gallieni

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NB. Les illustrations ont été ajoutées par Lignes de force.

“Imposer l’ordre moral à coup de marteau” – Communiqué de La Discordia

« Non nous ne voulons rattraper personne. Mais nous voulons marcher tout le temps, la nuit et le jour, en compagnie de l’homme, de tous les hommes. Il s’agit de ne pas étirer la caravane, car alors, chaque rang perçoit à peine celui qui le précède, et les hommes qui ne se reconnaissent plus, se rencontrent de moins en moins, se parlent de moins en moins ».

Frantz Fanon, Les damnés de la terre.

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Dans la nuit du 21 avril 2016, toutes les vitres de La Discordia ont été détruites à coups de marteau. Un tag a été posé à côté  : « raciste ».

C’est la troisième fois que nos locaux reçoivent ce genre de visites nocturnes :

Communiqué de La Discordia suite à quelques dégradations

Gribouillis gribouillas : Bis repetita placent

Cette fois ci encore, il s’agit de s’en prendre à La Discordia pour avoir vocalisé publiquement un refus révolutionnaire non-négociable des rackets politiques religieux comme racialistes sur l’extrême gauche depuis les attentats de 2015 à Paris. Il s’agit d’interdire une parole, de s’arroger le pouvoir de décider qui peut parler et ce qui doit être dit. Globalement, il s’agit de jeux de pouvoirs mafieux pour imposer une hégémonie politique sur une mouvance déliquescente avec les armes toujours morales de la culpabilité et du ressentiment. Et si jusque-là, tout le monde avait déjà plus ou moins exprimé son soutien suite aux deux « attaques » précédentes, mais de façon plus ou moins informelle, c’est à la solidarité que nous appelons aujourd’hui. Une solidarité publique et visible, dans laquelle chacun pourra mettre de ce qu’il est, plutôt que de se ranger derrière un même son de cloche, comme nos ennemis du jour. Nous n’appelons donc personne à se ranger derrière La Discordia ou ses perspectives anarchistes particulières, mais plutôt à élargir la question, à signifier que ce refus n’appartient pas qu’à quelques uns, mais à tous les révolutionnaires, qu’il est constitutif de toute pensée émancipatrice.

Pourquoi ces attaques ? Parce que La Discordia est un des seuls endroits publics du milieu où sont exprimées et débattues publiquement des positions anti-religieuses et d’un antiracisme conséquent (c’est-à-dire contre toute idée de « race », même issue de la gauche), et sans complaisance avec ceux qui justement, font de la complaisance un rapport total à la politique, les nouveaux démagogues. La grosse participation aux débats traitant de ces thèmes, ainsi que de nombreuses discussions avec des camarades plus ou moins proches, nous disent qu’il y a une perception diffuse que quelque chose de pernicieux est en train de trouver sa place dans le milieu « radical » français. On y croise des défenses de la religion et de la foi, on y voit des formes de séparations sur des critères biologiques et génétiques que personne n’a choisi... Ce que les dictionnaires nomment sans timidité ségrégation. Mais on voit aussi que de plus en plus de camarades s’aperçoivent de ces dangers et prennent position. Malheureusement, trop peu nombreuses sont les prises de position publiques. Cela permet à quelques illuminés de la dernière averse, qui se croient avant-garde de quelque courant identitaire pseudo-subversif, de penser que La Discordia est seule à critiquer l’idée de « race » et à porter le refus de la religion, drôle d’idée. Pour le dire franchement : on s’en prend aussi à nous à cause du silence de trop d’autres sur ces sujets.

Pourquoi cela arrive-t-il en ce moment, alors que nous sommes tous concentrés ailleurs, sur ce qui se passe dans la rue (et pas que) ? Parce que, visiblement, pour ceux qui portent les idées de race et la théophilie, celles-ci sont plus importantes que le conflit contre l’État et le Capital. Encore une fois, aucun autre signe d’attaque n’a été relevé dans le quartier cette nuit là, ni banques ni églises ni permanences politiques, juste une bibliothèque anarchiste.

Comme nous l’avions déjà souligné, c’est par la faiblesse du rapport de force que les révolutionnaires se retrouvent à attaquer l’ennemi avec des moyens comme ceux employés contre La Discordia. Parce qu’au corps à corps avec l’État, personne ne peut gagner (à moins de devenir soi-même un État ou un État en puissance). Employer des pratiques « asymétriques » contre une bibliothèque anarchiste au fonctionnement autonome est bien la plus imbécile et lâche des pratiques. Rappelons également que les révolutionnaires, lorsqu’ils ne sont pas d’accord, prennent des chemins différents, ou bien ils s’expliquent et/ou se critiquent, ils ne se mettent pas anonymement du caca dans la boite au lettre. Mais dans la décomposition actuelle des mouvances « radicales », plus rien n’étonne. Les gens qui font vivre La Discordia sont présents dans les luttes sociales, les assemblées, les moments collectifs, et n’ont jamais masqué leurs idées, au contraire. Aucune opposition ne leur a été offerte. Aucun texte, aucune accusation, pas même une insulte avec un visage et un corps pour les assumer. Cette accusation grave de racisme, qui pour la troisième fois s’exprime sur des murs et depuis un moment dans des commentaires anonymes dans le monde virtuel n’a jamais été assumée par aucun individu, groupe ou collectif dans la vraie vie, ni par la parole ni par l’écrit. La brutalité exercée contre nos locaux n’est donc que le signe d’une faiblesse et d’une lâcheté patente, et d’une absence totale de capacité à argumenter.

Pourtant, l’honnêteté est la distance la plus courte entre deux individus.

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Mais comment défendre l’idée de race ou de dieu auprès d’anti-autoritaires, d’autonomes, de communistes, d’anarchistes qui, depuis des siècles, travaillent à se libérer eux-mêmes et le monde de leur joug ? Ou auprès de tout autre courant de pensée fondé sur la critique de dieu, de l’État, et des identités imaginaires. De Marx et Bakounine à Malatesta ou Fanon. Il s’agit pour ces quelques pathologies politiques sur patte, d’éradiquer cet héritage révolutionnaire qu’ils méconnaissent, qui les dérange profondément, et qu’ils associent fallacieusement à la pseudo « race blanche » (dont ils feraient partie pour l’immense majorité, si toutefois elle existait vraiment). Alors pour contrer cet héritage, il faudrait mobiliser l’islamisme politique, les milieux associatifs communautaires et identitaires sous perfusion étatique, les filières du carriérisme universitaire et autres formes de la réaction bourgeoise et/ou conservatrice. Il s’agit pour eux de rejeter en bloc tout ce qui ressemble de prés ou de loin à une hypothèse universaliste qui remettrait en cause les petites identités en kit préfabriqués, et derrière lesquelles il faudrait que nous abolissions toute singularité et toute altérité. Quitte à s’organiser avec des partisans de feu la « manif pour tous ». La responsabilité collective est l’arme favorite de l’extrême droite et des racistes, mais encore faudrait-il s’intéresser à ses propres « idées » pour s’en rendre compte. Parce que c’est seulement à la séparation des exploités que mènent les logiques identitaires et particularistes.

Nous ne doutons pas de la sincérité de ces énergumènes sous pavillon « anti-raciste », comme nous ne doutons pas de la sincérité de leurs faux-ennemis, qui avec les mêmes mots, les mêmes méthodes, les mêmes concepts et les mêmes aspirations cherchent à atteindre les mêmes buts : la division, l’éclatement des solidarités entre des exploités qu’ils s’acharnent à délimiter, démarquer, diviser et compartimenter dans des frontières étroites, qu’elles soient physiques ou mentales, pour que jamais leurs révoltes ne se rencontrent, ou bien le cas échéant, pour qu’elles se séparent. Au profit, toujours, du pouvoir. En changeant quelques mots-clés on s’aperçoit aisément que les discours et les valeurs de cette extrême gauche du Capital qui ne cherche qu’à gratter des miettes sont les mêmes que ceux de l’extrême droite, ils sont façonnés par la même absence d’imaginaire émancipateur, ils visent tous, par le biais notamment de la religion, de l’ethno-differentialisme, de l’homophobie ou du virilisme, à l’encasernement normatif et prescriptif de l’identité et de la communauté. C’est le Zarathoustra de Nietzsche qui conseillait : « Veux-tu avoir la vie facile? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui ».

Casser les vitres d’une bibliothèque anarchiste comme un enfant casse un Rubik’s Cube qu’il ne parvient pas à résoudre, par inconséquence, par défaut d’intelligence et de maturité, et dans ce cas précis, on pourra parler de débilité légère, est bien l’attaque la plus glorieuse de l’année, même pas foutue d’être revendiquée, et donc expliquée, argumentée, assumée politiquement. On préfère racler les fonds de poubelles. Aujourd’hui, les idiots du village alternatif ont encore « frappés ». Leur lâcheté n’égale que leur impuissance chronique à développer la moindre analyse sérieuse pour contrer les perspectives de révolution internationaliste qu’ils craignent en gigotant bruyamment. La lâcheté de ne pas savoir défendre ses idées face à des visages qui peuvent répondre, plutôt que des vitres, qui ne feront que coûter des centaines d’euros à quelques galériens pour qui la lutte est toujours passée avant la subsistance. Était-ce le but ? Attaquer un projet anarchiste au portefeuille ? Pomper des centaines d’euros à des chômeurs et RSAstes déjà en plein dans le viseur de la répression ? Nos ennemis communs raffolent de vos envolées, et vous confirmez que, parfois, les ennemis de nos ennemis sont aussi nos ennemis (en effet, qu’est ce que des révolutionnaires auraient encore en commun avec des philo-religieux qui pensent que l’humanité se divise en « races » ? ).

En tant que révolutionnaires, nous ne pensons pas que la violence soit une arme qui se substitue à la critique et à la parole, mais qui les accompagne habilement, avec une idée claire de qui sont les ennemis, et de quel rapports sociaux ils sont les défenseurs. Des individus qui identifient leurs ennemis de la sorte, et considèrent, en plein mouvement social qui n’arrête pas de commencer, alors que de nombreux camarades et compagnons défilent devant la justice, que l’urgence est à s’acharner sur les vitres de La Discordia, sont a minima, des ennemis absolus de l’intelligence.

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L’attaque ne doit pas être employée pour combler la vacuité théorique de quelques hooligans qui ne connaissent que les fonctions reptiliennes de leurs cerveaux. Maintenant que le roitelet est nu, tout le monde peut apprécier le spectacle racialiste et philo-religieux dans toute sa superbe, la politique du marteau pour masquer la faiblesse et l’entrain déjà mort de cette mode identitaire, passagère et déjà sur le déclin. Il serait temps de réfléchir à cette montée de l’identitarisme dans nos milieux, qu’est-ce qui a permis cela, qui et comment ? A celles et ceux qui, déconstruits parmi les déconstruits, s’échinent à répéter « check your privileges », nous leur répondons, « check your responsability ». De même, pour celles et ceux qui sur les « réseaux sociaux » ont parlé de nous casser la gueule, d’attaquer La Discordia au Molotov, et autres bravades virtuelles, un travail est en cours pour régler des additions salées et donner toute leurs conséquences aux mots qui planent jusque-là sur des écrans sécurisants.

La sécurité des personnes qui, toujours plus, viennent aux débats et aux permanences de La Discordia sera bien sûr assurée de façon adaptée. Tout soutien matériel et physique est le bienvenu, et nous tenons à remercier tous les compagnons et camarades qui nous ont déjà apporté leur soutien, de différentes manières (toujours appréciées), de Paris aux quatre coins du globe, en passant par nos voisins. Mais c’est surtout à la solidarité dans l’élaboration théorique, le fond de l’affaire, que nous appelons aujourd’hui. Le projet révolutionnaire que nous portons aux cotés de nombreux autres nécessite des prises de position claires et fortes, parfois inconfortables, parfois clivantes, et souvent minoritaires. Que chacun et chacune, donc, de la manière qui lui semblera la plus appropriée, s’attaque aux idées de races et de Dieu partout où elles se trouvent, pour paraphraser Joseph Déjacque, « par le bras et le cœur, par la parole et la plume, par le poignard et le fusil, par l’ironie et l’imprécation, par le pillage et l’adultère, par l’empoisonnement et l’incendie ». Souvenons-nous qu’une attaque contre des révolutionnaires parce qu’ils sont révolutionnaires, est une attaque contre tous les révolutionnaires.

Quant à nous, nous ne sommes pas de ceux qui se rendent. Ni dieu ni maître, ni race ni prophète.

On ne fait pas la contre-révolution en cassant des vitrines.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Les discordistes

 

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Le stalinisme, maladie sénile du journalisme façon “Charlie Hebdo”

copy-capture-d_ecc81cran-2014-11-09-acc80-01-10-09-e1415491935357.pngCharlie Hebdo (n° 1195, daté du 17 juin) publie sur deux pages un reportage sur les réfugié(e)s qui campent dans le XVIIIe arrondissement de Paris, sous le titre répugnant : « Migrants du XVIIIe. Entre l’enclume policière et le marteau militant[1] ».

Ainsi donc, les malheureux et malheureuses réfugié(e)s pâtissent de deux maux : les flics et les militants…

Ou plus exactement, dans le chapeau de l’article, « de la brutalité policière et des lubies de militants infantiles[2] ».

Rien que ça.

Autrement dit, si de grands enfants dans mon genre et des dizaines de camarades comme [et souvent mieux que] moi n’avaient pas donné de l’argent et des vêtements[3], récupéré et préparé de la nourriture, acheté des couvertures de survie, amené des bâches, installé des campements, amené des matelas et des couvertures, protégé les réfugié(e)s des charges de flics [nombreux et nombreuses blessé(e)s infantiles], fait le guet la nuit, ouvert un squat, manifesté, distribué des tracts, aidé des dizaines de réfugié(e)s à prendre contact avec des avocat(e)s, à remplir leurs papiers, et j’en oublie certainement…

Bref, si nous n’avions pas fait une fois de plus ce que nous avons déjà fait je ne sais combien de fois depuis vingt ans au moins, eh bien les migrants auraient pu tranquillement se faire cogner sur la gueule par les flics et rouler dans la farine par des partis politiques, dont le désintéressement et l’honnêteté intellectuelle ne sont plus à démontrer !

La première association qui vient à l’esprit, c’est L’Humanité des années 1970. Mais il est inutile de remonter si loin dans le temps. Il n’est que de lire les articles publiés ces derniers jours, sur le même sujet, par le même quotidien. Que la prose stalinienne dénonçant la collusion entre les affreux trotskistes du NPA et les terrifiants anarcho-autonomes se retrouve, au mot près, dans L’Humanité et dans Charlie Hebdo en dit long sur ce qu’est devenu un torchon qui n’est la satire que de ce qu’il fut dans un lointain passé : un journal contestataire anarchisant.

Le ou la journaflic prétend sans vergogne que les NPAnarchistes[4] ont menti aux réfugiés, tandis que le parti communiste, qui n’a jamais menti à personne et toujours soutenu les immigrés (à bout de benne de bulldozer si nécessaire), a vu tout ses efforts de relogement ruinés.

Or savez-vous de quel odieux prétexte les méchants antistaliniens ont usé ? Vous ne le croirez pas ! Il semble, j’ose à peine l’écrire, qu’ils défendent l’invraisemblable théorie selon laquelle les migrant(e)s ont intérêt à rester groupé(e)s

« Rester groupé(e)s » !?!?

Pour mener une lutte…

Les bras vous en tombent, non ! Où vont-ils chercher tout ça, ces enfants de Trotski et de Bakounine[5] ? Mais au contraire, au contraire ! Le bon sens est évidemment de jouer le jeu des PC, Emmaüs et cie : dix dans un hôtel Formule 1 à vingt kilomètres de Paris, dix dans un foyer très loin de là, et le reste par terre dehors… Ça c’est sérieux, c’est responsable. Et qu’on ne voit plus ces pouilleux dans nos rues !

Le problème des démocrates, au PC et à Charlie Hebdo, c’est qu’ils prennent les gens pour des cons. On ne voit pas que ça ait réussi au parti ces dernières années. Par contre on comprend bien que Charlie Hebdo, douillettement installé sur un matelas de millions, puisse dénoncer sans souci les manipulateurs gauchistes à la clientèle de gogos et de go-gauche de l’après janvier 2015.

Il se trouve que les migrant(e)s — eux et elles-aussi — sont moins moins bêtes que dans les rêves policiers communs aux conseillers de Paris du parti et aux flics pigistes de Charlie : ils et elles souhaitent rester ensemble (et à juste raison !). Ils et elles souhaitent aussi ne pas quitter un quartier de Paris où ils ont des repères.

Il faut être le dernier des crétins, politicard, ou salaud payé(e) au feuillet, pour feindre de ne pas comprendre ça.

Solidarité avec les migrant(e)s !

Autonomie des luttes !

Des papiers pour tous et toutes !

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[1] L’article est signé « Sol ». Peut-être Solène Chalvon, ex-militante de « Ni putes ni soumises » et collaboratrice occasionnelle de l’hebdomadaire ?

[2] En couverture de l’hebdo, il est précisé : « Migrants, tout le monde s’en sert ».

[3] Et acheté des sous-vêtements. Oui, au point où j’en suis de ma réputation, je me suis improvisé dealer de slips et chaussettes 100% coton…

[4] La contraction est de moi. Au passage, je me réjouis de me retrouver au coude à coude au moins avec certain(e)s militant(e)s du NPA, et aussi avec des dissidents « de gauche » et des sans-parti.

[5] Il est vrai que si l’auteure n’a comme expérience militante qu’un passage dans une officine satellite d’un parti de la gauche parlementaire, ça fait léger…

À propos de “Comment peut-on être anarchiste?” signalons également…

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Parmi les recensions dans la presse papier ou sur Internet de Comment peut-on être anarchiste ? et les invitations (rencontres ou émissions de radio) dont je me suis fait l’écho sur ce blogue, il convient de signaler également une mention dans Le Monde des livres (daté du vendredi 5 juin) dans une double page intitulée « Anarchie vaincra (sur le papier) ».

La précision apportée entre parenthèse peut paraître superfétatoire dans le supplément « livres » d’un journal. Elle est là, sans doute, pour marquer une distance ironique et bonasse avec le sujet traité.

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Il n’est pas impossible que certaines lectrices et lecteurs de cette double page aient manqué la mention de Comment peut-on être anarchiste ? (voir illustration), qui réunit concision et sèche « objectivité ».

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On pourrait s’étonner du minimalisme de l’écho donné au seul livre évoqué dans ces deux pages qui reflète l’activité militante actuelle et récente d’un anarchiste vivant. Ce malaise se trouvera aisément dissipé dès lors que l’on voudra bien prendre en compte le fait que, pour des journalistes, il n’existe de bons anarchistes que morts, universitaires, ou rangés des barricades depuis des lustres (les cumulards sont appréciés).

Il serait déshonnête de ne pas signaler également, puisque telle est la formule sacramentelle, une contribution de Claude Pennetier, l’un des maîtres d’œuvre du « Maitron » (comme il est précisé) qui s’aventure à décrire les diverses tendances de l’anarchisme français contemporain. Malheureusement, il n’a jamais entendu parler ni des groupes autonomes (qui réunissent sans doute aujourd’hui davantage de militant(e)s que les organisations) ni du communisme libertaire (il ne saurait donc exister d’Organisation du même métal, et tant pis pour l’OCL). Pennetier, puisqu’on est là pour parler bouquins, évoque les nombreuses rééditions : « Bakounine, Kropotkine ou même Daniel Guérin… ».

Comme ami de l’auteur et préfacier de la réédition de Bourgeois et bras-nus. Guerre sociale durant la Révolution française 1793-1795 (Libertalia, 2013), ce « ou même Daniel Guérin » m’a laissé rêveur…

Bref, comme cela leur prend tous les dix ans environ, les journalistes nous rappellent, à nous autres anarchistes, que notre place est sur les étagères (je n’en manque pas), et au cimetière (je musarde autant qu’il est possible, mais…).

Trop aimables, vraiment.

LES VOIES DE LA COMMUNISATION NE SONT PAS IMPÉNÉTRABLES, par André Dréan

Grèce : de la lutte des classes à la lutte pour les places *

 

Dans la deuxième quinzaine de mars, le cercle révolutionnaire grec « TPTG » annonçait que Woland, de son vrai nom Manousos Manousakis, l’un des principaux rédacteurs de la revue communisatrice « Sic » et membre, jusqu’à récemment, de « Blaumachen », groupe grec de même obédience, participait à l’actuel gouvernement Syriza, à titre de secrétaire général du ministère de l’Économie, des Infrastructures, des Affaires maritimes et du Tourisme. Les lecteurs peuvent prendre connaissance de l’affaire dans le texte rédigé par « TPTG », « Postcript to “Syriza and its victory in recent general elections in Greece” », disponible, entre autres, sur le site « Dialectical Delinquents ». Face au scandale, la première réaction, et la plus rassurante pour les aficionados de la communisation, est de dire que l’accession de Woland au sommet de l’État est sans doute due à des motivations personnelles plus ou moins troubles, jusqu’alors imprévisibles.

Bien entendu, les motifs individuels les plus divers peuvent jouer leur rôle lorsque de tels phénomènes de domiciliation dans les étages supérieurs de l’appareil d’État apparaissent. Reste à comprendre pourquoi les réseaux et les cercles de la communisation accueillent de pareilles vipères en leur sein, y compris au sein de la rédaction de « Sic », qui était censée représenter au moins leurs conceptions communes initiales, au-delà des frontières étatiques. Je rappelle que de tels réseaux et cercles, à commencer par « Théorie communiste », étaient présentés encore récemment comme les plus révolutionnaires et les plus innovateurs du monde, en ce qui concerne la critique du capital et de l’État. Et loués pour leur capacité présumée à débroussailler les pistes permettant d’entamer la transformation révolutionnaire de la société. Le processus de communisation, dans leur patois. Dans « Réflexions sur la communisation », j’avais commencé à analyser en quoi consistaient leurs prétendues avancées théoriques et pratiques. Je vais donc repartir de là pour montrer comment l’idéologie communisatrice a pu couvrir et faciliter l’ascension de l’un de ses ténors vers le sommet du pouvoir étatique.

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Revenons déjà sur le rôle joué par « Théorie communiste ». La revue procure, particulièrement en France depuis quelques années, l’essentiel de ce qui constitue la boîte à idées, pour reprendre la métaphore de la boîte à outils, du microcosme communisateur. Comme leur nom collectif l’indique, l’activité des membres du cercle fondateur consiste essentiellement à formuler ce qu’ils pensent sous forme de « théorie ». Par suite, leur « pratique » fut toujours réduite à la portion congrue, même dans des situations plus favorables que celle que nous subissons aujourd’hui. Mais lorsque des individus prennent l’habitude de ne pas se confronter au monde réel, de se désintéresser des confrontations qui apparaissent à leur insu, parfois presque sous leur nez, leurs pensées finissent par tourner en rond dans la camisole de force de l’idéologie. « Théorie communiste » a d’ailleurs fini par « théoriser » là-dessus aussi. Elle reprend à son compte pas mal d’idées du philosophe marxiste-léniniste et structuraliste Althusser, y compris celle de « pratique théorique ».

Plus largement, c’est l’ensemble des thèses de « Théorie communiste » qui pose de sacrés problèmes. Pendant des décennies, nos adeptes de la « pratique théorique » furent imperméables, indifférents, voire hostiles à presque toutes les idées, les conceptions, les luttes, etc., qui avaient surgi dans la foulée de Mai 68 et qui outrepassaient le cadre rigide de leur grille de lecture formatée par le marxiste orthodoxe. Particulièrement lorsqu’elles touchaient à l’un des piliers de leur doctrine, à savoir la prétendue contradiction entre « les forces productives » et les « rapports de production », et le rôle révolutionnaire qu’ils attribuaient aux prolétaires de la grande industrie, porteurs privilégiés de la communisation aux couleurs de l’industrialisme et, mine de rien, également de l’étatisme. Pour la simple raison qu’il n’y a pas de grande industrie sans État. C’est leur doxa qui explique en grande partie leur hostilité passée aux oppositions contre le nucléaire, y compris à leurs fractions révolutionnaires. Alors que le nucléaire relève, en France plus qu’ailleurs en Europe, de la raison d’État. C’est elle qui explique encore leur hostilité récente aux oppositions aux biotechnologies. Ainsi, dans leur numéro 17, l’auteur de « A propos de Riesel », sous prétexte de rejeter le réductionnisme de « L’Encyclopédie des nuisances », crache en bloc sur elles. Sans même tenir compte des critiques déjà faites audit réductionnisme, au sein même de ces oppositions, telles qu’elles furent présentées, entre autres par moi, dans « La société industrielle, mythe ou réalité ». L’auteur se réjouie même de la disparition des derniers paysans parcellaires, assimilés sans la moindre nuance à des adeptes de la contre-révolution, tels que Marx les présentait, de façon caricaturale, à l’époque du « Manifeste communiste ». C’est l’apologie du rouleau compresseur capitaliste, piloté par la Commission européenne, l’État hexagonal et les agrairiens, que « Théorie communiste » nous présente ici sous les couleurs de la communisation.

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Je l’avais déjà signalé dans « Réflexions », au grand dam des communisateurs : leurs prétendues critiques ne dépassent pas, en règle générale, la conception marxiste orthodoxe de l’État, héritée du technocratisme saint-simonien : la disparition des classes et de l’État signifie que le « gouvernement des hommes » cède, de façon progressive, en relation avec le processus d’industrialisation du monde, la place à « l’administration des choses », des « choses » créées et distribuées presque sans limites, sans lesquelles le monde du capital ne serait pas dépassable. En d’autres termes, chassé par la porte, l’État rentre par la fenêtre sous la forme de l’appareil d’administration et de coercition des « hommes » traités comme des « choses », au nom de la discipline et de la hiérarchie à maintenir pour continuer à faire tourner la grande industrie. Ce qu’Engels exprima avec sa brutalité coutumière dans des thèses dirigées contre Bakounine.

Or, dans la mesure où nos communisateurs font, en général, l’impasse sur de telles questions essentielles, leur notion de « mesures communisatrices » destinées, à leurs dires, à entamer la destruction du capital et de l’État, rappelle fort la conception qui présida à la formulation des « mesures » prises par l’État transitoire, préconisées dans le « Manifeste » par Marx, puis par Lénine dans « L’État et la révolution ». J’ai été traité de calomniateur pour avoir osé l’écrire. Pourtant, le numéro 24 de « Théorie communiste », postérieur à « Réflexions », confirme ce que je pensais alors. Dans « Le moment révolutionnaire comme conjoncture » l’auteur, après avoir conseillé de lire Lénine, affirme : « La dictature du mouvement social de communisation est ce processus global d’intégration de l’humanité au prolétariat. La stricte délimitation du prolétariat par rapport aux autres couches, sa lutte contre toute production marchande sont en même temps un processus qui contraint les couches de la petite bourgeoisie salariée, de la “classe de l’encadrement social”, à rejoindre la classe communisatrice, elle est donc définition, exclusion et, en même temps, démarcation et ouverture, effacement des frontières et dépérissement des classes et de la distinction de genres. Les mesures communistes sont la réalité du mouvement où le prolétariat se définit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la communauté humaine. »

Rien ne manque dans le passage cité. Pas même l’idée que la transformation en question, sous la houlette des prolétaires, va contraindre des classes et couches intermédiaires à le rejoindre et à partager ses objectifs. Nous le savons depuis au moins la destruction de la révolution russe effectuée par le pouvoir bolchevik : de telles formules déterministes justifient la coercition que le parti prolétarien exerce sur les individus qui n’acceptent pas ses ordres, y compris lorsque les individus en question sont des prolétaires révoltés. C’est de violence de type étatique qu’il est question ici, même si le terme d’État prolétarien n’apparaît plus dans le lexique des communisateurs. Nous sommes aux antipodes de l’idée de violence insurrectionnelle, portée par les damnés de la Terre qui tentent de se libérer du joug du capital et de l’État.

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Consultable depuis près de trois ans sur le principal site dédié à la communisation, « DNDF », l’article n’a suscité, à ma connaissance, que des commentaires mineurs. Rien sur la question de l’État. Mais nous évoluons ici sur le terrain favori des ténors de la communisation. Celui du recyclage au niveau du langage qui permet que rien d’essentiel ne soit remis en cause. Grâce à des artifices déjà employés par les gestionnaires de la parole officielle ou créés pour l’occasion. Grâce à la prolifération de termes dont le sens est difficile à cerner et qui peuvent recouvrir n’importe quoi, ou presque. Et satisfaire à bon compte les dernières générations de communisateurs, en général issues, en France, des oppositions lycéennes et étudiantes, à la recherche de quelque kit dans le magasin du prêt à penser. Je dis cela sans mépris. Bref, à tenter de suivre le processus sans fin d’interprétation, de réinterprétation, voire de surinterprétation, censé tenir compte des objections et des multiples desiderata, les lecteurs perdent le sens de l’orientation, croient avancer alors qu’ils font du surplace. L’innovation langagière au pouvoir, en quelque sorte, sur le mode de l’inflation qui sert en réalité à neutraliser les critiques et à faire rentrer dans le cadre préétabli des questions jusqu’alors négligées, telles que celle des genres. C’est l’une des grandes impostures des maîtres à penser de l’Université hexagonale depuis longtemps, partagée par le dénommé Althusser, qui imprègne en profondeur les penseurs de la communisation et qui impressionne les naïfs, dans l’Hexagone et ailleurs. Elle donne en quelque sorte de l’élasticité à leur doxa qui ne peut pas demeurer aussi rigide qu’autrefois sous peine de casser. Lire la suite

1990 : L’irruption dans Paris d’une violence venue des banlieues

La France connaît, en novembre 1990, Lionel Jospin étant ministre de l’Éducation, son énième mouvement lycéen. Celui-ci réclame un mois durant la réfection de locaux souvent vétustes, l’embauche de nouveaux professeurs et l’allègement des classes, soit — à partir d’une situation matérielle effectivement dégradée — un programme une fois pour toute caricaturé dans la formule : « Nous voulons, nous aurons, des gommes et des crayons ! »

Le ras-le-bol lycéen rencontre, parfois de manière violemment antagonique, la rage des banlieues (des émeutes ont eu lieu à Vaulx-en-Velin). C’est, à cette échelle, la première explosion d’une violence que l’on retrouvera, plus exacerbée, plus massive et plus sélective au printemps 2005, lorsque des bandes de jeunes de banlieue attaqueront les manifestations lycéennes, tabassant et dépouillant, sans plus guère s’attaquer aux vitrines, véhicules et policiers, cibles de 1990.

La mobilisation de 1990 culmine les 12 et 16 novembre. Le 12, trois cent mille jeunes défilent dans toute la France. De violents affrontements ont lieu à Paris (plus de cent policiers blessés) ; de nombreux manifestants, que l’on qualifie de « casseurs » pour mieux les opposer à leurs camarades, sont déférés à la justice et souvent lourdement condamnés. Un magistrat parisien, M. Ducoudray use à leur propos d’une formule qui reste dans l’histoire, en traitant les accusés de « déchets de la basse humanité ».

Capture d’écran 2014-11-21 à 20.07.56Le texte qui suit a été publié dans la première livraison de Mordicus (n° 1, décembre 1990), journal d’agitation et de critique sociale, au collectif duquel j’ai participé depuis l’origine jusqu’à avril 1991. On vérifiera à sa lecture qu’il était possible de publier dans cette revue, à chaud, l’amorce d’une critique de la violence que certain ex-« mordicant » préfère oublier, peut-être pour mieux se flatter de l’incarner au terme d’un long cheminement autocritique, d’autant plus méritoire qu’il serait original[1].

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ÉCOLE ET COLÈRE

 

Les lycéens et collégiens qui sont descendus dans la rue cet automne se foutaient éperdument du budget de l’Éducation nationale, comme ceux de 1986 se foutaient de la loi Devaquet qu’ils n’avaient pas lue, pas plus que ceux de 1974 n’avaient lu la circulaire Fontanet ou ceux de 1975 la réforme Haby…

Comme dans les années 70, les lycéens veulent d’abord sécher les cours, crier, courir, être ensemble. Il faut être d’humeur bien chagrine pour ne pas reconnaître là une révolte contre ce monde et ses écoles. Que cette révolte soit inconsciente ou plus précisément honteuse d’elle-même et avance sous les masques de l’époque n’a rien d’étonnant. Même au plus fort de l’agitation post-soixantuitarde, les lycéens ont généralement cédé à l’exigence de « sérieux » que les adultes attendent d’eux. Encore ne faut-il pas prendre au pied de la lettre la déclaration bien raisonnable et en bon français que l’on fera devant les caméras de télévision. Entre soi, on assume plus librement l’aspect de joyeuse déconnade des grèves et des manifs. Par ailleurs, la dégradation des conditions de vie est bien réelle depuis vingt ans. Il ne s’agit pas seulement de plafonds qui fuient, mais aussi du racket, des bagarres, bref d’une violence sordide sécrétée par ce monde, dont le rejet ne peut être réduit à un réflexe sécuritaire.

Faut-il regretter que ce mouvement éclate, à la surprise générale, sur un aussi pauvre mot d’ordre que « Du pognon pour l’éducation » ? Rien n’indique que cette espèce de degré zéro de la fausse conscience, dépourvue de justification comme d’imagination, ait été particulièrement propice aux récupérations politiciennes des JC ou de SOS-PS. Elle a, en tout cas, sérieusement embarrassé le ministre Jospin, obligé de lancer à la télévision des appels pressants à des revendications précises, qu’il pourrait donc satisfaire pour interrompre le mouvement.

La cuisse de Bakounine

Les collégiens d’aujourd’hui ne sortent pas tout armés de la cuisse de Bakounine. Leur mouvement appelle la critique et non le mépris. Quant à la réfutation de la notion d’éducation, les révolutionnaires — libertaires ou ultra-gauche — seraient mal venus de reprocher aux lycéens de ne l’avoir pas élaborée, quand eux-mêmes s’en abstiennent, soit qu’il aient à fourguer sur la question quelque vieillerie début de siècle, soit qu’ils n’aient pas trouvé pour leurs propres gosses de garderie plus avantageuse que l’école dite gratuite et obligatoire, soit encore qu’il s’agisse — plus prosaïquement — de leur gagne-pain.

Genoux, cailloux, zouloux

L’originalité de ce mouvement c’est bien le surgissement dans ses marges d’une nouvelle génération de casseurs. Garçons en majorité, âgés de 15 à 17 ans, le plus souvent Noirs ou Beurs, ils viennent de banlieue et prennent possession des rues de Paris, cassant et pillant tout ce qui peut l’être. Deux cents lors de la manif du 5 novembre, ils étaient cinq cents le 12, évoluant par petits groupes de copains, très mobiles. Leurs exploits ont provoqué une telle surprise, mêlées de panique, que personne n’a vraiment osé entonner le refrain, usé jusqu’à la corde en 86, des « provocateurs ». Ce sont désormais des « zonards » ou, selon le mot d’un militant JC, des « parascolaires ». Encore un mensonge : ces mômes vont au collège comme tous ceux de leur âge. Mentent pareillement les pédagogues qui pleurent sur ces « exclus du système scolaire ». Quitter l’école à 16 ans ne fait pas d’un gosse un « exclu », mais un produit de l’Éducation nationale.

Le 12 novembre dernier, pour la première fois, les enfants des pauvres et des immigrés que l’on s’applique à chasser de Paris depuis vingt ans sont venus mettre à sac les beaux quartiers. Flics, politiciens et technocrates ne sont pas près d’oublier cette réjouissante leçon d’urbanisme !

Reste que pour nous, qui étions parmi le millier d’incontrôlés ridiculisant en tête de manif les grandes manœuvres FASP-SOS-JC, le bilan est plus nuancé que celui des blessés[2]. On peut déplorer que beaucoup de jeunes casseurs se servent mieux de leurs jarrets que de leurs cervelles : tel manifestant autonome l’a appris à ses dépens qui n’a dû son salut qu’à une fuite éperdue devant une bande qui lui reprochait, par une casse inconsidérée, de provoquer une charge de flics, lesquels ne cogneraient que sur les Noirs et les Arabes ! Argument qu’un jeune Beur du service d’ordre de SOS m’avait assené hargneusement une semaine plus tôt. Étrange identité de vue entre casseur et anticasseur, néo-racisme « antiraciste » justifiant que les seuls Noirs et Beurs puissent tenir le haut du pavé, côté foutoir ou côté flicard.

Ce fameux lundi, une certaine violence — frisant parfois l’hystérie — était bien propre à dégriser ses apologistes en chambre. Certes, comme dit la chanson, quand il s’agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie ! Mais la jolie bataille du pont de l’Alma ne peut faire oublier que ni les ridicules bastons entre chefs de bandes ni leurs prétentions hégémoniques, pas plus que les corrections justement données à tant de cameramen et de photographes ne contrebalancent l’immunité de flics en civil ou en uniforme circulant dans la manif.

Cette rage confuse semble irrécupérable par quiconque, et c’est rassurant. Nos maîtres et leurs sociologues sont extrêmement emmerdés, et c’est réjouissant.

Mais très insuffisant.

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[1] « À moins de sombrer dans des incantations irresponsables et suicidaires, la volonté de confrontation avec les institutions ne pourra faire l’économie d’une critique de la violence. Il s’agit de rompre avec l’imagerie à la Mordicus qui refuse de voir que les manifestations les plus spectacularisées (les rodéos, les incendies de voitures, les affrontements ritualisés) sont prisonnières, pour la plupart, du spectacle et de la marchandise. » Serge Quadruppani, La Fabrique de la haine, coll. L’Esprit frappeur, 2002, p. 190.

[2] 104 policiers blessés selon la Préfecture, 222 selon la FASP (syndicat policier proche de la gauche). À titre indicatif : 116 flics avaient été blessés le 23 mars 1979, lors de la marche des sidérurgistes sur Paris.

 

Ce texte a été repris dans Pièces à conviction. Textes libertaires 1970-2000, éditions Noesis-Agnès Viénot, 2001 (épuisé).