Actualité[s] de “La Fabrique du musulman”, livre de Nedjib Sidi Moussa

 

La première « actualité » – et c’est la meilleure pour un livre – c’est que La Fabrique du musulman (Libertalia) repasse chez l’imprimeur pour un nouveau millier d’exemplaires.

 

 

 

Par ailleurs, les recensions se sont multipliées. Citons notamment celle parue dans le fanzine Spasme (n° 13, été 2017). Certains articles, dont la recension citée plus haut, sont d’ors et déjà en ligne sur le blog.

Il existe depuis peu une page Facebook.

Les lieux de diffusion près de chez vous sont ici.  Contact.

Spasme est aussi disponible par correspondance à prix libre, réglable par chèque à l’ordre de «Les peinturiers» à l’adresse : Les Chemins non tracés BP 84011 Avignon CEDEX 1.

 

La revue Humanisme (Grand Orient de France), a publié une longue recension du livre (dont je donne un extrait ci-après), sous la plume de Philippe Foussier, son plus haut responsable.

Mais au-delà même de la mouvance de l’ultra-gauche, on recense aussi des porosités dûment établies entre des courants religieux intégristes ou des organisations racialistes parmi les syndicats ou des formations de gauche comme le PCF ou le Parti de gauche ou des syndicats comme Solidaires. Les Verts ont aussi eu à connaitre quelques débats sur ce thème. La notion d’islamophobie – destinée à légitimer en France le retour d’un délit de blasphème aboli en 1791– rassemble bien au-delà de la mouvance anticapitaliste. On a ainsi vu la porte-parole du PS parader à la table d’honneur du diner de gala du CCIF en 2015, par exemple. Il faut observer que cette présence à une soirée à laquelle participait également

Houria Bouteldja, leader du Parti des indigènes de la République, avait soulevé une certaine réprobation dans les rangs du PS. Mais pas à son sommet.

Au-delà de ces anecdotes, néanmoins révélatrices, il est à craindre que ce mouvement enclenché dans les franges de l’ultra-gauche et libertaires et qui irriguent aussi des formations plus classiques n’ait pas encore déployé tous ses effets. Rien n’indique à ce jour qu’une évolution inverse se dessine. La « fabrique des musulmans » peut alors poursuivre son œuvre funeste : « Que ce processus d’intégration dans la séparation, foncièrement anticlassiste, soit accompagné par les États, les bourgeois, les religieux, cela n’est en rien surprenant. Mais que des révolutionnaires, des syndicalistes, des anticléricaux ne comprennent pas, ne voient pas ou ne veulent pas voir qu’ils s’associent à une entreprise potentiellement dévastatrice pour les combats progressistes d’aujourd’hui et de demain, cela est beaucoup plus sordide ». On ne saurait mieux dire.

Une autre recension sur le site de Théorie communiste.

Il est encore question du livre dans le bulletin irrégulier Négatif (reproduit sur ce blogue).

Pour toute correspondance écrire à Négatif c/o Échanges BP 241 75866 Paris CEDEX 18.

 

Et un écho supplémentaire dans Régénération, trimestriel aléatoire édité par l’association Germinal 30 rue Didot-75014 Paris. Contact.

 

 

Enfin, Nedjib Sidi Moussa a accordé un long entretien au magazine en ligne Vice « Les “Musulmans” sont-ils les nouveaux damnés de la Terre ? ».

 

«Le postmodernisme ne casse pas des briques», par Sandra C., dans “Négatif”

La nouvelle livraison du bulletin Négatif, bien connu de mes lectrices et abonné(e)s, vient de paraître.

Elle contient un long article de Sandra C., dont j’ai repris le titre ci-dessus. Ce texte, dont je donne un bref extrait, reprend et complète utilement et opportunément des problématiques déjà abordées sur ce blogue: lutte des classes, confusionnisme, pseudo «identités de race», etc.

On lira également dans ce n° 24 une nécrologie de Carlos Da Fonseca, récemment disparu, rédigée par Américo Nunes.

Bravo aux camarades de Négatif pour leur activité !

Divagations postcoloniales

Indissociables des mouvements parmi lesquels se sont affirmés les groupes précédemment cités, les études post-coloniales doivent beaucoup à la French theory et aux intellectuels qui se sont emparés de la question coloniale à partir des années 1950 (Césaire, Memmi, Fanon, Sartre…). Elles s’attachent depuis la révolte des banlieues françaises de 2005 à analyser la société au prisme de « l’héritage colonial » en attribuant l’essentiel des problèmes sociaux à une « fracture coloniale ». Elles affirment aussi qu’il existe une continuité entre les représentations de l’époque coloniale et celles de la période contemporaine, lesquelles, agissant tel un fil directeur, expliqueraient la persistance du racisme dans la société française d’aujourd’hui. Cependant, les représentations héritées du colonialisme ne peuvent seules être la cause du racisme : qu’en est-il des transformations économiques, de la restructuration du capitalisme et en conséquence des mutations de la classe ouvrière, dont les postcolonial studies ne disent mot ? La question du racisme et, par-delà, celle de l’identité se posaient dans des termes bien différents lors de la période de plein emploi quand la question de la classe prévalait sur les particularismes.

Au lieu de chercher à comprendre des phénomènes historiques et sociaux, les postcolonial studies s’enferment dans une posture dénonciatrice et n’ont pas d’autre but que la reconnaissance par l’État, la république, elle-même dénoncée pour avoir trahi ses valeurs. La pseudo-critique de la république par les postcolonial studies ne remet nullement en cause l’État ou le capitalisme, mais vise à réclamer plus d’égalité, de « justice » et de «dignité», notamment face aux violences policières qui, contrairement à ce qu’elles prétendent, ne sévissent pas seulement en banlieue et contre des personnes d’origine arabe ou africaine. Ainsi, estimant que la république ne devrait pas déroger à ses principes fondateurs d’égalité et de liberté, ils réclament auprès de l’État un nouveau contrat social basé sur une approche multiculturaliste de la société actuelle ou bien racialiste, comme le préconise entre autres le Parti des Indigènes de la République. Ce type de revendications semble aller à l’encontre d’un des grands principes de l’État républicain bourgeois, l’universalisme abstrait. Dans les faits, certains de ses partisans s’opposent farouchement aux demandes de reconnaissances communautaires, en proposant une conception complètement dépassée de la république, doublée d’un patriotisme qui ne fait qu’alimenter la montée identitaire qui sévit actuellement. Quant à l’universalisme que ces républicains entendent sauver, ce n’est plus aujourd’hui qu’une peau de chagrin. L’universalisme abstrait, porté par la bourgeoisie dès 1789, reposait sur le droit. Or, au fil du temps, l’évolution du capital l’a amenée à revoir largement à la baisse ses positions universelles pour concéder, depuis les années 1980, de plus en plus de droits à des groupes qui se vivent comme minoritaires.

D’autre part, la vision a-historique des faits amène les postcolonial studies à une relecture de l’histoire républicaine à l’aune de la colonisation, qui leur permet de passer à la trappe d’autres aspects rendant compte de la complexité et de l’évolution historique du projet républicain. Par exemple, son origine révolutionnaire a permis de jeter les bases de perspectives émancipatrices telles que le premier projet communiste de l’histoire. Des prolétaires pendant et après la Révolution française, des révolutionnaires radicaux comme les Enragés ou Babeuf se sont reconnus dans la république, bien que leur conception de celle-ci soit vite rentrée en conflit avec celle portée par la bourgeoisie, qui finira par triompher durablement à partir de la IIIe République. Ce rappel historique ne vise bien sûr en aucun cas à regretter un modèle républicain réprimé et vaincu par la bourgeoisie, mais de montrer comment il a pu pendant quelques décennies accompagner des luttes et constituer un premier pas vers des perspectives émancipatrices. Avec des limites toutefois, car dès ses origines, le mouvement républicain portait une contradiction qui n’allait pas sans conséquence : l’interclassisme.

Télécharger le n° 24 de Négatif.