“Partiellement nuageux” ~ Antoine Choplin

En général, j’évite de parler ici de littérature, ou alors par des voies détournées (l’engagement de l’auteur). Je ne suis pas certain de savoir faire. L’inconvénient est que je néglige, du coup, de simplement signaler des livres que j’aime comme le premier blogueur venu.

Il y a peu d’auteurs dont je suis (à peu près régulièrement) la production. D’avantage d’autrices: Lola Lafon, Jeanne Benameur, Michèle Lesbre, Bérengère Cournut, Yoko Ogawa. Chez les auteurs, francophones et vivants de surcroît, Antoine Choplin est une exception.

Je viens de lire Partiellement nuageux, livre publié en 2019, comme beaucoup d’autres du même auteur, dans une maison que j’aime beaucoup: La fosse aux ours (Lyon). Je me souviens d’avoir rencontré l’éditeur dans le fracas malodorant du Salon du livre de Paris, il y a bon nombre d’années. J’en garde le souvenir frais d’une visite à un artisan: cordonnier ou luthier.

Antoine Choplin fait partie de ces auteurs qui vous entraînent avec très peu de moyens, je veux dire d’effets. Une page, trois pages, et puis ça marche – je dis bien «ça marche» et non «ça fonctionne», comme n’importe quel brocanteur vous rappellera niaisement qu’il est est correct de dire quand vous lui aurez demandé si ce vieux poste à galène «marche». Ça marche, c’est-à-dire que vous vous apercevez soudain que vous marchez au côté de l’auteur; vous lui avez emboîté le pas sans vous en apercevoir. C’est la même sensation éprouvée dans la conversation avec un·e ami·e: spontanément, on a réglé son pas sur celui de l’autre.

«Depuis le milieu de la matinée, je marchais en boucle autour du Palais de la Moneda.»

Le personnage, dont je vous laisse découvrir le prénom (qui ne doit rien au hasard, je pense) marche beaucoup, dans les villes et dans la nature. Il parvient à entraîner, mais avec très peu d’«effets» aussi, une jeune femme dans ses longues promenades. Il est balourd, elle est gracieuse. Ils croient d’abord entretenir le même rapport avec la mémoire de la dictature, mais ce qu’ils ont en commun, c’est la souffrance. La jeune femme se prénomme Ema, que j’entends: «Aima». Est-ce que l’amour peut se re·vivre quand même au présent?  Dans un espace-texte où le temps n’est que «partiellement nuageux», c’est probable, non?

Vous verrez, en ces jours pétrifiés, un peu de marche vous fera le plus grand bien.

 

Statut de l’ouvrage: acheté en librairie.

SOUFFLER SUR LES BRAISES ~ depuis Caen-la-rebelle

« Dans les rues conquises, les gens se sentent heureux. On y danse, on y chante, on y partage des idées, des repas, des sourires. »

Lettre d’un camarade chilien

 

Une nouvelle offensive des classes dirigeantes a lieu en ce moment même, tant au niveau des retraites que du chômage, après une énième vague de lois renforçant la répression. Cette réforme des retraites vise clairement à faire durer toujours plus l’exploitation qu’est le travail et à réduire les pensions. Quant à la réforme du chômage, elle vient renforcer le flicage des chômeuses et chômeurs et réduire la durée et le montant des allocations, visant à élargir toujours plus le réservoir de main d’œuvre servile.

Auto-organisation de nos luttes

Si une énième intersyndicale se met en place, il ne faut pas être dupe de ce qu’elles cherchera à reproduire, consciemment ou non : le pouvoir des bureaucrates et aucun changement en profondeur – sous une version néanmoins un peu plus acceptable. La précédente lutte contre la réforme des retraites en 2010 en fut un exemple, où l’inter-syndicale organisait des simulacres de blocage économique négociés avec la Pref. Prévenus à l’avance par nos sympathiques bureaucrates syndicaux, les patrons faisaient évidemment partir les marchandises avant le blocage.

Que le mouvement des gilets jaunes ait favorisé l’auto-organisation n’empêcha malheureusement pas à Caen certaines commissions de s’approprier les espaces de décision quitte à s’asseoir sur celles prises collectivement lors d’assemblée. Les contours dessinés par la démocratie directe ne suffisent pas à réduire de manière significative les prises de pouvoir de celles et ceux qui savent s’y adapter avec souplesse.

Si l’union fait la force, l’unité paralyse. Nous sommes d’autant plus forts et fortes que nous sommes différent-es, imprévisibles et impossibles à ranger dans des cases. Nous appelons de notre coté à multiplier les espaces

d’auto-organisation, afin de rester maître-ses de nos initiatives et de nos objectifs, au plus près de nos réalités. Si leur prolifération est essentielle pour que s’exprime la diversité des aspiration de révoltes, il semble aussi important que puissent exister des espaces de coordination d’individu-es en lutte.

Multiplier les actions directes

Créer des caisse de grève pour mettre le plus de gens possible dans la rue, organiser de blocages économiques, multiplier les sabotages (par exemple les valves des camions-citernes étaient cassées pendant la précédente lutte contre une réforme des retraites pour contribuer à la pénurie d’essence), tenir la rue et détruire ce qui nous détruit… comme cela s’est déjà fait début janvier 2019 et comme peuvent nous l’inspirer les révoltes qui essaiment dans la monde, notamment au Chili. En quelques semaines, plus d’un tiers des supermarchés ont été pillés et incendiés ou saccagés, les stations de métro réservées à la bourgeoisie mises hors service, des bâtiments publics, des commissariats, des péages autoroutiers, des banques, des locaux de parti, etc. ont été attaqués. Même les antennes téléphoniques ont été prises pour cible afin de couper les communications du pouvoir. Quelques hackeurs bien inspirés ont diffusé les données personnelles des gendarmes locaux. La révolte chilienne a commencé à détruire des pans de leur monde d’exploitation et d’oppression, et rappelle que cette lutte est globale et peut se passer de leaders et de représentant-es.

Nous appelons ainsi à un

Comité d’action sur le chômage et la précarité,
vendredi 6 novembre à 18h à la Pétroleuse
(163 cours Caffarelli, presqu’île de Caen,
près des dépôts pétroliers)

Des révolté·e·s