“Le vide : mode d’emploi” ~ par Anne Archet

 Bien qu’elle porte un nom délicatement musical – qu’elle s’est certainement choisi – Anne Archet préfère que ça descende (comme les vitrines) ou que ça pète (comme les cocktails).

D’ailleurs, son recueil d’aphorismes évoque de nouvelles recherches sur l’homéopathie, menées uniquement à partir de l’acide.

Moralement, il m’est très difficile de rendre compte du livre d’une autrice qui a écrit un jour grand bien de mon intelligence et paraphrase ici le titre d’un de mes livres pour nommer le sien.

N’allez pas croire que les aphorismes d’Archet sont tous sautillants : certains évoquent des vérités historiques et philosophiques profondes. Je m’autoriserai le comble de la perversité en citant un passage d’un aphorisme, sa conclusion précisément : « L’ennemi·e se présente toujours une montre à la main. » [p. 39] Eh bien ! renseignez-vous : c’est exact !

Mon conseil : Lisez Anne Archet avant qu’il ne soit trop tard.

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Le vide : mode d’emploi. Aphorismes de la vie dans les ruines (illustrations de Sara Hébert), LUX éditeur, 157 p., 15 €.

Statut de l’ouvrage : offert par l’éditeur.

ABOLITIONNISTE!

— «Comment, me demande avec insistance un·e correspondant·e anonyme, peux-tu te proclamer pour l’abolition de la prostitution, alors que des personnes prostituées sont en lutte pour leurs droits?»

Réponse: De la même manière que je prône l’abolition du salariat et de la valeur, en n’ignorant pas que des personnes salariées luttent pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

De la publicité comme contre-propagande

Deux publicités récentes – pour McDonald’s et Amazon – ressortissent davantage au genre de la contre-propagande qu’au «placement de produits». Comme dans certaines pubs pronucléaire d’EDF, il ne s’agit pas de vendre un produit (un burger, de l’électricité ou un service) mais de contrecarrer une propagande ennemie. Les grandes firmes produisent ce genre de propagande lorsqu’elles s’estiment acculées par des révélations gênantes ou des mouvements de contestation portant, en interne, sur la sécurité dans la fabrication d’un produit (électricité) ou sur les conditions d’exploitation des travailleurs et des travailleuses.

Si la publicité récente pour McDonald’s est une aimable escroquerie («J’apprends de mes erreurs!» dit la voix off d’une jeune femme qui vient de renverser des serviettes en papier), la publicité ci-dessous pour Amazon est un cas d’école. Elle utilise le vieux truc de toute propagande: plus c’est gros et plus ça a des chances de marcher. Pourquoi? Parce que le propagandiste compte que son culot aura un effet de sidération sur l’intelligence.

Ici un homme explique avoir travaillé de longues années dans le social, avec des jeunes ayant des troubles du comportements. Mais il «souhaitait intégrer une grande entreprise» où il pourrait «faire beaucoup de choses». Il s’occupe donc de robots. Et cette publicité veut nous faire croire que son nouveau travail de cariste est beaucoup plus chargé de sens que le fait d’aider des jeunes en difficultés. Ou plutôt, et c’est plus habile, c’est le discours implicite que la publicité lui fait incarner.

N’en voulons pas à ce comédien (ou à ce travailleur convaincu de jouer son propre rôle): il faut bien vivre. Mais observons qu’Amazon, «géant de la vente en ligne», outre l’effet de sidération déjà évoqué, montre simplement sa force.

«Bien sûr, nous dit-on réellement, nous exploitons nos employés; bien sûr nous entravons les libertés syndicales; bien sûr, c’est un boulot de merde…mais nous sommes les plus forts parce que vous ne pouvez déjà plus vous passer de nous! Nous pouvons donc nous offrir en prime le luxe de vous cracher à la gueule.»

Contre cette exploitation, contre ce monopole de fait, contre cette morgue, il n’existe qu’un moyen pour les travailleurs en interne: la lutte de classes. Et pour nous, consommateurs, le choix de soutenir d’autres réseaux de distribution: les réseaux parallèles et les librairies, par exemple.

Le thé, de l’exploitation à la tasse

Rien qu’en Inde, on considère que le thé (sa culture et sa récolte) «nourrit» un million de familles. Ce sont des femmes surtout (à 70%) qui travaillent dans les plantations. Elles sont surexploitées, à la fois mal payées et contraintes à des conditions de travail harassantes. L’épidémie de Covid a durement touché ces travailleuses, ajoutant la malédiction «naturelle» à l’exploitation.

Nous devons être attentifs – nous qui sommes du côté de l’anse, comme on dit du manche – aux conditions de travail de celles qui élèvent la belle drogue ambrée qui flatte journellement nos palais.