Des hommes (dont le cambrioleur anar Alexandre Marius Jacob) et des bagnes: Vernissage & rencontre à la librairie Quilombo, Vendredi 22 mai

Rencontre avec les éditions Libertalia et Jean-Marc Delpech pour la sortie des livres Des Hommes et des bagnes (Libertalia) & Alexandre Marius Jacob voleur et anarchiste (Nada) et l’exposition des photos tirées des archives du Dr Léon Collin: vendredi 22 mai à 19h à la librairie Quilombo, 23 rue Voltaire Paris XIe.

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Suicide Manifeste (1984)

Durant l’année 1984, devant l’ampleur des appels à la censure de Suicide, mode d’emploi, paru deux ans plus tôt, et les tracasseries judiciaires que nos ennemis entreprennent de multiplier, nous diffusons une affiche imprimée en quadrichromie, conçue par le graphiste Charlet Denner (au financement de laquelle participe l’éditeur A. Moreau).
Elle reproduit un manifeste imaginaire censé avoir été rédigé et signé par vingt-deux rebelles, suicidés célèbres ou obscurs ; le texte intègre des citations tirées de leurs œuvres.
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Suicide Manifeste

Un écrivain libertaire est poursuivi en France pour avoir confirmé par lettre à un correspondant les indications pratiques que renferme le livre Suicide, mode d’emploi dont il est l’auteur avec Claude Guillon.

Yves Le Bonniec est poursuivi sous le double chef d’inculpation « d’homicide involontaire » et de « non assistance à personne en danger ». La mort volontaire n’est pas un « danger », c’est une hypothèse, celle de l’extrême liberté. Le suicide n’est pas un « homicide de soi-même ». La Révolution de 1789 a chassé de la loi française cette notion absurde. C’est toujours hélas l’ancien régime de l’esprit. À entendre les marchands et les flics de la pensée, la liberté serait un privilège réservé aux littérateurs gâteux et aux vedettes de cinématographe. Par malheur pour eux, ce qui tient lieu de vie dans le monde présent, le triste espoir de divertissements épisodiques, ne saurait détourner les êtres lucides de l’hypothèse du suicide. On sait bien que l’existence de la plupart des hommes s’écoule dans tant d’oppression et d’hésitation, avec tant d’ombre dans la clarté et, somme toute, tant d’absurdité que seule une possibilité lointaine d’y mettre fin est en mesure de libérer la joie qui l’habite*. C’est comme arme à l’usage des vivants que le suicide possible élargit en espace infini cette demeure où nous étouffons.

Tous nous avons lutté par la plume et le plomb, la poésie ou la bombe, pour ramener dans le cœur des hommes la clarté du bonheur. Nous qui les avons aimés dans leurs faiblesses et qui avons choisi la mort au détour du combat, nous tendons la main à tous les déserteurs.

Les mêmes qui crient haro sur l’anarchiste interdisent aux femmes et aux enfants la libre disposition de leurs corps, fomentent les guerres, remplissent les écoles, les prisons et les asiles pour faire régner sur l’humanité entière une détresse morale qui assassine plus sûrement les femmes et les hommes de ce temps que n’importe quelle potion.

Nous ne reculerons jamais devant les conséquences de la pensée et laissons aux cafards leurs mensonges et leurs feints apitoiements. La prévention du désespoir de vivre ne peut être tentée que dans le renversement de l’ordre social existant. Cette tâche à laquelle participent les auteurs de Suicide, mode d’emploi, nous vous y invitons aussi.

Pitchipoï, décembre 1983.

Alexandre BERKMANN, auteur de La Rébellion de Kronstadt (1925) ; Jean BILSKY, braqueur ; Édouard CAROUY, tourneur sur métaux, membre de la bande à Bonnot ; CHAVAL, dessinateur ; Ernest CŒURDEROY, médecin, auteur de Hurra !!! ou la révolution par les cosaques (1854) ; Arthur CRAVAN, boxeur ; René CREVEL, écrivain ; Stig DAGERMAN, écrivain ; Serge ESSENINE, poète ; André FRÉDÉRIQUE, écrivain ; Michel FRANCHY, lycéen ; Ernest HEMINGWAY, écrivain ; Alexandre Marius JACOB, voleur ; Paul LAFARGUE, médecin, membre du Conseil général de l’Internationale, auteur du Droit à la Paresse (1880) ; Vladimir MAIAKOVSKI, poète ; Ian PALACH, étudiant ; Georges PALANTE, philosophe ; Jacques RIGAUT, poète, fondateur de l’Agence générale du Suicide ; Paul ROBIN, éducateur, auteur de Technique du suicide (1901) ; Jacques VACHÉ, poète ; ZO d’AXA, pamphlétaire, fondateur de L’Endehors (1891) ; Adolf YOFFÉ, militant de l’opposition trotskiste.

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* Cette phrase de Musil, extraite de L’Homme sans qualités, a servi de slogan publicitaire à Suicide, mode d’emploi.