Voué·e à tous les seins! ~ [et déclaration d’amour subsidiaire à Juliette Roudet]

Lors que je cédais sans remords au charme de Juliette Roudet, danseuse et comédienne qui honore de son talent subtil (elle joue deux sœurs jumelles: une performance!) la (très moyenne) série française Profilage (TF1)…

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…je songeais à l’un des articles proposé sur la page Facebook Lesbo tshirts

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“TOUT OBUS SERA PUNI”

Ligue de défense des petits seins

Pour les francophones d’occasion, je précise que la formule «Tout obus sera puni» est une déclinaison homophonique et humoristique de «Tout abus sera puni», formule qui figure sur les signaux d’alarme des trains et métros.

Par ailleurs, des seins volumineux, surtout lorsqu’ils sont mis en forme par des soutiens-gorge de forme adéquate, peuvent évoquer des munitions de guerre (le registre érotico-guerrier évoque également une jolie fille comme étant «canon»; le «canon» a ses «obus» et l’érotisme hétéronormé ses lourdeurs).

De manière maline, fraîche et décalée, le slogan choisi par la conceptrice de Lesbo tshirts (que je ne connais pas) «défend» les petits seins contre les diktats de la «féminité» et des goûts, masculins surtout, (supposés) dominants.

J’aime autant préciser immédiatement, afin de m’épargner dans les semaines qui  viennent des remarques — masculines ou féminines, égrillardes ou déçues — du type «Ah! je savais pas que tu préférais…», que je connais peu de sensation aussi émouvante que celle d’un sein lourd reposant dans ma paume comme une grappe de raisins.

Et cependant, non! je ne préfère pas les «gros seins».

Je suis sensible aux harmonies. Elles se composent, pareillement d’un parfum, de notes corporelles et émotionnelles variées. C’est leur variété qui nous fonde et nous fait, parfois, touchant·e·s… et foudroyé·e·s.

Je voulais saluer ici comme autant de contributions, modestes mais précieuses,  à une politique du corps critique les productions de Lesbo tshirts et — si j’ose dire — l’aplomb remarquable, avec lequel Juliette Roudet incarne la beauté du corps et de l’esprit.

JE CHANTE LE CORPS CRITIQUE. Chap. 3 Le corps des femmes : gestion — élimination

Je chante le corps critique

 

On trouvera ci-dessous le troisième chapitre de mon livre Je chante le Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22corps critique, édité chez H & O.

J’ai mis en ligne l’intégralité de ce livre avant même d’avoir trouvé un éditeur ; je l’ai laissé en ligne par la suite. Je récidive ici. Cependant, je ne saurais trop conseiller à celles et ceux qui s’intéressent à son contenu de se soucier aussi de son support papier, et d’en acheter un exemplaire. Non pas tant pour soutenir matériellement l’auteur (je n’y gagnerai pas un centime) mais pour convaincre l’éditeur (celui-ci et d’autres) que prendre en charge un ouvrage de cette sorte a encore un sens. Je ne choquerai ici que les ignorants du travail intellectuel : je n’aurais jamais fourni un tel effort pour simplement alimenter la colonne de mon blog. La lecture n’est pas une activité « neutre », et encore moins « privée »… pas de responsabilité politique en tout cas.

 

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Pour chaque être humain, et pour l’humanité elle-même, le corps est le premier ustensile (avant l’outil fabriqué), dont les usages, érotisme compris, sont objets de savoir et de culture. Dans les sociétés patriarcales, le corps des femmes est objet de plaisir et de pouvoir ; objet aussi terrifiant qu’il est fascinant, d’emploi malaisé et aléatoire. Le présent chapitre évoque certaines variations récentes, à l’échelle historique, de l’usage social des femmes, de la contention à la prostitution en passant par la médicalisation de l’orgasme et l’éducation sexuelle, jusqu’à la tentation « gynécidaire ».

 

  1. techniques du corps : sexe, rythmes et cadences

 

Selon l’image du corps qui y prévaut, les rapports de classes et de parenté qui la caractérisent et qu’elle reproduit, chaque société développe une idéologie du corps et des techniques légitimes qui doivent le mobiliser. Autrement dit : tout usage du corps est culturel. Marcel Mauss rapporte ainsi qu’il apprit à une petite fille à cracher. Cette pratique corporelle qui semble aller de soi n’était en usage ni dans sa famille ni dans son village d’origine. La fillette se trouvait ainsi privée du moyen de se débarrasser de mucosités encombrantes. « Je lui ai appris à cracher. Je lui donnai quatre sous par crachat. Comme elle était désireuse d’avoir une bicyclette, elle a appris à cracher. Elle est la première de la famille à savoir cracher[1]. »

Les points aveugles de la transmission sont eux-mêmes culturellement prescrits. Dans son enquête bourguignonne déjà citée, Yvonne Verdier note que l’on n’apprend pas aux filles à cuisiner : « Cuisiner est un art que l’on doit découvrir toute seule en même temps que l’acte sexuel ; les deux choses s’improvisent en même temps[2]. » Ailleurs, au contraire, les parties génitales sont l’objet d’un apprentissage, qui peut d’ailleurs viser le même but d’intégration à l’ordre patriarcal. À Hawaï, rapporte Marshall Sahlins, « la socialisation des enfants, ceux tout au moins de la noblesse, comportait l’apprentissage de l’amour. On enseignait aux filles l’amo’amo, le “clin-clin” ou clignotement de la vulve, et maintes autres techniques qui “réjouissent les cuisses[3]” ». Dans certaines régions d’Ouganda, on enseigne encore aux jeunes filles des massages destinés à accroître leur sensualité et leur désir[4].

Dans les sociétés occidentales modernes, le corps érotique est l’objet de recommandations, de pressions et sommations diverses, souvent antisexuelles ou à tout le moins hygiénistes. Cependant, ces stimuli et signaux peuvent tout aussi bien aller dans le sens d’une érotisation de la vie ou plus précisément, en particulier chez les jeunes, d’une exaspération de désirs sans moyens.

Un enseignant me raconte que la venue d’une animatrice du Mouvement pour le planning familial (MFPF) est suivie, dans le collège où il travaille, d’une semaine de tensions et de violences. Ça n’est pas l’évocation des méthodes contraceptives qui crée le désir ; elle le révèle et l’exacerbe. La bienveillance, réelle et louable, de la militante du MFPF fait exploser le paradoxe d’un corps adolescent bombardé de sollicitations publicitaires et pornographiques, auquel on vient encore expliquer, « au cas où », comment se protéger du Sida et des grossesses intempestives : autant mettre du sel sur une plaie.

La contention du corps par les techniques éducatives, l’obligation scolaire et salariale, trouve de moins en moins à offrir en contrepartie : on peut être scolarisé et analphabète, travailler 45 heures par semaine et n’avoir pas de papiers, être chômeur et contraint à d’épuisantes et absurdes démarches. Le principal système de régulation des corps adultes demeure toutefois le travail, même à l’heure de sa crise en tant que valeur et de la délocalisation mondiale de la production. La parcellisation, principe de la chaîne fordiste, appliquée depuis aux tâches du secteur tertiaire, reste le modèle de la prescription salariale.

Nous avons déjà évoqué, à propos de la santé des femmes (cf. chap. I), la manière dont les conditions de l’exploitation du travail et la division du temps entre « loisir » et salariat affectent l’être entier, son métabolisme et ses désirs, tout au long de son existence. La question qui se pose ici est de savoir s’il existe un temps ou plus précisément un tempo érotique qui résiste à celui du capital. Dans la plus grande « intimité » supposée, à l’instant de l’orgasme (s’il advient), lorsque s’emballent le cœur et le souffle, sur quel rythme le corps bat-il ? Retrouve-t-il celui d’une nature animale ? Sait-il improviser son rythme propre ou suit-il celui que lui dicte le monde ? Lire la suite

GENRE : MICHEL-«LA-MANIP-POUR-TOUS»-ONFRAY, TACLÉ PAR BEATRIZ PRECIADO (mars 2014)

Michel Onfray avait, semble-t-il, laissé passé le débat sur le genre sans s’en mêler. Indifférence ? Non ! Le confus travaillait. Il lisait, très, trop vite, comme d’habitude. Cette fois, il s’attaque à un moulin à vent, un truc qu’existe même pas : le genre. Et au passage à Judith Butler, enfant adoptée — voilà ! vous savez tout — par un couple homoparental : Karl et Sigmund[1].

Il est finalement poignant de voir le malheureux Onfray, risée de la gauche, de l’extrême gauche et des libertaires (auxquels il n’essaye même plus de vendre son grotesque « capitalisme libertaire »), s’aligner brutalement sur les positions de la « Manif pour tous », c’est-à-dire d’un ramas de cathos intégristes et de fachos en goguette. Ce sont de petits drames individuels comme l’histoire en présente un certain nombre, de militants ou d’intellectuels à la personnalité caractérielle tourmentée, reniés par ce qu’ils considéraient comme leur famille politique « naturelle » (si j’ose dire !), et qui se retrouvent à l’autre bout du spectre, persuadés d’incarner à eux seuls une abstraite et inconditionnelle « vérité » (le « réel », dit Onfray !). Laquelle vérité, se suffisant à elle-même, peut s’exprimer sans dommage au milieu des cantiques ou des saluts nazis.

Je reproduis, après le texte d’Onfray, celui de Beatriz Preciado (Libération 14 mars 2014), grâce à la vigilance de laquelle, j’ai eu connaissance du premier. Non seulement, elle démonte le pauvre argumentaire d’Onfray, mais elle révèle ses sources, et c’est édifiant (comme on dit à la curie).

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MAUVAIS GENRE

La chronique mensuelle de Michel Onfray, n° 106, mars 2014.

Je découvre avec stupéfaction les racines très concrètes de la fumeuse théorie du genre popularisée dans les années 90 aux États-Unis par la philosophe Judith Butler qui ne cache pas l’inscription de sa pensée dans la lignée déconstructiviste de Foucault, Deleuze-Guattari et Derrida.

En 1966, les époux Reimer consultent le docteur John Money (1921-2006), sexologue et psychologue néo-zélandais spécialiste de l’hermaphrodisme à l’université américaine Johns Hopkins. Cet homme affirme depuis 1955 que l’identité sexuelle biologique du mâle ou de la femelle ne suffit pas à constituer le genre sexuel du garçon ou de la fille – la thèse cardinale de la Théorie du Genre. Le problème des Reimer ? La circoncision de David pour des raisons médicales, un phimosis, l’un de leurs jumeaux, a raté : la cautérisation électrique a brûlé le pénis, la verge est calcinée.

Le Docteur Money saisit l’occasion pour prouver expérimentalement la validité de ses hypothèses théoriques. Il invite les parents à éduquer David comme une fille. David devient Brenda. Il subit un traitement hormonal. Quatorze mois plus tard, on lui retire les testicules. Elle est habillée en fille, traitée comme telle. À six ans, il semble devenu une fille. John Money publie des articles et des livres pour défendre la théorie du genre avec ce qui est devenu dans la littérature spécialisée « le cas John/Joan ».

Or David/Brenda grandit douloureusement. Sa voix mue à l’adolescence ; il est attiré par les filles. Le médecin veut lui imposer une vaginoplastie ; il refuse. Money contraint les deux jumeaux à simuler des relations sexuelles pour stimuler le désir de David. A treize ans, David menace de se suicider si ses parents continuent à lui imposer les visites à Money. A quinze ans, le jeune homme arrête son traitement hormonal et se fait prescrire de la testostérone. Il subit une mastectomie et deux opérations de phalloplastie. Ses problèmes identitaires le détruisent. Il boit. Il suit un traitement médical pour schizophrénie.

Devant sa détresse ses parents lui révèlent enfin la vérité. Brenda redevient ce qu’il était : David. Il épouse une femme. Mais ne trouve ni la paix, ni la sérénité. Il se suicide en 2002 par une overdose de médicaments. Son frère Brian met fin lui aussi à ses jours en 2004. Silence de Money qui avait publié Homme & Femme, Garçon & Fille en 1972 en racontant l’histoire qui prouvait selon lui la validité de ses hypothèses. Précisons qu’il défendait par ailleurs la pédophilie[2] et stigmatisait l’hétérosexualité comme une convention à déconstruire…

En 1997, Milton Diamond, professeur d’anatomie et de biologie reproductrice de l’université de Hawaï, découvre la falsification et la dénonce. Money réplique et dénonce… une conspiration de l’extrême-droite et des mouvements anti-féministes ! Ses partisans épousent son délire : les vrais souvenirs de David sont présentés comme relevant du « syndrome des faux souvenirs »… Autrement dit : le menteur dit vrai ; l’homme qui dit vrai, ment – mais ne le sait pas ! Effet de l’inconscient… Dénégation du réel une fois de plus chez cet homme qui croyait plus juste ses délires que la réalité qui, si la raison ne l’avait pas déserté, lui prouvait pourtant la nature délirante de ses théories.

Judith Butler fait le tour du monde en défendant ces délires. La presse de la bienpensance française de gauche lui ouvre largement ses colonnes. De la même façon que le réel a montré les erreurs de Marx & de Lénine, de Freud & de Lacan, mais qu’il y a toujours des marxistes & des freudiens, le réel a montré en 2002 que la théorie du genre était une fiction dangereuse, mais quantité de gens souscrivent à cette nouvelle déraison — dont Najat Valaud-Belkacem. Un jour viendra où l’on fera le compte des ravages effectués par cette sidérante idéologie post-moderne. Quand ? Et après quels considérables dommages ?

 

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ONFRAY EN PLEINE CONFUSION DE GENRE

Dans sa dernière chronique, Michel Onfray[3] dit avoir découvert « avec stupéfaction les racines très concrètes de la fumeuse théorie du genre popularisée dans les années 90 aux États-Unis par la philosophe Judith Butler ». Pour expliquer son effarement, il nous raconte l’histoire de David/Brenda Reimer. Étant bébé, David subit une opération du phimosis au cours de laquelle son pénis est accidentellement cautérisé. Le docteur John Money propose en 1966 une ré-assignation sexuelle de David vers la féminité : l’enfant doit devenir Brenda à l’aide d’opérations chirurgicales et de traitements hormonaux. Money, inventeur de la notion clinique du «gender», prétend ainsi prouver scientifiquement sa thèse, selon laquelle le genre n’est pas déterminé anatomiquement, mais peut être intentionnellement produit par l’interaction des variables hormonales et le contexte pédagogique. David/Brenda « grandit douloureusement… il est attiré par les filles ». Il refuse la vaginosplastie, se fait prescrire de la testostérone, puis deux opérations de phalloplastie. Onfray s’exalte : « Devant sa détresse ses parents lui révèlent enfin la vérité. Brenda redevient ce qu’il était : David. Il épouse une femme. Mais ne trouve ni la paix ni la sérénité. Il se suicide en 2002 par une overdose de médicaments. » En 1997, le docteur Milton Diamond « découvre la falsification et la dénonce ». Money n’a pas réussi à faire d’un garçon une fille. Le réel, la vérité anatomique du sexe de Reimer, finit par s’imposer.

Et Onfray dénonce : « Judith Butler fait le tour du monde en défendant ces délires. » Il imagine une continuité stricte entre les théories et la clinique de Money et les théories féministes et queer de Butler. Le drame de Reimer prouverait le caractère « délirant » des « fictions dangereuses » de la philosophe. Onfray conclut en qualifiant les hypothèses de Butler de « déraison » et de « sidérante idéologie postmoderne » et appelle de ses vœux le jour où « le réel » viendra dévoiler ses erreurs pour empêcher leurs « considérables dommages ». La lecture de cette chronique grotesque nous permet de tirer plusieurs conclusions sur le manque de rigueur dans la méthode du maître de Caen, mais aussi sur la confusion théorique qui traverse la France.

Son récit est truffé d’erreurs et de contresens. Plus grave si l’on songe à l’agressivité de ses propos contre Butler, il semble qu’il n’ait jamais lu la philosophe américaine. Mais si Onfray n’a pas lu Butler, où trouve-t-il ses arguments sur Reimer et sur la théorie du genre ? Le réseau d’Internet est une forêt digitale dans laquelle les mots sont des miettes électroniques permettant de retrouver la trace du lecteur enfui : et voilà que les approximations d’Onfray (se tromper sur le nom de naissance de Reimer, Bruce et non David, ou ignorer que Diamond a été le médecin de Reimer, etc.) nous conduisent à un article d’Émilie Lanez publié par Le Point, intitulé « L’expérience tragique du gourou de la “théorie du genre” ». Cet article est un exercice d’une insondable sottise et d’une grande malhonnêteté intellectuelle : il établit une relation erronée entre les théories de Money et celles de Butler, ce qui est inadmissible dans un contexte où l’instrumentalisation politicienne prime sur la rigueur dans l’usage des sources. Mieux encore, des passages entiers du texte d’Onfray sont repris d’un article de la page internet « Pour une école libre au Québec », site explicitement homophobe, dans lequel Onfray puise ses perles herméneutiques selon lesquelles Money « défendait la pédophilie et stigmatisait l’hétérosexualité comme une convention à déconstruire ».

Il est étonnant que, pour s’exprimer sur le genre, Onfray choisisse de plagier des sites de catholiques intégristes. Ces bonnes sources de droite ne l’ont pas informé que l’histoire de Reimer est l’un des cas les plus commentés et critiqués par les études du genre et queer. S’il avait lu Butler, il saurait qu’elle consacre à l’analyse de l’histoire de Reimer un chapitre de son livre de 2004, Défaire le genre. Elle critique aussi bien l’usage normatif d’une théorie constructiviste du genre qui permet à Money de décider qu’un enfant sans pénis doit être éduqué comme une fille, que les théories naturalistes de la différence sexuelle défendues par Diamond, selon lesquelles l’anatomie et la génétique doivent définir le genre.

Contrairement à ce qu’imagine Onfray, Money n’avait rien d’un transgresseur du genre, et Diamond n’était pas un héros de l’authenticité du sexe : ils partageaient une vision normative de la différence sexuelle. Selon eux, il ne peut y avoir que deux sexes (et deux genres) et il est nécessaire de reconduire le corps des personnes intersexuelles et transsexuelles vers l’un ou l’autre sexe, genre. Judith Butler, avec les associations intersexuelles, fut une des premières à articuler une critique des usages normatifs des notions cliniques du genre et de la différence sexuelle. Money, affirme Butler, « impose la malléabilité du genre violemment » et Diamond « induit la naturalité du sexe artificiellement ».

Le traitement brutal imposé à Reimer fut le même que celui réservé aux enfants intersexués : ces nouveau-nés, dont l’appareil génital ne peut être défini comme masculin ou féminin, sont soumis à des opérations chirurgicales de ré-assignation sexuelle. L’objectif reste le même : produire la différence sexuelle — quand bien même ce serait à travers la mutilation génitale. Pourquoi les anti-genre se scandalisent du sort réservé à Reimer mais n’ont jamais haussé la voix pour demander l’interdiction des chirurgies de mutilation génitale des enfants intersexuels ?

Les représentations biologiques et les codes culturels permettant la reconnaissance du corps humain en tant que féminin ou masculin appartiennent à un régime de vérité historiquement donné dont le caractère normatif doit pouvoir être interrogé. Notre conception du corps et de la différence sexuelle dépend de ce que nous pourrions appeler, avec Thomas Kuhn, un paradigme scientifico-culturel. Mais, comme tout paradigme, il est susceptible d’être remplacé par un autre.

Le paradigme de la différence sexuelle qui fonctionnait en Occident depuis le XVIIIe siècle entre en crise dans la deuxième partie du XXe siècle, avec le développement de l’analyse chromosomique et des données génétiques. Un enfant sur 2 000 naît avec des organes génitaux considérés comme ni masculins ni féminins. Ils ont le droit d’être des garçons sans pénis, des filles sans utérus, et même de n’être ni fille ni garçon. Ce que montre bien le cas dramatique de Reimer, ce sont les efforts des médecins pour sauver le paradigme de la différence sexuelle coûte que coûte. Nous ne voulons plus ni du genre avec Money ni de la différence sexuelle avec Diamond. Voici notre situation épistémologique : nous avons besoin d’un nouveau modèle d’intelligibilité plus ouvert, moins hiérarchique. Nous avons besoin d’une révolution dans le paradigme de représentation du corps semblable à celle que Copernic a initié dans le système de représentation planétaire. Face aux nouveaux Ptolémée, nous sommes les athées du système sexe, genre.

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[1] Par respect pour la vie privée des parents adoptant, seuls les prénoms sont mentionnés.

[2] Note de C. G. : Il faut rappeler ici que Michel Onfray a toujours affirmé son soutien indéfectible à Otto Mühl, jadis figure de l’actionnisme viennois, puis gourou d’une secte dans laquelle il s’attribuait un « droit de cuissage » sur les jeunes filles pubères, ce qui lui a valu d’être condamnée pour viols sur mineures.

[3] Publiée sur son blog mo.michelonfray.fr et reprise par Le Point du 6 mars.

MAGASIN (2010)

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Techn. fin XIXe. Magasin d’une arme à feu à répétition (fusil, revolver) : partie de l’arme recevant l’approvisionnement en cartouches. Mettre un chargeur dans le magasin.

Le Petit Robert

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Corporence

« Fusion des mots corps et apparence ou dérivé de corpulence, le terme se trouve dans Les Épreuves d’amour (extrait des Étrennes de la Saint-Jean, 1787), texte attribué au comte de Caylus, publié in Histoire de Guillaume, cocher, Zulma, 1993. Caylus l’orthographie corporance. »

« De faible pertinence scientifique et d’un usage social suspect, l’IMC [Indice de masse corporelle] mérite plutôt d’être rebaptisé “Indice marchand de corporence”. »

Guillon Claude, Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps, Éditions H&O, 2008, p. 75.

 

Gynécidaire. (Tentation gynécidaire)

« Crimes d’honneur », vitriolages, assassinats conjugaux, avortement des fœtus de sexe féminin, infanticide des filles, ces comportements dessinent une tendance des sociétés de domination masculines.

« Ce qui semble rester de rationalité dans le fémicide individuel, c’est que soit le meurtrier n’a de toute façon pas accès aux corps des femmes et il se venge, soit il compensera à son bénéfice personnel le “déficit” qu’il a provoqué, en remplaçant telle femme par d’autres (épousées, achetées, violées). On constate que ce système machiste et hétéronormé conduit, par la multiplication de gestes individuels, à une “politique tacite” de nature gynécidaire. Comme le capitalisme met en péril la survie même de la planète, théâtre indispensable de sa pérennité, le machisme — religieux ou laïque, arriéré ou intégré dans les sociétés modernes —, détruit la moitié de l’humanité. De ce point de vue, le fémicide est un symptôme de la tentation gynécidaire présente dans les systèmes de domination masculine. »

Guillon Claude, Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps, Éditions H&O, 2008, p. 217.

 

Impayable

Exemple : L’Impayable Alain Minc.

« Propres à susciter l’hilarité, les Impayables n’ont pourtant pas de si grands talents qu’on renonce à les rémunérer. Ils le sont presque toujours grassement, et souvent sur les deniers publics. »

Guillon Claude, Économie de la misère, La Digitale, 1999, p. 13

 

Postalinien

Exemple : Le postalinien Jack Ralite.

« Le postalinien, contraction douloureuse du préfixe post et du qualificatif stalinien, n’a plus ni la couleur ni la carte du stalinien, mais il en assume le rôle historique : nuire à la révolution par tous les moyens. Les postaliniens (Cassen, Tartakowsky) jouent un rôle moteur dans la direction d’Attac. »

Guillon Claude, « Tromperie sur la marchandise. Contre Attac », Oiseau-tempête, été 2001, pp. 5-9.

« Le postalinien, contraction du préfixe post et du qualificatif stalinien, n’a pas toujours la carte du parti (même si, le plus souvent, il en vient), mais il en assume le rôle historique : saboter le projet révolutionnaire par tous les moyens. »

Guillon Claude, Le Droit à la mort. Suicide, mode d’emploi, ses lecteurs et ses juges, IMHO, 2010, p. 97.

 

Reellité

Reellité, « contrat rendu réel », XIVe siècle, du bas latin realitas (Le Robert). C’est l’origine du mot réalité.

« La reellité du monde est aujourd’hui ratifiée via les médias, qui sont aussi des moyens de gouverner. Le bon sens (des réalités) moderne est donc par nature cybernétique*, et le contrat social télévisé. »

*Cybernétique, du grec kubernêtikê, via l’anglais cybernetics, « science du gouvernement ».

Guillon Claude , Dommages de guerre [Paris-pristina-Belgrade-1999], L’Insomniaque, 2000, p. 75.

CONTRACEPTION ET AVORTEMENT : LES PARADOXES DE LA LIBERTÉ (2010)

Capture d’écran 2014-11-11 à 11.34.13En octobre 2009, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), publiait un rapport intitulé Évaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées et de prise en charge des interruptions volontaires de grossesse suite à la loi du 4 juillet 2001 [1], remis à la ministre de la Santé début février 2010.

Ce document, d’ailleurs remarquable, donne l’occasion de mettre à jour ses informations sur la loi et les comportements — notamment concernant les mineures — et aussi de s’interroger sur les limites de la vision étatique des rapports sociaux de sexe et des comportements féminins par rapport à la procréation. Vision qui s’annonce dès la première phrase de la synthèse : « Les questions relatives à la santé sexuelle et reproductive constituent un enjeu essentiel de santé publique (en gras dans l’original). »

Si elle est critiquable, il est néanmoins bon de garder présent à l’esprit le non-dit laïque et rationaliste de cette formulation : la « sexualité » est une composante de la santé (et non une manœuvre du Diable dont il faut se garantir) ; la santé sexuelle est un enjeu de santé publique (et non un problème moral à confier aux gens d’Église). Il s’agit d’une bonne illustration de la laïcisation de ces questions et du transfert de capacités de contrôle des prêtres aux médecins.

Le principal constat du rapport est le caractère paradoxal de la situation française. Paradoxe dont je discuterai la validité, ce qui n’entre pas complètement en contradiction avec le rapport, qui lui-même en atténue la portée.

En quoi y a-t-il paradoxe selon les rapporteuses ?

« La diffusion massive de la contraception n’a pas fait diminuer le nombre des IVG, qui se maintient aux environs de 200 000 par an » (p. 3)

Pour autant qu’il soit pertinent de comparer des statistiques dont la fiabilité n’est pas toujours établie, on estime que la France se situe, avec la Suède et le Royaume Uni parmi les sept pays européens ayant les taux de recours à l’IVG les plus élevés. (p. 59)

L’indication est pourtant précieuse, au moins en ce qui concerne la Suède et le Royaume Uni, ce dernier pays ayant précédé la France dans l’information sur la contraception et la libéralisation de l’avortement. On s’en souviendra au moment d’évaluer la marge de manœuvre offerte par une éventuelle « meilleure information ».

« 72% des IVG sont réalisées sur des femmes qui étaient sous contraception, et dans 42% des cas, cette contraception reposait sur une méthode médicale, théoriquement très efficace (pilule ou stérilet. » (p. 4)

« Moins de 5% des femmes déclarent ne pas utiliser de contraception alors qu’elles ont une activité sexuelle et ne souhaitent pas être enceintes. […]

[On note] une prédominance très nette de la contraception hormonale orale (pilule) laquelle représente près de 60% de la couverture contraceptive, situation sans équivalent à l’étranger. […]

[Néanmoins] 1 grossesse sur 3 n’est pas prévue [Je souligne. CG] ; dans 60% des cas, elle sera volontairement interrompue. » (p. 33) Lire la suite