France-Culture, merci de «grand remplacer» au plus vite Alain Finkielkraut…

Alain Finkielkraut – soi-disant philosophe dont la spécialité est d’aller se plaindre dans tous les médias que personne ne l’écoute – est, entre autres, animateur d’une émission sur la chaîne publique de radio France-Culture, le samedi matin. Il y a récemment invité son ami, l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus, Cassandre petit-bras de la civilisation blanche menacée d’un «grand remplacement» par l’immigration.

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C’est sous le prétexte que ce pseudo-concept est évoqué par tout le monde sans que son «inventeur» soit jamais entendu, que Finkielkraut a offert une tribune à son ami Camus.

Prétexte dont il vient d’avouer la fausseté en endossant à son tour l’idée d’un grand remplacement, qui lui semble plus exactement décrit par l’expression «remplacisme global»!

Réjouissons-nous que l’auteur de ce lamentable néologisme pointe désormais à l’Académie, pour y défendre la langue française contre le point médian et l’écriture inclusive…

Dans une émission consultable ci-après (RCJ:Causeur), Finkielkraut évoque donc le «remplacisme global, dénoncé à juste titre par Renaud Camus».

Il dira aussi que son ami d’extrême droite développe une «lecture du monde contemporain d’une grande acuité et justesse».

Cependant, Finkielkraut, qui soutient donc Camus sur l’essentiel, estime que ce dernier devrait être plus attentif à ses amicales remontrances. Camus a ainsi eu tort de comparer le génocide perpétré par les nazis et le grand remplacement, en estimant – en substance – que le premier fait «petit bras» à côté du second…

Renaud Camus est entré dans un délire où il s’enferme, se lamente Alain, l’ami fidèle. Et de récuser l’usage de la barbarie nazie comme étalon de comparaison historique.

Tous les délirants ont ainsi leurs moments de lucidité…

Or, à la mi-avril 2016, après s’être fait expulser – logiquement et légitimement – de Nuit debout, à Paris, Finkielkraut déclarait à chaud: «On a voulu purifier la place de la République de ma présence. J’ai subi cette purification, avec mon épouse».

Après avoir copieusement traité de «fascistes» celles et ceux qui le raccompagnaient hors de l’espace libéré par Nuit debout (dont ont été également jetés manu militari plusieurs militants d’extrême droite), l’allusion était claire.

L’évincé déclarait encore sur BFM (25 avril): «En guise de refondation de la démocratie, ce que l’on voit, sur une échelle j’en conviens minuscule, c’est l’invention ou la réinvention du totalitarisme».

Rien que ça!

On comprend que la grille d’appréciation n’est pas la même, selon qu’elle s’applique à son ami Renaud Camus ou à lui-même.

Autrement dit: l’étalon de mesure n’est en effet pas le génocide ou l’hitlérisme, c’est… Alain Finkielkraut.

Ceux qui sont ses amis ne sauraient être antisémites – quelles que soient les ordures antisémites qu’ils propagent – ceux qui le détestent sont des totalitaires fascistes. CQFD.

Qu’un pseudo intellectuel de cette trempe, assez perturbé mentalement pour juger bénin que l’on décompte les noms juifs des animateurs de France Culture, comme le fait Camus et comme lui-même recense les footballeurs noirs de peau dans l’équipe de France, et qui aujourd’hui se fait le pourfendeur d’un fantasmagorique «remplacisme global», trouve une tribune régulière sur une chaîne de radio publique est un signe inquiétant de la confusion de notre époque.

Cette confusion ne peut être discutée, débattue dans d’aimables agoras, que l’évincé ajouterait volontiers à ses médias habituels.

Elle doit être combattue, par la pensée critique certes, et tous ses moyens de diffusion – et lorsque c’est nécessaire, dans la rue, à coups de lattes.

Caricaturer n’est pas toujours penser

La «une» de Charlie Hebdo moquant le théologien Tariq Ramadan prouve – c’est la énième fois! – que caricature et turgescence ne suffisent pas à produire une pensée critique mordicante, qui attaquerait l’idéologie dominante dans ses parties sensibles.

Comme au moment de «l’affaire DSK», l’hebdomadaire satirique cède à la facilité salace de la gauloiserie (censée être une spécialité nationale, donc).

Que voyons-nous?

Un Ramadan ithyphallique revendiquant son sexe à l’érection monumentale comme le «6e pilier de l’islam». Le cartouche rouge («VIOL») et le titre en haut à gauche de l’image indiquent bien le contexte: c’est la défense, plaisamment supposée, de M. Ramadan, accusé de viol et autres violences sexuelles par plusieurs femmes.

On comprend que le dessinateur a voulu fustiger la double morale du théologien, proposant d’une part un «moratoire» des lapidations de femmes aux mœurs jugées douteuses et, d’autre part, pratiquant pour sa satisfaction personnelle la domination sexuelle la plus violente.

La cible paraît légitime, mais qu’en est-il du trait?

Il associe viol et harcèlement à une complexion génitale particulière et/ou à des «besoins sexuels» démesurés. C’est à la fois faux et dommageable.

La première hypothèse rejoint fâcheusement une vision paranoïaque raciste des mâles arabes et des noirs comme étant dotés de sexe surdimensionnés et, du fait d’une «animalité» consubstantielle à un retard de civilisation, d’une libido supérieure.

Je ne vois pas l’intérêt de véhiculer, pour un sourire dans le meilleur des cas, des stéréotypes de cet ordre et d’apporter ainsi du grain à moudre à la nuisible, antiféministe et antisémite Houria Bouteldja.

La seconde brode sur le mensonge des «besoins sexuels», déjà dénoncés ici comme un «mythe au masculin». Lequel mensonge a été repris ces dernières semaines, certes sur le mode de la déploration, à propos des campagnes contre le harcèlement sexuel visant les femmes.

L’écrivaine Nancy Houston, souvent mieux inspirée, estime (Le Monde, 29 oct. 2017) que l’image publicitaire de la femme comme objet sexuel a réveillé des «instincts», que la religion parvenait jadis à inhiber. Tout le malentendu viendrait du fait que les «les hommes bandent» spontanément, devant des femmes qui n’ont pas l’expérience de ce troublant phénomène.

Trouble pour trouble, si j’en crois mes amies, il arrive que les femmes éprouvent une soudaine humidité vaginale, y compris en dehors d’un rapport érotique.

Par ailleurs, le «problème» n’est en aucune façon le fait de bander (ça n’est pas douloureux, merci de vous en inquiéter, Nancy!) mais : Cette érection me donne-t-elle des «droits»? Puis-je considérer légitimement qu’elle peut ou doit modifier mon comportement?

La réponse à la première question est évidemment NON, surtout s’il s’agit de «droits» sur quelqu’un d’autre, qui empiètent sur ses propres droits, sa propre liberté.

Même réponse à la deuxième question, avec la modération subsidiaire qu’un homme – ou une femme – peut légitimement soulager une tension génitale en se masturbant, à condition toutefois de ne pas imposer à un tiers la vision de cet acte (exhibition) ou la connaissance du lien établi arbitrairement et sans son accord entre sa personne et le geste amenant le soulagement (harcèlement textuel, etc.).

Dans le même numéro du Monde, un psychanalyste qui aurait gagné à demeurer inconnu, M. André Ciavaldini affirme: «La pulsionnalité sexuelle humaine ne connaît pas de limites [pas de période de rut], elle cherche encore et toujours à se satisfaire coûte que coûte». Après cela, qui cimente pseudo-scientifiquement la culture naturaliste et essentialiste du viol, on peut bien raconter n’importe quoi: Ça va être comme ça, comme dirait Mme Angot, pendant longtemps encore…

Obnubilé par le souci de cibler un personnage en effet bien antipathique et de pratiquer une antireligiosité de bon aloi, Charlie Hebdo renforce, sans y songer (c’est une critique, pas une excuse), des clichés sociobiologistes, misogynes et racistes. Que cette contre-productivité politique réveille une haine meurtrière n’y change rien!

Le caractère répugnant ou criminel des réactions suscitées par une erreur ne saurait exonérer son auteur de ses responsabilités.