L“ÉTAT D’URGENCE” CIRCULAIRE

Un bureaucrate nommé Robert GELLI, néanmoins affublé du titre poétique de «directeur des affaires criminelles et des grâces» — pourquoi pas «arbitre des élégances» aussi? — a pondu fin septembre dernier une circulaire qui rappelle à ses larbins en armes les latitudes et longitudes administratives par lesquelles il leur est loisible de nous épingler. C’est la Circulaire relative à la lutte contre les infractions commises à l’occasion des manifestations et autres mouvements collectifs NOR:JUSD1626163C.

Lisez ces pitoyables rodomontades, et vous apprendrez qu’un «attroupement» ne mérite pas les garanties constitutionnelles (et obsolètes) d’une «manifestation».

D’ailleurs pourquoi manifester dans une démocratie aussi satisfaisante que celle qui offre à notre gracieux directeur un emploi, et sans doute un véhicule de fonction, je vous le demande?

L’empilement toujours croissant de textes, parfois contradictoires, qui constitue le socle vaseux et mouvant de la terrorisation démocratique, exige de ces mises au point à destination des gens simples, qui servent l’État (d’urgence) avec zèle, certes, mais toute la modestie de leurs moyens intellectuels.

Ce qu’il y a de véritablement réconfortant dans la lecture de ces pensums (songez à ceux qui doivent en contrôler la bonne compréhension chez leurs subordonnés!) c’est qu’elle permet de se découvrir résolument coupable(s), et de mille manières, déjà et à jamais!

Merci donc à M. le directeur Gelli et à ses comparses, qui nous peignent le crime social de manière si gracieuse, et nous permettent de nous y reconnaître.

Il y a entre vous et nous, cher M. le directeur, une guerre — que vous n’êtes pas près de gagner.

De récentes manifestations ont été émaillées, en plusieurs points du territoire, de violences graves, notamment dirigées contre les forces de l’ordre, et de dégradations de biens privés ou publics. Ces débordements, qui sont le fait d’une minorité de personnes souvent très organisée, mobilisent fortement les services de police et les militaires de la gendarmerie dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre relevant de leurs missions de police administrative.

Ces comportements font également l’objet de procédures judiciaires dont la qualité ne permet pas toujours l’engagement de poursuites pénales satisfaisantes, compte tenu des difficultés engendrées par le traitement, dans l’urgence, de faits qui relèvent d’un phénomène de masse, et de l’articulation malaisée entre les opérations nécessaires de maintien de l’ordre et les impératifs d’efficacité judiciaire.

Ces difficultés rencontrées à l’occasion de manifestations sur la voie publique sont proches de celles constatées lors de violences urbaines ou dans le traitement des infractions commises par certains mouvements dits « zadistes ».

La présente circulaire vise à identifier ces mouvements collectifs et les infractions qu’ils sont susceptibles de générer (I), à améliorer les dispositifs de constatation des infractions (II) et à fixer des orientations de politique pénale (III). Elle évoque enfin la situation des fonctionnaires de police et des militaires de la gendarmerie, parfois mis en cause pour des violences commises lors des opérations de maintien de l’ordre ou des interpellations, mais également ciblés par certains individus ou mouvements contestataires et victimes à ce titre d’actes d’intimidation ou de représailles (IV). […]

Il suffit que l’un des moyens de la provocation énoncé par la loi ait été employé pour que l’infraction soit caractérisée. Les écrits affichés doivent l’être sur la voie publique ou dans un lieu public, ou distribués sous forme de tracts remis de la main à la main, déposés dans les boîtes aux lettres, envoyés par voie postale… Les « moyens de transmission de l’écrit, de la parole ou de l’image » visent les émissions de radio et de télévision, mais également l’utilisation d’internet, et notamment la mise en ligne d’informations sur un site ou dans un blog. [Je souligne. C. G.]

Économisez un temps précieux, remplissez d’avance votre «Fiche de mise à disposition»:

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Ci-contre, à télécharger, l’intégralité de la circulaire.

ZAD : VALLS SANS RETOUR ~ Depuis Notre-Dame-des-Landes, par le collectif Mauvaise Troupe

Alors que nous écrivons ces lignes, le bruit de l’hélicoptère tente de briser notre concentration. Il tourne, désormais quotidiennement, là-haut où les avions ne volent pas, répandant sa rumeur de guerre et de reconquête. César1 guette et cherche à impressionner. Parfois il se met légèrement sur le flanc, pour nous mieux observer. Est-il surpris par la ronde des tracteurs qui depuis quelques jours déposent des balles de foin aux carrefours ? Par ces comités de soutien qui viennent repérer les lieux les plus stratégiques où ériger leurs barricades ? Par les formations qui chaque fin de semaine regroupent plus de cent personnes venues se préparer aux expulsions annoncées ? Peut-être l’est-il davantage encore de tous ces gestes qui perdurent. Sylvie et Marcel qui soignent leur troupeau, les moissons du sarrasin, un fest-noz célébrant la récolte de patates, quatre-vingt charpentiers bâtissant l’ossature d’un gigantesque hangar ou une bibliothèque tout juste inaugurée. Son regard peut-il embrasser avec les 2000 hectares toute la richesse de la vie qui les peuplent ? Celle qu’il prétend détruire dans le mois à venir…

Les préparatifs d’une nouvelle opération d’occupation et de destruction du bocage à sept mois des élections présidentielles ont quelque chose d’irréel. Après un printemps de grèves, de blocages économiques, d’agitation de rue contre la loi travail, en plein état d’urgence, quel serait l’enjeu de transformer ce coin de campagne mais aussi la ville de Nantes en véritables poudrières ? Ce n’est certes pas seulement pour construire un aéroport de plus et ainsi honorer les « accords public-privé » avec la multinationale Vinci. S’il est vital pour les gouvernants d’écraser la zad, c’est qu’elle constitue une démonstration insolente d’une vie possible sans eux. Et d’une vie meilleure. À l’heure où la seule prise politique qui nous est proposée consiste à choisir, le nez bouché, le moins pire des affairistes en mesure de battre le FN (mais d’en appliquer le programme), le surgissement d’un territoire hors et contre le principe même de gouvernement leur est insupportable.

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Car ici, l’expression « zone de non droit », qu’ils voudraient effrayante, a pris une acception radicalement positive. Contrairement à ce qui a lieu dans les rues des villes « policées », à la zad, personne ne dort dehors et chacun mange à sa faim. De grands dortoirs accueillent les arrivants, un « non-marché » hebdomadaire propose les légumes, la farine, le lait, le pain et les fromages produits sur place, sans qu’un prix ne vienne en sanctionner la valeur. Dans les nombreuses infrastructures collectives, mais aussi dans les échanges ou les travaux collectifs, les relations se basent sur la confiance et la mise en commun, à l’envers des logiques ayant cours qui s’appuient sur le soupçon et l’individualisme. Ce que les cyniques de tous bords taxent d’utopie irréalisable est éprouvé dans les gestes et la matière. Même l’absence de police et de justice – les gendarmes ne fréquentant plus la zone depuis 2013 – n’a pas produit le chaos que d’aucuns auraient imaginé et souhaité. Les opposants à l’aéroport ont démontré qu’ils étaient capables de vivre ensemble sans aucune tutelle les surplombant.

Une communauté de lutte a donc patiemment vu le jour, nouant des liens tissés pour résister aux attaques comme au pourrissement. Tout ceci ne va pas sans heurts, évidemment, si déshabitués que nous sommes à décider nous-mêmes de nos devenirs. Nous réapprenons, nous apprenons, et rien n’est plus joyeux et passionnant que de se plonger dans cet inconnu.

C’est pour toutes ces raisons que la zad représente une véritable expérience révolutionnaire, de celles qui redessinent radicalement les lignes de conflit d’une époque. Le mouvement anti-aéroport s’étend aujourd’hui dans des pans de la société habituellement plus sensibles au chantage à l’emploi et à la crise qu’à la défense d’un bocage. Les salariés de Vinci, mais aussi de l’actuel aéroport, ont clairement exprimé, via leurs sections CGT, qu’ils rejoignaient la lutte et ne seraient jamais des « mercenaires ». De même, les lycéens et étudiants mobilisés au cours du mouvement contre la loi travail s’apprêtent à bloquer leurs établissements dès l’arrivée des troupes. Trop d’espoirs sont condensés ici pour que nous puissions être vaincus, il en va de notre avenir, de nos possibilités d’émancipation. Nombreux sont ceux qui le pressentent, se tenant prêts à transformer la bataille de Notre-Dame-des-Landes, si elle a lieu, en véritable soulèvement populaire, capable de rabattre l’arrogance d’un État qui pense pouvoir impunément casser les travailleurs, précariser la population, mutiler les manifestants, tuer Rémi Fraisse, Adama Traoré et tant d’autres, donner un blanc-seing à sa police et continuer allègrement sa chasse aux migrants.

Face à leurs fusils semi-létaux, face à leurs blindés à chenilles, nous aurons les armes séculaires de la résistance : nos corps, des pierres, des tracteurs et des bouteilles incendiaires, mais surtout notre incroyable solidarité. Peu importe que la partie soit inégale, elle l’était tout autant en 2012, quand après des semaines dans la boue, derrière les barricades, nous leurs avons finalement fait tourner les talons. Il y a quelques semaines déjà, alors que sous le hangar de la Vacherit l’assemblée du mouvement touchait à sa fin, un octogénaire se lève, un éclat de malice dans le regard et des cartons plein les bras.

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Il déballe fièrement les mille lance-pierres qu’il a fabriqués avec quelques complices pour projeter des glaçons de peinture. Tous rient, mais en essaient l’élastique. Car s’il faut à nouveau prendre les sentiers de la guerre pour défendre ce bocage, nous serons nombreux à le faire, ici, partout. C’est ce que nous avons affirmé ensemble une fois de plus lors de la grande manifestation du 8 octobre. Brandissant nos bâtons, nous avons scellé ce serment : nous défendrons ce bocage comme on défend sa peau ; policiers, soldats, politiciens, vous pouvez venir raser les maisons, abattre le bétail, détruire les haies et les forêts, ne vous y trompez pas : la fin de votre mandat ne suffirait pas à éteindre ce que vous embraseriez à Notre-Dame-des-Landes.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Collectif Mauvaise Troupe

12 octobre 2016

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Nota. Les illustrations sont de la rédaction de Lignes de force.

Appel au monde du livre à défendre la zad de Notre-Dame-des-Landes et sa bibliothèque

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Le gouvernement Valls avait annoncé que cet automne débuteraient les travaux de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et que pour ce faire tout ce qui y vit serait extirpé par la force. La saison avançant, la menace se fait pressante, et nous sommes plus que jamais déterminés à défendre le bocage et ses habitants, en empêchant que ne sorte de terre un ouvrage aussi inutile que nuisible. Une grande manifestation se tiendra donc sur les terres menacées de saccage les 8 et 9 octobre prochains.

Cela fait presque dix ans désormais que se joue en ces lieux une expérience unique, mêlant paysans refusant de quitter leurs fermes, locataires indéracinables désormais voisins – et bien plus encore – de toutes celles et ceux les ayant rejoints suite à l’appel des « Habitants qui résistent ». Ces quelques années ont vu se bâtir et grandir soixante lieux de vie à la place du béton et des vrombissements promis par l’État et la multinationale Vinci. Sur ces quelques 2000 hectares, c’est une véritable expérience révolutionnaire qui se construit, à l’envers des logiques de soupçon, de « sécurité », de normalisation et d’individualisme qui ont cours dans notre présent policé. Sa force se love dans son ouverture à ce qui l’entoure, dans les mille liens dont elle est tissée, qui dessinent aujourd’hui une géographie nouvelle à même de lézarder le meilleur des mondes qui nous est imposé. Au creux de cette époque enténébrée, la zad est une lueur qu’il nous incombe non seulement de maintenir, mais de nourrir afin que son feu continue de réchauffer nos espoirs. Alors que le danger approche, de nombreux lieux proposent donc d’organiser leur défense en montrant des pans de la vie que nous défendrons et continuerons d’enrichir ici, en invitant par exemple des meuniers au moulin, des fromagers dans la laiterie, etc. Et pour la bibliothèque, ce sont à des auteurs, éditeurs ou libraires que nous faisons appel afin de la sauver d’une destruction annoncée. L’idée que les livres soigneusement mis ici à la disposition de tous soient piétinés par des CRS, brûlés par des grenades ou définitivement enfouis sous les décombres du bâtiment nous est insupportable. Parce que ces livres sont le miroir d’un monde, nous vous lançons donc un appel à venir apporter un témoignage (filmé par nos soins) de votre opposition à la destruction du bocage et à la marchandisation de l’espace, tout autant que de votre attachement aux lieux de culture menacés. Un serment prononcé à la bibliothèque les 7, 8 et 9 octobre (ou quelque autre jour selon vos disponibilités), voici une des nombreuses manières de soutenir la résistance, de lui donner le souffle et l’écho à même de faire voyager nos voix réunies. Voici qui aviverait encore davantage notre détermination à opposer nos corps aux sans âmes qui de tout temps ont été hantés par cette volonté haïssable d’écraser ce qui nous grandit. Au milieu des fumées âcres, nous continuerons à voler le temps de lire, et si les yeux nous piquent, si les mots se brouillent, nous nous rappellerons, vous et nous côte à côte, qu’il faut à tout instant « juxtaposer à la fatalité la résistance à la fatalité ».

Durant les journées des 8 et 9 octobre, nous aurons un stand au point d’arrivée de la manifestation, et la bibliothèque sera ouverte toute la journée, afin que nous puissions nous y rencontrer.

L’équipe du Taslu, bibliothèque de la zad en construction (perpétuelle) letaslu@riseup.net

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PS : Vous trouverez une présentation détaillée de la bibliothèque à l’adresse suivante : http://zad.nadir.org/spip.php?rubrique85

PS : merci à tous les auteurs que nous avons paraphrasés ci-dessus de nous avoir laissé dérober leurs mots, dont nous avons fait récolte au gré de rayonnages qu’il s’agit désormais, et finalement comme toujours, de sauver des ravages enténébrés perpétrés par ceux-là mêmes qui prétendent nous éclairer. Toujours nous préférerons nos lueurs, nos repères éblouissants jetés dans l’inconcevable à leur lumière glacée.

Soutien au site Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours (IAATA)

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Un militant toulousain a été inculpé suite à la publication sur le site de contre-information Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours (IAATA) d’un récit d’une manifestation en soutien aux ZAD et contre les violences policières.

Par ailleurs, comme naguère Indymedia Paris, l’excellent Jura libertaire est l’objet de poursuites.

Il est logique que l’État tente de couper les moyens de communication et de contre-information autonomes. Il va de soi que Lignes de force apporte son soutien à ces médias et aux camarades victimes de mesures d’intimidation policière et judiciaire.

Vous pouvez lire le communiqué en plein écran et le télécharger sur le site Paris-luttes.info.

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VANDALISME BOURGEOIS À RENNES: LA PLACE St ANNE LIVRÉE AUX AFFAIRISTES

UNE PLACE POPULAIRE A DÉFENDRE !

Non au « Centre des Congrès d’Affaires » à Sainte-Anne !

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La place Saint-Anne est depuis longtemps le cœur de Rennes. Nous sommes nombreux à apprécier cet espace encore populaire dans un centre-ville qui l’est de moins en moins. Or nous constatons avec effarement l’avancée des travaux du « Centre des Congrès d’Affaires ». Ce projet aberrant, décidé sans que soit pris en compte l’avis de ceux qui font vivre cette place, s’avère être un gouffre financier aux conséquences sociales et écologiques inacceptables.

Gabegie financière, gaspillage énergétique et mépris de l’intérêt des riverains

Explosion du budget (plus de 106 millions d’euros soit plus du double de ce qui était prévu), associations d’insertion et syndicats rejetés en périphérie, arbres coupés, marché déplacé, ce qui reste de la place envahi par le stationnement sauvage, bruit, poussières… le projet de Palais des Congrès à l’emplacement du couvent des Jacobins, tourne au cauchemar pour les riverains! Mais  la lecture du compte-rendu de la commission d’enquête * laisse à penser que nous ne sommes pas au bout de nos peines : ainsi le bâtiment sera très mal isolé (classé D !) ce qui entraînera l’installation de trois centrales gaz pour le chauffer et ceci en dépit des problèmes d’impact sur la santé ! L’immense zone parking réalisée après la destruction d’un splendide site archéologique drainera des centaines de voitures ou de cars et aggravera encore la pollution dans le centre et en particulier à proximité de deux écoles !

Quand la collectivité finance des dirigeants d’entreprise en goguette

La commission exprime aussi des réserves sur le fond : « Est-il raisonnable de mettre autant d’argent public dans un projet d’équipement qui doit initialement être mis au profit de manifestations privées ? » Et elle ajoute, pour tenter d’expliquer le flop de l’enquête publique : « C’est peut-être aussi une des raisons du désintérêt des Rennais pour l’enquête publique, car ils n’ont pas le sentiment que cet équipement est réalisé à leur profit ».

On sait maintenant la forme juridique que prendra cette aventure : un service « public » local (S.P.L.) …c’est-à-dire un organisme à financement public mis au service d’intérêts privés ! La commission évoque aussi les déficits quasi systématiques des Palais des Congrès : après avoir payé un équipement qui ne profitera pas au plus grand nombre, les Rennais devront, chaque année, éponger les déficits creusés par les cadres dirigeants d’entreprise et autres congressistes en goguette… Décidément, rien n’est trop beau pour les managers, les banquiers et pour Vinci, la multinationale si chère… au P.S, et qui a été préférée à un entrepreneur local pour la réalisation des travaux !

La fin programmée d’un quartier populaire

Le projet pharaonique de Palais des Congrès s’inscrit dans une logique d’ensemble de travaux engagés par la Ville qui est claire : il s’agit de transformer une place populaire en rendez-vous chic et cher tourné vers le « tourisme d’affaires ». La flambée à venir du prix des loyers, la spéculation déjà en cours sur le foncier, la montée inexorable du prix des surfaces commerciales et donc du prix des consommations, l’installation rapide de franchises commerciales, la construction d’un Palace dans l’hôtel Saint Georges, l’arrêt des concerts salle de la cité, etc. auront pour effet d’éloigner le peuple de Sainte-Anne du dernier quartier populaire du centre-ville de Rennes.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Le comité Place à défendre !

Nous sommes sur la place les samedis matin pour faire signer la pétition à partir de 11h/11h30
Et les réunions sont le mercredi à 18h30 à la Bernique Hurlante rue de St Malo.
Au plaisir de vous y retrouver!
Pour nous joindre : placepop35@gmail.com

Page Facebook du comité.

Dossier sur Alter1fo.com.

LETTRE D’OCCUPANT-E-S DE NOTRE-DAME-DES-LANDES À LEURS SOUTIENS (décembre 2013)

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hers comités, nous étions un certain nombre à ressentir le besoin de vous écrire depuis le mouvement d’occupation sur la ZAD. Il y a quelques mois, dans une atmosphère de répit, porté-e-s néanmoins par la force de la solidarité combative de l’automne dernier, beaucoup d’entre nous commencions à entrevoir la possibilité d’un abandon du projet d’aéroport. Nous voulions même imaginer ce que pourrait être dans ce cas l’avenir de la zone en termes sociaux, agricoles, politiques. Si ces réflexions étaient alors cruciales et nous ont aidé-e-s à donner un nouveau souffle à la lutte et un surplus de sens au mouvement, nous sentons aujourd’hui comme un regain de tension. Lire la suite

LA FOLLE JOURNÉE DU 22 MAI (2014), à Nantes

Texte collectif anonyme, à propos de la manifestation du 22 février 2014 à Nantes, et de la lutte contre le projet d’aéroport à N-D-D-L (et son monde), que j’ai contribué à faire circuler. Important à republier à l’heure ou M. Valls bombe le torse et affirme bien haut une conclusion inverse de celle à laquelle arrivent les signataires : « L’aéroport ne se fera pas ! »

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Nous sommes des voix anonymes de cette manifestation. Nous n’accepterons pas que les mots pré mâchés des médias nous volent la mémoire de cette journée. Nous ne succomberons pas aux pressions et aux mensonges de politiciens qui veulent juste nous diviser et rêvent de nous voir disparaître. A nous d’écrire notre histoire. Voici une collecte de récits et ressentis de cette journée. On vous appelle à les diffuser et à faire de même.

La manifestation commence pour certain dès 7h du matin par des convois de tracteurs qui arrivent par les voies rapides ou les départementales. Le cortège parti de Vannes compte 150 tracteurs, celui de Rennes pas moins de 80. Ceux qui sont partis de là-bas invitent ceux qui les croisent en sens inverse sur la 4 voies à écouter radio bouchon, une radio pirate qui diffuse des émissions sur l’histoire des luttes paysannes. Tous les paysans ont mis la plaque d’immatriculation de Jean marc Ayrault sur leur véhicule. Depuis la zad, pas mal de gens sont partis avec les tracteurs. Dans les villages, au passage des convois, de nombreux riverains sont sur le pas de leur porte et applaudissent.

Au final, 5 convois se rejoignent sur le périph’ nantais et viennent se positionner directement square Davier, au point d’arrivée de la manifestation. On dénombre 520 tracteurs, l’équivalent d’un cortège de 3,5km, on va dire 4 avec les remorques. On peut lire sur pas mal d’entre eux « tracteurs vigilants », le signe qu’ils sont prêt à venir sur la zad ou à entrer en action à coté de chez eux en cas de besoin, pour empêcher des travaux, défendre les champs et les maisons. Une trentaine de tracteurs rejoint le Pont Morand point de départ de la manifestation. Là-bas, dès 12h des cantines collectives accueillent les comités locaux arrivés de partout dans une soixantaines de bus. Pas mal de monde est logé chez des Nantais-e-s ou dans les villages alentours. Dès la veille, le local de Vinci était déjà recouvert d’une inscription et on voyait des personnes arpenter les rues de la ville avec des sac à dos et panneaux pour la manifestation. Lire la suite

ÉLOGE DE LA ZAD, par des zadophiles de Nantes, Grenoble, Carcassonne…

Encore un texte intéressant à propos (ou à partir) de Sivens et Notre-Dame-des-Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17Landes — un tract cette fois —, arrivé de « boîte mail » en « boîte mail » jusqu’à mon ordinateur. Je me fais un plaisir de lui offrir ma modeste hospitalité.

Je me suis permis de modifier la mise en page (de la citation d’un autre texte), pour l’adapter à celle de mon blogue. J’écourte aussi la signature pour en faire un sous-titre (elle est complète en bas du texte).

Il va de soi — je réponds ici à une critique que j’ai entendue à propos de la notion de « ZAD » —, que face au capitalisme mondialisée et à sa capacité de destruction, de contrôle et de modification du vivant, c’est la terre entière qui est une « zone à défendre » (sans parler de nos corps, autant de « champs de bataille »). Cependant, d’un point de vue stratégique, la délimitation provisoire — et l’occupation offensive — d’une ZAD dans une zone particulièrement menacée par un projet nuisible (aéroport, barrage, TGV, camp militaire ou de vacances, etc.) est tout à fait pertinente et féconde. Ce n’est ni une panacée ni le seul moyen de lutte, mais c’en est un, dont les rédactrices et rédacteurs du tract ci-dessous soulignent justement l’intérêt.

Note domestique : J’ajoute la mention « INÉDIT », pour signaler qu’il ne s’agit pas là de l’un des textes que je déménage (par centaines) depuis mon ancien site.

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Maintenant que s’éteignent les diverses versions qui voulaient couvrir les raisons du meurtre de Rémi F. par l’État — de l’élaboration du mentir-vrai qui tient lieu de discours officiel à la dissolution des responsabilités par gradation hiérarchique, j’ai obéi, j’ai donné l’ordre d’obéir, on ne doit pas mettre en cause la volonté d’obéir — on ne peut pas s’arrêter à demander, même fermement, des démissions, une police mieux faite, etc.

Ce qui a été visé dans la nuit de Sivens, c’est le scandale que représente l’existence même des ZAD et leur possible dissémination. Les ZAD et leurs partisans ne veulent pas uniquement empêcher un aménagement mais y substituer autre chose et c’est l’audace de ce programme, aussi rudimentaire soit-il, qui commence à perturber les partisans du nihilisme de la croissance. Une ZAD est un territoire où des êtres décident de se passer des institutions pour construire leurs vies. Elle se constitue comme « zone à défendre », mais ses perspectives et sa raison d’être sont en réalité offensives car elle est aussi le lieu pour une opposition résolue au grand saccage de l’aménagement, où peut s’expérimenter des relations humaines hors du cash, de la hiérarchie, de l’utilitarisme économique (écologique), en bref de l’unique pensée des obsessionnels du développement ; le lieu où tente de s’élaborer une utopie à portée de lutte.

« Pour donner corps aux communaux, une assemblée saisonnière ne suffira donc pas, il s’agit de faire communauté. Si nous voulons parvenir à faire coexister les différents usages du territoire, les différents rapports au monde qui se déploient dans ce bocage, il nous faut créer des coutumes, des rites, des solidarités et des habitudes communes. Multiplier les moments de travail en commun, densifier les échanges et les solidarités, les dons et contre-dons qui font l’épaisseur de nos liens. Il faut pour cela construire d’autres espaces, expérimenter d’autres outils, d’autres pratiques, d’autres formes que les assemblées, même si ces dernières sont indispensables par ailleurs. Il nous faut approfondir les rencontres, les passerelles entre les mondes, et les amitiés improbables nées de cette lutte. » (De la ZAD aux communaux ? Quelques pistes à explorer pour aller plus loin…, texte circulant à Notre-Dame-des-Landes).

Sans conteste, ce genre d’idéal pratiqué et érigé en plate-forme commune pourrait cristalliser et fédérer bien des refus, des dégoûts que suscite cette société. Pour en revenir au barrage de Sivens, la mise en commun des 184 retenues d’eau privées, totalisant trois fois la capacité du barrage, accélérerait le démantèlement nécessaire du totalitarisme industriel.

La possibilité d’une multiplication des ZAD est un véritable cauchemar pour la domination et c’est pour cela qu’elle commence à mobiliser ses troupes citoyennes. A Albi la FNSEA organise une manifestation pro­barrage et dénonce les zadistes comme « djihadistes verts » ; à Nantes le lobby du BTP et son émanation associative défilent pour un démarrage immédiat du chantier accusant l’ACIPA et les Verts « d’être la vitrine légale d’un mouvement armé » (sous-entendu les zadistes) ; à Grenoble les milieux économiques coalisés sous l’égide de la Chambre de commerce et d’industrie font passer en force le tourisme sous bulle de verre dans la forêt des Chambarans ; à Carcassonne les productivistes agricoles laissent derrière eux une banderole sur laquelle est écrit « Mort aux loups et aux écolos (les écolos en premier) ».

Nul doute qu’avec le temps ils progresseront, appuyés par tous les représentants de la machine à gouverner, vers une définition plus exacte de ceux qui réellement dérangent. — Nous aussi.

Des zadophiles non fanatiques de Nantes, Grenoble, de Carcassonne, et d’ailleurs

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  deszadophiles@laposte.net

Occupations [vaquez à ses — ]

Je reproduis ci-dessous le n° 1 du Lien, «feuille de choux du Mirail* en mouvement»
(*campus de Toulouse).
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Raymond Aron disait, dans son analyse de Mai 68, qu’on avait alors « joué à la révolution », comme on jouerait une pièce de théâtre mais qu’on ne l’avait certainement pas faite.
La révolution, un peu plus de 40 ans plus tard, on n’ose même plus dire son nom.
Lors des dernières AG à la fac du Mirail, dans les interventions il y avait de la rage, de la révolte, de la colère… Pourtant, à bien écouter les revendications, derrière la virulence des interventions ça ne sentait pas la soif de révolution, bien au contraire… Derrière l’engagement des discours résonnait le réformisme, la résignation à ne changer que des modalités de l’ordre établi, la demande de réforme tournée vers les maîtres élus, l’affirmation de leur souveraineté, de leur autorité et de leur compétence à résoudre nos
problèmes.
La démission d’un ministre ?
Qu’est ce que ça veut dire exactement ?
Qu’on veut qu’il soit remplacé par un autre ?
Qui croit encore que cela changerait quoi que ce soit ?
L’amélioration des conditions d’étude ?
A quoi bon si nos universités servent avant tout à nous former, à nous formater en bons petits cadres prêts à aller se vendre sur le marché du travail ?
Plus de fric pour les facs et la biodiversité ?
Envisager l’argent comme une solution et non comme un problème, voilà qui semble être une manière bien capitaliste d’appréhender la chose.
Par ailleurs, « plus de fric et de meilleures conditions de travail », c’est aussi ce que demandent les policiers qui manifestaient la semaine dernière à Paris… Ça donne à réfléchir.
Chacune de ces revendications, chacune de ces demandes réaffirme notre volonté d’intégration, notre attente envers le système capitaliste et ses dirigeants, notre acceptation d’être dirigé-e-s. Et cette dimension se retrouve logiquement dans les modes d’action: manifestations bien encadrées, pétitions,négociations… qui sont toujours tournées vers les dirigeants et jamais contre eux, jamais sans eux.
Et avant tout, si ces revendications étaient satisfaites par le gouvernement, rentrerions nous toutes et tous chez nous bien heureu-ses-x d’avoir gagné, d’ avoir été entendu-e-s… mais, à bien y regarder, de n’avoir presque rien changé au grand désastre qui nous entoure ?
Pour certain-e-s, peut-être en recherche de débouchés syndicaux et politiques, ces revendications sont « stratégiques » ou « réalistes » parce qu’elles sont « gagnables », c’est à dire recevables par les pouvoirs publics et négociables avec ceux-là.
Mais pour quiconque rejetterait les dirigeants et désirerait autre chose qu’un capitalisme plus juste, de telles revendications ne peuvent conduire qu’à une défaite, et sont en elles-même une défaite, puisqu’elles ne visent qu’à la réforme, puisqu’elles reconnaissent la prédominance de la logique économique, puisqu’ elles réaffirment notre attente envers les maîtres.
Se pose alors la question : « Qu’est ce que pourrait être notre victoire ? ».
Depuis deux semaines, on a pu entendre à répétition « quel est le lien entre le barrage de Sivens, les violences policières et les conditions d’étude ? ».
Le slogan « Du fric pour les facs, les lycées et la biodiversité, pas pour la police et l’armée » avait au moins le mérite, avouons le, de tenter d’apporter une réponse à cette question en créant un lien entre les trois thèmes : l’argent. Il en faudrait plus pour certaines choses et moins pour d’autres.
Si nous faisons face à des problèmes sociaux, environnementaux, politiques etc la solution serait d’avoir plus d’argent ou tout du moins une meilleure distribution de celui-ci.
Partons du postulat inverse : l’argent n’est pas la solution mais un des problèmes.
Le lien entre tout ça, mais aussi entre bien d’autres choses, c’est la transformation en produit de tous les aspects de nos existences et l’expropriation qui l’accompagne. L’économique a envahi nos existence et nous en a dépossédé.
De l’enseignement à la « gestion de la nature » en passant par la sécurité, les espaces, les déplacements, les relations, la culture, les opinions etc il n’est pas une dimension qui échappe à cette subordination à la logique économique. Si bien que plus aucune d’entre elles ne semble être notre, si bien que nous en sommes réduit à les consommer tandis que d’autres les gèrent pour nous, tandis que d’autres gèrent nos existences.
Ainsi, l’enjeu ne serait pas une potentielle augmentation des budgets alloués aux facs et à la biodiversité mais belle et bien une réappropriation des différentes dimensions de nos existences, à commencer, pour les étudiants, par leur facs.
Il est temps d’arrêter de demander naïvement à nos dirigeants – pardon, à nos représentants -de bien vouloir respecter notre volonté et de ne pas nous imposer la leur, de bien vouloir nous redonner ce qu’ils nous ont pris.
Il est temps de viser un peu plus loin que des réformes, que des améliorations du système en place pour le rendre plus supportable… et surtout, il est temps de faire par nous même.
La position passive d’attente et de demande a fait son temps, vient maintenant celui de créer nous même le changement que nous voulons voir advenir.
Nous n’obtiendrons jamais l’annulation des Grands Projets Inutiles et Imposés en la demandant poliment.
Nous ne nous réapproprierons jamais nos facs, nos vies, nos villes et nos territoires en demandant à ceux qui les exploitent de bien vouloir nous les
rendre.
S’il y a bien une leçon à tirer des ZAD, c’est qu’en occupant des lieux on peut à la fois s’opposer en actes aux projets et conceptions qui nous sont imposés, et faire émerger, dans les faits, d’autres possibles, d’autres modèles d’existence et les défendre.
Occuper un espace c’est se le réapproprier, c’est le faire notre et y développer une vie collective.
 
Occuper c’est avant tout se rencontrer et tisser des liens entre ce qui n’était auparavant qu’isolement et inconnu.
 
Occuper c’est prendre en main nos besoins et réorganiser ensemble nos existences au sein d’un ensemble, pas forcément homogène mais solidaire.
 
L’occupation est l’ancrage de la lutte dans la quotidienneté. C’est une lutte permanente qui ne s’arrête pas à un moment donné de la journée contrairement à la manifestation qui, elle, commence et se termine à une heure précise.
Occuper c’est donc aussi se donner le temps nécessaire à toute élaboration d’une lutte à travers des discutions, réflexions, débats et même engueulade.
 
L’occupation n’est pas une demande tournée vers des dirigeants, c’est une affirmation de notre capacité à nous organiser sans eux.
 
Occupons cette fac, réapproprions nous notre fac.
Mangeons-y, dormons-y, vivons-y (*) ensemble, afin de nous donner le temps de mettre en place, d’une part, des moyens de nous opposer à ceux qui nous imposent leurs vues, et d’autre part des moyens de reprendre en main nos existences.
Pour la réappropriation de nos facs, de nos vies et de nos territoires.
Occupation ! !
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(*) Je suppose que c’est par scrupule stylistique devant une allitération insolente que les auteur(e)s auront reculé devant cette autre invite : «baisons-y»…