Ne Mélenchez pas tout !

Je ne reviendrai pas ici sur les raisons pour lesquelles je n’éprouve aucune sympathie pour M. Jean-Luc Mélenchon.

Vais-je pour autant me réjouir de ses récentes mésaventures, rapportées par Mediapart sous le titre « Les premières découvertes des perquisitions Mélenchon » ?

Tant s’en faut !

Ainsi donc, les enquêteurs, sur les talons desquels trottent les journalistes de Mediapart ont découvert chez un proche de Mélenchon la somme de 12 000 euros en liquide. Somme que les spécialistes de Mediapart, qui s’y connaissent en grisbi, qualifient de « coquette ».

Ah bien sûr, quand on vit à hauteur des minimas sociaux, 12 000 euros, c’est beaucoup de tickets non-gagnants à Euromillion et pas mal de tiercé perdus dans le désordre…

Sinon, la somme fera sourire le premier brocanteur venu…

Le plus grave reste à venir.

En débarquant à 7h du matin chez Mélenchon (j’ai entendu un crétin expliquer sur France-Info [un pur hasard !] qu’il avait certainement été « prévenu »… !) les flics y ont trouvé… une femme !

Ne perdons pas notre temps à vitupérer une décadence morale que l’époque tolère, ne nous appesantissons pas davantage sur la question de savoir si les inspecteurs de la Brigade financière ont glissé leurs mains sous les draps pour en apprécier la tiédeur, comme au beau temps des constats d’adultère, et venons-en au pire, même si le clavier se cabre au moment d’écrire ce qu’il faut bien constater avec les investigateurs de Mediapart :

Mélenchon connaissait la femme qui passait la nuit chez lui !

Hélas! (trois fois)

Au lieu de lever une professionnelle sur les boulevards extérieurs, ou de matcher sur Tinder comme aurait fait n’importe qui, Mélenchon nique son attachée de presse, voire baise entre ami·e·s, ce qui ne vaut guère mieux !…

Je pose la question : confieriez-vous les clefs de la force de frappe ou la télécommande de votre chaine stéréo à pareil balourd ?

Douze mille boules en billets de banque (l’épaisseur d’un livre de poche ; à peine !) et une femme dans le placard, ces comportements sont à proprement parler inqualifiables.

Inqualifiables, parce qu’il n’existe dans la langue française aucun vocable qui permette de caractériser des faits d’une aussi abyssale insignifiance !

L’article des limiers d’Edwy Plenel l’annonce dès son chapeau, ces deux « surprises […] ont émanés des perquisitions [sic] ».

Chez Mediapart, ça s’écrit comme ça se dénonce…

Pourtant, ne soyons pas trop sévère dans notre correction : le verbe « émaner » n’est pas mal trouvé.

Et ce qui « émane » de ce journalisme, c’est un puissant remugle de merde.

Vidangée sans efforts – merci la police ! – et remuée sans talent.

Les racialistes du PIR envisagent d’infiltrer le Black Block et les cortèges de tête

Un lecteur me signale, sur un blogue intitulé Saint-Denis ma ville, dont j’ignorais l’existence et dont j’ignore encore l’orientation politique, un compte rendu du dernier show «décolonial» des indigénistes, avec Angela Davis en guest-star (les théoriciennes du PIR ont-elles profité de l’occasion pour lui toucher un mot de l’«impérialisme gay» qu’elles dénoncent?), Ludivine Bantigny en universitaire utile, et Antonin Bernanos – heureusement sorti de prison – en mascotte.

L’article met l’accent sur l’intervention de Stella Magliani-­Belkacem, éditrice à La Fabrique, dont le propriétaire Éric Hazan ne cesse de clamer son admiration pour Bouteldja.

Militante du PIR, Magliani-­Belkacem fait un intéressant bilan des efforts de son groupuscule pour exister et – en toute modestie – «gagner une hégémonie sur une partie des classes populaires et sur une grande partie des organisations qui les représentent»…!

Elle propose rien moins que l’infiltration du Black Block et du cortège de tête à l’occasion des démonstrations de rue à venir.

Le raisonnement, pour autant que le terme soit adéquat, est assez tortueux. Il constate l’impossibilité de mordre sur le terrain occupé par la France insoumise – du coup, Jean-Luc Mélenchon est présenté comme un ennemi commun qui peut favoriser le rapprochement avec certains autonomes. Il enregistre aussi le déclin du NPA: il a été infiltré, certes, mais il a explosé, du coup qu’en reste-t-il?

Plus amusant, le PIR envisage de venir dans le Black Block à la pêche aux jeunes révoltés issus de l’immigration (ce qui montre qu’il a bien du mal à les rencontrer ailleurs, et par ses propres moyens).

La lutte anticarcérale est également envisagée comme terrain de convergence, dans la mesure où les militants de la gauche classique n’ont pas l’expérience de la prison et n’y accordent aucun intérêt.

Aussi microscopiques que soient les capacités réelles de nuisance du PIR en tant que groupuscule organisé, cette stratégie nouvelle suscitera probablement de nouveaux faux débats et peut-être quelques collusions confusionnistes.

N’ayant ni le temps ni le goût de fréquenter (même dans le costume de Mata-Hari) les messes du PIR, j’ai lu avec intérêt le verbatim (avec ses imperfections) de l’intervention de sa conseillère en stratégie de rue. J’en donne donc ci-dessous un court extrait, qui illustre ma présentation. On peut télécharger le texte complet en bas de page.

La deuxième raison, j’y arrive, qui nous invite à un dialogue avec les autonomes, même si ça paraît compliqué aujourd’hui, c’est une histoire d’une partie d’entre eux. Comme je l’ai dit, c’est des groupes très hétérogènes. Mais il y a au sein de l’autonomie, telle qu’elle est organisée aujourd’hui, à l’origine du cortège de tête, et qui en a peut-­être porté ce qui constitue aujourd’hui l’identité du cortège de tête, il y a en fait tout un milieu militant, issu des classes populaires, et pour une grande part, non‐blanche. Ce sont des groupes qui ont amorcé leur politisation dans les milieux des supporters de foot, dans les affrontements au Parc des Princes, avec contre les virages d’extrême­‐droite et par la suite, cette mouvance s’est structurée au sein de l’anti­‐fascisme, en adoptant une identité clairement anti-impérialiste. Il faut se rendre compte pour celles et ceux qui ne se rendent pas encore compte, que ces groupes‐là ont accompagné l’antiracisme politique. Ces Anti­‐fas, étaient là en 2014, à nos côtés, dans les manifestations interdites pour Gaza, contre la LDJ rue de la Roquette. Ces anti‐fa là, étaient pour La Marche de la dignité, c’est aussi par leur biais que des lycées populaires, et notamment le lycée Bergson dans le XXe arrondissement, (toux), que des lycées populaires parisiens ont rejoint les manifestations autonomes en 2016.

Et c’est ainsi qu’on a alors pu voir des lascars, en nombre, dans des manifestations du mouvement social. C’est sous leur influence également que l’esthétique du black bloc a littéralement changé. On compte désormais un nombre conséquent de banderoles du black bloc qui font référence au rap, et au rap d’aujourd’hui, et pas seulement Kim et Arcagnin( ?) et Zep mêlé à STH (SCH ?) et Booba, tellement que STH et Booba se sont permis de partager les slogans qui faisaient référence à leurs paroles sur les réseaux sociaux. Et il y a des liens importants entre cette filiation du cortège de tête et nos luttes, que l’on voit, des militants qui sont aux côtés d’Assia Traoré ou à ceux qui ont participé au révoltes urbaines à Bobigny, suite à la mutilation policière et au viol de Théo.

La troisième raison, qui nous pousse à considérer ce courant, c’est l’effervescence actuelle de l’extrême-­droite. Vous l’avez tous remarqué, même les militaires sont pour les ??. Aujourd’hui, les occupations de l’Université se font attaquer par des mouvements d’extrême‐droite. Il n’y a pas eu qu’à Montpellier, et pendant un certain nombre de semaines, ces attaques étaient quotidiennes.

Il y a un véritable retour de ces groupes fascistes violents, et il faut noter que certains milieux comme le Printemps républicain mènent une action de guérilla sans interruption sur les réseaux sociaux à l’encontre de nos luttes. Les gens qui sont visés par ces groupes d’extrême-­droite, ce sera ( ???), et ça restera en premier lieu, nous. (…)  

Il se trouve qu’il est possible que nous fassions vraisemblablement les frais de ces groupes‐là, de cette tendance là, alors cette troisième force, cette force autonome, entre le syndicalisme et les insoumis, (…), est peut‐être plus armée qu’une large partie de la gauche à affronter ces groupes-­là.

Et travailler avec ces forces­‐là, ça demande de notre part que nous nous réinventions et que nous changions quelques routines. Alors, quel travail, on se dit qu’on peut donner des exemples de campagnes. Quel travail politique accomplir aujourd’hui et avec quelles forces ?

Les autonomes pourraient s’avérer des partenaires cruciaux si nous voulions, par exemple, on ouvre ce forum là-­dessus, par exemple, mener des campagnes contre la prison. D’abord, certains de leurs militants ont subi des incarcérations, ce qui est un point commun avec les nôtres, dont aucun autre courant de la gauche ne peut se réclamer. Aucune autre frange de la gauche de connaît la prison comme le connaissent les autonomes.

 

Les dégâts collatéraux de la politique du PIR

Ces derniers jours, nous avons pu assister à quelques accidents de communication qui prêteraient à rire, si les sujets abordés et la confusion qu’ils révèlent n’étaient aussi dramatiques.

Sonia Nour, collaboratrice du maire PC de la Courneuve croit probablement rédiger un manifeste relevant du prétendu « féminisme décolonial » quand elle poste ceci sur un dit « réseau social » :

Aussitôt, la suppléante de François Ruffin à l’Assemblée, Zoé Desbureaux lui apporte son « soutien total » contre les critiques qu’on lui adresse.

L’une et l’autre seront désavouées par le maire de La Courneuve, Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin.

Supposons Sonia Nour parfaitement sincère, ce qu’elle a cru dire dans son premier message, elle le résume dans un deuxième, que voici :

L’argumentaire féministe est ici parfaitement recevable : le meurtre au couteau de la gare Saint-Charles à Marseille heurte davantage les consciences que les meurtres domestiques visant des femmes.

Mais Sonia Nour comprend bien que c’est le terme martyr qu’on lui reproche d’avoir utilisé, sans même l’entourer de guillemets (ce que le protocole du réseau lui permettait).

Elle tente donc de le « sortir » du contexte islamiste ; elle l’aurait employé « dans le sens psychanalytique », lequel hélas n’existe pas…

Elle tente également, sans trop y croire j’imagine, de faire croire que c’est l’extrême droite – et elle seule – qui l’attaque, nécessairement de mauvaise foi, doit-on comprendre. Elle finit sur une plainte syndicale/maternelle, dont les prud’hommes auront à juger le bien-fondé.

J’ai dit que je partais du principe que le féminisme de Sonia Nour est sincère.

Je ne m’en dédis pas.

Mais c’est un féminisme « décolonial », tel que théorisé par Houria Bouteldja.

C’est-à-dire que ce féminisme-déco fait passer l’homme arabe exploité et racisé avant la femme arabe racisée (i.e. assignée à une « race » par les discriminations racistes qu’elle subit), exploitée et dominée par les hommes, laquelle ne doit pas endosser le « féminisme colonial » ou féminisme « blanc » qui serait trop heureux de faire enfermer les malheureux frères, sous le mince prétexte qu’ils frappent ou violent des femmes.

Sonia Nour, en tant que femme « racisée » et que féministe-déco autoproclamée pratique l’ « intersectionnalitée » de la manière suivante : la conjugaison des deux caractéristiques lui permet de mettre son féminisme-déco au service de son antiracisme racialiste (en mode Bouteldja).

Au moment où elle rédige son premier message, le mot « martyr » vient spontanément sous sa plume. Elle ne marque aucun distance critique d’avec lui. Elle écrit la langue des assassins. Et elle se croit fondée à le faire – légitime – du fait de sa condition de racisée.

Oh ! je ne prétends pas qu’elle approuve le crime de Marseille ou admire celui qui l’a commis. Mais non, c’est beaucoup plus simple et bien plus terrible à mes yeux. Elle pense que son geste doit être relativisé, non seulement au regard du bilan de la misogynie quotidienne et de la tentation masculine gynécidaire, mais au regard de la condition du frère arabe racisé.

Comme dans le pseudo féminisme-déco, ce ne sont pas les victimes qui comptent, pas leur sort qui dicte l’analyse, ce sont des considérations prétendument « psychanalytiques », voire freudo-marxistes (au point où nous en sommes !)…

Les assassins du Bataclan étaient courageux, nous disent Rouillan, Lordon et Bantigny. L’égorgeur de Marseille, nous dit Sonia Nour – et ici j’assume une analyse sauvage – est un martyr qui se trompe.

D’ailleurs, se serait-il contenté de violer et battre les mêmes deux jeunes femmes – disons par hypothèse : ses cousines – Bouteldja leur aurait recommandé de s’abstenir de porter plainte pour ne pas faire le jeu du féminisme-colo blanc.

 

Dans pareil festival de confusion et de sottises entrecroisées et autoalimentées, lorsque j’entends d’excellents camarades libertaires m’expliquer que le livre La Fabrique du musulman (Libertalia) de Nedjib Sidi Moussa est tendancieux et mal venu, je me demande d’où vient leur aveuglement.

Sa plus large diffusion possible me semble au contraire et plus que jamais une urgence pour qui se proclame libertaire et féministe.

MÉLENCHON-LA-CENSURE ou le coléoptère et les gants de boxe (2012)

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ean-Luc Mélenchon, ci-devant trostkyste lambertiste, ci-devant socialojospinien, ci-devant quelque chose dans le gouvernement du susdit, est devenu la providence des postaliniens et l’incarnation pasteurisée de l’« insurrection » électorale.

Bien moins intelligent que Robespierre, beaucoup moins bon orateur que Danton, infiniment moins avenant que Camille Desmoulins, M. Mélenchon est sans doute aussi un peu moins sincère que les sans-culottes dont ses partisans arborent la coiffure dans ses meetings.

Mais M. Mélenchon est aussi un militant de la censure. En mai 1992, il interpelait le gouvernement pour s’étonner que la loi de 1987, réprimant la « provocation au suicide » ne soit pas plus rapidement appliquée au livre Suicide, mode d’emploi.

« Cette petite bassesse ne mériterait pas d’être signalée, ai-je écrit dans Le Droit à la mort (IMHO, 2010, p. 214) — il y eut pléthore ! — si le personnage n’avait prétendu se faire, vingt ans plus tard, le champion de toutes les libertés, à la tête d’un parti de gauche authentique. »

Il se trouve, mais M. Mélenchon l’ignore probablement, que la loi de censure de 1987 dont il réclamait l’application contre nous, a réintroduit le suicide dans le code pénal alors qu’il en avait été chassé… par la Révolution !

Censure et esprit d’Ancien régime : les souvenirs de 1789 vont à M. Mélenchon comme des gants de boxe à un coléoptère.

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Question écrite n° 21232 de M. Jean-Luc Mélenchon (Essonne – SOC) publiée dans le Journal officiel (Sénat) du 14/05/1992 – page 1116.

« M. Jean-Luc Mélenchon attire l’attention de M. le garde des sceaux, ministre de la justice, sur les conditions d’application de la loi n° 87-1133 du 31 décembre 1987 donnant à la justice les moyens d’agir contre la provocation au suicide. Il lui demande où en sont les poursuites en cours concernant la réédition au quatrième trimestre 1989, de l’ouvrage Suicide mode d’emploi, toujours diffusé et qui avait été à l’origine de nombreux suicides. »

On peut consulter ici la réponse du garde des sceaux.

Je ne me donne pas la peine de réfuter ici pour la énième fois le phantasme imbécile selon lequel un livre (quel qu’il soit) puisse être « à l’origine » de suicides ; les lectrices et lecteurs intéressés se reporteront au Droit à la mort.

 

Communiqués du Comité d’occupation de la Sorbonne en exil (COSE – 2006)

Je reproduis ici les communiqués (dont j’ai eu connaissance) diffusés par un certain nombre des occupant(e)s de la Sorbonne, durant le mouvement dit «anti-CPE». Certains ont été photocopiés et diffusés sous forme de tract ; j’en ai recopié plusieurs à partir de versions manuscrites (j’ignore si des versions “papier” ont circulé). Pour cette dernière catégorie, il est possible que le travail de copiste ait entraîné quelques altérations. Les mots douteux ou ajoutés pour la lisibilité sont indiqués entre crochets. Les erreurs seront, si nécessaire et possible, corrigées par la suite.

 

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RECTIFICATIF

Quelques erreurs s’étant malencontreusement immiscées dans les comptes rendus médiatiques, le Comité d’occupation de la Sorbonne en exil (COSE) tient à faire les rectifications suivantes :

1. Il est bien vrai que nous avons projeté chaises, échelles et extincteurs sur les gendarmes mobiles qui fermaient à nos camarades l’accès de la Sorbonne. En revanche, aucun livre n’a été déplacé. Notre but était de faire reculer les flics afin de libérer l’entrée, et l’on voit mal ce que de tels Robocops pourraient craindre fût-ce d’un pavé de sociologie. On prétend que nous aurions abîmé quelques uniformes avec nos projectiles. Ceux qui matraquent et humilient nos frères et nos sœurs chaque jour dans tout le pays peuvent commencer à compter leurs blessés. Ils nous indiffèrent.

2. Reconnaissons-le. Certains d’entre-nous ont effectivement tenté de s’opposer à ces jets, qu’ils assimilaient à de la « violence ». Ce réflexe conditionné est à mettre sur le compte de l’éducation castratrice que nous recevons, de la pacification que nous subissons. Ces oppositions doivent aussi beaucoup à la confusion et au manque de discussions, qui auraient à coup sûr convaincu chacun de l’impérieuse nécessité de ce geste.

3. S’il avait manqué un seul argument pour en finir avec tout le bon sens citoyen des opposants en question, l’irruption par effraction des CRS dans la faculté, armés et non-détenteurs d’une carte d’étudiant de la Sorbonne, ainsi que l’utilisation de haches pour fracturer des portes en bois massif l’a fourni. Par là, l’État a montré qu’il se place délibérément sur le terrain de la casse, terrain qu’il serait déraisonnable, pour nous, de déserter.

4. La Sorbonne est un bâtiment qui nous tient à cœur, pour sa vétusté autant que pour son caractère labyrinthique. C’est pourquoi les dégradations furent limitées au strict nécessaire (ouverture de portes, nettoyage du local de l’UNI, etc.), c’est pourquoi aussi nous ne l’avons pas brûlée.

5. Durant l’occupation, le sénateur Mélenchon s’est introduit dans les bâtiments grâce à la complicité de quelques infiltrés de l’UNEF. Sa venue a spontanément déclenché son expulsion, devant la grossièreté d’une telle manœuvre de récupération. Le fait qu’il soit entré avec l’aide de la police (et non, comme tout le monde, par l’échafaudage) dit assez l’ignominie du personnage.

6. Notre expulsion n’entame en rien notre détermination, bien au contraire. Nous reviendrons quand nous le déciderons.

Paris, le dimanche 12 mars 2006

Comité d’Occupation de la Sorbonne en Exil Communiqué n° 1 [diffusé sous forme de tract]

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Communiqué du COSE [à propos de l’occupation du Collège de France, à Paris, le lundi 13 mars]

(recopié à partir d’une version manuscrite)

Nous avons occupé le Collège de France car c’est pour nous une nécessité vitale. Si nous voulons que le mouvement contre le CPE devienne intéressant il doit s’étendre aux lycéens, professeurs, intermittents, chômeurs, etc. [Il faut] qu’il revendique l’héritage des émeutes de novembre. Il faut qu’il varie ses moyens d’action, pratique des manifestations sauvages et les occupations. L’urgence c’est de se libérer de l’emprise des bureaucraties, des AG et des manifs plan-plan.

Le capital n’a pas d’autres choix pour sa survie que d’intensifier l’esclavage salarié. Que ce salut signifie condamner une grande partie de l’humanité, il le sait et cela ne l’arrête en rien.

Mais nous nous opposerons par tous les moyens à cette entreprise. Nous savons que nous n’aurons que ce que nous saurons prendre.

Grève illimitée jusqu’au retrait de la loi « sur l’égalité des chances » ! Ceci pour commencer. Que les occupations se multiplient ! Que la situation devienne incontrôlable ! Nous ne demandons rien de mieux.

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J’insère ici une motion votée en AG le vendredi 17 mars 2006, à propos de la manifestation qui s’est déroulée la veille, jeudi 16 mars.

Je l’ai recopiée à partir d’une version manuscrite.

Les étudiants de la Sorbonne, réunis en AG tiennent à apporter les précisions suivantes à propos de la manif de jeudi.

1) Les 2 000 personnes environ qui s’étaient réunies devant la Sorbonne avaient participé dans leur écrasante majorité à la manifestation qui allait de place d’Italie à Sèvres-Babylone.

2) Toutes n’étaient pas étudiantes, toutes n’étaient pas françaises, certes, mais le contraire eut été étonnant, la lutte contre la loi [dite « sur l’égalité des chances »] concernant directement l’ensemble de la population. Nous nous félicitons de l’universalité de cette colère.

3) L’affrontement avec les forces de l’ordre et les destructions sont une réaction à la scandaleuse fermeture de la Sorbonne par la police. Tous ceux qui y ont participé, ainsi que tous ceux qui ont scandé « Libérez la Sorbonne » appartiennent entièrement au mouvement de lutte contre la loi sur l’égalité des chances, pluriel dans ses opinions et ses moyens d’action.
MISE AU POINT

La Sorbonne, avec ses airs d’éternité. Enceinte d’histoire suspendue. Couloirs de marbre comme un étang gelé. « Faute de soleil, sache mûrir sous la glace ». Il y a dix jours, un dégel, une soirée contre les siècles. Un feu de tables, les tracts de l’UNI : flamme plus haute qu’un homme, au milieu de la cour, la cour d’honneur. Ça ne murmure plus dans les amphis, dans les couloirs, ça ne discourt plus, ça s’entrechoque, à la recherche d’une composition. Ça commence. Ça jette, des cris, des extincteurs, des chaises, des échelles, sur les flics. Un monstre se réveille.

Le pouvoir est stupide. Il fait du footing. Il a cru anéantir, en nous expulsant, le souffle qui a émergé là. Bêtise. Bêtise lourde comme une unité centrale sur le casque d’un CRS. En nous exilant, il n’a fait qu’étendre au monde notre terrain d’action. Grâce lui soit rendue de nous avoir pris notre Sorbonne, de nous en avoir dépossédés. En u posant sa police, il l’a offerte à tus les dépossédés. À l’heure où nous écrivons, la Sorbonne n’appartient plus aux sorbonnards, elle appartient à tous ceux qui, par la parole ou le cocktail, entendent la libérer.

Depuis notre exil, donc, quelques pensées sur l’état du mouvement.

Mise au point n° 1 : Nous sommes en lutte contre une loi votée à la majorité par un parlement légitime. Notre seule existence prouve que le principe démocratique du vote à la majorité est contestable, que le mythe de l’assemblée générale souveraine peut être une usurpation. Il appartient à notre lutte de limiter autant que possible la tyrannie du vote majoritaire. Trop d’espace accordé aux assemblées générales nous paralyse, et ne sert qu’à conférer une légitimité de papier à quelques bureaucrates en herbe. Elles neutralisent toute initiative en instituant la séparation théâtrale entre les discours et les actes. Une fois votée la grève illimitée jusqu’au retrait de la loi sur l’égalité des chances, les assemblées générales doivent devenir un lieu de palabre, de mise en commun des pratiques, des idées, des désirs, un moment de notre constitution en force, non plus la scène de toutes les luttes de pouvoir, de toutes les intrigues pour emporter la décision.

Mise au point n° 2 : Les bureaucraties syndicales, bien qu’elles persistent dans leurs habituelles manipulations, ne sont pas un obstacle aussi sérieux au mouvement réel que les réflexes citoyens de pacification, diffus parmi nous. Durant la nuit de l’expulsion de la Sorbonne, une partie des étudiants ne savaient pas pourquoi ils étaient là ni ce qu’ils pouvaient faire, moins encore ce qu’ils devaient faire. Ils promenaient avec eux l’angoisse d’une liberté offerte mais impossible à saisir, faute de l’avoir désirée. Une semaine plus tard, au fil des occupations, des affrontements avec les forces de l’ordre, l’impuissance revendiquée laisse place au goût innocent de l’action directe. Le pacifisme retourne à ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être : une pathologie existentielle bénigne.

Mise au point n° 3 : La lutte appartient à ceux qui la font, pas à ceux qui voudraient la contrôler.

Mise au point n° 4 : Le mouvement permanent, celui de la circulation de tout, est la condition paradoxale du maintien en l’état de la machinerie capitaliste. Tout aussi paradoxalement, l’interruption de son fonctionnement est la condition de tout début de bouleversement. Par le blocage, nous luttons contre le blocage absolu de la situation.

Mise au point n° 5 : Nous nous référons à 68, il est vrai, non à ce qui s’est effectivement passé en 68, à son folklore, à la Sorbonne occupée d’alors, aux barricades du Quartier latin, mais à ce qui ne s’est pas passé en 68, au bouleversement révolutionnaire qui n’a pas eu lieu. ON voudrait, en nous projetant dans le passé, nous extraire de la situation et nous faire perdre l’intelligence stratégique de celle-ci. En traitant 698 comme un simple mouvement étudiant, on voudrait éloigner la menace encore présente de ce que 68 a pourtant été, une grève sauvage générale, un éclat de grève humaine.

Mise au point n° 6 : L’idée de débattre démocratiquement, chaque jour, avec les non-grévistes, de la reconduction de la grève est une aberration. La grève n’a jamais été une pratique démocratique, mais une politique du fait accompli, une prise de possession immédiate, un rapport de force. Nul n’a jamais voté l’instauration du capitalisme. Ceux qui prennent parti contre la grève se placent pratiquement de l’autre côté d’une ligne de front, au travers de laquelle nous ne pouvons échanger que des invectives, des coups et des œufs pourris. Face aux référendums mis en place pour casser la grève, il n’y a pas d’autre attitude à adopter que leur annulation par tous les moyens.

Mise au point n° 7 : Une étrange idée hante ce mouvement, celui d’une occupation des facultés aux heures ouvrables. D’une occupation qui ne serait pas libération de l’espace. Où vigiles, pompiers, administrations, prétextes d’autorité et de sécurité continueraient à exercer leur empire infantilisant, où l’université resterait platement l’université. Il est vrai que cet espace une fois conquis, nous devrions le peupler, le peupler d’autre chose que du désir de retourner à la normale. Nous placer dans la perspective sereine qu’il n’y aura pas de retour à la normale. Puis habiter cette irréversibilité.

Mise au point n° 8 : Les coordinations nationales reflètent la stérilité d’une certaine idée, classique, de la politique. Les syndicalistes et les groupuscules gauchistes (PT, LCR, LO, UNEF, SUD, FSE, Combat, CRI, Groupe bolchevique) proposent à des AG atones des plates-formes pré-rédigées par leurs directions. Dans une ambiance qui fleure bon le énième congrès du PCUS, la coordination nationale ne déroule qu’un jeu de pouvoir soviétique entre « orgas ». Nous opposons à cela l’idée d’une coordination parallèle prenant exemple sur le mouvement lycéen de l’année dernière, une coordination ouverte qui n’est qu’un lieu itinérant d’élaboration stratégique nationale.

Mise au point n° 9 : Nous sommes les héritiers de l’échec de tous les « mouvements sociaux » non seulement depuis trois ans (profs, retraites, intermittents, LMD, EDF, lycéens), mais depuis 1986 au moins. De ces échecs, nous avons tiré les leçons. Le premier d’entre eux porte sur les médias. En se faisant écho du mouvement, les médias en deviennent de fait une composante qui, lorsqu’elle se retire (généralement au même moment que les bureaucraties syndicales) viennent provoquer son effondrement. La force d’un mouvement est sa puissance effective, non ce qui s’en dit, les ragots sur son compte. Le mouvement doit se garder par tous les moyens, fût-ce par la force, de l’emprise médiatique et élaborer une parole qui lui soit propre.

Mise au point n° 10 : Aucun des « mouvements sociaux » des dernières années n’a obtenu en des mois de « lutte » ce que les insurgés e novembre ont discrètement obtenu en trois semaines d’émeute – suspension de toutes les radiations des aides sociales dans les quartiers concernés, rétablissement du financement aux associations les plus absurdes. Et ce sans rien demander. Revendiquer, c’est formuler son existence dans les termes mutilants du pouvoir, c’est concéder à l’adversaire l’avantage du terrain. Même du point de vue de qui veut obtenir quelque chose c’est con.

Mise au point n° 11 : Finis les défilés, les journées d’action décrétées par les centrales. Des occupations et des manifestations sauvages ! L’assemblée des grévistes de Rennes préfère déjà les manifestations « à parcours intuitif », refuse de subir les parcours de la préfecture et la présence de ses sbires. Le service d’ordre a même changé de fonction, comme de nom : il s’appelle « service action » et s’organise pour l’affrontement avec les forces de l’ordre.

Mise au point n° 12 : Qu’on ne nous dise plus que ce que nous faisons est « illégitime ». Nous n’avons pas à nous envisager du point de vue des spectateurs de la lutte, ni à fortiori du point de vue de l’adversaire. La légitimité appartient à qui pense ses gestes. A qui sait ce qu’il fait, et pourquoi il le fait,. Cette idée de la légitimité est évidemment hétérogène à celle d’État, de majorité, de représentation. Elle n’obéit pas au même type de rationalité, elle pose sa propre rationalité. Si le politique consiste en la guerre entre différentes légitimités, entre différentes idées du bonheur, notre tâche est désormais de nous donner les moyens de cette lutte. Sans autre limite que ce qui nous paraîtra juste, et joyeux.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Paris, le lundi 20 mars 2006