Sexisme insecticide

La botanique, écrivait le journaliste et romancier Alphonse Karr, est l’art de dessécher des plantes entre des feuilles de papier buvard et de les injurier en grec et en latin. On peut sans risque étendre ce constat à l’entomologie. Or, comme chacun(e) sait, quand il est question d’injures, sexe et sexisme ne sont pas loin.

Observant, d’abord d’un œil distrait, un panneau d’information sur « La biodiversité des rues à Paris », apposé par la mairie de Paris dans les squares, je remarque, en-dessous de la pie et de la mésange, une chenille baptisée Orgyie pudibonde.

 

Difficile de se voir attribuer un patronyme qui sonne plus paradoxalement à l’oreille !

 

 

Vue de très (très !) près, l’Orgyie est peu engageante. On aimerait mieux ne pas la rencontrer au coin d’un jardin public, grossie dix mille fois sous l’effet des radiations. À dire vrai, le papillon qui en naîtra n’est pas exactement folichon non plus (genre Bombyx).

 

 

 

 

 

 

 

Reste à savoir pourquoi notre chenille fut baptisée d’aussi affriolante et contradictoire façon.

Il semble bien que ce soit parce que sa position de défense est de se rouler en boule en « rougissant ».

Voilà qui nous en dit davantage sur les préjugés sexistes et les aptitudes à la gaudriole des baptiseurs que sur l’insecte lui-même.

Observons maintenant les « petites nymphes au corps de feu ». Ces libellules sont en effet d’un beau rouge éclatant. Mais pourquoi « nymphes » ? Sans doute parce que les dites nymphes sont des déesses (de rang inférieur, précise toutefois le petit Robert) qui peuplent bois, montagnes et rivières.

Or il se trouve que le même terme désigne également les petites lèvres de la vulve (petites et grandes lèvres entourant l’orifice du vagin)…

L’association est ici plus poétique que polissonne, quoique toujours lourdement chargée d’érotisme.

Est-ce seulement par homophonie approximative qu’insecte s’entend et se lit souvent « un sexe » ?

À vrai dire, non. L’étymologie renforce l’acte manqué auditif.

En effet, insecte vient du latin insectus, coupé (par allusion à l’étranglement du corps des insectes), comme sexe vient de secare, couper[1].

L’acte manqué concerne également la typographie. Quoi de plus propre à l’acte manqué qu’une expression passée dans les connaissances générales, et dont on ne se méfie plus. C’est le cas de l’ethnologique et psychanalytique « prohibition de l’inceste »… que l’on trouvera ici et là métamorphosée en prohibition de l’insecte (voir exemple récent ci-après) !

Ce qui explique bien des choses…

 

 

 

 

 

[1] Je n’ignore pas que ce dernier rapprochement est discuté. Il reste que sexus est bien employé d’abord à propos des animaux pour évoquer la séparation en mâles et femelles.

Le Dalaï Lama n’a rien contre une femme pour lui succéder… à condition qu’elle soit très jolie!

Capture d’écran 2015-09-24 à 13.18.05

Soucieux d’échapper au reproche de toujours critiquer les mêmes religions (parce qu’on les voit davantage, ou parce qu’on les connaît mieux), une mention spéciale aujourd’hui pour le Dalaï Lama, personnage sympathique aux yeux de beaucoup…

…Macho tranquille et benêt en réalité, qui a déclaré récemment n’avoir pas d’objection à ce qu’une femme lui succède dans son ministère — elle sont capables de davantage de compassion que les hommes (bonjour l’essentialisme!) — mais à condition qu’elle ait un très joli visage (a face very arttractive). (Le festival commence à 5mn 04 dans la vidéo).

Enregistrement filmé par la BBC.

Capture d’écran 2015-10-11 à 11.18.47

Candidate écartée.

Des féministes brésiliennes sabotent une campagne de pub pro-viol…

…et obtiennent son retrait.

Des féministes brésiliennes ont saboté une campagne de pub lancée par la bière Skol à l’approche du carnaval.

Les affiches proclamaient : «J’ai oublié le “Non” à la maison».

Les militantes font valoir que «Non» est précisément le mot qu’elles ont besoin de prononcer le plus souvent, et particulièrement pendant la période du carnaval, que beaucoup d’hommes considèrent comme une espèce d’ouverture de la chasse.

Elles ont détourné les affiches en y ajoutant leur propre slogan: «J’ai trouvé le “Jamais”» et se sont photographiées devant.

Le marchand de bibine s’est finalement engagé à retirer ses affiches.

Capture d’écran 2015-02-12 à 00.22.16

 

 

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 La source

 

ARRÊTEZ DE DIRE AUX FEMMES DE SOURIRE !

Capture d’écran 2014-11-10 à 16.45.03

 

ne jeune artiste, Tatyana Fazlalizadeh, affiche dans les rues des portraits (magnifiques) de femmes,  légendés de slogans contre le harcèlement sexuel.

Stop telling  Women to smile, le titre ci-dessus traduit est celui qu’elle a retenu pour désigner l’ensemble de cette «offensive» d’art de rue.

On peut voir une vidéo (en anglais) à cette adresse.

Et visiter son site à cette autre.

J’ai vu récemment dans les rues de Paris des affichettes, plus modestes dans la forme, qui reprenaient certains des slogans qu’elle utilise.

On mesurera facilement leur pertinence au fait même que certains d’entre eux peuvent nous paraître (y compris à des filles, je n’en doute pas), «exagérés»…

«Exagéré» était, pendant la Révolution française, utilisé comme synonyme d’extrémiste. Mais il n’existe pas d’«extrême» à la liberté, ici celles des femmes de circuler partout et à toute heure sans être victimes d’un harcèlement qui va de la balourdise au viol.

Il existe la liberté, tout simplement. Le travail d’artiste militante de Tatyana Fazlalizadeh rappelle que tant que les femmes n’en jouissent pas, la liberté n’existe pas.

[On se souviendra qu’en anglais le «tu» et le «vous» sont indifférenciés; il est donc légitime de choisir l’une ou l’autre forme, selon les cas et la traduction qui semble la plus appropriée.]

Capture d’écran 2014-12-24 à 19.47.41

Mon nom n’est pas «Baby», «Chérie», «Ma jolie»,…

Capture d’écran 2014-12-24 à 19.47.29

Ma tenue n’est pas une invitation.

Capture d’écran 2014-12-24 à 19.47.10

Les femmes ne vous «doivent» pas leur temps ou leur conversation.

Capture d’écran 2014-12-24 à 19.46.56

Je ne suis pas ta propriété — Tu n’as pas la maîtrise de mon corps.

Capture d’écran 2014-12-24 à 19.46.32

Les femmes ne quêtent pas votre approbation.

Capture d’écran 2014-12-24 à 19.47.51

Les femmes ne sont pas dehors pour ton divertissement.

Capture d’écran 2014-12-24 à 20.04.14

[Retenons :] Harceler les femmes n’est pas une preuve de virilité.

La mise en scène machiste de l’imaginaire, son intégration, son refus. [inédit]

Capture d’écran 2014-12-01 à 15.38.13

Mise en scène de la Mijaurée.

 

 

 

 

 

 

 

 

Capture d’écran 2014-12-01 à 16.17.02

Mise en scène de la Poupée (habillée).

 

Capture d’écran 2014-12-01 à 16.15.28

Mise en scène de la Poupée (déshabillée).

 

Enquêtes janvier 1953

Mise en scène de la Cochonne ( «Miss Vice», élue au Tabou, “Enquêtes”, 1953).

Capture d’écran 2014-12-01 à 16.19.54

Mise en scène de l’Esclave 1. (grand choix de couleurs et provenances)

 

 

Capture d’écran 2014-12-01 à 16.24.02

Mise scène de l’Esclave 2. (grand choix de couleurs et provenances)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Capture d’écran 2014-12-01 à 17.28.10

Mise en scène du Sex-symbol.

 

lecon_011

Mise en scène du Marché.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mon-banquier-me-prefere-a-decouvert-allez-comprendre-pour-la-marque-de-lingerie-barbara-une-brune-ardente-en-petite-tenue-cest-vendeur-evidement

Mise en scène de la Valeur.

 

 

 

 

 

 

 

Capture d’écran 2014-12-09 à 23.15.01

Mise en scène de la Perversité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

45768

Mise en scène du Sextoy.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Capture d’écran 2014-12-09 à 20.07.33

Auto-mise en scène de l’Imbécillité : «Je n’ai pas besoin de féminisme parce que j’aime quand les hommes me font des compliments sur mon corps».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Capture d’écran 2014-12-09 à 19.58.49

Démonstration de l’Intelligence : «J’ai besoin de féminisme parce que le poids d’une femme ne devrait pas être considéré comme un reflet de son caractère [de sa personnalité]».

 

DOMMAGES DE GUERRE. Chap. 4. «Guerre aux femmes !»

Dommages de guerre

 

On trouve ci-dessous le quatrième chapitre de Dommages de guerre : [Paris-Pristina-Belgrade-1999] (L’Insomniaque, 2000).

(L’illustration de la couverture du livre est de Dragan.)

Notons pour la petite histoire que ce chapitre, intitulé « Guerre aux femmes ! », était le deuxième du livre, dans le projet initial. Il parut trop « féministe » aux éditeurs pour arriver si tôt et fut rétrogradé en quatrième position.

 

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38

 

Où l’on vérifie la validité de la formule « les femmes et les enfants d’abord ! » — La sexualité comme processus de domestication. — La guerre au quotidien. — Le quotidien comme guerre. — La guerre considérée comme maladie sexuellement transmissible.

 

 Capture d’écran 2014-11-09 à 10.55.27

 

Les propagandistes de l’OTAN ont fait du sort des femmes violées un prétexte subsidiaire, et quasi anachronique tant il était tardif par rapport aux crimes commis en Bosnie, à l’intervention armée de 1999. Le présent opuscule se devait — par logique et par justice — d’évoquer les premières victimes de la violence guerrière, qu’elle s’exerce en temps de « paix » ou en temps de « guerre » : les femmes et les enfants. Il n’est pas d’aspect plus dérangeant de l’horreur moderne que l’institutionnalisation paisible de la guerre faite aux faibles, aux femmes singulièrement, susceptible de devenir dans les conflits armés le ressort principal d’un système de destruction. La cruauté ordinaire, mais gérée par la bureaucratie.

Discerner ce qui relie les comportements socialement admis par la civilisation marchande aux violences guerrières perçues comme extraordinaires, nous aidera à comprendre ce qui fait de la guerre le comble de la paix sociale.

 

Les femmes : marraines et butin de guerre

La figure de la femme violée par l’ennemi est une image forte des temps de guerre. Elle sert les propagandes et marque les mémoires. Dans les années 60, on rencontrait dans beaucoup de villes françaises « la Folle », une femme âgée parlant toute seule, et dont la rumeur disait le plus souvent, non qu’elle avait été elle-même violée, mais qu’elle avait assisté au viol de sa fille « par les Allemands ». On m’en a désignée une, au Puy-en-Velay, encore en 1979.

Nous vivons, en France, dans une société libérale et pacifiée (selon les normes du capitalisme démocratique), où le viol est laissé à l’initiative individuelle. La définition culturelle implicite de la « sexualité » dans laquelle sont élevés garçons et filles se caractérise par une double et contradictoire injonction : tout contribue à induire l’idée que le viol est un comportement, peut-être excessif, mais finalement adapté à la nature véritable des hommes et surtout à celles des femmes. Au vrai, c’est par ce dernier biais que s’opère, du point de vue idéologique, la transmission : le corps des femmes est partout étalé, disponible, offert, vendu, ouvert, béant, écarté, couché, aguichant, provocateur, d’avance conquis. Un « appel au viol », comme le disent précisément certains hommes d’une femme séduisante et mise d’une manière qu’ils jugent provocante. Dans le même temps, le Droit réitère sévèrement l’interdiction du viol (entre quinze et vingt ans de réclusion, selon les circonstances ; trente ans s’il a entraîné la mort ; la perpétuité s’il est accompagné de « tortures ou d’actes de barbarie », art. 222-23 et s. du code pénal). Le nombre des viols ne diminue pas, et le quantum des peines appliquées augmente.

MexicainePasButin

Au Mexique : Nous les femmes, nous ne sommes pas un butin de guerre ! Halte aux féminicides !

 

On estime qu’en France, une femme sur sept est victime de violences domestiques, viol compris[1]. Plus défavorisés encore que les femmes dans la cascade des brutalités, les enfants des deux sexes subissent à la fois des violences masculines et féminines. Le Service national d’accueil téléphonique pour l’enfance maltraitée recevait, en 1995, une moyenne de 531 appels par jour. Concernant les agressions à caractère sexuel, 67 pour cent des appelants dénoncent un membre de leur famille proche (père, mère, frère, sœur, beau-père, belle-mère, grands-parents), le reste des appels désignant un gardien (0,37 %), un membre de la famille plus éloignée (9,92 %), un ami de la famille (3,17%), un camarade (2,76 %), un voisin (2,30 %), un professionnel (sic, 3,08 %). Seuls un peu plus de 6 pour cent des appels désignent un inconnu[2].

Il est absurde d’imaginer que des comportements aussi répandus, — dans toutes les milieux sociaux —, que les mauvais traitements de parents à enfants (meurtre compris), le viol et les violences sexuelles de toute nature commis contre des femmes et des enfants des deux sexes, ne subsisteraient que comme des reliquats d’une sauvagerie instinctuelle primitive, progressivement marginalisés par la civilisation. Faute d’un approfondissement, hors de proportion avec la dimension du présent texte, je formulerai l’hypothèse d’un rôle de soupape ou de paratonnerre de la violence sociale, tacitement dévolu aux femmes et aux enfants. C’est à dessein que je préfère parler ici de violence sociale plutôt que de violence « sexuelle ». La violence imposée, le plus souvent (mais pas uniquement) par des hommes, aux femmes et aux enfants s’enracine bien dans le refoulement sexuel induit par l’éducation autoritaire et machiste (pourtant dispensée par des femmes), mais au-delà de l’histoire personnelle du violeur, du meurtrier d’enfant, c’est une humiliation générale qui est compensée par le rabaissement d’un plus faible. La soumission initiatique des plus jeunes par la peur et la honte, également imposée aux femmes adultes, a une fonction d’assimilation caractérielle, puis de régulation de l’ordre social.

Le viol ne vient pas combler ce que l’on pourrait définir en novlangue économique comme un « déficit de l’offre sexuelle féminine », que certains consommateurs masculins seraient amenés à contourner dans l’illégalité. Le violeur n’est ni malade mental (le plus souvent) ni tenaillé par une pulsion irrépressible ; il s’en tient à une règle implicite, confirmée par la culture dominante, selon laquelle l’homme a des besoins que les femmes sont là pour satisfaire. Cette règle, qui demanderait à n’être pas aussi sommairement évoquée, sous-tend les rapports sociaux sexués dans un système social et politique donné, où le viol, s’il est bien un crime au sens pénal, est un crime logique.

Il faut insister sur le rôle « éducatif » des femmes, rapidement évoqué plus haut : c’est celui de premiers agents de transmission et donc de reproduction de l’idéologie patriarcale. Chargées de l’éducation et des soins aux enfants, les femmes sont logiquement responsables de la majorité des mauvais traitements à enfants (négligence, cruauté mentale, coups, torture — mais elles tuent deux fois moins que leurs compagnons). Des femmes se livrent également à des abus sexuels sur des enfants ou des adolescents, le plus souvent du sexe masculin. Ces violences, moins nombreuses que les violences masculines, et qui prennent moins volontiers la forme d’un « viol » (pénétration sexuelle), sont plus difficilement repérables, parce qu’elles exigent des plaignants qu’ils dépassent leur supposée « nature » masculine, et parce qu’elles se confondent facilement avec une initiation sexuelle implicitement valorisée lorsque c’est un garçon qui la vit[3].

Nous pouvons être légitimement fascinées par certains aspects de l’expérience érotique, abandon, vertige, dissolution du moi, perte de conscience… qui trouvent des correspondances, idéologiques et émotionnelles, dans la violence subie dans des situations de cruauté extrême. Il est frappant de constater que les mots même de l’amante offerte et exigeante, caricaturés dans une plaisanterie vulgaire — « Fais-moi tout ! » —, se retrouvent dans la formule d’une elliptique pudeur des victimes de tortures sexuelles. « Ils pouvaient tout faire, alors… », disent des réfugiées des miliciens fascistes d’Arkan et de Seselj. « Dans ce vertige du “tout”, on trouve le viol, les tortures, les massacres[4]. » Vertige encore (ou conjuration ?) dans cette mise en scène sordide du « plus grand gang bang de l’histoire », organisé nous dit-on dans les meilleures conditions d’asepsie et de publicité par un fabricant de films pornographiques, dont l’actrice vedette se fait pénétrer par 620 hommes en 7 heures. « Dans la vraie vie, prend soin de préciser le reportage publié dans la revue Max, un gang bang s’appelle un viol collectif. Une atrocité urbaine [sic] insoutenable. Dans la pornographie, il s’agit, selon les professionnels du X, d’une “expression artistique”, un rituel orgiaque, une figure presque imposée d’un film porno[5]. » Figure imposée est une expression heureuse ; elle s’imposera donc par centaines de milliers d’exemplaires de cassettes vidéo à des millions de spectateurs et, dans une moindre mesure, de spectatrices. N’existe-t-il aucune relation entre le fantasme des 620 mâles, tous rémunérés mais pas tous professionnels, celui — au moins escompté — des milliers d’acheteurs et de mateurs du film, et la manière dont est perçue « dans la vraie vie » la violence sociale et sexuelle[6] ?

Peu habituées à regarder en face et donc à penser cette réalité, nous sommes mal préparées à concevoir pire encore ; c’est probablement pourquoi la politique de « viols systématiques » menée par l’armée et les milices serbes (mais aussi croates) à certaines périodes du conflit des Balkans a suscité un mélange d’incrédulité, de fatalisme agacé et d’horreur paralysante.

Véronique Nahoum-Grappe discerne « un usage politique de la cruauté extrême et des tortures sexuelles depuis quelques années et dans des terrains hétérogènes, africains, orientaux, européens : cet usage n’est pas forcément lié à un accroissement quantitatif (…), mais il s’inscrit dans l’actualité de notre culture contemporaine où le statut de la sexualité comme torture croit en prestige négatif et dérive du non-politique vers le politique [7]. » Je signale à l’intention du lecteur qu’étonnerait cette référence (et celles qui suivront), que je n’ignore pas que Mme Nahoum-Grappe participe au Comité Kosovo, lequel a approuvé les bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie, et même qu’elle a très imprudemment manifesté son soutien aux nationalistes grand-Albanais de l’UCK, lesquels ne dédaignent, à l’occasion, ni le meurtre ni le viol[8]. Si dans l’esprit de cette auteure, il existe certainement un lien entre ses réflexions sur le « nettoyage ethnique » et ses regrettables prises de position belliciste, je ne me sens, moi, nullement tenu de confondre les unes avec les autres.

 

La terreur familière

On a beaucoup insisté, au début des années 90, sur un aspect jugé particulier de la politique d’« épuration ethnique », et notamment des viols systématiques, et qui ressortait de la plupart des témoignages de victimes : le fait que des familiers se muent en tortionnaires. Une jeune femme bosniaque décrivait ainsi ses violeurs : « Mes voisins, des paysans du village avec lesquels je suis allée à l’école. Ils me connaissaient depuis l’enfance, mais ils disaient qu’ils me violaient parce que je suis musulmane et qu’avec tout ce que j’avais pris aux Serbes, il était temps que je nourrisse un petit tchetnik[9]. » « À deux reprises, rapporte Véronique Nahoum-Grappe, nous avons entendu des jeunes Bosniaques nous confier que le garde/bourreau dans le camp de concentration était leur instituteur. (…) Tous les récits ou presque mentionnent le voisin l’ami, cités parmi les assassins, les violeurs[10]. » En 1999, au Kosovo, une habitante de Pristina se dit convaincue que dans chacun des groupes de paramilitaires qui ont brûlé des maisons et assassiné leurs occupants, « il y avait un homme d’une maison serbe de [son] quartier[11] ». On a affaire ici au ressort principal des films d’épouvante : la banalité quotidienne la plus rassurante peut basculer dans la terreur. La prof sympa ou le petit ami peuvent se transformer en assassins déments. Je n’entends pas suggérer que les récits des victimes sont influencés par des scénarios de fiction et ne reflètent pas des drames réellement vécus, je note au contraire que les auteurs d’œuvres d’imagination ont compris depuis longtemps où se trouve la source de l’horreur pure. Mme Nahoum-Grappe se trompe lorsqu’elle conclut l’article précédemment cité en affirmant que, « comme l’inceste en famille touche le lien de filiation, la cruauté endogène entre gens d’une même communauté touche le lien social, le pacte de fraternité que suppose toute vie en temps de paix. » Ou plus précisément : elle voit à tort une différence de nature où l’on ne peut distinguer qu’une différence de degré. Je l’ai rappelé plus haut, les mauvais traitements (sexuels ou non) et le viol sont le plus souvent le fait de proches et mêmes de (des) parents. Ils sont donc eux aussi constitutifs du lien social tel qu’il se reproduit dans nos sociétés occidentales, en temps de paix (intérieure au moins). De ce point de vue aussi, la guerre est le comble de la paix, singulièrement pour les femmes[12]. Lire la suite

AVEC « CAÏN », LE MACHISME, ÇA ROULE! (2012)

copy-capture-d_ecc81cran-2014-11-09-acc80-01-10-09-e1415491935357.png

 

Nouvelle série policière (France 2). Nouvelle série française. Petit budget, petits effets.

Comment attirer l’attention ? Comment rivaliser avec Murdoch et Montalbano ? Ou — plus difficile encore — avec le lieutenant Kate Beckett de Castle ou Sarah Lund de The Killing (série danoise, comme son titre ne l’indique pas) ?

Bertrand Arthuys et Alexis Le Sec ont eu une idée : créer un personnage de flic handicapé, le capitaine Caïn.

Rattrapage express : Caïn est, dans la légende biblique, le fils aîné d’Adam et Ève, lequel tue son frère Abel, et devient ainsi le premier meurtrier de l’histoire légendaire chrétienne.

Nous avons donc affaire à un effet « comique ». Caïn le « meurtrier » symbolique traque les meurtriers… Vous y êtes ? Bon.

« Le flic avec un truc en plus ». C’est le slogan de la série.

Caïn est un type moderne, il boit et il se came. En tout cas, il l’a fait : suffisamment pour se casser la gueule en voiture. Résultat : circulation à vie en deux roues, celles de son fauteuil d’handicapé.

Jusque là…

Lisons maintenant la prose d’une journaliste du Monde, Christine Rousseau, dans le supplément « Télévisions » du quotidien de référence : « Voici un héros auquel les téléspectateurs devraient incontestablement s’attacher. Car, disons-le d’emblée, Fred Caïn a tout pour plaire. Malgré — ou à cause — de ses innombrables défauts[1]. »

Certes, la vie n’est facile pour personne, avec la crise, et tout ça. Quand on s’est tapé l’école de journalisme de Lille et qu’on a la chance de démarrer au Monde, même au supplément TV (détail qu’on n’est pas obligée de mentionner dans la conversation), on doit se dire qu’il y a une petite chance que les choses s’enchaînent au mieux par la suite et qu’il ne serait peut-être pas opportun de passer immédiatement pour la féministe-râleuse qui en veut aux mecs et dont le soutif sent le brûlé.

Donc Christine tartine à partir du dossier de presse aimablement fourni par la production. Elle prévient honnêtement que le harcèlement est chez notre nouveau poulet appareillé « une seconde nature », qu’il s’incruste chez son ex-femme et harcèle ses amants. Est-ce que ça pose un problème à la femme qui sommeille dans la journaliste ? Non, pas vraiment. La Belle au bois dormant ronfle comme une sonneuse.

Que voyons-nous sur l’écran ?

Un type infect avec tout le monde, plutôt beau mec, et particulièrement répugnant avec les femmes. C’est parce qu’il est… ? Allons, allons ! Faites un effort ! C’est parce qu’il est : « dragueur ». Faut tout vous souffler, alors !

Bon, il s’y prend d’une manière un peu curieuse, comme ça, au premier abord, mais c’est parce que c’est un mec qui a vachtement souffert dans sa chair et dans son cœur. En somme, il incarne l’Homme, car voyez-vous, dans tout Homme il y a un Alexandre le Grand que l’on a privé de dessert parce qu’il n’a pas appris sa récitation et qui en veut au monde en général et aux femmes en particulier (sauf [parfois] maman et sœurette). Lire la suite

Brésil : la coupe est pleine! (2014)

Je republie ce texte afin de prendre date, puisque les Jeux olympiques auront lieu au Brésil en 2016, après que ce pays a accueilli — on verra comment ci-dessous — la Coupe du monde de football (12 juin au 13 juillet 2014).

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38

 

Pour ces deux événements sportifs et commerciaux, des sommes colossales sont dépensées, alors que nombre de besoins essentiels de la population ne sont pas satisfaits, loin de là.

Par ailleurs, la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) comme le Comité International Olympique (CIO) ont la détestable habitude de s’accommoder sans sourciller avec des régimes totalitaires. La FIFA, le CIO et les états qui les soutiennent, notamment en leur accordant d’importants fonds publics et en les cautionnant, méprisent les populations qui vivent dans les pays où ils organisent ces compétitions sportives internationales : dépenses somptueuses, déplacements autoritaires de populations, répression, accompagnent souvent ces initiatives ; le Brésil n’y échappe pas.

Nous affirmons notre solidarité avec celles et ceux qui, au Brésil, refusent que la Coupe du monde de football soit le prétexte à de graves mesures qui attaquent directement la population, particulièrement les plus pauvres et visent spécifiquement celles et ceux qui résistent et exigent le respect des droits fondamentaux :

-  Projet de loi étendant très dangereusement le possible recours aux mesures « antiterroristes ».

-  Interdiction et répression envers les manifestations.

-  Campagnes diffamatoires envers celles et ceux qui s’opposent à la remise en cause des libertés.

-  Occupation de favelas par des forces militaires et de police, qui prolonge les innombrables expulsions opérées pour les chantiers de la Coupe du monde et des JO de 2016. Plus de 170 000 familles ont été jetées à la rue !

-  Organisation par les réseaux mafieux d’une prostitution à grande échelle dans toutes les villes où auront lieu les matchs, avec ce que cela implique en termes de violences et de négation des droits humains.

Des organisations syndicales et des mouvements sociaux brésiliens organisent la résistance et refusent à juste titre d’y renoncer pour cause de Coupe du monde de football. « L’argent parvient à la FIFA et aux entreprises. Nous voulons de l’argent pour la santé, l’éducation, le logement, les transports collectifs et la réforme agraire », affirment-ils, et ils ont raison !

Organisations signataires :

AITEC/IPAM, Alternative Libertaire, ATTAC, CNT, CNT-SO, Droit Au Logement, Emancipation, Ensemble, France Amérique Latine, L’Insurgé, NPA, No-Vox, Sortir du colonialisme, Union syndicale Solidaires.

Capture_d_e_cran_2014-06-08_a_10.07.23

DIFFAMATION PUBLIQUE SUR INDYMEDIA, SOUS COUVERT DE CRITIQUE FÉMINISTE — CENSURE ET MACHISME DE CE MÉDIA (avril-mai 2013)

Gueule rougeJe regroupe ci-dessous trois articles successifs publiés sur mon ancien site à propos d’une diffamation anonyme publiée sur Indymedia Paris. Le/la ou les auteurs — toujours anonymes — de cette diffamation se sont assez vite et publiquement rétractés.

Par contre, les misérables crétins d’Indymédia Paris refusèrent et d’appliquer les consignes des diffamateurs repentis et de s’excuser. Pire, ils affirmèrent hautement leur mépris pour quelqu’un (moi) qui réagissait si vivement « à la première petite critique ». En l’espèce : « harcèlement sexuel » !

On voit entre quelles mains se trouvait la contre-information à Paris.

Indymedia Paris a aujourd’hui disparu, avantageusement remplacé par Paris-luttes.infos (voir lien dans la colonne de droite).

Deux bonnes nouvelles.

Le premier texte ci-dessous a été publié en ligne le 28 avril 2013. À noter: rien n’indique — malgré le pseudonyme employé — que mon diffamateur anonyme soit du genre féminin.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38

Il y a un moment que j’avais l’intention d’ouvrir une rubrique « Fan Club » sur ce site. Tout le monde sait — c’est une façon de parler ! — que je me suis fait éclater le foie par un flic en civil en 1996 ou que le livre Suicide, mode d’emploi est interdit de facto depuis 1995. Mais certaines amabilités, au détour d’un forum Internet ou dans un ouvrage obscur, échappent probablement à la majorité de mes lectrices et lecteurs. Tel personnage me traite de violeur d’enfants (en série), tel autre d’assassin (en série aussi !), tel autre d’antisémite — oh ! je suppose que oui : aussi. Bien entendu, plus j’écris sur les droit des enfants (notre premier livre avec Yves Le Bonniec), plus je revendique le droit pour chacun(e) de décider de l’heure et du moyen de sa mort, plus je dénonce les provocations antisémites d’un Dieudonné, et plus de telles « révélations » ont de l’intérêt pour les crétins et les salauds qui les font. Presque toujours sous couvert de l’anonymat.

À toute corvée, ménagère ou rédactionnelle, il faut ce que l’on appelle un « déclencheur ». Le rôle du déclencheur est ici tenu par une dénonciatrice qui signe un texte sur le site Indymedia Nantes sous le pseudonyme — on n’est jamais trop prudent(e) — de « lamamaterielle ».

Le texte critique, avec plus ou moins de bienveillance, deux articles récemment publiés sur le féminisme et les Femen, l’un dans Courant alternatif (journal de l’Organisation communiste libertaire, sous la plume de Vanina [impossible ce jour d’établir une connexion , donc de créer un lien vers CA]), l’autre dans Le Monde diplomatique (sous la plume de Mona Chollet).

La rédactrice anonyme reproche, entre autres, aux deux auteures des articles d’avoir également cité positivement des passages de mes propres textes.

Or, l’anonyme le révèle aux deux gourdes abusées — et au passage, nous le verrons, à Corinne Monnet, militante féministe lyonnaise, qui m’avait demandé l’autorisation de reproduire un extrait des 42 bonnes raisons dans le recueil Au-delà du personnel [1] :

« Pas mal de monde tient Claude Guillon pour un harceleur de jeunes femmes, et cela depuis des années. Il n’est pas rare dans les cercles soucieux de féminismes de voir Claude Guillon comparé à une sorte de Weltzer Lang inconnu en quelque sorte. »

Admirez la précision quasi chirurgical des éléments matériels. Voilà ce que j’appelle un dossier bien ficelé : « Pas mal de monde », « depuis des années », « il n’est pas rare »… Lire la suite